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Antonio Turiel

Publié le par ottolilienthal

Antonio Turiel affirme qu'une baisse de 30 % de la production pétrolière serait « une catastrophe », mais qu'elle n'affecterait pas toutes les régions du monde de la même manière...

Sans aucun doute, l'un des principaux défis que la science devra relever d'ici 2030 ou 2032 est de mettre fin à notre immense dépendance au pétrole. À cette fin, les scientifiques ont déjà commencé à étudier des alternatives renouvelables telles que l'hydrogène, bien qu'une étude de l'université de Stanford suggère que cette molécule, en apparence inoffensive, pourrait avoir un impact climatique inattendu, ou encore les batteries au sable, une technologie qui vise à remplacer le pétrole en faisant circuler du sable chauffé entre des silos.

De plus, plusieurs experts de renom ont déjà averti que la production de cette source d'énergie non renouvelable connaît un réel déclin et que cela pourrait avoir des conséquences catastrophiques.

Parmi ces experts figure Antonio Turiel, chercheur espagnol au CSIC (Conseil supérieur de la recherche scientifique espagnol). Dans une récente interview, il a déclaré que tout porte à croire que la production pétrolière pourrait chuter jusqu'à 30 % dans les années à venir, et que cela pourrait devenir « une tragédie aux proportions bibliques » si cette chute brutale des prix du pétrole brut se concrétisait.

Selon Turiel, si l'Espagne veut surmonter la crise pétrolière, elle doit renforcer l'euro.

Turiel a déclaré qu'une baisse de 30 % de la production pétrolière serait « une catastrophe », la plus forte baisse de production observée au siècle dernier ayant eu lieu pendant la Seconde Guerre mondiale, suite à une diminution de 20 % de la consommation.

Par ailleurs, Antonio Turiel a précisé que cette baisse n'affecterait pas tous les pays de la même manière, citant le changement climatique en exemple, qui impacte bien plus des régions comme la Colombie et la Bolivie que l'Espagne. À cet égard, Turiel affirme : « Nous allons voir comment les effets se répartissent dans le monde. » En effet, « nous ne connaîtrons peut-être pas une baisse de 30 %, mais plutôt de 5 % », ce qui causera tout de même des dommages importants. Mais bien sûr, « d'autres pays pourraient subir une baisse de 50 %, ce qui rendrait le monde beaucoup plus instable », car « certains de ces pays, confrontés à une instabilité extrême, pourraient être des producteurs de matières premières essentielles pour nous. »

Dans le cas précis de l'Espagne, ce scientifique affirme que pour surmonter la future crise pétrolière, un facteur crucial, et pourtant souvent négligé, est la perte de crédibilité de l'euro en tant que monnaie de réserve. En effet, comme l'explique Turiel, si « les gens commencent à le rejeter, nous aurons un réel problème », car « le coût de la vie deviendra aussi élevé pour nous que pour de nombreux autres pays ».

Cela signifie que tant que « nous continuerons à payer avec une monnaie forte, les répercussions se feront sentir ailleurs ». Turiel précise également que la baisse de la production pétrolière se poursuivra jusqu'en 2030. Il explique que ce déclin a débuté en 2005 avec une chute de 14 %, tandis que si l'on inclut la production totale de carburants, la tendance à la baisse a commencé en 2018 avec une perte de 3 %, « ce qui est relativement faible, mais surtout, la croissance est ralentie et cela pose déjà problème ».

David Freire

Créé le : 25 août 2026

https://www.larazon.es/tecnologia-consumo/ciencia/antonio-turiel-cientifico-csic-caida-petroleo-30-es-drama-proporciones-biblicas-llega-materializarse_202608256a8d7789ae2f3735da12705b.html

 

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"Il n'y a pas de transition énergétique, il y a une « guerre » pour les dernières ressources de la planète"

Le physicien et chercheur Antonio Turiel, de l'Institut des sciences marines du CSIC (Conseil supérieur de la recherche scientifique espagnol), affirme qu'aucune transition énergétique n'est en cours et que ce qui se passe à l'échelle mondiale est une « guerre pour les dernières ressources de la planète ».

« Tout ce que vous croyez savoir est faux. Rien n'est comme vous le pensez. Il n'y a pas de transition énergétique ; elle est vouée à l'échec, et la situation est bien plus critique qu'il n'y paraît, car nous assistons à une véritable guerre pour les dernières ressources », a-t-il averti lors de sa participation à un cours à l'Université internationale Menéndez Pelayo cette semaine.

Pour le physicien, la crise climatique que connaît la planète est « très grave » en raison des émissions de gaz à effet de serre qui ont entraîné une hausse de la température moyenne de 1,55 degré Celsius par rapport au niveau de référence établi au milieu du XIXe siècle, et cette hausse s'accélère.

Le capital au détriment de l'efficacité

Le modèle privilégié vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre par la décarbonation, qui, comme l'a expliqué Turiel, consiste à consommer la même quantité d'énergie, mais en trouvant des sources capables de remplacer les combustibles fossiles actuellement utilisés.

« Le seul critère important est que ces nouvelles sources d'énergie émettent moins de carbone, mais il s'agit d'une exigence non pas technique, mais politique. Nous voulons remplacer les combustibles fossiles par d'autres sources d'énergie qui ne produisent pas de gaz à effet de serre : les énergies renouvelables », a-t-il expliqué, ajoutant que ce modèle n'est pas le plus efficace pour la production d'électricité, mais qu'il l'est pour le capital.

Ce modèle ne fonctionne pas, a-t-il affirmé, et « est voué à l'échec » car il présente de nombreux problèmes d'irréalisabilité qu'il juge insurmontables.

Turiel plaide pour un autre modèle 100 % renouvelable « mais sans limites », car le modèle actuel impose une quantité maximale d'énergie pouvant être produite.

Dégradation vitale

Le scientifique prédit que la bioénergie et le biogaz joueront un rôle plus important comme combustibles dans les années à venir.

Si cela « ne pose pas de problème à l’échelle locale », leur développement à grande échelle deviendrait problématique « en raison de leur forte pollution et de leur faible valorisation ».

Par ailleurs, Turiel a averti que l’été prochain « sera bien pire que celui-ci » et que dans certaines villes du sud de l’Espagne, les températures atteindront « 50 degrés Celsius », un niveau qu’il juge incompatible avec la vie humaine...

Délégations EFE Verde 22 août 2026

 

 

 

 

« En Espagne, nous avons frôlé la catastrophe à plusieurs reprises, mais personne n’en prend conscience. »

Antonio Turiel, docteur en physique théorique, spécialiste des océans, des politiques énergétiques et de l’économie, et chercheur à l’Institut des sciences de la mer (CSIC) de Barcelone, fait figure de prophète inquiétant. Il ne prédit pas la fin des temps, mais plutôt la fin de l’abondance, une expression que l’on doit à Emmanuel Macron. On parle de rationnement, déguisé en « mesures d’économie », les entreprises stratégiques sont nationalisées, le totalitarisme néolibéral d’extrême droite s’est installé, la guerre continue et le génocide est retransmis à la télévision. On entend des avertissements insidieux : « des temps nouveaux, des temps sauvages », comme le chantait Jorge Ilegales, s’annoncent. Turiel aborde ces questions et bien d’autres dans « La Fin des saisons ? Raisons de la décroissance et de la rébellion de la science » (CTXT), écrit en collaboration avec Juan Bordera et Fernando Valladares.

La fin de l'abondance est-elle une bonne nouvelle ?

Cela dépend de la manière dont elle est gérée. « La fin de l'abondance » est une expression utilisée par Macron pour évoquer la pénurie d'eau en France. Il a commencé à en parler, mais l'époque de l'abondance est révolue. Le débat que nous devons avoir porte sur le modèle de gestion de cette fin de l'abondance que nous souhaitons adopter. Le principal problème est que la fin des énergies fossiles est très manifeste…

Mais c'est un fait connu depuis cinquante ans…

Exactement, depuis cinquante ans, mais c'est une question que les économistes classiques préfèrent éviter, et ils ont eu tendance à la minimiser et à la ridiculiser. Or, il ne s'agit pas de spéculation : son plafond géologique est une observation. On a déjà constaté que de nombreux pays ont atteint leur limite d'extraction pétrolière, un phénomène qui se produit désormais à l'échelle planétaire. Dans le cas du pétrole, le pic d'extraction – nous parlons de pétrole brut conventionnel – remonte à 2005, il y a 19 ans. Dix-neuf ans, je le répète, ce n'est pas nouveau. À cette époque, 70 millions de barils étaient extraits quotidiennement ; aujourd’hui, ce chiffre est tombé à 60 millions. Il a diminué de 12 % et le déclin s’accélère.

Mais des substituts du pétrole ont fait leur apparition…

En effet, face à la pénurie de pétrole brut conventionnel, des substituts ont été introduits. Grâce à certains traitements et procédés, on obtient un produit qui, plus ou moins, fonctionne comme le pétrole, mais qui est plus coûteux à produire et dont les performances économiques et énergétiques sont moindres. Nous avons pu nous débrouiller avec ces substituts jusqu’en 2018, année de pic de production combinée de pétrole conventionnel et de substituts. Depuis, cette production a diminué de 4 % par rapport à 2018 et continue de décliner rapidement. L’Arabie saoudite a annoncé qu’elle renonçait à ses projets d’expansion de la production, car ils ne sont pas rentables ; l’extraction du pétrole devient de plus en plus coûteuse. C’est évident : si l’on dépense plus d’énergie que l’on n’en reçoit, on n’y gagne rien, ni énergétiquement ni économiquement. Cela vaut pour toute matière première.

Même pour l’uranium, qui semble pourtant indispensable ?

Y compris l’uranium. Les partisans de l'énergie nucléaire ignorent que, parmi toutes les ressources énergétiques non renouvelables, l'uranium est la moins performante. Ses réserves ont atteint un pic en 2016 et ont depuis chuté de 23 %. C'est la ressource qui s'épuise le plus rapidement, en raison de ses caractéristiques géologiques. Ils nous affirment que la planète possède d'énormes réserves d'uranium. Mais c'est comme dire : « Il y a une grave sécheresse, mais ce n'est pas un problème, car l'air est saturé d'eau ; il suffit de la condenser et de l'utiliser. » Le coût énergétique d'une telle opération est exorbitant ; elle n'est pas rentable. Il en va de même pour l'uranium. Il est certes présent en grande quantité dans la nature, mais son extraction est extrêmement difficile ; il est dispersé, et de plus, nous savons que l'on ne peut pas payer n'importe quel prix pour l'énergie, sous peine de voir l'économie s'effondrer. En tant que physicien, je l'expliquerai autrement : si l'on consomme plus d'énergie qu'on n'en produit, cela n'en vaut pas la peine.

« Une croissance infinie sur une planète aux ressources finies est insensée, voire impossible. »

Autrement dit, les ressources s'épuiseront, mais pas d'un coup.

Non, absolument pas, cela ne va pas s'arrêter brutalement. Nous entrons dans une phase de déclin progressif. Nous sommes confrontés à un processus inévitable d'épuisement des ressources énergétiques et matérielles, dicté par la géologie et la thermodynamique. Il existe des limites à la production maximale, des limites infranchissables ; ce n'est pas une question de technologie. On observe d'ailleurs d'immenses efforts pour nier cette réalité, car elle a des conséquences sur le modèle de transition énergétique proposé, mais c'est ainsi.

Nous savions que ce que nous vivons et observons allait se produire ; le problème réside dans la manière dont nous le gérons. Pour l'instant, il semble que l'idée néolibérale formulée par Juan Bordera prévale : « Chacun pour soi ». C'est scandaleux. Ceux d'entre nous qui parlent de décroissance savent qu'elle doit être planifiée et démocratique. L'inflation n'est pas la décroissance ; c'est l'appauvrissement. Nous devons réduire notre production, surtout les pays riches, car les pays du Sud, de toute façon, devront croître, et nous devons ralentir pour leur laisser la place. Comment gérer ces ressources qui s'amenuisent sans que la société n'en souffre ? C'est possible, c'est faisable.

Nous élevons la voix pour proposer des solutions, et on nous traite de fossoyeurs. Techniquement, il est possible de gérer la situation, de maintenir un niveau similaire à celui d'aujourd'hui avec les ressources existantes ; c'est un problème social et culturel, un problème inhérent au modèle de société actuel. La raison ultime de ce refus est la préservation du capitalisme. L'idée que ce système doive être remplacé par un autre est un sujet tabou. Le capitalisme exige une logique de croissance soutenue, mais une croissance infinie sur une planète aux ressources finies est insensée, en plus d'être impossible.

Il y a quelques semaines, Salvador Illa affirmait, au sujet de la sécheresse qui frappe la Catalogne, que « le diagnostic ne peut être celui de la décroissance ».

Bien sûr, bien sûr, ce qu'il propose, ce sont les Jeux olympiques d'hiver, la construction d'un casino et l'ajout d'une troisième piste d'atterrissage en bord de mer. Voilà sa proposition. Mais c'est bien que la décroissance soit abordée, même si c'est pour la tourner en dérision, car cela signifie que nous sommes sur la bonne voie.

Le fait que les différents sommets sur le climat soient sponsorisés par de grandes entreprises est-il irresponsable, cynique ou illusoire ?

Cela démontre l'inutilité pratique de ces sommets. Je n'attendais rien de la dernière COP, mais elle a réussi à me décevoir. Les sponsors ne sont que la partie émergée de l'iceberg ; le problème le plus important est que le lobby des énergies fossiles a constitué la plus grande délégation, et le plus significatif est que le président de la COP était le PDG d'une compagnie pétrolière. C'était flagrant. C'est décevant et extrêmement grave. Nous sommes à un tournant extrêmement critique. Nous avons terminé l'année 2023 avec une température moyenne de 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels. Et cela sans même parler de la température de surface de la mer, nettement supérieure à la moyenne.

« Nous sommes confrontés à un déclin inévitable de nos ressources énergétiques et matérielles, dicté par la géologie et la thermodynamique. »

Ce problème – la température alarmante de la mer – est quasiment passé sous silence par les médias… Pourtant, c'est un problème extrêmement grave. La mer est l'élément lent du système climatique. Elle absorbe les deux tiers du CO2 émis dans l'atmosphère et 90 % de l'excès de chaleur lié au changement climatique. La mer ne peut plus rien absorber. Et pourtant, personne n'en parle. À quoi bon documenter la catastrophe si rien n'est fait ? La mer n'a qu'un seul moyen de libérer son énergie : par l'atmosphère, par les tempêtes.

Des phénomènes incroyables se produisent, comme la tempête Daniel, l'une des pires de ces dernières années. Elle a commencé comme une tempête, s'est dirigée vers la Grèce et a déversé 1 000 litres d'eau par mètre carré en deux jours – l'équivalent de deux ans de précipitations. En deux jours seulement. Elle a détruit 25 % des terres agricoles grecques, certaines étant irrémédiablement ravagées par le ruissellement. Sans parler des victimes. Puis elle a traversé la Méditerranée en direction de la Libye. En traversant une zone où la température de la mer atteignait 31 °C, la tempête s'est intensifiée, devenant un cyclone tropical méditerranéen.

Lorsqu'une tempête bien structurée, sans tendance à se dissiper, traverse des zones où la température de la mer dépasse 28 °C, un processus de rétroaction se produit : la mer lui transfère de l'énergie et la tempête se transforme en ouragan. Les ouragans se forment en mer. Ces tempêtes deviennent des ouragans de plus en plus fréquemment. Il y a vingt ans, ce phénomène, le cyclone tropical méditerranéen, n'était qu'une simple possibilité scientifique. Il y a dix ans, le premier cyclone de ce type s'est produit sur le continent américain ; il y a sept ans, on en comptait déjà plusieurs. Daniel a touché terre en Libye, déversant 400 litres d'eau par mètre carré en six heures, sur un territoire ravagé par la guerre civile, et a rompu deux barrages, emportant des maisons entières dans la mer. Il a causé 13 000 morts et 10 000 disparus.

Ceci n'est qu'un exemple. On peut également citer la tempête tropicale Otis, qui a dévasté Acapulco. Le même scénario s'est reproduit : débutant comme une tempête tropicale, elle a traversé une zone de températures marines élevées et, en 24 heures, est devenue un ouragan de catégorie 5, la plus élevée possible, avec des vents soutenus de 260 km/h et des rafales atteignant 310 km/h. Elle a frappé Acapulco et l'a dévastée ; aucun bilan officiel des victimes n'est encore disponible, bien qu'on l'estime à plusieurs milliers. En Espagne, nous avons frôlé la catastrophe à plusieurs reprises, mais la prise de conscience reste insuffisante.

On parle des morts causées par l'urgence climatique (événements météorologiques extrêmes, déplacements forcés de population, sécheresses, famines, etc.), mais quel est son impact sur la santé mentale ?

Je suis physicien, pas spécialiste de la santé mentale, mais je peux vous dire qu'en plus de ce que vous avez mentionné, qui a également un impact sur la santé mentale, il y a le stress climatique lui-même, dont nous souffrons tous lors de ces nuits tropicales où le repos nous est impossible, l'angoisse causée par cette situation d'incertitude dans les lieux où un phénomène extrême s'est produit, comme lors du passage de Daniel, et, bien sûr, l'éco-anxiété dont souffrent les scientifiques et les experts qui passent leurs journées à rechercher et à collecter des données sur l'urgence climatique.

Tout au long du livre, un appel constant à la désobéissance civile se fait entendre. Comment cela se manifeste-t-il ? Comment ces processus nécessaires de reconstruction et d’autogestion sont-ils mis en place ?

On observe des interventions, comme celle menée par quinze membres de Rébellion scientifique, qui ont jeté de la peinture au Congrès des députés et ont écopé de 21 mois de prison pour dégradation de biens et perturbation de la session parlementaire – des accusations qui, grâce à Meritxell Batet, alors présidente du Congrès, se sont révélées infondées. Leur action fut en réalité bien timide ; ils ont même apporté de l’eau pour nettoyer. Rébellion scientifique fait désormais l’objet d’une enquête pour activités criminelles. Les quinze membres ont été libérés sous caution et attendent leur procès. La répression est très forte ; on dérive vers le totalitarisme. L’opinion publique est surprise, on pense à de simples farces, à des excentricités… mais des actions comme celle-ci alimentent le débat.

La désobéissance civile attire l’attention des médias sur un sujet ignoré du reste du pays. Rosa Parks a refusé de céder sa place à un Blanc. Elle a passé une journée en prison, mais elle a fait bouger les choses. Elle a ouvert le débat, un sujet que personne n'avait osé aborder jusque-là. Elle a désobéi. Quand je parle de désobéissance civile, je fais référence à la nécessité d'accroître la participation de la société civile à la prise de décision sur les questions cruciales. L'une des concessions de Macron pendant la crise des « gilets jaunes » a été la convocation d'assemblées citoyennes : une centaine de citoyens tirés au sort pour délibérer sur un sujet, écouter différents experts et prendre des décisions.

L'Espagne avait déjà organisé une assemblée citoyenne sur le climat, mais personne n'en avait connaissance. Ses conclusions n'étaient pas contraignantes, mais elles étaient très pertinentes. Les gens ne sont pas dupes. Si on leur donne des informations, qu'ils peuvent les vérifier et qu'ils écoutent des experts et des scientifiques, ils tirent leurs propres conclusions. L'une des résolutions de cette assemblée, approuvée par 87 % de ses membres, stipulait que l'éducation à la décroissance était nécessaire, une résolution qui est restée lettre morte.

Les citoyens informés prennent des décisions qui profitent à la majorité mais vont à l'encontre des intérêts à court terme des puissants acteurs économiques. La société civile doit reconquérir les espaces de participation et de dialogue partout où des décisions sont prises, sans être influencée par des puissances économiques uniquement préoccupées par leur propre profit.

« La société civile doit reconquérir les espaces de participation et de dialogue partout où des décisions sont prises. »

Tel un tour de passe-passe, l'urgence climatique se focalise sur les émissions de CO2 ou le retour sur investissement énergétique, ce qui n'est pas le problème le plus urgent, tandis que nous sommes pris au piège du langage, avec des expressions comme « capitalisme vert »…

On agit ainsi pour vendre un discours qui sert les intérêts du grand capital. La question reste toujours la même : comment agir sans nuire au grand capital économique ? Il semble que le changement climatique soit notre seul problème environnemental. Selon une étude du Stockholm Resilience Centre (SRC), menée par 16 000 chercheurs et portant sur l'analyse des limites planétaires – ces seuils au-delà desquels la survie de l'espèce humaine serait menacée –, nous avons déjà franchi six des neuf limites planétaires définies. Le changement climatique, toujours extrêmement grave, n'est pas le pire.

Le problème le plus grave est la pollution chimique, due aux plastiques, aux métaux lourds et aux polluants organiques persistants.

Le deuxième problème le plus grave n'est pas non plus le changement climatique, mais la perte de biodiversité, un sujet rarement abordé.

Le troisième problème le plus grave n'est pas non plus le changement climatique, mais la perturbation des cycles biogéochimiques, qui affectent la croissance des algues et des plantes, provoquent des déséquilibres en phosphore et en azote et créent des zones mortes dans l'océan. On peut citer l'exemple de Murcie. Ces cycles appauvrissent également les sols. Tous les problèmes environnementaux ne sont pas liés au changement climatique et, bien sûr, la lutte contre celui-ci ne se résume pas à la simple réduction des émissions. Il est nécessaire de réduire les émissions, mais il faut faire bien plus. Il ne s'agit pas seulement de maintenir son activité tout en émettant moins, mais peut-être de la réduire encore davantage.

Nous sommes également confrontés à un mensonge : celui selon lequel la décarbonation passerait uniquement par l'investissement dans un modèle de substitution énergétique par les énergies renouvelables. On encourage fortement l'électricité renouvelable industrielle, alors même que son inefficacité est avérée. La consommation d'électricité en Espagne, en Europe et dans les pays de l'OCDE est en baisse depuis 2008. Nous consommons moins, mais nous installons toujours plus de systèmes de production d'électricité ; le marché est saturé. Alors, comment expliquer la hausse du prix de l'électricité ? Il y a une surproduction, et nous continuons d'installer des centrales électriques.

La production d'énergie renouvelable, éolienne et solaire, présente de nombreuses limites, à commencer par sa qualité. On croit souvent que le mix énergétique actuel peut être remplacé par les énergies renouvelables, mais c'est une illusion. Les énergies renouvelables sont intermittentes ; elles sont parfois disponibles, parfois non. Le problème, c'est que leur production fluctue, générant des pics, et il faudrait une centrale capable de réagir rapidement à ces pics pour stabiliser la tension, ce qui est loin d'être simple. Pour cela, rien qu'en Espagne, il faudrait 80 % de la production mondiale de lithium.

 

 

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Nous pratiquons un modèle de transition qui ne fonctionne pas. La hausse du coût des matières premières est indéniable, car le diesel devient de plus en plus cher, mais il s'avère qu'en outre, les grandes centrales électriques tombent en panne, et nous continuons de vendre de l'hydrogène vert et des voitures électriques. Les voitures électriques ne peuvent pas être produites en masse, tout comme l'hydrogène vert ne peut pas remplacer les combustibles fossiles car il est très peu efficace ; ce n'est pas une source d'énergie fiable. On utilise beaucoup d'énergie pour le produire, et il y en a beaucoup d'autres perdues, et selon son utilisation, ces pertes continuent.

Nous misons sur ce modèle car c'est le seul espoir de survie du capitalisme ; il nous permet de gagner du temps en attendant un miracle technoscientifique qui nous permettra de maintenir le rythme. Nous attendons des énergies renouvelables qu'elles se comportent comme les combustibles fossiles, ce qui est impossible. Certes, les énergies renouvelables sont plus démocratiques ; elles sont distribuées plus ou moins partout, mais en petites quantités. On essaie de les concentrer, ce qui entraîne d'énormes pertes et une grande inefficacité, puis on les transporte, ce qui engendre encore plus de pertes. Non, ça ne marche pas. Ne nous leurrons pas. L'an dernier, malgré des installations d'énergies renouvelables record, les émissions de CO2 ont elles aussi atteint des niveaux records. Rien n'est compensé. La priorité est de maintenir à flot les entreprises de construction – n'oublions pas que nous vivons dans un pays aux aéroports vides et aux autoroutes désertes, avec des parcs d'énergies renouvelables abandonnés. L'important, c'est de construire. Et cette construction est financée par les fonds Next Generation EU – 146 millions d'euros – en oubliant commodément que la moitié se présente sous forme de subventions et l'autre moitié sous forme de prêts. Nous sommes aveugles à l'énorme vision à court terme et nous ignorons les preuves de plus en plus nombreuses que ce modèle ne fonctionne tout simplement pas.

Esther Peñas 27 05 2024

https://ethic.es/entrevista-antonio-turiel

La fin des saisons ? (article écrit en 2023, toujours d'actualité, avec beaucoup d'informations)

Les températures extrêmes et des phénomènes tels que l'ouragan Daniel indiquent que nous approchons d'un point de non-retour climatique. Il est fort probable qu'en 2023, nous franchissions le seuil de 1,5 °C.

« Celui qui, par hasard, arrête le monde en sera le sauveur. » (Émile Zola)

Nous tirons une telle fierté de nos immenses avancées techniques qu'elles sont devenues une sorte de credo : la technologie viendra toujours au secours du progrès. Pourtant, nous hésitons à affronter un sentiment de plus en plus évident : la « locomotive de l'histoire » que nous chevauchons est en réalité un train à grande vitesse — et il file si vite qu'il ne reste guère de gares où la nature, ainsi que nous tous, passagers, pourrions descendre. Nous le ressentons déjà : sur notre peau ruisselante de sueur lors de nuits tropicales interminables et sans sommeil ; dans les récoltes défaillantes qui font grimper le coût de la vie ; et dans les incendies, inondations, ouragans et tempêtes de grêle dont l'intensité et la fréquence ne cessent de croître. Et ce n'est qu'un début. Nous avons tellement appuyé sur l'accélérateur que l'atmosphère devient irrespirable et que les quatre saisons semblent désormais réduites à deux. La métaphore du « train à grande vitesse » prend une double signification de plus en plus sinistre.

Plus de bois. Plus de charbon. Plus de pétrole. Plus de minerais — même lorsque les ressources viennent à manquer. Plus, et plus vite. Plus de progrès et, bien sûr, plus de croissance. Toujours. *Ad infinitum*. Par conséquent, les anomalies et les phénomènes météorologiques extrêmes se multiplient eux aussi. Désormais, le mois de septembre n'est plus qu'un mois d'été comme les autres. Et octobre est bien parti pour le devenir également.

L'état du climat planétaire est tout sauf normal.

Septembre fut un mois — au sein d'une année 2023 inoubliable — que l'histoire retiendra inévitablement. En Libye, la tempête Daniel — transformée en véritable ouragan méditerranéen après avoir traversé une zone aux eaux anormalement chaudes — a déversé un tel déluge au cœur du Sahara que les inondations qui en ont résulté ont coûté la vie à près de 10 000 personnes, tandis qu'autant d'autres sont toujours portées disparues. Cet événement figure parmi les pires catastrophes de mémoire d'homme pour la région méditerranéenne. Pourtant, avant cette tragédie, cette même tempête avait déjà dévasté la Grèce : l'équivalent de deux années de précipitations est tombé en seulement deux jours, entraînant la perte d'un quart des terres arables du pays pour une durée indéterminée.

Il a été confirmé qu'une étendue de banquise de la taille de l'Argentine a disparu en Antarctique.

Une nouvelle alarmante nous parvient de l'Antarctique : après la fin de l'hiver austral, il est confirmé qu'une surface de banquise équivalente à celle de l'Argentine fait défaut, tout simplement parce que l'océan est trop chaud. Pire encore, nous savons désormais que la calotte glaciaire couvrant l'ouest de l'Antarctique a entamé un processus d'effondrement irréversible (même si nous cessions immédiatement toute émission). La seule question qui subsiste est de savoir si l'élévation du niveau de la mer de cinq mètres qui en résultera se produira en quelques décennies ou, espérons-le, sur deux siècles environ. En Amazonie, une sécheresse massive accélère un processus menaçant de faire basculer l'un des écosystèmes de forêt tropicale les plus cruciaux pour l'équilibre climatique mondial au-delà d'un point de non-retour ; une fois ce seuil franchi, sa transformation en savane deviendrait irréversible. Il est fort probable qu'en 2023, nous dépassions — temporairement ou non — la limite de réchauffement de 1,5 °C.

Ce phénomène survient bien plus tôt que prévu et dépasse en gravité toutes les prévisions des modèles. Bien qu'il faille peut-être attendre des années pour obtenir une confirmation officielle, la Terre nous adresse déjà un avertissement clair : ne nous fions pas aveuglément aux modèles. Ce processus ne sera ni linéaire ni prévisible. Acapulco en a fait la douloureuse expérience après avoir été frappée par l'ouragan Otis, une tempête de catégorie maximale qui s'est formée en moins d'une journée, déjouant tous les pronostics. De même, les températures que nous connaissons en Espagne — même en octobre — n'ont échappé à personne. Aux Canaries, des cours ont dû être annulés. En plein mois d'octobre. Voilà la chaleur et les conditions météorologiques auxquelles nous sommes désormais confrontés. Nous avons également connu, à plus petite échelle, nos propres versions de Daniel et Otis : le cyclone Bernard s'est intensifié de manière inattendue au large du Portugal, coûtant la vie à deux personnes et causant des pertes économiques se chiffrant en millions d'euros dans la province de Huelva.

Que nous disent tous ces événements ? Ils témoignent de la proximité des points de bascule climatiques. Ces seuils passent rapidement — et plus tôt que prévu — du stade théorique à une réalité quotidienne effrayante. Face à l'ampleur des anomalies enregistrées ces derniers mois, un débat scientifique s'est également intensifié : à quoi faut-il attribuer l'évolution du rythme observé dans les océans, la hausse des températures ainsi que la fréquence et l'intensité des phénomènes météorologiques extrêmes ? Le réchauffement climatique induit par les gaz à effet de serre s'accélère — le mois de septembre dernier a été le plus chaud jamais enregistré par rapport à la normale — et en est le principal responsable ; toutefois, quels facteurs conjoncturels sous-tendent cette flambée ?

Sans aucun doute, la clé du déséquilibre se trouve dans la balance. Dans le déséquilibre, mieux dit. Dans l’augmentation de l’énergie stockée par la Terre. Si le rayonnement qui entre est supérieur à celui qui sort, et que la différence s’agrandit à chaque fois, la chaleur est emmagasinée. Blanc et en bouteille.

De petites valeurs dans cet équilibre radiatif (cinq fois inférieures à celles que nous avons au cours des trois dernières années) ont servi dans le passé à provoquer la fonte d'énormes masses de glace et à produire le changement de cycle de glaciaire à interglaciaire de la planète entière.

Cependant, dans le climat de la Terre et son merveilleux fonctionnement, tout est lié, les relations sont donc beaucoup plus complexes. La nouvelle phase d'oscillation des eaux du Pacifique, vers la partie chaude de leur cycle (El Niño), est sans doute l'une des principales raisons de l'augmentation des températures. Mais nous parlons d’une oscillation naturelle et cyclique, elle ne peut donc pas être la principale responsable, du moins directement, de cette année de records et d’anomalies. En outre, ce n’est que maintenant, vers la fin de l’année, qu’elle commence à produire ses effets. Il n'a pas laissé à El Niño le temps d'en être responsable. Soyons réalistes, nous sommes plutôt des adultes.

Un groupe de scientifiques semble pointer davantage vers un autre facteur que nous avions déjà noté dans des textes précédents : l'effet que provoque la moindre quantité d'aérosols dans l'atmosphère (notamment en raison de la nouvelle réglementation maritime qui limite fortement la pollution émise par les navires depuis 2020). Cette étude conclut que sans l’effet des aérosols, le réchauffement serait entre 30 et 50 % plus important. L’incertitude quant à l’effet que cela aura est grande, principalement en raison des boucles de rétroaction que cela provoque. L'effet est direct, en bloquant les rayonnements, et indirect : les aérosols contribuent à la formation de nuages qui bloquent également les rayonnements.

En réalité, il ne s’agit pas de l’un ou l’autre facteur, mais de la somme de tous ces facteurs et des effets qu’ils provoquent, y compris leur combinaison. Cependant, l’élément le plus déterminant de cette équation est presque certainement le ralentissement des courants, tant atmosphériques qu’océaniques.

Les courants atmosphériques (vents) sont le principal moteur des courants de surface des océans. Le réchauffement climatique ralentit les vents aux latitudes plus élevées, et le manque de vent signifie que les eaux océaniques ne se mélangent pas autant et qu'il y a moins d'évaporation. Combinez cela avec l’accumulation d’eau douce provenant de la fonte de l’Arctique à la surface de la mer, et nous constatons que l’AMOC (le bras atlantique et sud du grand tapis roulant océanique) ralentit. Et l’AMOC est un élément clé dans le fonctionnement du climat mondial (c’est ce qui fait que l’Europe centrale, bien qu’elle se trouve à la même latitude que le Canada, a un climat plus doux), mais c’est maintenant le flux le plus lent depuis au moins les 1000 dernières années.

Le ralentissement de l’AMOC signifie une plus grande concentration de chaleur à la surface de l’océan, ce qui accélère à son tour la fonte des glaces aux pôles, ce qui accélère la vitesse de l’ensemble du cycle de ralentissement. Une véritable spirale de déstabilisation climatique.

La chaleur accumulée à la surface des océans signifie qu'il existe une grande quantité d'énergie potentielle disponible pour renforcer les tempêtes qui naissent ou traversent simplement les zones d'accumulation. James Hansen, climatologue à la retraite de la NASA, parle des super tempêtes. Pouvez-vous imaginer ce que cela signifierait si des ouragans comme Otis se produisaient avec une répétabilité croissante dans de plus en plus de zones côtières ?

L’arrêt de l’AMOC détournera également le flux de chaleur océanique vers le sud, refroidissant les latitudes les plus septentrionales et déstabilisant tout l’hémisphère sud. La Zone de Convergence Intertropicale (ZCIT), où se rencontrent la circulation atmosphérique des hémisphères nord et sud, et dont la position variable tout au long de l'année régit la saison des pluies en Amérique du Sud, en Afrique et en Asie, va dévier vers le sud, asséchant l'Amazonie, la forêt tropicale africaine et l'Asie du Sud-Est. Pensez maintenant à tout le carbone séquestré par ces grandes forêts qui mourraient par manque de précipitations et qui seraient libérés à mesure que les arbres meurent et pourrissent. Ou simplement que ces forêts arrêtent de séquestrer autant de carbone qu’elles le font actuellement, essayant de compenser la folie humaine. Cela donne le vertige. Et de plus en plus d’études, réalisées par les experts les plus réputés, soulignent cette possibilité pour ce siècle.

Il n’est pas surprenant que de plus en plus de scientifiques signent des manifestes dans lesquels ils admettent que « la vie est en danger » ; ou encore qu’Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, affirme que « l’ère de l’effondrement climatique a commencé ». Compte tenu de l’ampleur du problème, ce que l’on ne comprend pas, c’est pourquoi il nous a fallu si longtemps pour le reconnaître.

El Niño, de plus en plus explosif

Notre planète n'est pas symétrique. Les terres émergées sont plus vastes dans l'hémisphère Nord, tandis que l'hémisphère Sud présente une plus grande surface océanique. Par conséquent, le réchauffement solaire entraîne une accumulation d'énergie plus importante dans l'hémisphère Sud que dans le Nord, l'eau absorbant le rayonnement solaire plus efficacement.

En raison de la rotation de la Terre, les systèmes de circulation océanique et atmosphérique de chaque hémisphère échangent très peu d'énergie ; ils fonctionnent de manière largement indépendante. Pourtant, un phénomène d'échelle mondiale émerge périodiquement : El Niño. Cette perturbation se propage à travers la planète sur une année entière — d'un été à l'autre — pour atteindre son paroxysme aux alentours de Noël (d'où le nom « El Niño »). En règle générale, un épisode El Niño est suivi d'un ou deux épisodes « La Niña », la phase opposée. Ces derniers représentent une version accentuée des conditions « normales » et servent à contrebalancer le bouleversement extrême provoqué par El Niño.

Toutefois, le cycle El Niño-La Niña est en train d'évoluer. Les épisodes La Niña s'étendent de plus en plus sur plusieurs années, tandis que la phase El Niño devient plus explosive. Cette dangereuse asymétrie entraînera des conséquences plus sévères à chaque extrémité du cycle. Par ailleurs, les épisodes de type « Super El Niño » surviennent plus fréquemment qu'auparavant. Le plus récent, en 2015-2016, a provoqué une anomalie massive au sein de l'une des composantes les plus robustes du système terrestre : l'Antarctique.

Nous avons déjà souligné l'état très préoccupant de l'Antarctique. Entourée par le courant océanique le plus puissant de la planète — lequel ralentit rapidement —, la région bascule dans un nouvel état : la hausse des températures de surface de la mer accélère la fonte des glaces, ce qui réduit l'albédo (la diminution de la glace renvoyant moins d'énergie vers l'espace, déclenchant ainsi une boucle de rétroaction qui fait grimper à la fois les températures océaniques et la vitesse de la fonte).

Et quand ce point de bascule initial s'est-il produit au sein de l'un des systèmes les plus robustes de la Terre ? Il est survenu juste au moment où l'épisode El Niño de 2015-2016 touchait à sa fin (une période où l'influence des aérosols était quasi nulle). La région ne s'est jamais rétablie après cette année-là, et les anomalies ont continué de s'amplifier jusqu'à la nouvelle poussée de la « créature » : 2023.

Tout cela est une très mauvaise nouvelle. Les oscillations et l'instabilité prononcées sont les symptômes de la proximité d'un point de rupture, de non-retour, à partir duquel de nombreux systèmes clés de l'équilibre entreront dans une cascade d'effets dans laquelle ils s'effondreront progressivement les uns les autres. Nous avions un climat stable parce que les facteurs décisifs dans l’équilibre de ce climat étaient stables.

Si la quantité d’énergie que la Terre absorbe augmente – rappelez-vous que 90 % de l’excès de chaleur finit (ou finit) dans les océans – les oscillations naturelles qui se produisent, et qui étaient contenues dans la stabilité de l’Holocène, ont plus d’énergie pour nous surprendre, et même nous submerger, provoquant des anomalies qui alimentent le même cycle déstabilisant.

Un cocktail de facteurs (El Niño, moins d'aérosols, le faible effet apporté par l'éruption d'un volcan sous-marin, la proximité du maximum solaire, etc.) a produit une méga instabilité comme celle de 2023, qui sera probablement encore pire en 2024, car les mêmes facteurs continuent d'agir, plus l'inertie des émissions et le déséquilibre radiatif, qui sont les véritables coupables.

Lorsque la phase El Niño se transformera en La Niña probablement en 2025, nous remarquerons sans aucun doute un petit répit. Jusqu'au prochain coup, bien sûr. Et ainsi de suite jusqu’à franchir un seuil critique. Comme si une bille était poussée avec une force croissante par un enfant, jusqu'à ce que la bille prenne de l'élan et tombe dans un nouvel état.

Il convient toutefois de distinguer les effets prévisibles à court, moyen et long terme.

À court terme, nous nous dirigeons vers une multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes, amplifiés par des fluctuations naturelles (El Niño-La Niña, l'oscillation décennale du Pacifique, l'oscillation nord-atlantique, etc.). À moyen terme — comme nous l'avons déjà souligné —, nous sommes confrontés à un effondrement très probable de l'AMOC (et potentiellement de l'ensemble de la circulation méridienne de retournement, ou MOC) dû à la fonte des glaces polaires. Et à long terme, si nous ne parvenons pas à réduire les émissions, nous risquons de basculer dans un scénario de « Terre étuve » (*Hothouse Earth*) — une perspective sur laquelle certains des plus grands scientifiques mondiaux nous avaient alertés il y a à peine cinq ans. Le point de non-retour pour ces deux basculements pourrait être atteint au cours de la décennie actuelle, même si les effets concrets mettront encore plusieurs décennies à se manifester.

À court terme, nous nous dirigeons vers une multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes, amplifiés par des fluctuations naturelles.

Pour autant, nul ne doit croire que le climat est devenu fou. C'est nous qui sommes fous. C'est nous qui avons soutenu — et continuons de défendre — un système insensé cherchant à réaliser l'impossible : une croissance infinie sur une planète aux ressources limitées. Et les tenants de ce système absurde — les économistes néolibéraux — sont les grands prêtres de cette religion suicidaire de la croissance perpétuelle, une doctrine que même le pape François s'est senti obligé de dénoncer comme irrationnelle.

Le visionnaire Walter Benjamin l’a fait remarquer il y a près d’un siècle : « Marx considérait les révolutions comme la locomotive de l’histoire universelle. Mais peut-être s’agit-il de tout autre chose. Peut-être les révolutions sont-elles l’acte par lequel l’humanité, voyageant à bord de ce train, tire le signal d’alarme. »

La voie touche à sa fin. Nous quittons l’Holocène — cette ère caractérisée par quatre saisons stables et l’agriculture. Nous arrivons désormais au terminus du voyage : la station Anthropocène. Notre marge de manœuvre est réduite, mais nous pouvons encore choisir la manière — et la vitesse — avec laquelle nous y entrerons. Nous pouvons freiner aussi doucement que possible face à la « Grande Accélération » (que nous n’aurions jamais dû laisser s’emballer) afin d’amortir et d’adoucir un choc manifestement inévitable ; ou bien nous pouvons foncer à toute allure, en niant la gravité de la situation, jusqu’à l’arrêt brutal final — peu importe qui sera éjecté par la fenêtre en chemin.

Le climat de la planète ne sera plus jamais le même. La planète elle-même ne sera plus jamais la même. Nous avons voyagé si vite que nous avons atterri sur une autre planète sans jamais quitter la nôtre ; nous avons tout intérêt à consacrer tous nos efforts — depuis ce monde nouveau — à le comprendre, à le connaître et à partager ce savoir, afin de nous préparer à l’affronter avec bon sens et de la manière la moins individualiste possible.

La fin des saisons marque la fin de rien de moins (et rien de plus) que la stabilité climatique. C’est la fin des saisons stables et familières. Parallèlement, c’est le début d’un nouveau régime climatique empreint d’incertitude, au sein duquel tout ce que nous connaissons et aimons sera menacé.

Por Juan Bordera, Antonio Turiel | 16/11/2023

https://rebelion.org/el-final-de-las-estaciones/

 

Le mouvement « No Normal » contre la croissance insoutenable arrive à Majorque Margalida Ramis et Antonio Turiel ont présenté cette initiative, qui vise un modèle respectueux des limites de la planète.

L'Estudi General Lul·lià a accueilli ce mercredi la présentation de « No Normal Mallorca », l'antenne insulaire du mouvement « No Normal ». La présentation a été animée par Miquel Martínez, Margalida Ramis (physicienne, militante écologiste et ancienne responsable du GOB) et Antonio Turiel (physicien, mathématicien, vulgarisateur scientifique et membre de l'Institut des sciences de la mer du Conseil supérieur de la recherche scientifique espagnol — CSIC).

Au déclenchement du conflit en Iran, plusieurs scientifiques ont prédit que celui-ci accélérerait la crise à laquelle le monde est confronté depuis longtemps. Face au manque d'intérêt des institutions, ils ont lancé le mouvement « No Normal ». Son objectif est d'alerter directement le public sur la situation actuelle afin que les citoyens, munis de ces informations, puissent s'organiser et agir. Le but fondamental est de s'éloigner du modèle actuel, « fondé sur une croissance continue et insoutenable », pour aller vers un modèle respectueux des limites énergétiques et matérielles de la planète. Le groupe « No Normal Mallorca » est né de cette initiative.

« No Normal » s'adresse aux citoyens, aux organisations sociales, aux mouvements écologistes, aux collectifs culturels, aux syndicats, aux coopératives, aux communautés éducatives et scientifiques ainsi qu'au secteur économique engagé.

Selon Margalida Ramis : « Nous avons été éduqués dans l'idée que le progrès consistait en une croissance illimitée : produire plus, consommer plus, extraire davantage de ressources et transformer chaque besoin en opportunité commerciale. »

« No Normal » affirme que « cette idée s'est construite sur des siècles de colonialisme, d'impérialisme et d'exploitation des populations et des territoires. Tout cela a transformé l'atmosphère en dépotoir de gaz à effet de serre, les océans en réceptacles de chaleur et de plastiques, et la biodiversité en victime silencieuse. Il n'a jamais été normal de détruire des forêts, de polluer les nappes phréatiques, de bétonner le littoral sans retenue ou de dépendre presque exclusivement des combustibles fossiles. » Il n'était pas non plus normal de bâtir une économie fondée sur la fausse promesse d'une croissance infinie sur une planète finie. Le collectif « No Normal Mallorca » a officiellement soutenu la manifestation prévue dimanche prochain, organisée par la plateforme *Menys Turisme Més Vida* (Moins de tourisme, plus de vie), dont Ramis est membre. Le mouvement souligne que « nous avons vécu avec l'idée d'une croissance infinie — consommant des quantités toujours plus importantes grâce au pétrole, au charbon, au gaz et à des ressources naturelles abondantes — tout en tenant pour acquis que nous pourrions toujours consommer davantage : consommer plus de tout, importer de la nourriture des quatre coins du monde et générer des déchets sans égard pour les limites d'une planète finie. Nous avons cru que cette situation pouvait durer éternellement, alors qu'elle n'a jamais été normale. Ce mode de vie n'est pas durable. »

« No Normal » fait remarquer que « le climat devient de plus en plus extrême, avec une succession de sécheresses historiques, de pluies torrentielles, d'incendies de forêt toujours plus dévastateurs et de vagues de chaleur qui s'enchaînent, battant des records de température inimaginables il y a encore quelques années. »

Le nouveau mouvement note que « les écosystèmes se dégradent et les espèces disparaissent, affectant la santé et la vie humaines ; les inégalités s'accroissent, tout comme les conflits et les guerres pour le contrôle des ressources. Les institutions démocratiques s'affaiblissent tandis que les options autoritaires gagnent du terrain. Le seuil de 1,5 degré de réchauffement climatique par rapport aux niveaux préindustriels a été franchi, et pourtant nous continuons d'augmenter les émissions de dioxyde de carbone, alors même que nous savons que l'utilisation incontrôlée des combustibles fossiles est la cause première du problème. »

Pour « No Normal », « tous ces problèmes proviennent de la même source : une manière d'organiser l'économie et la société autour du mantra d'une croissance sans limites. Cette crise multidimensionnelle a été accélérée par la guerre du Golfe et la lutte pour le contrôle du détroit d'Ormuz. » « Une économie garantissant une vie digne »

Pour le mouvement « No Normal », « la normalité consisterait en une économie garantissant une vie digne dans le respect des limites biophysiques — en réduisant le gaspillage de matières et d'énergie, en particulier au sein des couches les plus privilégiées de la société, tout en redistribuant les richesses, en protégeant les services publics et en assurant l'accès à l'essentiel : alimentation, eau, logement, énergie de base, soins de santé, éducation, mobilité et assainissement. »

https://www.ultimahora.es/noticias/local/2026/07/22/2675503/movimiento-normal-contra-crecimiento-insostenible-llega-mallorca.html#goog_rewarded

 

« L'idée d'un monde aux ressources abondantes et au commerce international en constante expansion touche à sa fin. »...

Le projet auquel vous participez s'intitule « No Normal » (Pas normal). Qu'est-ce qui, exactement, ne peut plus être considéré comme normal ?

La première chose à comprendre est que la normalité que nous avons connue ces dernières décennies a pris fin. Nous avons vécu en croyant que la croissance économique, l'abondance énergétique et le commerce mondial illimité étaient des acquis permanents, alors qu'en réalité, ils résultaient de circonstances très spécifiques qui sont aujourd'hui en train de disparaître.

Pourtant, le sentiment général est que la vie suit son cours avec une certaine normalité.

C'est parce qu'il subsiste un faux sentiment de normalité. Nous avons réussi à le maintenir grâce aux réserves de pétrole accumulées au fil des ans et à diverses mesures ayant amorti le choc. Mais ces réserves s'épuisent et notre marge de manœuvre se réduit. La France impose déjà des restrictions sur certains carburants, et l'Espagne finira par rencontrer des difficultés similaires. Il n'existe aucune perspective réaliste de résolution de cette situation à court terme.

Quel scénario prévoyez-vous pour les mois à venir ?

Nous nous dirigeons vers une récession économique majeure, une réduction de l'activité et un recul du tourisme. La situation sera bien plus grave que beaucoup ne l'imaginent. Nous sommes entrés dans une phase caractérisée par la pénurie de pétrole et d'autres ressources énergétiques. Cela intensifiera la concurrence internationale et rendra beaucoup plus difficile le maintien du modèle économique que nous avons connu jusqu'à présent.

La mondialisation, telle que nous la concevions, touche-t-elle donc à sa fin ?

Je le crois. L'idée d'un monde aux ressources abondantes et au commerce international en constante expansion atteint ses limites. Ce qui émerge aujourd'hui, c'est un scénario de compétition pour les dernières ressources encore économiquement viables. Ce sera une source majeure de tensions dans les années à venir.

Pourquoi est-il si difficile d'accepter ce message ?

Parce que nous vivons immergés dans une culture de la pensée positive mal comprise. Je me considère comme un optimiste et je pense qu'il est bon d'aborder la vie avec optimisme. Mais l'optimisme est une chose, et nier la réalité en est une autre. Faire comme si les problèmes n'existaient pas ne les fait pas disparaître. Nous savons depuis plus d'un demi-siècle qu'une croissance illimitée sur une planète aux ressources finies est impossible. Des rapports scientifiques avaient déjà averti que ce moment finirait par arriver. Eh bien, ce moment est venu, et nous ne pouvons plus continuer à agir comme si de rien n'était.

On vous accuse souvent d'être alarmiste.

C'est une critique courante, mais profondément erronée. C'est précisément parce que je suis optimiste que je continue à consacrer autant de temps à la sensibilisation du public. Si je pensais que tout était perdu, il serait inutile d'expliquer ces enjeux ou de participer à des débats publics. Je le fais parce qu'il est encore temps et parce que je crois qu'une société bien informée prend toujours de meilleures décisions.

Qui doit prendre la responsabilité de mener ce changement : la classe politique ou le grand public ?

Le public porte déjà un fardeau énorme. Beaucoup de gens travaillent toute la journée et rentrent chez eux épuisés. Il est difficile de leur demander, en plus de cela, d'analyser des problèmes complexes comme la crise énergétique ou le changement climatique. La responsabilité première incombe à ceux qui prennent les décisions. Trop longtemps, la politique est restée prisonnière de l'idée que la croissance économique ne pouvait être remise en question. Or, accepter l'existence de limites énergétiques revient à reconnaître que le modèle économique actuel ne peut perdurer indéfiniment. Ce n'est pas une question idéologique ; c'est une question purement physique. Tant que nous n'accepterons pas cette réalité, nous continuerons à faire face à une succession de crises économiques, de récessions et de conflits de plus en plus intenses.

Beaucoup de gens assimilent ce discours à du pessimisme.

Confondre réalisme et pessimisme est une erreur très fréquente. Je ne décris pas le monde tel que j'aimerais qu'il soit, mais tel que les données scientifiques l'indiquent. Si je pensais vraiment qu'il n'y avait plus rien à faire, j'aurais abandonné la sensibilisation du public il y a des années.

Pourquoi Majorque mérite-t-elle une attention particulière dans ce débat ?

Parce que les îles sont bien plus vulnérables que les autres territoires. La crise énergétique va faire grimper le coût des transports, des déplacements ainsi que de nombreux biens et services. Tout cela aura un impact direct sur une économie aussi dépendante du tourisme que la nôtre. Mais il existe un aspect encore plus important : il sera difficile de subvenir aux besoins de la population actuelle à l'avenir en utilisant uniquement les ressources disponibles sur le territoire. Cette réalité doit être étudiée avec rigueur — sans sensationnalisme, mais sans rien occulter non plus. Nous devons planifier la transition en nous fondant sur des critères techniques et une perspective à long terme.

Le slogan du projet affirme : « Ce n'était pas normal. Ce n'est pas normal. Ce ne sera pas normal. » Que résume cette phrase ?

Elle résume une idée très simple : il n'a jamais été vraiment normal de croire qu'une croissance illimitée était possible sur une planète aux ressources finies. Nous réalisons aujourd'hui qu'il s'agissait d'une exception historique. Ce que nous qualifiions de « normal » était, en réalité, une anomalie.

La crise climatique et la crise énergétique sont-elles des problèmes distincts ?

Non. Ce sont deux manifestations d'une même crise de la durabilité. La dépendance aux énergies fossiles a provoqué le changement climatique, tandis que l'épuisement de ces mêmes ressources limite notre capacité à y faire face. Tenter de résoudre un problème en ignorant l'autre mène inévitablement à l'échec.

On compte souvent sur la technologie pour finir par résoudre toutes ces difficultés.

La technologie sera essentielle, mais elle ne peut faire de miracles. Elle peut nous aider à gérer les ressources, mais elle ne peut ni les créer là où elles n'existent plus, ni modifier les lois de la physique. Il est dangereux de croire qu'une innovation finira par apparaître pour permettre de maintenir intact notre modèle de consommation.

Qu'en est-il des énergies renouvelables ?

Elles sont absolument nécessaires et nous devons les déployer au plus vite. Toutefois, nous ne devons pas nous bercer de l'illusion qu'elles suffiront à remplacer le système énergétique actuel sans que nous changions nos habitudes. La transition exigera de consommer moins d'énergie et de réorganiser de nombreux aspects de notre économie et de notre mode de vie.

Pour finir, pensez-vous que le modèle touristique actuel de Majorque soit viable à long terme ?

Sous sa forme actuelle, il va se heurter à des difficultés croissantes. Le tourisme repose sur une énergie bon marché, une mobilité accessible et une croissance continue. Ces trois piliers traversent une crise. Cela ne signifie pas que le tourisme va disparaître, mais qu'il devra connaître une transformation profonde. Plus tôt nous commencerons à diversifier l'économie et à nous préparer à ce scénario, plus grandes seront nos chances de nous adapter avec succès.

Si vous deviez résumer en une seule idée le message que vous souhaitez transmettre dans « No Normal Mallorca », quelle serait-elle ?

Que nous avons encore le temps d'agir, et que nier les limites physiques de la planète ne les fera pas disparaître. Les affronter de manière responsable est la seule façon de bâtir un avenir plus stable et plus juste.

Père Estelrich et Massuti Palma  22 JUILLET 2026

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Tsunami de chaleur....

L'Arctique se réchauffe trois à quatre fois plus vite que le reste de la planète, perturbant le courant-jet polaire et rendant les épisodes de fortes chaleurs plus fréquents et plus prolongés.

