Le monde devient-il inassurable ?

Publié le par ottolilienthal

L'assurance ne sera pas disponible avant plusieurs mois après la fin des hostilités. Aucun trafic pétrolier ne pourra reprendre en provenance des pays hostiles à l'Iran tant que l'assurance ne sera pas disponible. Il faudra probablement compter au moins un an.

Vous avez raison de souligner que les navires ont besoin de revenus, et ils n'en généreront pas tant que la navigation ne sera pas libre. 

Les avions manquent de kérosène. Ils doivent absolument réduire leur consommation, quelle que soit la raison invoquée

Gail Tverberg, 19 04 26

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Les analystes occidentaux ont négligé un facteur clé de la perturbation actuelle : la fermeture de facto du détroit d’Ormuz, non pas imputable à l’Iran, mais à des actions liées aux États-Unis. L’Iran n’a ni fermé le détroit ni tenté de le faire, et une telle mesure serait contraire à ses propres intérêts. La forte baisse du trafic maritime dans le détroit est principalement due à l’annulation par les compagnies d’assurance des couvertures contre les risques de guerre ou à l’imposition de primes prohibitives. Face à cette situation, les armateurs et les affréteurs ont largement suspendu les transits plutôt que de risquer des voyages sans assurance, que cela reflète une coordination directe avec l’administration Trump ou simplement une réaction du marché à l’escalade des tensions.

(lu sur le blog de gail Tverberg, 23 03 26)

Après les missiles, le silence des assureurs...

On regarde les missiles. On commente les frappes. On scrute les détroits. Mais le véritable point de rupture pourrait se situer ailleurs : dans les salles de souscription de la City...

Londres ne domine plus les mers par la Royal Navy. Elle les domine par l’assurance. Lloyd’s of London souscrit environ 40 % du fret maritime mondial. Quand un port est bombardé, quand un canal se ferme, quand un navire disparaît — la facture est structurée à Londres. Et parce que 90 % du commerce mondial transite par la mer, contrôler l’assurance revient à fixer le prix du risque global. Sans assurance, pas de financement. Sans financement, pas d’économie.

Le playbook actuariel est clair : en cas de conflit, on augmente les primes, on durcit les clauses, mais on maintient la couverture. L’annulation pure et simple d’une garantie « war risk » n’est pas un ajustement tarifaire. C’est une rupture méthodologique. Elle signifie que le risque est devenu imprixable — ce qui est une autre façon de dire qu’il est devenu incontrôlable.

Or l’assurance est d’abord une industrie d’information. La profondeur du marché londonien n’a jamais reposé sur le seul capital disponible, mais sur une supériorité dans la capacité à quantifier ce que d’autres ne pouvaient pas modéliser. Si ce flux d’information se trouble — pour quelque raison que ce soit, friction diplomatique, opacité délibérée, surprise stratégique — l’effet n’est pas militaire. Il est actuariel. Un risque qu’on ne peut plus quantifier est un risque qu’on ne peut plus tarifer. Et un risque imprixable devient, par construction, inassurable.

Le danger n’est pas local. Le marché londonien fonctionne comme une référence mondiale : les grands assureurs internationaux calibrent leurs tarifs sur la cotation de Lloyd’s. Si Londres vole à vue, c’est toute la chaîne de réassurance mondiale qui vacille. Le retrait ponctuel de certaines couvertures de guerre n’est peut-être pas la crise. C’est le signal que la crise a commencé.

Les faits, ce 2 mars, sont sans ambiguïté : les principaux clubs P&I — Gard, Skuld, NorthStandard et leurs homologues — ont annulé leurs couvertures war risk dans le Golfe Persique et à Ormuz, avec effet au 5 mars à minuit, heure de Londres. Le trafic au détroit s’effondre déjà de plus de 80 % selon les données AIS. Les primes hull marine bondissent de 25 à 50 % (Marsh), tandis qu’Hapag-Lloyd facture désormais 1 500 à 3 500 dollars de surcharge par conteneur. Ce ne sont plus des signaux d’alarme. Ce sont des faits accomplis.

C’est ici que la dimension européenne devient stratégique — et inquiétante. Malgré le Brexit, l’Union demeure massivement dépendante des capacités de souscription londoniennes pour ses risques industriels lourds, son énergie, son maritime, son cyber. Si le marché londonien se contracte ou devient prohibitif, les entreprises européennes se retrouvent mécaniquement sous-assurées. Or ni Paris ni Francfort ne disposent de la profondeur de capital, de la culture de syndication ni de l’écosystème actuariel nécessaires pour prendre le relais. Construire une alternative crédible prendrait des décennies.

L’Union parle de souveraineté énergétique, numérique, industrielle. Elle ne parle presque jamais de souveraineté assurantielle. Pourtant, sans capacité autonome de réassurance, l’économie européenne dépend d’une décision prise à Lime Street. Ce n’est pas un débat technique. C’est un débat de puissance.

Trois issues sont possibles. Un simple repricing, si le marché retrouve rapidement ses repères — l’histoire plaide pour cette résilience. Une friction durable, si l’incertitude géopolitique s’installe et que les modèles actuariels peinent à intégrer la volatilité. Ou, en scénario extrême, une crise de confiance systémique dont la mécanique ressemblerait à 2008 — non par la cause, mais par la propagation : un risque qui ne circule plus et finit par se figer.

La question n’est donc pas seulement ce que fait l’Iran. La question est : Londres peut-elle encore fixer le prix du risque mondial avec la même certitude qu’hier ?

Si la réponse vacille, ce ne sont pas seulement les navires qui tanguent. C’est l’hypothèse fondatrice du système financier international — que le risque est toujours, quelque part, quantifiable — qui commence à se fissurer.

