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Chine...

Publié le par ottolilienthal

Comment la Chine laisse une grande partie du pays à la traîne...

Cela pourrait rendre un pays déjà profondément inégalitaire encore plus...

Comme de nombreuses villes de l'arrière-pays chinois, Tianshui, dans la province occidentale du Gansu, regorge d'usines poussiéreuses et désaffectées. Mais au cours de la dernière décennie, elle est aussi devenue, de façon inattendue, un pôle de haute technologie.

De nouveaux parcs industriels ont vu le jour, offrant aux entreprises une énergie bon marché, des financements et des terrains à des prix avantageux. La ville a déjà construit un hall d'exposition pour présenter les produits innovants qu'elle espère fabriquer à l'avenir, baptisé «Tianshui Industrie 2050».

Tout cela ravira les autorités de Pékin. Elles souhaitent que les régions industrielles chinoises se réinventent grâce à la technologie. Elles ont d'ailleurs récemment dévoilé un nouveau plan de rénovation urbaine, prévoyant la transformation des villes stagnantes en lieux «innovants» capables d'offrir à leurs habitants une «qualité de vie élevée».

Peu d'emplois créés

Malgré tout le tapage médiatique, la situation des habitants de Tianshui ne s'est guère améliorée. Les nouvelles usines n'ont pas compensé le ralentissement économique général de la ville: il y a dix ans, le PIB par habitant de Tianshui représentait 16% de celui de Pékin; aujourd'hui, il n'est plus que de 14%. En 2025, la croissance économique de la ville était inférieure de deux points de pourcentage à la moyenne nationale.

Les installations hautement automatisées, selon les habitants, n'ont pas créé beaucoup d'emplois. Des vagues de jeunes quittent la ville en quête de perspectives meilleures. Au cours de la dernière décennie, sa population a diminué de près d'un demi-million d'habitants, pour atteindre 2,9 millions. À ce rythme, d'ici 2050, il ne restera que très peu de travailleurs.

500 millions de personnes sans diplôme

L'histoire de Tianshui illustre les limites du pari audacieux de la Chine sur l'industrie manufacturière de pointe. Le Parti communiste a décrété que l'avenir économique du pays repose sur la production de technologies de pointe. Ainsi, des centaines de villes à travers le pays, à l'instar de Tianshui, s'efforcent d'atteindre cet objectif.

Mais si cette dynamique technologique a permis à certaines villes prospères, dynamiques et bien connectées de s'enrichir encore davantage, la plupart des villes de l'arrière-pays manquent de chaînes d'approvisionnement et de talents pour en tirer profit. En effet, près de 60 % de la population active chinoise – soit environ 500 millions de personnes – n'a même pas terminé ses études secondaires. Nombre d'entre elles vivent dans des villes plus petites et plus pauvres.

Rouages de l'économie étatique

Pendant des siècles, Tianshui fut davantage un centre culturel qu'économique. La légende raconte que le premier empereur de Chine, un demi-dieu à corps de serpent, y serait né; des grottes bouddhistes ont été creusées dans les falaises environnantes. Mais dans les années 1960, Tianshui s'industrialisa.

Elle devint un rouage important de l'économie planifiée d'État; ses usines produisaient des tracteurs, des roulements à billes et des allumettes. Des dortoirs, des écoles et des hôpitaux furent construits pour accueillir la main-d'œuvre croissante.

Parmi ces travailleurs figurait Mme Dong, aujourd'hui octogénaire, qui bénéficiait d'un emploi extrêmement stable et bien rémunéré dans une imprimerie. Elle prit sa retraite à la quarantaine avec une bonne pension et la garantie que son fils pourrait reprendre son poste. Mais la plupart des usines locales n'étaient pas suffisamment compétitives pour survivre à la transition difficile de la Chine, vers une économie de marché dans les années 1980 et 1990.

De plus en plus de robots

Ces dix dernières années, une nouvelle génération d'usines de haute technologie, fabriquant des équipements tels que des capteurs et des machines-outils, a vu le jour. Mais elles n'ont pas créé beaucoup d'emplois. Une exposition au musée de Tianshui présente des clichés des ateliers de la ville au fil des décennies. On y voit de moins en moins d'ouvriers et de plus en plus de robots.

La plupart des postes disponibles en usine offrent un salaire d'environ 3000 yuans (440 dollars) par mois, selon les habitants, soit la moitié de ce qu'ils pourraient gagner dans une grande ville comme Shanghai.

«J'aimerais rester ici pour m'installer, mais il n'y a tout simplement pas de bons emplois pour les jeunes», explique Wen Jin, un natif de Tianshui âgé de 27 ans qui a déménagé dans la province du Jiangsu, une région prospère de l'est du pays. L'âge d'or de la ville est bel et bien révolu, estime Ma Xin, un autre habitant d'une vingtaine d'années qui espère partir.

Concentration sur les côtes chinoises

Les industries de haute technologie créent également des emplois bien rémunérés, notamment dans la recherche et le développement. Cependant, ces postes sont principalement concentrés dans les grandes villes côtières chinoises, comme Pékin, Shanghai et Shenzhen, qui abritent les meilleures universités, les diplômés les plus brillants et bénéficient d'un accès aux chaînes d'approvisionnement les plus denses.

Les salaires dans le secteur technologique y ont explosé ces dernières années, certains dépassant le million de yuans par an. Mais rares sont les régions de l'intérieur de la Chine qui ont la possibilité d'attirer des emplois aussi prestigieux, explique Dan Wang, du cabinet de conseil Eurasia Group. «La grande majorité des villes chinoises sont condamnées à subir leur situation actuelle.»

Une crise immobilière persistante

Alors même que Tianshui ne profite pas du nouveau modèle économique chinois, elle peine à se défaire des problèmes de l'ancien. La croissance chinoise a ralenti ces dernières années, en grande partie à cause d'une crise immobilière persistante qui a frappé le pays.

Les prix de l'immobilier ont chuté le plus rapidement dans les petites villes comme Tianshui. Des immeubles en béton inachevés jonchent la périphérie de la ville; les investissements immobiliers y ont chuté de plus de 40% l'an dernier. Cette situation a pesé sur la consommation, car la population se sent plus pauvre. Le total des ventes au détail à Tianshui a reculé d'un peu plus de 5% en 2025. Une promenade morose dans ses centres commerciaux révèle des magasins fermés et des restaurants vides.

Les inégalités se creusent

Il existe un risque que ces tendances, amplifiées dans les petites villes chinoises, creusent davantage les inégalités entre les riches et les pauvres. Le ralentissement économique semble avoir frappé de plein fouet les plus démunis, d'après les données compilées par Li Shi, professeur à l'université du Zhejiang, à Hangzhou, dans l'est du pays.

Dans un article publié en avril, il cite des enquêtes montrant que les salaires des 10% des travailleurs chinois les moins bien rémunérés n'ont progressé que de 2% par an entre 2018 et 2023, contre un taux de croissance annuel moyen d'environ 5%.

Le gouvernement chinois sait que les usines de haute technologie ne constituent pas une solution miracle pour l'économie. L'investissement dans les machines et autres actifs physiques «a alimenté le boom économique chinois, mais sa rentabilité a progressivement diminué», a noté Xinhua, l'agence de presse officielle, en début d'année.

Le dernier plan quinquennal de la Chine, publié en mars et couvrant la période jusqu'en 2030, préconise d'«investir dans le capital humain» autant que dans les usines, afin de rendre l'économie plus équitable.

 

« Pour les enfants, il est trop difficile de s'en sortir ici. À la fin, ils sont piégés»

Une maman de Tianshui

Concrètement, cela se traduirait par une augmentation significative des dépenses publiques en matière d'éducation, notamment pour les enfants issus de familles défavorisées, afin de leur donner les compétences et les connaissances nécessaires pour accéder à des emplois mieux rémunérés.

Mais comme peuvent en témoigner les habitants de Tianshui, c'est plus facile à dire qu'à faire. Le budget de la ville est bien inférieur à celui des villes riches: elle dépense moins du tiers du montant par élève que Pékin consacre à l'éducation, par exemple. Et le ralentissement économique menace d'entraîner un cercle vicieux; les recettes fiscales de la ville ont chuté de près d'un dixième l'an dernier.

Rares sont les élèves de Tianshui qui parviennent à intégrer les meilleures universités du pays. «Il est trop difficile pour les enfants de rivaliser ici, déplore Shi Tingting, mère d'une fillette de douze ans. Ils finissent par être piégés.»

par
The Economist
https://www.20min.ch/fr/story/les-nantis-et-les-robots-comment-la-chine-laisse-une-grande-partie-du-pays-a-la-traine-103577484
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La guerre au Moyen-Orient pourrait accélérer l'hégémonie industrielle de la Chine, en l'occurrence dans le domaine énergétique et, par extension, dans l'industrie stratégique qu'est l'automobile...
 
La très grande majorité de l'humanité vit dans des pays importateurs de pétrole-gaz, et se montre de plus en plus intéressée par les modèles énergétiques proposés par la Chine, permettant de réduire la dépendance aux énergies fossiles (dont les Etats-Unis sont le plus grand producteur mondial, en plus de constituer un facteur de déstabilisation des marchés).
 