Un tsunami ne frappe jamais soudainement la côte. Avant que la première vague catastrophique ne déferle, la mer se retire sur des centaines de mètres, dévoilant le paysage magnifique et étrange — presque extraterrestre — des fonds marins. L'océan se replie pour accumuler l'eau nécessaire à la formation de la vague géante qui suivra ; pourtant, un touriste imprudent pourrait s'attarder pour admirer ce spectacle insolite, voire s'aventurer imprudemment plus près pour mieux voir.

Le mot *tsunami* signifie « vague de port » en japonais. En pleine mer, la vague peut passer inaperçue car sa hauteur est inférieure à un mètre. Bien qu'elle se déplace à des vitesses se chiffrant en centaines de kilomètres par heure au large, elle se fragmente en une série de vagues successives — beaucoup plus lentes, mais bien plus imposantes — lorsqu'elle atteint le plateau continental. Si, dès les premiers signes de l'approche du tsunami — au moment où l'eau se retire —, une personne courait immédiatement vers des hauteurs, elle pourrait encore se sauver.

Il est également crucial de comprendre le mécanisme d'un tsunami. Un tsunami n'est pas une vague géante unique, mais une succession de vagues. Lors du tsunami de 1960 à Hawaï, des dizaines de personnes ont perdu la vie parce qu'elles étaient descendues sur la plage pour chercher des victimes après le passage de la première vague. La deuxième vague — souvent plus importante que la première — a provoqué un véritable carnage. Des vagues ont continué à déferler à intervalles d'environ 30 minutes pendant de longues heures.

Aujourd'hui, grâce aux connaissances scientifiques et aux leçons amères tirées du passé, nous savons comment réagir face à un tsunami. Toutefois, ces connaissances ne sont pas toujours suffisamment diffusées pour prévenir les tragédies, comme l'a démontré la catastrophe survenue en Indonésie en 2004. Un excès de confiance, conjugué à un boom immobilier effréné ayant détruit les mangroves — barrière naturelle contre les tsunamis —, a ouvert la voie à une catastrophe qui a fait 167 000 morts et des dizaines de milliers de disparus rien qu'en Indonésie. Nous sommes désormais à la veille d'un nouveau tsunami, mais celui-ci sera une vague de chaleur. Des masses successives d'air surchauffé traversent l'atmosphère, propulsant les températures à des niveaux inhabituels dans certaines régions de la péninsule Ibérique mais, surtout, en Europe centrale. Les températures inédites de 46 °C enregistrées en France fin juin sont appelées à revenir très prochainement.

Tout comme pour un tsunami, il y a eu des signes avant-coureurs. Nous savons que ces poches d'air chaud qui s'installent au-dessus de nous trouvent leur origine dans les méandres du courant-jet polaire — un flux d'air circulant à environ 12 kilomètres d'altitude sous nos latitudes, à la frontière entre la troposphère et la stratosphère.

Et c'est là que réside le point crucial : la puissance du courant-jet polaire dépend de l'écart de température entre le pôle Nord et nos latitudes, c'est-à-dire du gradient thermique. Or, l'Arctique se réchauffe trois à quatre fois plus vite que le reste de la planète ; à mesure que la réduction de la couverture de glace met à nu les eaux sous-jacentes (d'un bleu sombre tirant sur le noir), celles-ci absorbent le rayonnement et se réchauffent davantage, créant ainsi une boucle de rétroaction critique. Le recul continu de la glace arctique constituait le premier signal d'alarme dont nous aurions dû tenir compte.

À mesure que l'Arctique se réchauffe, le courant-jet polaire gagne en instabilité. Ses méandres s'accentuent. On appelle « talwegs » les boucles qui s'étendent vers le sud et « dorsales » celles qui s'étirent vers le nord. L'air froid de l'Arctique peut atteindre le Sahara en empruntant les talwegs. À l'inverse, l'air tropical peut parvenir jusqu'à l'Arctique via les dorsales, comprimé et réchauffé par l'action anticyclonique qui leur est associée. La circulation atmosphérique accumule ainsi de la chaleur, prête à s'abattre sur nous telle un tsunami en pleine mer.

 

 

 

Il y a quelques jours à peine, la première vague de chaleur — terrible — a frappé. Après un bref répit, nous sommes sur le point d'en subir une autre.

Parfois — bien que ces événements démentiront de plus en plus leur nom à mesure qu'ils se multiplieront —, la crête anticyclonique stagnera et la chaleur refusera de céder ; elle continuera d'assécher les rivières, de brûler les cultures, de décimer le bétail et — hélas — de tuer des gens.

Cette configuration atmosphérique dévastatrice devient plus probable en raison du changement climatique, un point c'est tout. À mesure que la planète se réchauffe et que l'Arctique monte en température trois à quatre fois plus vite, le courant-jet polaire serpente bien plus loin vers le nord et vers le sud.

Il ne s'agit pas — et il ne s'agira plus jamais — de la « chaleur estivale habituelle ». Et il est consternant que des êtres se qualifiant de *sapiens* continuent de nier une réalité aussi évidente. D'autres vagues de chaleur surviendront, dans un tsunami incessant qui nous frappera pendant des jours, voire des semaines.

Mais contrairement au tsunami, qui est provoqué par un tremblement de terre sous-marin sur lequel les êtres humains n’ont aucun contrôle, ce tsunami de chaleur est le fruit pervers du système de production et de consommation que nous avons construit, des émissions incontrôlées de gaz à effet de serre, et en particulier du CO2 produit par la combustion des combustibles fossiles, y compris ce pétrole que nous attendons tant pour qu’il passe enfin par Ormuz. Il ne s’agit pas d’une catastrophe naturelle imprévisible : il s’agit véritablement d’un mal que l’on s’inflige soi-même.

Et tout cela est déjà le cas avant l’arrivée du El Niño historique de 2026. Et c’est ici que commencent les choses sérieuses.

Les modèles indiquent qu’il s’agira d’un El Niño pas comme les autres dans la série de données instrumentales, qui s’étend sur 140 ans. El Niño atteindra son apogée au large des côtes du Pérou autour du jour de Noël (d'où son nom) et ses effets commenceront à se faire sentir en Europe vers le printemps 2027 et surtout durant l'été. Car si ce Niño fait comme ses prédécesseurs, et semble même pouvoir les surpasser tous, la température de la planète augmentera encore d'un cran, d'environ 0,15 ºC.

Plus de méandres et plus profond dans le jet polaire. Et l’une des choses les plus inquiétantes : plus de chaleur dans la mer. Car dans la mer il y a aussi des vagues de chaleur, qui dévastent la vie marine mais qui ne se voient que lorsque les cadavres de poissons et d’autres espèces atteignent le rivage – s’ils arrivent.

En ce moment, en Méditerranée occidentale, nous enregistrons des anomalies de +7ºC par rapport aux valeurs mesurées par satellite en 1980. On sait que la mer est une source d'énergie et d'humidité qui alimente les tempêtes.

En 2024, nous avons constaté que la Méditerranée était en surchauffe — avec une anomalie de +3 °C en été — et, quelques semaines plus tard, Valence a subi la pire DANA dont on ait gardé mémoire. Aujourd'hui, les températures dépassent de 7 °C la moyenne, tandis que le gouvernement valencien, incompétent, laisse des milliers d'hectares sans protection et continue de favoriser la construction en zones inondables. Et l'année prochaine, alors que les effets d'El Niño commenceront à peser sur les températures, nul ne sait où nous finirons.

Si les vagues de chaleur sont provoquées par les crêtes du courant-jet polaire, il nous faut encore comprendre le rôle des creux barométriques. Ces creux apportent un temps froid et humide — parfois à une période inappropriée de l'année, ruinant ainsi les récoltes. Il arrive aussi que l'un de ces creux s'étrangle et se détache du courant principal, formant une poche d'air froid en haute altitude, isolée de la circulation atmosphérique générale. Une dépression isolée en altitude. Exactement : une DANA. Ces DANA gagnent en ampleur et en fréquence sous l'effet de l'instabilité croissante du courant-jet polaire, qui engendre non seulement des vagues de chaleur estivales, mais aussi des tempêtes automnales de plus en plus catastrophiques.

Voilà le bilan du désastre. C'est un diagnostic que nous avons posé des centaines de fois, sans cesse actualisé par des données nouvelles et plus alarmantes. Alors, que faire maintenant ?

Que faire face à un tsunami de chaleur ? Tels des touristes hébétés, nous restons sur le rivage à regarder la nature préparer son prochain coup. Au lieu de chercher un abri — au lieu d'actionner le frein d'urgence (avec force, voire avec fureur) de cette société insensée et téméraire qui fonce vers l'autodestruction — nous attendons, impuissants, le prochain choc. Certains croient même qu'il suffirait d'une invention pour déclencher une grande révolution. Laissez-moi rire.

La situation ne va pas s'améliorer. Méfiez-vous des marchands d'espoir en bouteille qui omettent de faire le lien entre les faits — que ce soit par ignorance ou, pire, parce que cela ne sert pas leurs intérêts. Au vu des données, la situation ne peut que se dégrader. Plutôt que de banaliser une tragédie évitable ou d'en minimiser les risques, il nous faut aujourd'hui parler franc et agir avec sérieux et détermination.

Nous avons besoin d'un réseau de refuges climatiques, de protocoles d'intervention plus clairs, d'une coordination des ressources et d'un plan d'urgence pour nos cultures et nos forêts, de plus en plus exposées aux sécheresses et aux nuisibles. Nous devons mieux gérer nos ressources en eau, précieuses et limitées, et mettre un terme à un urbanisme dénué de toute conscience écologique ou de respect pour la terre et la vie elle-même

Nos besoins sont si nombreux que la première étape pour y répondre consiste peut-être à prendre conscience à quel point nous avons besoin les uns des autres pour changer de trajectoire. Car cet épisode El Niño — dont nous reparlerons bientôt — va nous obliger à mûrir du jour au lendemain.

Juan Bordera / Antonio Turiel / Fernando Valladares 06/07/2026

https://ctxt.es/es/20260701/Firmas/54245/artico-tsunami-ola-de-calor-chorro-polar-europa.htm?__cf_chl_f_tk=tH4yesd59mKzsiWYdnI9TbfnDkPYxojPwLIqnvFCSwM-1783333045-1.0.1.1-rrxqB1p6L93pFDzOOrNX5yH7Xv7E_EsSczvu_k9qXtM

Comment la guerre de Trump a aussi freiné la transition énergétique....

Certains affirment que la flambée des prix de l'essence accélérera la transition vers les énergies renouvelables. L'aluminium et l'acide sulfurique racontent une tout autre histoire.

Le président Donald Trump a beau user de persuasion et d'intimidation pour tenter de convaincre tout le monde d'une reprise économique rapide après sa guerre désastreuse en Iran, la réalité sera tout autre.

Cette guerre a non seulement terni l'image des États-Unis dans le monde, mais elle a aussi provoqué des pénuries mondiales de combustibles et de matériaux essentiels, notamment ceux indispensables à la production d'énergies renouvelables et à la fabrication de véhicules électriques.

Bien que de nombreux commentateurs aient prédit que la hausse des prix de l'essence, provoquée par la fermeture du détroit d'Ormuz, accélérerait la transition dite « verte », essayez donc de construire un véhicule électrique sans aluminium. Ou sans cuivre, qui ne peut être extrait sans acide sulfurique. Et essayez de produire de l'aluminium ou de l'acide sulfurique sans combustibles fossiles. C'est tout simplement impossible sans produire beaucoup moins ou à un coût bien plus élevé.

Le physicien espagnol Antonio Turiel nous invite à considérer la civilisation moderne comme un système complexe qui « dépend d'une mégamachine industrielle produisant tout ce qui est nécessaire à la production industrielle » de la vie quotidienne – y compris des technologies que nous aimons croire capables d'accélérer la transition vers un monde où nous pourrons maintenir notre mode de vie actuel tout en réduisant considérablement nos émissions.

En réalité, souligne Turiel, puisque la production d'énergies renouvelables repose sur la consommation d'énergies fossiles, elles ne constituent qu'un autre maillon de cette mégamachine. La domination mondiale de la Chine sur les véhicules électriques, les cellules solaires et les terres rares, par exemple, est une stratégie industrielle délibérée visant à dominer les marchés mondiaux actuellement dépendants des centrales au charbon.

De ce fait, Turiel résume en deux mots la voie économique à venir, qu'un pays ait investi ou non dans les énergies renouvelables : « une situation inédite ». Une nouvelle réalité se profile, prévient-il, et elle risque de nous frapper de plein fouet.

Suivez l'aluminium

L'aluminium, ce métal léger et brillant qui orne les véhicules électriques et les panneaux solaires, nous a déjà donné un premier aperçu brutal.

Le golfe Persique transforme neuf pour cent de l'aluminium mondial dans six des fonderies les plus modernes au monde et deux raffineries d'alumine, toutes alimentées par du gaz naturel bon marché mais très acide. La production d'une feuille d'aluminium est extrêmement énergivore. De fait, l'aluminium est le métal le plus énergivore, générant les émissions de dioxyde de carbone les plus élevées, soit environ 15 tonnes par tonne de métal produite. Les combustibles fossiles, principalement le charbon et le méthane, fournissent l'énergie nécessaire à 70 % de la production de ce métal.

La guerre menée par Trump a bouleversé la production lorsque des missiles iraniens, en représailles aux bombardements d'aciéries iraniennes, ont endommagé deux des plus grandes installations de production au monde : une fonderie aux Émirats arabes unis et une autre à Bahreïn.

En conséquence, sept millions de tonnes de ce métal essentiel ont cessé de transiter par le détroit d'Ormuz. Il en a été de même pour l'alumine, matière première acheminée par pétroliers depuis l'Australie. Ce qui a entraîné une flambée des prix de l'aluminium, qui ont atteint un sommet en quatre ans à 3 672 dollars la tonne le 16 avril, et ont même grimpé davantage en juin.

L'aluminium est essentiel à la fabrication des cellules photovoltaïques, des lignes de transport d'électricité, des éoliennes, des batteries, des équipements militaires et de tous les smartphones.

Un véhicule électrique typique utilise 25 % d'aluminium de plus qu'une voiture à combustion, ce qui signifie que la guerre vient de renchérir ces véhicules.

« L'impact de la guerre sur le prix de l'aluminium est ce qui est le plus préoccupant », a souligné Alan Taub, professeur d'ingénierie américain, dans le Wall Street Journal. « Nous rencontrons un problème d'accessibilité financière pour les automobiles, avec des prix de vente moyens dépassant les 50 000 dollars.»

Les États-Unis s'approvisionnent en aluminium primaire à hauteur d'environ un cinquième dans le Golfe persique. Du moins, c'était le cas. Les industries automobile et de l'emballage sont déjà en difficulté et doivent payer des prix plus élevés, ce qui signifie une inflation accrue pour tous.

Parallèlement, la Chine, qui dispose d'une stratégie axée sur les métaux et contrôle 60 % de la production mondiale d'aluminium, achète davantage d'alumine et produit plus d'aluminium à des prix plus élevés. La production d'aluminium en Chine repose principalement sur les centrales au charbon.

L'Institut international de l'aluminium prévient désormais que la reprise mondiale après la pénurie d'aluminium ne sera ni rapide ni simple. « Même après un arrêt ordonné, le redémarrage d'une ligne d'électrolyse [le cœur d'une fonderie] peut prendre des semaines, voire des mois. Les chaînes d'approvisionnement pourraient donc mettre plusieurs mois à se normaliser. Pour les installations endommagées, la reprise sera encore plus longue. »

Le test à l'acide sulfurique

Qu'en est-il de l'acide sulfurique ? C'est le produit chimique industriel le plus fabriqué au monde : plus de 300 millions de tonnes par an. Autrefois considéré comme le roi des produits chimiques, cet acide corrosif était si bon marché et omniprésent que sa puissance était essentielle au fonctionnement de la technosphère, de manière parfois inattendue, du traitement de l'eau à la fusion des métaux.

Mais cet acide n'est pas extrait du sol. Il est un sous-produit d'autres activités industrielles. Plus de 60 % de l'acide sulfurique mondial est produit à partir de soufre brut issu du raffinage du pétrole et du gaz naturel. (Les sables bitumineux de l'Alberta produisent d'énormes quantités de soufre.)

Le reste provient des activités minières et métallurgiques. Le grillage des minerais sulfurés libère non seulement du nickel ou du cuivre, mais transforme également le soufre en dioxyde de soufre (SO₂). La fonderie capture le SO₂ et le convertit en acide sulfurique. Chaque fonderie de nickel et de cuivre fonctionne alors comme une usine d'acide sulfurique.

La guerre menée par Trump a fait voler en éclats cette chaîne d'approvisionnement. Avec la fermeture du détroit d'Ormuz, le commerce maritime mondial du soufre, ingrédient essentiel à la fabrication de l'acide sulfurique, a chuté de moitié. En conséquence, les prix ont grimpé jusqu'à 50 % dans certaines régions du monde.

Cette perturbation s'est immédiatement étendue à la production alimentaire. L'acide sulfurique, pierre angulaire de la production moderne d'engrais, permet de transformer le phosphate naturel en substances facilement assimilables par les plantes. Environ la moitié de la production mondiale d'acide sulfurique est utilisée pour fabriquer des engrais destinés à l'agriculture industrielle.

Ce blocage a également eu d'autres conséquences sur le traitement des métaux. L'acide sulfurique est utilisé pour la lixiviation du cuivre chilien, alimente la production de nickel de qualité batterie en Indonésie et contribue à l'extraction de l'uranium kazakh. Si l'on soustrait le volume d'acide sulfurique nécessaire à ces opérations, la production mondiale de métaux chute. Point final. Le traitement du lithium en roche dure illustre ce phénomène. L'acide sulfurique représentait autrefois 3 % de ses coûts d'exploitation ; aujourd'hui, ce chiffre atteint 11 %.

En réponse à la pénurie d'approvisionnement iranienne, la Chine, premier exportateur mondial d'acide sulfurique, a imposé un embargo total sur ses exportations. Afin de garantir sa sécurité alimentaire, la Russie a également interdit ses exportations de soufre. Ces interdictions, conjuguées au blocus d'Ormuz, ont provoqué une onde de choc au Chili et en Indonésie, contraignant leurs mineurs à se démener pour trouver des matières premières. Par conséquent, l'Indonésie a réduit sa production de nickel, car le coût élevé de l'acide sulfurique rend désormais l'extraction du nickel non rentable dans certains cas.

Le cabinet d'études international Kpler a souligné qu'il est difficile d'augmenter la production de soufre pour faire face à une flambée des prix. Le marché, a-t-il ajouté, subit « une pénurie d'approvisionnement sans mécanisme de réponse à court terme — une situation rare et particulièrement perturbatrice pour les industries en aval qui ne disposent d'aucune matière première alternative. »

Craig Tindale, entrepreneur australien et fin connaisseur du monde matériel, explique :

« La transition énergétique mondiale dépend structurellement d'un approvisionnement continu et bon marché en acide sulfurique. Le détournement de cet acide vers la conservation des sols agricoles, conjugué à des coûts de transport exorbitants et à une forte dépendance aux importations, va durablement freiner la production de minéraux critiques. »

Résultat ? « Les constructeurs automobiles et les fabricants de technologies vertes doivent se préparer à des retards importants dans leurs chaînes d'approvisionnement et revoir radicalement leurs estimations de coûts pour leurs objectifs d'électrification d'ici 2030. »

Vivre dans la polycrise

Les pénuries soudaines d'aluminium et d'acide sulfurique illustrent le nouveau drame géopolitique mondial où la force prime sur le droit et où une lutte d'influence brutale entre les États-Unis et la Chine se déroule sous nos yeux, ajoute Tindale.

Tandis que les États-Unis utilisent le pétrole comme un instrument de pression pour défendre leurs intérêts, la Chine a monopolisé et militarisé les terres rares. L'Iran, bien sûr, se trouve au cœur du conflit, étant un fournisseur crucial de combustibles fossiles et de minéraux essentiels pour la Chine. Cette guerre mal conçue représente une nouvelle escarmouche pour le contrôle de ce que Tindale appelle « les substrats physiques du pouvoir : l'énergie, les métaux, le raffinage, les réseaux électriques, le transport maritime, l'informatique et les systèmes industriels qui rendent possible la vie militaire et économique ».

Dans une interview récente, Helen Thompson, historienne britannique et auteure de *Disorder: Hard Times in the 21st Century*, estime que le monde passe désormais d'une trajectoire de croissance économique à une polycrise en raison des bouleversements géopolitiques majeurs qui affectent les flux énergétiques, financiers et matériels. « D'une certaine manière, on prend davantage de risques aujourd'hui car il ne reste que des options à haut risque, surtout sur le plan géopolitique », observe Thompson.

Ce qu'elle trouve intéressant chez Trump, « en tant que phénomène politique, c'est qu'il semble psychologiquement s'épanouir dans la prise de risques et qu'il vise à provoquer le changement par sa simple capacité à perturber l'ordre établi, quelle que soit la direction que prendra ce changement ».

Quelle que soit l'issue de ce changement, et même si le douteux « accord » avec l'Iran se maintient, il nous plonge dans une situation précaire, loin de toute normalité...

Andrew Nikiforuk, 18 juin 2026, The Tyee

https://thetyee.ca/Analysis/2026/06/18/Trump-War-Set-Back-Green-Economy/

La capitulation....

Chers lecteurs,....

Profitant de l'invitation du président Emmanuel Macron à visiter le château de Versailles après le sommet du G7 à Évian, Donald Trump a signé en personne le mémorandum d'entente avec l'Iran mettant fin aux hostilités qui avaient débuté il y a plus de trois mois.

L'annonce, la semaine dernière, de la conclusion de cet accord a fait exploser les marchés boursiers et chuter les prix du pétrole. Le Brent se maintient depuis lors autour de 80 dollars. Les analystes célèbrent l'accord et anticipent une inondation pétrolière qui fera chuter les prix à des niveaux jamais atteints depuis des années, ainsi qu'un boom économique qui dissipera toutes les prédictions pessimistes. Les inquiétudes s'apaisent et les médias se concentrent sur des sujets plus locaux (sans pour autant détourner davantage l'attention du conflit central), tels que les affaires de corruption en cours ou, sur un ton plus léger, les meilleures destinations de vacances.

Cependant, ce récit comporte un problème : c'est un mensonge pur et simple. En réalité, rien n'a changé. La situation demeure critique et nous nous dirigeons toujours vers un effondrement, avec de graves problèmes d'approvisionnement dans les semaines et les mois à venir. Même dans le meilleur des cas, il faudrait de nombreux mois pour revenir à une situation comparable à celle d'avant, et nous n'avons pas autant de temps. Mais encore une fois, nous ne sommes même pas dans le meilleur des cas.

Commençons par l'essentiel : aucun accord de paix n'a été signé. Il s'agit d'un mémorandum d'entente. Autrement dit, un engagement à négocier un accord de paix dans les 60 prochains jours, délai qui peut être prolongé si les deux parties le décident. Pendant ces 60 jours, les deux parties doivent faire preuve de bonne volonté afin de prouver leur réelle volonté de parvenir à un accord.

Or, de nombreux éléments rendent cet accord très fragile. Tout d'abord, un point fondamental : Israël, avec qui les États-Unis ont déclenché cette guerre, n'est pas signataire. Et pour le gouvernement israélien actuel, les termes de l'accord sont totalement inacceptables car ils interdisent non seulement d'attaquer l'Iran, mais aussi d'attaquer d'autres pays comme le Liban. Pour le gouvernement de Benjamin Netanyahu, aveuglé par ses illusions, la seule issue acceptable de cette guerre est l'effondrement du régime des ayatollahs.

C'est pourquoi cet accord constitue une capitulation sur une condition non négociable (et si la guerre se terminait par une fausse guerre, Netanyahu devrait faire face à de multiples crises internes susceptibles de faire tomber son gouvernement). De fait, les bombardements survenus tôt ce matin au Liban ont contraint l'Iran à fermer à nouveau le détroit d'Ormuz pendant quelques heures.

Cet accord est également inacceptable pour les franges les plus intransigeantes des États-Unis. Les termes du mémorandum d'entente qui ont circulé ressemblent davantage à une capitulation sans condition de la part des États-Unis qu'à tout autre chose. Pour commencer, les États-Unis lèveront leur blocus naval de l'Iran et toutes les sanctions imposées au pays, débloquant ainsi tous leurs avoirs gelés à l'étranger. De plus, les États-Unis s'engageront à ne pas s'ingérer dans les affaires iraniennes, tant sur le plan politique que militaire.

Enfin, les États-Unis créeront un fonds de 300 milliards de dollars, qui ne peut être qualifié que de réparations de guerre. De son côté, l'Iran s'engage seulement à ne pas développer de bombe atomique (ce qu'il a toujours affirmé ne pas vouloir faire ; ses chefs religieux lui ont interdit à maintes reprises d'acquérir une telle arme diabolique), à ​​tenir des discussions ultérieures sur l'enrichissement de l'uranium et à autoriser le libre passage dans le détroit d'Ormuz pendant 60 jours (après quoi un système de péage sera instauré, augmentant durablement le coût du transport dans la région et assurant à l'Iran une source de revenus supplémentaire permanente).

Il convient de noter qu'avec cet accord, les États-Unis non seulement n'ont pas atteint les objectifs qu'ils s'étaient fixés lors du lancement de l'opération militaire, mais ont également régressé, créant une situation pire encore qu'initialement préoccupante. Ceci démontre clairement un affaiblissement structurel de l'hégémonie américaine dans la région et, par extension, dans le monde. La plupart des bases militaires américaines dans les pays voisins de l'Iran ont été détruites ou sont gravement endommagées, et la plupart ne rouvriront pas, compte tenu de leur inefficacité militaire totale et du risque que représente le maintien de cibles aussi vulnérables et coûteuses sur le plan économique.

Les alliés des États-Unis dans la région ont confirmé que non seulement les États-Unis sont militairement impuissants face à l'Iran, mais qu'en cas de nécessité, ils ne leur apportent pas une protection suffisante (tous ont subi de graves dommages à leurs infrastructures clés) et, de surcroît, les abandonnent à la première occasion, prenant la fuite. Ils en prennent certainement tous note et reconfigureront leurs alliances à l'avenir selon de nouveaux axes (par exemple, BRICS+). Enfin, le fonds de réparations d'au moins 300 milliards de dollars constitue une reconnaissance de l'injustice de l'agression initiale et de l'obligation morale de réparer les dommages, et il sera très probablement financé par les alliés des États-Unis.

Étant donné le ton grossier et grotesque qui caractérise tout ce qui entoure Donald Trump, il est difficile de savoir si le choix de Versailles pour la signature du Mémorandum d'entente relevait d'une incompétence extrême ou d'une ruse véritablement diabolique. Versailles fut le berceau du tristement célèbre Traité de Versailles de 1919, par lequel les puissances alliées, et en particulier la France, imposèrent à l'Allemagne des conditions de réparation absolument ignominieuses et abusives pour la Première Guerre mondiale.

Ces conditions non seulement engendrèrent un sentiment d'humiliation et un désir de vengeance au sein du peuple allemand, mais contribuèrent également à l'effondrement économique de la République de Weimar après le krach boursier de 1929, à la montée d'Adolf Hitler et à la Seconde Guerre mondiale. La maladresse, voire la stupidité, avec laquelle Trump a reconnu n'avoir d'autre choix que de signer cet accord – car les États-Unis ne disposaient plus que de quatre semaines de réserves de pétrole et le chaos s'ensuivrait – pourrait laisser penser qu'il est, en effet, un parfait imbécile. Mais allons plus loin et examinons qui est réellement perdant dans cette affaire.

Objectivement, les États-Unis ne sont pas si dépendants du pétrole du Golfe persique. Certes, en 2025, leur consommation s'élevait à 20,6 millions de barils par jour (Mb/j), dont seulement 13,6 Mb/j environ étaient produits localement. Ils devaient donc importer environ 7 Mb/j pour couvrir leur consommation (en réalité, ils en importaient 8 Mb/j, comme nous l'expliquerons). Mais en réalité, une partie de la consommation de pétrole aux États-Unis est destinée à l'exportation de produits raffinés, ce qui représente environ 7 Mb/j, outre l'exportation directe de pétrole brut de faible qualité produit par fracturation hydraulique, pour un total d'environ 10 Mb/j (contre 8 Mb/j importés).

Ainsi, son solde net s'élève à un peu plus de 2 millions de barils par jour (Mb/j) exportés. Bien sûr, la réalité est plus complexe. Ces statistiques combinent les volumes de différentes substances, qui ont non seulement des contenus énergétiques différents, mais aussi des usages et des demandes différents. Par exemple, les États-Unis peuvent produire beaucoup de pétrole brut léger, mais manquent de pétrole brut moyen pour produire du diesel, qu'ils doivent importer ; et une fois raffinée, ils produisent plus d'essence qu'il n'en faut (c'est inévitable, puisqu'un certain pourcentage de chaque produit sort d'une raffinerie donnée).

Par conséquent, pour maintenir leurs niveaux de consommation intérieure, ils doivent importer du pétrole brut adapté pour raffiner ce dont ils ont besoin, et d'autres pays peuvent absorber leurs excédents de certains produits. Parallèlement, l'industrie pétrolière est un secteur majeur de l'économie américaine, de sorte que la question ne se limite pas aux seuls produits pétroliers effectivement consommés sur le sol américain. Cependant, ces chiffres montrent que les États-Unis disposent d'une plus grande marge de manœuvre qu'il n'y paraît pour gérer une situation impliquant une fermeture plus ou moins permanente du détroit d'Ormuz. Et ce, surtout après la décision stratégique de s'emparer des ressources pétrolières du Venezuela.

Les États-Unis peuvent se tourner vers l'Amérique latine (et le font d'ailleurs depuis un certain temps). Ils peuvent garantir leur approvisionnement en pétrole (probablement grâce à une restructuration du secteur, mais ils peuvent néanmoins assurer leur propre subsistance) grâce au pétrole brésilien (principal exportateur d'Amérique latine, avec plus de 2 millions de barils par jour en 2025) et éventuellement d'autres pays. Bien sûr, cela impliquerait que ces pays rompent leurs contrats avec la Chine et l'Europe. Mais n'oublions pas que la doctrine Monroe est de retour en force…

Les États-Unis ont peut-être perdu la guerre en Iran, c'est vrai. Mais ils ne renonceront pas à leur attitude belliqueuse. Ils la redirigeront simplement vers des territoires plus proches. La production pétrolière américaine devrait rester stable, voire légèrement diminuer, jusqu'à la fin de l'année, et bien que le département de l'Énergie américain anticipe désormais une reprise l'année prochaine, la vérité est que la fracturation hydraulique aux États-Unis atteint sa phase finale.

Par conséquent, on peut s’attendre dans les mois à venir à ce que les États-Unis entament une escalade de l’agressivité dans certaines parties de cette partie du monde, jusqu’à ce qu’ils garantissent qu’ils réorientent les flux de pétrole vers eux-mêmes.

Dans ce contexte, l’accord d’entente peut également être compris dans le cadre d’un changement de stratégie américaine. L’Iran aura été la dernière tentative d’exercer un contrôle sur le marché mondial du pétrole ; Mais si cela n’est pas possible, les États-Unis se concentreront sur le contrôle du pétrole de l’ensemble du continent américain. Ainsi, l’Accord n’est qu’une stratégie pour gagner du temps pendant que tout est réinitialisé.

Qui perd vraiment alors avec ce fragile protocole d’accord ? On pourrait penser que la Chine, et certainement l’Asie dans son ensemble, est la principale victime, mais vient ensuite l’Europe.

Il n'y a pas d'accord de paix. Les États-Unis et Israël peuvent imposer la fermeture partielle ou totale du détroit d’Ormuz autant de fois qu’ils le souhaitent pendant des périodes de temps variables, s’ils le souhaitent ; Israël, pour ses objectifs géostratégiques ; États-Unis, pour consolider leur contrôle sur les ressources du continent américain et leur position hégémonique dans cette partie du monde.

Les pétroliers ne vont pas revenir en masse dans le golfe Persique. Un superpétrolier d'une capacité de transport de 2 Mo peut valoir 250 millions de dollars : aucun armateur ne risque volontiers de perdre cette somme d'argent, et cela sans tenir compte du fait que le temps de construction d'un nouveau navire est de plus de deux ans - et personne ne peut subir une perte de capacité aussi importante pendant aussi longtemps. Les navires passeront, testant timidement le terrain, mais avec beaucoup de prudence, et au premier signe de fermeture, tout mouvement opérationnel vers la zone cessera. Les armateurs vont miser sur des routes où leurs principaux actifs ne courent pas autant de risques, même si cela signifie que le pétrole n'atteindra pas (autant) certaines régions du monde.

De plus, après tous les dégâts causés ces derniers mois aux terminaux de fret et aux raffineries, de nombreuses réparations longues et coûteuses devront être effectuées pendant des mois avant de retrouver leur pleine capacité. Et encore une fois, ils procéderont avec prudence, car en cas de reprise des hostilités, ils pourraient être de nouveau attaqués, rendant ainsi les efforts et les dépenses inutiles.

En revanche, l'arrêt prolongé de l'extraction pétrolière des champs du golfe Persique aura déjà eu des conséquences néfastes en termes de re-cimentation de la roche réservoir et d'étanchéité due à l'accumulation de goudron. Nous ne savons toujours pas quelle quantité de production a été perdue à jamais, mais elle se situe probablement dans la fourchette de 1 à 2 Mb/j.

Les États-Unis poussent le contrôle des ressources dans une autre direction. La décision actuelle de l'Ukraine d'attaquer les raffineries russes n'est pas une coïncidence, car elle compromet la capacité d'exportation du seul pays susceptible de mettre en danger la nouvelle situation. Et pour compliquer encore davantage la situation pour l’Europe, si le prix de l’essence aux États-Unis continue d’augmenter (et il continuera vraisemblablement d’augmenter étant donné la volatilité de la situation), l’administration Trump pourrait à tout moment décider d’embargo sur les exportations de pétrole, ce qui serait une catastrophe pour l’Europe et pour l’Espagne, qui (toutes deux) importent environ 15 % du pétrole qu’elles consomment de là-bas.

Ici, pendant ce temps, nous continuons à consommer nos réserves commerciales sans restrictions, en attendant un rétablissement rapide du flux de pétrole qui n’arrivera pas, et sans intégrer le risque d’une redéfinition stratégique des États-Unis, comme s’ils étaient toujours notre allié, comme si leurs intérêts n’étaient pas de plus en plus exactement contraires aux nôtres. Peut-être qu’avec sa signature à Versailles, Trump a représenté ce qu’était la France en 1919 et que nous, sans même signer ce papier, avons adopté le rôle de l’Allemagne à cette époque.

Ce n'est pas fini. Cela vient juste de commencer.

D’ailleurs, il faut dire que The Honest Sorcerer a écrit un article qui va dans la même direction que ce que j’ai écrit ici (et qui m’a sans doute servi de référence).

Salutations...

Antonio Turiel 19 06 26

 

« Un été très compliqué s'annonce, avec des restrictions de transport et de nombreuses faillites d'entreprises. » ....

Antonio Turiel, chercheur au CSIC, docteur en physique théorique et expert en énergie, prévient que le monde se dirige vers une situation « très préoccupante », même si les États-Unis et l'Iran parviennent à un accord au Moyen-Orient. Il explique que « nous vivons dans une fiction dangereuse », les marchés sous-estimant l'impact réel de la crise énergétique.

Turiel prévient que le point critique pourrait être atteint début juin, lorsque les réserves de kérosène commenceront à s'épuiser, ce qui pourrait engendrer de graves tensions sur le transport aérien et l'activité économique. Le chercheur affirme que cette situation pourrait pousser de nombreuses entreprises au bord du gouffre, voire les conduire à la faillite.

Il met également en garde contre d'éventuelles restrictions sur l'utilisation des véhicules privés et les transports en raison de la détérioration de l'approvisionnement énergétique et de la pression accrue sur les prix des carburants. Selon son analyse, l'Europe est une fois de plus confrontée à un scénario d'énorme vulnérabilité énergétique dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes.

 

Le scientifique Antonio Turiel, toujours attaché à une analyse rigoureuse des données, excellent communicateur et toujours soucieux de fournir des informations mesurées, tant dans les forums citoyens qu'auprès des dirigeants politiques et gouvernementaux, a récemment lancé un appel à des mesures urgentes pour faire face à la crise actuelle.

Turiel affirme que ce qui nous attend est pire que la crise de 2008.

Dans le contexte actuel, et avec la guerre illégale déclarée à l'Iran, « le mieux qui puisse nous arriver serait une crise économique pire que celle de 2008 ». Mais nous entrons dans une nouvelle ère de l'histoire de l'humanité, et nous continuons de nous bercer d'illusions, alors que la situation se détériore rapidement et inexorablement ; le scénario qui se dessine est un véritable cauchemar.

L'Espagne étant principalement dépendante du tourisme, elle doit se préparer à une absence totale de touristes, compte tenu du conflit armé et des actions des États-Unis concernant le contrôle de l'approvisionnement en pétrole et les sanctions qu'ils imposent arbitrairement à tout-va. Face à cette situation, Turiel insiste sur l'importance pour les citoyens de « commencer à s'organiser, de créer des groupes de base, des groupes d'entraide, des associations, des groupes de résilience et des groupes de collaboration ».

Concernant l'Europe, il estime que sa situation est encore plus critique que celle de l'Espagne, car elle manque de 30 % de pétrole, contre environ 15 % pour l'Espagne. Compte tenu de l'orientation que prend la politique américaine, les États-Unis pourraient décider, outre le contrôle des prix, d'interdire les exportations de pétrole et de gaz vers l'Europe.

Ce qui est certain, c'est que nous ne reviendrons pas à la situation antérieure. Nous sommes entrés dans une phase que de nombreux sociologues et historiens considèrent comme la fin de la classe moyenne, la mort de la démocratie et un retour au Moyen Âge.

La plupart des choses que nous tenions pour acquises et que nous considérions comme normales sont en train de disparaître :

Les droits nationaux, les droits de l'homme et le droit international sont bafoués par les États-Unis et Israël, et au sein de l'UE, Ursula von der Leyen et David Rutte soumettent l'Union à l'hégémonie, contre ses intérêts et la volonté de ses États membres. Il est utile de se pencher sur les principes du féodalisme au Moyen Âge pour bien comprendre ce qui nous attend.

Pour revenir à la catastrophe immédiate causée par la guerre et la pénurie d'énergie, la situation vers laquelle nous nous dirigeons est celle d'un effondrement économique, de pénuries de matières premières, de l'échec de la transition énergétique et d'un paysage politique qui penche vers le néofascisme et l'écocide. Dès lors, notre seul espoir réside dans la reprise de l'organisation locale.

Et comme le dit Turiel, c'est la réalité, « une dure réalité, une réalité que personne ne veut accepter. Une réalité face à laquelle nous ne pouvons attendre des gouvernements qu'ils nous guident. »

Ces propos, conjugués à la réalité des événements auxquels nous assistons quotidiennement, illustrent le chemin qui nous mène à l'abîme. (extrait)

Remedios Copa | 16/05/2026

https://nuevarevolucion.es/lo-que-viene-es-lo-peor-que-nos-podiamos-imaginar/

 

 

Antonio Turiel : « Dans le meilleur des cas, nous nous dirigeons vers une récession pire que celle de 2008 ; dans le pire, elle sera pire que celle de 1929. »....

Turiel, connu pour son blog « The Oil Crash » et sa participation à la récente campagne d'information « No Normal Tour », dresse un tableau bien plus alarmant que celui perçu par la plupart des gens.

Turiel a avancé des chiffres précis pour illustrer l'ampleur du problème. 20 % du pétrole extrait dans le monde transite par le détroit d'Ormuz, mais comme les pays producteurs en consomment la moitié, ces 20 % représentent en réalité 40 % du pétrole disponible sur le marché international. Outre le pétrole, le blocus affecte 30 % du gaz naturel, 30 % des engrais azotés, 30 % du soufre – indispensable à la production d'acide sulfurique et, par conséquent, à l'extraction du cuivre et à la production de phosphates –, 30 % de l'hélium et 30 % de l'aluminium.

En Espagne, bien que le blocus touche 40 % du pétrole disponible sur le marché, il ne manque actuellement que 15 % de la consommation. « Nous puisons dans les réserves des gisements, qui couvraient 95 jours de consommation nationale. Il nous reste environ 81 jours », a-t-il expliqué. Si cette tendance se maintient, des mesures de protection devront être mises en place d'ici deux ou trois mois : d'abord des restrictions, puis un rationnement.

La transition énergétique ne pourra pas sauver le modèle actuel.

Turiel a critiqué le modèle de transition énergétique promu jusqu'à présent, fondé sur une électrification massive. Il a rappelé que l'électricité ne représente que 20 % de la consommation énergétique totale et que les 80 % restants sont très difficiles, voire impossibles, à électrifier. « On croit souvent que la majeure partie de la consommation d'énergie est électrique, mais ce n'est pas le cas », a-t-il déclaré. Il a également souligné un paradoxe crucial : les minéraux nécessaires à la fabrication des installations d'énergies renouvelables sont extraits et transportés au diesel, ce qui rend la transition encore plus difficile dans le contexte de la crise énergétique actuelle.

L'épuisement structurel du pétrole : le problème sous-jacent

Au-delà de la guerre, Turiel a insisté sur l'existence d'un problème structurel sous-jacent rarement abordé publiquement. L'année dernière, l'Agence internationale de l'énergie a averti que, dans les 25 prochaines années, la production mondiale de pétrole pourrait diminuer de moitié en raison de l'épuisement des puits existants et du manque de nouveaux gisements importants. De plus, le département de l'Énergie des États-Unis a lui-même reconnu que la production américaine, basée sur la fracturation hydraulique, est entrée dans une phase de déclin. « Les guerres actuelles ne sont pas des guerres pour les ressources, mais des guerres pour les dernières ressources. C'est un changement radical », a-t-il affirmé.

Un été potentiellement très rigoureux en 2027

Le scientifique a également mis en garde contre la situation climatique à l'approche de l'été prochain. Turiel a expliqué qu'un nouvel épisode d'El Niño d'une ampleur exceptionnelle est en train de se former, dont le pic devrait être atteint aux alentours de Noël 2026, avec des effets plus intenses durant l'été 2027. « La Méditerranée connaîtra des températures extraordinairement élevées, avec un risque accru de fortes précipitations et de tempêtes très violentes », a-t-il averti.

Un changement de modèle, pas de technologie

Face à ce scénario, Turiel a insisté sur le fait que le problème n'est pas technique, mais socio-économique. « Nous disposons de technologies qui nous permettent de satisfaire nos besoins sans dépendre du pétrole, mais le véritable problème réside dans le modèle de société », a-t-il déclaré. Il a défendu la nécessité d'abandonner l'idée d'une croissance économique infinie sur une planète aux ressources finies et a validé les propositions de décroissance et de transitions démocratiques concertées : « Ce que nous ne voulons pas, ce sont des systèmes autoritaires qui n'imposent rien à personne. Nous devons rechercher des solutions qui puissent convenir à tous. »

Dans le cas particulier des îles, Turiel a souligné que la dépendance aux importations alimentaires et au tourisme aérien rend la situation particulièrement vulnérable. « Le modèle touristique tel que nous le connaissons, fondé sur l’abondance énergétique, va progressivement disparaître », a-t-il déclaré, invitant à une réflexion dès maintenant.

« Les brebis voient les oreilles du loup. »

Turiel a décrit la période actuelle comme une « attente tendue » au sein des milieux économiques et politiques, marquée par une nervosité croissante. Il a noté que certains de ses détracteurs habituels sont désormais « très silencieux », ce qu’il considère comme significatif.

« Personne ne veut annoncer de mauvaises nouvelles, personne ne veut déclencher une panique financière, mais nous sommes tous adultes et nous savons ce qui se passe », a-t-il affirmé, ajoutant qu’il attend de voir comment les voix qui ont jusqu’ici minimisé les risques se positionneront dans les mois à venir.

Josep Rubio 5 maig, 2026

https://www.radioillaformentera.cat/antonio-turiel-en-el-millor-dels-casos-anem-cap-a-una-recessio-pitjor-que-la-del-2008-en-el-pitjor-sera-pitjor-que-la-del-1929/

« La transition énergétique n'a aucun sens, mais peu importe. Personne ici ne va changer de cap. »....

 

Le physicien Antonio Turiel travaille au Conseil supérieur de la recherche scientifique (CSIC) et est une figure respectée dans le domaine de l'énergie. Sa position prend une importance particulière cette semaine, à l'approche du premier anniversaire de la panne d'électricité qui a paralysé le réseau électrique du pays.

— Cette semaine marque le premier anniversaire de cette panne massive. Pensez-vous toujours que c'était « une erreur monumentale » qui n'aurait jamais dû se produire ?

— Oui, je le pense toujours, car même les enregistrements audio récemment publiés confirment l'origine du problème. On le savait dès le départ. De plus, on insiste beaucoup sur les causes multifactorielles de la panne, mais ce n'est qu'un mythe. Bien évidemment, l'anomalie à l'origine de la panne peut être plus ou moins complexe, même si Red Eléctrica (le gestionnaire du réseau électrique espagnol) avance une théorie plutôt douteuse qui, soit dit en passant, ne les met pas vraiment en valeur. Mais peu m'importe la cause de l'instabilité initiale. Le véritable problème réside dans l'incapacité du réseau à absorber les instabilités ; autrement dit, la cause immédiate de la panne, le facteur déclencheur, importe peu au final, puisqu'il s'agit d'un événement aléatoire. Ce qui compte vraiment, c'est de comprendre pourquoi le réseau ne peut y résister, pourquoi il flanche et s'effondre. Ce problème est le même qu'il y a un an, et c'est pourquoi je le répète, mais les enregistrements audio eux-mêmes le confirment. Les mesures prises par Red Eléctrica depuis le lendemain de la panne le confirment également : la stabilisation du réseau.

– Comment le réseau est-il stabilisé ?

En brûlant davantage de gaz naturel et en maintenant en permanence en fonctionnement un certain nombre de centrales à turbines à gaz à cycle combiné, car le problème d'instabilité se manifeste principalement dans le sud de l'Espagne, où de nombreuses installations d'énergies renouvelables ont été mises en place sans systèmes de stabilisation. C'est un problème connu depuis longtemps. La réglementation européenne a été très souple précisément pour encourager le déploiement rapide des énergies renouvelables, car elles étaient évidemment moins chères sans autant de systèmes de stabilisation.

Cela fonctionne tant que les énergies renouvelables restent minoritaires, mais lorsqu'elles deviennent la principale source d'approvisionnement en électricité, comme le jour de la panne de courant, où le photovoltaïque représentait 53 % et l'éolien 10 %, il est logique qu'à ce moment-là, une instabilité importante puisse engendrer des problèmes. Et c'est ce qui s'est produit.

Quoi qu'il en soit, il y a eu aussi un excès de confiance, et un autre facteur important à prendre en compte, qui n'était pas aussi clair pour moi il y a un an et qui est maintenant devenu plus évident : la grande difficulté du secteur photovoltaïque à dégager des bénéfices.

En Espagne, la capacité installée a dépassé les prévisions. La consommation, quant à elle, reste faible. Contrairement à certaines affirmations, la consommation d'électricité est à son plus bas niveau depuis 2008. Certes, elle a légèrement augmenté ces deux dernières années, mais la tendance est à la baisse depuis 2008, et nous consommons actuellement moins qu'à cette époque.

– Et c'est là que réside le problème de rentabilité du secteur photovoltaïque…

– Oui. En raison d'une surinstallation, fondée sur l'hypothèse que la transition énergétique augmenterait la consommation d'électricité, les installations photovoltaïques se retrouvent aujourd'hui en concurrence directe. Quand l'une produit, toutes produisent. Quand l'une ne produit pas, aucune ne produit. Le problème est donc qu'elles entrent et sortent constamment du réseau, cherchant à obtenir le meilleur prix. Ce phénomène est décrit dans le rapport de Red Eléctrica (le gestionnaire du réseau électrique espagnol). Finalement, ces entrées et sorties incessantes génèrent également de l'instabilité, car elles provoquent des pics de puissance réactive et de tension. Quoi qu'il en soit, le constat est le même qu'il y a un an : un réseau électrique mal stabilisé, car la réglementation était trop laxiste et autorisait l'installation d'énergies renouvelables avec moins de systèmes de stabilisation que nécessaire – des systèmes dont sont équipées les centrales conventionnelles.

La réglementation aurait dû être plus rigoureuse, mais cela aurait augmenté les coûts d'installation, ce qui n'était pas souhaitable pour un déploiement rapide. Depuis la panne de courant, une certaine quantité de gaz naturel est brûlée en permanence. Cette combustion se fait de deux manières. Une partie est utilisée pour la production directe d'électricité, dans les limites des contraintes techniques. Cela représente environ 10 % de l'électricité produite. Les centrales à cycle combiné à turbines à gaz produisent peu d'électricité. Elles produisent juste assez pour garantir la stabilité du réseau, ce qui n'est possible qu'avec ce type de centrales ou l'hydroélectricité. Le problème de l'hydroélectricité est son éloignement du sud de l'Espagne, où nous rencontrons les plus grandes difficultés. Outre la part utilisée pour la production directe d'électricité, une autre part est brûlée et payée pour maintenir les centrales à cycle combiné en fonctionnement ; autrement dit, elles fonctionnent au ralenti, sans produire d'électricité. Elles sont là en cas de besoin.

Si cela avait été le cas il y a un an, la panne de courant aurait été évitée. C'est ce qu'on appelle la capacité de réserve. Tout cela augmente la facture et les émissions de CO2. En Espagne, on prétend avoir la facture d'électricité la moins chère d'Europe, mais c'est faux. Nous proposons les prix les plus bas du marché de gros, mais la facture finale pour le client inclut tous les coûts, ce qui signifie que le prix n'est pas exorbitant. C'est moins cher qu'ailleurs, mais ce n'est pas le prix le plus bas d'Europe. Cela varie ; il peut y avoir des jours où c'est le cas, mais ces coûts sont importants et augmenteront compte tenu du contexte mondial actuel.

– Pensez-vous que les explications fournies sur la panne de courant soient suffisantes ? Il semble qu’aucun coupable ne soit clairement identifié…

– Personne ne semble pressé de rouvrir ce dossier, car nous avons tous une part de responsabilité. Red Eléctrica (le gestionnaire du réseau électrique) est évidemment en partie responsable, puisqu’en tant qu’autorité de régulation, elle se doit d’être pleinement informée de tout ce qui se passe et d’empêcher le système d’atteindre des situations extrêmes comme cette panne.

Mais il y a aussi les producteurs d’électricité, qui exercent une pression sur Red Eléctrica car ils rencontrent de sérieux problèmes de rentabilité et cherchent constamment à augmenter leur production. Le problème, c’est que l’objectif de Red Eléctrica est la stabilité du réseau ; les entreprises ne peuvent donc pas s’attendre à ce qu’elle agisse systématiquement dans leur intérêt. Red Eléctrica prendra les décisions qu’elle juge techniquement les plus appropriées, ce qui explique les nombreux conflits avec les entreprises. La situation est très complexe car nous ne réalisons pas que les compagnies d’électricité sont actuellement dans une situation très précaire et que de nombreux développeurs de projets photovoltaïques risquent la faillite. C'est inévitable. On nous a vendu l'idée de la transition, mais force est de constater qu'elle n'a pas fonctionné.

– Y a-t-il un moyen d'y remédier, ou l'échec est-il inévitable ?

– Il n'y a pas de solution. Ce modèle de transition a échoué. Fin 2018, l'Espagne disposait d'une capacité installée totale de 147 gigawatts, renouvelables et non renouvelables confondues. La consommation moyenne est de 27,5 gigawatts, soit un sixième de la capacité installée. On observe des pics à certaines périodes, comme l'été ou l'hiver, mais la consommation maximale atteint 41 gigawatts, soit un tiers de la capacité installée. Une certaine redondance est nécessaire, car les panneaux photovoltaïques ne produisent évidemment pas d'électricité la nuit et leur production est moindre en hiver.

De même, la production éolienne est réduite en l'absence de vent, mais cette redondance ne signifie pas que la consommation de pointe doive atteindre un tiers de la capacité installée. C'est pourquoi j'affirme que ce modèle ne fonctionne pas. On prévoyait une augmentation de la consommation d'électricité avec tous ces discours sur la transition, or ce n'est pas le cas. Il existe un écart flagrant entre la consommation réelle et les prévisions du Plan national intégré énergie-climat. Et il ne s'agit pas d'une simple différence de 20 % : une courbe est ascendante tandis que l'autre est descendante.

C'est absurde, car ce problème est connu depuis longtemps et rien ne change. Personne ne remédie à la situation, ce qui engendre des mesures désespérées ou des pressions de la part des compagnies d'électricité. C'est pourquoi j'estime que ces compagnies ont aussi une part de responsabilité : elles opèrent à la limite de leurs capacités et font pression sur l'autorité de régulation pour augmenter l'offre d'électricité. Enfin, la responsabilité incombe également au législateur, qui a rédigé la réglementation de telle sorte que cette situation se soit produite.

– Outre l'utilisation de centrales à turbines à gaz à cycle combiné, d'autres mesures ont-elles été prises pour éviter une nouvelle panne de courant ?

– Actuellement, c'est impossible. Ils savent parfaitement comment garantir la sécurité du réseau électrique, et c'est pourquoi ils consomment davantage de gaz depuis le lendemain de la panne. Que faut-il faire de plus pour améliorer le réseau ? Investir dans tous les systèmes de stabilisation qui n'étaient pas installés à l'époque, mais cela coûte très cher. De plus, je pense que les systèmes de stabilisation devraient être intégrés aux centrales, et non au réseau. Les centrales devraient être raccordées au réseau dans des conditions appropriées, sinon elles le surchargent. Certains systèmes de compensation synchrone commencent à être installés, ce qui contribuera à stabiliser le réseau, mais cela nécessite des investissements très importants. Quoi qu'il en soit, en continuant sur cette voie – c'est-à-dire en consommant plus de gaz – il n'y aura pas de nouvelle panne de courant.

– Ces derniers mois, nous avons entendu dire que de nombreuses entreprises n'ont pas pu s'implanter dans la région de León faute de capacité électrique suffisante. Existe-t-il une solution à court terme ?

– C'est la faute des compagnies d'électricité. Red Eléctrica (le gestionnaire du réseau électrique) n'y est pour rien. se. Il y a deux réseaux : le réseau de transport et le réseau de distribution. Le réseau de transport est comme une autoroute qui achemine l'électricité des grands producteurs vers les centres de distribution, et c'est ce que contrôle Red Eléctrica. Ensuite, il y a le réseau de distribution, qui représente le dernier kilomètre, le tronçon final jusqu'aux consommateurs. Celui-ci est contrôlé par les compagnies d'électricité, qui se plaignent depuis un certain temps car, selon elles, elles ne sont pas suffisamment rémunérées pour l'entretien et le déploiement de toutes ces infrastructures.