Michel Santi 03 03 2

 
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Le changement climatique n’est plus un sujet environnemental périphérique. Il est devenu une variable centrale de l’économie réelle. Pour les assureurs, il bouleverse la tarification, la sélection des risques et l’allocation du capital. Pour les États et les territoires, il redessine les équilibres économiques et financiers.

De l’aléa au risque systémique

L’assurance repose sur la mutualisation de risques rares et indépendants. Or, les catastrophes climatiques sont désormais fréquentes, corrélées et géographiquement concentrées. Ce basculement fait sortir le climat du champ de l’aléa pour l’inscrire dans celui du risque systémique. Ce qui est prévisible et répétitif n’est plus assurable au même prix - parfois plus assurable du tout.

Une dérive des coûts devenue structurelle

En France, le coût annuel moyen des sinistres climatiques dépasse aujourd’hui 5 milliards d’euros, contre 1,5 milliard dans les années 1990. L’année 2025 confirme cette tendance lourde : grêle en Île-de-France, tempêtes en Bretagne, inondations localisées. Ces montants ne relèvent plus de l’exception, mais de la norme statistique.

La prime CatNat, signal macroéconomique

La hausse de la surprime catastrophe naturelle de 12 % à 20 % au 1er janvier 2025 ne constitue pas un simple ajustement technique. Elle agit comme un signal-prix macroéconomique. Elle révèle l’incapacité croissante du système assurantiel à absorber le choc climatique sans renchérir fortement le coût de la protection.

Payer plus pour une couverture plus fragile

Cette hausse ne s’accompagne pas d’une amélioration des garanties. Franchises relevées, plafonds abaissés, exclusions élargies : les assurés paient davantage pour une protection plus conditionnelle. Le risque est progressivement transféré des assureurs vers les ménages, les entreprises et, in fine, vers la puissance publique.

Collectivités en première ligne

Les collectivités locales sont particulièrement exposées. Routes, écoles, équipements sportifs : la multiplication des sinistres alourdit les budgets locaux et fragilise les trajectoires financières. Certaines communes peinent à assurer leur patrimoine ou voient leurs primes exploser. La Cour des comptes alerte sur une vulnérabilité accrue des territoires déjà fragiles, accentuant les fractures territoriales.

Immobilier et crédit sous contrainte climatique

Dans les zones exposées aux inondations ou au retrait-gonflement des argiles, l’accès à l’assurance habitation se complique. Les garanties se réduisent, certains biens deviennent difficiles à couvrir. Cette évolution pèse sur la valeur immobilière, freine l’investissement et agit comme un facteur explicite de déclassement économique. Sans assurance, pas de crédit : les banques intègrent désormais le risque climatique dans leurs modèles, recomposant la géographie du financement.

L’État, assureur de dernier ressort

À mesure que le secteur privé se replie, l’État s’impose comme pivot du système via le régime CatNat. Mais ce rôle a un coût budgétaire croissant. Le climat n’est plus un enjeu environnemental : il est devenu un déterminant majeur des équilibres macroéconomiques, financiers et territoriaux…et en conséquence un problème budgétaire.

 
Alexandre Masure
https://www.xerficanal.com/strategie-management/emission/Alexandre-Masure-Assureurs-et-assures-face-a-la-facture-climatique

Publié le jeudi 29 janvier 2026

Le climat fait flamber les primes et menace l’assurabilité de certains territoires...
 
En 2024, les événements climatiques (tempêtes, grêles, inondations, sécheresses…) ont coûté 5 milliards d’euros aux assureurs français, plaçant l’année au 9ᵉ rang des plus coûteuses depuis la création du régime CatNat en 1982. Sur la seule assurance habitation, près de 4,6 millions de sinistres ont été indemnisés pour un montant total de 8,0 milliards d’euros.
 
Ces sinistres, de plus en plus fréquents, mettent à rude épreuve le système assurantiel et fragilisent les consommateurs, premiers exposés à la hausse des primes et à la réduction de leurs garanties.​​​​​
 
Sur les quatre dernières années, la sinistralité climatique atteint en moyenne 6 milliards d’euros par an, soit un niveau supérieur de près de 20 % aux prévisions initiales de la profession. Cette hausse structurelle se répercute directement sur les cotisations payées par les ménages.
 
À profil égal, la prime d’assurance peut varier du simple au double selon la commune. Dans les zones fortement exposées aux risques climatiques, certains ménages peinent à trouver un contrat abordable, voire une offre tout court. L’UFC-Que Choisir alerte ainsi sur l’émergence de territoires potentiellement inassurables, où les compagnies restreignent leur offre, au mépris du principe de mutualisation des risques.
 
Face à l’urgence climatique et à la dérive des coûts, l’UFC-Que Choisir appelle les pouvoirs publics à une réforme ambitieuse du système assurantiel. L’association demande :
 
- Une obligation pour les assureurs opérant à l’échelle nationale de proposer une assurance habitation à tous les ménages, quel que soit le lieu d’habitation ;
- Une fiche d’information standardisée pour comparer facilement les offres d’assurance habitation ;
- La publication par les assureurs de leur taux de redistribution en assurance habitation ;
Un raccourcissement des délais d’indemnisation et une normalisation des expertises après sinistre ;
- Une information systématique sur les risques climatiques et naturels transmise à tous les acquéreurs mais aussi à l’ensemble des locataires.
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Je pose la question suivante : « Le monde est-il en train de devenir inassurable ? » non pas en tant qu'expert du secteur de l'assurance, mais en tant que propriétaire qui ne peut plus s'assurer contre les ouragans, et en tant qu'observateur des tendances à long terme, vivement intéressé par la façon dont les risques mondiaux s'accumulent sans être vus, niés ou mal interprétés, jusqu'à ce qu'il soit trop tard pour les atténuer.

