Coupe du monde et coup de chaud

Publié le par ottolilienthal

L'Amérique de Donald Trump sabote déjà sa propre Coupe du monde...

Des membres de délégations refoulés, des supporters privés de visa et un arbitre bloqué à l'aéroport puis expulsé: la compétition coorganisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique est déjà marquée par des controverses qui dépassent largement le cadre sportif.

Le Somalien Omar Abdulkadir Artan, élu meilleur arbitre africain en 2025, a atterri samedi 6 juin à Miami pour participer à la Coupe du monde. Malgré un visa valide, il n'a pas pu aller plus loin: après onze heures d'interrogatoire, l'entrée sur le territoire américain lui a tout bonnement été refusée. Des membres d'équipes et du staff ainsi que des fans munis de billets ont également été arrêtés en entrant sur le territoire américain.

«La Coupe du monde 2026 reste un grand paradoxe à mes yeux, admet le chercheur Jules Boykoff, à NPR. D'une part, il n'y a jamais eu autant d'équipes participantes. De l'autre, à cause des mesures de l'administration Trump, ça ressemble plus à une Coupe du monde de l'exclusion que de l'inclusion.» Jules Boykoff, qui est aussi un ancien joueur de foot professionnel, a confié ses inquiétudes quant aux effets des politiques migratoires restrictives de Donald Trump sur le Mondial.

La douane américaine a déclaré que «tous les voyageurs qui cherchent à venir aux États-Unis, y compris les athlètes, les coachs et le staff, sont soumis aux inspections et aux vérifications de la douane». Et de préciser: «Les décisions d'admission sur le territoire sont faites au cas par cas». Le flou n'est donc pas dissipé, à quelques jours du coup d'envoi de la compétition.

Trente-neuf pays font l'objet d'une interdiction totale ou partielle de voyager aux États-Unis. Donald Trump explique que cette mesure a pour but de «garantir que les personnes ayant obtenu un visa ne mettent pas en danger la sécurité nationale ou la sécurité publique»… sauf que plusieurs de ces pays s'apprêtent à participer à la Coupe du monde.

Accueil glacial

À l'aéroport de Chicago, un joueur de l'équipe irakienne a été soumis à un interrogatoire de plusieurs heures. S'il a finalement été admis sur le territoire, un photographe affilié à la même équipe n'a pas eu cette chance. À chaque fois, la douane évoque des «problèmes liés à la vérification de ses antécédents» sans fournir aucun autre détail.

L'administration Trump ne manque pas de méthodes pour tenir certains joueurs à distance. L'équipe iranienne, dont le pays est en guerre contre les États-Unis et Israël, est contrainte de loger au Mexique pendant le Mondial. Les visas des joueurs ont finalement été approuvés, mais plus d'une dizaine de membres du staff n'ont pas obtenu leur autorisation d'entrée, dont Mehdi Taj, le président de la fédération iranienne de football.

L'Iran a réagi par le biais de son ambassade, qui a déclaré que le comportement des États-Unis «violait les règlements de la FIFA et les obligations de pays hôte». Le pays a également accusé Donald Trump d'«ingérence politiquement biaisée dans le sport».

Selon le site d'information marocain Hespress, plus de quarante supporters du Maroc se sont vu refuser leur visa. En 2025, le président de la FIFA Gianni Infantino –que le journal L'Équipe dépeignait mercredi à sa une comme une simple marionnette de Donald Trump– avait pourtant assuré que «tout le monde serait le bienvenu au Canada, au Mexique et aux États-Unis».

Une position que la FIFA semble avoir vite oubliée à la suite des interdictions d'entrée à répétition. «La FIFA n'est pas impliquée dans les procédures d'immigration des pays hôtes», a-t-elle finalement déclaré. Une capitulation qui en dit long sur les rapports de force à l'œuvre dans cette Coupe du monde.

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La Coupe du monde 2026 commence, les emmerdes aussi...