Ce sont donc les compagnies d'électricité qui créent le goulot d'étranglement. Red Eléctrica, comme à son habitude, peut imposer des restrictions d'accès au réseau à haute tension afin de ne pas aggraver l'instabilité. Cependant, un mensonge sous-jacent se cache derrière tout ce discours : l’affirmation selon laquelle la consommation d’électricité affiche une tendance générale à la baisse. S’il est vrai qu’elle a légèrement augmenté ces deux dernières années, la courbe montre une nette tendance à la baisse, et en 2026, nous devrions observer une nouvelle baisse significative de la consommation d’électricité. Par conséquent, il est peu justifié de demander davantage de raccordements au réseau à haute tension s’il n’y a pas d’augmentation réelle de la consommation.

Les entreprises ne négocient pas avec Red Eléctrica, mais avec les sociétés qui gèrent le réseau de distribution, et c’est là que réside le problème – un problème délibérément occulté dans le débat. Je ne crois pas qu’il y ait une demande si importante. Il est possible qu’il existe des problèmes isolés sur certaines parcelles de terrain ou dans des zones industrielles spécifiques, comme celle d’Onzonilla, mais il s’agit de problèmes techniques qui peuvent être résolus, à condition que les compagnies d’électricité soient prêtes à investir.

Pour moi, l’un des plus grands défauts du système électrique espagnol est que le réseau de distribution est contrôlé par de grandes compagnies d’électricité. C'est scandaleux et cela engendre d'énormes distorsions, car la consommation est très hétérogène. Dans certaines villes, comme Madrid, Barcelone, Valence et Bilbao, la consommation est extrêmement élevée, tandis que dans d'autres, comme León, elle est beaucoup plus faible. Le problème, souvent, dans ces zones, réside dans la capacité insuffisante des nœuds de distribution, qui dépendent des compagnies d'électricité.

Au-delà de l'électricité, la guerre en Iran crée une incertitude quant à l'approvisionnement en pétrole. Comment voyez-vous l'évolution de la situation ?

Il faut suivre de très près l'évolution de la situation concernant les carburants, car je pense qu'un rationnement est inévitable. C'est inévitable, car l'Espagne ne couvre même pas 15 % de sa consommation de pétrole actuellement. Et elle puise dans ses réserves, qui s'amenuisent. Lorsque les réserves de pétrole atteindront 70 jours d'approvisionnement national, ce qui, au rythme actuel, sera le cas d'ici trois ou quatre mois, des mesures restrictives devront être prises.

Et si les réserves continuent de s'épuiser, un rationnement devra être mis en place. Et comme il ne semble pas que la situation se résolve rapidement… Et même si elle se résolvait, il faudrait des mois pour que le trafic soit rétabli. Tôt ou tard, on parlera donc de restrictions ou de rationnement. Et si le conflit s'enlise ou s'il y a destruction totale et que les États-Unis attaquent l'Iran… ce sera le chaos.

Ici en Espagne, nous vivons dans une bulle de complaisance, mais cette situation me rappelle beaucoup l'arrivée du coronavirus en Italie. Il suffit de voir ce qui se passe en Irlande ou en France, où la pénurie de carburant pousse les gens à venir en Espagne pour faire le plein. Nous vivons dans une bulle, mais nous nous dirigeons vers une situation très grave. Quoi qu'il arrive, nous allons faire face à une crise économique majeure car 40 % du pétrole disponible à la vente manquent à l'appel, ainsi que 15 % de l'essence, 30 % des engrais, 30 % de l'acide sulfurique utilisé par les entreprises, 30 % de l'hélium nécessaire à la fabrication des semi-conducteurs… Ce sera un coup dur, sans précédent dans l'histoire. Si nous avons beaucoup de chance et que tout se passe bien, les plus gros problèmes surviendront après l'été. Si la situation se complique, peut-être en fin d'année, mais il n'y a pas d'échappatoire, et la population va très mal le vivre.

Alfonso Martínez

03/05/2026

https://www.lanuevacronica.com/actualidad/transicion-energetica-no-tiene-ni-pies-ni-cabeza-pero-da-igual-aqui-nadie-rectifica_195595_102.html

 

 

Préparez-vous à l'impact....

Chers lecteurs,

Anticiper ce qui se passera dans les semaines à venir est une tâche très difficile. Cependant, compte tenu de l'accumulation des risques et de l'évolution des divers facteurs qui affectent la situation géopolitique actuelle, il est clair que nous allons traverser une crise sans précédent, de par son ampleur, sa portée et sa durée.

Je ne m'attarderai pas sur l'évaluation du nombre immense d'effets et de corrélations entre les innombrables variables en jeu. Je me concentrerai sur quelques aspects qui sont actuellement assez clairs, afin de transmettre une idée relativement simple : inévitablement, au cours des prochaines semaines, nous assisterons à une forte hausse des prix, suivie de restrictions d'accès à certains produits et services, aboutissant finalement à une situation de rationnement. Dans le meilleur des cas, des mesures de rationnement seront mises en œuvre en Espagne d'ici la fin de l'année ; dans le pire, dans les semaines à venir. Tout dépendra de l'évolution de certains facteurs actuellement imprévisibles, mais dont la trajectoire est très négative.

Commençons par les faits : selon l'Agence internationale de l'énergie, l'extraction d'environ 13 millions de barils de pétrole par jour (Mb/j) est à l'arrêt dans la région du Golfe persique, faute de débouchés. Cela représente une perte de 13 % de la production mondiale, qui s'élève à environ 100 Mb/j. De plus, l'arrêt de l'extraction dans ces puits, situés dans des gisements très matures, entraînera une perte permanente de 1 à 2 Mb/j en raison de la compaction et de la fermeture des puits lorsque l'injection d'eau sous pression cessera. Cela représente déjà une perte considérable, de l'ordre de 1 à 2 % de la production mondiale. Par ailleurs, les dommages causés aux terminaux de chargement, aux raffineries, aux oléoducs, aux gazoducs et même à certains gisements pétroliers ralentiront le flux d'hydrocarbures pendant des années, ce qui pourrait engendrer des pertes supplémentaires comparables durant cette période. Par conséquent, même dans le meilleur des cas, nous pourrions être confrontés à une perte de 4 % de la production mondiale pendant plusieurs années. Il convient également de rappeler que, puisque les pays producteurs consomment un peu plus de la moitié du pétrole qu'ils extraient, en termes de pétrole disponible à la vente (facteur primordial pour les pays importateurs nets comme l'Espagne), ces pourcentages doivent être multipliés par deux. Par conséquent, l'interruption de l'extraction dans la région représente 26 % des exportations mondiales de pétrole, et nous aurons perdu, de manière plus ou moins permanente, entre 4 % et 8 % du pétrole total disponible à la vente. Ces chiffres donnent une idée de la gravité de la situation pour les pays importateurs comme le nôtre.

Mais la situation risque de s'aggraver considérablement. Les États-Unis bloquent le passage des pétroliers iraniens, dont certains ont déjà été saisis. L'Iran exporte 2 millions de barils par jour (Mb/j), ce qui signifie qu'en ajoutant 4 % supplémentaires aux exportations de pétrole manquantes, le total atteindrait 30 %. De plus, si le conflit s'intensifie, l'Iran pourrait attaquer les oléoducs utilisés par l'Arabie saoudite et le Koweït pour contourner le golfe Persique, privant ainsi le marché de 7 Mb/j supplémentaires, soit 14 % de plus. Sans même parler du fait que si les États-Unis lançaient une offensive terrestre, les destructions que l'Iran pourrait causer dans la région risqueraient de paralyser toute la production régionale, estimée à environ 27 Mb/j. Pire encore, ces pays exportent la majeure partie de leur pétrole, soit environ 20 Mb/j, qui transitait auparavant par le détroit d'Ormuz, même si actuellement environ 7 Mb/j sont acheminés par les oléoducs mentionnés. Dans ce cas, jusqu'à 40 % du pétrole disponible à la vente serait indisponible (sans compter que si ces pays venaient à manquer de pétrole pour produire de la nourriture, s'approvisionner en eau ou utiliser la climatisation en été, le terme « catastrophe humanitaire » serait bien trop faible).

En résumé : actuellement, 30 % du pétrole exporté ne circule pas. Si la crise s’aggrave, ce pourcentage pourrait atteindre 40 %, et même si la guerre cessait et que la situation se normalisait, nous aurions perdu entre 4 % et 8 % de notre production pendant plusieurs années, voire définitivement.

Autrement dit : dans le meilleur des cas (une perte de seulement 4 % du pétrole disponible), nous nous dirigeons vers une crise économique plus grave que celle de 2008 ; dans le pire des cas (une perte durable d’environ 40 %), nous nous dirigeons vers une situation pire que la Grande Dépression de 1929.

Quelle est la situation de l’Espagne ?

Selon les données de la Strategic Petroleum Reserves Corporation (CORES), l'Espagne achète actuellement environ 85 % du pétrole qu'elle consomme. Les 15 % restants proviennent donc de ses réserves, principalement commerciales. Avant l'affaire Iran-Contra, l'Espagne disposait de réserves stratégiques (d'État) équivalentes à 30 jours de consommation nationale, tandis que ses réserves commerciales (des entreprises) équivalaient à 65 jours. Au total, l'ensemble des réserves représentait 95 jours de consommation nationale. Actuellement, les réserves représentent environ 83 jours, et nous perdons l'équivalent de 0,15 jour de consommation nationale chaque jour. Autrement dit, nous perdons environ un jour de réserves par semaine. Si la situation reste inchangée, dans environ 13 semaines (3 mois, soit fin juillet), les réserves atteindront 70 jours, et certaines mesures restrictives seront mises en œuvre, devenant de plus en plus strictes à mesure que les réserves diminueront.

L'Espagne est dans une meilleure situation que d'autres pays européens car ses neuf raffineries sont restées opérationnelles : huit dans la péninsule Ibérique et une aux îles Canaries. Cela confère à l'Espagne une capacité de raffinage d'environ 1,3 million de barils de pétrole par jour (Mb/j), lui permettant de produire la quasi-totalité de son essence et de son gazole, ainsi que 83 % de son kérosène. À l'inverse, au cours des 20 dernières années, plus de 40 % des raffineries européennes ont fermé leurs portes, le coût des importations de carburant en provenance de Russie et d'ailleurs étant devenu plus avantageux. Cette situation rend l'Europe beaucoup plus vulnérable à la conjoncture actuelle, la concurrence s'intensifiant sur les marchés de l'essence, du gazole et du kérosène. Le nombre de consommateurs de pétrole brut a diminué car le raffinage du pétrole nécessite des installations coûteuses que tous les pays ne peuvent pas se permettre.

La situation qui se dessine n'est pas particulièrement favorable à l'Espagne, mais aucune perturbation imminente n'est anticipée. Cependant, certains risques exigent une extrême prudence dans les semaines à venir et pourraient conduire à des mesures restrictives, voire à un rationnement, plus tôt qu'on ne le pense.

Prix ​​du pétrole : En avril, le Trésor américain a manipulé les indices de référence utilisés pour définir les prix du pétrole, et plus précisément les contrats à terme de juin pour le Brent et le West Texas Intermediate (WTI). Le volume physique extrait de ces deux types de pétrole est très faible, à peine quelques centaines de milliers de barils par jour, ce qui rend ce marché plus facile à manipuler. Des options d'achat sur le pétrole de juin ont été achetées à un prix plus élevé, puis revendues à un prix inférieur afin de tenter de contenir les cours. Initialement, un niveau de 90 dollars le baril a été fixé, puis, face à la difficulté de maintenir ce niveau, un niveau de 100 dollars le baril a été adopté. Tout ce « pétrole virtuel » n'est rien de plus qu'un instrument spéculatif sans lien direct avec le pétrole physique négocié dans les ports. Cependant, en général, le prix des contrats à terme à trois mois et le prix du pétrole au comptant sont très proches, ne différant que de quelques dollars par baril. Du moins, jusqu'en avril dernier.

Lo que hemos observado es que la separación entre el precio del

Nous avons constaté que l'écart entre le prix du pétrole physique et les contrats à terme a dépassé les 30 dollars le baril, conséquence d'une manipulation du Trésor américain. Cette manipulation, qui a manifestement coûté des centaines de millions de dollars au Trésor américain, s'explique par le fait que le « prix du pétrole » mentionné dans les médias correspond en réalité au prix du marché à terme, et non au prix au comptant. Ce dernier est en effet plus difficile à déterminer, car il dépend du pays, du port et du lieu de livraison, et nécessiterait l'enregistrement de toutes ces valeurs et le calcul d'une moyenne pondérée. Ces « prix du pétrole » servant de référence pour de nombreux ajustements boursiers, cette manœuvre a permis au gouvernement américain de gagner du temps et d'éviter une panique boursière. Mais le temps presse. Demain, 30 avril, les contrats à terme sur le Brent pour livraison en juin doivent être réglés. C'est pourquoi, cher lecteur, vous aurez sans doute remarqué que depuis le début de la semaine, le prix du pétrole (c'est-à-dire les contrats à terme de juin) n'a cessé d'augmenter, atteignant 118 dollars le baril au moment où nous écrivons ces lignes. Entre aujourd'hui et demain, le prix devra s'envoler jusqu'à ce que le prix au comptant et le prix à terme soient pratiquement identiques. Sinon, quelqu'un pourrait acheter le pétrole et le revendre immédiatement plus cher, empochant ainsi le profit de la différence. La ruée effrénée engendrée par cette manipulation comptable touche donc à sa fin. À la clôture des marchés demain, nous connaîtrons le prix final du Brent (il faudra attendre le 19 mai pour le WTI), mais ne soyez pas surpris s'il atteint 140 ou 150 dollars le baril. Ce prix reflète la pénurie physique de pétrole en Europe, et le pire, c'est qu'il ne s'agit même pas du pic ; il est fort probable qu'il dérive, au fil des semaines, vers 200 dollars, voire plus. Quoi qu'il en soit, avec un Brent à 150 dollars le baril, il faut s'attendre à ce que le prix du diesel avoisine les 3 euros le litre.

Destruction de la demande : C'est le seul facteur susceptible d'atténuer la pénurie actuelle. Face à la flambée des prix de l'essence et du diesel, de nombreuses entreprises seront contraintes de fermer, entraînant une chute de la demande. Le problème est que compter sur ce mécanisme pour combler un déficit de 15 % entre l'offre et la demande de pétrole revient pratiquement à supposer une baisse similaire de l'activité industrielle et, en raison des effets rebond et des interdépendances, une chute du PIB qui pourrait facilement dépasser 5 % et même atteindre 10 %. Ce serait un véritable désastre économique. La solution la plus probable est donc que le gouvernement prenne des mesures immédiates pour freiner la demande privée, ce qui nuit le moins à l'activité économique. Il est donc tout à fait possible que des mesures restrictives soient mises en œuvre dans les semaines à venir. Le problème est que ces mesures ont peu de chances de réduire le déficit de 15 % entre l'offre et la demande de pétrole de plus de 5 %, laissant un déficit de 10 % à combler. Tant que ce déficit persistera, la hausse des prix est inévitable, car c'est l'incapacité à satisfaire toute la demande qui la provoque.

Effondrement économique des pays du Golfe : La stratégie américaine actuelle, qui consiste à bloquer les navires iraniens (ou ceux qui leur versent un tribut), vise à affaiblir davantage l'économie iranienne, déjà fortement compromise, à provoquer des manifestations et des troubles internes, et à induire un changement de régime. Malheureusement pour les Américains, le régime iranien se révèle très résilient et solidement enraciné, d'autant plus que son armée, les Gardiens de la révolution, semble avoir pris le contrôle politique du pays. Cependant, la résilience des autres États du Golfe, alliés des États-Unis, est beaucoup plus incertaine. Eux aussi souffrent économiquement de la guerre et du blocus du détroit d'Ormuz. C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre l'annonce du retrait des Émirats arabes unis de l'OPEP après-demain, car la guerre commerciale est loin d'être terminée et la fermeture du détroit d'Ormuz empêche toujours l'exportation de la majeure partie de leur pétrole. Les Émirats arabes unis sont le seul pays disposant d'importantes capacités de production excédentaires et estiment pouvoir porter leur quota actuel de l'OPEP de 3 millions de barils par jour (Mb/j) à 5 Mb/j, soit une augmentation de 2 Mb/j, ou 66 %. Les Émirats arabes unis anticipent qu'une fois la situation actuelle résolue, ils devront vendre du pétrole au plus vite pour équilibrer leurs comptes publics. La situation des Émirats arabes unis est symptomatique du problème auquel sont confrontés tous ces États pétroliers, dotés de systèmes politiques autoritaires et répressifs, sans autre politique de redistribution que celle permise par les excédents pétroliers. Une impasse prolongée pourrait engendrer des révoltes et des soulèvements, et à terme la chute de l'un de ces pays, ce qui aggraverait la situation générale à long terme : il suffit de penser aux conséquences d'une guerre civile en Arabie saoudite…

L'instabilité du partenaire américain : grâce à sa politique étrangère agressive et à l'isolement de la Russie vis-à-vis de l'Europe, les États-Unis sont parvenus à augmenter leurs exportations de pétrole et de gaz naturel vers l'Europe à des niveaux inimaginables. En réalité, les États-Unis n'ont jamais été autosuffisants en pétrole, mais ils produisent trop de pétrole brut léger tout en important du pétrole brut moyen et lourd, et c'est en Asie et en Europe qu'ils vendent leur surplus de pétrole brut léger. Quant au gaz, les États-Unis en extraient plus qu'ils n'en consomment et sont un véritable exportateur net, même si leurs exportations vers l'Europe doivent se faire par méthanier, ce qui augmente le prix final. Quoi qu'il en soit, puisque les États-Unis importent encore l'équivalent de 40 % de leur consommation de pétrole, ils sont tout aussi exposés à la hausse des prix du pétrole que le reste du monde. La situation aux États-Unis devenant de plus en plus intenable, il est fort probable (voire quasi certain) que l'administration Trump limitera d'abord, puis interdira, les exportations de pétrole et de gaz. Il convient de rappeler que tout indique que la production pétrolière américaine a déjà atteint son apogée et commencera à décliner fortement dans les années à venir, et que le gaz naturel suivra très certainement la même tendance prochainement ; autant d'éléments qui incitent les États-Unis à réduire drastiquement leurs exportations. Dans le cas du pétrole, l'Espagne importe actuellement 14 % de son pétrole des États-Unis, ce qui doublerait pratiquement le déficit actuel entre l'offre et la demande, sans réelle perspective de le combler. Le reste de l'Europe se trouverait dans la même situation, et l'ajustement imposé par nos alliés américains nous rapprocherait de la moyenne mondiale, soit 30 % de pétrole en moins. Concernant le gaz naturel, la fermeture du détroit d'Ormuz a à peine affecté l'approvisionnement espagnol (l'Espagne s'approvisionne à moins de 2 % auprès du Qatar), mais une interruption des approvisionnements américains serait catastrophique, puisque nous importons 30 % de notre consommation de ce pays. Par conséquent, lorsque les États-Unis commenceront à imposer des restrictions sur les exportations d'hydrocarbures, la crise prendra une toute autre dimension en Europe et en Espagne. Une dimension où, pour la première fois, nous verrons ce que signifie se situer dans la moyenne mondiale : ni même au pire, mais simplement dans la moyenne. Si nous en arrivons là (et je ne pense pas que ce soit totalement impossible, si la guerre ne se termine pas), je ne sais pas ce qu'il adviendra de l'Europe..

Enfin, il convient de rappeler que la fermeture du détroit d'Ormuz affecte également le trafic d'autres matières premières, telles que le gaz naturel, les engrais azotés, le soufre, l'hélium et l'aluminium, ce qui aura un impact significatif sur l'activité économique mondiale, et sur l'Espagne en particulier.

Que pouvons-nous faire dans ce contexte ? N'oublions pas : la situation est exceptionnelle. Il est temps d'agir. Contactez les organisations communautaires près de chez vous et préparez-vous.

Car il ne s'agit pas d'un exercice.

Préparez-vous à l'impact.

Cordialement.

Antonio Turiel

 

Antonio Turiel dissèque l'effondrement du modèle énergétique actuel et le mirage de la « transition verte » lors de la tournée No Normal...

Certaines conférences agissent comme une bouffée d'air frais au milieu d'un désert de complaisance. La présentation d'Antonio Turiel, chercheur à l'Institut des sciences marines (CSIC), au théâtre Albeitar de León le 14 avril, en était un parfait exemple. Intitulée « Guerres pour le pétrole et transitions ratées », cette intervention ne se contentait pas d'une analyse technique ; elle sonnait l'arrêt de mort de l'idée que nous puissions continuer à vivre exactement comme avant.

LE MIRAGE OFFICIEL DE LA « TRANSITION VERTE »

Le point de départ de Turiel est aussi simple que bouleversant : nous nous sommes heurtés aux limites biophysiques de la planète. Alors que Bruxelles et les conseils d'administration des entreprises de l'Ibex 35 nous vendent un « Green New Deal » fondé sur la numérisation et la voiture électrique pour tous, la réalité géologique nous réserve un tout autre verdict.

L'expert soutient que le modèle actuel de transition énergétique est, dans une large mesure, une course effrénée vers l'avenir. Le problème ne se limite pas au manque de lithium et de cobalt pour électrifier le parc automobile mondial ; il réside dans la dépendance même de l'infrastructure du système capitaliste au diesel. Ce dernier est indispensable au fonctionnement des camions, tracteurs et engins miniers nécessaires, paradoxalement, à l'extraction des matières premières utilisées pour les énergies renouvelables.

Or, prévient Turiel, le diesel est entré dans une phase de déclin irréversible.

https://www.rebeldes.info/2026/04/antonio-turiel-disecciona-el-colapso-del-modelo-energetico-actual.html

 

Des scientifiques préviennent que la crise énergétique ne sera pas temporaire : « Nous devons nous mettre à l'abri, car un tsunami approche. »...

Plus d'une centaine de chercheurs et de militants promeuvent la « Tournée sans normalité » à travers l'Espagne, qui a fait étape à Palma pour sensibiliser le public aux conséquences de la guerre.

Le sentiment apparent de normalité qui règne dans la société européenne n'est, pour un grand nombre de chercheurs espagnols, qu'un mirage annonçant une rupture systémique. C'est l'avertissement lancé mercredi à Palma par Jordi Solé, diplômé en sciences physiques, docteur en physique appliquée et chercheur à l'Institut des sciences de la mer (CSIC), lors d'une conférence dans le cadre de la Tournée sans normalité. Cette initiative, portée par plus d'une centaine de scientifiques et de militants, vise à informer et à encourager l'action citoyenne face à une crise énergétique et matérielle que Solé qualifie d'« urgence profonde », exacerbée par la guerre au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d'Ormuz.

Solé a averti que la fermeture du détroit par lequel transite le pétrole bloquerait 40 % des exportations mondiales de pétrole brut (hors consommation intérieure des pays producteurs). « Ce n'est pas une mince affaire ; les régions dépourvues de pétrole, comme l'Europe, se trouvent dans une situation extrêmement précaire », a-t-il souligné.

Selon le physicien, la hausse actuelle des prix est encore spéculative, mais l'impact réel se fera sentir avec la pénurie effective d'approvisionnement. Solé a prédit que, si le blocus persiste, des mesures de rationnement pourraient être mises en place d'ici mi-mai, qui « surprendraient » la population, telles qu'une augmentation drastique des tarifs des transports ou de légères restrictions de circulation dues à des pénuries de kérosène.

L'intervenant a comparé l'attitude actuelle à celle du début de la pandémie : « Quand l'Italie s'est confinée, on en a ri ici ; aujourd'hui, on a le même sentiment que rien ne va se passer. » Alors que la population espère un retour à la normale, des organisations comme l'Agence internationale de l'énergie et le FMI commencent à peser leurs mots avec une extrême prudence.

Face à la perspective d'interventions gouvernementales par le biais de stratégies de rationnement (d'abord dissimulées, puis ouvertes), Solé a affirmé que la solution ne viendra pas « d'en haut », mais d'une population informée qui rejette le populisme et les solutions simplistes. « Il est temps d'agir. Jusqu'ici, le système nous a portés sur la crête de la vague, mais la vague est déjà passée. Nous devons nager jusqu'au rivage car un tsunami arrive », a-t-il déclaré.

La proposition de l'expert repose sur une transition planifiée vers un modèle post-croissance plus résilient, pour lequel il a identifié trois axes d'action fondamentaux, à la fois individuels et collectifs : le volet financier, fondé sur des choix éclairés quant à l'utilisation de l'argent ; le volet consommation, axé sur l'investissement dans les filets de sécurité sociale, les coopératives et l'auto-organisation ; et le volet politique, qui consiste à faire pression sur les partis politiques et à voter pour des propositions d'adaptation réalistes.

La crise n'est pas conjoncturelle, mais structurelle. Le chercheur a expliqué que le modèle économique actuel exige une croissance illimitée sur une planète aux ressources finies, une contradiction qui nous a conduits à dépasser les seuils de sécurité pour divers indicateurs environnementaux. « Nous nous dirigeons droit vers le scénario le plus pessimiste du GIEC : l’absence d’action collective », a-t-il déclaré.

Pour Solé, ce scénario de « chaos désordonné » ou d’effondrement se profile depuis un certain temps, comme en témoigne le déclin prévu de la production pétrolière américaine. Il en résultera une période de grande instabilité : guerres, récessions, pénuries de matières premières et, par conséquent, dégradation et troubles sociaux. À cet égard, il a insisté sur la nécessité de se tourner vers les pays du Sud pour comprendre ce qui attend les pays du Nord : « La pénurie est déjà là et elle se propage ici. »

Malgré la gravité du constat, le chercheur a souligné que des outils institutionnels existent déjà. Il a cité des projets financés par l’Union européenne, tels que MAPS (auquel il participe), doté de millions d’euros pour concevoir des stratégies économiques écologiques et post-croissance. « L’idée est de comprendre qu’il n’y a pas de coupable unique ; c’est le système que nous avons tous construit ensemble, et nous devons le transformer ensemble », a-t-il conclu.

https://www.ultimahora.es/noticias/local/2026/04/15/2609887/cientificos-avisan-crisis-energetica-sera-pasajera-debemos-bracear-hacia-playa-porque-viene-tsunami.html

 

« Les bombes qui tombent en Iran auront un impact dévastateur ici. »...

 

Le physicien et mathématicien Antonio Turiel Martínez, chercheur au Conseil supérieur de la recherche scientifique (CSIC), amène à León ce mardi la tournée « No Normal » (www.nonormal.org). Cette tournée réunira cinquante scientifiques, communicateurs scientifiques et militants venus de toute l'Espagne, qui défendront, données à l'appui, l'idée suivante : « Nous ne reviendrons pas à la normale. »

« Pendant des décennies, nous avons vécu dans l'abondance, bénéficiant de ressources énergétiques et matérielles qui semblaient infinies. Mais ce socle n'existe plus », et ce que nous vivons « n'est pas une crise passagère. C'est le début d'un changement systémique. »

L'objectif est d'apporter un éclairage essentiel sur un avenir marqué par la rareté, le chômage et les guerres pour les ressources. « Nous voulons informer le public car les solutions proposées sont trompeuses. »

La conférence, qui aura lieu ce mardi 14 avril à 19h00 à El Albéitar, sera diffusée en ligne. Elle est organisée par Arba et le Coordonnateur de la Défense Territoriale.

— L'affaire Iran-Contra annonce-t-elle une guerre pour les ressources ?

— Non, la guerre contre l'Iran est une guerre pour les ressources. Tout comme l'opération au Venezuela l'était, et la question des ressources joue un rôle prépondérant en général. Les ressources ont longtemps été une cause de guerre, mais aujourd'hui, il s'agit de se battre pour les dernières ressources disponibles.

— Le pétrole est-il en train de s'épuiser ?

— Le pétrole s'épuise dès la première goutte extraite, car il y en a déjà une de moins. La question cruciale est de savoir si la production pétrolière va commencer à diminuer. Tout porte à croire que c'est le cas, car les États-Unis semblent avoir déjà atteint leur pic de production. Le rapport du département de l'Énergie américain de janvier montre déjà que la production américaine amorce un déclin. Cette situation pousse les États-Unis à adopter une approche moins prudente et plus offensive. Ils commencent à avoir des difficultés à garantir leur indépendance énergétique, car leur dépendance au pétrole étranger s'accroît. Jusqu'à présent, ils importaient 40 % du pétrole qu'ils consomment. Mais si leurs puits commencent à s'épuiser en raison de la fracturation hydraulique, leur dépendance pourrait devenir bien plus importante d'ici quelques années.

— La décroissance n'a pas encore pris.

— Tant que la population pensera que le système actuel est viable et que les pouvoirs publics privilégieront la croissance, fondement du capitalisme, il est logique que les mesures de décroissance ne soient pas mises en œuvre. Cependant, le sujet de la décroissance suscite un intérêt croissant (une conférence s'est tenue au Congrès des députés en septembre dernier et une autre, il y a trois ans, au Parlement européen). On en parle davantage, mais la transition d'un modèle axé sur la croissance à un modèle véritablement axé sur la décroissance n'est pas chose aisée.

— Que faire ?

— Tout. Mais nous ne semblons pas saisir l'urgence de la situation. Le temps presse et nous devrons changer de modèle, sinon nous ne pourrons pas avancer.

— Quel sera l'impact des bombardements au Moyen-Orient sur nos sociétés ?

— De façon dévastatrice. Vingt pour cent du pétrole mondial transite par cette région, mais ce pourcentage est quelque peu trompeur. En réalité, la moitié du pétrole est consommée par les pays producteurs eux-mêmes, de sorte que ces 20 % de consommation représentent 40 % de la quantité réellement disponible à la vente. À cela, il faut ajouter 30 % du gaz naturel liquéfié, soit la moitié du gaz commercialisé dans le monde. Quinze pour cent du gaz commercialisé, 35 % des engrais azotés, 30 % du soufre nécessaire à la fabrication de l'acier au soufre (indispensable dans de nombreux procédés, notamment la production de cuivre), 30 % de l'aluminium, 30 % de l'hélium utilisé pour la fabrication de semi-conducteurs.

C'est un coup dur, un véritable désastre. Ce sont des pourcentages considérables, pour une multitude de matières premières, avec de nombreuses interactions entre elles. La vérité, c'est que la situation est préoccupante. On craint une hausse des prix, voire des pénuries à terme.

—Les pétromonarchies ont été attaquées dans cette guerre. Quel avenir pour ces pays, qui possèdent d'immenses réserves de pétrole ?

—La situation est sombre. Leurs puits de pétrole entrent dans une phase de déclin qui durera des années. Ce sont des pays où la majeure partie de l'eau est obtenue par dessalement, et pour survivre à l'été, ils ont besoin de la climatisation, qui consomme énormément d'énergie. La guerre a mis en lumière leur vulnérabilité.

—Que signifie l'instauration d'un péage dans le détroit d'Ormuz ?

—Cela signifie simplement une augmentation des prix, mais le problème majeur est la restriction du passage.

—L'opposition à la guerre, menée par le gouvernement, le pape et divers groupes, ne semble pas avoir trouvé le même écho auprès de la population qu'en 2003. Est-ce de la résignation ?

—Je ne suis pas d'accord. La plupart des gens sont catégoriques : c'est non. Cette guerre n'a aucun sens. Même aux États-Unis, beaucoup pensent qu'elle est inutile. Je ne comprends pas pourquoi vous avez l'impression que cela n'a pas fait mouche. La plupart des gens sont convaincus que la guerre de Trump est absurde, et même le Parti populaire (PP) a été contraint de faire marche arrière, déclarant en substance qu'elle est illégale et injuste. Je ne pense pas que l'opinion publique espagnole soit indifférente à ce sujet. Tout le monde comprend qu'il s'agit d'un acte scandaleux de la part de Donald Trump, que c'est insensé et que cela nous a plongés dans un véritable chaos.

https://www.diariodeleon.es/sociedad/260413/2081672/guerra-iran-afectara-aqui-forma-demoledora.html

Le scientifique Antonio Turiel expliquera à Zamora comment nos vies seront transformées après les « guerres du pétrole » et la crise énergétique...

Cette conférence, qui se tiendra lundi prochain au Teatro Principal de Zamora, s'inscrit dans le cadre d'une tournée à travers l'Espagne. Cette tournée, organisée par une trentaine d'experts, vise à sensibiliser le public à l'urgence de comprendre et d'agir face aux crises énergétiques, climatiques et économiques actuelles.

La situation engendrée par la guerre en Iran, qui s'ajoute aux précédents événements liés à l'exploitation des ressources énergétiques, pousse la société à s'interroger sur la réalité du marché de l'énergie, les raisons des guerres pour l'accès aux ressources et la flambée des prix du pétrole. Ces questions, parmi d'autres, cruciales pour le quotidien des citoyens, ont réuni une trentaine de scientifiques et militants espagnols. Ils prendront la parole dans un maximum de lieux à travers le pays afin de délivrer un message commun à la population, lors d'une tournée qui traversera plusieurs villes d'Espagne la semaine prochaine.

À Zamora, le scientifique et vulgarisateur scientifique Antonio Turiel, docteur en physique théorique et chercheur à l'Institut des sciences marines (CSIC) de Barcelone, expliquera comment nous en sommes arrivés à la situation actuelle et pourquoi il ne s'agit plus d'une crise passagère, mais bien du début d'une transformation systémique.

Sous le titre « Guerres du pétrole et transitions ratées », il abordera la question fondamentale de l'urgence d'agir face à la crise énergétique, climatique et économique qui nous frappe, les facteurs clés permettant de comprendre la situation actuelle et les solutions envisageables pour y faire face.

Pour ce groupe de scientifiques, qui s'agrandit chaque jour, la stabilité qui soutenait notre société commence à s'effriter : « Nous avons vécu avec une énergie abondante et des ressources apparemment illimitées, mais ce socle n'existe plus et nous entrons dans une nouvelle réalité. L'avenir sera donc différent. »

La campagne est présentée au public à travers des affiches soulignant le caractère exceptionnel de la situation actuelle et encourageant la population à s'informer en participant à cet événement, qui se tiendra simultanément dans plusieurs villes du pays la semaine prochaine. À Zamora, l'événement aura lieu le lundi 13 avril à 19h30, organisé par Ecologistas Zamora, dans la salle de spectacle principale de la ville. L'entrée est gratuite dans la limite des places disponibles.

« La normalité que nous avons connue toute notre vie est révolue ; le déclin s'est accéléré. ».....

L'expert estime que la perturbation des approvisionnements causée par la fermeture du détroit d'Ormuz entraînera inévitablement un « effondrement monumental » dû aux pénuries de carburant.

Antonio Turiel, chercheur au Conseil supérieur de la recherche scientifique (CSIC) et infatigable vulgarisateur scientifique, a passé des années à élaborer un scénario que beaucoup préfèrent ignorer par pur opportunisme idéologique. Ses affirmations sont difficiles à accepter, mais des événements tels que la perturbation des approvisionnements causée par la fermeture du détroit d'Ormuz et l'éclatement potentiel de la bulle de l'IA semblent lui donner raison.

« J'ai le sentiment d'avoir échoué car mon objectif a toujours été d'éviter cette situation », confie-t-il, sa stratégie reposant sur une transition planifiée. « La normalité, telle que nous la connaissions, est révolue », affirme-t-il, tout en insistant sur le fait qu'en modifiant nos objectifs, nous pouvons encore atténuer la chute, qui sera un « effondrement monumental ».

Il ajoute que Donald Trump, en attaquant l'Iran, nous a propulsés cinq ans dans le futur. Que nous réserve l'avenir ?

« Nous vivons dans l'illusion d'une sécurité relative car les pétroliers partis avant la fermeture du détroit d'Ormuz continuent d'arriver, mais les derniers arriveront dans les prochains jours, et il n'y en aura plus. Ce n'est pas le cas en Australie, au Japon ou en Inde, qui vivent déjà la situation que nous connaîtrons ici dans quelques semaines. Le cas indien est plus complexe car leurs réserves stratégiques ne suffisent que pour 10 jours, alors qu'ici, nous avons jusqu'à 90 jours de consommation quotidienne.

Actuellement, il manque 20 % de la consommation mondiale totale de pétrole, mais les pays producteurs conservent la moitié de la production pour leurs besoins. Au final, sur tout ce qui est vendu dans le monde, ces 20 % de la consommation représentent 40 % de ce qui est disponible à la vente. C'est énorme.

Quel est le meilleur scénario ?

« Que le conflit prenne fin maintenant et que nous puisions dans les réserves stratégiques pour compenser le déficit jusqu'à l'arrivée de nouveaux pétroliers dans un mois. » Nous disposons de 90 jours de consommation supplémentaires, extensibles à sept mois. Le principal risque économique réside dans l'éclatement des bulles financières.

Soit un miracle se produit, soit un krach monumental s'ensuit. Le tourisme représente 14 % du PIB espagnol, et certaines compagnies aériennes augmentent déjà leurs tarifs et annulent des milliers de vols en raison de problèmes d'approvisionnement en carburant.

Pourquoi les mesures gouvernementales sont-elles insuffisantes ?

— Elles appliquent une approche classique. Elles ont approuvé une réduction des taxes sur l'énergie, une mesure inefficace car lorsque le prix baisse, la demande augmente, et le prix remonte jusqu'à s'ajuster à l'offre disponible ; les entreprises finissent par dégager une marge bénéficiaire plus importante, et l'État une marge plus faible. C'est un principe économique élémentaire. Promouvoir les énergies renouvelables dans cette situation d'urgence, c'est comme avoir un incendie et penser que c'est le bon moment pour faire installer des portes coupe-feu.

Que faire ?

— Commencer à planifier le rationnement. Il est essentiel d'analyser la résistance de l'économie face à un prix du pétrole à 200 € le baril. Il faudra peut-être geler les salaires, voire réduire les plus hauts salaires.

Que se passe-t-il ?

Qu'il s'agit d'une économie interventionniste et planifiée, et que nous refusons de l'admettre. C'est pourquoi la Chine y parvient sans problème : elle ordonne la fermeture temporaire de 40 % des entreprises pour éviter la faillite, et elle le fait de manière ordonnée. Je ne défends pas ce modèle car il n'est pas démocratique, mais le modèle de marché peut engendrer de nombreuses faillites.

Que recommandez-vous ?

— Créer des réseaux locaux d'entraide et des banques alimentaires. On ne peut pas être tranquille si l'enfant du voisin n'a pas mangé. J'ai l'impression que la Commission européenne sait ce qu'il faut faire. Le problème de fond est que personne ne veut intervenir dans l'économie pour des raisons idéologiques. Les ressources ne manquent pas…

« Le problème de fond, c’est que personne ne veut intervenir dans l’économie pour des raisons idéologiques : le marché peut engendrer de nombreuses faillites. »

Le problème, c'est l'acceptation.

Retrouverons-nous un jour la normale ?

— La normalité que nous avons connue toute notre vie est révolue. Nous étions déjà en déclin, et ce déclin s'est accéléré. Prenons l'exemple des îles Baléares : quel est l'avenir de ces îles en tant que destinations touristiques ? On constate qu'avec la guerre, le nombre de visiteurs augmente pendant la Semaine sainte, mais qu'en sera-t-il en été ? Et l'année prochaine ?

J'ai le sentiment d'avoir échoué, car toutes ces années d'efforts de sensibilisation visaient à prévenir cette situation. J'ai deux enfants. Malgré tout, je pense que nous avons une grande capacité d'adaptation technique, mais nous devons revoir nos objectifs. Promouvons l'agriculture, l'industrie locale et trouvons des solutions au problème de l'eau. Nous pouvons nous en sortir, mais avec un modèle social différent.

KIKE OÑATE
30 mars 2026
https://www.pressreader.com/spain/ultima-hora-pr/20260330/281968909228940

L'Espagne pourrait devenir inhabitable d'ici 2061 : voici comment s'est déroulée la conférence du scientifique Antonio Turiel...

Antonio Turiel, scientifique de renom spécialisé dans l'analyse de la crise énergétique et écologique, a donné une conférence très appréciée jeudi 19 mars, lors d'un événement organisé par plusieurs organisations, dont la Plateforme contre l'incinération des déchets à Los Alcores (Séville). Turiel a abordé la situation planétaire, en insistant sur le problème de la pollution chimique, qui a eu le plus grand impact sur les écosystèmes du fait de l'activité humaine. Sept des neuf limites planétaires garantissant la stabilité de la Terre ont déjà été franchies.

Dans sa conférence, Antonio Turiel a insisté sur l'importance d'une approche globale de la crise, l'analyse ne pouvant se limiter au changement climatique. Il est essentiel de prendre en compte des facteurs tels que la perte de biodiversité, l'épuisement des ressources et la pollution mondiale, tous cruciaux pour l'équilibre de la planète.

« Ce n'est pas qu'il n'y ait pas de temps, mais il n'y a pas de temps à perdre », a averti le scientifique avec insistance, soulignant également des scénarios inquiétants pour l'avenir. Si ces tendances négatives se poursuivent, les températures en Espagne pourraient atteindre 50 degrés Celsius vers 2049. Et vers 2061, la péninsule Ibérique sera devenue inhabitable

Au cours de la conférence, Antonio Turiel a également développé son analyse du déclin du pétrole et des autres ressources énergétiques, arguant que leur épuisement progressif conditionne l'économie mondiale et alimente les tensions géopolitiques des conflits actuels. Le scientifique a évoqué la nécessité d'un modèle de décroissance planifiée, capable de s'adapter aux limites physiques de la planète de manière juste et durable.

En conclusion de la conférence, Turiel a lancé un appel collectif à la réflexion et à l'action, invitant les citoyens et les organisations sociales, acteurs essentiels, à créer des alternatives à la crise écologique et énergétique, et déplorant la lenteur des gouvernements. La Plateforme « Non à l'incinération » de Los Alcores s'engage à lutter contre l'incinération dans la ville et à préserver le droit à la santé, à la vie et à un environnement sain.

Par Antonio Marchena Doblas, le 27 mars 2026

https://www.lavozdealcala.com/noticias/los-alcores/140371-espana-podria-ser-inhabitable-en-2061-asi-fue-la-conferencia-del-cientifico-antonio-turiel/

Crise énergétique : Antonio Turiel, chercheur au CSIC, met en garde contre un « rationnement » si la crise liée au conflit au Moyen-Orient se poursuit...

Les nouvelles mesures anti-crise du gouvernement espagnol sont déjà entrées en vigueur avec une réduction de la TVA sur les carburants.

Malgré ce soulagement immédiat apporté par les mesures anti-crise approuvées par le gouvernement espagnol, Antonio Turiel, chercheur au CSIC, prévient que l'effet sera « transitoire » et dépendra de l'évolution du prix du pétrole dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient.

Turiel considère que les actions adoptées correspondent aux recettes habituelles face à l'apparition d'une crise énergétique. « Il s'agit d'un soulagement mineur et transitoire », assure-t-il, et souligne qu'il pourrait ne durer que quelques semaines.

Turiel rappelle que lorsque les taxes sont réduites sans augmentation de l'offre, la demande croît et le prix retrouve son niveau d'équilibre en quelques semaines. À ce moment-là, ce sont les compagnies pétrolières ou gazières qui s'accaparent la marge qui revenait auparavant aux caisses de l'État. Selon lui, cela entraînerait une nouvelle hausse des prix à court terme.

L'impact de la guerre sur l'approvisionnement

Le scientifique avertit que le véritable problème est structurel et lié au conflit du Golfe persique, notamment à la fermeture du détroit d'Ormuz. Cette situation perturbe le flux de pétrole et de gaz et pourrait provoquer des pénuries dans les semaines à venir.

 Turiel rappelle que cette région concentre une part essentielle de l'approvisionnement énergétique mondial et que toute interruption a des conséquences globales, y compris pour d'autres matières premières comme les engrais ou les métaux. En effet, c'est par là que transite 20 % du pétrole mondial et, plus important encore, 40 % du pétrole disponible pour les pays importateurs comme l'Espagne.

Par conséquent, la principale arme de l'Iran est de maintenir la fermeture du détroit d'Ormuz, par lequel transite 20 % du pétrole mondial et, plus important encore, 40 % du pétrole disponible pour les pays importateurs comme l'Espagne. Turiel estime que, pour l'instant, l'Iran gagne du terrain sur le plan géostratégique.

Critiques de l'escalade du conflit

Turiel qualifie également les actions des États-Unis envers l'Iran d'« imprudence irréfléchie ». « Aucun président n'a osé l'attaquer et les Iraniens s'y préparent depuis des décennies », affirme-t-il.

Selon lui, une escalade du conflit pourrait aggraver la crise énergétique et avoir des conséquences économiques et humanitaires considérables.

Scénario de rationnement

Avec le blocus instauré le 28 février, les navires ayant franchi le détroit avant sa fermeture mettent entre quatre et six semaines pour atteindre les ports européens. Cela signifie que les dernières livraisons de gaz arrivent cette semaine. À partir de maintenant, les réserves vont commencer à s'épuiser. Une situation similaire se profile pour le pétrole.

Ce scénario impliquerait de limiter la consommation d'énergie et de décider de la répartition des ressources essentielles entre les différents secteurs et la population, une mesure déjà appliquée dans certains pays.

« Il faudra commencer à parler de rationnement. »

Si la guerre dure un mois et demi ou deux mois, prévient Turiel : « Il faudra commencer à parler de rationnement et de la manière de gérer une crise économique brutale. » Ce n'est pas un scénario hypothétique, selon le chercheur ; l'Australie, le Japon, l'Inde et l'Indonésie appliquent déjà des systèmes de bons de rationnement de carburant.

Le défi, explique Turiel, est de déterminer qui recevra la plus grande part : « Si vous donnez la même chose à tout le monde, vous dites que tout est égal, mais il faudrait peut-être donner davantage aux agriculteurs. »

Une crise qui va bien au-delà du pétrole

Les répercussions s'étendent à toute la chaîne industrielle. Comme l'explique l'expert, le Golfe persique produit 30 % du soufre mondial, une matière première essentielle à la fabrication de l'acide sulfurique, lui-même nécessaire aux procédés de réduction du cuivre.

Les engrais, l'aluminium et la logistique mondiale des conteneurs sont également touchés. « La chaîne d'approvisionnement dont nous parlions pendant la pandémie était une plaisanterie comparée à ce qui nous attend », avertit Turiel.

Beatriz Gálvez Garcés

https://www.rtve.es/catalunya/noticies/20260323/antonio-turiel-csic-alerta-racionament-allarga-crisi-conflicte-orient-mitja-iran/16992616.shtml

 

 

 

Avant l'arrivée des pluies....

80 % des puits de pétrole et 90 % des puits de gaz ont déjà atteint leur capacité d'extraction maximale. Si nous ne mettons pas en place une alternative, le déclin du capitalisme pourrait nous entraîner dans une barbarie absolue.

Les États-Unis et Israël se sont lancés dans une campagne militaire en Iran à l'avenir incertain, qui entraînera le reste du monde dans leur sillage. Le monde ne sera peut-être plus jamais le même.

Confronté à un risque existentiel auquel il se préparait depuis des décennies – presque aussi longtemps que Netanyahu avertissait que l'Iran était « à quelques semaines de devenir une menace pour le monde libre » –, le régime iranien a réagi avec détermination, attaquant là où il sait que cela nuit le plus à l'impérialisme occidental et à ses soutiens : le pétrole, le gaz naturel et le commerce mondial – en bref, l'oligarchie mondiale.

Ces derniers temps, on entend des commentaires péremptoires d'analystes qui n'avaient rien vu venir, expliquant les conséquences pour l'économie mondiale de la fermeture du détroit d'Ormuz ou de la flambée du prix du baril de pétrole... Mais rares sont ceux qui semblent se soucier des souffrances de ceux qui meurent dans ces attentats ou de ceux qui peinent à joindre les deux bouts aux États-Unis ou en Israël. Ni des souffrances qui attendent la grande majorité des Espagnols.

C'est précisément pour cette raison que nous avons jugé nécessaire de rédiger cette réflexion sur la dure réalité à laquelle nous serons confrontés dans les années à venir, et sur l'importance de réfléchir à la manière de protéger les citoyens ordinaires du déluge qui s'annonce. Comment nous prémunir contre le désastre imminent. Maintenant, avant que le pire ne se produise.

En septembre 2025, l'Agence internationale de l'énergie a publié un rapport très révélateur sur les perspectives d'extraction de pétrole et de gaz dans les années à venir. Quatre-vingts pour cent des puits de pétrole et 90 % des puits de gaz ont déjà dépassé leur capacité d'extraction maximale, leur pic de production. Chaque année, quelque 3 milliards de barils de pétrole sont découverts dans de nouveaux gisements, mais  30 milliards environ sont consommés : moins de 10 % de la consommation est renouvelée. Depuis plus d’une décennie, les investissements annuels dans le secteur des hydrocarbures atteignent le chiffre exorbitant de 500 milliards de dollars, mais 90 % de cette somme servent simplement à prévenir une baisse de la production, et non à accroître l’offre de pétrole ou de gaz sur le marché. Le temps presse.

Il y a quelques mois, l’Agence d’information sur l’énergie (EIA), qui dépend du département de l’Énergie des États-Unis, prévoyait que la production pétrolière américaine, qui avait connu une croissance spectaculaire depuis 2010 grâce à la fracturation hydraulique, commencerait à décliner – un terme redouté par l’idéologie dominante – dans les années à venir. En réalité, octobre 2025 marquera probablement le pic de la production pétrolière américaine, et par conséquent, de la production mondiale. C’est la raison sous-jacente de la course actuelle des États-Unis pour contrôler les ressources pétrolières. D’abord au Venezuela, pour sécuriser des réserves stratégiques et des voies d’approvisionnement sûres, puis en tentant une aventure militaire malavisée en Iran.

Rien de tout cela n'est vraiment nouveau pour beaucoup : nous savons depuis des années que nous atteindrons ce point critique.

Le pétrole est à la base de presque tout, et notamment de notre alimentation. Les combustibles fossiles représentent encore 80 % de la consommation énergétique mondiale, et les seuls modèles de transition vers les énergies renouvelables actuellement débattus – tous extractifs et détenus par des entreprises privées – sont incapables de remplacer cette quantité d'énergie. De plus, il n'y a plus de débat : le changement climatique s'accélère et nous nuira bien davantage précisément lorsque nos ressources seront les plus rares. Notez bien la date de l'automne 2026, avec l'arrivée prévue d'un nouvel épisode El Niño, période où de nouveaux phénomènes météorologiques extrêmes dévastateurs, comme celui que nous avons subi à Valence en 2024, voire pire, pourraient se produire. Concrètement, ce n'est qu'une question de temps.

C'est pourquoi nous devons établir de toute urgence une feuille de route commune, un guide pour traverser cette période de turbulences. Pour commencer, il nous faut prendre en compte l'évolution de la situation. Qu'il s'agisse de mois ou d'années, cela importe peu.

À Valence, après la catastrophe, dans presque toutes les villes touchées, des Comités locaux d'urgence et de reconstruction (CLER) ont vu le jour spontanément : des associations de résidents sinistrés qui se sont unis pour rendre l'épreuve aussi supportable que possible et, parallèlement, surveiller et faire pression sur les autorités concernant les processus de reconstruction qui les affectent le plus directement. Ce modèle d'auto-organisation communautaire, qui s'autofinance tout en continuant à examiner et à faire pression sur les personnes au pouvoir, est la meilleure solution dont nous disposons.

Dans le contexte d'une baisse de la production pétrolière, nous assisterons d'abord à un choc des prix. Puis, à mesure que l'activité économique s'arrête et que les entreprises font faillite, nous observerons des fluctuations de prix, initialement dues à une baisse de la demande, puis à de nouvelles hausses de prix à mesure que la production diminue encore : c'est la spirale bien connue de destruction de l'offre et de destruction de la demande. La tendance dans cette phase est la hausse du coût de toutes sortes de produits et les premières pénuries de biens qui ne sont pas encore considérés comme essentiels. Les marchés boursiers pourraient paniquer et une grave récession économique est fort probable.

Le terme « stagflation » pourrait bien redevenir d'actualité. La situation risque de s'aggraver dans les pays du Nord, mais l'approvisionnement en biens essentiels sera maintenu. Dans les pays du Sud, compte tenu de leurs contextes différents, on observera davantage de pénuries, de famines et/ou de soulèvements.

À mesure que le problème se structure, des difficultés plus graves surgiront dans les pays du Nord. Il ne s'agit pas d'une absence totale de ressources, mais d'une réduction des quantités consommées. Les premières mesures de rationnement devront être imposées, vraisemblablement par le marché, considéré comme sacro-saint ; autrement dit, ceux qui n'ont pas les moyens de payer seront exclus. Ces mesures tenteront de se dissimuler sous un vernis technique alors qu'elles sont fondamentalement politiques, comme nous l'avons déjà évoqué.

C'est dans ces moments-là que le brouhaha techno-optimiste qui imprègne toute notre société résonnera avec le plus d'intensité – ce même brouhaha qui nous a inévitablement conduits à cette situation.

Les plus grands experts – et les principales puissances économiques – prétendront avoir une solution, entendant par « solution » une formule magique pour « revenir à la situation antérieure ». En somme, un miracle technologique pour que rien ne change et que le capitalisme puisse perdurer. Le problème, c'est qu'une telle solution n'existe pas et n'existera jamais. Nous n'entrerons pas dans les détails ici. Nous avons déjà beaucoup écrit sur le sujet : il suffit de dire, dès maintenant, que, compte tenu du contexte actuel et de celui qui se profile, si c'était si simple, quelqu'un l'aurait mise en œuvre depuis longtemps, n'est-ce pas ?

Nous n'avons aucun modèle qui nous permette de maintenir l'expansion énergétique qui a caractérisé les sociétés occidentales ces 250 dernières années.

Dans un contexte de mécontentement croissant et d'inefficacité des pouvoirs publics, avec des manifestations et des émeutes dans les rues mais sans société organisée et consciente, nous aurons un terrain fertile pour l'émergence du fascisme latent dans notre système impérial de croissance, supposément perpétuel. Naomi Klein disait que la politique a horreur du vide. Soit vous remplissez ce rôle, soit quelqu'un d'autre le fera pour vous.

C'est pourquoi nous nous y résignons. Nous alertons depuis des années sur les dangers de ce désastre, et maintenant que les fidèles gestionnaires de ce système le précipitent, nous proposons une autre manière de le gérer. Nous proposons une voie pour empêcher le déclin de la mondialisation capitaliste de se transformer en la descente aux enfers qu'il semble être, et pour en faire un processus douloureux qui nous propulse vers l'avant, une naissance nécessaire pour donner naissance à une société qui sache mieux gérer ses ressources, et surtout, ses limites.