La probabilité que nous entrions dans une ère de risques globalement plus élevés augmente, et cette prise de conscience est visible dans des titres tels que ceux-ci :


Les pertes d'habitations causées par les incendies de Los Angeles annoncent « un avenir non assurable » (Time)

L'ère des catastrophes climatiques est arrivée : Preparing for a Future of Extreme Weather (Foreign Affairs)

We're in a New Era' : How Climate Change Is Supercharging Disasters (New York Times) (en anglais)

Il ne s'agit pas d'une abstraction, même si beaucoup la traitent comme un débat politique. Comme indiqué précédemment, le secteur de l'assurance n'est pas une organisation caritative et les assureurs supportent les coûts qui augmentent indépendamment des opinions et des propositions politiques.

Les assureurs opèrent dans le monde réel, et leurs décisions de se retirer de régions entières, de réduire la couverture et d'augmenter les primes sont autant de réponses à la montée en flèche des sinistres, une réalité que reflètent ces graphiques.

Les pertes augmentent avec l'inflation, bien sûr, mais les pertes augmentent bien plus que l'inflation générale.

Cela soulève un point auquel peu de gens semblent réfléchir : le monde n'est pas simplement une structure politique, et pourtant pratiquement toutes les solutions proposées à chaque problème sont de nature politique ou technologique : nous pouvons résoudre ceci ou cela politiquement, ou avec l'IA.

Le fait que le secteur privé puisse déclencher des crises qui n'ont pas de solution politique ou technologique ne figure que très rarement sur le radar des experts.

Le risque non assurable est l'un de ces problèmes.

Comme pratiquement tous les problèmes, il a été abordé comme un problème ayant une solution politique : l'État ou le gouvernement fédéral peuvent obliger les assureurs à continuer à proposer des polices qui les mettent à contribution pour des pertes catastrophiques supplémentaires et/ou à devenir des « assureurs de dernier recours ».

Le fait que ni l'une ni l'autre de ces solutions n'apporte de solution au problème réel est passé sous silence, car notre société s'est habituée à l'idée qu'il existe une solution politique à tous les problèmes.

Les autorités californiennes ont donc interdit aux assureurs d'annuler leur couverture dans les zones touchées par les incendies :

« Le commissaire aux assurances de Californie a décrété un moratoire obligatoire d'un an qui interdira aux compagnies d'assurance de procéder au non-renouvellement ou à l'annulation de la couverture des propriétaires d'habitations situées dans les périmètres ou les codes postaux adjacents des incendies de Palisades et d'Eaton dans le comté de Los Angeles, qu'ils aient ou non subi un sinistre. Le moratoire expirera le 7 janvier 2026 ».

Pour ce qui est de devenir « l'assureur de dernier recours », les États constatent que la fourniture d'une telle couverture est un gouffre financier :

Les incendies de forêt ont mis à nu la crise de l'assurance en Californie.


« Même avant les incendies de cette semaine, les responsables de la région avaient prévenu que le plan FAIR de la Californie, un assureur de dernier recours géré par l'État qui est devenu de plus en plus une source principale de couverture pour les résidents, était « à une mauvaise saison des incendies près de l'insolvabilité totale ».

Selon M. Heleniak, l'exposition du plan FAIR a grimpé de 61 % en glissement annuel pour atteindre 458 milliards de dollars à la fin du mois de septembre. La fuite des assureurs du marché californien est à l'origine de ce phénomène : Entre 2020 et 2022, les assureurs privés ont abandonné la couverture de 2,8 millions de clients d'assurance habitation, a écrit M. Heleniak.

Un problème pour les assureurs et les Californiens : Contrairement aux ouragans, les incendies de forêt sont plus difficiles à modéliser, ce qui augmente le risque.

Les problèmes exposés ne se prêtent pas à des solutions politiques ou de politique générale qui, comme par magie, ramèneraient le monde à une époque révolue où les risques étaient moindres. Les risques et les pertes ne peuvent pas être éteints, ils ne peuvent qu'être transférés à d'autres. C'est la limite intrinsèque des solutions politiques : nous prenons les risques et les pertes et les transférons à d'autres qui n'ont pas le pouvoir politique de contester ce transfert.

Ou bien nous transférons les risques et les pertes à l'ensemble du système, ce qui accroît le risque d'effondrement systémique.

Considérons les réalités de l'action en tant qu'« assureur en dernier ressort ». Le secteur de l'assurance repose sur une poignée de sociétés de réassurance qui fournissent une assurance aux assureurs si les pertes dépassent les normes prévues.

Si les réassureurs décident de ne pas offrir de couverture en raison de risques élevés ou de risques qui ne peuvent être estimés de manière fiable, l'« assureur en dernier ressort » assure lui-même toutes les pertes potentielles, ce qui signifie que si la reconstruction de la maison coûte 500 000 dollars, il faut garder 500 000 dollars en réserve, car il n'y a aucune garantie qu'un prêteur prendra le risque d'offrir un prêt hypothécaire sans une assurance conventionnelle.

Si l'État ou le gouvernement fédéral propose un chéquier ouvert - nous paierons toutes les pertes, sans poser de questions -, ceux qui paieront finalement ces factures astronomiques - les contribuables - demanderont raisonnablement : pourquoi subventionnons-nous les gens pour reconstruire dans des endroits qui ne sont manifestement plus habitables en raison de la probabilité d'un nouvel incendie, d'une nouvelle inondation ou d'un nouvel ouragan ?