J'avais boycotté le précédent Mondial de football joué au Qatar en 2022. Je ne verrai pas de matchs de celui-ci disputé en Amérique du Nord, dégoûté par l'omniprésence et l'interférence de l'argent.

Il y eut un temps où l'approche d'une Coupe du monde de football me mettait dans tous mes états. J'anticipais déjà les matchs à venir, les exploits à célébrer, les buts à révérer, toute cette excitation née de ces années d'attente après la précédente. Je comptais les années, les mois, les semaines, les jours. Et quand elle démarrait enfin, je m'y plongeais avec la délectation de l'amateur qui, trop longtemps privé de son occupation favorite, en vient à cesser toute activité sociale le temps de sa durée.

Pendant un mois, je vivais par et pour la Coupe du monde. Rien d'autre ne comptait. Ni ma fin d'année scolaire ni, plus tard, les variations de ma vie sentimentale. J'embarquais pour un mois de football, dans une odyssée qui me verrait rivé à mon téléviseur du match d'ouverture jusqu'à la finale. C'était comme une plongée en apnée, un voyage fabuleux dans le monde merveilleux du ballon rond où plus rien ne m'intéressait sinon la progression de la compétition, cette procession de matchs vécue comme autant d'occasions de découvrir des joueurs inconnus, des équipes venues d'ailleurs, des entraîneurs insolites, tout un éventail de nouveautés qui me rendait captif des retransmissions télévisées.

Depuis quelques années, tout mon enthousiasme a disparu. J'ai commencé à regarder seulement une poignée de matchs, puis, plus du tout. Au point d'arriver à boycotter la Coupe du monde au Qatar (novembre-décembre 2022), dont, à ce jour, je n'ai toujours pas vu la moindre image. Il y a eu un moment où le foot a cessé d'être du foot pour devenir une sorte de machine à fric mise au service des seuls intérêts financiers. D'une édition à l'autre, la Coupe du monde est devenue cynique, mercantile, obscène, le contraire d'une fête populaire où la multiplicité des matchs a rendu la plupart des rencontres insipides à suivre.

Celle qui arrive avec sa débauche de matchs (104 exactement) sera probablement la pire de toutes. Pilotée par le tandem des deux affreux jojos Donald Trump/Gianni Infantino, organisée sur trois pays, Canada, États-Unis et Mexique, s'étalant sur cinq semaines et demie (du jeudi 11 juin au dimanche 19 juillet), elle signera d'une manière définitive la mort du football tel que je l'ai connu, admiré et aimé. Désormais, afin de plaire au public américain et à ses diffuseurs, les rencontres seront interrompues après vingt minutes de jeu, prétendument pour permettre aux joueurs de se rafraîchir, mais en réalité afin d'abrutir le téléspectateur d'une avalanche de publicités aussi ineptes les unes que les autres.

Morceler le temps de jeu ainsi revient à acter la fin du football. Abîmé par l'avènement de la VAR (l'assistance vidéo à l'arbitrage), rapiécé par les interruptions de jeu intempestives dues aux blessures fantasmées et au carnaval des célébrations d'après-buts, sans oublier les attroupements consécutifs à chaque décision litigieuse de l'arbitre, le football se rétrécissait déjà comme une peau de chagrin. Avec l'arrivée des pauses fraîcheur, il va encore perdre en fluidité, en spontanéité, en magie, ce temps suspendu où le ballon ne cessait de vivre pour mieux enchanter les foules enthousiastes.

Le football est un art, il est en train de devenir une industrie dédiée à son extinction. De sport universel destiné à divertir les classes populaires, il se métamorphose chaque jour un peu plus en une parade publicitaire visant à engrosser les sponsors et à enrichir des fédérations transformées en caisses enregistreuses, le tout sous le haut patronage de la FIFA, une sorte de machine diabolique devenue l'égale d'un État.