Premièrement, nous devons reconnaître et accepter que le modèle capitaliste, avec son expansion sans fin, est arrivé à son terme, et qu'aucune chimère d'énergie renouvelable, qu'il s'agisse d'énergies renouvelables industrielles, de biogaz ou de biomasse, ne pourra le soutenir. Nous devons œuvrer activement à des modèles économiques alternatifs, fondés sur la proximité et sur la satisfaction prioritaire des besoins fondamentaux des individus : alimentation, eau, logement, vêtements, santé, vie communautaire, éducation, temps et soins. La société doit s'organiser pour garantir à chacun l'accès à ces besoins essentiels. Voilà la priorité.

Nous ne disposons d'aucun modèle énergétique permettant de maintenir l'expansion énergétique qui a caractérisé les sociétés occidentales ces 250 dernières années. Nous devons admettre que la pénurie d'énergie est structurelle, qu'elle est là pour durer et qu'elle ne peut que s'aggraver. Toute autre vision, plus « optimiste », ne fait que retarder les mesures nécessaires, voire la colère qui pourrait les rendre possibles. De tout temps, la colère a été un moteur de transformation sociale plus puissant que l'espoir, et un bref regard sur l'histoire suffit à le comprendre.

Nous devons investir du temps et des ressources dans la refonte de la production et de sa propriété, des transports et de l'urbanisation, en privilégiant l'efficacité et l'équité dans la consommation d'énergie et de ressources. Tout cela doit se faire en dehors de toute logique de profit privé : la priorité est donnée à la vie des personnes et à la société, et non aux entreprises. En particulier, la gestion de l'accès aux ressources ne peut être marchandisée. Le bien commun doit primer sur le profit privé. L'intérêt général doit prévaloir sur les intérêts individuels légitimes.

À l'avenir, il y aura des pénuries de carburant pour les véhicules et les machines agricoles et industrielles. Les coupures de courant seront plus fréquentes. Les pièces détachées, et parfois même des machines entières, seront rares. Si l'on se souvient des perturbations de la chaîne d'approvisionnement causées par la pandémie et la guerre en Ukraine, il est probable que la situation se dégrade rapidement.

Une analyse stratégique des besoins de production pour satisfaire nos propres besoins est urgente, ainsi que des produits que nous pouvons mettre en œuvre rapidement. Les parcs à ferraille constituent un réservoir stratégique de matériaux de haute qualité et hautement réutilisables. Cela impliquerait, par exemple, de cesser d'exporter nos déchets métalliques vers la Chine et les États-Unis, comme c'est le cas actuellement.

Nous devons renaturaliser autant de zones que possible afin de renforcer notre résilience face à l'augmentation et à l'accélération du dérèglement climatique, et peut-être aussi parce qu'un jour nous pourrions découvrir que sous l'asphalte, il n'y a pas de sable de plage, comme on le pensait naïvement, mais des terres arables.

Nous devons faire tout cela et bien plus encore. Et nous devons le faire maintenant, car le temps presse, et plus nous tardons, plus notre situation se dégradera. Nous devons cesser de perdre du temps avec des rêveries technocratiques, qui ne sont rien de plus qu'une masturbation intellectuelle – certes confortable, voire réconfortante – pour éviter de reconnaître que le capitalisme, dans sa phase impérialiste, est entré dans une phase de déclin et que, si nous ne construisons pas une alternative organisée, ce déclin pourrait nous entraîner dans la barbarie la plus totale.

Peut-être, après tout, la première étape serait-elle d'ouvrir un large débat public où notre situation serait expliquée clairement et honnêtement, ainsi que les solutions possibles. Car, quoi qu'on en dise, les difficultés arrivent et nous ne sommes pas préparés à les affronter.

 Antonio Turiel 16 03 26

Chercheur à l'Institut des sciences marines du CSIC (Conseil supérieur de la recherche scientifique espagnol).

https://ctxt.es/es/20260301/Firmas/52580/antonio-turiel-juan-bordera-irene-calve-petroleo-gas-energia-estrecho-de-ormuz.htm

 

« Si la guerre en Iran dure un mois, 40 % du pétrole exportable disparaîtra. »....

Antonio Turiel  alerte depuis des années sur la vitesse à laquelle nous approchons du pic de production pétrolière mondiale et, plus encore, sur les conséquences que cela engendrera dans un monde incapable de se défaire de sa quête de croissance infinie. Le nom de son blog, « The Oil Crash » (La Chute du Pétrole), témoigne de l'engagement qu'il consacre à ce sujet.

Aujourd'hui, face à une actualité marquée par les agressions et les conflits, derrière lesquels se cache toujours la volonté de contrôler les dernières ressources pétrolières, Turiel déplore : « J'en parle depuis 16 ans. Et regardez toutes les insultes que j'ai reçues ! On me dit que le pic pétrolier n'existe pas. Eh bien, il est là. »

Comment expliquer l'offensive américano-israélienne contre l'Iran du point de vue des ressources énergétiques ?

Un rapport du Département de l'Énergie des États-Unis, daté de fin 2025, est particulièrement intéressant. Dans ce rapport, ils reconnaissent un déclin de la production pétrolière du pays, tout en prévoyant un rythme de déclin lent. Je pense, quant à moi, qu'il sera plus rapide, car le problème des États-Unis réside dans le fait que la majeure partie du pétrole extrait provient de la fracturation hydraulique. Or, outre sa moindre qualité, cette technique engendre des puits à la durée de vie très courte. En général, un puits de fracturation produit 80 % de sa capacité durant les deux premières années, et la plupart sont déjà fermés après cinq ans ; aucun ne survit plus de dix ans.

Pour maintenir l'illusion que la fracturation hydraulique était une technique miraculeuse, les États-Unis ont ouvert des puits à un rythme accéléré afin de compenser ceux qui ne l'étaient plus ; mais il arrive un moment où l'on ne peut plus rien faire. On savait déjà que nous atteignions ce point critique ; on le sait depuis un certain temps, d'autant plus que l'administration américaine a accordé de nombreuses incitations et allégements fiscaux à une méthode d'extraction qui n'est plus rentable depuis longtemps. Malgré tout, il arrive un moment où l'on atteint les limites physiques. Même si l'on souhaite perdre de l'argent, cela n'a aucune importance ; On ne peut tout simplement plus continuer ainsi. Et je pense que cela explique l'attitude actuelle des États-Unis.

Donald Trump sait qu'il arrivera au terme de son mandat dans un contexte de forte baisse de la production. Il est probable que d'ici deux ans, la production pétrolière américaine chutera de 20 %. Et même sans tenir compte des États-Unis, l'extraction dans le reste du monde stagne, voire diminue, depuis un certain temps. Les pays commencent donc à ressentir un sentiment d'urgence, car ils voient qu'ils vont perdre une part importante de leur production et de leurs importations. Il est important de rappeler que les États-Unis, bien qu'étant actuellement le premier producteur mondial de pétrole, ne sont pas autosuffisants et doivent importer. Ces importations représentent environ 40 % de leur consommation de pétrole.

La situation des États-Unis va considérablement se détériorer dans les années à venir.

Ainsi, l'administration Trump n'est pas à l'abri des conséquences désastreuses qu'elle est en train de créer. Leur problème, c'est que leur position va considérablement s'affaiblir dans les années à venir, précisément à cause de l'épuisement des ressources de la fracturation hydraulique, présentée comme une grande révolution.

C'est une raison majeure pour expliquer leurs actions au Venezuela. Avec Delcy Rodríguez, un ensemble de mesures absolument stupéfiantes a été approuvé, livrant de fait l'intégralité du secteur pétrolier aux entreprises et banques américaines, au point que tout litige à régler devant les tribunaux le sera aux États-Unis. C'est une capitulation totale ; en pratique, le Venezuela est devenu un protectorat américain, et il est clair qu'ils comptaient faire de même en Iran.

L'objectif était de créer une situation extrêmement tendue en Iran, de frapper fort, de déstabiliser le pays. Ils ont assassiné Khamenei dans le but de provoquer un soulèvement populaire et, profitant de la confusion générale, d'installer leur marionnette et de s'emparer des ressources pétrolières. Je crois qu'ils ont sous-estimé, d'une part, la force des structures politiques iraniennes actuelles, et d'autre part, qu'ils n'ont pas réalisé que le régime iranien est moins personnalisé que celui du Venezuela. Et, au final, nous nous sommes retrouvés dans l'impasse actuelle. En bref, il ne fait aucun doute qu'il existe une forte motivation liée au pétrole.

Assisterons-nous à une poursuite des agressions américaines pour compenser le déclin de la production pétrolière américaine ?

Les États-Unis n'ont guère d'options. Ce n'est pas un hasard s'ils ont attaqué le quatrième producteur mondial de pétrole. Ils sont le premier ; le second est l'Arabie saoudite, où ils contrôlent déjà les ressources, où les intérêts convergent et où l'approvisionnement des États-Unis est toujours la priorité. Avec la Russie, troisième pays, ils ont déjà tenté le coup : un plan de la CIA datant de la fin des années 90 visait à la scinder en six États, compte tenu de son immensité et de ses ressources considérables. Le quatrième ? L'Iran.

Le cinquième est l'Irak, qu'ils contrôlent déjà plus ou moins. Pour les sixième, septième et suivants pays, la situation se complique et l'on entre dans une lutte pour des quantités marginales de pétrole. L'Algérie figure parmi les dix premiers sur cette liste, et je pense que c'est là que l'Europe entend intervenir. C'est un véritable nid de guêpes, avec une armée puissante et une population nombreuse de plus de 40 millions d'habitants.

Je ne crois pas que ces puissances impériales décadentes aient la capacité réelle d'occuper durablement un territoire comme l'Iran ou l'Algérie. Leurs options sont donc très limitées. Le bombardement ciblé ordonné par Trump au Nigeria, principal producteur de pétrole d'Afrique, constitue un avertissement très pertinent.

Après l'Iran, leurs options se réduisent considérablement, car les volumes exportables deviennent faibles. Le fait est qu'il ne reste plus grand-chose dans le monde, c'est là le nœud du problème. La réalité, c'est que cette situation touche à sa fin ; cela ne se terminera pas du jour au lendemain, c'est un processus qui prendra des années, mais il est évident que la situation va continuer de se dégrader, et nous verrons comment nous allons gérer cela.

Bien sûr, si nous avons des personnes aussi compétentes et intelligentes que Donald Trump aux commandes, c'est comme confier les commandes d'un avion à un éléphant.

Les principales victimes du conflit en Iran sont les pays importateurs de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Quel impact cela pourrait-il avoir sur l'UE ?

Nous ne constatons pas encore les effets des pénuries. Les fluctuations de prix que nous observons sont typiques de la situation politique actuelle, mais l'impact sur l'Union européenne et sur l'Espagne dépendra fortement de la durée réelle du conflit. S'il cesse dans les prochains jours, il y aura des répercussions, mais elles seront limitées. Le problème, c'est s'il s'éternise.

Si le conflit se poursuit, nous nous dirigeons vers une catastrophe sans précédent, même supérieure aux crises des années 1970. L'épisode de paralysie des volumes de pétrole les plus importants remonte précisément à cette décennie, avec l'embargo arabe ; à l'époque, cinq millions de barils de pétrole étaient bloqués, soit environ 10 % de la consommation mondiale totale. Mais le pétrole disponible à l'exportation était bien plus important, ce qui représentait environ 15 % du pétrole exportable. Aujourd'hui, quelque 20 millions de barils de pétrole transitent par le détroit d'Ormuz, soit 20 % de la consommation mondiale. Or, comme les pays producteurs consomment eux-mêmes la moitié de ce pétrole, seule la moitié est exportable ; autrement dit, 40 % du pétrole exportable est bloqué. À cela s'ajoute la paralysie du transport de gaz naturel, actuellement essentiel à la production d'électricité et d'engrais, entre autres.

Si le conflit s'éternise, nous courons vers une catastrophe sans précédent.

Si une guerre prolongée s'ensuivait, je pense que d'ici un mois, nous en ressentirions déjà les effets très graves. Un mois, c'est à peu près le temps qu'il faut à un pétrolier pour relier le golfe Persique à l'Europe, puisqu'ils ne passent plus par la mer Rouge. Pour l'instant, l'absence de pétroliers passe inaperçue, mais elle deviendra évidente d'ici un mois. Si la situation perdure, nous nous dirigeons vers une crise colossale, car 40 % du pétrole exportable viendra soudainement à manquer.

Dans ce contexte de conflit prolongé, la seule chose que les États peuvent faire, outre puiser dans leurs réserves stratégiques – qui, dans les pays européens, couvrent généralement environ 90 jours de consommation nationale et ne peuvent être utilisées comme si de rien n'était tant qu'elles ne sont pas épuisées – est d'instaurer un rationnement. Et cela, dans un système capitaliste comme le nôtre, serait une catastrophe absolue. Cela entraînerait la fermeture de nombreuses entreprises, une hausse des prix des produits et pourrait même provoquer des pénuries alimentaires, car le printemps approche et les engrais, qui nécessitent du gaz naturel provenant du Golfe, doivent être utilisés. Si cela continue le mois prochain, nous entrerons dans une dépression économique sans précédent, peut-être même pire que la Grande Dépression de 1929.

Nous observons la situation d'un point de vue européen, mais l'UE reste relativement bien protégée. Ce sera une situation terrible, mais ce qui m'inquiète le plus, c'est ce qui va se passer dans les pays du Sud, où des famines et d'autres conséquences aggraveront les problèmes. La folie de Trump pourrait entraîner l'effondrement de nombreux pays.

Même si le conflit cessait immédiatement, les bombardements ont déjà causé des dégâts structurels qui auront des conséquences : un déficit important de production pétrolière est probable dans les six à douze prochains mois.

J'ai le sentiment croissant que nous payons le prix de notre obéissance aux États-Unis. Un basculement des blocs politiques est-il en train de se dessiner, rapprochant l'UE et la Chine ?

Actuellement, au sein de l'Union européenne, il y a clairement une lutte de pouvoir entre les propos d'Ursula von der Leyen et ceux, par exemple, du Parlement. Autrement dit, il y a une contradiction flagrante. Ursula von der Leyen suit la voie tracée par les États-Unis – j'irais même jusqu'à dire de façon obscène – tandis que des instances plus démocratiques et représentatives en Europe affirment que cette approche est inacceptable.

Je ne pense pas que cela favorisera un rapprochement avec la Chine, car cela impliquerait une confrontation directe avec les États-Unis. Je ne suis donc pas certain du rôle qu'il reste à l'Europe dans tout cela. L'Europe a commis l'erreur stratégique, il y a quelque temps, de se rapprocher excessivement des États-Unis au lieu de chercher à les contrebalancer, peut-être parce qu'une génération de dirigeants européens est très technocrate et excessivement pro-américain, sans parler de leur soumission totale au capital. Le résultat est donc décevant.

Cela pourrait paradoxalement renforcer les liens avec la Russie, car celle-ci possède les ressources dont l'UE a besoin. Le problème, c'est que je pense que les Russes sont déjà quelque peu exaspérés par les Européens. La meilleure solution pour l'Europe serait de destituer ses dirigeants et, bien sûr, de s'interroger sérieusement sur la nature même de l'Union européenne. C'est peut-être le genre de réflexion que nous devrions commencer à envisager dès maintenant.

Ces guerres sont-elles l'expression ultime du refus des pays du Nord d'adapter leurs rythmes de production et de consommation au ralentissement imposé par les limites planétaires ?

Comment pouvons-nous l'empêcher ? Il s'agit manifestement d'une situation de concurrence accrue pour les ressources, précisément parce que nous nous heurtons aux limites planétaires et que nous sommes incapables de maintenir ce système économique axé sur la croissance. Notre constat est sans appel.

La seule solution est que les citoyens comprennent qu'ils doivent mettre un terme au pouvoir de ces dirigeants.

Comment pouvons-nous éviter d'autres guerres de ce type ? En fin de compte, c'est aux citoyens qu'il revient de les arrêter. La seule solution est que les citoyens comprennent qu'ils doivent mettre un terme au pouvoir de ces dirigeants. Le peuple américain doit se soulever et destituer Trump.

Nous devrions, en Espagne et en Europe, faire un peu de ménage, mais nous n'allons pas dans cette direction. Ce que nous observons partout en Europe, c'est la montée de l'extrême droite qui, en ces temps de troubles sociaux, d'angoisse et d'incertitude, déploie un discours populiste qui trouve un écho favorable, en partie parce que la gauche n'ose pas proposer d'analyses et de diagnostics pertinents. La gauche n'ose pas aborder les sujets qui doivent être discutés, comme la nécessité d'une révolution sociale et économique, d'un changement de paradigme radical pour garantir une vie digne et décente à tous. Elle s'efforce de maintenir le statu quo, de suivre le courant, ce qui engendre des contradictions constantes et une désaffection des citoyens.

En ce sens, le rôle de Pedro Sánchez est curieux. Personne ne le qualifierait de personne à forte orientation idéologique, et pourtant, par de simples expressions de bon sens, des choses qui auraient été considérées comme élémentaires il y a 20 ans, il est devenu la boussole morale de l'Europe. Je crois que cela démontre la dégradation morale des autres dirigeants.

Le seul moyen d'éviter cette tentation impérialiste de se battre pour les dernières ressources est que les citoyens de ces pays disent « ça suffit ! ». Et attention, car en Europe, nous courons également un risque très clair de dérive militaire vers les peuples d'Afrique du Nord pour ces mêmes ressources. Je dis depuis des années que le réarmement n'a pas pour but de combattre la Russie, un combat impossible ; il vise clairement à déclencher de nouvelles guerres coloniales en Afrique du Nord. Nous devons y mettre un terme. Seuls les citoyens peuvent provoquer un changement de paradigme et nous permettre de commencer à construire des solutions alternatives, tant sur le plan technique que social.

Diego Delgado

 

 

Le Naufrage....

Chers lecteurs,

Nous sommes maintenant à une semaine du début de la guerre dans le Golfe persique. Israël et les États-Unis pensaient sans doute qu'une frappe décisive contre l'Iran, compte tenu de son instabilité interne, entraînerait la chute du régime des ayatollahs, sous l'effet d'une réaction populaire qui les destituerait immédiatement. Ils comptaient certainement sur une capitulation totale, à l'instar de celle du Venezuela, où les États-Unis se sont pratiquement approprié toutes les ressources pétrolières (sans, soit dit en passant, aucun changement réel de régime politique). Ce qu'ils n'avaient incroyablement pas anticipé, c'est la résistance de la structure politique iranienne, peut-être parce qu'ils l'ont interprétée à tort comme entièrement soumise à l'autorité d'Ali Khamenei et que, sa mort créerait un vide du pouvoir tel qu'un changement serait inévitable.

Au contraire, le régime iranien s'est retranché et a réagi avec rapidité et fermeté, bombardant des bases militaires américaines, des raffineries et des oléoducs dans les États du Golfe qui soutiennent tacitement ou ouvertement la coalition agresseuse, et fermant de facto le détroit d'Ormuz. L'Iran a frappé fort, vite et massivement. Le gouvernement iranien sait que sa survie dépend de la création d'une paralysie économique mondiale telle que les États-Unis seront contraints de suspendre leurs opérations sous la pression de facteurs internes et externes

Nous voici donc arrivés à la situation actuelle. Donald Trump a beaucoup de mal à reculer, car il ne pourrait sauver la face auprès de son peuple et des intérêts économiques qu'il représente. De leur côté, les dirigeants israéliens sont complètement désemparés et n'envisagent aucune autre possibilité que la capitulation de leur principal ennemi dans la région. Quant au gouvernement iranien, sa seule option est de poursuivre les frappes, infligeant des dégâts jusqu'à ce qu'Israël et les États-Unis cèdent.

Mais quoi qu'il arrive, personne n'en sortira indemne. Ni ces trois pays, ni le reste du monde. La situation est si grave que l'on peut au minimum s'attendre à une grave récession économique et à plusieurs années de grandes souffrances. En réalité, il est plus probable que nous ne sortirons jamais de la spirale infernale dans laquelle nous sommes déjà engagés.

Du côté américain, les tendances belliqueuses de Trump ont certainement des origines diverses, idéologiques et religieuses, y compris cette étrange influence qu'Israël exerce sur la politique américaine. Mais, outre toutes ces motivations, il en est une qui est également très claire : les États-Unis ont besoin de pétrole, et ils en ont besoin maintenant.

Ces seize dernières années, les États-Unis ont connu une révolution grâce à la fracturation hydraulique, ce qui leur a permis d'accroître leur production de seulement 5 millions de barils par jour (Mb/j) en 2010 à plus de 13 Mb/j aujourd'hui (4 Mb/j de pétrole conventionnel et 9 Mb/j de pétrole de schiste léger extrait par fracturation hydraulique). Cela en fait le premier producteur mondial, représentant près de 13 % de la production mondiale (103 Mb/j de liquides pétroliers de tous types sont produits dans le monde, bien que ce chiffre puisse être longuement discuté, car environ 20 Mb/j de liquides de gaz naturel, principalement impropres à la production de carburant et utilisés uniquement pour la fabrication de plastiques, sont également inclus dans ce total). Cependant, l'essor de la fracturation hydraulique aux États-Unis est menacé : les puits de fracturation atteignent généralement 80 % de leur production totale au cours des deux premières années et ne sont généralement pas exploités pendant plus de cinq ans. Dans ses dernières mises à jour, le département américain de l'Énergie souligne pour la première fois depuis le début de la fracturation hydraulique que le pic de production pétrolière américaine pourrait déjà avoir été atteint en octobre 2025, et que dans les années à venir, nous connaîtrons un déclin qu'ils considèrent encore comme progressif, même si tout indique qu'il sera beaucoup plus rapide.

Les États-Unis ont un besoin urgent de pétrole. Leur hégémonie, ces dernières années, s'est fondée sur la fracturation hydraulique, et si cette dernière venait à s'essouffler, ils devraient s'attaquer aux ressources mondiales disponibles. Ils ciblent, bien entendu, les plus importantes qu'ils ne contrôlaient pas encore : d'abord le Venezuela (même si la viabilité économique de son pétrole extra-lourd est discutable) et maintenant l'Iran. En réalité, la maladresse et la précipitation des États-Unis, qui attaquent sans véritable planification (comme le démontre le cas iranien), répondent à cette urgence vitale.

La situation est loin d'être favorable à l'administration Trump. Sa popularité étant en chute libre suite aux excès de la police de l'immigration et à son abandon du principe MAGA (Make America Great Again) de se concentrer sur les problèmes intérieurs et de ne pas s'impliquer dans les guerres étrangères, son système tarifaire étant remis en question et les élections de novembre approchant à grands pas, Donald Trump se devait d'enchaîner les succès retentissants. La flambée des prix du pétrole et les perspectives économiques désastreuses résultant de cette guerre, combinées au coût exorbitant de la campagne militaire, ne font que rendre les choses encore plus difficiles pour lui.

La situation n'est guère plus réjouissante pour le gouvernement de Benjamin Netanyahu. Pour l'actuel gouvernement israélien, l'élimination de son principal ennemi dans la région est devenue une question existentielle, une véritable obsession, au point de lui faire perdre de vue ses capacités réelles et, surtout, sa vulnérabilité. Les systèmes d'interception israéliens, pourtant bien équipés de missiles intercepteurs américains, se révèlent impuissants face au flot continu de bombardements iraniens, qui ne se limitent plus aux cibles militaires mais touchent également la population civile, notamment à Tel Aviv. L'Iran privilégie l'envoi d'énormes quantités de missiles et de drones, très bon marché, tandis que les intercepteurs sont incomparablement plus onéreux ; et bien qu'Israël intercepte 80 à 90 % des projectiles, les 10 % qui atteignent leur cible causent des dégâts considérables. Israël souffre, et Netanyahu, dont la gestion de la situation a été largement critiquée, sort fortement affaibli d'une guerre où il croyait naïvement avoir remporté une victoire majeure.

Le gouvernement iranien se trouve lui aussi dans une situation très précaire. L'assassinat de son guide suprême et d'une grande partie de son pouvoir politique l'a contraint à se reconstruire rapidement, mais ce n'est pas là son principal problème. Le mécontentement populaire est important depuis plusieurs années, après cinquante ans d'un régime autoritaire et répressif. Les manifestations de janvier, brutalement réprimées, ont illustré l'importance de la contestation interne. Avec 90 millions d'habitants et une population très jeune, l'Iran a besoin d'importantes améliorations sociales, même s'il est clair que les États-Unis ne seront pas en mesure de les apporter. Pour compliquer encore la situation, l'Iran est confronté à une grave crise de l'eau qui a conduit, il y a quelques mois, à proposer l'évacuation de Téhéran, avec toutes les conséquences sociales que cela implique. Cette crise de l'eau est également très grave en Irak voisin. Parallèlement, l'Afghanistan voisin est actuellement en guerre contre le Pakistan au sujet des ressources en eau d'un fleuve commun. Toute la région se trouve dans une situation précaire.

Il est clair que ni les États-Unis, ni Israël, ni l'Iran ne partent en position de force. Mais aucun des trois ne peut reculer dans le contexte actuel. Tous trois ont désespérément besoin d'une victoire dans cette guerre. Or, le désespoir est le pire des conseils, car il conduit à des prises de risques excessifs susceptibles de se transformer en véritables catastrophes.

La fermeture du détroit d'Ormuz met le monde à genoux. Par exemple, 20 millions de barils par jour (Mb/j), soit 20 % de la consommation mondiale de pétrole, transitent par Ormuz. Mais si l'on considère le pétrole disponible pour le commerce (en excluant les 50 % consommés par les pays producteurs eux-mêmes), ce sont 40 % des exportations mondiales de pétrole qui transitent par Ormuz, ce qui est extrêmement grave pour les pays importateurs comme l'Espagne. Et peu importe que l'Espagne importe actuellement peu de pétrole de la région : le marché pétrolier est très volatil, et les contrats sont résiliés ou le prix du pétrole augmente en raison de la hausse de la demande. Personne n'est à l'abri de cette crise. Au moment où j'écris ces lignes, le prix du Brent a déjà atteint 90 dollars le baril, seuil critique pour l'économie européenne. Si cette situation perdure et s'aggrave dans les semaines à venir, une grave récession économique sera inévitable.

L'autre sujet de préoccupation est le gaz naturel. Vingt pour cent des exportations mondiales de gaz naturel liquéfié (GNL) transitent par le détroit d'Ormuz, et ce gaz ne peut être transporté par les gazoducs intérieurs (qui, soit dit en passant, seraient également peu utiles pour le pétrole, étant donné que l'Iran les bombarde). L'Europe dépend de ce gaz naturel pour 14 % de ses besoins énergétiques. Le gaz naturel est utilisé dans tous les secteurs industriels et est essentiel au maintien de la stabilité du réseau électrique. De plus, l'Europe aborde la fin de l'hiver avec des réserves de gaz naturel à des niveaux historiquement bas, et, qui plus est, ses réserves d'eau sont également à des niveaux records après un hiver relativement sec – ce qui n'est pas le cas pour l'Espagne, où les fortes tempêtes ont au moins contribué à remplir les réservoirs. Sans gaz ni hydroélectricité, l'Europe est confrontée à un risque très réel de coupures de courant, qui pourraient même se produire en cascade. Actuellement, le prix de l'électricité a explosé en Europe, tout comme celui du gaz – en Espagne, grâce à l'essor de l'hydroélectricité, le prix est plus contenu.

Mais de nombreuses autres matières premières essentielles au commerce et à l'industrie mondiaux transitent par le détroit d'Ormuz. L'ammonium et l'urée, composants de base des engrais, revêtent une importance capitale, notamment à l'approche de la saison des semailles ; il en va de même pour l'acide sulfurique, utilisé dans d'innombrables procédés industriels. Bien entendu, de nombreux autres produits dérivés et interactions rendent complexe la compréhension de l'ensemble des flux qui s'y déroulent. Par exemple, le pétrole du Golfe est indispensable à la production mondiale de diesel, car il est le plus adapté à cet usage.

La suite des événements dépendra crucialement de la durée de l'impasse actuelle. Quelques jours supplémentaires de blocus du détroit d'Ormuz pourraient déclencher une panique sur les marchés boursiers et provoquer une récession très profonde. Compte tenu des énormes bulles financières que Quark dénonce depuis un certain temps (la bulle de la dette, la bulle de l'intelligence artificielle et la bulle des produits dérivés des métaux précieux), cette récession pourrait entraîner l'éclatement de ces bulles et conduire à un effondrement économique sans précédent, dont nous ne nous remettrions peut-être jamais complètement, car il accélérerait la chute des prix du pétrole et des autres matières premières en paralysant les industries clés nécessaires à leur extraction. Il y a quelques heures à peine, le fonds d'investissement BlackRock a décidé de limiter les retraits de l'un de ses fonds obligataires, après avoir constaté un volume important de retraits – une intervention que je qualifierais de frauduleuse et qui pourrait alimenter la méfiance. La séance boursière de lundi prochain s'annonce très volatile.

Je suis certain que les grandes entreprises et les gouvernements déploieront tous les moyens à leur disposition pour tenter d'éviter une catastrophe. Par exemple, les États-Unis ont annoncé un fonds de réassurance de 20 milliards de dollars pour les navires américains, après que les sept plus grands assureurs ont décidé, il y a quelques jours, de retirer leur couverture d'assurance pour les navires opérant dans la région en raison du risque de guerre . Durant ce week-end tendu, il y aura certainement de nombreuses autres annonces et mesures pour tenter d'éviter un krach boursier. À l'heure actuelle, la seule question cruciale est de savoir combien de temps durera cette paralysie, et si elle sera totale ou partielle. Ce qui semble clair, c'est que si la situation perdure plus de quelques jours, nous nous dirigeons vers une récession économique qui pourrait mener à un déclin irrémédiable. Donald Trump aura la triste particularité d'avoir accéléré le déclin de notre société de 5 à 10 ans.

C'est grave. La situation est mauvaise, très mauvaise. Croisons les doigts, mais par précaution, commençons à prendre des mesures. Observons la situation et restons vigilants.

Bien à vous.

Antonio Turiel 06 03 26

https://crashoil.blogspot.com/2026/03/el-hundimiento.html

« La décroissance est l’antithèse de l’appauvrissement ».....

« La rareté de l’énergie et des matières premières nous oblige à repenser notre modèle économique et social », affirme le communicateur scientifique Antonio Turiel, confiant dans la capacité de l’Europe à mener cette transformation. Nous l’avons interrogé sur les limites des énergies renouvelables, la décroissance comme alternative à l’écofascisme – que promeut Trump – et la réduction de la taille du secteur primaire qui, selon lui, permettra de créer des emplois tout en diminuant son commerce extérieur.

En tant que chercheur à l’Institut des sciences marines du CSIC (Conseil supérieur de la recherche scientifique espagnol), sur quels sujets travaillez-vous actuellement ?

D’une part, j’étudie l’éventuel effondrement de la circulation méridienne de retournement atlantique (AMOC), un courant océanique qui maintient l’Europe chaude et humide. En collaboration avec l’Agence spatiale européenne, je mesure ses anomalies thermiques par satellite et j’ai constaté qu’il ralentit et pourrait même s’arrêter, ce qui modifierait radicalement le climat européen. Imaginez ceci : Madrid se situe à la même latitude que New York, Paris et Vancouver. Notre climat est plus doux grâce à la circulation méridienne de retournement atlantique (AMOC). Mais si cette circulation s'arrêtait, les îles Britanniques, la péninsule scandinave, le Danemark et le nord de l'Allemagne seraient recouverts de glace arctique. Une grande partie de l'Europe connaîtrait alors un climat semblable à celui du Canada et de la Sibérie, malgré le réchauffement climatique. Imaginez l'impact sur les récoltes et la vie de 400 millions de personnes.

L'autre axe de recherche concerne la modification des courants océaniques, essentiels à des secteurs comme la pêche. Tous les courants sont affectés par l'augmentation de la température de la mer, qui se réchauffe aujourd'hui trois fois plus vite qu'avant 2015. Par exemple, en novembre, la température moyenne de la Méditerranée était identique à celle de l'été des années 1980. Cette température de l'eau, combinée à d'autres facteurs, provoque des catastrophes comme la dépression isolée de haute altitude (DANA). Le réchauffement des eaux est un effet non linéaire du changement climatique, et il s'agit là de l'une des six limites planétaires que nous avons déjà franchies sur les neuf établies par le scientifique Johan Rockström. Le franchissement d'une seule limite met déjà l'espèce humaine en danger ; en franchir six nous expose à un grave péril. Nous marchons sur un précipice qui pourrait s'effondrer à tout moment. Nous devons le quitter et revenir aux limites planétaires.

Votre dernier livre s'intitule *L'Avenir de l'Europe*. Pourquoi écrire sur l'Europe ?

Parce que si l'Europe entreprend une transition énergétique et technologique, elle peut démontrer qu'il est possible d'avancer sur la voie d'un développement véritablement durable. Notre continent a encore la capacité de mener la transformation du modèle énergétique, de consommation et social dont nous avons besoin et d'inspirer le reste du monde, mais il doit sortir de son déclin. Outre un manque de leadership, il est confronté à de graves problèmes que ni les États-Unis ni la Chine ne connaissent : il dispose de très peu de ressources naturelles et sa population vieillit rapidement. Parmi ses atouts, l'Europe dispose encore d'une capacité industrielle, qu'elle perdra toutefois si la désindustrialisation se poursuit, et d'une population hautement qualifiée, qu'elle perdra également si la situation perdure. Elle doit réagir et saisir l'opportunité de mener la transformation du modèle économique.

Comment l'Europe fait-elle face à la crise énergétique ?

Elle est extrêmement dépendante des importations. Elle continue d'acheter autant de diesel qu'elle le peut, et même plus qu'elle ne le devrait, grâce à la vigueur de l'euro. Mais si la confiance dans l'euro, fondée sur les exportations et la capacité industrielle de l'Allemagne – qui a perdu 40 % de son industrie lourde ces dernières décennies – continue de s'éroder, l'approvisionnement en carburants et en matières premières deviendra plus difficile.

Dans l'interview que vous nous avez accordée il y a deux ans, vous disiez que, malgré tout, vous vous considériez « extrêmement optimiste ». L'êtes-vous toujours ?

Le simple fait que nous ayons déjà cette conversation témoigne de mon optimisme. Je continuerai à partager ces informations tant que je croirai à des améliorations, mais j'espère que de nouvelles voix, porteuses de perspectives nouvelles, se joindront à nous, car il s'agit d'un problème de longue haleine.

Cependant, depuis la dernière interview, la situation s'est considérablement dégradée. Je suis très préoccupé par le recul social et les atteintes à la protection de l'environnement. L'abandon des accords climatiques par Trump et le recul de l'Union européenne en matière de protection de l'environnement sont très graves. Mais ce qui m'inquiète le plus, c'est le climat, car son évolution est bien plus alarmante que prévu. Nous l'avons constaté avec la tempête Dana, les incendies en Californie, l'ouragan en Islande, les tempêtes incessantes qui nous menacent… La situation mondiale est grave. Nous devons y faire face avec maturité et nous adapter. La Terre possède des mécanismes de compensation naturels qui lui permettent de retrouver son équilibre, mais pour que ces mécanismes fonctionnent, nous devons cesser de les provoquer.

CITATIONS

« L’océan se réchauffe aujourd’hui trois fois plus vite qu’il ne se réchauffait avant 2015. »

« Nous marchons sur un précipice qui pourrait s’effondrer à tout moment. Il est impératif de le quitter et de revenir aux limites planétaires. »

« Le déclin inévitable des ressources énergétiques et matérielles disponibles nous contraint à repenser notre modèle économique. »

« L’Europe a encore la capacité de mener la transformation nécessaire des modèles énergétique, de consommation et social, mais elle doit réagir et sortir de son déclin. »

Charo Toribio

 

« Le risque est élevé que les États-Unis se tournent vers d'autres pays d'Amérique latine pour s'approvisionner en pétrole. »...

Depuis un certain temps, Antonio met en garde tous ceux qui lisent ses travaux contre le caractère non durable du système économique actuel, fondé sur une croissance constante. Il nous alerte également sur l'épuisement des ressources énergétiques. L'un des exemples les plus frappants en est, je crois, l'enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro par les États-Unis en début d'année, afin de prendre le contrôle de la production pétrolière du pays. Antonio, vous avez écrit à ce sujet ; pourriez-vous nous éclairer sur cet événement de votre point de vue ?

Oui, dans le cas des États-Unis, c'est assez intéressant. Si l'on considère leur production pétrolière, on constate que grâce à l'exploitation massive de la fracturation hydraulique dans un type de roches contenant un pétrole similaire, appelé pétrole de schiste, les États-Unis sont devenus le premier producteur mondial de pétrole.

Actuellement, les États-Unis produisent environ 13 millions de barils de pétrole par jour, ce qui les place loin devant la Russie et l'Arabie saoudite, les deux autres producteurs, dont la production se situe constamment entre 9 et 10 millions de barils par jour. Le problème auquel les États-Unis sont confrontés est que la majeure partie de leur production actuelle est constituée de ce pétrole de schiste. Or, c'est la tendance actuelle : on appelle tout « pétrole », mais tout n'est pas identique.

Ainsi, sur les 100 millions de barils produits quotidiennement dans le monde et les quelque 21 millions consommés par les États-Unis, se pose le problème de l'utilisation inégale de ce pétrole. Le pétrole brut conventionnel, plus polyvalent, a atteint son apogée en 2005 et connaît depuis un déclin lent mais constant. En 2005, la production mondiale s'élevait à 70 millions de barils par jour ; aujourd'hui, elle est tombée à 60 millions de barils, représentant encore la majeure partie de la production mondiale.

Aux États-Unis, le problème du pétrole brut léger réside dans sa faible aptitude à la production de diesel. Or, que se passe-t-il dans les raffineries ? Elles sont confrontées à une demande qui prévoit la production de quantités déterminées d'essence, de diesel, etc. Certes, on dispose aujourd'hui d'un pétrole plus adapté à la production d'essence que de diesel, mais les États-Unis, même si leurs véhicules particuliers (voitures) fonctionnent à l'essence, ont également besoin de diesel pour toutes sortes de machines : camions, tracteurs, excavatrices et même navires utilisent un carburant similaire au diesel, appartenant à la même fraction de raffinage.

Ils ont donc un problème : sur 13 millions de barils, 9 millions sont composés de ce pétrole très léger, moins adapté à la production de diesel. Comment ont-ils géré ce problème jusqu'à présent ? Grâce à l'apport du pétrole extra-lourd canadien. Au Canada, ils produisent une sorte de bitume, une sorte de goudron – des informations très sommaires – qu'ils transforment sur place et mélangent au pétrole léger américain. Ils l'envoient ensuite aux États-Unis, où leurs raffineries ont été adaptées pour traiter ce mélange. Ce mélange est plus équilibré, tandis que le pétrole extra-lourd, désormais non fluide, est comparable à un goudron canadien mélangé au pétrole léger américain. Ils obtiennent ainsi un résultat satisfaisant.

Et ensuite ? Le Canada a atteint sa capacité d'extraction maximale, engendrant des dégâts écologiques considérables, de l'ordre de 4 millions de barils par jour. Les États-Unis, quant à eux, produisent 9 millions de barils de pétrole brut léger, et le ratio pétrole brut lourd/léger est de 2 pour 1 (2 barils de pétrole brut lourd pour 1 baril de pétrole brut léger), ce qui leur laisse un excédent d'environ 7 millions de barils de pétrole brut léger par jour. Or, ce qui devient déjà un problème mondial, et qui se fait particulièrement sentir en Amérique latine, c'est la baisse de la production mondiale de diesel, précisément en raison d'une pénurie de pétrole brut de bonne qualité pour sa production.

Ainsi, bien que la production pétrolière se soit maintenue à des niveaux records ces dernières années, elle connaît certaines fluctuations. Nous avons réussi à dépasser le pic de 2018, et la production n'a pas encore diminué, même si elle commencera à baisser dans les années à venir, toutes choses égales par ailleurs. Nous avons constaté que la production de diesel a effectivement diminué ; le pic a été enregistré en 2017, et depuis, elle a chuté d'environ 15 %. Cela pose problème, par exemple, en Bolivie, mais aussi au Pérou, en Équateur, en Colombie et en Argentine, qui connaissent d'autres difficultés, mais qui sont également liées, bien sûr, à la question pétrolière, ainsi qu'au Mexique, etc.

Les États-Unis commencent eux aussi à prendre conscience de la gravité de la situation et doivent trouver un moyen de garantir leur production de diesel. L'idéal serait de trouver une nouvelle source de pétrole brut extra-lourd. Quel pays au monde possède les plus importantes réserves de pétrole brut extra-lourd ? Le Venezuela. Je pense donc que cela explique tout : ce qui les intéresse principalement, c'est le pétrole extra-lourd de la ceinture de l'Orénoque. Bien évidemment, ils ne vont pas dédaigner un pétrole de bonne qualité provenant de Maracaibo, car c'est une ressource qu'ils ne peuvent pas refuser facilement.

Je pense que c'est fondamentalement la raison pour laquelle ils vont s'emparer du pétrole de Maracaibo à court terme, puis, à long terme, tenter d'exploiter ce pétrole situé dans la jungle, en pleine forêt amazonienne, dans une zone accidentée qui a un impact considérable sur le bassin hydrologique de l'Orénoque, un véritable désastre écologique. De plus, le pétrole extra-lourd vénézuélien se trouve à une certaine profondeur ; les zones les moins profondes se situent à 300 mètres, mais dans certaines zones, la profondeur atteint 1 500 mètres. Son extraction et son traitement sont bien plus complexes que pour le pétrole canadien.

Donc, la solution, à mon avis est de trouver un complément à notre pétrole léger afin de disposer d'un pétrole exploitable pour la production. C'est précisément ce qui nous manque actuellement. Le calcul économique me semble erroné, car produire du pétrole extra-lourd au Canada est complètement différent de le produire au Venezuela, pour de nombreuses raisons, notamment en raison des conditions géologiques et physiques du terrain. Et par ailleurs, les méthodes employées sont, bien sûr, abominables, mais typiquement trumpiennes.

S'il y a un avantage à Donald Trump, c'est bien celui de ne pas mâcher ses mots. Il n'est pas tout à fait comme les dirigeants américains d'antan, mais sur ce point, Donald Trump ne cache rien et dit les choses telles qu'il les pense et telles qu'il les veut. De toute évidence, l'opération au Venezuela ne se déroulera pas bien pour eux, car elle ne peut pas bien se dérouler, les investissements étant bien plus importants que prévu, et compte tenu du temps nécessaire à son exécution – si tant est qu'elle soit réalisable à l'échelle souhaitée, car techniquement, c'est peut-être tout simplement impossible.

Je pense qu'il y aura d'autres mouvements, et le risque de tels mouvements vers d'autres pays producteurs des Amériques est assez élevé, compte tenu de ce que nous savons déjà – et j'ai longuement abordé ce sujet sur mon blog, où j'ai décrit et illustré l'évolution de la production pétrolière en Amérique latine et ailleurs – il est clair que l'Amérique latine a déjà dépassé son pic d'extraction. Ce chiffre a été dépassé il y a quelques années, si je me souviens bien, en 2018, et les perspectives ne sont donc pas particulièrement encourageantes.

Mais ne nous leurrons pas. Souvent, ces opérations coloniales – soyons francs – menées par les États-Unis, ou parfois par l'Europe elle-même, ont un objectif : détruire le pays producteur de la ressource afin de ne pas pouvoir en tirer profit. Si l'on détruit toute l'industrie d'un pays, sa consommation de pétrole diminue logiquement, et il dispose alors de plus de pétrole à exporter.

Bien sûr, ce genre d'opération comporte une part importante d'expérience ; nous en avons une grande. On l'a fait en Irak, on l'a fait en Libye – et ça ne s'est pas bien passé en Libye –, mais cela signifie que c'est une pratique courante aux États-Unis comme en Europe. Et le plus grand risque que je vois actuellement, c'est qu'ils n'auront manifestement pas assez avec le Venezuela. Sur le papier, tout semble cohérent – pétrole extra-lourd et pétrole léger, etc. – mais en pratique, je pense que ni le calendrier ni les coûts ne sont adaptés aux intentions des États-Unis. Par conséquent, je pense que cela place d'autres pays, comme le Mexique ou la Colombie, dans une situation particulièrement périlleuse.

Oui, quand vous avez dit cela, je pensais à l'Amazonie, souvent présentée aux États-Unis comme un lieu qui n'appartient à personne, qui appartient à tous, ou qui leur appartient directement. Je ne sais pas, il semble qu'aujourd'hui les relations entre le Brésil et les États-Unis empêchent cette incursion...

Le Brésil est déjà un pays d'une puissance considérable ; il n'est pas si simple de le dominer. Soit on a le pouvoir politique de son côté, comme ce fut le cas à une époque, soit on n'a pratiquement aucune chance. De plus, je pense que le Brésil, logiquement, se rapproche des BRICS, car c'est là que réside clairement l'avenir. Les États-Unis sont eux aussi une puissance en déclin. Des États-Unis à leur apogée n'auraient pas fait ce que Trump a fait au Venezuela. Pour moi, c'est avant tout un signe de faiblesse. À tout le moins, ils auraient sauvé les apparences. Ils n'auraient pas mené d'opérations comme celles qu'ils mènent depuis des décennies. Et malheureusement, l'Amérique latine est parfaitement au courant de toutes les opérations que la CIA a financées pendant tant de décennies, et ainsi de suite.

Mais voilà le problème : le fait que cela se fasse de manière aussi directe et grotesque… car il s’agit, je crois, d’après ce que vous pouvez en déduire, d’un état de faiblesse. Je pense que les États-Unis traversent actuellement une période de faiblesse impériale, car ils font face à un défi économique, industriel et même militaire de taille de la part de la Chine. Heureusement, les Chinois ne sont pas des saints, certes, mais ils n’ont pas cette mentalité de cow-boys ou de pirates que l’on observe parfois aux États-Unis et en Europe

Antonio, Scott Bessent, le secrétaire au Trésor américain, a été très clair récemment, expliquant comment ils avaient mis en œuvre une stratégie visant à étrangler, ou plutôt à créer une pénurie massive de dollars en Iran, provoquant l’effondrement de certaines des banques les plus importantes et transformant finalement le pays en une poudrière, avec des manifestations de grande ampleur contre le gouvernement. Est-ce également lié à la question du pétrole ?

Écoutez, le pétrole est toujours là, c'est une chose qu'il faut garder à l'esprit. En général, les problèmes sont toujours multifactoriels, très complexes, comme tout ce qui touche à l'humain, mais le facteur pétrole est toujours un facteur important. Je pense que dans le cas de l'Iran, le fait qu'il s'agisse d'une puissance régionale importante, d'un pays de 90 millions d'habitants, d'un pays doté d'une armée assez puissante, d'un pays qui est l'un des principaux producteurs de pétrole au monde, ce qui lui donne accès à de nombreuses ressources et autres, et qui a une alliance stratégique assez importante avec la Chine, a une influence.

Je pense donc qu'il y a une volonté de saper cette puissance régionale, car elle représente évidemment une menace importante pour l'hégémonie des États-Unis, qui s'exerce par l'intermédiaire de l'Arabie saoudite, qui serait en quelque sorte l'autre grande puissance de la région. Je pense donc que le désir fondamental est toujours de saper l'hégémonie iranienne, ou plutôt que l'hégémonie, la dispute iranienne pour l'hégémonie dans la région. Et puis il y a la question du pétrole.

Le fait est qu'en Iran, la situation est assez différente de ce que la plupart des gens pensent. L'Iran est un pays qui a encore une capacité de production pétrolière d'environ 4 millions de barils par jour, ce qui est beaucoup, ce qui le placerait au quatrième ou cinquième rang mondial des producteurs. Le problème de l'Iran est que depuis longtemps, ses puits, enfin les bons puits, les meilleurs puits, sont épuisés ou presque épuisés, ce qui fait que l'Iran extrait un pétrole de moins en moins bonne qualité, à tel point qu'il y a quelques années, l'Iran n'avait pas la capacité nécessaire avec ses raffineries, également en raison du fait que, à cause des embargos successifs des différentes administrations américaines, il n'a pas accès aux matériaux et au personnel spécialisé, ce qui fait que ses raffineries, par exemple, ne sont pas bien adaptées au type de pétrole extrait. À ce sujet, j'ai également fait une remarque que j'ai un peu laissée entrevoir dans le cas des États-Unis : les raffineries doivent être adaptées aux mélanges spécifiques d'hydrocarbures que vous utilisez, car nous parlons de pétrole, mais il s'agit de substances très différentes, avec des propriétés très différentes, et vous devez vous spécialiser dans le type de mélanges que vous allez traiter.

Il y a longtemps déjà, une partie importante du pétrole iranien ne pouvait pas être raffinée en Iran, car le pays n'en avait pas la capacité, pour toutes les raisons que j'ai évoquées : les sanctions, l'absence d'accès à la technologie et aux spécialistes. Cela les obligeait à exporter leur pétrole pour ensuite importer l'essence qu'ils utilisaient. Depuis longtemps, je pense, mais vous savez bien sûr qu'il n'est pas facile d'obtenir des informations sur l'Iran, ils bénéficient depuis longtemps du soutien de la Chine, ce qui fait que je pense que cette situation d'incapacité à s'adapter s'est inversée ces dernières années, mais je ne peux pas vous donner de données car je ne les connais pas, mais j'ai l'impression que ce problème qu'ils avaient s'est considérablement atténué à l'heure actuelle. Cependant, ce qui ne s'atténue pas, c'est le fait que les puits iraniens ont déjà atteint leur maximum d'extraction et qu'ils ne pourront pas se maintenir beaucoup plus longtemps aux niveaux actuels. Au contraire, dans les années à venir, la production va diminuer de plus en plus. Cela ne fait donc qu'exercer une pression économique supplémentaire sur l'Iran.

Un problème majeur auquel l'Iran a été confronté est celui du maintien des flux de revenus, car il ne pouvait pas raffiner le pétrole, ce qui lui faisait perdre de l'argent, car il l'exportait à l'étranger et devait ensuite importer de l'essence, sans compter cette situation de déclin que nous ne pouvons pas constater, car en raison des sanctions, l'Iran n'exploite pas tout le pétrole qu'il pourrait exploiter. Mais tout cela ne fait en réalité que saper sa capacité économique future, celle d'un pays de 90 millions d'habitants, très montagneux, assez aride, ce qui implique qu'il doit importer beaucoup de choses.

Bien sûr, au final, cela crée une situation économique délicate et, évidemment, pour les États-Unis, c'est un bonus, c'est-à-dire que si l'Iran tombe, il n'y aura plus de conflit pour l'hégémonie régionale et, en plus, ils auront accès au pétrole iranien, dont ils profiteront. Ne nous inquiétons pas, ils en feront bon usage pour servir leurs intérêts. Évidemment, la carte du pétrole est toujours jouée, mais je pense que le facteur qui détermine le plus l'attitude des États-Unis ici est le conflit pour l'hégémonie régionale.

Antonio, parlons maintenant du continent où vous vous trouvez, c'est-à-dire l'Europe. Je t'écoutais parler de cette stratégie impériale, qui consiste parfois à détruire, si l'on veut, l'industrie des pays, et je me disais : mais c'est ce qui arrive à l'Europe avec la destruction du Nord Stream, empêcher l'arrivée du gaz russe, tout le monde doit l'acheter aux États-Unis à un prix beaucoup plus élevé, je veux dire, c'est une situation presque inimaginable, que l'Europe n'a pas vue venir.

C'est très curieux, car voyons ce qui se passe, au fond, nous avons un monde où il y a de multiples périphéries, alors l'Europe est la périphérie des États-Unis, l'Afrique est la périphérie de l'Europe, l'Amérique latine est la périphérie, surtout des États-Unis, mais aussi de l'Europe, alors il y a de multiples métropoles, de multiples centres et de multiples périphéries. Que s'est-il passé ? À mesure que les choses se sont compliquées, l'Europe commence à subir les effets du fait qu'elle n'est pas le centre réel, mais un centre secondaire.

Et dans ce sens, eh bien, pour ce qui est du Nord Stream, on sait désormais parfaitement que ce sont les États-Unis qui l'ont fait sauter, comme on pouvait s'y attendre, car les Russes allaient le faire sauter et cela leur donnait un moyen de faire pression sur l'Europe, mais à l'époque, on ne pouvait pas le dire, car on vous traitait de tous les noms. Quoi qu'il en soit, il est vrai que cela a placé l'Europe dans une situation de faiblesse, mais il faut savoir que l'Europe continue d'importer beaucoup de gaz russe liquéfié, c'est-à-dire qu'elle continue finalement d'importer une quantité assez importante, peut-être entre 20 et 30 %, selon les mois, par le biais de méthaniers, selon une procédure beaucoup plus coûteuse, beaucoup plus compliquée et aussi plus dangereuse.

L'Espagne joue un rôle très important dans ce domaine, car elle dispose de 43 % de la capacité totale de gazéification de l'Europe, pour des raisons assez absurdes, ce qui fait que l'Espagne est devenue une sorte de plaque tournante pour la redistribution du gaz vers l'Europe. C'est pourquoi l'Espagne importe également beaucoup de gaz liquéfié des États-Unis et de Russie. Il y a donc là aussi une forte composante d'hypocrisie. Quoi qu'il en soit, cela a entraîné une augmentation du prix des matières premières pour l'Europe, ce qui s'est traduit par un effondrement de l'industrie européenne en général, et de l'industrie allemande en particulier.

En d'autres termes, l'industrie allemande est en plein déclin. Entre 2000 et 2020, environ 20 % de l'industrie allemande a été détruite, mais entre 2020 et 2024, 20 % supplémentaires ont été détruits. Il y a donc actuellement une crise très profonde, qui explique d'ailleurs le mécontentement social en Allemagne, la montée de l'extrême droite, etc., mais tout cela a évidemment une influence.

Et effectivement, l'Europe se retrouve dans un no man's land, car les États-Unis semblent de moins en moins intéressés par ses affaires européennes. L'Europe est trop loin, et l'attention des États-Unis, malheureusement pour vous, est trop centrée sur le continent américain, c'est une réédition de la doctrine Monroe. Et l'Europe, en ce sens, est un fardeau, car c'est un endroit vieillissant qui consomme beaucoup de ressources, et que peut-elle vraiment apporter sur le plan industriel ? Elle n'est plus la puissance technologique qu'elle était, évidemment, la Chine nous a dépassés depuis longtemps, tout comme les États-Unis. De ce fait, l'Europe n'est vraiment pas intéressante en ce moment, elle n'a pas non plus de ressources, et je pense que le plan consiste en quelque sorte à laisser l'Europe suivre son cours de déclin et d'agonie.

