le temps des lapins

Publié le par ottolilienthal

"Chouette, le dîner est annulé": cette épidémie mondiale d'annulations de dernière minute qui soulage... et préoccupe...

Annuler ses rendez-vous à la dernière minute est devenu courant, notamment aux États-Unis, où la pratique, appelée “flaking”, engendre un soulagement immédiat. Ce désengagement social pourrait toutefois renforcer l'isolement à long terme.

Il fut un temps où manquer un rendez-vous nécessitait une excuse solide : certificat médical, urgence familiale, impératif professionnel. Les choses ont changé, note aujourd'hui Business Insider, qui constate qu'aux États-Unis, les annulations, souvent à la dernière minute, sont désormais davantage acceptées et courantes. Mieux encore, celles-ci sont parfois espérées et vécues comme une libération par ceux qu'elles concernent.

Dans un sondage YouGov réalisé en juin 2022, 36 % des personnes interrogées déclaraient régulièrement accepter un dîner ou rendez-vous longtemps à l’avance, pour finalement se rendre compte, à l’approche de la date, qu’elles n’avaient pas la moindre envie d’y participer. Le chiffre grimpait à 56 % chez les 18-29 ans.

Une société du désengagement ?

L’annulation de dernière minute, il faut le reconnaître, peut procurer un soulagement immédiat : qui dit dîner reporté, dit cela : plus besoin de se préparer, de gérer le trajet, d’affronter la foule ou d'assurer la conversation pendant trois heures. “En termes de soulagement instantané, annuler des plans, c’est comme prendre de l’héroïne. C’est une sensation incroyable”, commentait en 2012 l'humoriste John Mulaney dans un spectacle de stand-up.

Le confort, pourtant, est trompeur. Chaque rendez-vous esquivé, analysent les experts, renforcerait au final une dynamique d’isolement, souvent inconsciente. “Annuler un plan, c’est une forme de rejet social. On se persuade que l’on gagne du temps ou de l’énergie, mais à long terme, cela nous éloigne des autres”, résume William Chopik, professeur de psychologie à l’université du Michigan.

Le phénomène est si répandu que les Anglo-saxons lui ont donné un nom : le flaking. Ou la flakiness. Soit un manque de fiabilité, qui, rappelait The Guardian en 2024, conduit les hommes et femmes du troisième millénaire à se désengager sur un coup de tête, souvent à la dernière minute, et pour des raisons relativement banales.

Le temps passé seul, d'ailleurs, ne cesse d’augmenter aux États-Unis, si bien qu'on évoque aujourd'hui "une épidémie de solitude" dans le pays. En 2010, les Américains passaient en moyenne 5,6 heures par jour en solitaire ; en 2023, ce chiffre a grimpé à près de 7 heures. La pandémie a renforcé cette sédentarisation sociale : pour certains, le monde extérieur est devenu une source d’inconfort, dont ils préfèrent se dispenser dès que l'occasion se présente. Les réseaux sociaux et nos quotidiens ultra-connectés achèvent de brouiller les pistes : annuler un dîner chez un ami pour rester chez soi ne signifie pas forcément qu'on passera la soirée seul, coupé du monde.

Dîners annulés

Ce désengagement ne touche pas seulement les relations amicales. Il affecte aussi l’économie. Les restaurants, lassés des réservations fantômes, durcissent leur règlement et instaurent désormais des frais d’annulation. 28 % des participants ayant répondu à une enquête menée par OpenTable en 2021 aux États-Unis ont déclaré ne pas s’être présentés à une réservation au cours de l’année écoulée.

Face à la prolifération de ces désistements (dit “no-shows” en anglais), les restaurateurs entrent en résistance. En 2024, la plateforme de réservation Resy indiquait que 12 % des établissements américains imposaient désormais des pénalités aux clients qui ne se présentaient pas. En Suisse, révélait il y a peu le média NZZ, les clients qui réservent une table dans les établissements zurichois sans honorer leur engagement doivent quant à eux payer de 50 à 200 francs suisses (de 53 à 215 euros).

Notre motivation à honorer nos engagements doit-elle son unique survie à la crainte d'une pénalité financière ? Loin s'en faut. En tant qu'individus, conclut Business Insider, nous devrions aussi accepter une chose que le luxe moderne s'applique à nous faire éviter : l'inconfort. Ressentir un peu d’inconfort — que ce soit pour aller à une fête qui ne nous enthousiasme pas ou nous rendre chez un ami — peut s'avérer bénéfique à long terme. À la clé, une rencontre inattendue, une expérience agréable… Rien que ne puisse proposer, en revanche, le fait de préférer rester tranquillement chez soi avec son écran de smartphone ou de télévision.



Johanna Seban Journaliste Voyage
 

https://www.geo.fr/voyage/chouette-le-diner-est-annule-comment-les-desengagements-de-derniere-minute-deviennent-la-norme-dans-le-monde-224961?utm_source=firefox-newtab-fr-fr

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Santé : les médecins montent au créneau face à la multiplication des rendez-vous non honorés

Certains patients n'hésitent pas à ne pas honorer leurs rendez-vous chez le médecin, sans prévenir. De quoi désorganiser les cabinets. Certains médecins aimeraient pouvoir créer des listes noires de patients indélicats. 

En voyant sa patiente dans la salle d'attente, le docteur Walid Mekeddem est presque soulagé. Depuis son installation il y a six mois à Paris, le généraliste doit faire face à une prolifération d'annulations. Les patients non seulement ne viennent pas, mais ne préviennent pas. "Si par exemple je prends hier après-midi, j'en ai eu cinq. Cinq lapins", confie-t-il. Il y a deux semaines, il a exprimé son ras-le-bol sur les réseaux sociaux. "J'ai l'impression d'être le bouffon du roi", a-t-il notamment écrit.

Des patients privés de rendez-vous

Les lapins désorganisent son emploi du temps, et privent les autres patients. "Tous les jours, on reçoit des demandes de rendez-vous urgents, auxquels on est obligé de répondre [qu'il] n'y a pas de place. Finalement, 4-5 heures plus tard, on se rend compte qu'il y a 3-4 personnes qui ne sont pas venues, et qui auraient pu libérer leur rendez-vous pour les personnes qui ont appelé en urgence", explique le Dr. Mekeddem. Des généralistes aux ophtalmologistes, aucune discipline n'est épargnée. 97% des médecins font face au problème des rendez-vous non honorés. Côté patients, 31% des 25-34 ans avouent avoir déjà posé un lapin. 

Le phénomène s'est accéléré avec l'essor de la prise de rendez-vous en ligne. Pour tenter d'enrayer le problème, les plateformes envoient des rappels 24 heures avant le rendez-vous. Certains praticiens décident toutefois de limiter leurs créneaux en ligne. 

A.Jolly, J.Ricco, A.Fuzellier, F.Bohn, K.Annette, - France 2
France Télévisions
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