Dans ce contexte, le rapport « EV endgame: Stalling China’s export surge in Europe’s southern neighbourhood », publié par le Conseil Européen pour les Relations Internationales (ECFR), met en lumière la stratégie d'adaptation de la Chine face aux barrières commerciales occidentales sur les véhicules électriques (VE) et les défis géopolitiques et industriels majeurs que cela représente pour l'Europe.
 
Résumé du rapport.
 
1. Contexte et Chiffres Clés : L'hégémonie de la Chine
 
L'accélération mondiale de la transition énergétique a rencontré une industrie chinoise préparée par plus d'une décennie de politique industrielle ciblée. La Chine ne s'est pas contentée de développer ses capacités d'assemblage ; elle a consolidé son monopole sur l'intégralité de la chaîne de valeur des véhicules électriques. Les chiffres avancés dans le rapport illustrent l'ampleur écrasante de cette domination :
 
Production et surcapacité : En 2025, 70 % des véhicules électriques produits dans le monde provenaient de Chine. La demande intérieure chinoise ne représentant que la moitié de sa production, le surplus (surcapacité) était estimé entre 5 et 10 millions de véhicules en 2023, et devrait atteindre jusqu'à 20 millions de véhicules fin 2025.
 
Monopole des matières premières : La Chine contrôle 85 % de la capacité mondiale de production de batteries et raffine entre 70 % et 90 % des matériaux critiques (lithium, cobalt, graphite).
Fuite des parts de marché : Les constructeurs européens subissent ce choc de plein fouet. La part de marché des constructeurs allemands en Chine a chuté de 24 % en 2020 à 15 % en 2024. Inversement, les marques chinoises ont capté 9,6 % des ventes de VE en Europe en août 2025, contre à peine 1 % cinq ans plus tôt.
 
Basculement des investissements : Pour la première fois en 2024, les entreprises chinoises ont investi davantage dans les VE à l'étranger que sur leur propre marché national.
 
2. Tendances : La parade chinoise face au "De-risking" occidental
 
Face à cette déferlante, l'Union européenne et les États-Unis ont adopté une stratégie de "réduction des risques" (de-risking). En 2024, l'UE a notamment imposé des droits de douane compensatoires sur les importations de VE chinois et mis en place des subventions pour relocaliser la production.
Cependant, la tendance majeure identifiée par les auteurs est la fulgurante capacité d'adaptation de Pékin. Pour contourner ces barrières commerciales, la Chine déploie massivement ses investissements dans des pays tiers, avec une attention stratégique portée à la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), le voisinage direct de l'Europe méridional.
 
L'intérêt pour la Chine : La région MENA offre une proximité géographique et logistique idéale avec l'Europe, servant de plateforme pour contourner les tarifs douaniers occidentaux, tout en constituant un tremplin vers les futurs marchés africains.
 
L'intérêt pour la région MENA : Les pays de cette région accueillent ces investissements à bras ouverts. Les capitaux et technologies chinoises leur permettent de développer leurs propres bases industrielles, de diversifier leurs économies post-pétrole et de faire avancer leurs propres agendas de transition écologique.
 
3. Analyses : Un défi géopolitique et industriel pour l'Europe
 
Cette dynamique remet en cause l'efficacité même de l'agenda climatique et industriel de Bruxelles. L'analyse souligne que l'implantation chinoise dans le voisinage européen menace non seulement la compétitivité mondiale des constructeurs automobiles du Vieux Continent, mais elle accroît également la dépendance indirecte de l'Europe aux technologies de Pékin.
 
Sur le plan géopolitique, l'Europe risque de perdre son influence dans sa propre périphérie. Cet alignement croissant de la région MENA vers Pékin entre en contradiction directe avec les objectifs du « Pacte pour la Méditerranée » de l'UE, qui vise justement à redynamiser l'influence européenne en soutenant la transition énergétique de ses voisins du Sud. L'Europe se retrouve face à un dilemme complexe : comment protéger son industrie domestique sans pour autant étouffer le développement économique de ses voisins, ni s'isoler des chaînes d'approvisionnement mondiales ?
 
4. Recommandations : Intégrer le voisinage plutôt que de s'isoler
 
Les auteurs concluent que la réponse de l'Europe doit aller bien au-delà de la simple fermeture des failles tarifaires. L'UE doit impérativement aligner de manière cohérente sa politique commerciale, sa politique industrielle et sa politique de voisinage.
 
L'Europe doit changer de paradigme : au lieu de considérer le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord uniquement comme une zone de "fuite concurrentielle" (competitive leakage), elle doit collaborer avec ces partenaires pour les intégrer dans un écosystème européen plus large des technologies propres. Cela signifie que l'UE doit participer activement au co-développement de la région MENA. Si l'Europe se cantonne à une posture strictement défensive et protectionniste, elle fera de son voisinage sud un énième champ de bataille sino-européen qu'elle risque de perdre, isolant in fine son industrie automobile.
 
(publié par Cyrus Farhangi) 16 04 2
 
https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/pfbid06MFeDPtorZgyP1kG3GvivqsQPpFLSCCmMjhE1XD4eg4HQzLaa8wPsmpfB1xZTSYvl?ref=embed_page

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Chaque action iranienne est une perte pour la Chine...

Le plus pernicieux dans la situation de Pékin, c'est que toute la stratégie de représailles iranienne visait à punir Washington, mais que la géographie et les spécificités économiques de chaque arme font que les dégâts retombent en réalité sur la Chine. Les missiles iraniens pointés vers les pays du Golfe menacent précisément les infrastructures pétrolières et portuaires dans lesquelles les entreprises chinoises ont investi des milliards dans toute la région.

Le détroit d'Ormuz est encore plus problématique. Les Gardiens de la révolution iraniens ont annoncé quelques heures plus tard qu'aucun navire ne le traverserait, une menace destinée à faire pression sur l'Occident, sauf que les États-Unis disposent d'une industrie du schiste bitumineux et de réserves stratégiques de pétrole à l'épreuve des crises. En réalité, selon Kayrros, au 31 mars 2025, la Chine n'avait rempli que 56 % de ses installations de stockage stratégiques et commerciales en surface.

Ce qui signifie que près de 45 % des importations pétrolières chinoises sont désormais, ou seraient, prises en otage par un blocus qui n'a jamais eu pour but de nuire à Pékin. Les Houthis ont repris leurs attaques contre la navigation en mer Rouge, chaque flambée de violence en Irak menace les concessions pétrolières que les entreprises chinoises ont bâties à grands frais, et la résistance iranienne se traduit par une perturbation systématique des intérêts commerciaux chinois sur toutes les voies navigables et tous les corridors énergétiques dont dépend Pékin, perpétrée au nom de Khamenei, sans aucun égard pour les véritables victimes.

https://www.zinebriboua.com/p/china-is-scrambling

 

États-Unis/Chine : complices dans la manipulation...

Alors que le yuan reste artificiellement dévalué, les États-Unis ferment délibérément les yeux...

Cette alliance inattendue masque un pacte cynique : préserver le pouvoir symbolique américain au prix d’un déclin économique réel...

Le face-à-face sino-américain n’est qu’un théâtre, la manipulation monétaire leur secret partagé...

 


Les distorsions pharamineuses subies par l’économie globale sont induites par des différences de prix phénoménales entre ce qui se pratique à l’intérieur du territoire chinois et à l’extérieur.

La nuitée au Waldorf Astoria de New York coûte 2’000 dollars, quand celle au Waldorf Astoria de Pékin est de 330 $. Une BYD hybride se paie 15’000 dollars en Chine, mais 50’000 partout ailleurs.

La faiblesse endémique du Yuan accentue à l’évidence cet écart substantiel de prix, et stabilise le coût de la vie en Chine quand les prix des matériaux et de la production augmentent partout ailleurs.

Dans ces conditions, n’est-il pas tentant de délocaliser en Chine dès lors que les prix à la production ont flambé de 35 % en Europe et de 25 % aux États-Unis ces cinq dernières années ?

Car c’est un chiffre lourd de sens qui vient tout juste d’être officialisé. Pour la première fois de sa longue histoire, la Chine vient de dépasser cette année les 1’000 milliards de dollars de biens et de marchandises exportés à destination du reste du monde.

Incontestablement, indiscutablement, le moteur chinois est stimulé par la faiblesse de sa monnaie qui – à environ 7,1 renminbi pour un dollar – est sous-évaluée de près de 50 % par rapport à sa valeur d’équilibre, située autour de 3,5 Yuan pour un dollar.

Voilà qui explique, indépendamment du mérite des entreprises chinoises, ces remarquables performances à l’exportation. Ainsi, l’Europe importe six fois plus de véhicules chinois en 2025 qu’il y a cinq ans !

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Pour autant, cette faiblesse persistante de la monnaie chinoise – même artificiellement sous-évaluée, même manipulée – représente pour les États-Unis d’Amérique une aubaine inavouée.

Un Yuan à 7 au lieu d’un niveau qui devrait, selon les experts, se situer autour des 3,5 évite aux USA une humiliation suprême : celle d’être relégués au rang de deuxième puissance économique mondiale en termes de PIB nominal.

En effet, il suffirait que Pékin laisse enfin le Yuan s’apprécier vers sa juste valeur pour que le PIB nominal chinois (converti en dollars) double mécaniquement, bondissant bien au-delà des 30 000 milliards et dépassant de loin celui des États-Unis.