C'est très drôle, d'ailleurs, parce que vous voyez l'attitude des dirigeants européens et ici, c'est fondamentalement comme une personne, une dame âgée issue d'une bonne famille, mais qui a perdu son statut et qui doit mettre ses bijoux en gage pour continuer à vivre dans la misère. Eh bien, l'Europe, c'est ça, l'Europe est ce qu'elle est en ce moment, c'est-à-dire une personne issue d'une bonne famille, tombée dans la misère, qui continue à afficher ces attitudes d'orgueil, d'arrogance et de mauvais comportement, ne nous leurrons pas, qui l'ont caractérisée pendant de nombreux siècles. Je pense donc que l'avenir qui s'annonce pour l'Europe, s'il n'y a pas de changement radical d'attitude, sera assez sombre, d'autant plus que le fascisme est en pleine ascension ici, c'est-à-dire qu'on constate clairement une forte montée du fascisme dans tous les pays.

Je regrette beaucoup, Antonio, que nous n'ayons pas plus de temps pour discuter, le programme va être très chargé, mais j'aimerais, dans ce contexte que nous sommes en train d'expliquer, j'ai l'impression que cela faciliterait la réflexion de l'Europe sur une autre logique. Tu as écrit El futuro de Europa (L'avenir de l'Europe), qui traite justement de la compensation par la décroissance. Comment pourrions-nous résumer cela, en quelques mots, pour que les gens comprennent ta proposition ?

Écoutez, en fin de compte, la proposition de décroissance est une adaptation au fait que nous allons disposer de moins de ressources. Ici, nous avons surtout parlé du pétrole, mais il en va de même pour le gaz, le charbon, l'uranium et le cuivre, le cuivre qui est très stratégique dans tout le contexte, en Amérique latine, avec le lithium, avec tout en fin de compte. Il faut donc s'adapter à cela et nous allons mettre en œuvre la proposition de décroissance de manière démocratique et planifiée, en essayant simplement de proposer des solutions qui placent avant tout le bien-être des personnes, ce qui n'est malheureusement pas le cas de notre système économique.

Cela implique de faire les choses de manière beaucoup plus efficace. Dans tout le débat sur l'avenir de l'Europe, la majeure partie de la discussion porte sur le diagnostic de la situation, qui constitue environ un tiers du livre, et l'essentiel du livre traite de questions qui sont techniquement réalisables aujourd'hui pour faire les choses de manière plus efficace.

Que se passe-t-il ? Toutes ces choses conduisent à une réduction du métabolisme, à faire les choses plus lentement, mieux, bien, et une chose très importante est que l'Europe doit se tourner vers l'intérieur. L'Europe doit cesser d'essayer d'accaparer les ressources extérieures et doit apprendre à vivre avec ce qu'elle a, ce qui peut être beaucoup et lui permettre de bien fonctionner, sans avoir besoin, excusez-moi l'expression, de foutre en l'air la vie des peuples d'autres pays du monde, ce que l'Europe fait malheureusement depuis des siècles.

Techniquement, c'est donc possible, mais il faut un changement culturel et il y a quelque chose de très important, l'abandon du paradigme capitaliste selon lequel on peut croître à l'infini, car il n'y a rien de plus absurde que de penser qu'on peut croître à l'infini sur une planète finie. Tout cela est donc envisageable, tout cela est faisable, de nombreux éléments nous permettraient d'y parvenir, mais sans une transformation sociale et culturelle, qui est pour moi la chose la plus importante à l'heure actuelle, c'est impossible.

La proposition de la décroissance consiste justement à opérer ce changement culturel pour apprendre à vivre avec moins de matières, moins d'énergie, tout en conservant un niveau de bien-être élevé.

Excellent, Antonio, nous nous reverrons pour discuter plus en détail de la manière dont nous pouvons commencer à imaginer et à mettre en œuvre toutes ces questions. Je vous embrasse et vous remercie d'avoir été présent ici, à Continentes y Contenidos.



 

 

« La transition énergétique n'aura pas lieu car des intérêts économiques s'y opposent. »

La transition énergétique a des coûts cachés qui rendent le remplacement des énergies renouvelables très complexe, voire impossible. C'est l'avis d'Antonio Turiel, docteur en physique théorique et chercheur à l'Institut des sciences marines du CSIC. Il défendra cette thèse cet après-midi lors d'une conférence à l'Ateneu Jeunesse, organisée par l'Association Cinématographique du Camp de Tarragone et des Terres de l'Èbre (ACTE) et le Banc del Temps de Cambrils.

Intitulée « La transition énergétique : le coût caché », cette conférence sera présentée conjointement avec la docteure en droit de l'environnement et chercheuse au CEDAT, Aitana de la Varga. Antonio Turiel a été interviewé cet après-midi dans l'émission « El món de Cambrils » et, au cours de cet entretien, il a abordé certains des thèmes qu'il présentera lors de la conférence.

Le chercheur est convaincu que la transition énergétique vers les énergies renouvelables n'aura jamais lieu, car d'importants intérêts économiques font obstacle à ce changement de paradigme, même s'il est évident que le modèle actuel a ses limites.

Antonio Turiel a également affirmé que l'État espagnol n'est pas aussi dépendant de l'énergie électrique que « le public est censé le croire », car la production dépasse largement la consommation. Il a par ailleurs assuré que la consommation domestique n'est pas aussi importante qu'on le pense. Il en va de même pour la consommation industrielle, qui représente 60 % de la consommation, ou celle des transports et de la mobilité des marchandises.

C'est pourquoi le chercheur du CSIC estime que nous devons adopter des pratiques plus durables, modifier notre modèle de consommation et tendre vers une consommation plus faible.

Antonio Turiel a mis en garde contre les ressources limitées des combustibles fossiles (pétrole, charbon et gaz). Il a également rappelé que la production d'énergie nucléaire prendra fin d'ici moins de dix ans, car les entreprises ne souhaiteront pas supporter les coûts de rénovation ou d'amélioration des centrales. Un arrêt qui, pour le physicien, constituera un véritable problème en Europe.

https://www.radiocambrils.cat/news/antonio-turiel-la-transicio-energetica-no-es-fara-perque-hi-ha-interessos-economics-que-ho-impediran/

 

 

Le pic pétrolier avant 2030 ?....

Le concept de « pic pétrolier » a longtemps semé la peur chez les décideurs politiques, les entreprises et les consommateurs, comme un moment imminent où le monde extrairait les dernières gouttes d’or noir de la Terre, à l’image d’une paille pressant un milkshake jusqu’à la dernière goutte.

Cette idée a été popularisée dans les années 1950 par le géologue M. King Hubbert, qui prédisait que la production pétrolière américaine suivrait une courbe en cloche, atteignant son apogée à mesure que les gisements arriveraient à maturité et commenceraient à décliner.

Ces dernières années, le changement climatique a bouleversé la donne. Au lieu de craindre la pénurie, le débat porte désormais sur le moment où la demande atteindra son pic, à mesure que la transition vers les véhicules électriques et autres sources d’énergie propre progresse.

Parallèlement, les résistances politiques – des retards dans l’interdiction des moteurs à combustion aux réductions des subventions pour les voitures électriques – jettent le doute sur la véritable vitesse de cette transition énergétique.

Des experts partagés sur le moment où la demande diminuera

Deux points de vue opposés se dégagent quant au moment où la demande mondiale de pétrole commencera à décliner. L’Agence internationale de l’énergie (AIE), basée à Paris et représentant les principaux pays consommateurs de pétrole, prévoit une stabilisation de la demande autour de 102 millions de barils par jour (bpj) d’ici 2030.

Dans ses Perspectives énergétiques mondiales 2025, publiées le mois dernier, l’AIE part du principe que les gouvernements atteindront des objectifs ambitieux en matière d’énergie et de climat.

L’OPEP, quant à elle, adopte une perspective différente. Dans son dernier rapport à long terme, l’organisation de producteurs anticipe une croissance continue de la demande pendant des décennies et n’envisage pas de pic avant 2050, la consommation devant avoisiner les 123 millions de barils par jour d’ici le milieu du siècle.

Les deux organisations partagent cependant une préoccupation fondamentale : l’approvisionnement devient de plus en plus difficile à maintenir. L’OPEP estime que la forte croissance de la demande justifiera des investissements soutenus afin de garantir des réserves suffisantes pour les décennies à venir. L’AIE, en revanche, se montre plus prudente.

Le scénario du statu quo fait son retour

Sous la pression de l'administration Trump, l'AIE a réintroduit son scénario de politique actuelle, abandonné en 2020, qui repose sur la législation en vigueur et des tendances observables bien en deçà des objectifs climatiques.

Ce scénario prévoit un ralentissement de la croissance de l'offre après 2028, en raison du déclin de la production des pays non membres de l'OPEP, tels que les États-Unis, le Brésil, le Guyana et le Canada. L'approvisionnement deviendrait ainsi de plus en plus dépendant des pays membres de l'OPEP au Moyen-Orient, comme l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l'Irak.

Si les engagements climatiques ne sont pas respectés, la demande pourrait augmenter jusqu'à 113 millions de barils par jour (bpj) d'ici 2050, prévient l'AIE.

Pour Franziska Holz, directrice adjointe du département énergie, transport et environnement du DIW Berlin, le retour à ce scénario prudent est « positif » car il démontre que le monde « n'est pas en voie d'atteindre ses objectifs climatiques » et ne remplace pas suffisamment rapidement les énergies fossiles dans son bouquet énergétique.

Holz a ironisé en disant que « les Américains ne l'avaient probablement pas prévu » lorsqu'ils ont plaidé pour un retour à un scénario plus prudent.

Nouvelles découvertes de pétrole à un niveau historiquement bas

Concernant le pic pétrolier, les deux organisations pointent du doigt le même risque structurel : l'offre de pétrole n'est pas autosuffisante. Les gisements matures s'épuisent rapidement et, sans investissements constants, la production des gisements existants diminuera d'environ 8 % par an, comme l'a averti l'AIE le mois dernier.

Une production nouvelle considérable est nécessaire pour maintenir la stabilité de l'offre mondiale. Or, la plupart des dépenses servent à compenser le déclin des gisements vieillissants, et non à augmenter significativement les volumes.

Avec des découvertes à un niveau historiquement bas et une dépendance croissante aux schistes bitumineux et aux puits en eaux profondes – qui s'épuisent rapidement –, le secteur pétrolier s'efforce toujours plus de maintenir le statu quo.

Le physicien Antonio Turiel, chercheur spécialiste du pic pétrolier au Conseil supérieur de la recherche scientifique (CSIC) espagnol, affirme que l'essor de la fracturation hydraulique aux États-Unis – principal moteur de croissance hors OPEP – touche à sa fin. Les meilleurs sites de forage du bassin permien, au Texas et au Nouveau-Mexique, sont déjà épuisés, et le déclin s'accélère.

« Après 15 années intenses, nous arrivons au terme de la fracturation hydraulique », a déclaré Turiel à DW. « Nous pouvons maintenir l'illusion pendant encore un an ou deux, mais après, la chute sera fulgurante. »

Le pic pétrolier est-il imminent ?

Turiel estime que le monde approche du pic pétrolier bien plus vite que la plupart des organismes ne veulent bien l'admettre. Il souligne que 80 % des gisements pétroliers « ont déjà dépassé leur pic de production ».

Outre le pétrole de schiste, ajoute-t-il, le monde a trop dépendu de grands gisements géants vieillissants pour assurer sa stabilité, et leur phase de déclin la plus rapide est sur le point de commencer.

« Nous allons très probablement observer des baisses annuelles importantes – de l'ordre de 5 % – avant même 2030 », a-t-il déclaré. « Ensuite, nous pouvons nous attendre à une réduction du volume total extrait chaque année d'environ 50 % sur 20 ans. »

Turiel souligne qu'entre 2020 et 2025, en moyenne 3 milliards de barils de pétrole ont été découverts, soit douze fois moins que la consommation mondiale.

Bien que l'OPEP n'anticipe pas de pic pétrolier et que le scénario le plus pessimiste de l'AIE ne le situe pas avant 2050, le calendrier de Turiel est catégorique : « Très probablement en 2027 ; en tout cas, avant 2030. Voire plus tôt en cas de problèmes géopolitiques indésirables.»

Document complet ci-dessous :

https://momr.opec.org/pdf-download/res/pdf_delivery_momr.php?secToken2=1

https://www.puntoporpunto.com/noticias/lo-mas-reciente/texto-integro-aumento-la-demanda-mundial-de-petroleo-no-asi-los-yacimientos-del-hidrocarburo/

« Il est impossible que la transition énergétique réussisse. Nous allons gaspiller du temps et de l'argent. »...

 

— Comment résumeriez-vous les dangers que la transition énergétique nous fait courir ?

— Le modèle de l'électricité renouvelable industrielle a déjà montré ses limites, et les capitaux s'en détournent massivement. Mais, face à la raréfaction croissante du pétrole et du gaz, il est indispensable de trouver des sources d'énergie alternatives. Les investisseurs se tournent alors vers le biogaz et la biomasse, présentés comme des énergies vertes, décarbonées et renouvelables. Or, en réalité, ces énergies sont très polluantes, émettent d'importantes quantités de CO2 et leurs ressources sont limitées : leur exploitation massive entraînerait une telle dégradation de l'environnement que l'Espagne pourrait être dévastée en quelques décennies seulement.

— Les énergies renouvelables sont-elles la panacée qu'on essaie de nous vendre depuis quelques années ?

— L'électricité industrielle renouvelable ne fonctionne tout simplement pas, malgré tous les discours qui la présentent comme l'avenir et le progrès. La consommation d'électricité en Espagne est en baisse depuis 17 ans (avec quelques hausses suivies de nouvelles baisses), tandis qu'il devient impossible d'intégrer davantage d'énergies renouvelables au réseau.

Quant aux technologies clés censées faciliter la transition énergétique (principalement les voitures électriques et l'hydrogène vert), elles ont déjà montré leurs limites. Le système s'effondre et la seule solution proposée est le déploiement massif de batteries, très coûteuses. Or, si leur production était à grande échelle, les matières premières viendraient

à manquer. Tout cela est connu depuis des années, mais a toujours été ignoré.

– La panne de courant d'avril dernier en est peut-être la meilleure preuve. Avons-nous tiré des leçons de cette expérience ?

– Je pense que cette panne était davantage due à la cupidité et à l'incompétence : rien ne la justifiait techniquement. Le réseau électrique espagnol a une capacité suffisante pour éviter les pannes. D'ailleurs, depuis avril, le système d'exploitation amélioré, certes plus onéreux, a permis d'éviter que le problème ne se reproduise. Des leçons ont été tirées, mais la logique dominante reste celle du profit et d'une installation anarchique et incontrôlée. Désormais, la seule solution présentée comme une panacée consiste à installer de nombreuses batteries et centrales hydroélectriques à accumulation par pompage (comme celles prévues pour la région de La Cabrera ou Riaño). Ce ne sont que des solutions temporaires, car le véritable problème est que les changements nécessaires sont bien plus radicaux.

Ici à León, on parle beaucoup de chauffage urbain comme moyen d'utiliser la biomasse et, accessoirement, de déboiser nos forêts…

– Tout ce qui se dit est absurde du début à la fin, depuis le concept même de « déboisement » – car ce qu'ils entendent déboiser, ce n'est pas le sous-bois, mais bien le sol forestier, qui fait partie intégrante de l'écosystème et contribue notamment à retenir l'humidité : débroussailler les zones frontalières ou créer des pare-feu est une autre affaire, mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit – jusqu'au réseau de chauffage urbain lui-même : le chauffage urbain est inutile s'il est produit à partir de combustibles, car une grande partie de la chaleur se perd dans les canalisations, sous les rues, sans chauffer les logements. Là où cette méthode est utilisée, c'est pour exploiter la chaleur résiduelle d'une industrie, par exemple une aciérie ou une cimenterie, où la chaleur est un sous-produit et est donc utilisée au lieu d'être dissipée. Pour couronner le tout, l'idée d'utiliser la biomasse pour produire de l'énergie est barbare, car pour produire une quantité significative d'énergie, il faudrait exploiter les forêts (n'oublions pas qu'il s'agit d'écosystèmes et non de plantations) au-delà de leur capacité de régénération, ce qui les détruirait en quelques années seulement. Sans parler de l'impact environnemental de la disparition de la forêt et des émanations de sa combustion. Difficile d'imaginer quelque chose de plus absurde et d'horrible.

Et l'énergie solaire ? On parle beaucoup d'autoconsommation. Est-ce un bon pari ?

– Plutôt que d'autoconsommation, il faudrait privilégier les communautés énergétiques, une excellente idée qui permet de désengorger le réseau électrique à haute tension.

– Quel avenir voyez-vous pour la transition énergétique ? Sera-t-elle couronnée de succès ? Que faudrait-il changer pour y parvenir ?

– Aucun des modèles de transition énergétique proposés n’est viable ; nous allons perdre du temps et gaspiller énormément d’argent et de ressources. Pour une véritable transition, un changement de paradigme complet serait nécessaire, chose inimaginable pour l’instant.

Alfonso Martínez

03/01/2026

 

 

Le Venezuela et la crise du modèle impérial américain....

Chers lecteurs,

Avec l'enlèvement surprise de Nicolás Maduro aux premières heures du 2 ou 3 janvier 2026, Donald Trump a inauguré une nouvelle étape du déclin énergétique dans lequel nous sommes déjà plongés depuis deux décennies, depuis que la production de pétrole brut conventionnel a atteint son pic historique en 2005 et a entamé un lent déclin. Cette étape s'annonce particulièrement tumultueuse, car l'urgence de la pénurie énergétique fait tomber les masques et les pays révèlent leur vrai visage, dévoilant ce qu'ils sont prêts à faire pour préserver leur domination économique.

Ces dernières semaines, l'administration Trump a alimenté le discours selon lequel le Venezuela est une importante plateforme de trafic de drogue pour les États-Unis, accusant personnellement le président vénézuélien de ce trafic de cocaïne. Les actions américaines sont devenues de plus en plus agressives envers le Venezuela : d'abord, la destruction de navires de trafiquants de drogue ; puis la fermeture de l'espace aérien vénézuélien ; et enfin, la saisie de plusieurs pétroliers. Et maintenant, l'enlèvement de Nicolás Maduro et de son épouse dans son palais présidentiel de Caracas par une unité spéciale de l'armée américaine. En réalité, ce niveau d'agression et d'urgence est incompréhensible face à un problème qui perdure depuis des décennies et pour lequel le Venezuela n'est qu'un pays de transit, tandis que l'origine de la cocaïne se situe clairement en Colombie et en Bolivie.

De plus, il paraît étrange de personnaliser le problème en s'en prenant au président du pays, qui n'a probablement que peu ou pas de lien avec tout cela, et en tout état de cause, aucune preuve de son implication n'a été présentée. Et même s'il était impliqué, les relations entre pays ne se gèrent pas, et ne se gèrent d'ailleurs pas, en attaquant leurs représentants, pour de nombreuses raisons, notamment parce qu'une telle ligne de conduite a peu de chances de recueillir le soutien de l'opinion publique. L'action américaine constituait une violation flagrante du droit international et de la Charte des Nations Unies, et était totalement inopportune et injustifiable.

Mais toute cette question du trafic de drogue est rapidement passée au second plan lorsque Donald Trump est apparu devant les médias le 3 pour expliquer l'opération. Sans hésiter, Donald Trump a expliqué que les compagnies pétrolières américaines investiraient des milliards de dollars dans le secteur pétrolier vénézuélien afin de garantir, d'ici quelques années, une augmentation de la production pétrolière vénézuélienne, actuellement de 900 000 barils par jour, à 4 ou 5 millions de barils par jour (Mb/j). Dans son discours, le président Trump a prononcé le mot « pétrole » à 29 reprises, soit plus de deux fois plus que le mot « trafic de drogue », ne laissant aucun doute sur ses véritables intentions.

La clé de tout réside, bien sûr, dans la ceinture de l'Orénoque, une zone censée receler des réserves, estimées à 300 milliards de barils de pétrole (bien que le géologue Art Berman insiste sur le fait qu'il s'agit principalement des fameuses « réserves théoriques », datant de l'époque où l'OPEP gonflait ses chiffres, et qu'en réalité, il y aurait plutôt 100 milliards de barils, ce qui reste considérable).

La ceinture de l'Orénoque est une région du bassin du fleuve Orénoque, située entre 150 et 300 kilomètres de la côte, au cœur de la jungle et sur un versant escarpé. Elle borde au sud l'arc minier de l'Orénoque, qui recèle d'importants gisements de diamants, de nickel, de thorium et de nombreux autres minéraux stratégiques, comme l'or.

Dans la ceinture de l'Orénoque, on trouve du pétrole extra-lourd, un bitume aux caractéristiques similaires à celui extrait au Canada. Le Venezuela possède d'autres gisements de pétrole aux caractéristiques plus conventionnelles, notamment dans la baie de Maracaibo, mais ces gisements ont depuis longtemps atteint leur pic de production. La principale raison de la chute de la production pétrolière vénézuélienne, passée de 3,5 millions de barils par jour (Mb/j) à la fin du siècle dernier à moins de 1 Mb/j aujourd'hui, est précisément l'épuisement de ses puits en eaux peu profondes – et, de fait, le Venezuela a depuis longtemps dépassé son pic de production pétrolière.

Certes, les sanctions en vigueur et le ralentissement économique ont nui à l'industrie locale et celle-ci pourrait potentiellement produire davantage, mais il est tout aussi vrai que le seul moyen crédible d'accroître la production vénézuélienne est d'exploiter le pétrole extra-lourd. De fait, depuis de nombreuses années, la production de pétrole extra-lourd représente environ les deux tiers de la production pétrolière totale du Venezuela.

Semblable au bitume canadien, le pétrole extra-lourd de la ceinture de l'Orénoque est une substance très visqueuse et non fluide, semblable à du goudron. Son extraction est très complexe et coûteuse, encore plus qu'au Canada, car contrairement au Canada où les sables bitumineux affleurent, ceux de la ceinture de l'Orénoque sont enfouis à des centaines de mètres sous terre. Par conséquent, son extraction et son traitement directs, tels qu'ils se font au Canada (qui s'apparentent davantage à une exploitation minière), ne sont pas envisageables au Venezuela. La seule solution consiste à forer un puits dans lequel on injecte d'énormes quantités de vapeur pour liquéfier les boues bitumineuses, et simultanément, à partir d'autres puits auxiliaires, à injecter des gaz pour augmenter la pression et faire remonter les boues à la surface.

Une fois en surface, le bitume doit être lavé pour le séparer du sable. Mais encore une fois, il s'agit d'un produit similaire au goudron, qui ne s'écoule pas. On le mélange donc généralement à des huiles légères ou à de l'eau contenant des tensioactifs (la fameuse orimulsion) afin de pouvoir l'acheminer par pipeline vers les raffineries côtières ou le brûler dans des centrales thermiques. Pendant de nombreuses années, le Venezuela a importé du pétrole léger d'Algérie pour le mélanger à son bitume, car le pétrole extrait à Maracaibo ne suffisait pas à transporter tout le bitume produit dans la ceinture pétrolière de l'Orénoque.

C'est ainsi que l'on commence à comprendre l'intérêt des États-Unis pour le pétrole vénézuélien. Car, a priori, le Venezuela ne devrait pas être la cible prioritaire des Américains, étant donné la mauvaise qualité (et le très faible EROI) de la majeure partie de sa production pétrolière. De plus, les États-Unis sont aujourd'hui le premier producteur mondial de pétrole, avec 13 millions de barils par jour (Mb/j). Dès lors, pourquoi perdre du temps avec un pétrole de faible qualité provenant d'un pays dont la production devient de plus en plus marginale ?

Le problème majeur est que, malgré l'augmentation spectaculaire de la production américaine ces dernières années grâce à la fracturation hydraulique, le pétrole produit n'est pas de haute qualité. Sur les 13 millions de barils par jour (Mb/j) produits aux États-Unis, un peu plus de 4 Mb/j proviennent de puits conventionnels qui donnent un pétrole de bonne qualité, tandis que plus de 9 Mb/j sont du pétrole de schiste léger extrait par fracturation hydraulique. Ce pétrole est composé d'hydrocarbures à chaîne courte et son rendement est plus faible pour la production de diesel… au moment même où la production mondiale de diesel commence à rencontrer des difficultés.

En général, le pétrole de schiste léger produit environ deux fois moins de diesel que le pétrole conventionnel, ce qui entraîne une surproduction d'essence et une pénurie de diesel, compromettant la rentabilité des raffineries et créant un problème logistique majeur. Les États-Unis ont trouvé une solution simple à ce problème il y a des années : importer du pétrole extra-lourd provenant des sables bitumineux canadiens, qui peut être acheminé par pipeline après avoir été mélangé à la fraction plus légère de leur pétrole extra-léger issu de la fracturation hydraulique (dans un rapport de 2:1, soit deux fois plus de pétrole extra-lourd que de condensat léger).

De fait, les États-Unis ont adapté nombre de leurs raffineries pour traiter ce mélange, avec de bons résultats. Cependant, la production de pétrole extra-lourd du Canada a atteint son maximum depuis longtemps, à un peu plus de 4 millions de barils par jour (Mb/j), ce qui est largement insuffisant pour répondre aux besoins des États-Unis en matière de production de diesel et d'utilisation de leur pétrole léger de moindre qualité. N'oublions pas non plus que les États-Unis consomment 21 millions de barils par jour (Mb/j), ce qui signifie qu'ils doivent encore importer 8 Mb/j, soit 40 % de leur consommation.

C'est pourquoi le pétrole brut extra-lourd vénézuélien leur est si attrayant : il leur permettrait de rentabiliser leur production de pétrole de schiste et de résoudre leurs problèmes d'approvisionnement en diesel. Cela explique également l'urgence de la situation pour les États-Unis : la production mondiale de diesel oscille depuis longtemps entre 10 et 15 % en dessous du pic atteint entre 2015 et 2017. Le diesel est rare dans de nombreux pays (voir les problèmes en Bolivie, au Nigeria, ou même en Iran), et des pénuries ne tarderont pas à toucher les pays occidentaux.

L'intervention américaine au Venezuela présente un avantage supplémentaire : elle vise à évincer la Chine de ce qu'ils considèrent comme leur hémisphère, l'hémisphère occidental, dans le cadre d'une résurgence de la doctrine Monroe. Ce n'est probablement pas un hasard si, la veille de son arrestation, Maduro recevait l'envoyé spécial chinois à Caracas.

Mais en réalité, toute cette manœuvre américaine révèle au grand jour la faiblesse de son système impérial. Une action aussi précipitée, en violation aussi flagrante du droit international, est indigne d'un pays qui se présente comme un « garant de la paix » et un « phare de la démocratie universelle ». La manière brutale dont Trump a directement lié cette action au pétrole vénézuélien, sans même chercher à le dissimuler, a clairement montré que désormais, la précipitation est de mise et qu'il n'y a plus de temps à perdre. De plus, le succès de ce plan est loin d'être assuré. Il faut d'abord que les États-Unis obtiennent la soumission du Venezuela, ce qui est loin d'être certain.

Mais même si le Venezuela relâchait son emprise et laissait les compagnies américaines agir librement dans la ceinture de l'Orénoque, la complexité des opérations dans cette zone, avec la boue bitumineuse enfouie à des centaines de mètres de profondeur dans la jungle, sur un terrain accidenté, rend les coûts astronomiques. De plus, il faudrait transporter d'importantes quantités de pétrole de schiste depuis les États-Unis pour dissoudre le bitume et l'acheminer jusqu'à la côte. Il est peu probable que les compagnies pétrolières entreprennent une telle opération sans subventions publiques substantielles, ce qui obligerait les États-Unis à mettre en œuvre de nouvelles mesures génératrices de revenus, vraisemblablement imposées au reste du monde, afin de financer l'ensemble des opérations.

Les risques d'échec sont trop nombreux et, comme le souligne Art Berman, il faudrait au moins dix ans pour développer toutes les infrastructures nécessaires. Or, dix ans, cela paraît beaucoup trop long dans le contexte actuel. En pratique, le mieux que les États-Unis pourraient faire serait d'améliorer l'extraction sur les champs de Maracaibo et d'autres gisements conventionnels, et guère plus.

Quoi qu'il en soit, à moins d'une véritable révolution ou d'une guerre au Venezuela, il est peu probable que cela ait un impact sur le prix du pétrole. Le problème est trop localisé et le Venezuela n'est actuellement pas un acteur majeur sur le marché mondial. En réalité, les plus grands risques pour le marché pétrolier mondial, et en particulier pour l'Espagne, résident ailleurs : dans l'instabilité au Nigeria, les troubles croissants en Iran et les raffineries russes bombardées par des drones ukrainiens.

Pour conclure mon analyse, je dois exprimer ma surprise face à la façon dont certains des plus éminents industriels et magnats du pétrole du pays (tous des critiques acerbes et peu amènes à mon égard) ont jugé bon de proclamer haut et fort que le pétrole n'a que peu ou rien à voir avec ce qui se passe au Venezuela (malheureusement pour eux, quelques heures seulement avant la conférence de presse de Trump, il était clair que, bien sûr, le pétrole y est pour quelque chose). Dans leur amas d'arguments mal construits et encore plus mal pensés, ils insistent sur le fait que le triomphe du modèle d'Électricité Industrielle Renouvelable (EIR) rend le pétrole de plus en plus obsolète.

Malheureusement pour eux, les nombreuses contradictions internes de l'EIR provoquent l'effondrement du secteur, aussi stupides qu'ils s'obstinent à le nier. En 2026, nous verrons de nombreux promoteurs de projets solaires et photovoltaïques faire faillite et de nombreux projets être abandonnés. Il deviendra progressivement de plus en plus évident que l'Initiative pour les Énergies Renouvelables (IER) a échoué, qu'elle est morte. Mais ils persistent à crier avec obstination, même lorsque la réalité nous montre que, malheureusement, le pétrole reste le moteur du monde et que les préoccupations environnementales sont de plus en plus reléguées au second plan dans les agendas gouvernementaux.

Bien qu'il soit compréhensible qu'ils crient : leurs salaires en dépendent littéralement. Franchement, je les trouve pitoyables. J'espère qu'un jour ils reconnaîtront leur erreur et présenteront leurs excuses pour les dégâts considérables qu'ils ont causés.

Cordialement.

Antonio Turiel 05 01 26

https://crashoil.blogspot.com/2026/01/venezuela-y-la-crisis-del-modelo.html

 

 

 

Liquidation des excédents....

Chers lecteurs,

À l'approche de la fin de l'année 2025, il devient de plus en plus évident qu'un ajustement significatif du modèle de transition énergétique basé sur l'électricité industrielle renouvelable (EIR) en Europe, et plus particulièrement en Espagne, sera nécessaire..

Bien que cela ne soit jamais admis, le modèle EIR a échoué, et de façon spectaculaire. Cet échec s'explique par les raisons que nous exposons depuis des années et, dans le cas spécifique de l'Espagne, tout simplement parce que la consommation d'électricité continue de diminuer tandis que de plus en plus de systèmes de production d'électricité renouvelable sont installés. Le graphique ci-dessous, établi par le professeur Sergi Saladié de l'Université Rovira i Virgili, résume parfaitement la situation.

 

 

La courbe sépia représente les prévisions du Plan national intégré énergie-climat (PNIEC) espagnol. La courbe marron illustre l'évolution réelle de la consommation au fil des ans. Dès 2024, un écart de 20 % à la baisse était constaté entre les prévisions et la réalité, et la situation devrait s'aggraver en 2025, car, selon les données disponibles à ce jour, la consommation d'électricité aura encore diminué d'au moins 1 % cette année.

Nous n'allons pas nous attarder une fois de plus sur les raisons de cet échec. La principale cause réside, bien sûr, dans l'absence de technologies de pointe permettant la transition énergétique tant vantée : ni les voitures électriques ni l'hydrogène vert n'ont tenu leurs promesses. Parallèlement, la crise énergétique latente, notamment due à la pénurie mondiale de diesel et d'énergie abordable pour l'Europe, accélère la désindustrialisation du Vieux Continent et, par conséquent, le déclin de la consommation d'électricité. Il n'y a pas de transition, et il n'y en aura pas. Nous avons passé trop d'années englués dans l'indécision, les excuses et les demi-mesures, et comme dirait Churchill, nous entrons maintenant dans l'ère des conséquences.

Le programme NextGenerationEU s'achève le 31 décembre, emportant avec lui un important investissement, notamment en Espagne, pour soutenir la transition énergétique. Parallèlement, et plus particulièrement depuis la panne de courant du 28 avril, les producteurs d'énergies renouvelables peinent à atteindre le nombre d'heures minimum requis pour bénéficier du tarif de rachat. Nous avons déjà évoqué ce problème lorsque la première tentative du gouvernement de légiférer pour y remédier a échoué (un second décret a ensuite été publié à la hâte, avec apparemment une plus grande approbation des acteurs politiques).

À ces difficultés s'ajoute celle que rencontreront certains producteurs pour respecter leurs engagements contractuels de fourniture d'« énergie verte » aux grands consommateurs industriels, qui doivent justifier leurs émissions de CO2 sous peine de payer des quotas d'émission. En cas de non-respect de ces engagements, ils devront verser d'importantes indemnités.

Par ailleurs, il est clair que les nouveaux projets vont stagner. Le marché est inexistant, et ce depuis un certain temps. La rentabilité des projets n'est pas seulement incertaine : elle est certaine qu'ils ne seront pas rentables. Rien n'indique un changement de tendance de la consommation d'électricité, malgré la publicité intensive autour des centres de données, alimentée par l'essor de l'IA et visant précisément à donner l'impression inverse. Or, les données sont irréfutables : la consommation d'électricité continue de baisser. Et même si le marché devait se redresser, il faudrait plusieurs années pour absorber le surplus de capacité actuel.

Bien sûr, personne n'admettra que tout cela n'était qu'un bluff colossal. Personne n'admettra que la transition vers l'IRE (Initiative énergétique régionale) sera bloquée pendant plusieurs années, voire indéfiniment. De même, lors du sommet de Belém, l'UE et l'Espagne elle-même continuent de parler de l'objectif de ne pas dépasser 1,5 °C de réchauffement alors que les dernières données quotidiennes indiquent que nous sommes à 1,8 °C, et que sur les 365 derniers jours, nous sommes au-dessus de 1,6 °C. Les preuves ne seront pas reconnues, ni concernant le réchauffement climatique ni l'échec de l'IRE, car il n'existe tout simplement pas d'alternative. Nous devons maintenir ce discours car il n'y en a pas d'autre, du moins pas à un niveau officiel et politiquement acceptable.

L'année 2025 s'achèvera probablement par une crise majeure dans le secteur de l'électricité, avec la faillite de nombreux petits développeurs, producteurs et distributeurs. Cette situation permettra de réajuster le marché, mais ne lui permettra pas de reprendre son rythme antérieur. Pendant un certain temps, on aura l'impression que rien, ou presque, ne se passe concernant tous les projets déjà en cours, ayant fait l'objet d'appels d'offres ou attribués, et pour lesquels les financements nécessaires ont déjà été engagés.

Mais peu à peu, il deviendra évident que pratiquement aucun nouveau projet n'est lancé. L'essentiel du secteur se concentre désormais sur l'ajustement du système : introduction de batteries et leur intégration au mix énergétique lorsque les conditions sont favorables, projets de stabilisation (appelés pudiquement « améliorations du réseau »), projets d'hybridation (petits parcs d'énergies renouvelables avec batteries, assurant à la fois la production et la régulation de la stabilité), modernisation des parcs existants… et c'est à peu près tout : quelques nouveaux projets occasionnels, mais loin du nombre considérable observé actuellement.

L'indice des énergies renouvelables (IRE) ne disparaît pas, mais il va se réduire considérablement au cours des deux prochaines années. Le volume d'activité sera nettement inférieur à celui des dernières années, tout comme la charge de travail. Il n'y aura pas assez de travail pour autant d'ingénieurs, et les licenciements deviendront la norme.

Il y a trop d'ingénieurs, oui. Et trop de porte-parole.

Tous ces gens qui font activement pression pour le modèle REI depuis des années, très actifs en communication, avec des contacts dans les médias et un fort pouvoir d'influence. Ceux qui m'ont harcelé, ainsi que tous les autres universitaires qui ont tenté d'expliquer ces inepties. Les personnes et les organisations chargées de promouvoir le modèle REI vont désormais devenir superflues. Maintenant que le modèle REI va passer au second plan, l'intensité de sa promotion devra être adaptée à sa nouvelle réalité.

Ces dernières semaines ont été marquées par des démonstrations grotesques d'impuissance de la part du mouvement pro-REI. Certains tentent de contrer les mauvaises nouvelles, notamment celles que je publie sur les réseaux sociaux (même si mes interactions sont désormais moins fréquentes), par des arguments de plus en plus absurdes (comme l'augmentation de la capacité photovoltaïque installée en 2025, alors qu'elle est totalement inutile).

D'autres persistent dans leur croisade en faveur de l'énergie renouvelable, ignorant qu'elle est déjà morte : récemment, un journal local a publié les résultats définitifs de Biopaís, un projet scientifique financé par la Fondation pour la biodiversité, qui quantifie sans équivoque l'impact environnemental énorme et inacceptable qu'aurait un parc éolien dans la baie de Roses. Mais, pour compenser ce revers, il oppose ces résultats à un tract de propagande d'une association non scientifique qui cherche à promouvoir l'énergie renouvelable à tout prix en Catalogne, et qu'elle présente comme « une autre étude scientifique ». Une telle manipulation flagrante et grossière est frappante par son absurdité même, mais malheureusement, ce journal, largement influencé par les intérêts de la REI (République de Catalogne), nous y a habitués.

Ce regrettable incident m'a rappelé ce qui s'est passé il y a quelques années, lorsque nous avons abordé cette même question devant le Parlement catalan. Outre la manipulation médiatique éhontée (le communiqué de presse reprenait l'opinion de l'entreprise, omettant complètement mes remarques), nous avons dû subir le comportement cynique, partial et lamentablement inadéquat de l'actuelle ministre de l'Éducation, qui a opposé nos études scientifiques aux travaux de l'entreprise (« les autres scientifiques », comme elle les a appelés) et nous a qualifiés avec mépris de « plus activistes que scientifiques » (outre l'évidente fausseté de cette affirmation, il est troublant qu'une personne appartenant à un parti se réclamant de la gauche puisse considérer le mot « activiste » comme péjoratif). Autrement dit, pour ces gens-là, nous sommes toujours englués dans la même vieille misère. Ils ignorent cependant que les chèques cesseront d'arriver.

Par ailleurs, on m'a récemment fait remarquer qu'un bon nombre de ces personnes (et j'insiste sur le mot « nombreuses » : faites vos recherches et vous le constaterez sans l'ombre d'un doute) sont, ou ont été, financées par la Fondation européenne pour le climat, une organisation qui paraît respectable (après tout, le mot « climat » figure dans son nom) jusqu'à ce qu'on découvre que l'un de ses premiers financeurs est la Fondation Rockefeller. La Fondation Rockefeller a parfaitement le droit de financer ce qu'elle souhaite, mais il est indéniable qu'elle a probablement un parti pris inévitable dans ses objectifs. Comme le dit Juan Bordera aux partisans de REI qui prétendent la défendre pour des raisons environnementales : « Si vos intérêts coïncident avec ceux d'Iberdrola, vous devriez vous faire examiner. »

Mais comme nous l'avons dit, c'est terminé. Il y a un surplus de lobbyistes du secteur de l'énergie renouvelable. Il est temps de s'adapter. Que vous le vouliez ou non. Que vous l'acceptiez ou non.

Certains resteront un groupe de lobbying central du secteur, à une échelle réduite, adaptée à la nouvelle ère de l'énergie renouvelable.

D'autres, plus cyniques et opportunistes, sauteront dans le train en marche des énergies renouvelables (comme certains le font déjà), vantant les mérites du biogaz et des gaz renouvelables, et introduisant déjà l'abomination de la biomasse. Ce sont deux aberrations abominables, dont nous avons déjà parlé et dont nous continuerons de parler fréquemment dans les années à venir.

Quant aux autres, il vaut mieux trouver un autre emploi. Il y a trop d'idiots utiles.

Merci pour vos services, mais vous pouvez rentrer chez vous.

À bientôt.

Antonio Turiel 03 12 25

 

Perspectives énergétiques mondiales 2025 : Tenter de concilier deux visions contradictoires....
 
.Chers lecteurs,
 
Le 12 novembre, soit un mois plus tard que d’habitude ces dernières années, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a publié son rapport annuel, les Perspectives énergétiques mondiales (PEM). Ce retard est apparemment dû à la réintroduction du scénario de politique actuelle (statu quo), abandonné il y a quelques années précisément parce que personne ne pouvait accepter la poursuite de la trajectoire autodestructrice de notre civilisation. Cependant, sous la pression des États-Unis, ce scénario est réintroduit, mais au détriment du scénario STEPS (Scénario des politiques déclarées), qui constituait depuis des années notre unique point de référence. Ce dernier part du principe que les politiques censées être mises en œuvre sont en réalité démantelées et qu’il est impératif de faire le point sur notre avenir si nous continuons à accélérer le rythme. De fait, le scénario des politiques annoncées (SPA) disparaît complètement. Il s'agit d'un revers regrettable, d'autant plus que ce rapport a été publié la même semaine que le début de la COP30, la conférence des Nations Unies sur les changements climatiques déjà peu convaincante. Comme chaque année, nous analyserons ci-dessous les aspects les plus pertinents du WEO 2025.
 
Comme toujours, ma première recherche a porté sur le mot « pic ». Il apparaît 225 fois dans ce document, mais, étonnamment, il ne fait jamais référence au pic de production d'une matière première. Contrairement aux années précédentes, où ce phénomène s'était déjà produit, c'est cette fois-ci une surprise, compte tenu de la publication récente, en septembre, d'un rapport spécial de l'AIE sur le pic de production de pétrole et de gaz, dont nous avons déjà parlé sur ce blog. Pourtant, pour le rapport annuel, ce fait a été complètement ignoré. Il est clair que le WEO de cette année n'est qu'un document destiné à apaiser un pouvoir en place, notamment aux États-Unis, qui refuse de voir la vérité en face.
 
Ce rapport WEO2025 compte 519 pages, ce qui le rend plus long que le rapport concis de l'année dernière, mais considérablement plus court que les WEO précédents. Il est structuré en 3 parties et 8 chapitres :
 
1. Aperçu et principales conclusions
 
2. Définition des scénarios
 
3. Scénario de politique actuelle (CPS)
 
4. Scénario de politique déclarée (STEPS)
 
5. Implications des scénarios CPS et STEPS
 
6. Garantir l'accès à l'énergie pour tous
 
7. Zéro émission nette d'ici 2050
 
8. Analyses régionales
 
Il est intéressant de constater que le scénario zéro émission nette est complètement dissocié des autres dans la section « Analyse des objectifs ».
 
Avant d'aborder l'analyse des chapitres eux-mêmes, j'aimerais souligner certains concepts présentés dans le résumé.
 

Ce résumé commence par cette phrase : « Dans un monde instable, la sécurité énergétique est primordiale.» C'est précisément ce que nous disons depuis des années : dans les débats sur l'énergie, l'attention se déplacera progressivement des questions environnementales vers la sécurité d'approvisionnement. Et, comme nous pouvons le constater, cette question prend de l'importance au fil des ans, à mesure que les difficultés liées au maintien des approvisionnements énergétiques deviennent plus évidentes. Le texte poursuit : « Les menaces urgentes et les risques à long terme placent l’énergie au cœur des enjeux économiques et de sécurité nationale. L’énergie est au centre des tensions géopolitiques actuelles, les risques liés à l’approvisionnement en combustibles traditionnels étant désormais aggravés par les restrictions affectant les matières premières critiques. Le secteur de l’électricité est de plus en plus vulnérable aux attaques.»

En bref, difficile d’être plus clair. Le texte ajoute que, malgré les difficultés, il existe un excédent de pétrole (ce qui est vrai, principalement dû à une faible demande), que le système commercial actuel est menacé (évidemment, avec le déclin du dollar comme monnaie de réserve), et que l’enthousiasme pour la limitation des émissions de CO2 diminue alors même que les risques climatiques s’aggravent.

Le reste du résumé développe ces idées : la nécessité de construire un système résilient, la demande énergétique sans cesse croissante et le fait que l’ère de l’électricité est déjà là (un point très discutable compte tenu de la stagnation de l’électrification dans les économies les plus avancées). Et bien sûr, l’intelligence artificielle (la dernière bulle spéculative) entraînera une augmentation inexorable de la consommation d’électricité.

Du point de vue de l’offre, on nous annonce une forte hausse de la production d’électricité renouvelable, notamment grâce au photovoltaïque, et le retour en force de l’énergie nucléaire (deux affirmations mensongères, mais peu importe ; il est trop tôt pour que l’AIE reconnaisse cette vérité déplaisante).

Passons maintenant à l’analyse critique des chapitres de ce rapport WEO 2025. J’exclus les trois derniers, car ils ne me semblent pas contenir d’informations pertinentes.

1. Aperçu et principales conclusions

Selon le WEO, les deux principaux scénarios (CPS et STEPS) correspondent à des rythmes d'adoption technologique différents. Par conséquent, bien que la consommation de combustibles fossiles reste élevée, voire augmente, dans les deux scénarios, elle évolue à des rythmes différents. Le scénario CPS prévoit un réchauffement de +3 °C d'ici 2100, tandis que le scénario STEPS prévoit +2,6 °C. Force est de constater que les deux scénarios sont alarmants, mais ils sous-estiment probablement la tendance actuelle du déséquilibre radiatif de la planète. La conclusion la plus significative est que même dans le scénario « Zéro émission nette en 2050 » (NZE), le réchauffement atteindrait +1,65 °C d'ici 2050, avant de commencer à diminuer grâce aux technologies de captage du CO₂ atmosphérique. Des technologies dont nous ne disposons pas actuellement, ce qui repousse le problème à une date relativement lointaine et nous évite d'avoir à affronter la catastrophe que nous sommes en train de créer, même dans le meilleur des cas…

Le reste du chapitre est plutôt aride. Le rapport aborde, par exemple, l'augmentation de la consommation d'énergie et de la demande d'électricité dans les deux scénarios, CPS et STEPS, l'essor de l'IA, le ralentissement économique dû à la COVID-19… Autant de généralités sans grande substance. Ce qui est clair, en revanche, c'est l'énorme différence dans l'évolution de la consommation de pétrole et de gaz. Alors qu'elle diminue dans STEPS, elle augmente dans CPS (comme si le rapport de septembre n'avait jamais été publié ! Une fois de plus, il est évident que CPS a été inclus à contrecœur). Pourquoi s'obstinent-ils à affirmer que la consommation de charbon diminuera si rapidement, alors que tout indique le contraire (à savoir qu'elle sera la dernière à décliner), reste un mystère pour moi.

Il aborde ensuite la question des émissions, puis présente les courbes illustrant l'évolution de la température de la planète. Celles-ci sont extrêmement préoccupantes car elles montrent déjà des augmentations très importantes dans tous les scénarios, qui seront encore plus marquées étant donné que le déséquilibre radiatif de la planète est bien plus important que prévu .

La section suivante présente de nombreux arguments très controversés sur l'évolution énergétique, mais ils sont généralement peu intéressants, principalement en raison du discours sensationnaliste et excessif qui entoure la prétendue « ère de l'électricité ». L'un des rares points positifs est ce graphique montrant le pourcentage du principal producteur de minéraux stratégiques raffinés. La Chine domine largement.

On trouve des commentaires inquiétants sur la possibilité de convertir le charbon en gaz naturel (un processus très inefficace et polluant), ainsi qu'un graphique particulièrement amusant qui montre clairement où se dirige le modèle industriel de l'électricité renouvelable : une comparaison entre la production et la capacité productive de certains secteurs industriels associés à l'IRE.

Prenons par exemple les attentes excessives en matière d'investissement dans différentes sources d'énergie : le pétrole est déjà coûteux à entretenir, et l'on prévoit des investissements encore plus importants dans les énergies renouvelables. C'est irréaliste, d'autant plus que les subventions accordées aux énergies fossiles au profit d'autres secteurs diminuent progressivement.

2. Définition des scénarios

Cette section s'ouvre sur une longue note d'auto-justification expliquant la présentation de scénarios si radicalement différents et divergents, au point que les deux principaux, CPS et STEPS, sont totalement contradictoires. Les auteurs invoquent la volatilité actuelle, les changements de politique, l'incertitude… Et ils ont raison : à l'heure actuelle, il est très difficile de prévoir l'avenir, même à court terme.

Ici, les scénarios à utiliser sont également définis plus précisément

 : Scénario des politiques actuelles (SPAC) : Ce scénario se caractérise par l’absence de nouvelles mesures ; les politiques existantes sont maintenues et, lorsque des objectifs sont proposés, ce sont les plus prudents qui sont retenus. C’est ce que les gouvernements préfèrent faire, ne nous leurrons pas, et c’est pourquoi Donald Trump a milité pour son retour.

Scénario des politiques annoncées (SPA) : Dans ce scénario, les politiques annoncées sont effectivement mises en œuvre avec des objectifs raisonnables. Il s’agit d’une version plus modérée du SPAC, moins réactionnaire, mais sans véritable engagement non plus.

Scénario Zéro émission nette d’ici 2050 (NZE) : Scénario dont l’objectif est de ne pas dépasser 1,5 °C de réchauffement climatique. Contrairement aux années précédentes, il est admis que nous ne pourrons pas éviter de dépasser ce seuil de réchauffement (en fait, on prévoit qu’il atteindra +1,65 °C d’ici 2050), mais on suppose que la température diminuera par la suite grâce à la mise en œuvre massive de technologies qui nous font actuellement défaut. Scénario d'accélération des services de cuisson propre et d'électricité (ACCESS) : Un scénario de remplissage rarement mentionné dans le rapport, et jamais utilisé pour expliquer les tendances générales. Il vise à atténuer la culpabilité liée à l'inaction face à l'un des plus grands défis de l'humanité : le changement climatique. Ce scénario aborde les inégalités mondiales d'accès à l'électricité et vise un certain degré de justice sociale. Plus improbable que de lancer un dé à trois faces.

Concernant la modélisation économique, comme toujours, elle est distincte de la modélisation énergétique, qui l'utilise comme un mécanisme de contrainte. On suppose que le PIB mondial augmentera en moyenne de 2,6 % par an jusqu'en 2050, et, indépendamment de la faisabilité de cette prévision, les scénarios énergétiques doivent s'y adapter. Quant à la population, elle devrait atteindre 9,6 milliards d'habitants en 2050, un chiffre légèrement inférieur aux années précédentes. Concernant le prix du pétrole, il ne devrait pas dépasser 106 $ le baril dans le scénario CPS, 80 $ dans le scénario STEPS et 33 $ dans le scénario NZE.

En revanche, les prix des technologies vertes continueront de baisser car il n'y aura aucun problème d'approvisionnement en matériaux et le progrès technologique se poursuivra sans relâche.

Un chapitre plutôt fade, en résumé, compte tenu du nombre de points intéressants qui auraient pu être abordés.

3. Scénario de politique actuelle (CPS)

En gros, aucune hausse de la demande n'est prévue pour le pétrole et le gaz, mais une hausse est attendue pour le charbon.

Il convient de noter le rôle des énergies renouvelables, qui devraient dépasser le pétrole d'ici 2050, même dans ce scénario très défavorable à la transition énergétique : Ce déploiement reposera bien entendu principalement sur l'énergie photovoltaïque.

Il semblerait que l'AIE ignore le déclin massif des investissements dans l'énergie solaire à l'échelle mondiale (dans quelques mois, avec la fin de NextGenerationEU, ce sera un véritable carnage). On parle aussi d'un regain d'intérêt pour le nucléaire, même si, comme le montre le graphique, sa contribution totale reste modeste (dans ce rapport sur les perspectives économiques mondiales, le mot « uranium » est mentionné quatre fois et l'importance des projets miniers est soulignée, sans toutefois aucune prévision quant à l'évolution de leur extraction). L'AIE nous annonce également l'expansion prévue des lignes électriques, ce qui est ironique compte tenu des graves problèmes de maintenance que connaît déjà le réseau actuel. Rien de bien méchant : on ajoutera simplement quelques millions de kilomètres dans les pays les plus développés et des dizaines de millions de kilomètres dans les autres.

Le reste du chapitre aborde la consommation par secteur, mais une analyse plus approfondie de l'élément le plus critique – l'approvisionnement énergétique plutôt que sa consommation – fait cruellement défaut. Bien entendu, aucune discussion n'est menée sur les différentes sources de « tous les liquides de pétrole » ou de gaz – contrairement au charbon, qui est brièvement évoqué – si bien que l'on se limite à de simples discussions sur l'utilisation des ressources supposées disponibles. Globalement, ce chapitre se distingue par sa superficialité, comparé aux prévisions énergétiques des années précédentes.

4. Scénario de politique déclarée (STEPS)

Ici, toutes les énergies fossiles atteignent leur pic de production dans les années à venir, puis amorcent leur déclin : progressif pour le pétrole et le gaz, rapide pour le charbon. À l’instar du CPS, la production d’énergie nucléaire double et celle des énergies renouvelables se développe encore plus vite dans le STEPS.

Le reste du chapitre est encore plus aride que celui consacré au CPS ; il s’attarde principalement sur la consommation d’énergie et très peu sur les moyens de l’obtenir, ce qui est plutôt surprenant compte tenu de l’importance accordée à la sécurité énergétique dès la première phrase de ce WEO.

Cela nous donne une légère indication de l'origine du pétrole, mais seulement en pourcentage, pas en valeur absolue. La légère augmentation en pourcentage de la production de pétrole conventionnel terrestre autour de 2050 ne s'explique pas par une augmentation de la production elle-même, mais par un déclin plus rapide des autres sources d'ici là. C'est assez curieux.

Cependant, le potentiel énorme du biogaz et de la biomasse, notamment en Europe, fait l'objet de nombreux débats, ce qui est extrêmement préoccupant, car je suis convaincu que cela constituera la prochaine bulle des énergies renouvelables.

5. Implications des CPS et du programme STEPS

Ce chapitre est quelque peu complexe, mais il aborde des points intéressants.

C'est ainsi que l'AIE explique qu'elle doit présenter deux scénarios pour couvrir l'ensemble des prévisions, et ce, avec une certaine modération ; de ce fait, son scénario CPS n'est pas le plus favorable aux énergies fossiles, et son scénario STEPS ne prévoit pas la baisse la plus marquée de la production de pétrole et de gaz. Il est intéressant de noter que les scénarios les plus pessimistes émanent précisément des compagnies pétrolières et gazières.

Par ailleurs, cela nous rappelle ce que nous avons déjà évoqué dans l'article consacré au rapport de septembre : un investissement massif est nécessaire pour satisfaire la demande future de pétrole et de gaz, et pour que de nouveaux gisements apparaissent effectivement en grand nombre (ce qui est fort improbable). Rappelons-nous que ces dernières années, 90 % des investissements en amont ont servi à maintenir la production existante, et seulement 10 % à l'accroître.