Il m'étonnerait que je perde mon temps à regarder un seul match. À quoi bon? J'aurais l'impression d'assister à une séance de vivisection en direct, à un détricotage méthodique de l'essence même du foot. Le football est devenu désormais l'otage de la publicité, il n'est plus là pour enchanter les foules mais pour la servir. Quand on sait en plus que le prix des billets est si élevé que seuls les plus fortunés pourront assister aux rencontres, on est pris d'une envie de vomir devant tout cet étalage de richesse.

Pourtant, je ne doute pas de son succès. Les stades seront beaux, les équipes prêtes, les audiences au rendez-vous. À une époque où les individus se retrouvent à crever de solitude, le sport, et en premier lieu le football, devient l'occasion unique de partager ensemble, sinon une passion, du moins un intérêt commun, ce patriotisme plus ou moins bon enfant qui a toujours été l'apanage des grandes compétitions sportives.

Durant des semaines et des semaines, il faudra vivre avec. Encore plus en France, où l'équipe nationale a de bonnes chances de s'illustrer. Alors les drapeaux aux fenêtres, les joueurs à la une des journaux, les «oh» et les «ah» des commentateurs, les terrasses des cafés bondées les soirs de match, les débordements inévitables, les séances d'euphorie collective, l'honneur retrouvé, le nationalisme à petite dose puisque, le temps d'une Coupe du monde, on goûtera à l'ivresse de la puissance, cet élixir plus fort que toutes les mélancolies contemporaines.

Ce sera sans moi. Mais bons matchs quand même!

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Coupe du monde 2026 : un quart des matchs sont susceptibles de se dérouler dans des conditions de fortes chaleurs, selon une étude...

D'après le réseau World Weather Attribution, l'évènement planétaire, organisé aux Etats-Unis, au Mexique et au Canada, pourrait être marqué par des chaleurs extrêmes et des taux d'humidité élevés, notamment dans les villes de Houston, Dallas et Atlanta, mais aussi New York.

"Le changement climatique augmente le risque de matchs disputés sous une chaleur dangereuse." Du match d'ouverture de la Coupe du monde de football, le 11 juin à Mexico, à la finale le 19 juillet près de New York, 25% des 104 rencontres sont susceptibles de se dérouler dans des conditions éprouvantes, entre trop fortes chaleurs et hauts taux d'humidité, révèle le World Weather Attribution (WWA), un réseau international de scientifiques, jeudi 14 mai.

Ces matchs risquent en effet très probablement de se dérouler sous "26 degrés au thermomètre mouillé" ou WBGT, une unité de mesure clé qui prend en compte la température et l'humidité et qui évalue la capacité (ou non) du corps à se refroidir. "Un risque important", pour les joueurs comme pour les supporters donc, alerte le WWA dans son analyse.

"Les trois villes hôtes qui seront le plus probablement touchées sont Houston, Dallas et Atlanta", dans le sud des Etats-Unis, où les stades sont dotés de l'air conditionné, précise Theodore Keeping, coauteur de l'étude. "On observe également une forte augmentation du risque d'atteindre ces seuils dans certains stades en plein air, comme ceux de Miami, du Kansas ou de Philadelphie", précise le document, faisant écho à une précédente étude publiée dans le Journal international de biométéorologie(Nouvelle fenêtre) qui ajoutait à la liste Boston, New York, ainsi que Monterrey au Mexique.

Cinq matchs de cet événement, coorganisé par les Etats-Unis, le Mexique et le Canada, sont susceptibles de connaître les 28°C WBGT, un niveau pour lequel le syndicat mondial des joueurs Fifpro(Nouvelle fenêtre) recommande un report. Et il y a au moins une chance sur dix que la température WBGT dépasse 26°C pendant 18 matchs prévus dans des stades en plein air lors des phases à élimination directe. Dont la finale, la petite finale, les demi-finales et deux quarts de finale.