En d'autres termes, l'idée même d'être un « assureur en dernier ressort » repose sur une réserve illimitée d'argent pour financer des pertes qui n'ont plus de sens sur le plan financier. Si la reconstruction d'une maison détruite par une « inondation centennale » avait autrefois un sens, maintenant qu'il y a une « inondation centennale » tous les cinq ans, reconstruire dans cette localité n'a plus de sens. Alors pourquoi les contribuables devraient-ils absorber les coûts de cet aveuglement sélectif face aux réalités des risques mondiaux croissants ?

Ce n'est pas la première fois que le changement climatique a un impact sur la civilisation qui n'est pas visible ou accepté par ceux qui vivent la transition.

Le début des années 1600 a été une ère de crises, de conflits et d'effondrements à l'échelle mondiale, en grande partie à cause du refroidissement du climat qui a réduit les rendements agricoles et donc l'apport calorique des populations, les rendant plus enclines à succomber à la maladie et plus enclines à renverser leurs dirigeants. De leur côté, les dirigeants étaient plus enclins à risquer la guerre et à prendre des décisions hâtives et malavisées qui ont accéléré les crises.

Le livre Global Crisis : War, Climate Change and Catastrophe in the Seventeenth Century de Geoffrey Parker offre un aperçu complet de ces dynamiques.

Une autre période au cours de laquelle les risques ont augmenté sans que les participants ne se rendent compte que les circonstances mondiales exerçaient une pression négative sur les économies et les sociétés a failli mettre l'Empire romain à genoux : la crise du troisième siècle, « une période de l'histoire romaine s'étendant approximativement de 235 à 284 après J.-C., au cours de laquelle l'Empire romain a failli s'effondrer en raison d'une série de guerres civiles internes, d'invasions barbares, d'une instabilité économique et d'une succession chaotique d'empereurs ».

L'émergence de la polycrise, alimentée par le changement climatique et le commerce mondialisé (qui apporte instabilité et pandémies en même temps que les marchandises), a été habilement décrite par Kyle Harper, dans cet article du magazine Smithsonian


Comment le changement climatique et la peste ont contribué à la chute de l'Empire romain
et dans son livre de 2019, The Fate of Rome : Climate, Disease, and the End of an Empire.

 

Notre époque est imprégnée de l'orgueil du « no limit » : il n'y a pas de limites à l'ingéniosité humaine, et donc pas de limites à ce que nous pouvons faire dans le monde réel. L'idée que la nature impose des limites qui se manifestent sous la forme de limites financières - allez-y, imprimez 100 000 milliards de dollars pour financer chaque proposition « sans limites », mais cela détruira la valeur de tout l'« argent » que nous créons pour financer le « sans limites » - est inacceptable.

À une époque où l'on était moins allergique aux limites et où l'on était plus enclin à faire face aux réalités financières, les gens acceptaient qu'il était insensé de construire plus que des cabanes saisonnières le long des côtes sujettes à la dévastation. Abandonner les résidences permanentes avec air conditionné et tous les luxes de la vie moderne parce qu'ils n'ont plus de sens financier est un sujet tabou.

J'ai longtemps pensé que le monde avait été béni par plus de 60 ans de climat favorable, et que nous avions donc été bénis par plus de 60 ans d'excédents agricoles à l'échelle mondiale. Il semble que cette époque soit en train de se terminer et nous ne sommes pas encore préparés à cette éventualité : la nourriture pourrait devenir non seulement rare, mais chroniquement rare.

Comme je l'ai déjà indiqué, des robots alimentés au diesel peuvent parcourir les champs en détruisant les mauvaises herbes à l'aide de lasers, mais quel est l'intérêt de cette technologie s'il ne pleut pas ou si des vents violents et des pluies torrentielles détruisent la récolte ? Le fait qu'il y ait des limites à nos pouvoirs technologiques est également tabou.

Le diesel ne fournit pas la bonne quantité de pluie, et l'IA non plus.

Ce n'est pas un hasard si la Bastille a été démolie au moment où le prix du pain est devenu inabordable. La rareté, la pénurie, la hausse des prix et l'illusion d'une « absence de limites » se renforcent mutuellement. Et comme les participants ne comprennent pas ou refusent d'accepter la nature de cette nouvelle ère de risques croissants, ils cherchent des boucs émissaires dans ce qu'ils comprennent : la politique, les politiques et le transfert des pertes et des risques à d'autres.

Comme j'ai souvent cherché à l'expliquer, le transfert des pertes et des risques à l'ensemble du système semble éteindre le risque en le diluant dans un pool de ressources plus large. Ainsi, les pertes déclenchées par la crise financière mondiale de 2008 ont été absorbées par l'ensemble du système financier et de l'économie, des pools de ressources suffisamment importants pour diluer les pertes au point de maintenir l'illusion que le risque avait disparu.

Mais le risque ne disparaît pas, il est seulement transféré, et la façon dont il se manifeste repose sur des interactions complexes, des chaînes de dépendance, une optimisation excessive et l'érosion de la résilience. Les risques d'un effondrement financier mondial n'ont pas disparu en 2009 ; ces risques ont été transférés au système dans son ensemble, un transfert qui se poursuit encore aujourd'hui, car les risques s'accumulent de manière systémique, ce que peu de gens voient ou osent reconnaître.

Cette même réticence à reconnaître les risques systémiques est évidente dans les chaînes d'approvisionnement mondiales, dans l'approvisionnement alimentaire mondial et dans tous les autres systèmes étroitement liés et fortement interconnectés dont nous dépendons.

Le monde est-il en train de devenir inassurable ? La réponse est oui, à deux égards. D'une part, une grande partie de ce que nous considérons comme un droit divin n'a plus de sens sur le plan financier et, en fin de compte, les coûts liés au maintien d'un statu quo qui ne correspond plus aux limites du monde réel devront être couverts en prélevant des ressources et des capitaux sur quelque chose d'autre que nous considérons comme l'héritage de Dieu.