La dépendance de la Chine ne se limite pas aux matériaux ; elle s'étend également à la technologie.

S’ensuit une discussion sur le rôle de l’intelligence artificielle, un peu superficielle à mon goût, puis nous découvrons cette belle prédiction concernant le degré de pénétration de l’électricité par rapport à la consommation énergétique finale totale, qui sert de base pour justifier l’affirmation selon laquelle nous entrons dans l’ère de l’électricité :

Nous allons donc passer de 21 % actuellement à 28 % en 2035. Ce n'est pas mal, mais il y a un monde de différence entre cela et parler d'« ère de l'électricité », surtout si l'on considère que dans les pays développés, ce pourcentage stagne depuis des décennies (et n'atteint généralement même pas 28 %). Il s'agit donc plus d'un vœu pieux que d'une réalité.

S'ensuit une section consacrée à l'impact des événements extrêmes sur les systèmes de production d'électricité. Comme le souligne Carlos de Castro, l'un des problèmes des énergies renouvelables est leur dépendance aux conditions environnementales, puisqu'elles y puisent leur énergie. Or, ces conditions peuvent parfois être particulièrement difficiles.

Plus intéressant encore, ils ont évalué les risques que représentent les orages de grêle pour les panneaux photovoltaïques. Les États-Unis et l'Europe obtiennent de très mauvais résultats à cet égard.

 

 

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
Un autre effet du changement climatique est l'utilisation accrue de la climatisation (pour ceux qui en sont équipés et qui peuvent se permettre la facture d'électricité, bien sûr), et par conséquent une augmentation significative de la consommation d'électricité est à prévoir
 
Résumé :
 
Ce rapport sur les perspectives énergétiques mondiales (WEO) est assez étrange et inégal. Certaines parties sont clairement bien développées et, surtout, logiques, tandis que d'autres semblent superflues. Le chapitre le plus intéressant est le chapitre 5, intitulé de façon surprenante « Implications pour les systèmes cyber-physiques (CPS) et le programme STEPS », qui poursuit en réalité la discussion sur la sécurité énergétique du WEO 2024. C'est le seul chapitre qui apporte des précisions importantes sur les limites des scénarios proposés et offre une vision plus réaliste de la situation. Les autres chapitres sont manifestement incomplets, notamment celui consacré aux CPS, qui semble avoir été ajouté à la dernière minute. L'intégration forcée des CPS, qui remplace également les systèmes de production d'énergie alternatifs (APS) des éditions précédentes, donne au WEO un aspect décousu et quelque peu incohérent, d'autant plus que l'AIE a été contrainte de déclarer que les CPS et le programme STEPS sont tous deux ses scénarios de référence (ce qui contredit la pratique habituelle d'établir un scénario de référence unique). Le programme STEPS était la tentative de l'AIE de rendre acceptables les changements inévitables de notre système énergétique dus au déclin énergétique, en faisant preuve d'un optimisme technologique démesuré. CPS est une crise de colère, un accès de rage d'un enfant capricieux qui croit que STEPS a été proposé par souci de l'environnement et d'optimisme écologique, et qui propose donc un scénario différent : une croissance et une consommation sans limites. L'AIE a tenté d'en atténuer quelque peu la portée, mais son absurdité reste manifeste : si STEPS était déjà irréaliste, CPS est une aberration complète.
 
L'échec de la nouvelle politique énergétique (WEO) est le fruit de décennies d'aveuglement. Pendant des années, nous avons persisté à croire que le pic de la demande était imminent, qu'une transition énergétique et technologique était inévitable, que le capitalisme pouvait se maintenir tel quel et que tout était sous contrôle. Or, les faits démontrent désormais l'impossibilité de telles hypothèses, et au pire moment, nous subissons ce revers face à la dure réalité : la mise en place d'une politique énergétique critique (CPS). L'AIE ferait bien de réagir rapidement et de redresser la situation, car avec la montée du populisme et du radicalisme à travers le monde, si elle ne clarifie pas rapidement notre position, l'OCDE pourrait la démanteler, la jugeant inutile.
Dès lors, il sera véritablement difficile de savoir où nous allons.
 
Cordialement.
 
Antonio Turiel

« La décroissance est l'opposé de l'appauvrissement ».......

« La croissance est l'idéologie des tumeurs. » Cette citation d'Edward Abbey résume parfaitement ce qu'Antonio Turiel explique, données et analyses à l'appui, sur la crise de durabilité du XXIe siècle. Ce scientifique renommé a clairement affirmé lundi dernier à l'Université de León que le mantra de la croissance économique est « stupide » et appauvrit, en particulier, les jeunes générations. Turiel, chercheur au Conseil supérieur de la recherche scientifique (CSIC) à l'Institut des sciences marines de Catalogne, participait au 18e Cours de sensibilisation scientifique et culturelle organisé par l'Université de León et la Fondation Carolina.

— Le diagnostic de la crise s'aggrave-t-il ?

— Depuis que nous avons commencé à diagnostiquer la crise écologique, la crise des ressources et la crise sociale — tout ce qui est lié à la crise de durabilité —, le diagnostic ne s'est ni aggravé ni amélioré. Les problèmes de fond demeurent les mêmes et, malheureusement, comme on pouvait s'y attendre, cela n'a rien de surprenant ; le pire, c'est l'absence de réaction. Mais toute chose évolue à son propre rythme, et nous parlons ici de processus historiques.

— Comment faire comprendre aux générations futures que la décroissance est la voie à suivre ?

— La décroissance n'est ni une option, ni même une question d'éthique. Elle est inévitable face à la raréfaction des ressources énergétiques et matérielles, conséquence directe de la réalité physique du monde dans lequel nous vivons. Si demain l'extraction du cuivre est suspendue au Chili en raison de la situation sur place, ou si le Nigeria connaît une pénurie de diesel à cause des éruptions volcaniques, personne ne nous demandera si nous souhaitons en avoir moins. Nous en aurons moins, point final.

Nous constatons déjà des problèmes d'approvisionnement dans de nombreuses régions, et l'inaction, conjuguée à la poursuite de la croissance économique, ne fait qu'appauvrir la population. La décroissance est l'antithèse de l'appauvrissement, et c'est précisément l'inaction qui nous appauvrit. Nous ne parvenons pas à voir la réalité des jeunes. Dans les grandes villes, nous assistons à une gentrification et à une explosion des prix des loyers. Les jeunes n'envisagent plus de posséder une voiture, ni même de fonder une famille, car ils ne peuvent se le permettre avec des emplois précaires, des salaires bas et le coût élevé de l'alimentation et de l'énergie.

S'obstiner à maintenir ce modèle à tout prix appauvrit les jeunes. La solution de la décroissance est de leur dire : je ne vous offre pas une vie d'abondance, mais je vous offre une vie digne, avec un logement décent, un travail décent et la possibilité de fonder une famille si vous le souhaitez.

« Maintenant, ils se concentrent sur les centres de données, des infrastructures qui consomment énormément d'énergie et d'eau et ne génèrent aucune activité économique. »

— Les économies les plus puissantes d'Europe ont décidé de se tourner vers les énergies fossiles. Quelles sont les conséquences de cette transition ?

— En Europe, le désespoir règne car le modèle de transition basé sur les énergies renouvelables est en train d'éclater. C'est une bulle spéculative qui touche à sa fin. Les grands fonds d'investissement se désengagent des énergies renouvelables depuis un certain temps, et d'ici la fin de l'année, les entreprises subiront des pertes considérables et seront incapables d'honorer leurs contrats. L'Espagne dispose de 130 gigawatts de capacité électrique installée, provenant de sources renouvelables et non renouvelables, mais sa consommation moyenne n'est que de 26,5 gigawatts, avec des pics à 41 gigawatts en hiver et en été. Le déséquilibre est abyssal : la consommation moyenne n'atteint même pas un cinquième de la capacité installée, et le pays envisage d'en installer 30 GW supplémentaires.

Les voitures électriques ont leur marché de niche, mais elles ne sont pas accessibles à tous. L'hydrogène vert est un vecteur énergétique, mais il est dangereux et engendre des pertes importantes car il ne s'agit pas d'une source d'énergie ; il doit être produit. Les centres de données sont des infrastructures très énergivores et consommatrices d'eau, sans générer d'activité économique, car elles ne sont rentables que si elles s'appuient sur un modèle économique viable.

Nous assistons aux derniers soubresauts de cette bulle, et l'Europe se tourne vers les énergies fossiles, seules options viables à ses yeux. Mais ces ressources s'épuisent, comme l'a reconnu l'Agence internationale de l'énergie il y a trois semaines : nous avons un problème avec le pétrole, et dans les années à venir, nous entrerons dans un processus de déclin irréversible. La seule option qui reste à l'Europe est de tenter de s'emparer des ressources nord-africaines par la force, au moyen de guerres coloniales qui seraient un désastre, sans parler de l'immoralité profonde qu'elles impliqueraient.

L'Europe se détourne du progrès car elle est à la traîne ; elle est en proie à une grave récession, car elle n'est plus compétitive, et parce que, dans ce modèle économique, il n'existe aucune alternative aux énergies fossiles, or celles-ci s'épuisent et engendrent un problème environnemental. Ce modèle capitaliste touche à sa fin, et il est insensé de persévérer dans cette voie inflationniste de croissance perpétuelle.

Comme l'a dit le biologiste Edward Abbey : « La croissance pour la croissance est l'idéologie d'une tumeur.»

« Ce modèle capitaliste touche à sa fin, et il est insensé de persévérer dans cette voie inflationniste de croissance perpétuelle. »

— En Espagne, les administrations Les institutions publiques et/ou les entreprises, au-delà de l'écoblanchiment, prennent-elles cette crise au sérieux ?

— En Espagne, les administrations n'ont aucune idée de la gravité de cette crise ; elles ne la comprennent pas, malgré la présence de personnes très compétentes travaillant sur des projets européens et dans le domaine de la recherche. Mais personne n'y prête attention. Le PNIEC (Plan national intégré énergie-climat) est déjà largement dévié de sa trajectoire, et aucun audit critique n'est mené. Aux échelons inférieurs de l'administration, personne ne comprend rien, personne n'agit et on se laisse manipuler par les entreprises qui diffusent un message trompeur car elles profitent de ce modèle spéculatif.

Au cœur de ce fiasco, elles profitent déjà de la situation pour nous imposer la prochaine bulle spéculative : le biogaz et la biomasse, qui à León aura de graves répercussions car elle menace ce qui nous reste de plus précieux : notre patrimoine naturel.

— Les incendies de l'été sont-ils un signe avant-coureur de cette bulle de la biomasse ?

Il y a effectivement un grave problème de biomasse à León, et l'utilisation de la biomasse issue des arbres brûlés suscite beaucoup de suspicion. Certains arbres peuvent repousser. Des personnes sont au courant et nous devrions les consulter. Un incendie de forêt peut engendrer d'autres problèmes, surtout avec les pluies annoncées pour la semaine prochaine : ruissellement, perte de terres fertiles, etc. On pourrait utiliser les incendies pour valoriser la biomasse énergétiquement, notamment dans une région comme la Castille-et-León où des centrales thermiques sont prévues à León, Ponferrada, Zamora, Valladolid… Or, il n'y a rien de plus absurde que de vouloir chauffer toute une zone avec ces centrales, car les pertes d'énergie dans les canalisations sont considérables. Quant à le faire en brûlant du bois, c'est une abomination. Cela causera des dégâts irréparables.

—Pensez-vous que ces incendies soient liés à des projets d'extraction d'énergie propre, de minéraux, etc. ?

—Je travaille en mer et je ne suis pas très au courant. J'ai l'impression qu'il y a une négligence et un désintérêt importants de la part des autorités. Je ne crois pas aux théories du complot, mais il est tout à fait différent que certains profitent des catastrophes.

—Comment évaluez-vous la gestion de la panne de courant ?

—La gestion de la panne de courant a été une mascarade. Il y a eu une stratégie pour se dérober à ses responsabilités, car il y a des indemnisations à verser. Quant à la gestion du réseau électrique, ils ont consommé davantage de gaz naturel (pas plus de 10 %) et le système fonctionnait avec une plus grande stabilité. Cela aurait pu être évité grâce aux systèmes de stabilisation dont sont équipées les centrales conventionnelles, et il est absurde que les centrales d'énergies renouvelables n'en soient pas dotées.

León

https://www.diariodeleon.es/sociedad/251028/2064272/antonio-turiel-cientifico-leones-decrecimiento-contrario-empobrecimiento.html

Le Grand Saut dans le Vide.....

Chers lecteurs :

En cette année 2025 mouvementée, des événements se produisent qui, s'ils peuvent être et sont acceptés dans le cadre de la « nouvelle normalité », deviennent de plus en plus perturbateurs et inquiétants. Des pénuries croissantes de carburant en Amérique latine et en Afrique au génocide en Palestine, en passant par la guerre en Ukraine et les droits de douane abusifs imposés par les États-Unis au reste du monde, sans oublier la récente contre-attaque chinoise limitant les exportations de terres rares, qui aggravent les problèmes intérieurs liés au coût élevé et à la pénurie d'un bien aussi fondamental que le logement. Et tout cela sans parler de l'instabilité climatique et des autres problèmes, tandis que ceux d'entre nous qui vivent sur les rives de la Méditerranée retiennent leur souffle, espérant que cette année tout ira bien.

On sent une atmosphère de fin de cycle, mais pas n'importe lequel, mais un cycle plus important – je ne sais pas s'il est séculaire, mais c'est certainement la fin d'une étape importante. Le monde se prépare à une situation qui, à mon avis, est étroitement liée à la raréfaction des ressources et à la difficulté de maintenir la rentabilité traditionnelle.

Et précisément en ce moment, peut-être précisément parce que c'est le cas, mes éternels détracteurs, qui prétendent que nous n'avons pas déjà dépassé les pics de production de pétrole et d'uranium… ont peut-être enfin raison. Même si ce n'est que pour une courte période, même si ce sera bref et de courte durée, et même si ce chant du cygne conduit à un déclin plus brutal par la suite, tout porte à croire que nous pourrions (reste à voir si nous y parviendrons) dépasser les records de production atteints en 2018 pour le pétrole et en 2016 pour l'uranium.

Commençons par le pétrole : comme le montrent les dernières données de l’Energy Information Administration (EIA) sur la production mondiale de pétrole brut et de condensats (la part du pétrole utilisable comme carburant, qui exclut largement les liquides de gaz naturel, utilisés pour la fabrication de plastiques), nous sommes sur le point de dépasser le pic de novembre 2018 (voir la courbe verte). Pour la première fois depuis longtemps, les prévisions de l’EIA (courbe rouge) semblent crédibles.

On n'observe pas d'augmentation continue de ce chiffre, mais seulement une légère reprise par rapport aux niveaux de 2018. C'est curieux, car nous savons que la production mondiale, hors États-Unis, est en léger déclin depuis 2015. En effet, depuis dix ans, toute augmentation de la production pétrolière totale dépend de l'augmentation de la production américaine issue de la fracturation hydraulique. Il y a douze ans, la plupart des entreprises impliquées dans la fracturation hydraulique ont fait faillite, et le secteur aurait disparu sans l'aide gouvernementale massive, notamment pendant la première présidence de Donald Trump, mais aussi, bien que moins reconnue, pendant celle de Joe Biden.
 
Cependant, ce miracle ne pouvait pas durer éternellement, et bien que la pandémie de COVID-19 ait offert un répit momentané (en provoquant une chute vertigineuse de la demande de pétrole), nous arrivons au bout du chemin. Comme l'explique Quark (alias Antonio García Asenjo) dans son excellent blog, les gains de productivité des quatre dernières années sont principalement liés à l'achèvement des puits déjà forés mais non encore achevés (DUC), qui constituent en quelque sorte un garde-manger qui s'épuisera s'il n'est pas réapprovisionné. Et apparemment, le taux de consommation des DUC est bien supérieur à leur reconstitution, à tel point qu’au rythme actuel de déclin, nous serons pratiquement à court de DUC l’année prochaine :
 
En fin de compte, forer de nouveaux puits, malgré les améliorations techniques (qui ont sans aucun doute été apportées au fil des ans), n'est plus rentable, surtout lorsque les meilleurs sites de production sont quasiment épuisés. En substance, nous liquidons l'investissement réalisé il y a quelques années, sans remplacer (ni avoir l'intention de remplacer) ce qui a été dépensé. Où cela nous mène-t-il ? Comme le dit Quark dans son blog, une baisse assez rapide de la production, probablement à partir de 2026, selon les mesures prises ou non. En bref, cette ruée vers l'or entraînera une chute de la production totale plus brutale qu'elle ne l'aurait été autrement.
 
Et pour quoi ? Probablement pour que Donald Trump puisse tenir sa promesse d'une essence bon marché pour les Américains. Actuellement, avec une production pétrolière qui atteint des sommets, mais surtout une consommation en baisse en raison de la grave récession en Europe et d'un certain ralentissement en Chine, auxquels s'ajoutent les effets récessionnistes des droits de douane, le prix du pétrole est relativement bas (60 dollars le baril de Brent, ce qui n'est pas non plus une somme exorbitante, mais reste acceptable de nos jours). En bref, pour des raisons politiques à courte vue, nous allons augmenter brièvement la production de pétrole.
 
Allons-nous dépasser le seuil de novembre 2018 ? Rien n’est sûr à 100 %. D’un côté, la grave crise argentine (qui a contraint les États-Unis à un renflouement rapide, peut-être non seulement par affinité politique, mais aussi en raison de l’importance stratégique du pétrole argentin), compromettant le miracle de l’augmentation de la production par fracturation hydraulique dans la formation de Vaca Muerta. De l’autre, la multiplication des attaques ukrainiennes contre les infrastructures pétrolières russes met en péril leur capacité de distribution, et donc leur production. Sans oublier le grand outsider des futures crises pétrolières : le Nigéria, un pays surpeuplé d’importance pétrolière stratégique pour l’Europe et une véritable poudrière.
 
La valeur d’extraction pétrolière de 2018 sera-t-elle alors dépassée ? Peut-être oui, peut-être pas. Peu importe. Car, quelle qu’elle soit, elle sera de courte durée et nous poursuivrons le déclin déjà marqué, comme nous l’avons évoqué dans le billet précédent.
 
Et cela m'amène au sujet que je souhaitais aborder aujourd'hui, beaucoup plus national celui-ci : la situation critique de la production d'électricité en Espagne. Comme vous vous en souvenez peut-être, le 28 avril, une panne d'électricité a touché toute la péninsule ibérique (nous avons entraîné le Portugal dans notre sillage). Nous avions déjà évoqué, avec le peu d'informations disponibles, ce qui aurait pu se passer. Après d'innombrables stratégies de désinformation et de confusion de l'opinion publique, le débat public a récemment mis en évidence un problème de régulation de la tension lié à la manière dont les nouvelles énergies renouvelables (éoliennes et photovoltaïques) ont été installées et exploitées. Le problème sous-jacent : la régulation de la puissance réactive.
 
La puissance réactive provient du fait que le réseau lui-même n'est pas un élément inerte, mais qu'il a la capacité de stocker de l'énergie grâce à des champs électriques (grâce à sa capacité) et magnétiques (grâce à son inductance). Le réseau, suivant un principe d'action-réaction très simple, résiste aux variations. Ainsi, lorsque la demande électrique augmente et qu'on tente d'y transmettre davantage de puissance (ce qui se fait en augmentant l'intensité), le réseau réagit en résistant et en captant une partie de cette énergie. De même, lorsque la demande diminue et que l'intensité diminue en conséquence, on constate que le réseau restitue une partie de l'énergie qu'il avait empruntée : c'est la puissance réactive qui provoque la pointe de tension.
 
Rien de nouveau ; d'importantes fluctuations de tension se produisent depuis des années, avec l'installation croissante d'énergies renouvelables. Les seules installations autorisées à réguler la tension et à absorber la puissance réactive sont les installations traditionnelles à alternateurs rotatifs. Théoriquement, les nouveaux onduleurs utilisés par les centrales photovoltaïques pourraient absorber efficacement la puissance réactive s'ils étaient configurés selon un mode de fonctionnement spécifique (formage du réseau), mais la programmation dans un réseau complexe comme celui de l'Espagne est loin d'être simple.
 
Or, lorsque plusieurs de ces systèmes sont connectés de cette manière, des résonances peuvent se produire entre eux, entraînant de fortes surtensions et des oscillations de fréquence indésirables, deux phénomènes très dangereux. L'utilisation de ces onduleurs en conditions réelles d'exploitation fait actuellement l'objet de recherches approfondies, et leur exploitation économique n'est pas encore totalement claire. Il est également vrai que l'installation de systèmes supplémentaires (tels que des compensateurs synchrones) réduit considérablement les risques, mais elle est également plus coûteuse.
 
C'est dans ce contexte qu'une véritable tempête a éclaté ces dernières semaines dans le paysage électrique espagnol, à commencer par une fuite d'information laissant présager un risque imminent de nouvelle panne. Red Eléctrica Española (REE) a démenti cette information, mais ce n'est qu'ensuite qu'elle a demandé à la Commission nationale de la concurrence et du marché (CNMC) des mesures supplémentaires pour limiter le fonctionnement des énergies renouvelables, et notamment pour garantir une entrée et une sortie du réseau plus graduelles (15 minutes au lieu de 2 actuellement), précisément afin de limiter la production d'énergie réactive.
 
Les compagnies d'électricité ont immédiatement protesté, et c'est là que les choses se compliquent techniquement, mais la raison sous-jacente est simple à comprendre : l'argent. En raison des changements de mode de fonctionnement du réseau depuis la panne (avec un recours accru aux centrales à cycle combiné), les énergies renouvelables ne fonctionnent pas suffisamment longtemps pour être rémunérées pour les heures produites, mais aussi pour accéder à certaines primes d'État, et ne respectent pas certains engagements contractuels (nous en avons brièvement parlé il y a quelques mois). L'année touche à sa fin et l'on s'empresse d'atteindre certains objectifs de production, ce qui devient de plus en plus difficile car, à l'approche de l'hiver, la luminosité diminue, ce qui impacte considérablement l'énergie photovoltaïque. Pour toutes ces raisons, les entreprises, cherchant à gagner du temps de production et ainsi atteindre leurs objectifs, refusent d'envisager une entrée et une sortie du réseau plus progressives et imposent des négociations.
 
Bref, ces derniers jours, nous avons entendu des absurdités et des propos outrageants. Par exemple, REE propose de modifier les règles d'utilisation (les directives) selon lesquelles les centrales électriques traditionnelles absorbent l'énergie réactive générée par l'arrivée et la sortie continues d'énergies renouvelables sur le réseau. Or, les compagnies d'électricité affirment (et ont raison) que cela pourrait les endommager, car elles ne sont pas si rapides. La contre-proposition consiste littéralement à « mener une expérience », ce que j'entends par là : reprogrammer les onduleurs afin que les énergies renouvelables puissent absorber l'énergie réactive (en priant pour que les dangereuses résonances mentionnées précédemment ne se produisent pas, et dont l'apparition est assez imprévisible car elle dépend de la quantité d'énergie produite et consommée à un instant T). Or, pour pouvoir agir, il faut l'autorisation de la CNMC (Commission nationale de l'énergie et des mines), l'organisme habilité à modifier la réglementation.
 
La situation est chaotique, absurde, mais surtout motivée par le court-termisme économique. Seuls les bénéfices ou les pertes de cette année comptent, et à aucun moment on n'envisage la nécessité d'une refonte complète du système ni l'installation de systèmes coûteux (en raison de leur nombre important) pour garantir la stabilité. Il convient de mentionner à part la vulnérabilité aux cyberattaques d'un réseau sur lequel opèrent autant d'onduleurs électroniques.
 
Personne ne fera preuve de bon sens. Personne ne tapera du poing sur la table pour exiger que les choses soient faites pour le bien commun, en minimisant les risques et en améliorant la sécurité d'approvisionnement.
 
Dans ce cas, comme dans les précédents, nous constatons que la seule logique est la maximisation à court terme des profits du capital. C'est la logique de la fuite en avant continue, mais maintenant, devant nous, un vide immense. Un gouffre immense causé par l'immense cupidité de ces années, qui a accumulé problème après problème. Maintenant, au moment où nous devrions nous arrêter et réfléchir, pour essayer de comprendre comment combler ce gouffre, comment continuer d'une manière viable pour la société, afin que la société soit viable et durable… maintenant, précisément maintenant, le capital, au paroxysme de sa quête insatiable du profit immédiat, ne voit qu'une seule voie : le Grand Saut dans le Vide, dans l'espoir d'atteindre l'autre rive, qui n'existe peut-être pas. Nous allons nous précipiter dans l'abîme, car les psychopathes qui prennent les décisions sont incapables d'imaginer un autre avenir, durable et viable.
 
Allons-nous le permettre ? Allons-nous laisser ces gens nous détruire sans réagir, sans même le signaler ?
 
Qu'en pensez-vous, cher lecteur ?
 
Cordialement, 
 
Antonio Turiel 23 10 25
 
https://crashoil.blogspot.com/2025/10/el-gran-salto-al-vacio.html
 

 

« Nous sommes confrontés à un risque élevé de tempêtes et de tempêtes très violentes. » « Avec une mer aussi chaude que la Méditerranée, n'importe quel lever de soleil pourrait se transformer en un petit ouragan. » « Nous devrions consacrer davantage d'efforts à la prise de mesures préventives et adaptatives et repenser notre relation au territoire. »

Dans l'essai « El final de las estaciones ?» (Écrits contextuels, 2024), coécrit avec Juan Bordera et Fernando Valladares, le physicien et vulgarisateur scientifique Antonio Turiel, originaire de Figueres, alerte sur le fait que le changement climatique modifie rapidement le cycle naturel des saisons, au point que celles-ci, telles que nous les avons connues jusqu'à présent, pourraient disparaître ou être radicalement transformées, avec les conséquences que cela aurait sur nos vies.

Des épisodes climatiques comme ceux que nous avons connus cette année – des étés de plus en plus précoces, des records de chaleur en juin… – confirment-ils votre théorie selon laquelle nous entrons dans une sorte de saison extrême et imprévisible ?

Nous disposons de nombreuses mesures pour déterminer biologiquement le début des saisons : l'apparition des fleurs, l'émergence des larves d'insectes, etc. Depuis une vingtaine d'années, nous observons un processus d'avancement de l'été et de retard de sa fin. En pratique, aux latitudes moyennes comme les nôtres, nous nous dirigeons vers deux saisons : un hiver tempéré et un été long et chaud. Le printemps est très court et l'automne un peu plus long, mais de façon limitée. Il s'agit évidemment d'une conséquence du réchauffement climatique. La planète évolue de plus en plus vers un climat tropicalisé. Il y aura toujours une certaine transition entre l'été et l'hiver sous des latitudes comme les nôtres, mais il est vrai qu'il existe une tendance à une dichotomie hiver-été, et c'est tout.

Dans un territoire en mutation due à l'urgence climatique, quel serait le modèle énergétique à adopter ?

La crise climatique est liée à l'augmentation de la concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, principalement le CO2. Nous savons que nous devons cesser de brûler des combustibles fossiles, mais nous n'avons pas vraiment d'alternative. On parle de transition énergétique depuis des années, mais on constate qu'il n'y a pas de transition. Et pour qu'il y ait transition, il faut une substitution : cesser de brûler des combustibles fossiles et les remplacer par des énergies renouvelables. Est-ce le cas ? Non. En réalité, toutes les sources d'énergie disponibles sont exploitées, fossiles et non fossiles, ce qui est logique dans un système économique comme le nôtre, axé sur la croissance. Par conséquent, il y aura toujours une incitation à consommer toute l'énergie disponible pour produire des biens et des services. On a vendu une série d'idées fausses sur la transition énergétique et sur le potentiel des énergies renouvelables. On a prétendu que, technologiquement, le problème était résolu. Or, ce n'est pas le cas, et cette idée a une implication que je trouve très désagréable.

En quel sens ?

L'idée que nous pouvons remplacer les énergies fossiles par des énergies renouvelables sans rien changer à notre société, c'est-à-dire maintenir un système économique orienté vers une consommation croissante d'énergie et de matériaux et une production croissante de déchets. Car c'est précisément ce dont le système économique a besoin : croître, croître, toujours croître sur une planète finie, ce qui est une absurdité totale. Le problème est grave, car même si nous trouvions ces sources d'énergie magiques – qui n'existent pas – nous rencontrerions d'autres types de problèmes, environnementaux, liés aux ressources, etc. Et cela ne ferait que dérailler. En bref, nous n'avons aucun moyen de remplacer les énergies fossiles par des énergies renouvelables tout en maintenant le système en l'état.

Il faut donc s'attaquer à la racine du problème…

À quoi sert un modèle axé sur une croissance infinie sur une planète finie ? Mais ce n'est pas un sujet dont on parle actuellement, et l'idée elle-même est vivement attaquée, car cela revient, bien sûr, à accepter que le capitalisme, tel que nous l'entendons, a ses jours comptés. Au final, tout se réduit à une question d'opinion et de disqualification, au lieu d'un débat serein. Théoriquement, nous avons la liberté d'expression, mais certains sujets sont tabous, impossibles à aborder. L'un d'eux est la fin du capitalisme. Pour certains, c'est l'équivalent de la fin du monde. Or, le capitalisme est un système économique qui existe depuis deux siècles et, tel qu'il est apparu, il disparaîtra, il devra évoluer.

Et si nous convenions de changer le système économique ?

Il existe alors de nombreuses solutions. Et j'ajouterais : d'un point de vue technique, le problème est simple. Nous disposons des technologies, des connaissances et des matériaux, ce n'est pas particulièrement compliqué. Si l'on souhaite un système qui réponde aux besoins réels des populations, sans impliquer de croissance et en maintenant un niveau de vie similaire à celui que nous connaissons, avec des changements de mode de vie significatifs, nous pourrions y parvenir en consommant un dixième de l'énergie et des matériaux que nous consommons actuellement. Plusieurs études le démontrent, et c'est parfaitement réalisable.

Nous vivons dans une zone particulièrement critique sur la carte de l'urgence climatique. Comment voyez-vous l'avenir de la région méditerranéenne ?

La Méditerranée est évidemment très importante pour nous. L'eau s'évapore plus qu'elle ne précipite. Elle ne descend pas car l'eau pénètre par le détroit de Gibraltar ; sinon, elle perdrait rapidement de l'eau. Et de toutes les mers du monde, elle est l'une de celles qui se réchauffent le plus, précisément en raison de ses caractéristiques de mer semi-fermée. À l'échelle mondiale, la température à la surface de la mer, mesurée par satellite, a augmenté de 0,8 degré par rapport aux années 80. Mais elle n'a pas augmenté uniformément sur toute la planète. Quant aux mers fermées ou semi-fermées, la température de la Méditerranée a fortement augmenté : l'année dernière, elle était de 2 degrés au-dessus du niveau des années 80, mais en juillet dernier, elle était de 3 degrés. Autrement dit, en l'espace d'un an, elle a gagné un degré supplémentaire : le processus de réchauffement s'est accéléré en Méditerranée.

Et avec quelles conséquences ?

Nombreuses sont les conséquences, à commencer par la vie marine. Nous constatons des vagues de chaleur marines continues. On ne voit pas ce qui se passe sous l'eau, mais elles sont extrêmement destructrices pour les coraux, les poissons, tout le reste. Nous observons une infiltration rapide d'espèces invasives venues d'autres latitudes, qui se déplacent simplement vers le nord en raison du réchauffement de l'eau. De plus, en cas de tempête, un processus d'intensification peut se produire : l'eau de mer transfère chaleur et humidité à la tempête, qui devient alors plus violente. C'est particulièrement grave lorsque la température de l'eau dépasse 27 ou 28 degrés, car l'intensification est alors renforcée et une tempête peut devenir l'équivalent d'un ouragan. Ce processus se produit sous les tropiques, où l'eau est très chaude, et ici, nous atteignons déjà ces températures. La menace d'ouragans est très forte, moins gigantesques que sous les tropiques, mais qui peuvent avoir des conséquences catastrophiques.

Les vagues de chaleur entraîneront-elles davantage de cyclones ?

Il y a davantage de cyclones (dépressions isolées en haute atmosphère) car le courant-jet polaire, appelé courant-jet, est de plus en plus déstabilisé par le réchauffement accéléré de l'Arctique. La combinaison est donc désastreuse : une Méditerranée très chaude, une probabilité accrue de formation de cyclones… Sans cyclone, n'importe quelle tempête d'est, le vent d'est typique de toute vie, avec une mer comme celle-ci, peut se transformer en un petit ouragan. Autrement dit, il est clair que nous sommes déjà dans une situation de risque très élevé. Et sachant cela, aucune mesure n'est prise pour se préparer à ce qui va arriver. Autrement dit, nous constatons qu'il existe un risque énorme et imminent, pourrait-on dire – et par imminent, cela ne signifie pas que ce sera le cas cette année – que de très fortes tempêtes – des cyclones ou des vents d'est se transformant en ouragans – surviennent, dépassant les statistiques et les paramètres habituels. Et nous devrions investir des efforts considérables, et pas seulement de l'argent, pour prendre des mesures préventives et adaptatives, etc. Par ailleurs, nous devons évidemment repenser notre relation au territoire. Et il y a beaucoup à dire.

Quelle est la relation entre l'administration et vous, les scientifiques ? Vous écoutent-ils ? Sont-ils conscients de ces risques ?

Qu'ils en sont conscients, j'en suis sûr. Qu'ils nous écoutent aussi. Par ailleurs, au final, des mesures plus décisives ne sont souvent pas prises, car elles ont un coût économique et, de plus, un coût politique, car un nombre non négligeable de parties adoptent une attitude obstructionniste et négationniste. Et, bien sûr, si vous prenez des mesures préventives et que rien ne se passe, on vous accuse d'exagération. Le problème avec les mesures de précaution, c'est que, lorsqu'elles sont bien appliquées, personne ne s'en aperçoit. Nous devons être plus proactifs, et sinon, qu'ils informent les habitants de la Communauté valencienne. C'est une zone à risque terrible, notamment en raison de son orographie, de sa morphologie et de la direction que prennent généralement ces tempêtes. C'est le point zéro. Constatez-vous qu'ils prennent des mesures d'adaptation ? Et je parle ici aussi, là où l'on suppose que cela ne peut pas se produire. Et pourtant, cela peut arriver !

Et pourquoi n'en débat-on pas ?

Un débat urgent est en cours sur la décroissance et la post-croissance, mais en Espagne, ce débat n'est pas admis comme nécessaire. On craint de perturber le pouvoir économique, mais c'est l'un des grands problèmes des années à venir. Au contraire, au lieu d'envisager la nécessité de procéder à des changements importants, qu'envisageons-nous ? Le réarmement ! Pour quoi faire ? Ou, au lieu d'allouer les sommes colossales destinées à l'agrandissement de l'aéroport, un aéroport qui, dans deux jours, sera gigantesque. Nous devons réfléchir à la manière de nous adapter aux aléas du changement climatique, de modifier notre rapport au territoire, d'accroître la production locale et de nous adapter à une situation de pénurie croissante. Rien de tout cela n'est fait.

Anna Balcells

https://www.elpuntavui.cat/politica/article/17-politica/2577407-tenim-un-risc-elevat-de-danes-i-tempestes-molt-violentes.html

 

« L'aridité augmente et représente un risque pour les zones rurales. »...

Le chercheur alerte sur les menaces que le réchauffement climatique fait peser sur certains secteurs de l'économie de Lérida.

Une succession d'orages de grêle et de vagues de chaleur. Le changement climatique s'intensifie-t-il ?

La communauté scientifique s'accorde à dire qu'il s'accélère. Au cours des dix dernières années, la quantité d'énergie stockée par la planète a quadruplé, ce qui se traduit par un réchauffement de l'eau, de l'air et des sols. C'est pourquoi les phénomènes météorologiques extrêmes se multiplient.

Cette augmentation des phénomènes extrêmes représente-t-elle des risques pour les économies à forte intensité agricole, comme celle de Lérida ?

L'aridité augmente et constitue un problème pour des régions comme Lérida, car elle accroît le stress des plantes. Le régime hydrique est de plus en plus défavorable car, même si les précipitations se maintiennent, les périodes de sécheresse et les pluies plus intenses se multiplient, ce qui favorise la progression de l'aridité.

Comment cela peut-il affecter le tourisme ? Le tourisme est condamné. Les dépenses moyennes chutent dans un contexte de récession généralisée en Europe, et les touristes fuient des environnements hostiles, comme ceux déjà générés par le changement climatique.

Dans quelle mesure Lérida est-elle exposée à la « bombe thermique » méditerranéenne ?

Lérida est loin de subir les principaux dégâts causés par les grandes tempêtes, mais elle est trop proche pour les éviter, en particulier dans les Pyrénées. Il est probable que dans les années à venir, avec un réchauffement méditerranéen supérieur à la moyenne, de graves dégâts se produiront ; et lorsque la température de la mer dépassera 28 °C, des tempêtes risquent de se transformer en petits ouragans, comme on le constate déjà. Tout cela atteindra Lérida, fragilisée par la protection des chaînes de montagnes côtières, mais cela arrivera. Des problèmes et des dégâts surviendront.

S'agit-il déjà du processus de tropicalisation dont on parle ?

La tropicalisation est un fait, comme en témoignent la fréquence des nuits tropicales et le déplacement des espèces, qui en est l'un des principaux indicateurs.

Que faire ?

Les réserves de pétrole posent problème, et d'autres produits apparaissent, générant davantage d'émissions de CO2 et ne constituant pas des sources d'énergie, car non neutres sur le plan énergétique. Nous courons droit au désastre. Ce sont des coups de pied aux fesses dans un contexte de raréfaction des ressources.

L'objectif principal devrait être la réduction des émissions de CO2, mais personne ne veut changer de modèle économique, et la transition écologique est inefficace. Nous devons répondre aux besoins en éliminant la consommation inutile. Nous avons besoin de décroissance.

 

« Le modèle de croissance illimitée est révolu. »...

Ce mercredi après-midi, l'auditorium de la Faculté d'économie de Saragosse était plein à craquer pour entendre Antonio Turiel, scientifique du CSIC, vulgarisateur et l'une des voix les plus écoutées sur l'énergie et la crise éco-sociale. L'atmosphère étouffante et chaude a contraint le public à s'éventer avec des ventilateurs improvisés, une scène que Turiel lui-même a saisie avec ironie pour souligner que la chaleur excessive et inhabituelle est désormais un autre symptôme de la crise climatique.

Il l'a fait avec sa célèbre phrase : « Tout va bien », prononcée sur un ton à mi-chemin entre sarcasme et avertissement, devenu la marque de fabrique de ses discours.

Brève conversation avec AraInfo

« Lorsque nous parlons de décroissance, il ne s'agit pas de réduire la consommation des individus ; il s'agit de réduire le gaspillage en tant que société », a expliqué Turiel. Dans le même esprit, il a expliqué que « la théorie de la décroissance propose de l'aborder de manière démocratique et planifiée, en concertation avec tous. Précisément pour garantir le bien-être de la majorité de la population.» Et pour appuyer cette stratégie face à la situation complexe actuelle, il a souligné que « des études montrent que nous pourrions maintenir le niveau de vie actuel, voire l'améliorer, en ne consommant que 10 % de l'énergie et des matériaux que nous consommons actuellement, simplement parce que la grande majorité est gaspillée pour que quelqu'un puisse gagner beaucoup d'argent.»

Concernant l'émergence incontrôlée de grands parcs éoliens et photovoltaïques en Aragon, le scientifique a exprimé son désaccord avec ce « déploiement spéculatif et excessif, dénué de toute logique ». « Il faut se concerter et planifier. En Aragon, il y a déjà trop de parcs ; il y a déjà un excès », a-t-il souligné.

« Nous sapons les fondements de la vie humaine. »

Turiel a commencé son exposé en rappelant les neuf limites planétaires définies par Rockström et Steffen, un cadre scientifique qui identifie les limites écologiques à ne pas franchir pour préserver la stabilité du système terrestre. Cette liste, bien connue des milieux universitaires, n'en est pas moins alarmante : changement climatique, intégrité de la biosphère, cycles de l'azote et du phosphore, utilisation de l'eau douce, changement d'affectation des terres, acidification des océans, pollution chimique, appauvrissement de la couche d'ozone stratosphérique et aérosols atmosphériques.

« Nous avons déjà dépassé la plupart d'entre elles », a-t-il averti, « et cela signifie que nous sapons les fondements de la vie humaine sur la planète.»

Le scientifique du CSIC a ensuite axé son intervention sur le récent rapport de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), qui reconnaît le déclin des réserves de pétrole et de gaz. Ce rapport a suscité un vif débat international et a été commenté par lui-même sur son blog, *The Oil Crash* (cf ci dessous).

Le diagnostic est sans appel : les gisements actuels s'épuisent à un rythme accéléré, avec une baisse naturelle de la production de 5 % à 9 % par an. Pour compenser ce déclin, des investissements de plusieurs millions de dollars seraient nécessaires pour l'entretien et la modernisation des gisements actuels, alors que les nouveaux gisements sont rares.

Turiel a insisté sur le fait que le discours dominant de ces dernières années, celui de la « demande de pointe », est intenable. Le problème n'est pas que nous consommerons moins de pétrole par choix volontaire, mais que nous ne pourrons pas l'extraire au rythme requis par l'économie mondiale. « Le pétrole bon marché et abondant a disparu.

Ce qui reste est plus cher, plus difficile à extraire et offre un rendement énergétique moindre », a-t-il fait remarquer. La conclusion est claire et inquiétante : « Si nous n'investissons pas beaucoup, il n'y aura ni pétrole ni gaz. » Turiel a insisté sur deux points clés importants : nous ne consommons que 20 % de l'énergie sous forme d'électricité (il est difficile d'alimenter de nombreux secteurs), et les énergies renouvelables ne représentent qu'à peine 10 % de l'énergie primaire consommée dans le monde.

La transition verte n'est tout simplement pas une réalité.

L'auditoire, mi-attendu mi-inquiet, a écouté Turiel détailler les implications de ce scénario. Un déclin accéléré de la production entraînerait une concentration accrue de l'offre dans quelques pays disposant de gisements géants en déclin lent – ​​comme l'Arabie saoudite ou l'Iran – et placerait des régions comme l'Europe dans une situation d'extrême vulnérabilité.

Mais même avec des investissements de plusieurs milliards de dollars, le paradoxe est évident : allouer des ressources croissantes au maintien des combustibles fossiles est en contradiction directe avec les engagements climatiques, de plus en plus flous dans le paysage politique européen.

Investir davantage dans le pétrole et le gaz prolonge la dépendance et retarde la transition, tout en aggravant les émissions à un moment où la science préconise des réductions rapides et profondes. Maintenir le niveau de consommation énergétique auquel nous sommes habitués devient de plus en plus difficile. Turiel a donné de nombreux exemples de la manière dont nous pourrions réduire notre consommation énergétique jusqu'à 90 % sans perte de qualité de vie.

« Nous devrons partager la machine à laver, entre autres choses, et changer nos mentalités, bien sûr », évoquant, sans le nommer, un horizon politique encore tabou : la réduction souhaitée de la sphère matérielle et énergétique de nos économies.

La conférence s'est conclue par un message clair et direct : « La croissance illimitée est révolue.» Face à ce constat, Turiel a insisté sur l'urgence de développer des alternatives résilientes et solidaires, afin de réorganiser nos économies et nos modes de vie pour nous adapter à une planète qui a déjà atteint ses limites.

Sous une chaleur étouffante et des ventilateurs en marche, le sentiment persistait que la crise énergétique et climatique n'était plus un débat académique sur un avenir lointain, mais que le présent nous confrontait déjà aux problèmes décrits par le chercheur.

| 19 septiembre, 2025

Si nous n'investissons pas beaucoup d'argent, il n'y aura ni pétrole ni gaz naturel.

Chers lecteurs,

Dans un article précédent, nous mentionnions que l'Agence internationale de l'énergie (AIE) n'avait pas encore annoncé la date de publication de son rapport annuel pour 2025, les Perspectives énergétiques mondiales (PEM). C'est assez inhabituel : habituellement, la date précise (généralement mi-octobre) est annoncée vers juillet. Javier Blas a expliqué dans Bloomberg que cela s'explique par le fait que l'Agence a été contrainte de revenir au scénario de politique actuelle (SPC, qui correspond à ce que l'on appelle communément le statu quo ou BAU) sous la pression des États-Unis.

Ce retour à ce scénario n'est pas anodin : le SPC ne contient aucune restriction ni aucun engagement de réduction de la consommation d'énergies fossiles, la seule contrainte étant économique. Ainsi, les scénarios du SPC ont toujours été des scénarios d'augmentation incessante de la consommation d'énergies fossiles… du moins jusqu'en 2010, année où l'on a reconnu pour la première fois l'existence de problèmes liés à l'augmentation de la production pétrolière.

Depuis lors, l'AIE s'efforce tant bien que mal de concilier les scénarios de croissance économique proposés par l'OCDE avec la réalité physique des limitations de l'extraction de pétrole d'abord, puis progressivement de gaz et de charbon. C'est pourquoi elle a décidé en 2020 d'abandonner le CPS et de passer aux scénarios « Politiques engagées », « Politiques annoncées », « Développement durable », et enfin « Zéro émission nette d'ici 2050 », chacun plus strict que le précédent en matière de réduction de la consommation d'énergies fossiles. En 2018, elle était sur le point de reconnaître l'imminence du pic pétrolier, ce qui n'est pas une coïncidence puisque novembre 2018 a marqué le pic de production de combustibles liquides.

Mais accepter qu'une planète qui n'est pas un plan infini mais une sphère de 6 366 kilomètres de rayon (et donc énorme mais finie) est incompatible avec la doctrine économique libérale. Ainsi, à partir de 2020, le mantra de l'AIE a été qu'il ne s'agissait pas d'un pic de production pétrolière, mais d'un pic de demande. En d'autres termes, ce n'est pas qu'il n'est plus possible d'extraire davantage, mais plutôt que nous n'en voulons plus. De cette manière, il était possible de maintenir l'illusion que la demande en énergie pouvait continuer à croître, simplement en la remplaçant par des quantités massives d'énergie renouvelable, dans le cadre du modèle REI (Renouvelable Électrique Industriel).

Quelques années supplémentaires se sont écoulées. Le REI est en train d'échouer lamentablement, pour les mêmes raisons que celles que nous avions soulignées il y a des années, et malgré les efforts des nouveaux venus pour continuer à vendre leur produit défectueux. L'Allemagne, la France et le Royaume-Uni souffrent d'une forte désindustrialisation et leurs économies sont à la traîne, tout comme celles de l'ensemble de l'Europe. L'Allemagne annonce qu'elle va revoir ses ambitions à la baisse en supprimant les voitures à moteur à combustion interne.

Et aux États-Unis, Donald Trump est en train de liquider (avec son style drastique et grossier) tous les projets de transition vers les énergies renouvelables, un par un, car les États-Unis ont eux aussi des urgences économiques. En gros, les pays qui menaient la nécessaire transition hors des combustibles fossiles ont décidé que l'économie passait avant tout et était la priorité, et veulent donc revenir aux anciens combustibles fossiles, fiables et économiquement compétitifs. Car, en fin de compte, comme l'AIE n'a cessé de le répéter, la baisse de leur production était due à un pic de la demande, c'est-à-dire qu'elle résultait d'une décision. Nous consommions moins parce que nous avions décidé de consommer moins. Eh bien, disent nos dirigeants, nous avons maintenant changé d'avis et nous voulons consommer plus.

Il y a un problème, évidemment. Il n'y a pas eu de pic de demande. Ce qui s'est produit, c'est un pic de production. En résumé, les ressources restantes coûtent de plus en plus cher à extraire, tant en termes d'énergie que de ressources financières. De ce fait, leur production (c'est-à-dire la quantité extraite chaque année) ne peut être empêchée d'entrer dans un processus de déclin, de sorte qu'année après année, on extraira de moins en moins de pétrole, et dans quelques années, il en sera de même pour le gaz et le charbon.
 
Là encore, la théorie économique aberrante qui domine aujourd'hui pense que tout est une question d'investissement et de prix. Or, c'est faux. Si le rendement énergétique des ressources extraites n'est pas suffisamment élevé, le prix d'extraction est trop élevé pour la société. Des entreprises commencent à fermer, et nous entrons dans la dangereuse spirale de destruction de la demande et de l'offre, dont nous avons tant parlé. En réalité, le seuil maximal que l'économie peut supporter n'est pas aussi élevé que le pensent de nombreux analystes : il y a quelques années, il se situait autour de 120 dollars le baril, mais dans le contexte économique actuel qui se détériore, il est peu probable que même 100 dollars le baril puissent être maintenus.
 
Et le prix du pétrole n'a même pas besoin de rester constamment élevé : quelques semaines de prix élevés suffisent à déclencher la spirale de destruction de la demande, puis de l'offre, et nous restons ainsi à des prix relativement bas jusqu'au prochain pic. Nous vivons ce phénomène depuis 2008 et nous le continuerons, et la seule chose à laquelle il faut s'attendre est que les cycles (et leur destruction) s'accélèrent avec le déclin de la production pétrolière.
 
Dans ces conditions, l'AIE est confrontée à une tâche ardue. Comment expliquera-t-elle désormais que l'affirmation selon laquelle la demande maximale était un mensonge ? Comment expliquera-t-elle qu'en réalité, il y aura d'abord une pénurie de pétrole, puis de gaz, et plus tard de charbon ? Qu'il sera impossible de maintenir la croissance économique ? Comment fera-t-elle accepter aux pays occidentaux que, d'une manière ou d'une autre, la situation est vouée à changer, que la partie est terminée ?
 
C'est dans ce contexte que l'AIE vient de publier un rapport spécial inattendu. Un rapport au titre révélateur : « Les implications du déclin des gisements de pétrole et de gaz ». Un rapport avec lequel l'AIE espère préparer le terrain pour les pilules amères qu'il faudra avaler dans les années à venir. Compte tenu de l'importance de ce rapport, j'ai décidé d'écrire cet article pour en analyser le contenu.
 
Commençons par l'essentiel : le mot « pic » et ses dérivés apparaissent pas moins de 92 fois, en seulement 73 pages du rapport ; et dans chaque cas, il fait référence au pic de production, jamais au pic de demande (on semble rattraper le temps perdu ces dernières années). Un rapide coup d'œil au rapport révèle qu'il s'agit d'un document fondamentalement technique, riche en analyses numériques (des problèmes techniques concernant le langage de programmation utilisé sont même évoqués) et très peu d'interprétation politique.
 
Le résumé résume les principaux points de ce document. Voici quelques messages clés :
 
Littéralement, la première phrase du résumé : « Le débat sur l’avenir du pétrole et du gaz tend à se concentrer sur les perspectives de la demande, accordant beaucoup moins d’importance à l’évolution potentielle de l’offre.» Et ils nous affirment ensuite que cette asymétrie est une erreur et que l’AIE calcule les taux de déclin de la production pétrolière et gazière depuis des années. Comme si elle n’était pas elle-même à l’origine de cette asymétrie… « Environ 90 % des investissements dans l’amont pétrolier et gazier depuis 2019 ont été consacrés à compenser les baisses de production plutôt qu’à stimuler la croissance de la demande.»
 
En 2000, le pétrole conventionnel représentait 97 % de la production, mais d’ici 2024, sa contribution sera tombée à 77 % (et celle du gaz à 70 %). La majeure partie de la production non conventionnelle (du moins, celle qui a le plus progressé) est issue de la fracturation hydraulique (une technique qui, comme on le sait, a des racines profondes). Le taux de déclin de la production des gisements de pétrole conventionnel est de 5,6 % par an, contre 6,8 % pour le gaz conventionnel (les taux de déclin des gisements non conventionnels atteignent 35 % la première année et 15 % par an les années suivantes, bien que la clé réside dans le remplacement rapide des puits durant ces années). Ces taux de déclin (appelés « déclins observés ») sont ceux observés si l'on suppose que 90 % des investissements en amont sont consacrés à la compensation de ce déclin : si cette contribution économique significative était réduite, le taux de production totale (et pas seulement conventionnelle) chuterait à 8 % par an pour le pétrole et à 9 % pour le gaz : ce sont les « déclins naturels ».
 
Il convient de noter qu'à ces taux de déclin, la production serait pratiquement symbolique en seulement 10 ans… Les taux de déclin naturel s'accélèrent. Et si l'on s'en tenait uniquement aux déclins naturels (c'est-à-dire si les investissements étaient interrompus brutalement), la production se concentrerait rapidement au Moyen-Orient et en Russie. C'est aussi clair que ça. Maintenir la production de pétrole et de gaz à son niveau actuel nécessiterait de découvrir chaque année de nouvelles réserves de 10 milliards de barils de pétrole et de 1 000 milliards de mètres cubes de gaz naturel, soit plus du double des réserves actuellement découvertes.
 
Analysons maintenant les chapitres du rapport. Je n'entrerai pas dans les détails, mais je me limiterai aux plus pertinents pour les sujets que je souhaite aborder.
 
Chapitre 1 : Production et investissement dans le pétrole et le gaz naturel
 
Le premier chiffre est éloquent :
 
Malgré les rapports répétés annonçant que nous avons dépassé les 100 millions de barils par jour (Mb/j) de production totale de liquides pétroliers, l'AIE est claire : non, nous n'avons pas encore franchi ce seuil. Et ce, en tenant compte du fait que la catégorie « tous liquides pétroliers » est trompeuse, car elle contient une rubrique, « liquides de gaz naturel », principalement utilisée dans la production de plastiques plutôt que de carburants liquides. En réalité, il s'agit clairement de la catégorie qui connaît la croissance la plus rapide (en réalité, tous les produits conventionnels sont en déclin), et sans les liquides de gaz naturel, la production de liquides diminuerait, malgré le pétrole issu de la fracturation hydraulique (la seule autre catégorie en croissance notable).
 
En analysant les données par région, il apparaît clairement que le seul obstacle à la chute de la production est la situation des États-Unis. L'OPEP et la Russie se maintiennent plus ou moins, avec un léger recul, tandis que les autres pays, à l'exception des États-Unis, sont en forte baisse. Nous le savions déjà.
 
Dans le cas du gaz naturel, la situation est bien pire, compte tenu de la dépendance absolue aux puits de gaz de fracturation éphémères. En réalité, sans leur contribution, la production aurait pratiquement stagné depuis 2010 et décliné depuis 2020 (ce qui me rappelle un ancien article que j'ai écrit il y a 15 ans).
 