Des matchs à risques pour les Bleus

Les Bleus pourraient bien ne pas être épargnés. Leur match face au Sénégal, le 16 juin, à 15 heures à New York, est listé parmi ceux "à risques", se jouant sous la chaleur estivale de la côte est. Mais ce n'est pas le seul, comme le montre le tableau ci-dessous, regroupant les matchs de poule des Bleus et ceux que l'équipe de Didier Deschamps pourrait disputer par la suite si elle brille dans la compétition.

 
La Coupe du monde des clubs touchée par une chaleur extrême : le changement climatique menace la Coupe du monde 2026...

La Coupe du monde des clubs de la FIFA souffre de la chaleur extrême aux États-Unis et met en garde contre les risques climatiques en 2026

Les températures élevées et les orages électriques perturbent les matchs de la Coupe du monde des clubs aux États-Unis, et l'on craint que cela ne se reproduise lors du tournoi de 2026. 

Face à cette situation, les entraîneurs et les joueurs prennent des mesures pour s'adapter aux conditions climatiques difficiles, tandis que des études alertent sur les dangers pour la santé des joueurs et des supporters en raison des conditions climatiques. S'adapter au climat est donc devenu une tâche essentielle pour les entraîneurs et les joueurs.  

L'un des meilleurs exemples est celui du club allemand Borussia Dortmund, qui a décidé de garder ses remplaçants dans les vestiaires pendant la première mi-temps de son match contre les Mamelodi Sundowns d'Afrique du Sud à Cincinnati. Un autre cas est celui de l'entraîneur italien de Chelsea, Enzo Maresca, qui a interrompu l'entraînement de son équipe à Philadelphie lundi, car la température a atteint 37,2 degrés Celsius, soit 7 degrés de plus que les conditions fixées par la FIFA pour interrompre une séance.

Plus précisément, 16 villes accueilleront la Coupe du monde l'année prochaine, alors que des températures potentiellement extrêmes sont prévues. À Dallas, l'une des villes hôtes, les températures dépassent 28 degrés Celsius plus de 80 % des jours en juin et juillet. 

Bien que les températures légèrement plus élevées à midi aient eu un effet évident sur le tournoi lors des matchs disputés à cette heure-là, l'entraîneur du club allemand Nico Kovac a déclaré qu'il « pensait que cette compétition ne serait pas remportée par la meilleure équipe, mais par celle qui s'adapterait le mieux à ces conditions climatiques, et que celle-ci aurait très probablement la victoire », a-t-il ajouté. 

Bien que les pauses d'hydratation à la mi-temps soient devenues la norme pendant le tournoi, Dortmund et d'autres équipes mettent en place des stratégies supplémentaires pour atténuer l'impact de la chaleur et de l'humidité. « Nos joueurs bénéficient d'un suivi médical très rigoureux. Nous avons pris les précautions nécessaires et faisons tout notre possible pour prendre les bonnes décisions et les protéger », a déclaré Kovac

L'expérience de la Coupe du monde des clubs pourrait être un avant-goût de ce qui attend les joueurs et les supporters lors de la prochaine finale de la Coupe du monde, qui se déroulera aux États-Unis, au Canada et au Mexique l'année prochaine. 

De l'autre côté de l'Atlantique, dans la ville de Gérone, l'équipe nationale anglaise, qui se prépare pour son match contre Andorre, utilise des tentes thermiques pour évaluer la réaction des joueurs et leur récupération après l'entraînement dans des conditions de chaleur et d'humidité. 

La sécurité des joueurs est en danger 

Une étude récente publiée dans l'International Journal of Biometeorology a souligné les risques que représente la chaleur extrême pour les joueurs et les spectateurs, étant donné que le changement climatique provoque des vagues de chaleur « plus fréquentes et plus intenses ». L'étude a déterminé que 14 des 16 villes où se déroulera la Coupe du monde 2026 connaissent des températures largement supérieures aux limites de sécurité acceptables selon l'indice WBGT, qui est une mesure courante de l'épuisement dû à la chaleur.