Cela se résume au scénario classique dans lequel nous voulons trois choses mais sommes limités à en choisir deux. Lorsque les risques systémiques commenceront à se manifester, nous en serons réduits à en sauver une et à en sacrifier deux. Si nous refusons d'accepter ce triage, nous finirons par ne rien sauver.

L'autre raison pour laquelle le monde devient inassurable est qu'une grande partie de ce que nous tenons pour acquis - des ressources, des produits, de la nourriture et du carburant abondants et abordables, par exemple - n'est pas garantie et ne peut être assurée par des moyens politiques ou technologiques.

Cela ne nous empêchera pas de poursuivre les extrêmes hubristiques du « no limit », mais cette poursuite accélérera l'effondrement rendu inévitable par le transfert de tous les risques au système.

La réserve de ressources n'étant pas infinie, les risques ne peuvent plus être dilués.

 

Charles Hugh Smith
11 janvier 2025

https://charleshughsmith.substack.com/p/is-the-world-becoming-uninsurable

Réchauffement climatique : les collectivités sont-elles devenues inassurables ?...

 

Depuis quelques mois, les assurances multiplient les résiliations de leurs contrats avec les collectivités. Celles-ci sont forcées de repenser leur politique de gestion du risque climatique

La tuile est tombée le 31 décembre 2023. Résiliation unilatérale du contrat. Dans cette commune de bord de mer de la périphérie de La Rochelle, c’est la stupéfaction. « Pendant un mois, la Ville s’est retrouvée sans assurance », déplore Tony Loisel, le maire d’Aytré (17).

Comme des centaines de collectivités, la commune essuie un mouvement de retrait des assurances. Covid, risques climatiques, émeutes urbaines, les communes n’ont plus la cote auprès des compagnies. Plus d’un millier de collectivités seraient aujourd’hui en difficulté avec leur assureur.

https://www.sudouest.fr/environnement/climat/rechauffement-climatique/rechauffement-climatique-face-aux-resiliations-brutales-imposees-par-les-assureurs-comment-s-adaptent-les-collectivites-19059404.php

Bill McKibben et le secteur des assurances

Dans son dernier Substack post, Bill McKibben se penche sur la crise de l’assurance provoquée par un climat plus chaud. Il soutient que l’assurance est le lubrifiant qui rend le commerce possible. La perte d’assurance crée des frictions dans le système économique et il avertit que les frictions peuvent conduire à l’effondrement de parties importantes des économies locales, nationales et mondiales.

McKibben n’est pas une voix qui pleure dans le désert. La semaine dernière, le Wall Street Journal a publié un article intitulé « Buying Home and Auto Insurance Is Becoming Impossible ». Voici les premiers paragraphes:

Après qu’Allstate a subi des milliards de dollars de pertes et n’a pas obtenu les augmentations de taux qu’il voulait, il a eu recours à l’option nucléaire. Le géant de l’assurance a menacé l’automne dernier de cesser de renouveler l’assurance automobile pour les clients de trois États qui n’avaient pas cédé à ses demandes, ce qui aurait laissé les titulaires de police se démener pour obtenir une couverture. Les États ont cligné des yeux.


En décembre, le New Jersey a approuvé des augmentations de taux d’assurance-automobile pour Allstate de 17 % en moyenne et pour New York de 15 %. Les organismes de réglementation en Californie permettent à Allstate d’augmenter les taux d’assurance automobile de 30 %, mais n’ont toujours pas décidé de sa demande d’augmentation de 40 % des taux d’assurance habitation après que l’assureur a refusé de souscrire de nouvelles polices. Pour de nombreux Américains, obtenir une assurance pour leurs voitures et leurs maisons est passé d’une routine, généralement une dépense gérable, à une épreuve qui peut peser sur les budgets des ménages.

Les assureurs ont connu certaines des pires années de leur histoire. Les dommages catastrophiques causés par les tempêtes et les feux de forêt en sont l’une des principales raisons. La dernière décennie de catastrophes naturelles mondiales a été la plus coûteuse jamais enregistrée. Les températures plus élevées ont aggravé les tempêtes et contribué à des sécheresses qui ont accru le risque de feux de forêt. Trop de nouvelles maisons ont été construites dans des zones à risque d’incendie. À mesure que les pertes augmentaient, l’inflation ne faisait qu’empirer les choses, augmentant le coût de réparation ou de remplacement des voitures ou des maisons.


McKibben sur le modèle actuariel

Bill McKibben dit : « L’assurance semble un sujet ennuyeux, jusqu’à ce que vous y réfléchissiez un peu. C’est la partie (énorme) de l’économie qui est affectée à la compréhension du risque. Et pour ce faire, elle a mis au point l’une des technologies les plus puissantes de toute l’histoire de l’humanité : la table actuarielle. En l’utilisant, l’industrie peut prédire ce qui va se passer — prévoir avec suffisamment de précision pour permettre à tout le monde de se protéger financièrement contre ce risque.

« Sans cette couverture, il devient presque impossible d’investir dans une maison ou une entreprise. Le changement climatique détruit cet outil, parce qu’une table actuarielle dépend de son pouvoir sur le monde qui se comporte plus ou moins comme par le passé. Comme l’a écrit le Wall Street Journal, « le changement climatique a rendu plus difficile pour les assureurs de mesurer leurs risques, poussant certains à exiger des primes encore plus élevées pour se protéger contre les pertes futures. »

Une fois que la capacité de prédire les pertes futures disparaît, le secteur de l’assurance s’effondre parce qu’il n’a aucun moyen de savoir comment établir le risque avec précision. Cela cause des frictions dans le monde du commerce. Si ces frictions deviennent assez fortes, le système s’effondre.