Un peu plus loin, le rythme de découverte de nouveaux gisements de pétrole et de gaz est analysé. L'AIE utilise ici une de ses vieilles astuces : au lieu de présenter séparément les découvertes de pétrole et de gaz, elle les présente ensemble, en convertissant le gaz en « barils équivalent pétrole ». Il faut garder à l'esprit que, ainsi présentés, le gaz représente environ 60 % des découvertes et le pétrole les 40 % restants. Je pense que ce graphique est éloquent. Sur la période 2020-2024, les découvertes de pétrole devraient se situer autour de 3 milliards de barils par an (alors qu'elles devraient se situer autour de 10 milliards, simplement pour maintenir la production).
 
L'AIE présente également un graphique illustrant l'évolution des investissements en amont (recherche, mise en service et maintenance de nouveaux puits de pétrole et de gaz). Là encore, on observe quelques erreurs : l'amalgame habituel entre gaz et pétrole, et le fait de commencer le graphique en 2015, année où les investissements ont atteint un pic, suivi d'une baisse de 26 % entre 2014 et 2015. Malgré cela, il est clair que les investissements actuels sont bien inférieurs à ceux de 2015, mais cette approche vise manifestement à donner une impression (fausse) de stabilité.
 
La combinaison de ce graphique avec le précédent montre clairement que les investissements sont de plus en plus insuffisants et que, les gisements restants étant de moins en moins qualitatifs, on obtient de moins en moins de nouveaux barils avec le même investissement – ​​ce qui est logique, car les gisements restants sont de plus en plus pauvres et difficiles d'accès. Et il est clair que la situation est pire dans le cas du pétrole : si 40 % des barils découverts sont du pétrole, celui-ci représente 76 % du total des dépenses en amont.
 
Il est également intéressant d'examiner les dépenses par région : actuellement, l'Amérique du Nord (États-Unis, Canada et Mexique) concentre la majeure partie des investissements, avec 34 % du total, un niveau bien supérieur à sa production.
 
Chapitre 2 : Taux de déclin observé et naturel des gisements de pétrole et de gaz naturel.
 
Là encore, le premier chiffre est éloquent. « Post-pic » désigne les gisements qui ont déjà dépassé leur pic de production et sont en déclin ; « en phase de montée en puissance » désigne les gisements mis en service après 2015 et qui n'ont pas encore atteint leur pic ; et « anciens gisements » désigne les gisements antérieurs à 2015 et qui n'ont pas encore atteint leur pic.
 
La grande majorité de la production provient de gisements de pétrole et de gaz ayant déjà dépassé leur pic de production (respectivement 80 % et 90 %). C'est à cette situation que nous devons remédier.
 
Et c'est précisément l'objet de ce chapitre : fournir de nombreux indicateurs de la catastrophe. Trois phases de déclin sont conventionnellement définies : la phase 1 (du pic à 85 % de la production), la phase 2 (de 85 % à 50 % de la production) et la phase 3 (de 50 % à la fin de l'exploitation). À partir de cette définition, ils dressent un tableau des taux de déclin annuels moyens observés selon les différents types de gisements.
 
Comme vous pouvez le constater, les taux de déclin observés s'accélèrent à mesure que la production progresse. Par conséquent, un taux de déclin moyen observé de 5,6 % indique clairement que les puits de phase 1 restent prédominants ; cependant, à mesure que les puits vieillissent, de plus en plus de puits passeront en phase 2 ou 3, et le taux de déclin annuel moyen grimpera en flèche.
 
Les chiffres moyens sont similaires pour le gaz naturel (phase 1 : 4,5 % ; phase 2 : 11,5 % ; phase 9,7 %), bien que son taux moyen soit légèrement plus élevé (6,8 % par an), ce qui indique que davantage de puits sont en phase 2 et que l'accélération de son déclin est plus avancée que pour le pétrole.
 
Ce chapitre contient de nombreuses autres analyses intéressantes, mais je ne les développerai pas ici.
 
Chapitre 3 : Implications des taux de déclin pour la production, l'investissement et la sécurité énergétique.
 
Comme dans chaque chapitre, le premier chiffre est éloquent. Voici comment la production de pétrole et de gaz évoluerait si les investissements en amont étaient stoppés, c’est-à-dire si on la laissait chuter à son rythme naturel :
 
Comme vous pouvez le constater, dans 25 ans, la production de pétrole et de gaz naturel sera pratiquement marginale. Ce qui est évidemment mauvais ; mais aussi, comme ils l'expliquent, avec l'exploitation croissante de gisements de pétrole et de gaz non conventionnels, à courte durée de vie et dont la production décline plus rapidement, les taux de déclin naturel s'aggravent avec le temps. En résumé, il devient de plus en plus difficile de maintenir une production constante.
 
Ils ont également analysé l'évolution de la situation si les meilleurs investissements possibles étaient réalisés dans les gisements existants et dans tous ceux déjà approuvés mais non encore exploités. La situation s'améliore, mais il ne faut pas croire que ce soit une bonne nouvelle. La conclusion est claire : il ne suffit pas de maintenir l'existant, ni d'exploiter ce qui est déjà connu. Il faut découvrir de nouveaux gisements, et ce, à un rythme soutenu (et de plus en plus soutenu).
 
Ils analysent ensuite le niveau d'investissement en amont à maintenir pour éviter une baisse de la production. Leur conclusion est que si nous maintenons le niveau actuel de 500 milliards de dollars par an, la production de pétrole et de gaz naturel augmenterait légèrement d'ici 2050. Le graphique qu'ils fournissent, illustrant le niveau de production selon différents scénarios d'investissement, allant de 0 à 500 milliards de dollars par an, est intéressant. Il est également important de noter que ce graphique suppose un taux de déclin constant (ce qui est faux).
 
Et au final, c'est la conclusion qu'ils semblent vouloir transmettre avec ce rapport : une certaine stabilité est possible au cours des 25 prochaines années, à condition de maintenir les niveaux d'investissement à environ 500 milliards de dollars par an.
 
Il est regrettable que le rapport se termine ainsi, sur cette conclusion. Bien sûr, cette analyse ne comprend pas mieux la géologie des gisements, car elle suppose que des gisements apparaîtront simplement si davantage d'argent est investi. En réalité, comme le montre leur graphique des découvertes, malgré le maintien du niveau d'investissement, on découvre de moins en moins de pétrole et de gaz. Tout simplement parce qu'il en reste de moins en moins, accessibles et faciles à exploiter.
 
Avec ce rapport, l'AIE a assuré ses arrières, comme à son habitude. Elle a déjà mis en garde contre le problème du déclin de la production et a donné la solution pour l'éviter : il faut investir davantage, et au moins 500 milliards de dollars. Ne serait-ce que parce que, comme elle le prévient elle-même, le déclin va s'aggraver dans les années à venir.
 
Nous verrons bien comment les WEO de cette année se dérouleront. Mais nous aurons certainement des surprises. Pour l'instant, préparez vos portefeuilles, car au final, c'est nous qui paierons pour ce pétrole, que nous investissions ou non dans l'amont.
 
Cordialement.
 
Antonio Turiel  17 09 25
 
https://crashoil.blogspot.com/2025/09/si-no-ponemos-mucho-dinero-no-habra.html
 
Chroniques de la chute  : Septembre 2025
 
Chers lecteurs,
 
Au moment où j'écris ces lignes, des manifestants sont encore présents dans plusieurs quartiers de Madrid, notamment autour de la place de Cibeles. Ces manifestations dans la capitale espagnole marquent le point culminant de trois semaines de protestations contre la Vuelta a España (Tour d'Espagne cycliste) en raison de la participation d'une équipe israélienne. Elles se sont progressivement intensifiées, depuis la poignée de manifestants près de ma ville hôte, Figueres, jusqu'aux centaines de personnes rassemblées au Pays basque, dans les Asturies et en Galice, pour finalement atteindre les dizaines de milliers de personnes qui ont aujourd'hui bloqué les rues de Madrid et empêché l'arrivée de l'étape et la cérémonie de remise des prix. Il appartiendra à d'autres d'analyser la lassitude de la population espagnole (et aussi européenne) face au massacre effroyable que l'armée israélienne perpètre sans discernement contre la population palestinienne (de manière très visible à Gaza et plus discrète en Cisjordanie), et comment cette explosion de colère et de protestation est en grande partie un rejet de nos propres élites (qui s'efforcent de dissimuler la gravité du génocide, et même lorsqu'elles le reconnaissent, elles le font discrètement et sans prendre de mesures décisives, au lieu de ne pas se plier à la volonté des génocidaires, quel que soit le pouvoir économique qu'elles contrôlent directement ou indirectement).
 
Mais je voudrais souligner un autre point ici : la circulation de l'information est de plus en plus lente et aléatoire, les manifestations lors de la Vuelta a España étant l'un des rares exemples où la population a pu s'identifier et se mobiliser, se rendant compte que le sentiment de rejet était partagé et loin d'être minoritaire. Ce n'est pas un hasard si, au fil des jours, de plus en plus de personnes ont rejoint les manifestations, jusqu'à la manifestation d'aujourd'hui à Madrid.
 
Ces mêmes jours, des manifestations massives et généralisées, parfois violentes, ont eu lieu en France, notre pays voisin. Lundi, le Premier ministre François Bayrou a été renversé après avoir soumis une motion de censure qu'il jugeait nécessaire à la mise en œuvre de mesures d'ajustement économique drastiques. Emmanuel Macron, n'osant pas convoquer de nouvelles élections législatives à l'issue incertaine, a immédiatement nommé un nouveau Premier ministre, Sébastien Lecornu, un homme de confiance.
 
Mercredi, répondant à un appel au blocage de l'ensemble du pays, des incidents, manifestations et altercations de toutes sortes ont eu lieu. De nouvelles journées de protestation sont prévues pour la fin du mois, et l'ambiance est de plus en plus tendue. Mais on en parle peu, très peu, en Espagne et, j'imagine, dans d'autres pays voisins de la France.
 
Pendant ce temps, l'Allemagne peine à se redresser. Le dernier trimestre a été marqué par une nouvelle baisse du PIB, compromettant la reprise économique naissante que les deux premiers trimestres de 2025 avaient laissé entrevoir. Les sondages montrent l'irrésistible ascension du parti d'extrême droite « Alternative pour l'Allemagne », qui constitue la réponse de l'électorat allemand à l'inefficacité de ses élites, incapables de le sortir de la récession qui s'est installée depuis qu'il a perdu l'accès à l'énergie bon marché russe.
 
Une bonne partie de l'énergie provient encore de Russie, en réalité, mais elle passe par des intermédiaires pour masquer son origine, ce qui explique son prix élevé. Une autre partie provient des États-Unis, notamment du gaz de schiste, qui n'a jamais été et ne sera jamais bon marché. Et sans intrants à bas prix, un pays comme l'Allemagne, où les salaires ne sont pas bas, ne peut être compétitif sur le marché mondial.
 
La transition énergétique s'enfonce lentement en Europe. Personne ne l'admet, mais peu à peu, les objectifs de la transition passent au second plan. La perte de compétitivité de la France et de l'Allemagne, la destruction d'emplois et, plus encore, le déclin constant de l'industrie automobile, l'une des industries les plus importantes d'Europe, sont particulièrement préoccupants. Il ne se passe pas une semaine sans nouvelles négatives dans ce secteur, sans issue raisonnable en vue, tandis que les ventes en Europe poursuivent leur baisse et que les ventes à l'étranger s'évaporent.
 
Mais tous ces problèmes sont remplacés par le réarmement, alimentant la menace fantomatique d'une guerre avec la Russie. Et comme la population se désintéresse depuis peu de la cause guerrière, ces dernières semaines ont été ponctuées d'informations, ces dernières fois largement relayées et sous le feu des projecteurs, visant à alimenter la psychose : la perte du GPS de l'avion d'Ursula von der Leyen, l'intrusion de drones russes dans les espaces aériens polonais et roumain… Une fois de plus, le flux d'informations est aléatoire. Sans être arbitraire.
 
De retour en Espagne, cette semaine, un communiqué de presse sponsorisé par les principales compagnies d'électricité a fait la une des journaux. Selon ce rapport, 83 % des nœuds du réseau électrique espagnol sont saturés et ne peuvent pas absorber toute la nouvelle production renouvelable attendue. On a même affirmé que cette saturation avait entraîné une perte de 60 milliards d'euros d'« investissements potentiels », en référence à un rapport de Spain DC qui citait ce chiffre. À titre d'exemple, ce rapport cite toutes les industries qui « ne peuvent pas décoller » en raison de ces déficiences du réseau, des centres de données aux « autres industries électro-intensives », curieusement non précisées.
 
Mais face à ces événements « urgents », le ministère espagnol de la Transition écologique a annoncé cette semaine une augmentation du budget alloué au renforcement du réseau électrique, qui atteindrait 13,59 milliards d'euros à investir d'ici 2030. Personne ne dira que tout cela est un mensonge. Personne n'expliquera que la demande d'électricité en Espagne est en baisse depuis 2008, soit depuis 17 ans, et que cette année se terminera certainement par une nouvelle baisse. La production d'électricité qu'ils tentent d'intégrer est inexistante : on observe actuellement des réductions de production, ou des pertes d'énergie qui pourraient être produites mais non utilisées, atteignant parfois plus de 20 %.
 
De grands fonds d'investissement se retirent depuis des mois de ce qu'ils savent être une activité non rentable, voire ruineuse. Et c'est sans compter les difficultés que pose l'intégration d'une telle quantité d'électricité renouvelable sans stabilisation. Peu importe : le plan est de maintenir l'IRE même en cas d'échec, et il n'existe aucune solution de rechange.
 
On suppose qu'une nouvelle production d'électricité est nécessaire et qu'elle doit être renouvelable, alors que ces deux affirmations sont fausses.
 
Pendant ce temps, pour revenir à la réalité, aux populations qui subissent l'inévitable déclin énergétique que nous traversons, nous constatons que les problèmes s'aggravent en Bolivie, au Mexique et au Nigéria, trois des points chauds de la baisse de disponibilité des combustibles dérivés du pétrole suite au pic de production de pétrole brut et de condensats de novembre 2018.
 
Le prix du baril de pétrole est resté modéré pendant des mois, ce qui laisse croire à de nombreux Occidentaux que la crise énergétique est révolue.
 
En réalité, la crise n'est pas répartie équitablement, et certains pays commencent tout simplement à être exclus de la distribution. Précisément pour éviter les pénuries. Bien sûr, cette situation ne peut durer indéfiniment, mais personne ne procédera à une analyse approfondie du problème. Personne ne parlera de la catastrophe imminente tant qu'elle ne sera pas imminente et inévitable.
 
Par ailleurs, alors que des informations précises sur la situation énergétique mondiale sont nécessaires, nous constatons que nous en aurons beaucoup moins. Pour commencer, cette année, l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA) ne publiera pas son rapport annuel en raison des coupes budgétaires de Trump. Quant au rapport annuel de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), auquel nous consacrons chaque année un article sur ce blog, il n'a toujours pas de date de publication. Les autres années, il était publié en octobre, et nous aurions désormais une date précise, mais cette année, il semble qu'il soit retardé. La raison ? Probablement parce que, comme le souligne Javier Blas, le projet auquel il a eu accès montre la reprise d'un scénario disparu il y a quelques années, le scénario des politiques actuelles, probablement sous la pression de l'administration américaine actuelle. Un scénario dans lequel on ne s'attend plus à une baisse de la consommation de charbon, de pétrole et de gaz, simplement parce qu'il n'y a plus de volonté aux États-Unis (et, même s'ils refusent de l'admettre, en Europe non plus) de poursuivre la lutte contre le changement climatique.
 
Mais, bien sûr, il sera compliqué de concilier cela. Jusqu'à présent, on a utilisé le discours du pic de demande, c'est-à-dire que la consommation de pétrole diminuerait parce que nous voulions consommer moins, et non parce qu'il n'y en avait pas. Cependant, tant aux États-Unis qu'en Europe, il est urgent de redresser la situation économique. Pour cela, les énergies fossiles sont nécessaires, la transition énergétique ayant échoué.
 
Nous ne voulons donc plus consommer moins de pétrole. Mais, après avoir clamé pendant des années que nous étions en plein pic de demande, qui, à l'AIE, explique aujourd'hui qu'en réalité, nous avons déjà atteint le pic de l'offre et que la production de pétrole ne sera pas plus importante, mais plutôt de moins en moins importante ? D'où la nécessité de prendre du temps pour rectifier le tir. L'analyse du WEO de cette année promet d'être passionnante…
 
Crise sociale, crise énergétique… et, rappelons-le, nous sommes au bord d’une nouvelle catastrophe climatique. Cet automne est une période de risque maximal. Mais on n’en parle pas non plus. Cela n’arrive pas. Jusqu’à ce que cela arrive.
 
Par conséquent, si quelque chose caractérise ce moment, c’est le black-out de l’information. Un phénomène omniprésent, mais qui s’accentue. Aléatoire, mais pas arbitraire.
 
Pour conclure cet article, je voudrais évoquer un fait d’actualité dont on parle le moins possible : la flottille mondiale Sumud, un groupe de bateaux naviguant actuellement vers Gaza avec de la nourriture et des médicaments. Un groupe de personnes non armées entend apporter une aide essentielle à ceux qui sont en voie d’extermination, et que le gouvernement israélien a déjà menacé de traiter comme des terroristes.
 
Parmi les nouvelles que vous n’avez peut-être pas lues ces derniers temps, on trouve celle selon laquelle, alors qu’ils étaient à quai dans le port de Tunis, ils ont subi deux attaques de drones venus de la haute mer et transportant de petits engins incendiaires – une attaque de faible intensité, mais qui sert d’avertissement.
 
Encore une nouvelle que vous n'apprendrez pas aujourd'hui, mais qui mérite peut-être d'être connue.
 
Cordialement.
 
Antonio Turiel
 
https://crashoil.blogspot.com/2025/09/cronicas-de-la-caida-septiembre-de-2025.html

Barcelone est actuellement confrontée à une possible DANA (Dépression Isolante de Haut Niveau)..... La ​​menace est latente après la catastrophe de Valence et le souvenir inoubliable de 1862.

Le développement urbain dans les zones inondables et la concentration de population exposent la métropole catalane à un risque systémique sans précédent, malgré l'amélioration des infrastructures. La tragédie survenue à Valence en 2024 rappelle que la combinaison du changement climatique, d'une planification défaillante et d'un manque de mesures préventives et d'intervention d'urgence peut avoir des conséquences dévastatrices dans toute la région méditerranéenne.

Le 29 octobre 2024, une DANA (Dépression Isolante de Haut Niveau), alimentée par une mer Méditerranée exceptionnellement chaude, a provoqué des tempêtes statiques sur Valence et Cuenca. Les déversements d'eau ont dévasté des zones inondables où des habitations et des infrastructures avaient été construites sans planification urbaine rigoureuse, mettant en évidence un manque de culture de précaution qui a entraîné de terribles pertes humaines et matérielles.

Face à la possibilité qu'une catastrophe similaire se reproduise, des voix critiques se sont élevées. À l'été 2025, Antonio Turiel, scientifique au CSIC, a accusé les administrations publiques catalanes et nationales de ne pas avoir pris de mesures préventives contre ce risque grave, notamment à Barcelone et dans sa région métropolitaine. « Je les accuse de ne pas avoir planifié [...] de mesures pour réduire les pertes humaines en cas d'inondations majeures, de ne pas avoir étudié les zones les plus vulnérables, ni les bâtiments ou les rues susceptibles de s'effondrer », a déclaré Turiel.

La vulnérabilité de Barcelone révélée

Plusieurs rapports, comme celui de l'Observatoire du développement durable, confirment l'existence de vastes zones inondables à Barcelone, affectant les infrastructures, les industries et les habitations. La principale menace provient du fleuve Besòs, dont les crues torrentielles pourraient affecter des milliers d'habitants de quartiers densément peuplés.

Selon l'Observatoire, près de 97 500 Barcelonais vivent dans des zones à risque d'inondation moyen, la plupart ignorant leur exposition réelle. Le profil des quartiers les plus vulnérables correspond aux zones à faibles revenus et à forte densité de développement, où la forte concentration d'asphalte et de ciment réduit la capacité d'absorption des sols. Historiquement, ces zones sont non seulement plus touchées en cas d'urgence, mais rencontrent également de plus grandes difficultés de reconstruction.

Le Besòs et la mémoire de l'inondation de 1862

Barcelone conserve la mémoire historique de la pire catastrophe naturelle de son histoire : la grande inondation de 1862, qui, selon des sources officielles de l'époque et des témoignages comme celui de l'écrivain Hans Christian Andersen, fit près d'un millier de morts et inonda même les Ramblas. Le journal Diario de Barcelona de septembre de la même année a largement documenté les conséquences de la catastrophe.

Bien que lors des récents épisodes d'inondation, le Besòs ait atteint des niveaux proches de la crue dans des zones comme le Parc Fluvial, inondant les promenades et perturbant les services, aucun incident grave ne s'est produit dans la ville. Cependant, ces inondations ont touché des municipalités telles que Sant Adrià de Besòs, Badalona et Santa Coloma de Gramenet. Bien que les autorités aient renforcé les systèmes d'alerte et les protocoles d'intervention, les infrastructures de confinement actuelles ont été conçues avec des paramètres de retour inférieurs à ceux des événements extrêmes observés aujourd'hui.

Risque systémique versus sécurité technique

Les experts mettent en garde contre un paradoxe dangereux. Bien que la « sécurité technique » actuelle, grâce aux progrès de la protection civile et de la gestion des risques, soit supérieure à ce qu'elle était en 1862, le « risque systémique » est bien plus important. La densité de population et d'infrastructures critiques (métro, trains, communications) à proximité des zones inondables a créé une vulnérabilité sans précédent.

Les chercheurs de l'Observatoire du développement durable et du CREAF soulignent que, si une inondation comme celle de 1862 causerait probablement moins de décès directs aujourd'hui, l'impact global sur les biens, les infrastructures et la structure sociale serait considérablement plus important.

La ville vit dans un faux sentiment de sécurité alors que le risque d'une catastrophe de grande ampleur demeure latent.

Alejandro Sacristán.

Madrid

Arrêtez-les...

Chers lecteurs,

Je n'avais pas l'intention d'écrire sur les incendies catastrophiques qui ravagent plusieurs provinces, et notamment ma ville natale de León, car je ne suis pas spécialiste des incendies de forêt et que le sujet a déjà fait l'objet de nombreux articles, notamment de très bons articles rédigés par des personnes ayant une réelle connaissance du sujet. Cependant, omettre toute mention de ce qui est aujourd'hui une source de grande angoisse en Espagne, et particulièrement dans mon pays, dans un blog comme celui-ci consacré à la perte de durabilité de notre société, me semblait inapproprié.

Mais, comme je le dis, n'étant pas expert en la matière, je n'entrerai pas dans les détails techniques. Compte tenu de mes maigres connaissances sur le sujet (l'impact du changement climatique), il serait tentant d'attribuer tout ce qui se passe aux effets du changement climatique, mais ce n'est pas vrai.

Certes, les températures élevées favorisent les incendies plus difficiles à contrôler et facilitent le déclenchement d'incendies de sixième génération. Il est également vrai que les pluies printanières très abondantes, alimentées par le changement climatique actuel, ont créé ce que l'on appelle l'« effet coup de fouet » : des précipitations anormalement abondantes entraînent une croissance rapide de toutes sortes de plantes, qui se dessèchent plus rapidement avec l'arrivée des températures extrêmes actuelles, ajoutant ainsi une grande quantité de combustible sec.

Mais, à l'instar de ce qui s'est passé avec la catastrophe DANA qui a dévasté Valence l'année dernière, une grande partie de ce qui se passe est liée à un modèle de gestion des terres. Le manque d'intérêt pour la prévention, l'absence de mesures adéquates, l'abandon des zones rurales favorisé par des politiques d'extractivisme massif, la réduction des ressources publiques consacrées à la lutte contre les incendies (perçues par nos dirigeants comme une dépense inutile ou peu rentable)… Tout cela n'est pas accidentel ; c'est la conséquence d'un système économique prédateur et écocidaire, incapable d'arrêter quoi que ce soit et qui menace les fondements mêmes de la vie, y compris la vie humaine. Je lis actuellement un livre magistral qui condense toutes ces idées, « Incendios » d'Alejandro Pedregal – j'espère en faire bientôt la critique – et que je recommande vivement pour vous donner une perspective plus large sur ce qui nous arrive.

Je voudrais donc simplement proposer quelques réflexions sociales supplémentaires sur la situation actuelle. Le manque de moyens de lutte contre les incendies, conjugué au grand nombre d'incendies (essentiellement criminels, c'est certain), a laissé les habitants de nombreuses villes seuls, sans aucune aide. Les responsables régionaux, par leurs déclarations et leur silence éloquent, reconnaissent leur impuissance.

L'État lui-même : il y a quelques heures, la ministre de la Défense, Margarita Robles, a reconnu que, face à l'ampleur de la catastrophe, il n'y avait vraiment aucune ressource pour arrêter ces incendies, et que nous étions à la merci d'un changement de météo qui apporterait la pluie tant attendue. L'idée véhiculée est qu'il existe des zones où il n'y a plus rien à faire, donc rien ne sera fait, et que le feu continuera à brûler jusqu'à s'éteindre de lui-même. Or, pour ceux qui y vivent, cela équivaut à perdre la vie : leur maison, leurs moyens de subsistance, leurs biens, tout.

Il n'est donc pas surprenant que, face à la négligence institutionnelle, les habitants de nombre de ces lieux, courageusement et avec les ressources limitées dont ils disposent, aient mené une bataille inégale pour sauver ce qui leur appartient. Pour sauver leur vie. Dans bien des cas, ils ont tout perdu, même leur propre vie, malheureusement. Ces personnes ne peuvent se permettre de renoncer à la légère à tout depuis leur bureau dans la capitale. Peu de faits illustrent aussi clairement que la lutte contre ces incendies est une lutte de classes, un concept que l'on dit souvent dépassé, mais qui, en réalité, ne cesse de réapparaître.

Et au cœur de cette catastrophe, nous observons – comme cela s'est déjà produit dans le cas de la DANA – une nouvelle lutte absurde pour l'attribution des responsabilités entre les régions autonomes et l'État. Certes, les régions autonomes sont compétentes en matière de prévention et d'extinction des incendies, et leur inadaptation est de leur faute, notamment face à la dégradation des conditions matérielles due au changement climatique. Et bien sûr, l'État peut à tout moment élever le niveau d'urgence et prendre le commandement. Mais il ne le fait pas, car il sait que les régions autonomes l'accuseront d'interventionnisme et lui en feront porter toute la responsabilité lorsque l'impossibilité d'agir deviendra évidente.

Parallèlement, les régions autonomes ne demandent pas à l'État de prendre le commandement, car cela équivaudrait à un aveu d'impuissance et à une atténuation de sa responsabilité dans l'échec final. L'un après l'autre, au final, personne ne bouge, et l'état d'urgence national, ce qu'il est indéniablement, n'est pas déclaré, et toutes les mesures mobilisables ne le sont pas – même si cela devait prouver que cela ne suffit pas.

Au fond, il y a une certaine crainte de montrer clairement qu'en réalité, après des décennies de dilution et de destruction de la sphère publique, l'État manque véritablement des moyens de répondre aux défis de l'avenir. Car cela conduirait les citoyens à poser une série de questions gênantes auxquelles personne ne veut répondre, et à exiger une nouvelle allocation des ressources de l'État que personne ne veut envisager, à moins qu'il ne soit question d'allouer autant d'argent à des projets inutiles ou à des armes qu'il vaudrait mieux laisser inutilisées.

Nous vivons une époque d'inefficacité croissante de l'État, alors que les ressources se raréfient, que les difficultés (notamment environnementales, mais pas seulement) s'accentuent et que les opportunités de profit pour le capital (qui relève en fin de compte de la responsabilité de l'État) se réduisent. À mesure que les crises s'aggravent, l'État devient de plus en plus inutile. C'est une caractéristique du processus de décomposition du capitalisme.

Ce qui se passe avec les incendies n'est pas une coïncidence, mais une nécessité. C'est un phénomène qui arrange le capitalisme prédateur, qui cherche à vider tout l'espace et à parquer les gens dans les villes, afin de transformer tout le territoire en mine, en site d'extraction. Ce que nous vivons n'est qu'une phase supplémentaire de la lutte finale. La lutte pour la vie. Parce que les forêts nous maintiennent en vie, elles remplissent des fonctions écosystémiques fondamentales pour nos vies, de la régulation du cycle de l'eau à la maîtrise du ruissellement, du maintien de la biodiversité à la protection contre la propagation des maladies, de la maîtrise des températures à la préservation de nos cultures. Même les citadins les plus aliénés se rendent compte que perdre une forêt, c'est perdre quelque chose de profond, d'important, d'intime et de vital. Nous ne pouvons maintenir cet ordre (ou ce désordre). Il faut y mettre un terme immédiatement.

cordialement

Antonio Turiel 18 08 25

 

Chers lecteurs :

Comme beaucoup d’entre vous le savent déjà, une grande partie de mes recherches porte sur l’observation des océans par satellites artificiels. Pendant 18 ans, j’ai travaillé intensivement sur la mission SMOS de l’Agence spatiale européenne (ESA). Le professeur Jordi Font, mon supérieur à mon arrivée à l’Institut des sciences de la mer, homme et scientifique remarquable, était le co-responsable de cette mission d’observation de la Terre par satellite.

Quelques années avant de prendre sa retraite, il m’a transmis la direction du groupe de recherche sur la salinité des satellites à l’Institut des sciences de la mer du CSIC (Conseil national de la recherche scientifique) à Barcelone, où je travaille. Outre SMOS, j’ai travaillé avec les données d’une douzaine d’autres missions, spécialisées dans la mesure de la température de surface de la mer, de la couleur de l’océan et des courants de surface, entre autres variables. J’ai également utilisé ponctuellement les données d’autres missions d’observation de la Terre, au-delà des océans, dans le cadre de nombreuses collaborations nationales et internationales.

C’est pourquoi je suis parfaitement conscient des changements intervenus ces dernières années dans le domaine de l’observation de la Terre par satellite. Et plus particulièrement d'un processus que j'appelle « l'abandon technologique ». Il ne s'agit pas d'un événement brutal, ni d'un changement radical survenant du jour au lendemain, mais plutôt d'une succession d'événements, échelonnés dans le temps, mais marqués par des moments marquants, qui ont tous en commun de définir le lent processus d'abandon d'une technologie.

Je crois sincèrement que c'est le cas dans le domaine technologique sur lequel je travaille. Et je crois aussi que nous traversons une période d'accélération de cet abandon technologique, alimentée par les changements, plus ou moins évidents, qui se produisent sur la scène géopolitique mondiale.

En juillet dernier, le programme de satellites météorologiques de défense (DMSP) a reçu l'ordre de cesser ses activités. Il s'agit d'un ensemble de satellites du Département de la Défense américain utilisés par la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration), l'agence gouvernementale américaine responsable des prévisions météorologiques, océaniques et climatiques, pour améliorer les prévisions numériques des modèles météorologiques, et notamment des ouragans.

À l'époque, on estimait que l'impact de la fin du DMSP serait mineur, compte tenu de la décision de mettre fin au programme prise en 2015, du fait que les satellites à désactiver avaient largement dépassé leur durée de vie utile et qu'ils seraient remplacés par des satellites plus modernes.

Cependant, d'autres mouvements parallèles indiquent que la situation est loin d'être rose. Il y a quelques mois, la NOAA a décidé de reporter la maintenance des satellites du Joint Polar Satellite System (JPSS), l'un des systèmes censés remplacer le DMSP. Parallèlement, des réductions de personnel et des restructurations ont déjà été ordonnées au sein même de la NOAA, et des licenciements massifs sont prévus lors de l'approbation du nouveau budget fédéral en octobre. De nombreux chercheurs de cette institution et d'autres ont commencé à envisager une relocalisation en Europe (certains même en Espagne).

Le démantèlement des satellites Terra et Aqua, ainsi que des satellites NOAA-15, NOAA-18 et NOAA-19, est particulièrement grave. Avec eux, les États-Unis se retrouveront privés de capteurs AVHRR (ceux des satellites européens METOP resteront), mettant ainsi fin à la plus longue série de données de température de surface de la planète. Plus grave encore, ils se retrouveront privés de capteurs CERES, compromettant la continuité d'une série actuellement cruciale pour l'étude du déséquilibre radiatif de la planète (qui a augmenté de manière alarmante ces dernières années ; c'est ce graphique que je mentionne souvent dans mes dernières présentations, qui est le plus important que vous verrez cette année).

Gráfico generado por Leon Simons a partir de los datos del programa CERES.

 
L'argument est que ces systèmes (tous vieux de plusieurs années) seront remplacés par des systèmes plus modernes. Cependant, ce remplacement n'est pas si évident aujourd'hui, car les nouveaux capteurs ne peuvent pas mesurer les mêmes variables que les anciens, et certaines séries seront sans doute interrompues. Une situation qui ne m'est pas étrangère, à un niveau plus direct et personnel, si l'on considère maintenant l'Europe : nous essayons depuis des années de garantir la continuité des observations de radiométrie micro-ondes en bande L (utilisées par SMOS pour mesurer la salinité de la surface de la mer), et nous obtiendrons tout au plus des observations de résolution spatiale et temporelle inférieure grâce au satellite CIMR (à condition que son lancement soit effectué à temps pour éviter une interruption des données dans la série).
 
Mais deux événements récents aux États-Unis confirment que nous entrons dans une période radicalement nouvelle, qui va au-delà du simple déclin dû au manque de financement. D'une part, l'administration Trump a décidé que les satellites OCO, qui mesurent les niveaux de CO2 atmosphérique, seraient supprimés d'ici la fin de l'année. Dans ce cas précis, il ne s'agit pas de vieux satellites, et la légalité de la mesure est même remise en question. Pourtant, l'ordre est clair : les satellites doivent être contraints de rentrer dans l'atmosphère, ce qui entraînera leur destruction. Si l'ordre est finalement appliqué, le mal sera fait, car le remplacement de ces satellites prendrait des années. L'intention politique est claire : nous devons cesser de mesurer le CO2, et en particulier d'enquêter sur les zones où se produisent les plus fortes émissions. Si ce n'est pas le cas, les plus gros pollueurs ne pourront être tenus responsables.
 
D'un autre côté, le Département de l'Énergie américain a publié il y a quelques jours un rapport sur l'impact climatique des émissions américaines de CO2. Ses conclusions sont d'une aberration catastrophique : selon ce rapport, l'impact du CO2 est très faible, et celui des émissions américaines en particulier est indétectable.
 
Il est donc évident qu'aux États-Unis, la recherche sur le changement climatique cessera de facto et, pour ce faire, les États-Unis non seulement réduiront les financements, mais élimineront également les systèmes de mesure et même les bases de données actuellement disponibles, tout en fabriquant un récit disculpatoire aberrant. Cela n'a rien de surprenant de la part d'un président négationniste, même si l'audace dépasse toutes les attentes.
 
Et pendant ce temps, que se passe-t-il de ce côté-ci de l'Atlantique ?
 
Nous n'avons pas encore de confirmation complète, mais les perspectives ne sont pas très brillantes non plus, dans notre cas pour une autre raison : les plans de réarmement en prévision de nouvelles guerres coloniales. D'après les quelques informations que mes collègues et moi avons pu recueillir, le nouveau programme « Résilience spatiale » de l'ESA, axé sur la sécurité, sera au cœur des discussions lors de la prochaine réunion ministérielle de novembre, et les contributions financières des pays seront probablement réduites dans d'autres programmes considérés comme moins critiques, comme l'observation de la Terre (un paradoxe à l'heure où les problèmes environnementaux se multiplient, comme on le voit ces jours-ci avec les incendies qui font rage en Espagne).
 
Au niveau de l'Union européenne, les choses ne sont pas aussi tranchées, mais les progrès semblent aller dans la même direction et vers le même concept de « résilience ». Mais le vent le plus froid souffle encore plus fort en Espagne : nous n’avons reçu aucune annonce officielle, mais après avoir pris connaissance des résultats du dernier appel à projets du Plan national et des messages reçus de différentes personnes impliquées dans son évaluation, nous mettrons l’accent, dans les années à venir, sur la nature « duale » de nos recherches. Cela signifie que les travaux sur les technologies et les applications, tant civiles que militaires, seront privilégiés.
 
L’essentiel : justifier une partie des investissements dans la science comme une réponse aux 2,1 % du PIB que le président Pedro Sánchez s’est engagé à consacrer à la défense et à l’armement. Comme vous pouvez l’imaginer, cela a suscité de vives inquiétudes dans ma communauté, et c’est un sujet de discussion très actif en ce moment. Que faire ? Devrions-nous baisser la tête et commencer à chercher des applications pour nos connaissances dans l’art de tuer ? Ou devrions-nous nous rebeller et refuser, en acceptant de devoir licencier des jeunes – et des moins jeunes – car nos financements seront drastiquement réduits ?
 
Ironiquement, en termes d'accès aux observations, l'avancée massive de la Chine dans l'observation de la Terre, pays qui a toujours été très réticent à partager ses données, pourrait nous aider à maintenir nos axes de travail et de développement actuels. Cependant, nous continuerons d'avoir des difficultés à accéder au financement, à moins de trouver un créneau de recherche raisonnable ou d'accepter de travailler pour l'armée.
 
Épilogue personnel : Il y a quelques années, j'ai confié la direction du groupe sur la salinité à ma collègue, le Dr Estrella Olmedo, même s'il me reste encore plus de dix ans avant la retraite. Je pense qu'elle l'a mérité compte tenu de son travail intense au cours de ces années et parce qu'il est important d'offrir des opportunités à ceux qui n'ont pas encore fait évoluer leur carrière. Ainsi, dans la dernière ligne droite de ma carrière, j'ai pu me consacrer à une multitude de sujets qui m'intéressent et que je souhaite approfondir, tout en étant toujours disponible pour apporter mon aide si nécessaire. J'étais conscient du fardeau que je portais sur ses épaules compétentes (rien n'est gratuit en ce monde), mais ce que je n'imaginais vraiment pas, c'est qu'elle (ainsi que mes autres collègues seniors avec lesquels nous travaillons) serait contrainte de prendre des décisions très difficiles.
 
Je ne peux pas non plus dire que ce qui se passe soit véritablement surprenant, compte tenu du sujet de ce blog et de mes activités de sensibilisation. Comme je l'ai dit au début, nous entamons un processus de fin technologique : notre société hypercomplexe ne peut se permettre de conserver actives toutes les technologies qu'elle a développées et, avec le temps, elle abandonnera celles qui offrent le moins de rendement ou dont le sacrifice est le moins coûteux. C'était un processus prévisible, tout comme il était tout à fait prévisible que les technologies spatiales en particulier, et plus particulièrement celles liées à l'observation de la Terre à des fins civiles, seraient parmi les premières à tomber en désuétude, à atteindre la fin technologique. Bien sûr, il s'agit d'un processus, et non d'un événement ponctuel, et l'observation de la Terre par satellite continuera donc d'exister pendant des décennies, même si elle deviendra de plus en plus restreinte et marginale. Il reste à voir si, en tant que société, nous sommes capables de relever non seulement ce défi, mais aussi les nombreux autres auxquels nous sommes confrontés, et si nous pouvons inverser la tendance.
 
Seul l'avenir nous le dira.
 
En attendant, dans l'immédiat, pour les groupes de recherche concernés, et dans mon cas particulier, nous devrons réfléchir à la manière de traverser ces eaux troubles, tout en suivant l'inévitable déclin de la civilisation industrielle. Nous ne manquons ni d'idées, ni de talents, surtout ceux de mes collègues. Nous avons juste besoin d'opportunités.
 
Cordialement.
 
Antonio Turiel
 
https://crashoil.blogspot.com/2025/08/el-fin-de-la-observacion-de-la-tierra.html

« Un ouragan de catégorie 1 pourrait faire monter le niveau de la mer à La Corogne jusqu’à deux mètres. »...... Le changement climatique intensifie les phénomènes extrêmes et transforme notre environnement de manière irréversible.

Ce scientifique a averti en septembre que des événements extrêmes pourraient affecter Valence et Barcelone : « Cela s’est déjà produit au Sahara. »

La hausse de la température de la mer altère non seulement les écosystèmes marins, mais aussi l’intensité et la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes. Dans le cas de la péninsule ibérique, le réchauffement anormal de l’Atlantique et de la Méditerranée pourrait favoriser la formation d’ouragans et d’ondes de tempête, avec des conséquences de plus en plus graves pour les zones côtières.

Antonio Turiel, chercheur au Conseil national de la recherche scientifique (CSIC), a mis en garde contre les effets qu’un ouragan pourrait avoir sur des villes comme La Corogne. Dans une interview accordée à la chaîne YouTube El Bosque del Lobo, Ramiro J. Freire a expliqué les mécanismes physiques qui font monter le niveau de la mer lors de ces événements, même sans tenir compte des vagues.

Risque réel d'inondations en zone urbaine

« Les ouragans peuvent, sans vagues, faire monter le niveau de la mer jusqu'à 6 mètres. Ce serait un ouragan de catégorie 5 », a expliqué Turiel. Le phénomène est directement lié aux chutes soudaines de pression atmosphérique : « L'atmosphère est lourde, et si sa pression diminue, l'eau monte. C'est inévitable.» En Espagne, « un ouragan de catégorie 1 ferait monter le niveau de la mer de 1 ou 2 mètres », un scénario probable pour des villes comme La Corogne.

« Nous faisons l'inverse de ce que nous devrions. »

Concernant le cas spécifique de la Galice, Freire a proposé un scénario : « Une simple élévation du niveau de la mer de 4 ou 5 mètres dévasterait tout le centre de La Corogne.» Face à ce scénario, Turiel a exclu l'arrivée imminente d'ouragans de catégorie 5, mais a jugé plausible l'arrivée d'ouragans de catégorie 1, avec une élévation du niveau de la mer atteignant « 1 ou 2 mètres, ce qui serait déjà un véritable désastre ». À cela s'ajouteraient des vents soutenus, des pluies intenses et des effets cumulatifs tels que des vagues de fond.

Turiel a également critiqué le manque de préparation des pouvoirs publics face à ces risques : « Certaines habitations en construction ne sont pas préparées pour résister aux ouragans.» Il a également dénoncé des décisions récentes, comme l'autorisation de construire plus près des côtes après l'ouragan de fin 2024 :

« La loi a été modifiée pour autoriser la construction à 200 mètres des côtes. C'est une absurdité criminelle. »

Selon lui, aucune action responsable n'est entreprise face à un phénomène qui montre déjà ses premiers signes.

 
https://www.elconfidencial.com/alma-corazon-vida/2025-07-29/antonio-turiel-csic-sobre-huracanes-coruna-mar-1qrt_4181429/

Ricochet

Chers lecteurs :

Comme vous le savez probablement si vous vivez de ce côté-ci de l’Atlantique, le gouvernement espagnol a récemment échoué dans sa tentative de faire valider le décret-loi portant mesures urgentes visant à renforcer le système électrique. Initialement approuvé par le gouvernement le 24 juin, ce décret devait être validé par le Congrès dans un délai d’un mois. Lors du vote du 22 juillet, il a été rejeté (et donc rendu nul et non avenu).

Ce décret a acquis une importance capitale suite au choc provoqué par la panne générale d’électricité en Espagne le 28 avril. Le gouvernement et les principales compagnies d’électricité ont insisté sur son caractère essentiel pour prévenir de futures pannes. Ces derniers jours, constatant l’absence de majorité suffisante pour le valider, les principales compagnies d’électricité ont multiplié les déclarations, affirmant notamment que son rejet mettrait en péril des investissements de 200 milliards d’euros.

On a beaucoup parlé des motivations politiques des partis qui ont voté contre, et des épouvantails chers aux industriels ont été brandis en grande pompe, comme celui de qualifier ceux qui s'y sont opposés de « négationnistes », de « retardataires » ou de « s'en prenant à la cause climatique », acceptant l'argument très discutable selon lequel ce modèle d'industrie de l'électricité renouvelable (IRE) permettrait de progresser vers la décarbonation, un argument pourtant très discutable pour de très bonnes raisons.

De plus, ces positions maximalistes des industriels produisent généralement l'effet inverse de celui recherché, renforçant le sentiment viscéral de ceux qui rejettent l'IRE.

Quoi qu'il en soit, je voudrais laisser de côté ces considérations politiques et ces allers-retours pour me concentrer sur des questions plus techniques. En particulier, que dit le décret abrogé et son abrogation est-elle vraiment si grave ? Et aussi, en l'analysant, pouvons-nous comprendre les raisons qui ont poussé les partis à voter contre (et pour).

Le premier constat est qu'au lieu d'un décret de mesures urgentes visant à prévenir une panne de courant, nous sommes en présence d'une loi omnibus qui réglemente de nombreux aspects liés au marché de l'électricité. Pire encore, les mesures proposées sont très disparates, et certaines d'entre elles sont très discutables.

Ces mesures peuvent être classées en trois grandes catégories : les mesures techniques pouvant contribuer efficacement à prévenir les pannes ; les mesures visant (bien que non reconnues) à sauver le secteur des énergies renouvelables ; et les mesures visant à promouvoir l'électrification de la société.

Cette classification n'est pas exhaustive, et il subsiste donc une bonne poignée de mesures diverses qui ne correspondent pas à ces trois types (dont certaines très importantes et positives, comme l'extension à 5 km de la distance pour la création de communautés énergétiques). Cependant, les trois types définis constituent toujours l'essentiel du règlement.

Cela soulève une première réflexion : si ce règlement avait été présenté comme une loi plutôt que comme un décret-loi, il aurait ouvert la voie à des amendements aux articles spécifiques les plus controversés et aurait donné lieu à une loi approuvée par la majorité du Parlement. Bien sûr, l'élaboration d'une loi est lente, mais il semblerait plus logique de n'inclure dans le décret que les réglementations les plus techniques (qui sont également les plus urgentes) et donc moins controversées, laissant le reste à l'examen d'une loi ultérieure.

Avec cette ruse consistant à tout condenser dans un même décret-loi et à tenter ainsi de forcer les autres parties à l'accepter (une malversation législative malheureusement courante en Espagne, où les décrets-lois sont surutilisés), on aboutit finalement au rejet de tout, aussi bien de ce qui est approprié – et urgent – que de ce qui est discutable.

Parmi les mesures plus techniques, on trouve de nombreux aspects de régulation, de supervision et d'installation de systèmes qui assureraient au réseau de transport, exploité par Red Eléctrica Española, une plus grande stabilité et une plus grande robustesse. Sans entrer dans le détail de chaque mesure, la question est de savoir qui financerait tous les systèmes à installer ; à mon avis, certains d'entre eux sont des systèmes de centrales, qui doivent accompagner chaque centrale de production et devraient donc être financés par leurs propriétaires.

Quant aux mesures de sauvetage, elles semblent être mélangées à d'autres et comportent parfois un volet général et un autre véritablement destiné à favoriser (voire à sauver) le secteur des énergies renouvelables.
 
Il convient de rappeler que depuis plusieurs mois, nous assistons à un effondrement et un désinvestissement progressifs dans les énergies renouvelables et leurs dérivés, non seulement en Espagne mais dans le monde entier, en raison de l'échec indéniable, à ce jour, du REI, dont nous avons tant parlé et sur lequel je ne reviendrai pas. Ce qui a le plus fait parler ces derniers temps, c'est la perte due à l'expiration des concessions d'accès au réseau pour les projets non encore achevés (les « jalons administratifs »), dont les dates d'exécution s'échelonnent sur plusieurs phases et que le décret a prolongé de trois à cinq ans.
 
Bien sûr, la perte de ces droits de raccordement est un coup dur, mais n'oublions pas que l'Espagne dispose actuellement d'une capacité de production d'électricité excédentaire (130 GW de capacité installée pour une consommation moyenne de 26,5 GW) et que les opportunités d'affaires sont rares (c'est pourquoi les investisseurs hésitent depuis un certain temps). À mon avis, d'autres mesures visant clairement à améliorer la rentabilité des projets renouvelables, au moyen d'astuces parfois peu judicieuses (comme l'exemption de certains projets de déclaration d'impact environnemental, la promotion de régimes d'utilité publique favorisant les expropriations obligatoires ou l'octroi de certains privilèges d'accès aux installations de batteries), sont bien plus importantes.
 
L'un des aspects qui sera probablement le fer de lance des années à venir sera précisément les installations hybrides, composées d'énergies renouvelables et de parcs de batteries, qui serviront à la fois à produire de l'électricité, à la stocker et à contribuer à la régulation du réseau. De fait, face à la contraction marquée du marché de la production d'énergies renouvelables, de nombreuses entreprises du secteur se positionnent pour fournir un nouveau service : la régulation du réseau par batteries.
 
Le problème des batteries, outre leur coût élevé, est qu'elles ne produisent pas d'électricité ; elles ne font que la gérer ; elles représentent donc en réalité un coût. En ce sens, le décret a ouvert la voie à la rémunération de ce type d'installations de diverses manières, le modèle d'hybridation étant l'une des options les plus prometteuses, tant par le biais d'aides et de subventions que par un accès avantageux au réseau.
 
Une autre mesure de sauvetage notable est la réduction temporaire, applicable uniquement jusqu'en 2025, du nombre minimum d'heures de fonctionnement requis pour que les centrales photovoltaïques puissent bénéficier du régime de rémunération dont elles bénéficient. Cette mesure vise à compenser le fait que, depuis le 28 avril, une augmentation de la production a été imposée par les centrales à cycle combiné afin de garantir la stabilité du réseau, et l'augmentation générale des réductions de puissance pour des raisons techniques.
 
Avec un réseau saturé de centrales photovoltaïques, il est impossible que toutes les centrales puissent bénéficier du régime de rémunération, non seulement cette année, mais toutes les années à venir. Le législateur espère évidemment qu'un grand nombre de batteries et de systèmes de stabilisation seront installés très rapidement, permettant ainsi une production croissante d'énergie photovoltaïque.
 
Enfin, il y a toutes les mesures visant à promouvoir l'électrification de la société, qui sont en réalité des mesures visant à augmenter la consommation d'électricité. Rappelons qu'en Espagne, comme dans l'Union européenne, la consommation d'électricité est en baisse, avec des fluctuations, depuis 2008.

 

 

 

Ces mesures sont classiques, y compris la promotion des voitures électriques. Bien sûr, cette perspective est totalement déconnectée de la réalité sociale espagnole. On n'a toujours pas réussi à comprendre pourquoi la consommation d'électricité stagne depuis des années à 23 % de la consommation finale d'énergie et, de fait, continue de baisser en termes absolus.

Un jour, il faudrait proposer un audit du Plan national intégré énergie-climat et une réflexion critique sur les raisons pour lesquelles les prévisions sont si éloignées de la réalité.

L'échec de la validation de ce décret signifie que le secteur des énergies renouvelables en Espagne se trouve dans une situation critique. Entre réductions et désinvestissements, la période était particulièrement critique ; mais sans le coup de pouce apporté par le décret, nécessaire pour survivre suffisamment longtemps pour effectuer les reconversions nécessaires, de nombreux projets fermeront, et le risque existe que la faible croissance se transforme en ruée, et la ruée en panique.

L'ensemble du secteur pourrait s'effondrer, portant un préjudice considérable à l'image publique des énergies renouvelables et, en raison d'une expansion excessive, hélas, à la lutte contre le changement climatique. Tout cela parce qu'ils ont aveuglément misé sur un modèle défectueux, le REI, ignorant les signes répétés de son inefficacité. Le gouvernement espagnol tentera de relancer le décret par d'autres moyens, mais le temps presse et le calendrier estival n'arrange rien.

Selon la conjoncture internationale, si rien ne change rapidement, nous pourrions vivre une véritable débâcle au retour des vacances. Et puis, tous ces industriels qui ont harcelé ceux d'entre nous qui nous ont prévenus que ce modèle était intenable devraient se demander s'ils ne se sont pas vraiment trompés.

Et, tant qu'ils y sont, ils pourraient s'excuser.

Mais le plus important à ce moment-là sera de trouver comment redresser la situation et de proposer rapidement un modèle de transition réellement efficace, car nous en avons urgemment besoin.

Antonio Turiel

 
 
 
 

J'accuse...

*À la veille de la tempête qui détruira Barcelone...

J'accuse... :

J'accuse les administrations, passées et présentes, qui, face au chaos climatique croissant, ont jugé que le problème n'était pas suffisamment important pour justifier la prise de mesures adéquates pour s'y préparer.

Mais j'accuse surtout le gouvernement catalan actuel et la mairie de Barcelone de tourner le dos aux signes croissants de danger. Je les accuse car ce sont eux que je connais le mieux, mais j'accuse aussi tous les gouvernements municipaux, régionaux et espagnols de la même imprudence .

Alors que nous avons, en ce moment, une mer Méditerranée dont la température de surface est supérieure de 3 degrés à celle de 1980, atteignant même 5 degrés dans certaines zones. Alors que nous subissons l'une des pires vagues de chaleur marines, en termes d'étendue, de durée et d'ampleur, en Méditerranée occidentale.

Il y a huit mois, nous avons subi une terrible catastrophe naturelle à Valence, qui aurait pu être si destructrice, notamment en raison d'une mer anormalement chaude, qui a fourni plus d'énergie et d'eau précipitable aux tempêtes.

Des études récentes montrent que le réchauffement climatique a quadruplé au cours de la dernière décennie et que la circulation océanique et atmosphérique est en pleine mutation, avec des conséquences que nous ne pouvons toujours pas anticiper.

Les avertissements de la communauté scientifique, des associations environnementales, des agriculteurs et du grand public sont ignorés, et on nous dit non, pas comme ça, pas comme ça.

Pour tout cela, je les accuse.

Je les accuse de promouvoir des projets qui ne font qu'aggraver la catastrophe, comme l'agrandissement de l'aéroport de Barcelone ou le défrichement de vastes zones pour permettre la construction de nouvelles lignes à haute tension afin de transporter une hypothétique source d'électricité renouvelable pour laquelle il n'existe aucune demande. Tout simplement parce qu'ils ne peuvent envisager que le statu quo, alors que notre monde a changé à jamais et est aujourd'hui complètement différent.

Je les accuse, malgré des alertes météorologiques très claires, comme la vague de chaleur actuelle et les sombres prévisions pour les semaines à venir, de ne pas avoir lancé de campagne pour protéger la population, en particulier les plus vulnérables.

Je les accuse de ne pas s'être préparés à un besoin massif d'abris bioclimatiques, notamment en cas de panne de courant après une catastrophe. Et de ne pas avoir planifié la fourniture d'eau, de nourriture, d'abris et d'une assistance médicale rapide au cœur de la catastrophe attendue.

Je les accuse de ne pas avoir prévu, ni à Barcelone ni ailleurs, de mesures pour réduire les pertes humaines en cas d'inondations majeures, de ne pas avoir étudié les zones les plus vulnérables, les bâtiments ou les rues qui s'effondreraient.