L'étude a suggéré que les matchs devraient être programmés à des heures autres que l'après-midi, lorsque les températures sont les plus élevées. Outre la chaleur extrême et l'humidité, cinq matchs de la Coupe du monde des clubs ont été annulés en raison de possibles orages.  

Le match de mardi entre Boca Juniors (Argentine) et Auckland City (Nouvelle-Zélande) est devenu le cinquième match du tournoi à subir un retard important. Le match entre Benfica et Auckland a été reporté de près de deux heures en raison des conditions météorologiques. 

Ben Schott, membre du Service météorologique national qui conseille la FIFA et l'équipe de la Coupe du monde 2026, a déclaré que ce type de temps n'était pas inhabituel et que tout le monde devait s'y préparer pour l'année prochaine. 

« Ce que nous observons actuellement n'est pas inhabituel, même si nous battons des records », a déclaré M. Schott à l'AFP. « La majeure partie de l'est des États-Unis bat des records, et cela se produit presque tous les étés. On s'attend donc à quelque chose de similaire l'année prochaine, et ceux qui envisagent d'assister aux matchs doivent s'y préparer ». Bien que la chaleur ait constitué un défi lorsque les États-Unis ont organisé la Coupe du monde en 1994, aucun match n'a été annulé en raison d'alertes de tempête. 

Enrique Fernández

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Méthodes de gourous dans le football

Les méthodes de gourous ne sont pas réservées au tennis. Le sélectionneur national de l’équipe de France de football aime déstabiliser ses joueurs en les mettant en difficulté.

À l’issue de son premier match avec les A, contre la Bosnie-Herzégovine (1-1), il avait brisé les rites en organisant un débriefing nocturne. Chaque joueur avait été invité à se lever pour procéder publiquement à son autocritique. Domenech a ensuite profité du dernier match amical de l’année 2004 pour inviter ses joueurs à interpréter un remake des Choristes. Durant le ministage précédent France-Pologne (0-0), il a fait venir un chef d’orchestre à Clairefontaine. Chaque joueur a été prié de chanter sous sa direction. De telles méthodes employées en entreprise ont déjà soulevé des tollés. Mais ce n’est pas tout.

« Raymond Domenech, sélectionneur de l’équipe de France de football, verseau ascendant vierge ». C’est ainsi qu’il s’est présenté au début du reportage qui lui était consacré dans l’émission de TF1, Le Droit de savoir, du 22 février, dont le thème était « voyance et astrologie : enquête sur l’irrationnel dans les coulisses du pouvoir ».

Sa conversion remonterait à vingt ans, quand il était encore entraîneur de Mulhouse. Un astrologue local lui avait tracé la personnalité de ses joueurs à partir de leur thème astral. Depuis, il se méfie de certains signes zodiacaux, comme le lion. « Quand j’ai un lion en défense, mon fusil est toujours prêt ! Je sais qu’il va vouloir flamber à un moment ou à un autre », déclarait-il dans Le Journal du Dimanche du 14 novembre 1999. Mais son grand Satan astrologique, c’est le scorpion. Il en a eu la confirmation dès son arrivée à Lyon (en 1987). Bien que de qualité, l’effectif de l’OL souffrait, selon lui, de la présence d’un trop grand nombre de scorpions. « C’est un combatif qui oblige les autres à réagir. Il peut dynamiser, mais deux scorpions s’entretuent ! J’avais du temps pour préparer le recrutement et j’ai fait des choix qui n’étaient pas sportifs » (Le JDD). Six ans après, Domenech justifie leur bien-fondé : « C’était une guerre permanente entre tous ces scorpions, explique-t-il dans Le Droit de savoir. La base, c’était d’en éliminer le maximum. J’en avais six ou sept. J’en ai gardé deux ».