Cette inhabituelle tolérance américaine envers l’extrême faiblesse de la monnaie de leur principal concurrent doit bien sûr être comprise à l’aune des enjeux géopolitiques fondamentaux.

Être la « première économie mondiale » dépasse amplement le stade de la statistique : c’est un pilier de la puissance américaine, renforçant sa position dans les alliances internationales, dans les négociations commerciales, dans les perceptions publiques globales.

Une Chine officiellement numéro un en termes de PIB nominal accélérerait le basculement du monde, défierait ostensiblement l’hégémonie américaine, éroderait la confiance des investisseurs, amplifierait les narratifs du déclin américain, ternirait le prestige des États-Unis.

Pourtant, Washington sacrifie ses industries en tolérant ce dumping monétaire, et ce au nom d’une victoire symbolique.

Qu’à cela ne tienne : les élites et les pouvoirs américains préfèrent une économie réelle affaiblie, au prix de la conservation de leur titre de « numéro un ».

Ce Yuan faible agit comme un voile commode. Il masque le déclin relatif américain, il évite une confrontation frontale qui révélerait la vulnérabilité de l’empire.

Cette distorsion monétaire massive sauvegarde leur orgueil géopolitique, même au prix de leur propre désindustrialisation.

Michel Santi 09 12 25

https://michelsanti.fr/yuan-sous-evalue/etats-unis-chine-complices-dans-la-manipulation

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La Chine, bientôt première puissance économique au monde ? Pour certains, le débat est clos : elle l’est déjà. Il est vrai qu’en parité de pouvoir d’achat, son PIB a dépassé celui des États-Unis en 2016, et l’écart s’élargit depuis. Mais si cet indicateur permet de comparer richesse réelle des habitants dans leur propre pays, il ne dit rien de la puissance économique, où le véritable arbitre reste le PIB nominal.

Et selon ce critère, la domination américaine demeure. La Chine a certes rattrapé une large partie de son retard en vingt-cinq ans, mais elle reste derrière. Surtout, la dynamique de convergence s’est essoufflée depuis la crise du Covid. Or le pays n’a toujours pas rejoint le niveau des économies avancées en matière de PIB par habitant ou d’indice de développement humain. La question de sa capacité réelle à s’imposer reste donc ouverte.

Le vieillissement comme frein structurel

Premier obstacle : la démographie. Avec moins de 10 millions de naissances par an ces trois dernières années, la Chine entre dans une phase de vieillissement accéléré, avec un recul attendu de la population des 20-64 ans, cœur de la main-d’œuvre. Moins de bras, et moins efficaces. La relation entre âge et productivité fait débat, mais un consensus se dégage : la plupart des travaux décrivent soit une courbe en U inversé — productivité croissante puis déclinante — soit une trajectoire concave — progression toujours positive mais de plus en plus lente. Le vieillissement finit par peser sur la croissance potentielle ce à quoi s’ajoute la montée des dépenses liées à la dépendance : chaque actif devra supporter 0,44 personne de 65 ans ou plus d’ici 2040, quatre fois plus qu’en 2000.

Les limites du rattrapage technologique et immobilier

Deuxième obstacle : la technologie. Les entreprises chinoises rivalisent avec les leaders mondiaux voire dominent dans certains secteurs. Mais le ressort du rattrapage technologique s’épuise. Après l’imitation, reste la marche plus haute de l’innovation de rupture. Le nombre de chercheurs chinois est certes deux fois supérieur à celui des États-Unis, mais cela tient surtout à la taille du pays ; rapporté à l’emploi, l’avantage américain demeure net.

Troisième obstacle : le modèle de croissance lui-même. Le duo BTP-immobilier — l’un des axes du développement depuis vingt ans — est en crise. L’immobilier reste le placement favori des Chinois faute d’alternative, mais il est au creux de la vague, entamant la confiance des ménages et bridant leur consommation. Parallèlement, la Chine a achevé son rattrapage en infrastructures : routes, lignes ferroviaires, ponts et aéroports couvrent déjà le territoire. La rentabilité marginale des investissements chute, tandis que la dette publique limite désormais les plans de relance. Les besoins liés à l’urbanisation se tassent aussi le pays atteignant les standards occidentaux. C’est bien toute la construction qui est plombée.

Le contrôle des capitaux comme frein à l’influence

Face à ces contraintes, Pékin revient à une vieille recette : miser sur sa puissance industrielle et ses exportations. Une stratégie qui alimente tensions et mesures de rétorsion, notamment de la part d’un Occident devenu beaucoup moins naïf.

Dernier obstacle : le yuan. Même s’il gagne en importance dans le commerce international, il n’est pas près de détrôner le roi dollar. La raison est simple : la Chine ne souhaite pas perdre le contrôle de sa politique de change. Tant que les contrôles de capitaux resteront en place, cela limitera la liquidité et la convertibilité du yuan.

Dire que la Chine ne pourra jamais devenir numéro un serait hasardeux. Mais être numéro un ne signifie pas seulement produire davantage : cela suppose d’imposer les règles du jeu financier, technologique et monétaire.

Sur ces terrains, les États-Unis conservent une longueur d’avance.

Alexandre Mirlicourtois

https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Qu-est-ce-qui-pourrait-empecher-la-Chine-de-devenir-maitre-du-monde
 

Publié le vendredi 28 novembre 2025

Synthèse sur l'industrie photovoltaïque chinoise : Les principaux fabricants de panneaux solaires annoncent de lourdes pertes au troisième trimestre...

Longi Green Energy, JinkoSolar et JA Solar ont chacune enregistré des pertes importantes au troisième trimestre, dans un contexte de baisse continue des prix et de niveaux de stocks élevés. Cette situation inquiète les analystes quant à une offre excédentaire et à une pression sur les marges tout au long de la chaîne d'approvisionnement photovoltaïque.

Longi Green Energy a accusé une perte nette de 833,6 millions de yuans (115 millions de dollars) au troisième trimestre 2025, contre 1,26 milliard de yuans un an plus tôt, en raison de la faiblesse de la demande et de la pression sur les prix qui ont pesé sur ses marges. Son chiffre d'affaires a reculé de 9,8 % sur un an, à 18,10 milliards de yuans. Sur les trois premiers trimestres, le chiffre d'affaires s'est élevé à 50,92 milliards de yuans, en baisse de 13,1 %, tandis que les pertes nettes ont diminué de 47,5 %, à 3,40 milliards de yuans. L'entreprise a livré 38,15 GW de plaquettes et 63,43 GW de cellules et de modules au cours de cette période. Les livraisons de la série BC ont atteint 14,48 GW, les modules HPBC 2.0 représentant 23 % du total. Le flux de trésorerie d'exploitation s'est élevé à 1,82 milliard de yuans. Longi a déclaré des réserves de trésorerie de 51,3 milliards de yuans et un passif total de 96,13 milliards de yuans, soit un ratio d'endettement de 62,4 %. Les dépréciations d'actifs pour le trimestre se sont élevées à 894 millions de yuans.

JinkoSolar a enregistré une perte nette de 1,01 milliard de yuans au troisième trimestre 2025, son chiffre d'affaires ayant chuté de 34,1 % sur un an pour atteindre 16,16 milliards de yuans. Les livraisons cumulées de modules pour les trois premiers trimestres ont atteint 61,9 GW, dont plus de 200 GW de modules Tiger Neo de type N, tandis que les livraisons de systèmes de stockage d'énergie ont dépassé 3,3 GWh. L'entreprise a maintenu ses prévisions de livraisons pour l'année 2025 à 85-90 GW pour les modules et 6 GWh pour les systèmes de stockage.

JA Solar a enregistré une perte nette de 973 millions de yuans au troisième trimestre 2025, après avoir réalisé un bénéfice à la même période l'an dernier. Son chiffre d'affaires a chuté de 34,1 % sur un an pour s'établir à 12,90 milliards de yuans. Les livraisons cumulées de modules pour les trois premiers trimestres ont atteint 52 GW, dont 18,17 GW au troisième trimestre. L'entreprise prévoit des livraisons de modules de 70 à 75 GW pour l'ensemble de l'année 2025 et anticipe une croissance plus rapide de son segment de stockage d'énergie.

Flat Glass Group a annoncé un chiffre d'affaires non audité de 4,73 milliards de yuans pour le troisième trimestre clos le 30 septembre, avec un bénéfice net attribuable aux actionnaires de 376,5 millions de yuans. Le chiffre d'affaires des neuf premiers mois de 2025 a atteint 12,46 milliards de yuans, en baisse de 14,6 % sur un an, tandis que le bénéfice a chuté de 50,8 % à 638 millions de yuans.

Xinte Energy a enregistré une perte nette de 526,88 millions de yuans pour les neuf mois clos le 30 septembre 2025, pour un chiffre d'affaires de 11,65 milliards de yuans attribuable aux actionnaires de la société cotée.

https://www.pv-magazine.com/2025/11/07/chinese-pv-industry-brief-major-solar-manufacturers-report-steep-q3-losses/

À Pékin, la consommation des ménages “en chute libre”

Les ménages de la riche capitale chinoise ne dépensent plus. En effet, les données du bureau municipal des statistiques de Pékin montrent une chute libre de la consommation sur les huit premiers mois de l’année. Plusieurs facteurs ont été évoqués par la presse sinophone comme étant la cause de cette situation.