Cela se produit déjà. Récemment, Forrester Research a prédit que « les changements climatiques déstabiliseront l’industrie mondiale de l’assurance ». Les conditions météorologiques de plus en plus extrêmes feront en sorte qu’il sera plus difficile pour les compagnies d’assurance de modéliser et de prédire les expositions, de calculer avec précision les réserves, d’offrir une couverture et de payer les réclamations, a déclaré le rapport. Par conséquent, il a déclaré que « plus d’assureurs quitteront les marchés en plus des États à enjeux élevés comme la Californie, la Floride et la Louisiane ».

Le PDG d’Allstate, Tom Wilson, a déclaré : « Il y aura des déserts d’assurance. » Les déserts d’assurance, où les entreprises du secteur privé ne vendront plus de polices d’assurance habitation régulières, se développent déjà dans les zones à haut risque. Citizens, qui est l’assureur de dernier recours de la Floride, est maintenant le principal fournisseur d’assurance habitation dans cet État.

Pourtant, Citizens a une bombe cachée dans ses polices d’assurance qui fait de tous les titulaires de police Citizens coassureurs les uns pour les autres. Si les citoyens subissent une perte catastrophique dans une partie de l’État, cela peut forcer les titulaires de police dans d’autres parties de l’État à mettre de l’argent supplémentaire pour compenser cette perte. Peut-être que cette forme d’assurance socialisée est une façon sensée de faire face à une crise d’assurance qui touche tout un État, mais il y a de fortes chances que pas un client sur dix connaisse ou comprenne cette disposition de sa police.


SwissRe Prédictions De 2005

En 2005, Swiss Re, l’une des plus grandes sociétés de réassurance au monde, a embauché une équipe de Harvard pour modéliser les effets du réchauffement accru de la planète. Il a constaté qu’à mesure que les tempêtes et autres perturbations deviennent plus fréquentes, elles « submergent les capacités d’adaptation des pays même développés. De vastes régions et secteurs deviennent non assurables. Les investissements majeurs s’effondrent et les marchés s’effondrent. »

« Les temps de retour abrégés des événements extrêmes » est une expression assez fade, dit Bill McKibben. C’est plutôt inoffensif, un peu comme « les objets dans le miroir peuvent être plus proches qu’ils n’apparaissent », mais c’est une très bonne légende pour l’instant. Là où il vit, au Vermont — que certains considèrent comme un « refuge climatique », l’État est aux prises avec des inondations et des tempêtes qui augmentent rapidement. L’an dernier, un porte-parole de Green Mountain Power a dit : « Nos trois pires tempêtes ont eu lieu l’an dernier. »

En effet, certaines parties des pays développés connaîtraient des conditions de pays en développement pendant des périodes prolongées en raison de catastrophes naturelles et d’une vulnérabilité croissante en raison de la fréquence croissante des événements extrêmes, écrit McKibben.  « Les propriétaires incapables d’obtenir une assurance abordable constituent un problème en soi, mais ce qui est vraiment présage, c’est ce que l’équipe de Harvard a décrit – un ralentissement de l’économie qui finit par provoquer de réels changements. » Voilà votre friction en un mot.


Pas de larmes pour l’industrie de l’assurance

Bill McKibben dit qu’il n’y a aucune raison de pleurer pour les compagnies d’assurance. Au cours des dernières décennies, elles ont été l’une des principales sources de financement de l’industrie des combustibles fossiles, cette même industrie qui a injecté dans l’atmosphère des milliards et des milliards de tonnes de dioxyde de carbone et de méthane. directement aux changements climatiques qui rendent aujourd’hui de vastes régions du monde non assurables.

Non seulement ils savent comment faire payer des primes plus élevées, dit-il, mais ils ont contribué à créer cette crise. « Avec le plus grand bassin de capitaux d’investissement de la planète, ils ont continuellement aidé à financer l’expansion des combustibles fossiles, et ces mêmes entreprises continuent de financer les projets de pipeline et les terminaux d’exportation de GNL qui les réalisent. »


C’est seulement une question d’affaires, disent les entreprises. Mme Wilson, d’Allstate, a déclaré allègrement récemment : « Nous ne pouvons pas nous permettre d’utiliser l’argent des actionnaires… pour soutenir un produit sous-évalué. » De telles attitudes ont amené McKibben à ressusciter une citation attribuée à Vladimir Ilitch Lénine : « Quand viendra le temps de pendre les capitalistes, ils nous vendront la corde. »


McKibben suggère que nous ne devrions pas pleurer pour nous-mêmes non plus. Après tout, l’assurance est un luxe disponible principalement pour les personnes dans les endroits qui ont provoqué la crise climatique. La plupart des pays du monde se sont attaqués à ce problème sans aucune aide, un fait qui nous a été rappelé cette semaine lorsqu’un rapport de l’ONU a annoncé que la grande majorité des pays pauvres sont actuellement aux prises avec la sécheresse. « Les sécheresses opèrent en silence, souvent sans être remarquées et sans provoquer une réponse publique et politique immédiate », a écrit Ibrahim Thiaw, chef de l’agence des Nations Unies qui a publié les estimations dans son avant-propos du rapport.

Les nombreuses sécheresses dans le monde surviennent à un moment où les températures mondiales sont record et où les prix des denrées alimentaires augmentent, car l’invasion russe de l’Ukraine, impliquant deux pays qui sont d’importants producteurs de blé, a bouleversé les chaînes d’approvisionnement alimentaire mondiales, punir les plus pauvres du monde.

« L’énorme élan de l’économie mondiale commence à se heurter à l’énorme friction des changements climatiques. Si nous travaillions tous de bonne foi pour construire des systèmes qui pourraient absorber le choc, nous aurions une chance. Mais en ce moment, l’industrie des combustibles fossiles pousse la pédale au plancher. En réaction à l’année la plus chaude des 125 000 dernières années, l’industrie a lancé une campagne publicitaire à huit chiffres la semaine dernière pour promouvoir l’idée que les combustibles fossiles sont « vitaux » pour la sécurité énergétique mondiale », rapporte McKibben.