La presse s’est largement fait l’écho de cette croyance astrologique. Mais, à notre connaissance, nulle part, le moindre esprit critique, dans aucun journal 2. Plutôt même de la sympathie. Comme si c’était moins grave de développer l’astrologie en équipe de France qu’à la Sorbonne. Pourtant, les destinées de l’équipe de France sont sans doute davantage suivies, en particulier par les jeunes, que la promotion d’une astrologue par un jury de la Sorbonne. Or certains qui nous avaient relayés sur la dénonciation de l’imposture universitaire que représentait la thèse d’Elizabeth Teissier sont étrangement muets ou complaisants quant il s’agit de « notre équipe nationale ».

Rubrique réalisée par Jean-Paul Krivine et Agnès Lenoire

(extrait de l'article Un monde fou, fou, fou : mai 2005)

https://www.afis.org/Un-monde-fou-fou-fou-mai-2005

Crise LFP/Mediapro : « La Ligue a été aveuglée par le milliard »

Spécialiste de l'économie du football et codirecteur de l'Observatoire Sport, Pierre Rondeau décrypte le fiasco Mediapro et anticipe les conséquences pour les clubs français.

Le football français est plus que jamais en crise. Frappé de plein fouet par la crise sanitaire qui le prive de recettes en billetterie et au sortir d'un mercato relativement atone, le football français fait désormais face à un différend de taille avec son diffuseur principal, Mediapro. Le lundi 5 octobre dernier, le groupe sino-espagnol a décidé de bloquer la deuxième échéance des droits TV de la Ligue 1, estimée à 172 millions d'euros (sur les 814 millions d'euros par an, L2 comprise). La LFP a alors réagi en saisissant le tribunal de commerce de Paris afin d'obtenir le règlement du mois d'octobre. La guerre est déclarée.

Il paraît donc déjà bien loin le temps où les dirigeants du football professionnel français fanfaronnaient dans tous les médias sportifs pour annoncer « le plus gros contrat de l'histoire de la Ligue 1 ». L'euphorie a depuis laissé place à l'inquiétude après que le groupe sino-espagnol a fait connaître son intention de ne pas payer et de renégocier à la baisse les droits de la Ligue 1, chèrement acquis en 2018. Des décisions qui mettent aujourd'hui en péril le foot français.

Le Point : La Ligue de football professionnel (LFP) s'est-elle fait complètement berner par Mediapro ?

 

Pierre Rondeau : La LFP est en partie responsable de la situation dans laquelle elle se trouve. Il y a d'abord eu le précédent italien [Mediapro avait tenté d'acheter les droits pour les revendre, en vain, NDLR] sur lequel les dirigeants français ont fermé les yeux. Ensuite, la Ligue n'a exigé aucune garantie bancaire. Seulement une garantie de l'actionnaire majoritaire de Mediapro, le groupe chinois Orient Hontai Capital. C'était une erreur. Dès 2018, et l'obtention des droits TV par Mediapro, la commission des affaires culturelles s'était inquiétée du modèle économique du groupe. Beaucoup d'observateurs et d'analystes avaient alerté sur la non-viabilité du projet de Mediapro. On considérait que l'explosion des droits TV pouvait à terme provoquer une implosion du système et, donc, la probable défaillance du foot français.

La Ligue s'est certes fait berner. Mais elle est bien évidemment fautive parce qu'elle a été complètement aveuglée par le milliard promis. Les objectifs fixés reposaient sur le prix de vente et non sur la capacité du diffuseur à honorer son contrat. Quand on réécoute Didier Quillot, il y a quelque temps, il était persuadé que ça allait fonctionner. Il n'en est rien !

Acheter les droits TV pour les renégocier à la baisse, était-ce la stratégie de départ de Mediapro ?