“Quelque chose ne va pas” à Pékin, s’inquiète sur Wechat le blog “Qian Zhanggui”, qui relève la baisse continue de la consommation dans la capitale chinoise. Le 16 septembre, le bureau municipal des statistiques de Pékin a dévoilé les données du marché de la consommation de la ville de janvier à août. Les ventes au détail de cette période ont diminué de 5,1 % sur un an. Plus inquiétant encore, la baisse s’est accélérée en août, avec une chute vertigineuse de 11,4 %. “Il ne s’agit pas d’une descente ordinaire, mais d’une chute libre”, commente le blog.

Cependant, sur cette même période, de janvier à août, les ventes au détail à l’échelle nationale ont enregistré une croissance cumulée de 4,6 %, avec une légère baisse en août, mais qui demeure positive, soit une augmentation de 3,4 %. Le blog a remarqué que depuis 2024 l’écart du niveau de la consommation entre Pékin et le reste du pays se creuse de plus en plus.

La situation de l’hôtellerie et de la restauration est “particulièrement lamentable”. Au cours du premier semestre de 2025, le bénéfice total de ces deux secteurs s’est établi à 250 millions de yuans [30 millions d’euros], soit une baisse de 67 % par rapport à l’année précédente...

https://www.courrierinternational.com/article/economie-a-pekin-la-consommation-des-menages-en-chute-libre_235848

La Chine marche sur une seule jambe et c’est bien pourquoi son économie est bancale. L’objectif de 5% de croissance sera sans doute officiellement atteint, mais derrière cet affichage de circonstance, les indicateurs racontent une autre histoire : la fin d’un cycle hors norme et, pourquoi pas, entre guillemets, un certain retour à la case départ. Explications.

Le tableau des contributions à la croissance montre une économie chinoise redevenue ultra-dépendante de la performance de son secteur extérieur, qui alimente les carnets de commandes de ses usines : les exportations sont à un sommet et les excédents n’ont jamais été aussi élevés. Ils ont même franchi la barre symbolique des 1 000 milliards de dollars, soit 6% du PIB. L’impression laissée est donc celle d’une Chine redevenue l’atelier du monde, comme au lendemain de son entrée dans l’OMC fin 2001. Avec toutefois une nuance de taille : le pays a comblé tout ou partie de son retard technologique.

Une consommation intérieure en panne

En face, la demande intérieure fait pâle figure, plus particulièrement la demande des ménages. En cause : des consommateurs prudents dont la confiance a été totalement laminée par la crise sanitaire et qui ne montrent aucun réel signe de redressement depuis trois ans. Plus fondamentalement, au cœur du cataclysme, la chute des prix de l’immobilier.

Elle n’en est que plus rude après des années de spéculation effrénée. Le logement, qui concentre près de 70% de la richesse des ménages, devient désormais une source d’angoisse : les patrimoines se déprécient. Or, en Chine, posséder un logement n’est pas seulement un toit : c’est souvent la condition pour se marier, mais aussi une garantie pour les « vieux jours ».

Des plans de relance peu convaincants

Le gouvernement tente bien de relancer les achats via des plans massifs de soutien à la consommation, en les abondant toujours plus, en les ouvrant toujours davantage à une foule de biens et de services. Mais le succès reste mitigé. Il s’agit pour partie de reports d’achats vers les produits subventionnés, d’effets d’aubaine, plus que d’une nouvelle appétence à dépenser davantage.

Or, sans le soutien efficace de la demande domestique, le seul carburant des marchés extérieurs ne suffit pas à faire tourner la machine : le taux d’utilisation des capacités de production dans l’industrie manufacturière n’est 1- toujours pas revenu à son niveau d’avant la crise sanitaire et 2- reste inférieur à sa moyenne de long terme. Ce n’est pas un très bon signe pour l’investissement. C’est aussi la marque de l’héritage d’un surinvestissement, encouragé et amplement subventionné par l’État, qui a débouché sur des surcapacités.

L’Europe dans le viseur de Pékin

Tous ces déséquilibres sont perceptibles dans l’évolution des prix à la consommation, qui oscillent entre désinflation (ralentissement de la hausse des prix) et déflation (baisse). Le risque pour l’économie chinoise est donc que la panne de la consommation se prolonge alors que son premier débouché international, les États-Unis — où elle écoule directement 15% de sa production — se referme.

Les entreprises chinoises ont certes eu le temps d’affiner leur stratégie : le premier mandat de Donald Trump les avait déjà placées dans la ligne de mire. Elles se sont redéployées, sont parties à la conquête d’autres marchés et sont même parvenues à regagner quelques parts de marché.

L’Europe, en raison du niveau de vie de ses habitants, est la grande cible, et la Chine y engrange de pléthoriques excédents. Mais, comme aux États-Unis, la volonté européenne est de plus en plus de contrôler les flux entrants du « made in China ».

La Chine peut parader, elle n’en demeure pas moins économiquement fragile.

Alexandre Mirlicourtois

https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Chine-un-modele-economique-a-bout-de-souffle

 
 

Publié le jeudi 11 septembre 2025

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En Chine, “le ralentissement de l’économie devient de plus en plus évident...”

De la consommation au marché de l’emploi, du secteur de la restauration à celui de l’immobilier, le journal économique japonais “Nikkei” décortique les données officielles chinoises. Il conclut à un ralentissement continu de la deuxième puissance économique mondiale.

“Le ralentissement de l’économie chinoise devient de plus en plus évident.” Ce titre de Nikkei n’a, visiblement, pas plu à Pékin. L’article, publié le lundi 18 août dans l’édition numérique en chinois du journal japonais, a été censuré lors de sa publication sur le réseau social chinois WeChat. Pourtant, ses conclusions sont basées sur les données officielles chinoises.

Vendredi 15 août, le Bureau national des statistiques de Chine a publié les données économiques du mois de juillet. Le total des ventes au détail des biens de consommation a diminué de 0,14 % sur un mois. Si, à première vue, cette baisse n’est pas si significative – d’autant plus que la consommation demeure plus forte qu’il y a un an –, Nikkei souligne qu’elle fait suite à celle du mois de juin : c’est la première fois depuis fin 2020 que l’on constate une telle baisse deux mois consécutifs. À l’époque, l’économie chinoise était frappée de plein fouet par la pandémie de Covid-19.

“Les ventes d’automobiles ont chuté de 1,5 %”, note le titre, qui y voit “l’effet estompé des subventions” visant à encourager le remplacement des voitures à moteur thermique par des véhicules électriques.

La conscience de devoir faire des économies

Le journal japonais constate surtout un changement de mentalité chez les jeunes consommateurs chinois, durement frappés par un marché de l’emploi saturé. “La conscience de [la nécessité de] faire des économies” est en train de se renforcer chez eux.

La politique d’austérité imposée aux fonctionnaires a également un effet sur ces derniers, remarque le titre. En mai, Pékin a par exemple mis en place une directive qui interdit de servir des plats raffinés et des boissons alcoolisées lors des repas officiels. L’une des conséquences immédiates a été la baisse du chiffre d’affaires du secteur de la restauration.

La morosité ambiante ne se limite pas à la consommation. Les sept premiers mois de l’année, les investissements en immobilisations des entreprises privées (autrement dit des achats durables non immobiliers) ont diminué de 1,5 % en un an. Le marché immobilier, déjà en crise depuis quelques années, ne s’est quant à lui pas amélioré non plus, “les investissements dans ce secteur ont chuté de 12 % en un an”.

Bien qu’une série de mesures visant à stimuler la demande d’emprunt des ménages et la consommation ait été lancée le 12 août, les Chinois ne sont toujours pas prêts à dépenser. Malgré la baisse des intérêts bancaires, l’épargne continue à augmenter. Surtout, le montant des nouveaux prêts accordés par les banques était inférieur au montant des remboursements effectués par les emprunteurs, “un premier tournant depuis juillet 2005”. La baisse des prêts accordés aux ménages, tels que les crédits à la consommation et les emprunts immobiliers, a été particulièrement marquée.

La hausse de dépenses des caisses d’assurance-chômage est également un élément révélateur de la mauvaise santé économique chinoise. Les six premiers mois de l’année, ces dépenses ont bondi de 27 % par rapport à la même période en 2024, ce qui témoigne de “la détérioration des conditions d’emploi des jeunes”.

 

"La Chine est confrontée à une grave déflation : les prix à la production (IPP) ont chuté de 3,6 % en glissement annuel en juin, soit la plus forte baisse depuis juillet 2023. Il s’agit également du 33e mois consécutif de déflation à la sortie d’usine, l’une des plus longues séries jamais enregistrées. Parallèlement, l’indice des prix à la consommation (IPC) a augmenté de 0,1 % en glissement annuel, mettant fin à quatre mois de baisse. Cependant, hors métaux précieux, l’IPC est resté déflationniste. La faiblesse de la demande intérieure, les surcapacités et la guerre des prix continuent de peser sur les prix. La spirale déflationniste chinoise s’intensifie."

La Lettre de Kobeissi sur X

L'effondrement économique de la Chine et son impact sur les États-Unis....