À retenir

Ce qui importe, c’est que nous empoisonnons notre environnement avec les déchets des combustibles fossiles et refusons de reconnaître les dommages que nous faisons à notre maison. Mon voisin qui célèbre les combustibles fossiles vit sur une île-barrière en Floride qui est menacée par la combustion de combustibles fossiles, mais il refuse de voir à quel point sa position est intenable.

Il n’est pas seul. L’énormité de l’énigme climatique ne s’est pas encore posée et le temps venu, il pourrait bien être trop tard pour faire quoi que ce soit. Quand cela se produira, combien crieront : « Si seulement j’avais su! » L’industrie de l’assurance est au courant depuis au moins deux décennies, mais elle continue d’avancer vers un avenir sombre axé uniquement sur la valeur pour les actionnaires, comme s’il n’y avait aucune valeur pour une planète durable. Si ces sociétés géantes ne peuvent pas ajuster leur comportement pour faire face à une menace connue, comment les gens ordinaires sont-ils censés le faire?

 

Au moins cinq grands assureurs de biens américains - dont Allstate, American Family, Nationwide, Erie Insurance Group et Berkshire Hathaway - ont déclaré aux autorités de régulation que les conditions météorologiques extrêmes causées par le changement climatique les avaient conduits à cesser de souscrire des garanties dans certaines régions, à exclure des protections contre divers événements météorologiques et à augmenter les primes mensuelles et les franchises.
 
Les principaux assureurs affirment qu'ils excluront les dommages causés par les ouragans, le vent et la grêle des polices couvrant les biens situés le long des côtes et dans les régions touchées par les incendies de forêt, selon une enquête volontaire menée par l'Association nationale des commissaires d'assurance, un groupe de fonctionnaires d'État qui réglementent les tarifs et les polices d'assurance.
 
Les assureurs sont également plus enclins à abandonner les polices existantes dans certaines régions qui deviennent plus vulnérables aux catastrophes naturelles. La plupart des couvertures d'assurance habitation sont annuelles, ce qui signifie que les assureurs ne sont pas liés à elles pour plus d'un an.
 
Cela signifie que les personnes et les familles vivant dans des endroits autrefois considérés comme à l'abri des catastrophes naturelles pourraient perdre des protections d'assurance cruciales alors que leur exposition aux catastrophes naturelles s'étend ou s'intensifie à mesure que les températures mondiales augmentent.
 
"Les mêmes risques qui rendent l'assurance plus importante la rendent plus difficile à obtenir
 
(par adrien couzinier)
https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/pfbid0ooXX7nvXvdJYWPkPVB49FRn21NGDExKAZ1wJNJuvSKgxnJjPXimGyw7yTpF4fzsLl?ref=embed_page
Les comptes du réassureur Scor plongent dans le rouge

Le réassureur Scor a vu son résultat net basculer en territoire négatif l'an dernier, essuyant une perte de 301 millions d'euros, selon ses résultats publiés jeudi, au terme d'une année 2022 dantesque marquée notamment par le coût des catastrophes naturelles. "Les résultats annuels du groupe sont très décevants", a reconnu dans un communiqué le président emblématique de la société Denis Kessler, qui veut ouvrir une nouvelle page en 2023 et retrouver le chemin de la rentabilité. L'année 2022 a été marquée "par une fréquence élevée de catastrophes naturelles et d'autres événements d'origine climatique, notamment les inondations en Australie, l'ouragan Ian aux Etats-Unis, les tempêtes de grêle en France et l'une des pires sécheresses de l'histoire du Brésil", a détaillé la société, dont l'activité consiste à assurer des assureurs.

La branche de réassurance dommage, SCOR Global P&C, s'en trouve logiquement très affectée. Si elle a enregistré une hausse de ses primes brutes émises de 13,5% à taux de change constants l'an dernier, son ratio combiné, indicateur clé qui rapporte le montant des primes encaissées aux remboursements effectués, s'élève à 113,2%. Lorsque ce ratio est supérieur à 100, les assureurs et réassureurs se trouvent en terrain déficitaire. Les primes brutes émises, équivalent du chiffre d'affaires, ont par ailleurs augmenté à l'échelle de l'entreprise l'an dernier de 4,9% à taux de change constants par rapport à 2021, à 19,7 milliards d'euros.

Le groupe renoue cependant avec les bénéfices en fin d'année, avec un bénéfice net de 208 millions d'euros au dernier trimestre, une petite consolation après les trois premiers dans le rouge. Le conseil d'administration entend continuer sur cette tendance en 2023. Il a pour cela procédé fin janvier à la nomination d'un nouveau directeur général, en la personne de Thierry Léger, actuel responsable de la souscription du groupe Swiss Re. Il prendra ses nouvelles fonctions à partir du 1er mai.

Malgré ses pertes, Scor proposera à ses actionnaires le 25 mai lors de l'assemblée générale un dividende de 1,40 euro par action, en baisse par rapport au 1,80 euro proposé l'an dernier. Seront présentées à cette occasion "les grandes lignes" du "plan stratégique", souligne M. Kessler, afin de le "mettre en œuvre sans délai avec une grande détermination".

 

 

https://www.capital.fr/entreprises-marches/les-comptes-du-reassureur-scor-plongent-dans-le-rouge-1461807

Dérèglement climatique : face aux aléas, les primes d'assurance habitation pourraient exploser

Les nombreux épisodes de canicule à venir pourraient causer des dégâts considérables sur les habitations, fissures sur les murs, sols asséchés. Face à ces aléas climatiques, les primes d'assurance habitation pourraient exploser d'ici à vingt ans.