 

Penser ce genre de choses c'est sombrer dans la théorie du complot. Mediapro n'a pas pu anticiper la crise sanitaire du Covid-19 ni la crise économique qui en découlerait. Ce qui est certain, c'est qu'en 2018 le projet prévoyait que Mediapro serait producteur et diffuseur de matchs, mais aussi revendeur en sous-licence des droits TV. C'est notamment ce que fait le groupe en Espagne, où il est propriétaire des droits ibériques pour le marché international. L'une de ses principales activités est la revente des droits pour le marché étranger. En France, par exemple, beIN Sports passe par Mediapro pour diffuser la Liga.

Mais le souci, c'est que, cette année, la concurrence (Canal+ et beIN Sports) n'a pas voulu racheter les droits de la Ligue 1 à un prix plus élevé que prévu. Au final, Mediapro s'est donc retrouvé tout seul à diffuser les rencontres en France alors qu'il n'avait aucune expérience en France, aucune crédibilité, aucune légitimité, aucune popularité. Ils ont été obligés de racheter un nom à TF1 pour exister et ont été à la source d'une très mauvaise campagne publicitaire. Un certain nombre de dirigeants de clubs de Ligue 1 s'étaient déjà plaints auprès de la Ligue dès le mois d'août, pour critiquer la campagne de médiatisation et de publicité de Téléfoot. Ils regrettaient notamment que rien n'eût été fait pour activer la captation d'abonnés, pour attirer le consommateur. En réalité, rien n'avait été fait pour atteindre l'objectif des 3,5 millions d'abonnés.

D'ici à un mois, la chaîne Téléfoot pourrait bien cesser de diffuser les matchs de Ligue 1 et de Ligue 2. La LFP va donc devoir trouver un nouveau diffuseur sans perdre trop au change. Est-ce possible ?

 

Toute la question est de savoir quelle va être la stratégie mise en place par les acheteurs de droits. Il y a deux scénarios possibles. Soit ils vont vouloir maximiser leurs profits et récupérer les droits au rabais. Soit ils doivent attirer des abonnés sur un contenu compétitif et donc éviter de trop faire chuter le prix des droits, au risque que la L1 devienne un championnat de seconde zone (à l'instar de la ligue néerlandaise, portugaise ou belge).

Chez Canal+, la rumeur dit que deux camps s'affrontent. Celui de Maxime Saada, qui prône un maintien de la compétitivité du football en se positionnant à un prix quasi similaire à celui de 2016 à 2020. Et celui de Vincent Bolloré (PDG de Vivendi) qui souhaite dépenser le moins d'argent possible et prendre une Ligue 1 au rabais. De mon côté, je ne peux pas croire que la Ligue 1 soit rabaissée à moins de 700 millions d'euros.

On le sait, l'économie de nombreux clubs Ligue 1 repose essentiellement sur l'argent des droits TV. Faute de sommes promises, ces clubs sont-ils en péril ?

À court terme, il n'y aura pas de défaillance ou de faillite du système, car des crédits sont mis en place pour faire face à l'absence de trésorerie. L'inquiétude porte davantage sur le moyen et long terme. Les clubs vont faire face à une chute des recettes de billetterie, une chute des revenus de trading, une chute des revenus commerciaux, de sponsoring, de marketing, de merchandising… Tout cela vient se cumuler à la perdition de Mediapro, et à la dévalorisation à terme des droits TV.

Le problème c'est que tous les clubs ont élaboré leur comptabilité sur les prévisions du budget des quatre prochaines années. Si ce budget s'effondre, l'ensemble du projet des clubs est déconstruit. Il y aura inévitablement des répercussions néfastes pour les clubs. Que se passera-t-il en 2021, 2022, 2023 quand les clubs vont devoir rembourser les crédits, payer les joueurs, les frais de fonctionnement, avec de l'argent en moins en raison de la crise économique et la chute d'un diffuseur ? Il va donc falloir s'attendre à des rééquilibrages sur la masse salariale, des licenciements, des plans sociaux au sein des clubs. La masse salariale va devenir la principale variable d'ajustement. Une variable d'ajustement qui peut malheureusement provoquer des déboires sportifs. Si vous vous séparez de vos meilleurs joueurs ou réduisez les salaires, vous perdez en niveau sportif. Si vous perdez en niveau sportif, vous perdez au niveau économique. C'est un cercle vicieux qui peut avoir des répercussions sur le long terme.