Rares sont ceux qui sont aussi francs et historiquement précis que le gestionnaire de fonds spéculatifs Kyle Bass lorsqu'il s'agit d'identifier les ruptures structurelles de l'économie mondiale. Dans une récente interview, Bass a dressé un tableau sombre mais révélateur de la situation économique de la Chine, mettant en garde :

« Nous assistons aux plus grands déséquilibres macroéconomiques que le monde ait jamais connus, et ils atteignent tous leur paroxysme en Chine.»

Si la Chine est depuis longtemps présentée comme la prochaine grande superpuissance économique, sa trajectoire récente révèle une situation bien différente, marquée par des erreurs politiques, un effondrement financier systémique et un moteur de croissance en rapide érosion.

Bass n'a pas mâché ses mots :

« L'économie chinoise est en pleine spirale sans fin en vue.»

Le déflateur du PIB chinois, l'indicateur le plus large des prix des biens et services, continue de baisser à mesure que l'activité économique s'érode.

Pour les investisseurs du monde entier, il ne s'agit pas seulement d'une préoccupation régionale ; Il s'agit d'un événement macroéconomique dévastateur qui aura des répercussions sur les marchés financiers. Les implications sont importantes pour les investisseurs américains, car lorsque les économies mondiales vacillent, en particulier une économie aussi vaste et interconnectée que celle de la Chine, les capitaux ne disparaissent pas. Ils se déplacent. Ce mouvement aura un impact significatif sur les actifs américains, car les flux se réorientent vers le dollar américain et les bons du Trésor. Ce repositionnement mondial des capitaux n'est pas seulement un symptôme de la volatilité des marchés ; il reflète une profonde réévaluation du risque face à la détérioration de la confiance dans le système financier chinois.

Histoire de la Chine

Nous devons examiner les événements en Chine pour comprendre l'importance de ce phénomène. Bass a souligné que le cœur du problème réside dans le secteur immobilier, qui représente environ 30 % du PIB chinois. Cette part importante de l'activité économique est soumise à de fortes tensions, avec des défauts de paiement des promoteurs immobiliers, un effondrement des volumes de ventes et une baisse des prix de l'immobilier dans les grandes villes. Cela n'a rien de surprenant, car après la crise financière, nous avons écrit à maintes reprises sur la surconstruction massive des « villes fantômes », responsables de la croissance chinoise à l'époque. Cependant, l'effet « coup de fouet » de cette surconstruction massive était inévitable.

« Ils sont assis sur 60 à 70 millions de logements vacants. C'est une pyramide de Ponzi qui finit par s'effondrer.» – Kyle Bass

Cette bulle immobilière, d'une ampleur sans précédent, est en train d'éclater. Cela crée des pressions déflationnistes et sape la valeur des garanties soutenant une grande partie du système bancaire parallèle chinois.

Le refus du Parti communiste chinois de mettre en œuvre des réformes qui apporteraient plus de transparence, une discipline des capitaux et des corrections basées sur le marché ajoute à l'inquiétude. Plutôt que de laisser les marchés s'équilibrer, Pékin opte pour le contrôle par le biais de restrictions de capitaux, d'interventions de l'État et d'une surveillance accrue de l'activité financière.

« La Chine traverse une crise bancaire au ralenti, et les capitaux font tout ce qu'ils peuvent pour y échapper.» – Kyle Bass

Cette fuite des capitaux est inévitable et, comme indiqué, aura un impact significatif sur l'économie et les marchés financiers américains.

Capitaux en quête de sécurité

Cet exode de capitaux nationaux et étrangers va remodeler le paysage macroéconomique mondial. Nous avons récemment évoqué l'exagération considérable du discours sur la « mort du dollar ». Bien que cet article soit plus détaillé, cinq raisons principales expliquent pourquoi le dollar restera la monnaie de réserve mondiale :

1) Absence de monnaie alternative viable

2) Vigueur de l'économie américaine

3) Effets de réseau et inertie financière mondiale

4) Portée limitée des efforts de dédollarisation

5) Résilience face aux changements de politique monétaire

Plus important encore, le dollar domine la composition des transactions monétaires mondiales.

L'effondrement économique de la Chine ne fait qu'exacerber la dépendance mondiale au dollar américain pour les échanges commerciaux et le stockage des réserves nécessaires à ces échanges.

En temps de crise, les investisseurs ne recherchent pas le rendement, mais la sécurité. Malgré les déséquilibres budgétaires et le maintien d'un endettement élevé aux États-Unis, le dollar américain et les obligations du Trésor demeurent les principales valeurs refuges mondiales. Aucune autre alternative n'offre la même profondeur, la même liquidité et la même sécurité perçue.

Le dollar est sur le point de s'apprécier

Alors que les capitaux fuient la Chine et d'autres marchés plus risqués, le dollar américain se renforce. Ce n'est pas seulement un concept théorique ; c'est une tendance observée lors de chaque crise majeure des dernières décennies. La crise financière mondiale, la crise de la dette de la zone euro, la pandémie de COVID-19 et le conflit russo-ukrainien ont tous provoqué une forte hausse du dollar, les investisseurs recherchant la stabilité perçue du système financier américain.

Le mécanisme de ce phénomène est simple. Lorsque les capitaux mondiaux affluaient vers le dollar, ils se dirigeaient souvent directement vers les bons du Trésor américain. Les titres du Trésor demeurent le marché de la dette souveraine le plus profond et le plus liquide au monde. Comme indiqué dans ce même article, les banques centrales mondiales abaissaient leurs taux à un rythme parmi les plus rapides jamais enregistrés. À savoir :

« La BCE a procédé à des baisses agressives de ses taux, huit fois au cours du dernier cycle, tandis que la Réserve fédérale américaine maintenait son statu quo. Il en résulte une divergence croissante entre les rendements des obligations du Trésor américain et, par exemple, ceux du Bund allemand.»

Il est crucial de comprendre pourquoi cela est si crucial pour les investisseurs.

Des rendements plus élevés attirent les capitaux. Les bons du Trésor restent la réserve de réserve privilégiée, et : Les différentiels de rendement favorisent l’appréciation du dollar.

En d’autres termes, à mesure que la demande de bons du Trésor augmente, les prix des obligations augmentent et les rendements baissent. Même si les États-Unis enregistrent des déficits records et émettent d'importants volumes de dette pour financer les dépenses publiques, la demande étrangère peut compenser la pression à la baisse que cette offre pourrait autrement exercer sur les prix.

Dans un environnement mondial stable, on pourrait s'attendre à ce que l'augmentation des émissions de bons du Trésor fasse grimper les rendements. Mais dans un monde où la deuxième économie mondiale est en déclin et où la confiance dans son système financier s'évapore, les obligations du Trésor trouvent preneur non pas parce qu'elles offrent des rendements élevés, mais parce qu'elles garantissent un retour sur capital. Cette distinction est essentielle. Les investisseurs n'allouent pas leurs capitaux à la croissance, mais les réaffectent à la préservation. Ce changement de comportement a d'énormes implications pour les marchés.

L'impact déflationniste de la Chine sur les États-Unis

Cela a également des conséquences sur l'économie américaine. Les États-Unis ont énormément bénéficié de l'essor de la Chine au cours des 20 dernières années. Durant cette période, les États-Unis, par l'intermédiaire de leurs entreprises, pouvaient « exporter l'inflation » et « importer la déflation » grâce à la main-d'œuvre bon marché, à la montée de la classe moyenne et à la forte demande chinoise de matières premières et de biens. Des machines industrielles aux marques de consommation haut de gamme, la Chine était un acheteur marginal fiable pour les exportations américaines et un partenaire de production pour les chaînes d'approvisionnement américaines. À mesure que ce moteur faiblit, les bénéfices des multinationales américaines seront de plus en plus sous pression.

Un affaiblissement structurel de la Chine se traduira par une baisse du commerce mondial, une baisse de la demande de biens et services américains et un ralentissement des flux d'investissement des entreprises internationales. L'effet domino se traduira par une croissance nominale plus faible du PIB américain, même si la consommation intérieure reste résiliente. De ce fait, les marchés commenceront à anticiper un taux de croissance final plus faible pour l'économie américaine, en particulier dans les secteurs exposés à la demande internationale.

De plus, l'entrée en déflation de la Chine pourrait exporter des pressions désinflationnistes à l'échelle mondiale. Ce risque exacerbera probablement le risque que la Fed commette une « erreur transitoire ».

Ce lien entre économie et inflation ressort clairement de l'indice composite économique, qui comprend près de 100 données objectives et subjectives. Après le pic d'activité économique post-pandémie, la croissance économique continue de décliner. L'inflation étant uniquement fonction de l'offre et de la demande, il n'est pas surprenant qu'elle continue de ralentir.

Sachant que les États-Unis importent la déflation de Chine, le risque d'un impact désinflationniste plus marqué de la Chine sur les États-Unis deviendra évident dans les données économiques. Comme l'a souligné Bass :

« Il ne s'agit pas seulement d'un ralentissement cyclique. Il s'agit d'une évolution permanente vers une croissance réelle nulle ou négative.»

Cette évaluation a de profondes conséquences pour la Chine et sur la façon dont les décideurs politiques et les investisseurs envisagent la croissance mondiale pour la décennie à venir.