Un soleil de plomb et des catastrophes qui s'enchaînent partout en France. Résultat : des maisons fissurées, détruites ou inondées. Face au dérèglement climatique, assurer son habitation coûte de plus en plus cher. Cela représente une augmentation de 34 % en dix ans. La facture pourrait continuer de flamber : en 40 ans, le coût des sinistres liés aux aléas climatiques a été multiplié par quatre pour atteindre 4 milliards d'euros en 2021.

Des surcoûts qui varient selon les régions

Les surcoûts varient selon le lieu d'habitation. "Dans les zones qui sont les plus concernées, donc le sud-est, PACA, Occitanie, c'est là qu'on voit que les hausses ont été les plus importantes depuis 2010 : presque 40 % en PACA", explique Stéphanie Duraffourd, porte-parole d'Assurland.com. Si aucune mesure n'est prise pour améliorer la qualité des constructions, certains professionnels estiment que les primes d'assurance habitation pourraient exploser de 113 % à 200 % d'ici à vingt ans. 

M.Justet, A-C.Le Sann, A.Guin, S.Lisnyj, C.Apiou - France 3
France Télévisions

https://www.francetvinfo.fr/economie/pouvoir-achat/logement/dereglement-climatique-face-aux-aleas-les-primes-d-assurance-habitation-pourraient-exploser_5210893.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20220622-[lesimages/image3]

Quels risques pour le monde de demain ?

AXA publie le Future Risks Report, qui fait l’inventaire des risques menaçant notre planète. Le changement climatique et le risque cyber sont en tête des préoccupations

Âmes sensibles s’abstenir. En effet, voilà une lecture qui est à déconseiller fortement aux personnes déjà anxieuses au sujet de l’avenir de la planète. Le Future Risks Report d’AXA, qui en est à sa huitième édition et qui est publié ce mardi 28 septembre, propose un tour d’horizon de tous les risques qui pèsent sur nos sociétés aujourd’hui. Cette étude mondiale, réalisée en partenariat avec l’institut d’études Ipsos et le cabinet de conseil d’analyses géopolitiques Eurasia Group, mesure et classe l’évolution de la perception des risques émergents vue par un panel d’experts en gestion des risques mais aussi par l’opinion publique.

La méthodologie a consisté à demander à 3 500 experts du risque et à 20 000 sondés choisis dans le grand public de classer par ordre d’importance les risques suivants : le changement climatique, le risque cyber, les pandémies et les maladies infectieuses, l’instabilité géopolitique, le mécontentement social et les conflits locaux, les ressources naturelles et la biodiversité, les menaces sur la sécurité et le terrorisme, les risques d’instabilité financière, les risques macroéconomiques, les risques liés à l’intelligence artificielle et au big data. « Notre conviction est que l’aversion au risque augmente dans la population et notre objectif, en tant qu’assureur, est de prendre conscience des risques futurs pour pouvoir les anticiper de la manière la plus efficace possible », assure Frédéric de Courtois, directeur général adjoint finance et investissements, gestion des risques, stratégie et réassurance cédée d’AXA.

Le changement climatique, risque numéro un

Alors que l’année 2021 a été marquée par la tempête hivernale au Texas, les inondations et les incendies en Europe de l’été, les risques liés au changement climatique apparaissent sans surprise en tête du classement global. Le risque pandémique, qui occupait la première place dans le même rapport l’an dernier – crise du Covid-19 oblige –, redescend à la troisième place du classement des experts mais reste en tête des préoccupations du grand public. En ce qui concerne le risque climatique, il est intéressant de noter que la prise de conscience est plus forte en Europe que sur les autres continents. Ce risque n’occupe que la troisième place en Asie et au Moyen-Orient, et seulement la quatrième en Afrique.

Après le climat vient en seconde position le risque cyber, avec l’explosion du nombre des attaques informatiques et des demandes de rançons qui peuvent déboucher sur la fermeture de services essentiels et d’infrastructures critiques. On se souvient de la cyberattaque qui avait visé l’hôpital d’Arles en août dernier et avait rendu difficile la prise en charge des patients. Pour la première fois, ce risque prend la tête du classement aux États-Unis et la seconde place dans toutes les autres géographies. En troisième position, le risque des pandémies et des maladies infectieuses. La pandémie de Covid-19 a un impact durable sur le sentiment de vulnérabilité face aux risques de santé. Plus de 70 % de sondés se disent préoccupés par les risques de maladies infectieuses, maladies chroniques, et l’impact de l’exposition à long terme aux substances toxiques.

Des partenariats public-privé pour couvrir les grands risques

Avec ce rapport, AXA lance le débat de la couverture de ces grands risques. « Le coût global des risques augmente, continue Frédéric de Courtois. Nous, assureurs, allons continuer à jouer notre rôle et à affronter ces risques, mais il faut mettre en place de nouveaux modes de coopération au niveau international ainsi que des partenariats entre le secteur public et le secteur privé. » En clair, les assureurs auront de plus en plus de difficultés à assurer seuls tous les risques, sauf à mettre en péril leur solvabilité. C’est tout le sens de l’annonce qu’a faite le président Macron lors d’un déplacement dans les Alpes-de-Haute-Provence le 10 septembre dernier. Il a annoncé la création d’un système d’assurance récoltes, doté de 600 millions d’euros par an. Ce fonds permettra de financer le système de solidarité nationale pour les pertes les plus graves, comme celles liées au gel du printemps dernier, ainsi que de subventionner en partie les assurances pour les risques moyens. Car aujourd’hui moins de 30 % des agriculteurs sont assurés contre les aléas climatiques…

Marie Bordet 28/09/2021

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