En situation de crise, il y a un président de club qui est toujours très inventif : Jean-Michel Aulas. Il a récemment émis l'idée de droits TV « à la carte », où le téléspectateur ne paierait que les matchs qu'il veut regarder. Quelle est votre position sur le sujet ?

Je n'y suis pas opposé, mais j'ai peur des effets pervers que cela peut engendrer. L'idée du « à la carte » est dans l'intérêt premier du consommateur. Mais le revers de la médaille, c'est qu'à terme les clubs ne sont plus rémunérés sur leur performance sportive, mais sur leur seule notoriété, sur leur capacité à attirer des consommateurs. Cela portera donc préjudice à la compétitivité sportive de la Ligue 1, car on ne financera que les clubs les plus populaires. C'est notamment ce qu'il se passe au Portugal, où l'on constate des écarts de 1 à 15. La compétition sportive en Liga portugaise est complètement inexistante. Avec ce système-là, on aurait donc trois ou quatre clubs ultradominateurs (Paris, Marseille, Lyon) et dans une moindre mesure, peut-être Lille ou Bordeaux. Des clubs populaires avec un fort bassin démographique. Et le reste n'aurait quasiment rien.

Mais n'est-ce pas là le sens de l'histoire ?

Ce système du « à la carte » fonctionnerait dans un championnat sur le modèle américain. Si demain on passe à une SuperLeague européenne fermée (sans relégation), ce modèle pourrait être appliqué et à soutenir. Il serait même le meilleur modèle possible ! Les clubs feraient tout pour capter des consommateurs, ce serait super intéressant. Mais en ligue ouverte, avec des clubs plus ou moins connus, là ça ne serait pas viable du tout.

N'y aurait-il pas alors une alternative qui reposerait sur la vente des droits TV par journée de championnat plutôt que par clubs ?

C'est ce qu'il devrait se produire, si la LFP récupère les droits de la saison 2020-2021. En cas de rupture du contrat avec Mediapro d'ici la fin de l'année civile, la vente des droits TV sera effective qu'en juin prochain, car dans la réglementation des appels d'offres, un vendeur a six mois de délai à respecter entre l'annonce et la date de la vente. Pour cette saison, les matchs devront donc être revendus par lots de journées à Canal+ ou beIN Sports, qui se choisiraient les meilleures dates. Dans ce cas, on peut même raisonnablement imaginer que les Gafa (Google, Apple, Facebook et Amazon) se positionnent sur des matchs clés comme le Clasico ou l'Olympico !

Le conseil d'administration de la LFP a validé la contraction d'un emprunt de 120 millions d'euros, qui s'ajoute à celui contracté pendant le confinement (224 millions d'euros). Peut-on dire que la situation économique de la Ligue est délicate ?

 
 

Actuellement, la Ligue et les clubs peuvent faire face à leur manque de trésorerie grâce aux prêts. Toutefois, un prêt vous engage et doit être remboursé. Celui contracté par la LFP est un prêt commercial avec des intérêts à hauteur de 4 % ! C'est une situation qui rappelle, toutes proportions gardées, la crise des subprimes de 2008 : l'accumulation des crédits des ménages américains qui provoque la faillite des banques. Si le football français est obligé de passer par la case bancaire pour vivre « normalement », cela pourrait à terme provoquer une implosion du système. Car si la crise perdure et que les recettes continuent à chuter, comment les clubs français seront-ils en mesure de rembourser ces crédits et retrouver l'équilibre ? Cette situation va produire ses effets dans les prochaines années (2021, 2022, 2023) et préfigure à coup sûr une décrépitude des clubs de football français.

Publié le | Le Point.fr

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