Conclusion

Dans ce contexte, les moteurs traditionnels de la performance des marchés, à savoir la croissance des bénéfices, les gains de productivité et l'investissement en capital, seront relégués au second plan au profit de la stabilité macroéconomique et de la gestion des risques. Les investisseurs devraient réorienter leur analyse de la question « Où puis-je investir mon capital ?» vers celle de la question « Où puis-je le protéger ? ».

Pour l'instant, la réponse semble résider dans le marché des bons du Trésor américain. Ironiquement, malgré des déficits budgétaires persistants et une impasse politique, le capital préfère les États-Unis à toute autre alternative. Cela devrait nous éclairer.

Comme nous l'avons déjà écrit à maintes reprises :

« Le capital se fiche de l'idéologie ; il se soucie de la confiance, de la liquidité et de l'État de droit.»

Lorsque la confiance dans une puissance économique importante comme la Chine s'évapore, les flux de capitaux qui en résultent ne se déplacent pas, mais se précipitent.

Les investisseurs seraient bien avisés d'y prêter attention. Le changement en cours n'est pas temporaire. Il reflète une réorganisation plus profonde du leadership économique mondial et de la tolérance au risque. Bien que les États-Unis soient confrontés à de nombreux défis structurels, ils restent, pour l'instant, la chemise la plus propre d'une pile de linge sale.

Lance Roberts | Jul 18, 2025

https://realinvestmentadvice.com/resources/blog/chinas-economic-demise-and-its-impact-on-the-u-s/

 

 

La Chine a-t-elle déjà gagné ?...

Chaque semaine, “Courrier international ” explique ses choix éditoriaux. Dans ce numéro, nous revenons sur une tendance de fond : face à un Donald Trump erratique qui s’est mis à dos une bonne partie du monde, et en dépit de ses discours triomphalistes, le régime chinois, lui, tisse sa toile patiemment. Il pourrait bien rafler la mise à long terme, analyse la presse étrangère...

On ne voit que lui, on n’entend que lui, et pourtant, on est encore loin d’une marche triomphale. Donald Trump a beau occuper tout l’espace médiatique, à force de conduire la politique américaine de façon totalement erratique, il a fini par se mettre une bonne partie du monde à dos. Et s’il sort d’une semaine où il a encore imprimé sa marque avec force, entre les bombardements des installations nucléaires de l’Iran, un cessez-le-feu providentiel présenté comme “une victoire” jusqu’au sommet de l’Otan où il a imposé ses vues aux Européens – sommés d’augmenter leurs dépenses militaires –, le monde ne semble pas beaucoup plus sûr après cette longue séquence.

Surtout, depuis qu’il a déclaré une guerre commerciale aux trois quarts de la planète – finalement mise sur pause jusqu’au 9 juillet –, menacé d’annexer le Groenland, le Canada et le canal de Panama, le président américain a donné l’impression de naviguer à vue entre un isolationnisme forcené et un impérialisme débridé, faisant fi de toutes les règles de la bienséance et surtout du droit international.

Une vision court-termiste et imprévisible qui pourrait en fin de compte profiter à son meilleur ennemi : la Chine. On l’a vu avec le conflit en Iran : Pékin “aura désormais beau jeu de présenter les États-Unis comme un acteur perturbateur et une menace potentielle pour tous les pays”, note le site de la Deutsche Welle (DW), à Berlin. Si, au nom de la “guerre préventive”, chacun peut s’affranchir des règles sans autre espèce de justification, qui pourrait reprocher à Pékin ses ambitions à Taïwan ?

On n’en est pas là et il n’a pas fallu attendre cette énième crise pour voir le rapport de force sur l’échiquier mondial évoluer. C’est l’objet de notre dossier cette semaine. Et si, à la fin, la Chine raflait la mise ? Un dossier que nous avions envisagé de publier début juin mais que nous avons dû retarder en raison de l’actualité au Moyen-Orient. Il n’en garde pas moins toute sa pertinence.

“C’est un moment auquel Xi Jinping se prépare depuis des années, explique ainsi David Pierson dans The New York Times. En avril 2020, bien avant que Donald Trump ne déclare une guerre commerciale qui devait ébranler toute l’économie mondiale, le dirigeant chinois avait exposé son projet pour prendre l’avantage face aux États-Unis.” “L’idée était de modifier le rapport de force, pour que le monde soit dépendant de la Chine, et la Chine dépendante de personne”, résume une experte citée dans l’article. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette idée a fait son chemin, même si aujourd’hui la Chine dépend encore de l’Occident pour se fournir en produits de haute technologie.

Le “deal” sur les terres rares conclu en fin de semaine dernière en témoigne : les règles du jeu ont changé et le rapport de force n’est plus depuis longtemps au seul avantage des Américains. Car si les États-Unis ont obtenu une levée des restrictions chinoises à l’exportation sur les terres rares, autorisant en échange l’exportation vers la Chine d’une gamme de semi-conducteurs stratégiques, notamment pour l’intelligence artificielle, Pékin a imposé une limite de six mois aux licences d’exportation des terres rares, gardant ainsi un moyen de pression précieux sur Washington.

Mais c’est ailleurs sans doute que tout se joue, analyse Chen Guoxiang, figure majeure des médias sinophones et ancien rédacteur en chef de plusieurs journaux, dans le magazine Yazhou Zhoukan. En Asie notamment ; et bientôt en Europe (un sommet Chine-UE est prévu le 20 juillet) ? Pékin, explique-t-il, se construit déjà en puissance centrale qui s’étend bien au-delà du continent.

“On constate une dynamique plus forte poussant à l’apparition, sur la scène mondiale, d’un camp ‘non américain’, regroupant les principales économies du globe – à l’exception, précisément, des États-Unis.”

Un camp dans lequel la Chine occuperait une place de pivot dans les relations économiques et commerciales au sein d’alliances ou de coopérations régionales.

Pour l’auteur, les “méthodes despotiques” de Donald Trump servent de repoussoir et préparent l’avènement de la Chine et d’“un siècle asiatique”. C’est tout le paradoxe de ce dossier et le signe d’un réel renversement de valeurs : comment un régime autoritaire dirigé par le dirigeant le plus dur depuis Mao en vient à passer pour un pôle de stabilité enviable. À méditer.

Claire Carrard

https://www.courrierinternational.com/article/a-la-une-de-l-hebdo-la-chine-a-t-elle-deja-gagne_232660

La nature a horreur du vide, l’économie aussi. Le désengagement des États-Unis laisse un espace libre que la Chine s’empresse d’occuper. Bien que le retrait américain ne date pas d’hier, le second mandat de Donald Trump va considérablement accélérer le processus. Cette montée en puissance de la Chine passe par son commerce extérieur et celui des investissements directs. En effet, l’économie chinoise a été le réceptacle d’importants flux et transferts de compétences en provenance des pays occidentaux, devenant ainsi un site de production incontournable, sans lequel les coûts de fabrication exploseraient. La Chine investit aussi massivement depuis de nombreuses années dans les pays émergents, dans les infrastructures des pays avancés, et noue désormais des partenariats avec des entreprises occidentales dans des secteurs clés. Autre point à ne surtout pas sous-estimer : l’Empire du Milieu est devenu un acteur central du financement des économies émergentes. Il intervient parfois comme prêteur en dernier ressort pour financer le service de la dette des États proches de la banqueroute.

Le recentrage économique américain : un tournant pour l’Afrique et la Chine

Le principal marqueur du recentrage de l’économie américaine sur elle-même a longtemps été celui de la baisse relative des exportations et importations par rapport au PIB. Certes, le 1er trimestre 2025 semble indiquer le contraire, mais il s’agit d’un épiphénomène dû à l’explosion des importations avant l’instauration de droits de douane. Un autre signe est l’effondrement du budget de l’USAID, un organisme international de solidarité créé en 1961 pour renforcer l’influence américaine. Une catastrophe pour l’Afrique, mais la Chine s’est dite prête à intervenir. La Chine, avec plus de 300 milliards de dollars d’échanges (quatre fois plus que les États-Unis), est déjà le premier partenaire commercial de l’Afrique. Elle a promis un soutien financier de 45 milliards d’euros sur trois ans, dont la moitié sous forme de prêts, lors du dernier forum sur la coopération sino-africaine fin 2024. Pékin se positionne donc comme un acteur clé du développement africain. Pékin comblera ce vide du développement.

Asie : la Chine mène l’intégration régionale

La politique de la Maison Blanche va aussi renforcer la place de la Chine en Asie. Washington, s’étant retiré des grands accords commerciaux multilatéraux (comme le Partenariat transpacifique en 2017 sous Trump 1), a laissé la Chine prendre les rênes de l’intégration régionale. Elle est au cœur du plus grand accord de libre-échange au monde, le RCEP, en vigueur depuis 2022, qui unit 15 pays d’Asie-Pacifique (dont le Japon, la Corée du Sud, l’Indonésie, l’Australie et la Nouvelle-Zélande) – sans les États-Unis, qui en sont exclus. Au total, ces nations représentent 30% de la population mondiale, environ 30% du PIB mondial, 25% du commerce international de biens et services et 31% des flux mondiaux d’IDE.

L’influence chinoise en Amérique

Plus à l’ouest, en Asie centrale, la Chine multiplie les initiatives dans d’anciennes zones d’influence américaine ou russe, mais ne s’arrête pas là et tisse aussi sa toile dans l’arrière-cour américaine. Résultat : la Chine est déjà le premier partenaire commercial de l’Amérique du Sud et le deuxième pour l’ensemble de l’Amérique latine (c’est-à-dire en incluant l’Amérique centrale et les Caraïbes). Plus de vingt pays de la région ont adhéré aux Nouvelles Routes de la Soie. Et au moment où l’aide américaine diminue, Pékin a annoncé une ligne de crédit de plus de 9 milliards de dollars pour financer des programmes de développement. Des Balkans à l’Afrique, de l’Asie au Moyen-Orient, Pékin avance ses pions là où l’influence américaine recule.

 
Alexandre Mirlicourtois

Publié le vendredi 13 juin 2025

https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Les-erreurs-de-Trump-II-accelerateur-de-la-mondialisation-chinoise

Guerre commerciale : la Chine se bat, l’Europe regarde...

L’Union européenne ne veut fâcher aucun de ses clients. Quand les deux carnivores se battent entre eux, l’herbivore se terre...

La Chine a su saisir l'aubaine que lui offre la guerre commerciale lancée par Donald Trump. Elle veut se projeter sur la scène mondiale comme l'égale et l'alternative de l'Amérique, comme la seule puissance capable de lui résister. Pour appuyer son ambition, elle est déterminée à rendre coup pour coup. Trump taxe la plupart des produits chinois au taux insensé de 145 % ; la Chine riposte en décrétant un embargo sur ses exportations de métaux rares, indispensables pour fabriquer toute une gamme de produits allant de l'automobile aux smartphones. Dans une deuxième phase, elle fait planer la menace d'une vente massive de bons du Trésor américain en sa possession : fin 2024, les acteurs chinois en détenaient pour 760 milliards de dollars. De quoi faire très mal au portefeuille des Américains.

L'Europe, elle, a réagi de façon radicalement différente. Elle fait le gros dos en attendant que l'orage passe. Washington taxe ses automobiles, son acier, son aluminium, et impose sur tout le reste, à quelques rares exceptions près, un taux uniforme de 10 % (qui doit doubler le 9 juillet prochain). En réponse, elle se contente de publier une liste de produits américains qu'elle pourrait taxer, en précisant que ce ne serait pas avant le 14 juillet, afin de laisser du temps à la négociation. Quand l'une se bat, l'autre tend la joue.

Pourtant, le grand découplage qui se met en branle entre les deux plus grandes économies de la planète n'arrange pas les affaires de l'Union européenne, bien au contraire. Le risque est grand que la Chine l'inonde de produits à bas prix qu'elle ne peut plus écouler sur le marché américain et que l'économie de l'UE en souffre. Mais elle ne veut pas avoir à choisir entre Washington et Pékin. Obéir aux diktats de Trump, ce serait se couper de l'accès au vaste marché chinois. Se rapprocher de Pékin, ce serait agiter le chiffon rouge sous le nez du président américain. Puissance avant tout pacifique et commerçante, l'Union européenne ne veut fâcher aucun de ses clients. Quand les deux carnivores se battent entre eux, l'herbivore se terre.

Soubresauts géopolitiques

La guerre commerciale est moins brutale que la guerre tout court. Elle n'en fait pas moins des dégâts considérables : fragmentation du monde, inflation, chômage… L'Organisation mondiale du commerce (OMC) anticipe un recul de 80 % des échanges entre la Chine et l'Amérique cette année. Il y a là de quoi déclencher une récession mondiale. Sur le plan géopolitique, le divorce entre les deux grandes puissances implique de nouveaux soubresauts à venir, et un possible engagement chinois encore plus marqué pour soutenir Vladimir Poutine. Déjà des mercenaires chinois ont été repérés dans les rangs de l'armée russe en Ukraine.

Le projet européen est fondé sur l'idée que l'intégration économique est bénéfique pour tous – alors que la guerre commerciale ne fait que des perdants. Ces mêmes principes avaient présidé à l'admission de la Chine à l'OMC en 2001. Les Occidentaux pensaient à l'époque que la contagion capitaliste allait inciter le Parti communiste chinois (PCC) à se démocratiser et à libéraliser. Ses dirigeants ont fait semblant d'acquiescer mais ont choisi le chemin inverse avec Xi Jinping, qui a remis l'empire du Milieu sur la voie de la dictature et qui réprime les dissidents comme à l'époque de Mao.

Alors que les Européens ont les yeux fixés sur l'Ukraine et sur Gaza, Xi Jinping avance ses pions en resserrant ses liens avec la Russie, l'Iran et la Corée du Nord. Son économie est déjà à la peine, en raison d'un endettement élevé, d'une population déclinante et d'une jeunesse qui peine à trouver des emplois. Il semble néanmoins penser que son appareil répressif sera suffisant pour contenir la colère de la population lorsque les barrières commerciales feront grimper en flèche le chômage. Il parie que Trump cédera le premier, sous la pression de l'inflation et des grandes entreprises américaines.

L'Europe pense elle aussi que le temps joue pour elle et que l'hôte de la Maison-Blanche finira bien par se rallier à l'orthodoxie économique. Elle est persuadée que l'Amérique a besoin d'elle pour gagner son bras de fer avec la Chine, de la même façon qu'elle-même a besoin de l'Amérique pour résister à Poutine. L'intérêt mutuel bien compris devrait pousser Washington et Bruxelles à travailler ensemble. Mais avec Trump à la Maison-Blanche, n'est-ce pas peine perdue ?

https://www.lepoint.fr/editos-du-point/guerre-commerciale-la-chine-se-bat-l-europe-regarde

 

La Chine s’inquiète de l’épidémie de surpoids et d’obésité qui guette..

De récentes données du ministère de la Santé chinois, corroborées par des études internationales, estiment à 65 % la part de la population chinoise qui sera en situation de surpoids ou d’obésité en 2030, soit environ 630 millions de personnes...

C’est une “course contre la montre”, annonce le South China Morning Post : “La Chine, en proie à la famine il y a six ou sept décennies, est désormais confrontée à une crise d’obésité”, avec des prévisions donnant plus de 65 % des adultes en situation de surpoids ou d’obésité d’ici à 2030.

Le ministère de la Santé chinois craint que “des maladies chroniques telles que l’hypertension, le diabète et les problèmes cardiovasculaires ne mettent davantage de pression sur le système de santé du pays”. D’où un plan triennal qu’il vient de lancer, lequel “comprend des recommandations en matière de régime alimentaire et d’exercice physique”. Le gouvernement envisage aussi l’introduction de “cliniques de gestion du poids” multidisciplinaires dans les hôpitaux de tout le pays.

Dépenses de santé

L’enjeu est immense, poursuit le South China Morning Post, car le traitement des patients en surpoids et obèses coûterait, d’ici à 2030, 418 milliards de yuans (52 milliards d’euros), soit l’équivalent de 22 % du budget national annuel de la santé, contre 8 % en 2022.

Les définitions du surpoids et de l’obésité sont légèrement plus larges en Chine, où elles correspondent à des indices de masse corporelle (IMC) de 24 et 28 respectivement – alors que les définitions de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) fixent les seuils de l’IMC à 25 et 30.

Mais quand bien même : selon une étude de la revue The Lancet publiée le mois dernier, qui utilise les critères de l’OMS, la Chine comptait, en 2021, 400 millions de personnes obèses ou en surpoids, contre 180 millions en Inde ou 172 millions aux États-Unis. Ce chiffre pourrait, selon l’étude, atteindre 630 millions d’ici à 2050.

Eau : l’idée folle de la Chine pour éviter d’être à sec...

Les ressources en eau de la Chine sont assez limitées, et les trois-quarts de cette eau sont dans le sud, alors que les régions agricoles et industrielles sont au nord. Le pays développe un projet gigantesque de transfert de l’eau du sud vers le nord, qui pose beaucoup de questions.

Figurez-vous que le pays a beau être immense, il ne possède qu’un vingtième des ressources en eau de la planète. Ressources qu’il a super mal gérées depuis des années, avec des fuites dans les infrastructures, pas de système de comptage (jusqu’à très récemment), et donc un usage totalement décomplexé, le tout n’importe comment. Et en plus, cette eau a une répartition bien spéciale sur le territoire : les trois quarts dans le sud, inondé régulièrement, pendant que l’aridité ronge le nord... Alors que c’est là, au nord, que se trouvent les régions agricoles et industrielles, et la capitale, Pékin. Il ne faudrait donc pas que les habitants comme les cultures aient trop soif.

"Le projet de transfert sud-nord"

Mais il y a une solution, à laquelle le gouvernement chinois croit dur comme fer, lancée en premier par Mao lui-même, en 1952... Une idée basée sur le principe des vases communicants : puisque le sud a plein d’eau, et même trop d’eau, facile, on n’a qu’à en transvaser une partie dans le nord (et le principe s’arrête là parce que ça ne repart pas dans le sud après). Et cinquante ans plus tard, en 2002, commençait la première étape de ce qui est officiellement appelé « le projet de transfert sud-nord ». Présentée comme la probable plus grande infrastructure de tous les temps, qui a pour but de transférer du sud vers le nord 45 milliards de m3 d’eau chaque année via trois canaux.

Alors le premier, c’est fait, depuis 2014 : « le grand aqueduc », 1 200km qui partent du fleuve Han où se trouve le gigantesque réservoir d’eau de Danjiangkou pour arriver à Pékin et alimenter la ville et ses environs en continu grâce à un système de barrages et de flux d’eau dit « gravitaire ».

Le deuxième, à l’est du premier, est un canal de 1100 km construit dans les traces du grand canal datant d’il y a plus de 7000 ans, et là c’est un système avec 20 stations de pompage qui va du fleuve Yangtsé aux autres grandes villes du nord, il est en cours de finalisation mais fonctionne déjà.

Et puis arrive la troisième étape. La troisième branche du système, elle, est promise pour 2050 max, à l’ouest du premier canal cette fois.

Possibles tensions géopolitiques à venir, mais pas que !

Et celle-là, elle ne passe pas du tout, mais alors pas du tout. Pourquoi ? Parce que ce troisième canal, qui irait aux frontières de la Mongolie intérieure, prendrait cette fois sa source dans la rivière Yi, sur le plateau tibétain, affluent du célèbre fleuve Jaune et ultra-important dans la région y compris chez les voisins qu’il contribue à alimenter en eau, que ce soit le Bangladesh, l’Inde ou même la Thaïlande ou le Vietnam.

Les habitants ne sont plus dupes et ont vu les impacts du premier canal : 330.000 personnes déplacées (au moins), et un débit en baisse à la source, en gros le sud en a marre de se faire dépouiller.

D’autant qu’il n’échappe pas au changement climatique. Et puis il y a aussi les écosystèmes naturels totalement déboussolés, avec une baisse de la population de poissons, et des maladies. Notamment la fièvre de l’escargot ou bilharziose, très préoccupante et présente dans le sud de la Chine qui pourrait donc être transférée au nord. Des parasites qui se transmettent aux humains, sans parler de la pollution possible, bref une fausse bonne idée pour des membres de la communauté scientifique, dont certains comparent ce projet à une opération chirurgicale qui ne ferait que réparer sans soigner les causes de la blessure...

La vraie bonne idée serait de mieux utiliser l’eau, réduire la consommation, renoncer aux cultures de maïs par exemple, relocaliser l’agriculture, faire des politiques de conservation, bref, revoir tout le système plutôt qu’une méga rustine à 70 milliards d’euros dont on n’a rien pensé de la durabilité, la gestion et l’entretien sur le long terme.

Mais c’est le 21e siècle, et la Chine, comme beaucoup d’autres, fait le choix de ce qui semble être la facilité... avant certainement de le payer, elle aussi, encore plus cher.

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-lutte-enchantee/la-lutte-enchantee-du-mardi-04-fevrier-2025-7771741?utm_source=firefox-newtab-fr-fr

 

Où va la Chine ? Dans le mur, si l’on en croit les consommateurs chinois. Malgré tous les efforts du gouvernement pour venir au soutien des particuliers, rien n’y fait. Inquiets, les ménages restent sur la défensive, préférant épargner que consommer ou investir dans l’immobilier. Les autorités ne ménagent pourtant pas leurs efforts : baisse des taux sur les crédits hypothécaires, réduction du stock de logements vacants via des achats publics massifs pour endiguer la baisse des prix… avec encore très peu de résultats, car ils baissent toujours et les promoteurs n’ont pas totalement soldé leurs ardoises. Or, l’investissement résidentiel est l’alpha et l’oméga des placements des Chinois, l’intégralité de leur épargne, ou presque, y est placée. Une épargne en vue de préparer sa retraite, la hausse à venir de ses dépenses de santé, etc. Une impérieuse nécessité dans un pays où les filets sociaux sont encore trop lâches pour offrir un filet de sécurité.


Le blues des ménages chinois


Pas étonnant donc que les ménages aient le blues, d’autant qu’ils doivent aussi affronter un marché du travail dégradé par rapport aux années d’avant-Covid. Cette déprime se retrouve dans la progression au ralenti du volume des ventes dans le commerce de détail, environ 3% voire moins, quand les standards avant la crise de la Covid étaient proches de 10%. Symptôme du manque de vigueur de la demande domestique, les pressions déflationnistes sont fortes : proche de zéro, la hausse des prix à la consommation fait du rase-mottes. À moins de 0,3% l’année dernière, l’inflation a été très en dessous des 3% visés par la banque centrale et la zone rouge se rapproche. Ce ralentissement de la consommation privée risque bien en outre de jouer les prolongations en 2025, le temps que l’excédent de logements s’éponge, que les prix immobiliers se redressent et qu’il faudra certainement davantage de soutien pour faire face aux vents contraires.


Une économie tournée vers l’extérieur


Comme souvent avec l’économie chinoise, une grande partie de l’année va se jouer à l’extérieur et il faut s’attendre à une nouvelle offensive commerciale. Amplement subventionnés, les industriels chinois se sont montrés particulièrement agressifs l’année dernière partout dans le monde pour s’imposer avec des prix de production cassés et un yuan compétitif face au dollar et à l’euro. Les exportations chinoises n’ont quasiment jamais été aussi fortes qu’en 2024. Compte tenu du plafonnement des importations, atonie de la demande domestique oblige, les excédents en valeurs ont quasiment atteint leur sommet historique alors même que les prix des produits exportés baissent : 992 milliards d’excédents en 2024 dont près de 300 avec les seuls États-Unis. Voilà un chiffre qui ne va pas beaucoup plaire à Donald Trump, pas plus que l’augmentation de 4% en volume des exportations de la Chine vers les États-Unis.


Le spectre du protectionnisme


C’est bien pourquoi 2025 s’annonce plus difficile pour les exportateurs, car ils vont devoir affronter le retour du protectionnisme qui viendra d’abord des États-Unis, de l’Europe, mais aussi du reste du monde émergent, qui s’agace de plus en plus à ce qu’il considère comme des pratiques déloyales. Miser sur l'extérieur devient hasardeux, ce qui éclaire davantage la volonté des autorités de soutenir l'économie, que ce soit par des mesures budgétaires ou monétaires, afin de stimuler la demande intérieure et enrayer la chute de l’immobilier. Après un miraculeux et très surprenant 5% de croissance en 2024, la Chine fera beaucoup moins bien cette année.

 
Alexandre Mirlicourtois
 
https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-La-Chine-(et-les-chinois)-sous-tension

Publié le lundi 27 janvier 2025

La Chine enregistre un excédent commercial record, signe d’un déclin qui s’annonce...

À 970 milliards d’euros, l’excédent commercial de la Chine est porté par un niveau d’exportations particulièrement soutenu, et par des importations en berne. Mais, entre des droits de douane américains à venir et une demande intérieure atone, ce chiffre apparemment rassurant cache des réalités plus abruptes.

C’est l’année de tous les records pour le commerce extérieur chinois, annonce le South China Morning Post (SCMP). Pékin a enregistré un excédent commercial de plus de 992 milliards de dollars en 2024 (970 milliards d’euros) – soit près de 19 % de plus que le précédent record, 838 milliards de dollars en 2022, rappelle pour sa part The New York Times, en commentant ces chiffres publiés ce lundi 13 janvier.

“La Chine consolide ainsi son statut de premier exportateur mondial de marchandises”, triomphe Wang Lingjun, de l’Administration générale des douanes chinoises, repris dans le SCMP. Ce sont en effet “des chiffres d’exportations robustes” qui expliquent cet excédent, avec une progression de 5,9 % en glissement annuel en 2024.

“L’augmentation des expéditions de commerce électronique transfrontalier, ainsi qu’une demande étrangère plus élevée de véhicules électriques, de batteries et de panneaux solaires, ont aidé le pays à atténuer le ralentissement de l’activité intérieure”, commente le quotidien hongkongais.

Des réalités plus prosaïques

Pour autant, ces chiffres cachent des réalités plus prosaïques : l’augmentation des exportations s’est accentuée en décembre dernier, pour s’élever à 10,7 %, soit bien plus que la valeur de 6,7 % enregistrée en novembre. Ce qui témoigne, selon l’économiste Gary Ng, de la banque d’investissement française Natixis, cité dans le SCMP, d’“un effet de concentration des exportations avant l’arrivée de Trump au pouvoir” – une sorte d’effet d’aubaine avant l’imposition, selon les promesses du président américain, de droits de douane à hauteur de 60 % sur tous les produits chinois à destination des États-Unis.

De l’autre côté de la balance, la Chine enregistre, pour la même période, une hausse relativement faible de ses importations, à + 1,1 % en glissement annuel. Une donnée qui, là encore, est en demi-teinte, poursuit Gary Ng :

“La reprise du moral des consommateurs et de l’immobilier reste lente, ce qui nuit à la demande de matières premières et alimente la substitution intérieure par des alternatives moins chères.”

“Des millions d’ouvriers du bâtiment ont perdu leur emploi, tandis que la classe moyenne chinoise a perdu une grande partie de ses économies, renchérit le New York Times. De nombreuses familles sont donc réticentes à dépenser de l’argent.”

Bref, la Chine se retrouve coincée, entre des hausses généralisées des droits de douane qui vont automatiquement grever ses exportations, et une demande intérieure encore largement atone, en tout cas parfaitement incapable d’absorber les surplus de production considérables de ses industries. De sorte que 2024, cette “année de tous les records” pour le commerce extérieur chinois, risque fort de le rester encore longtemps.

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