Je vous accuse de ne pas avoir gouverné pour la majorité, pour ceux qui vous ont élus pour les représenter.

Mais surtout, je vous accuse de chacun des décès que vous auriez pu éviter mais que vous avez refusé d'empêcher, privilégiant une vision à courte vue axée sur le profit économique de quelques-uns.

Et mon ressentiment sera éternel pour la douleur de tous ceux que je connais et que j'aime, qui perdront la vie parce que vous vous êtes davantage préoccupés de plaire aux riches que de servir les citoyens.

Antonio Turiel

2 juillet 2025

* Ne prenez pas cette phrase d'introduction choquante au pied de la lettre. Évidemment, la tempête n'arrivera pas demain, mais dans un délai indéterminé, même si, de toute façon, ce ne sera pas avant de nombreuses années. Et bien sûr, Barcelone ne sera pas complètement détruite, mais elle subira des dommages importants qui l'affecteront pendant des années (ou jusqu'à ce que la prochaine tempête oblige à tout abandonner). Finalement, peut-être que Barcelone aura de la chance dans un avenir proche et qu'une autre ville sera punie : peu importe.

https://crashoil.blogspot.com/2025/07/yo-acuso.html

Logique suicidaire....

De Nord Stream à l'Iran : la géopolitique d'un empire en déclin...

La fracturation hydraulique américaine ne peut survivre que si le prix du baril de pétrole augmente fortement. Et cela dépend, dans une large mesure, des décisions de Téhéran.

Le pétrole s'épuise, et avec lui, la fiction d'un empire soutenu par la rente énergétique s'épuise également. Plus précisément, la fracturation hydraulique – la technique qui a permis aux États-Unis de devenir exportateurs nets d'hydrocarbures – amorce son déclin. Washington le sait et est prêt à tout pour prolonger cette suprématie énergétique de quelques années encore. Par conséquent, l'attaque contre l'Iran n'est pas une erreur, mais une manœuvre stratégique : ils ont besoin d'une hausse des prix du pétrole pour que la fracturation hydraulique redevienne rentable, même si cela implique de mettre le Moyen-Orient à feu et à sang. Car il ne s'agit pas de gagner, mais de ne pas sombrer.

Depuis le pic de production conventionnelle de 1972, les États-Unis dépendent des importations de pétrole. Mais tout a changé avec l'essor de la fracturation hydraulique : une technologie agressive permettant d'exploiter des gisements non conventionnels, en raclant des gouttelettes dispersées sur des roches poreuses en les faisant éclater sous l'effet de la simple pression (d'où le terme « fracking »). Grâce à cette technologie, les États-Unis sont passés du statut d'importateur massif d'hydrocarbures à celui de premier producteur mondial de pétrole et de gaz naturel (devançant l'Arabie saoudite et la Russie) et de premier exportateur mondial de gaz naturel et d'essence.

Certes, ils ont largement satisfait leurs besoins en gaz naturel (les États-Unis restent un pays fortement dépendant du charbon, ce qui réduit leur consommation de gaz pour la production d'électricité), mais ils n'ont jamais cessé d'acheter du pétrole, même si leurs importations sont passées de plus de 60 % à moins de 40 % aujourd'hui. Quoi qu'il en soit, les États-Unis sont devenus trop dépendants de la fracturation hydraulique pour garantir la stabilité de leur économie productive. Cependant, les opportunités de la fracturation hydraulique se sont taries depuis longtemps, et tout porte à croire que le déclin définitif de la production s'amorcera dans les années à venir.

Alors, pourquoi créer ce chaos si les jours de la fracturation hydraulique sont de toute façon comptés ? Il ne s'agit pas d'une stratégie durable à long terme, mais plutôt d'une fuite en avant alimentée par des taux d'intérêt bas, des mesures de relance financière et un pétrole cher. Une économie tout entière reconfigurée pour vendre des combustibles fossiles au monde entier, notamment dans un contexte de baisse des prix du pétrole conventionnel.

Mais, comme nous l'avons dit, ce miracle touche à sa fin. La fracturation hydraulique présente un problème physique : elle est gourmande en énergie et en matériaux, coûteuse économiquement et s'épuise rapidement (la plupart des puits sont fermés au bout de cinq ans). On alerte depuis longtemps sur la fermeture des meilleurs puits, la surestimation des projections et le déclin déjà marqué de nombreux gisements. Depuis 2022, la fracturation hydraulique aux États-Unis est entrée dans une phase critique. Un puits sur trois a fermé et l'activité de forage a atteint des niveaux jamais vus depuis des années, avec seulement 442 plateformes en activité dans tout le pays.

Cette crise est directement liée à la chute des prix du pétrole, qui ont récemment atteint un plancher, sous le seuil de rentabilité de la fracturation hydraulique, estimé – avec un certain optimisme – entre 60 et 65 dollars le baril. Contrairement aux cycles précédents où l'OPEP – et l'Arabie saoudite en particulier – limitait la production pour stabiliser les prix, elle a désormais choisi de maintenir une production relativement élevée. Selon certains analystes, la stratégie saoudienne vise à évincer du marché ses concurrents aux coûts d'extraction plus élevés, comme la fracturation hydraulique américaine, et à regagner des parts de marché perdues.

Cette offensive pétrolière, conjuguée à une faible demande – les droits de douane imposés par Trump ont fait beaucoup de dégâts – a non seulement fait chuter le prix du brut, mais a également redonné à l'OPEP une position centrale dans le contrôle du marché, plaçant les États-Unis à la croisée des chemins : soit forcer une hausse des prix mondiaux – par l'instabilité ou des blocages d'approvisionnement dans d'autres régions –, soit accepter la lente perte de leur hégémonie énergétique et économique. Dans ce contexte, la fracturation hydraulique américaine ne peut survivre que si le prix du baril de pétrole augmente significativement. C'est là qu'intervient le taux de rendement énergétique (TRE).

Le TRE mesure la quantité d'énergie obtenue pour chaque unité d'énergie investie dans l'extraction. Au début du XXe siècle, le pétrole conventionnel affichait un TRE pouvant atteindre 100:1, ce qui signifie que pour chaque unité d'énergie investie, on en obtenait 100, un ratio qui a rendu possible tout le développement industriel du XXe siècle. La fracturation hydraulique, quant à elle, affichait déjà un rendement bien inférieur, compris entre 6:1 et 12:1 à ses débuts, et aujourd'hui, il est tombé à 3:1, voire moins, à mesure que les puits vieillissent et s'épuisent rapidement.

C'est comme cueillir des pommes : au début, il suffisait de tendre la main pour atteindre celles qui pendent des branches basses, ce qui consommait très peu d'énergie (TRE élevé), mais aujourd'hui, seules celles qui sont au sommet de l'arbre subsistent, ce qui exige efforts et risques, et leur cueillette peut entraîner une consommation de kilocalories supérieure à celle des pommes elles-mêmes. Bien que la fracturation hydraulique reste rentable si le prix du baril augmente, d'un point de vue physique, elle frise l'absurde : extraire de l'énergie en dépensant presque la même somme, voire plus.

Or, le capitalisme ne fonctionne pas selon des critères scientifiques. Il fonctionne par valeur d'échange : si le prix du baril augmente suffisamment, toute aberration énergétique devient rentable. D'où le paradoxe : une technique énergétiquement absurde peut survivre si les marchés permettent sa vente à un prix élevé (et si d'autres sources existent pour la soutenir, ou si l'énergie intégrée est extraite ailleurs, par exemple en n'entretenant pas les infrastructures). L'économie capitaliste dégrade systématiquement le TRE, car elle n'extrait pas d'énergie pour maintenir la vie, mais pour alimenter le cycle d'accumulation. Et ce cycle repose aujourd'hui littéralement sur le déclenchement de guerres.

L'implication est brutale. Les États-Unis ne peuvent pas se permettre de redevenir importateur net de pétrole. Non seulement pour des raisons énergétiques, mais parce que toute leur architecture économique récente repose sur la transformation en une sorte d'« émirat fossile » : exportateur d'énergie, bénéficiaire de revenus internationaux et soutien artificiel de son hégémonie militaire.

La croissance économique issue de la fracturation hydraulique a soutenu des régions entières, notamment dans des États comme le Texas, le Dakota du Nord et le Nouveau-Mexique. Pendant ce temps, le secteur productif continue de décliner depuis la crise de 2008, maintenant le secteur manufacturier bien en deçà des niveaux d'il y a 30 ans et une partie de ce secteur, très énergivore, dépendant des bas prix du pétrole brut. Le tourisme international, l'un des principaux moteurs non énergétiques, a chuté depuis la pandémie et n'a même pas retrouvé ses niveaux d'avant la pandémie, avec une nette aggravation en 2025 en raison des tensions politiques et des mesures d'immigration restrictives. Enfin, l'agriculture reste compétitive à l'exportation, mais elle est confrontée à des problèmes structurels tels que la concentration, l'augmentation des sécheresses et, bien sûr, la dépendance au pétrole. La fracturation hydraulique n'était pas seulement un complément pour les États-Unis ; c'était leur pari et leur bouée de sauvetage.

Mais maintenant que les puits s'assèchent, existe-t-il un plan ? Évidemment non ; Il n'y a que la logique électoraliste et à court terme, typique des « démocraties libérales », qui consiste à ne pas se concentrer sur une solution durable, mais à repousser les conséquences de l'inévitable après la fin de leur mandat. C'est pourquoi ils ont fait exploser Nord Stream : pour forcer l'Europe à dépendre du gaz américain, même s'il était vendu plus cher.

C'est aussi pourquoi, lors des négociations commerciales, les États-Unis ont conditionné la suppression des droits de douane à la consommation par l'UE d'énormes quantités d'énergie fossile produite aux États-Unis (plus précisément, 350 milliards de dollars). Ces manœuvres n'étaient pas anecdotiques : elles s'inscrivent dans une guerre commerciale et énergétique planifiée visant à soutenir le prix du pétrole brut et à retarder la confrontation avec la réalité matérielle : les États-Unis cesseront d'être un exportateur majeur d'hydrocarbures (principalement de gaz naturel et d'essence).

Et maintenant, il y a l'Iran. Un acteur clé, car si Téhéran répond au massacre de son armée en bloquant le détroit d'Ormuz – par lequel transitent près de 20 % du pétrole mondial, représentant 40 % des exportations mondiales –, le prix du brut s'envolerait. Exactement ce dont la fracturation hydraulique américaine a besoin. Est-ce une solution à long terme ? Absolument pas. Et une solution pour ce mandat ? Peut-être. C'est la logique désespérée : si la fracturation hydraulique respire à nouveau pendant quelques années, elle permet de gagner du temps, de sauver des élections, de soutenir le dollar et de retarder la chute.

L'alternative – ne rien faire – reviendrait à maintenir des prix du pétrole bas, ce qui rendrait la poursuite des opérations de fracturation hydraulique économiquement non viable dans de nombreux domaines clés. Concrètement, cela entraînerait une accélération de la désindustrialisation, notamment dans les États de l'intérieur et du sud, déjà dévastés par des décennies de délocalisation, d'abandon et de déclin des investissements publics. La disparition de la fracturation hydraulique priverait de nombreux territoires de leur dernière source d'emplois directs et indirects. Les tensions sociales s'intensifieraient : une population armée, appauvrie et politiquement polarisée, dont la confiance dans les institutions s'effriterait, pourrait être le terreau fertile de violences, de troubles locaux, voire d'une guerre civile généralisée.

Il ne s'agit pas d'une hypothèse apocalyptique lancée au hasard : des secteurs du ministère de la Défense américain lui-même et de l'establishment énergétique ont averti que la déstabilisation interne due à l'effondrement du secteur énergétique constitue l'un des principaux risques stratégiques à moyen terme. La fin de la fracturation hydraulique n'est pas seulement un enjeu économique : c'est une menace existentielle pour l'architecture politique, territoriale et militaire des États-Unis. Le Moyen-Orient risque de s'embraser. Mais c'est un prix acceptable s'il sert à maintenir la valeur d'échange de l'énergie fossile américaine.

Le dilemme est donc clair : s'ils ne font rien, l'effondrement viendra de l'intérieur. S'ils agissent, ils risquent de déclencher une escalade mondiale, mais au moins, ils retardent leur propre chute. Le Moyen-Orient risque de s'embraser. La guerre pourrait échapper à tout contrôle. Mais c'est un prix acceptable s'il sert à maintenir artificiellement la valeur d'échange de leur énergie fossile. Pendant ce temps, le TRE continue de baisser. La planète se réchauffe. L'énergie utile s'épuise. Mais le capital, tel un zombie aveugle, ne répond qu'à la rentabilité immédiate, quitte à dynamiter les fondements de la vie.

Face à cette logique suicidaire, une rupture s'impose de toute urgence : mettre l'énergie au service de la vie, et non du marché ; comprendre que la transition énergétique ne peut reposer que sur une réorganisation radicale de notre rapport à l'énergie, à la production, à la planète.

Utiliser la valeur d'usage, et non la valeur d'échange.

Et face à ce dilemme brutal – disparaître ou mettre le monde à feu et à sang – l’empire a, une fois de plus, fait son choix.

Irene Calvé / Antonio Turiel / Juan Bordera 25/06/2025

https://ctxt.es/es/20250601/Politica/49540/Irene-Calve-Antonio-Turiel-Juan-Bordera-EEUU-Trump-fracking-Nord-Stream-Iran.htm

Chroniques de la chute : juin 2025....

Chers lecteurs, chères lectrices :

Je ne m'attendais pas à devoir écrire un nouveau billet si tôt dans cette série consacrée aux événements abrupts qui marqueront cette phase de déclin énergétique et matériel de notre société, mais il est clair que depuis que Donald Trump est devenu président des États-Unis, ce genre de turbulences va se produire plus fréquemment. Même si je pense que M. Trump est le symptôme plutôt que la maladie, il est clair que cette période sera étroitement liée à sa présence.

Plusieurs nouvelles ont marqué l'actualité mondiale ces dernières semaines, mais surtout l'escalade militaire promue par l'État d'Israël. Tout en poursuivant sa campagne d'extermination de la population palestinienne (avec l'assentiment et l'approbation des gouvernements occidentaux, mais pas nécessairement des populations de ces pays), Israël est passé à la vitesse supérieure en agressant directement l'Iran avec un premier bombardement de missiles, auquel l'Iran a répondu avec ses propres armes, ce à quoi Israël a répliqué, puis l'Iran, et ainsi de suite. Les choses ne semblaient pas aller très bien d'un côté comme de l'autre (après tout, dans les jeux de guerre hypertechniques d'aujourd'hui, les dommages sont très réels, à commencer par les dommages causés à la population), lorsque, soudainement et à la demande d'Israël, les États-Unis ont décidé d'intervenir, bombardant l'Iran, et ainsi de suite. Les États-Unis ont décidé de faire une apparition en bombardant les installations d'enrichissement d'uranium de l'Iran, pour montrer qu'ils ne permettront pas à l'Iran d'obtenir une bombe atomique (ce qui est l'excuse habituelle pour harceler l'Iran, malgré le fait qu'il n'a jamais fabriqué de bombe au cours de toutes ces décennies et que l'ayatollah Khamenei lui-même considère apparemment que de telles bombes sont immorales).

Je n'entrerai pas dans l'analyse géostratégique du jeu des attaques et des répliques, car ce n'est pas mon fort, mais il semble assez clair que toutes les parties ont intérêt à maintenir une certaine tension, mais sans escalade jusqu'aux conséquences ultimes. Israël n'a pas attaqué toutes les raffineries iraniennes (une cible facile qui provoquerait un véritable chaos économique et logistique), mais seulement une usine de gaz, tandis que l'Iran n'a pas détruit les quelques centrales électriques israéliennes (une cible facile qui aurait un impact social et économique énorme).

Pour leur part, les États-Unis ont attaqué l'Iran, mais ils l'ont fait de manière contenue, sur des installations qui avaient été préalablement évacuées, et apparemment avec moins de force qu'il n'y paraît. En réponse, l'Iran a lancé plusieurs missiles lents (rappelons qu'il possède des missiles supersoniques) sur une base américaine au Qatar, qui ont été complètement interceptés.

En bref, il semble que personne ne veuille aller trop loin dans ce jeu macabre de coups de poing et de contre-coup de poing, et les marchés semblent en tenir compte, puisque le prix du pétrole, par exemple, n'a pas beaucoup augmenté et qu'aujourd'hui, par exemple, il a fortement chuté.

Il faut dire que la situation actuelle arrange à la fois les États-Unis, l'Iran et d'autres pays, pour la plupart alliés des États-Unis. Une situation de tension et d'instabilité favorise une hausse du prix du pétrole, ce qui est actuellement absolument nécessaire pour les États-Unis. On estime qu'au prix de 60 dollars le baril auquel nous étions bloqués ces dernières semaines, un puits de fracturation sur trois avait été fermé. Pour que cette industrie américaine vit et se porte bien, des prix de 80 dollars le baril ou plus sont nécessaires.

L'Arabie saoudite a également besoin de prix dans cette fourchette pour combler ses déficits publics, tout comme l'Iran. La guerre tarifaire déclenchée par Trump (qui a dû sembler une bonne idée à l'époque) a déjà entraîné une certaine récession économique et, avec elle, une baisse du prix du pétrole ; maintenant, ces échanges militaires compensent en partie cet effet. D'ailleurs, cette dynamique de chocs destructeurs de la demande et de menace de destruction de l'offre se combine bien, quoique de manière un peu particulière, avec un phénomène que nous connaissons bien : la spirale.

Malheureusement, on joue avec le feu et, à un moment donné, quelqu'un peut commettre une erreur et dépasser une limite qui ne devrait pas être franchie. En fin de compte, ce sont des êtres humains qui prennent les décisions finales, et le problème avec les êtres humains, c'est qu'ils ont souvent des réactions émotionnelles plutôt que parfaitement froides et rationnelles.

La pire chose qui puisse arriver à l'économie mondiale serait que l'Iran décide de fermer complètement le détroit d'Ormuz, par lequel transite 20 % de tout le pétrole produit dans le monde, mais qui représente également 40 % de toutes les exportations de pétrole. Pour les principales régions importatrices de pétrole, telles que l'Europe et la Chine, le détroit d'Ormuz est donc crucial.

La fermeture complète d'Ormuz (par exemple en posant des mines, dont le déminage prendrait de nombreux mois) est ce qui rapproche le plus l'Iran d'une attaque à l'arme nucléaire. Cela mettrait presque instantanément l'économie mondiale à genoux, le prix du baril de pétrole pouvant grimper à plus de 150 dollars. Toutefois, l'un des plus grands perdants serait la Chine, alliée de l'Iran, tandis que les États-Unis ne seraient que marginalement touchés.

Par conséquent, la fermeture totale d'Ormuz est une solution extrême pour l'Iran, à laquelle il ne recourra que s'il est confronté à un danger existentiel.

La situation serait différente en cas de fermeture sélective d'Ormuz. L'Iran pourrait alors laisser passer uniquement les pétroliers à destination de l'Inde ou de la Chine, tout en retenant ou en ralentissant les autres. L'Iran pourrait le faire à l'aide de patrouilleurs, tant qu'aucune puissance étrangère n'apparaîtrait avec ses navires de guerre. Si l'Iran parvenait à mettre en œuvre une telle fermeture, le principal problème se poserait pour l'Europe. Évidemment, l'Europe manœuvrerait pour obtenir du pétrole par d'autres moyens (rappelons qu'il est courant que la cargaison d'un pétrolier change de mains et même de destinations plusieurs fois au cours des mois de son voyage) et cela ferait monter le prix, mais ce ne serait pas la même chose qu'avec une fermeture totale car l'Europe ne pourrait pas trouver un substitut pour tout et le prix modérerait sa hausse. Au final, l'Europe serait confrontée à un autre problème que celui de la pénurie, un problème que des centaines de millions de personnes vivent au quotidien : la pénurie. Pour ne rien arranger, certains pays pourraient paradoxalement profiter des prix élevés non pas pour augmenter la production de pétrole, mais pour la réduire. C'est le cas du Nigeria (l'un des principaux fournisseurs de l'Espagne), qui souffre actuellement d'une pénurie de carburant dans son pays parce qu'il préfère utiliser le pétrole pour l'exportation ; si le prix augmente fortement, il pourrait réduire ses exportations pour garantir la paix sociale dans son pays.

Il s'agirait de scénarios catastrophiques pour une Europe actuellement désorientée, qui concentre ses efforts économiques sur une mesure aussi absurde que l'affectation de 5 % du PIB à l'achat d'armes pour préparer une guerre fantasmée avec la Russie, alors qu'en réalité ses problèmes se situent ailleurs.

Pour l'Europe, la fermeture d'Ormuz, même sélective, accélérerait le déclin économique du Vieux Continent. Il est encore temps de réagir, de prendre des mesures pour faire avancer la transformation industrielle et énergétique dont nous avons besoin, mais le temps presse.

Dans le même temps, nous nous préparons à ce qui s'annonce comme un été aux températures sans précédent. Soyez prudents.

Salu2.

Antonio Turiel 24 06 25

P. Data : Un autre jour, nous parlerons des rapports récemment publiés sur la panne d'électricité survenue en Espagne le 28 avril 2025, qui a également beaucoup à dire...

https://crashoil.blogspot.com/2025/06/cronicas-de-la-caida-junio-de-2025.html

 

 

 

 

« Le réarmement nous priverait d'argent pour d'autres choses et aggraverait les problèmes sociaux très importants auxquels nous sommes actuellement confrontés. »....

Nuevo Rumbo : Antonio, nous ignorons encore les causes exactes de la panne du lundi 28 avril, mais vous avez expliqué dans plusieurs interviews que, pour résumer, ces causes pourraient être imputées à la cupidité des monopoles énergétiques : la panne aurait pu être évitée ou son impact minimisé si des investissements préalables avaient été réalisés dans les systèmes de stabilisation du réseau nécessaires, ce qui est coûteux, ou si les centrales à gaz à cycle combiné avaient été maintenues à l'arrêt, ce qui est également coûteux. L'énergie photovoltaïque, majoritaire à l'époque et qui a entraîné la surcharge du réseau et la panne qui en a résulté, est moins chère. Vous avez parlé de « responsabilité pénale ». Au-delà des théories qui ont rapidement proliféré sur une possible cyberattaque ou d'autres explications techniques, est-il toujours clair pour vous que la panne était due à quelque chose d'aussi prosaïque et regrettable que la quête incessante de profit par une poignée d'entreprises et leurs dirigeants ?

Antonio Turiel : Le problème sous-jacent réside dans l'instabilité du réseau, ou dans son incapacité à absorber les fluctuations lorsqu'elles se produisent, ce qui peut être dû à mille et un incidents possibles sur un réseau de la taille et de la complexité du réseau électrique espagnol. Cette difficulté à compenser les instabilités et à absorber les déséquilibres qui en découlent est liée au modèle d'intégration des énergies renouvelables.

Le problème ne réside pas dans la technologie des énergies renouvelables ; le problème réside dans le fait que cette technologie a été installée de manière bâclée, sans systèmes de stabilisation, dont certains ont été installés dans des centrales électriques conventionnelles, et que personne n'a même envisagé de ne pas en installer. Dans ce cas, un modèle à faible coût a été choisi, favorisé par les directives européennes, qui ont décidé d'abaisser les normes de stabilité pour les énergies renouvelables, ce qui a permis leur installation incontrôlée. Et même si la contribution des énergies renouvelables était faible, cela ne posait pas de problème, mais lorsqu'elles sont importantes, cela en pose un.

Et là, tout le monde a échoué. L'UE a échoué car, avec une législation très laxiste, elle a autorisé l'installation massive de ce type de systèmes. Le législateur espagnol a échoué, tant lors de cette législature que lors des précédentes, car il n'a pas été plus strict, ce qu'il aurait pu être. Le gestionnaire du réseau – Red Eléctrica Española – a échoué car il dispose d'un pouvoir exécutif et peut ordonner des modifications de production à tout moment. S'il constatait que le réseau était instable, il aurait pu ordonner l'arrêt du système photovoltaïque et privilégier les systèmes à cycle combiné, ce qui est une mauvaise solution, mais sans investir dans la stabilisation, on n'a pas le choix.

Enfin, les entreprises, qui portent également la responsabilité, ont échoué car, techniquement, elles savent très bien ce que signifie entretenir un réseau à haute tension et savent pertinemment qu'elles auraient dû installer des systèmes de stabilisation, mais elles ne l'ont pas fait parce qu'elles n'y étaient pas obligées et se sont dit : « Bon, écoutez, je vais faire des économies. » En bref, tout le monde a échoué. Un modèle de transition a été développé, favorisant les intérêts à très court terme, ceux des grandes entreprises, qui ont finalement le plus d'influence et sont celles qui obtiennent ce qu'elles veulent.

Mais, bien sûr, les conséquences sont terribles. De plus, la preuve évidente que c'est là le problème sous-jacent – ​​au-delà de l'étincelle, du déclencheur, qui a tout chamboulé – est que nous constatons aujourd'hui qu'une plus grande quantité d'électricité est produite à partir de cycles combinés au gaz, car c'est ce qui assure la stabilité du réseau. Et c'est aussi pourquoi nous payons plus cher nos factures, car nous savons que c'est le moyen d'éviter les problèmes.

NR : On a parlé de renforcer la connexion du système électrique au système européen. On parle peut-être maintenant d’assurer une plus grande stabilité du réseau grâce à des mesures comme celles que vous avez mentionnées. De nouvelles pannes ou d’autres problèmes tout aussi graves peuvent-ils être évités ou prévenus grâce à ce type de mesures ? Ou, si l’on considère la nature de ces monopoles électriques, existe-t-il une contradiction sous-jacente, plus structurelle, susceptible d’engendrer de nouveaux problèmes et que nous devrions tenter de résoudre à long terme ?

AT : Il est vrai que les interconnexions confèrent plus d’inertie et de stabilité au système, car elles incitent tout le monde à coopérer. Mais il est également vrai qu’au niveau européen, le réseau est fragile. Avec l’incident en Espagne, l’ensemble du réseau espagnol a failli être mis hors service cette fois-ci, mais par exemple, il y a eu un incident très grave le 8 janvier 2021 (je le mentionne toujours), qui a commencé par la panne d’une centrale thermique de 400 mégawatts en Croatie, et en trois minutes, le problème s’est propagé à Lisbonne. En fait, il a fallu séparer le réseau occidental du réseau oriental, car sinon, l'Europe entière se serait effondrée. L'interconnexion n'est donc pas non plus une garantie ; en fait, elle peut presque garantir qu'en cas de problème, il sera de plus grande ampleur.

Ce modèle est intrinsèquement défectueux ; je pense que nous devons évoluer vers un modèle différent. De plus, il est absurde de penser que nous pourrons tout électrifier et que tout sera électrique alors que nous constatons une baisse de la consommation d'électricité depuis 2008, tant en Espagne que dans l'UE et l'OCDE dans leur ensemble, et ce, en raison de la désindustrialisation. C'est nier une réalité : aucune transition vers un modèle électrique 100 % renouvelable n'est en cours, et, évidemment, des exagérations ont été utilisées pour tenter de vendre cette bulle des ventes de voitures électriques et de centres de données, car il s'agit fondamentalement d'une bulle, comme la bulle immobilière ; c'est la bulle immobilière 2.0.

NR : Tous ces problèmes, si on les analyse dans leur relation avec le système capitaliste et en observant qui détient l'ensemble du processus d'approvisionnement énergétique (production, distribution, commercialisation), semblent liés au modèle de transition énergétique mis en œuvre depuis des décennies et que vous critiquez depuis un certain temps. Même s'il est difficile de répondre en une seule fois, pourriez-vous partager les points clés de votre critique du modèle actuel ?

AT : Le problème du modèle de transition proposé, tout d'abord, est qu'il est oligopolistique : il cherche à favoriser les intérêts de quelques grandes puissances économiques, ce qui signifie qu'il ne renforce pas le système ni ne rend l'énergie moins chère, mais favorise plutôt les activités de ces entreprises.

Concernant les aspects techniques, nous ne pouvons pas produire autant d'énergie qu'on nous le dit ; les limites physiques sont plus nombreuses que nous ne voulons l'admettre. Il existe un problème très sérieux lié aux limitations des matériaux : de nombreux matériaux sont rares sur la planète, et certains, relativement courants, se raréfient, comme le cuivre. L'argent, le tellure, le lithium, le cobalt, le manganèse, le nickel posent également problème… L'extraction et la consommation de ces matériaux ne peuvent pas être augmentées à l'infini.

Par ailleurs, l'électrification pose problème. Ces systèmes sont conçus pour produire de l'électricité, mais celle-ci ne représente que 22 % de la consommation finale d'énergie en Espagne, un pourcentage similaire à celui de la France ou de l'Allemagne, par exemple. L'électricité n'est pas le mode de consommation majoritaire. On a vendu l'idée d'une transition vers le « tout électrique » (voitures électriques, hydrogène, etc.), mais c'est un mensonge. D'un point de vue technique, cela présente de nombreuses limites ; cela ne fonctionne pas vraiment, et cela ne se fera pas de cette façon.

Ce qui existe, c'est une spécialisation dans le battage médiatique, dans l'exagération pour faire croire que les choses seront meilleures et plus spectaculaires qu'elles ne le seront en réalité. Le problème du modèle de transition vers les énergies renouvelables industrielles (ERI) sur lequel tout le monde mise, c'est qu'il ne fonctionne pas techniquement.

NR : Pendant ce temps, l’UE et l’OTAN, ainsi que l’Espagne en tant que membre de ces deux organisations, continuent d’intensifier leurs guerres et de s’impliquer dans divers conflits avec d’autres puissances rivalisant pour améliorer leur position au sein du capitalisme mondial. Dans quelle mesure pensez-vous que cette implication croissante dans ces conflits pourrait affecter le système électrique espagnol, d’autres questions liées aux combustibles fossiles et aux énergies renouvelables, et, plus généralement, les conditions de vie de la majorité des travailleurs de notre pays ? Pensons, par exemple, à l’énorme impact de la guerre en Ukraine sur les prix de l’énergie et des denrées alimentaires dans notre pays.

AT : L'absurde course aux armements actuelle est honteuse à plus d'un titre. D'abord parce qu'elle ne vise évidemment pas une guerre impossible avec la Russie, qui n'y a aucun intérêt, mais plutôt la conquête des dernières ressources de l'Afrique du Nord, ce qui est éthiquement répugnant, mais aussi parce qu'elle ne fonctionnera pas bien, pour de nombreuses raisons techniques et sociales.

L'effet le plus direct du réarmement sera de nous priver de fonds pour d'autres dépenses. Il aura un impact sur le secteur de l'électricité, sur l'énergie en général et sur les conditions de vie de la population, et je pense qu'il exacerbera les problèmes sociaux très importants auxquels nous sommes actuellement confrontés. Nous ne pouvons pas nous permettre d'y consacrer autant d'argent du budget national. Si nous suivions l'exemple de Trump et allouions 5 % du PIB, puisque le PIB représente environ quatre fois le budget général de l'État, nous nous retrouverions dans une situation où nous devrions consacrer 20 % du budget général à l'armement ; la quasi-totalité du pays serait consacrée à la préparation à la guerre, avec tout ce que cela implique. Créer une agence, c'est créer un besoin : si vous avez une armée, vous avez besoin de l'utiliser.

NR : Parallèlement, la transition énergétique elle-même nécessite l’obtention de minéraux et autres matériaux critiques, présents sous d’autres latitudes (et également rares à l’échelle à laquelle ils doivent être obtenus), dans des pays historiquement pillés par l’impérialisme, où l’extraction se fait au détriment de la misère de leurs populations, ce qui est l’une des principales raisons des flux migratoires vers les pays « développés ». Pensez-vous que les grandes puissances soient conscientes des limites du modèle qu’elles promeuvent, mais s’en désintéressent ? Et ce modèle est-il seulement viable à l’avenir ?

AT : Je pense que les grandes puissances économiques sont parfaitement conscientes du problème des ressources limitées, qu'il n'y a pas de quantité infinie, que c'est un « coup de pied dans la fourmilière », mais elles s'en moquent, parce que ce qu'elles veulent essentiellement, c'est vivre bien pendant encore 20, 30, 40 ans, et ensuite elles chercheront quelque chose d'autre dans lequel elles seront les maîtres du jeu. Je pense qu'ils comprennent bien le problème de l'épuisement et que ce qu'ils font, c'est vivre une bonne vie jusqu'à ce qu'elle soit terminée. C'est une vision de cancre assez minable, mais c'est malheureusement comme ça que ça se passe.

NR : Concentrons-nous sur la durabilité et l’indépendance énergétique que les gouvernements européens prétendent poursuivre. Il n’y a pas si longtemps, le gouvernement espagnol a promis des ressources importantes pour la recherche de nouvelles sources d’énergie, notamment liées à l’« hydrogène vert ». Pensez-vous que ces « nouvelles sources » pourront résoudre les problèmes que nous connaissons déjà, ou ne parviennent-elles pas, à elles seules, à combler les lacunes actuelles ?

AT : Investir dans la science et la technologie est toujours une bonne chose, mais investir en croyant que cela apportera une solution à un problème dans un délai précis, et que, de plus, cette solution sera celle que vous préférez, est totalement illusoire ; cela n’a rien à voir avec la réalité. Il est totalement improbable qu’une grande révolution énergétique change quoi que ce soit. En revanche, il y a beaucoup de battage médiatique, beaucoup d’exagérations, beaucoup d’efforts pour faire croire que cela fonctionnera, notamment parce qu’il est nécessaire de calmer la population. Or, il est totalement improbable qu’une révolution soit en préparation ou en cours, même s’il y a toujours ceux qui « agitent » leur technologie préférée du moment : le thorium, la fusion, ou n’importe quelle autre qu’ils expérimentent, et nous savons déjà ce que cela donne, ce qui n’est pas grand-chose. Mais certains aiment se vendre.

Merci beaucoup pour votre temps et vos réflexions. Nous continuerons d’écouter vos analyses enrichissantes.

https://www.nuevo-rumbo.es/2025/06/15/antonio-turiel-el-rearme-nos-va-a-dejar-sin-dinero-para-otras-cosas-y-va-a-agravar-problemas-sociales-muy-importantes-que-hay-en-este-momento/

La prochaine panne de courant...

Chers lecteurs :

J’allais me lever ce matin, vers 5 h, quand il y a eu une panne de courant soudaine. Nous l’avons remarqué immédiatement grâce à un appareil qui émet un bip en cas de panne. Je me suis levé pour voir si c’était nous, mais j’ai immédiatement constaté qu’il n’y avait plus de courant dans la rue. Moins de deux minutes plus tard, le courant est revenu pendant quelques secondes, puis a de nouveau été coupé. Cinq minutes plus tard, la même chose s’est reproduite. Finalement, au bout de 45 minutes, le courant est revenu pour de bon – enfin, pour de bon, jusqu’à la prochaine panne.

Depuis environ cinq ans, peut-être un peu plus, c'est monnaie courante dans mon quartier. Deux fois par an, le courant est coupé, généralement pendant une heure, parfois deux. D'ailleurs, le jour de la panne du 28 avril, mon quartier a été le dernier à être rétabli : alors qu'une grande partie de la ville était alimentée dès 14 h (nous sommes très proches de la France, ce qui a facilité un rétablissement rapide), dans mon quartier, le courant n'est revenu qu'à 2 h du matin. J'ai toujours attribué cette instabilité à un défaut du réseau basse tension de la ville, peut-être insuffisamment entretenu.

Mais à la lumière des informations qui continuent de circuler ces jours-ci sur la panne du 28 avril, je commence à penser que ce n'est peut-être pas l'installation basse tension qui est défaillante, mais qu'elle ne supporte tout simplement pas la mauvaise qualité du signal provenant du réseau haute tension. Peut-être, après tout, c'est simplement que les transformateurs de mon quartier répondent aux spécifications techniques et ne tolèrent pas de trop grands écarts par rapport aux valeurs de tension nominales.

Car, au cours des discussions et des échanges d'accusations entre les différents acteurs de la farce qu'a été la panne d'électricité d'avril dernier, plusieurs détails sont apparus avec force et clarté. L'un d'eux est que le réseau électrique espagnol est régulièrement instable, avec des épisodes répétés de surtensions et de variations de fréquence. Nous avons déjà analysé dans ce blog la cause fondamentale de la panne : l'incapacité du réseau à absorber les instabilités, quelle qu'en soit l'origine, en raison de l'absence de systèmes de stabilisation qui auraient dû accompagner l'installation de parcs photovoltaïques et éoliens.
 
Il s'agit d'un problème répandu dans toute l'Europe, résultat d'une réglementation européenne très permissive depuis de nombreuses années, davantage soucieuse de promouvoir une mise en œuvre rapide et agressive de ces nouvelles technologies que de maintenir des marges de sécurité pour l'exploitation du réseau haute tension. De fait, le 8 janvier 2021, l'Europe entière était au bord d'une panne d'électricité, précisément en raison de l'incapacité intrinsèque des systèmes actuels à amortir ces problèmes.
 
Lors de l'incident du 28 avril 2025, l'Espagne a presque entraîné toute l'Europe dans la mêlée : seule la déconnexion automatique de la liaison avec la France a pu éviter la catastrophe, et même alors la fréquence en Europe a été perturbée pendant plus de 30 minutes.
Fuente: EPRI webinar sobre el apagón, ver https://www.youtube.com/watch?v=LNStOXAsiDo

 

Également ces jours-ci, il a été insisté sur le fait qu'à aucun moment il n'y a eu de manque d'inertie dans le système (la capacité des systèmes de production à amortir les fluctuations de la puissance délivrée au réseau, un problème que le maître Beamspot a récemment analysé sur son Substack), et il est dit que le système espagnol a maintenu un facteur d'inertie supérieur à 2 secondes à tout moment, comme l'exige la réglementation européenne.

Laissant de côté la question de savoir si ces 2 secondes sont une inertie suffisante, la vérité est qu'il est difficile de croire qu'une telle inertie ait été, étant donné qu'au moment de l'incident, plus de 60 % de la production d'électricité était photovoltaïque et éolienne ; En fait, une analyse récente de l'Université d'Oviedo indique qu'à partir de 9 heures du matin, lorsque la production d'énergie photovoltaïque démarre, le facteur d'inertie diminue considérablement et se maintient à un niveau beaucoup plus crédible de 1,3 seconde - jusqu'à la panne, bien sûr, où il diminue encore davantage, et puis le réseau a été rétabli grâce à des systèmes inertiels, ce qui explique que le facteur d'inertie continue d'augmenter.

Il est indéniable que depuis le jour de la panne, un pourcentage de la production d'électricité, compris entre 10 et 30 %, est assuré en permanence par des centrales à cycle combiné au gaz. Ces centrales, ainsi que les centrales hydroélectriques, offrent une flexibilité maximale, une réactivité accrue, une bonne inertie et une capacité d'absorption de puissance réactive.

Bien que les canaux officiels de Red Eléctrica Español aient insisté sur le fait que les causes de l'incident restent inconnues, cette approche, qui garantit l'utilisation d'un certain pourcentage d'électricité provenant de centrales à cycle combiné pour la production en raison de restrictions techniques (plus éventuellement les réserves disponibles en cas d'urgence), démontre une pleine conscience des dangers d'une exploitation avec autant d'énergies renouvelables non contrôlées, ou plutôt mal installées.

Je tiens à rappeler ici, une fois de plus, qu'il ne faut pas tomber dans l'idée simpliste selon laquelle « les énergies renouvelables sont le problème ». C'est faux. Les technologies renouvelables ont sans aucun doute leurs limites et leurs problèmes, mais ce qui se passe ici, c'est que les compagnies d'électricité ont été autorisées à se connecter au réseau national à haute tension sans systèmes de stabilisation, dont certaines centrales électriques conventionnelles sont déjà équipées (par exemple, des volants d'inertie).
 
Pour le dire franchement, c'est comme si les compagnies d'électricité avaient été autorisées à connecter leurs panneaux à un réseau aussi complexe et complexe d'exploitation que le réseau à haute tension, tout comme celui que vous connectez à votre domicile. Ce n'est pas un problème de technologie : c'est un problème de coût. Et de précipitation excessive, car en fin de compte, ce sont les réglementations européennes, transposées sans discernement dans les réglementations nationales, qui ont permis cette erreur.
 
C'est pourquoi les compagnies d'électricité utilisent le prétexte du respect de la réglementation pour argumenter qu'elles ne sont pas responsables du coût de l'installation de tous ces systèmes de stabilisation qui font actuellement défaut.
 
Mais d'une manière ou d'une autre, il faut remédier à ce problème. De nombreuses installations photovoltaïques ont signé des contrats d'achat d'électricité (CAE), généralement directement avec de gros consommateurs ou des distributeurs. Il s'agit d'accords privés dont nous ignorons les clauses, mais qui, outre la fixation d'un prix convenu pour l'électricité (avantageux pour le producteur, qui évite les fluctuations des enchères de gros lorsque le prix chute ; avantage pour le consommateur, qui évite les fluctuations des enchères de gros lorsque le prix flambe), fixent également la quantité d'énergie à fournir. Et si ces engagements de livraison d'énergie ne sont pas respectés, une compensation très onéreuse est attendue.
 
Or, nous ignorons le volume d'énergie renouvelable à fournir dans le cadre de ces CAE. Personne n'a planifié cela ; c'est le « marché » qui a décidé de la quantité à produire de cette manière. Par conséquent, personne ne s'est soucié de déterminer si la quantité d'énergie à produire était excessive, car cela rendrait impossible la garantie de la stabilité du réseau.
 
Aujourd'hui, nous constatons une diminution progressive de la quantité d'électricité produite à partir du gaz, tandis que celle produite à partir de sources renouvelables augmente. Petit à petit, nous nous rapprochons des pourcentages de production observés le jour de la panne. Pas vraiment : la production des centrales à cycle combiné est encore de 10 %, alors qu'elle n'était que de 3,5 % au moment de l'incident. Cependant, je suis convaincu qu'il existe une forte pression économique pour augmenter la production d'énergie renouvelable, afin de garantir le respect des engagements des accords d'achat d'électricité (AAE). Nous ne savons pas précisément quels sont ces engagements.
 
Je suis certain que REE surveille plus attentivement le fonctionnement du réseau dans son ensemble et qu'elle ne prendra pas de risques inutiles, ayant retenu la leçon. Mais je suis également certain que la pression pour imposer la production d'énergie renouvelable se poursuivra, sur la base de ces engagements pris sans aucune planification, logique ni supervision. Simplement parce que, comme toujours, on a supposé que les mécanismes du marché étaient le meilleur moyen de garantir la gestion d'un bien aussi fondamental que l'électricité aujourd'hui.
 
C'est là le principal problème de notre société. Afin de protéger les intérêts commerciaux de certaines entreprises, toutes sortes d'atrocités et de désorganisation sont autorisées, sans fournir d'informations détaillées sur ce dont il est question ici, et encore moins de mécanismes de contrôle et de surveillance pour garantir le bien commun.
 
C’est cet aveuglement, cet abandon incompréhensible de tout au profit incontrôlé, qui peut conduire à toutes sortes de défaillances dans notre société, depuis des pannes de courant parfaitement évitables et absurdes jusqu’à des pénuries de matières premières, de médicaments, de chips et même de nourriture.
 
Et apparemment, nous continuerons ainsi, jusqu'au prochain échec, jusqu'à la prochaine panne d'électricité, qui nous surprendra avec la même expression d'incrédulité et de stupéfaction, simplement parce que nous n'avons pas compris que la primauté du bien commun, comme tout droit dans une démocratie, n'est pas une concession, mais une conquête, et qu'en tant que telle, elle doit être défendue.
 
Antonio Turiel  4 juin 2025
 
https://crashoil.blogspot.com/2025/06/el-proximo-apagon.html

« La Galice est confrontée à un sérieux problème d'ouragans, qui finiront par arriver. »....

Le physicien et communicateur scientifique, l'un des experts ayant prédit la panne d'électricité du 28 avril, alerte depuis plus de dix ans sur la crise énergétique majeure à laquelle l'humanité se dirige. Pour éviter un effondrement, il est urgent de promouvoir une approche décroissante...

Comment résoudre la grande crise énergétique qui, selon lui, menace la planète ?

Nous devons miser sur l'efficacité. Nous gaspillons beaucoup d'énergie, et ce qu'il faut faire, c'est construire mieux, mettre fin à l'obsolescence programmée, etc. Que se passe-t-il ? Nous avons un système économique orienté vers une croissance infinie, et nous voulons consommer plus d'énergie et plus de matériaux, ce qui finira mal.

Il mise sur la décroissance plutôt que sur la croissance. Qu'est-ce que cela signifie ?

Changer nos modes de consommation. S'engager sur la croissance nous mène à la destruction. De combien le PIB de Valence a-t-il augmenté l'année dernière ? Et combien d'années faudra-t-il pour se remettre de cette catastrophe ? Nous pensons pouvoir poursuivre notre croissance sur une planète aux ressources limitées, confrontée à un énorme problème environnemental et à un manque de ressources – il suffit de regarder les pénuries de carburant en Amérique latine et en Afrique, qui ne sont pas mentionnées ici.

Si nous continuons à nous concentrer sur la croissance, la situation ne fera qu'empirer. C'est ce qui se passe dans les grandes villes espagnoles, où sévit un problème de gentrification. En 2008, on parlait d'une bulle immobilière, qui était une bulle hypothécaire, et aujourd'hui, on parle d'une bulle locative.

La décroissance est-elle synonyme de baisse de la production, de baisse de l'emploi, de baisse des dépenses publiques… ?

Cela arrivera de toute façon.... L'erreur est de croire que nous pourrons maintenir la croissance. Si demain, le diesel est rationné, s'il y a moins de cuivre, comment allons-nous maintenir la croissance économique ?

Le déclin des matières premières n'est pas une chose que nous pouvons nous permettre, mais c'est en train de se produire. La production mondiale de diesel a déjà chuté de 15 %.

Allons-nous droit à l'effondrement ?

Pas si nous ne le voulons pas. L'effondrement est toujours un dommage que les sociétés s'infligent à elles-mêmes en persistant dans des idées destructrices qui leur portent préjudice. Dans notre cas, c'est l'idée absurde de vouloir croître à l'infini sur une planète finie. Mais par le passé, certaines sociétés ont reconnu leurs problèmes et ont évité l'effondrement.

Comment notre mode de vie devrait-il évoluer ?

En gros, nous ne pouvons pas avoir chacun une voiture. Nous devrons la partager. Peut-être ne pouvons-nous pas non plus avoir de machine à laver par maison. Nous devrons la partager au sein d'un même immeuble. C'est ce qui se fait dans de nombreux pays. Absolument aucun problème.

Face au changement climatique que nous connaissons, dans quelle situation se trouve la Galice ?

Mauvaise. Il y a un très grave problème ici avec les ouragans, qui finiront par arriver. Vous êtes très exposé, car vous êtes le fer de lance de l'Europe dans l'Atlantique Nord. Songez qu'en novembre dernier, la température dans l'Atlantique était suffisamment élevée près de Porto pour alimenter des ouragans de catégorie 4, qui sont déjà terribles.

L'Atlantique est le bassin océanique qui se réchauffe le plus au monde. L'avantage, c'est que les températures y seront moins élevées.

Des mesures individuelles comme l'autoconsommation ou l'installation de panneaux solaires sont-elles utiles ?

C'est toujours utile. Mais il ne faut pas se leurrer et dire : « J'ai déjà fait ma part.» Il reste encore beaucoup à faire, et cela implique d'agir en tant que citoyens. Nous devons demander à nos représentants de prendre des mesures efficaces pour résoudre les problèmes auxquels nous sommes confrontés. Quel plan La Corogne a-t-elle pour faire face à un ouragan ? Quelqu'un y pense-t-il ? Personne n'y pensera avant qu'il ne se produise. C'est une erreur.

Comme ce qui s'est passé à Valence…

Bien sûr. Et à Valence, on parle de reconstruction, alors qu'il faudrait peut-être plutôt parler de déconstruction, c'est-à-dire d'abandon de zones qui n'auraient jamais dû être colonisées...

Qu'attendez-vous des réunions que vous tenez aujourd'hui avec les groupes parlementaires galiciens ? 

Les scientifiques du XXIe siècle ne peuvent pas rester enfermés dans leurs laboratoires. Nous devons aller à la rencontre de la société et expliquer ce qui se passe...

Susana López Carbia

Santiago

https://www.farodevigo.es/galicia/2025/05/28/galicia-problema-serio-huracanes-acabaran-117901084.html

 

« On ne peut pas croître économiquement tout en respectant l'environnement » .....

Antonio Turiel, scientifique au CSIC, alerte sur les limites des ressources, les conséquences du réchauffement climatique et l'urgence d'un modèle économique fondé sur la décroissance...

Antonio Turiel Martínez, chercheur au Centre national de recherche espagnol (CSIC) et auteur du livre « L'avenir de l'Europe », met en garde contre le danger de continuer à ignorer les avertissements scientifiques concernant le changement climatique et la crise énergétique. Les températures élevées pourraient atteindre des niveaux incompatibles avec la vie humaine avant 2040 dans des régions comme Madrid, la Communauté valencienne et l'Andalousie, où les températures à l'ombre pourraient dépasser 50 °C en été, selon Turiel.

Le scientifique s'appuie sur des rapports récents de la NASA et d'autres organisations internationales pour avertir qu'un tiers de la population mondiale souffre déjà de chaleur extrême au moins 20 jours par an et que le réchauffement climatique s'accélère. Face à la possibilité de coupures de courant lors de vagues de chaleur, il estime que la situation serait « très dangereuse », comme on l'a vu dans des pays comme l'Arabie saoudite, où la survie dépend presque exclusivement de la climatisation.

Croissance économique en question

Turiel lance une critique directe du modèle économique actuel. « On ne peut pas respecter l'environnement et croître économiquement en même temps », affirme-t-il, citant un rapport de l'Agence européenne pour l'environnement. À cette limitation environnementale s'ajoute une seconde, peut-être moins évidente mais tout aussi inquiétante : la raréfaction croissante de ressources naturelles essentielles, comme le pétrole et le cuivre.

Il prévient que nombre de ces matériaux, essentiels à la construction, à la mobilité électrique et aux systèmes numériques, ont atteint ou sont proches de leur pic de production mondiale, rendant la croissance telle que nous la connaissons non viable. « Même si nous le voulions, nous ne pourrions pas croître », conclut Turiel.

Énergies renouvelables : une solution imparfaite 

Concernant les solutions les plus populaires, comme l'électrification totale ou la promotion des énergies renouvelables, Turiel reste prudent. Il explique que l'électricité ne représente que 20 % de la consommation finale d'énergie et qu'électrifier 100 % de la société est techniquement et matériellement irréalisable. De plus, les énergies renouvelables dépendent de matières rares et ne peuvent couvrir tous les besoins énergétiques actuels.

Concernant l'utilisation du cuivre, il prévient que la production mondiale a atteint son maximum et que le recyclage sera le seul moyen viable de répondre en partie à la demande future.

Critique de l'hydrogène et d'autres initiatives énergétiques

Turiel remet également en question d'autres propositions telles que l'hydrogène vert ou l'utilisation intensive de la biomasse. Il estime que cette dernière, bien que susceptible d'applications locales et durables, ne pourra pas atteindre le niveau de consommation énergétique actuel sans dévaster les forêts espagnoles d'ici quelques années.

Malgré l'essor des véhicules électriques, les problèmes d'infrastructures, de stabilité du réseau et de matériaux limitent leur expansion sans conséquences collatérales.

Que défend Antonio Turiel ?

Turiel évite les dogmes énergétiques. Son engagement est en faveur d'un mix énergétique renouvelable, basé sur l'efficacité et adapté aux ressources disponibles, mais dans le cadre d'un modèle économique en déclin et résilient. Il nous dit qu’il ne s’agit pas de régresser en termes de qualité de vie, mais plutôt de redéfinir les priorités et d’agir sur la base de données réelles, et non sur des promesses technologiques qui entrent en collision avec les limites physiques de la planète.

Hazte Eco
 |  Madrid | 26/05/2025
 
https://www.atresmedia.com/hazte-eco/programa/antonio-turiel-puede-crecer-economicamente-respetar-medio-ambiente-mismo-tiempo_202505266830595554e3973a60203343.html
Espoir et défaitisme...
 
Chers lecteurs, 
 
À l'occasion de la récente célébration de la Sant Jordi, nous avons organisé un événement simple mais magnifique dans mon laboratoire. Plusieurs chercheurs ont présenté leurs derniers ouvrages, suivi d'un court récital poétique et musical, des résultats d'une enquête sur le rôle de la science et des scientifiques dans la société, et enfin d'une courte présentation vidéo des activités de mon centre. Tout au long de cet événement (assez bref, un peu plus d'une demi-heure), le fait que nos travaux et nos mesures montrent que les océans, et par extension l'environnement, connaissent une dégradation accélérée et sans précédent ces dernières années, a été évoqué à plusieurs reprises. 
 
Cependant, la nécessité de nourrir l'espoir a été soulignée. Non pas l'optimisme quant à la situation, non – ce serait absurde au vu des données – mais l'espoir de pouvoir inverser la tendance. Un espoir qui est en réalité bien infondé, compte tenu de l'évolution des dernières décennies et du peu d'attention accordée aux scientifiques qui étudient la crise environnementale. Il est significatif que la vidéo institutionnelle ait également joué avec les concepts de « science » et d’« espoir », ce qui, à mon avis, a été un échec car, d’une certaine manière, cela impliquait que les deux concepts sont, dans la pratique, mutuellement exclusifs ou contradictoires.

Et c'est le cas. Ceux d'entre nous qui travaillent dans les sciences de l'environnement sont témoins d'une catastrophe sans précédent concernant pratiquement toutes les variables environnementales que nous examinons. Comme nous l'avons mentionné à plusieurs reprises, nous avons déjà dépassé six des neuf limites planétaires identifiées il y a 16 ans, et deux autres pourraient encore être dépassées dans les années à venir, l'une d'elles étant clairement océanique (acidification).

 

 

 

Le fait est que dépasser ne serait-ce qu'une seule des limites planétaires met en péril la survie de l'espèce humaine. Par conséquent, plus cette situation de dépassement perdure, plus le risque d'entrer dans une spirale irréversible de dégradation environnementale, un point de bascule, est grand. Cela revient à dépasser une seule des neuf limites. Or, que signifie dépasser six d'un coup – et si nous continuons comme cela, dans quelques années, huit limites planétaires ?

Après coup, j'ai longuement réfléchi à la question. À quoi sert le slogan plus ou moins accepté dans le monde universitaire, selon lequel il faut transmettre un message d'espoir ? Mais même lorsque des gens comme moi présentent crûment des données pures et simples, il est tout à fait normal que même mes collègues qualifient ce discours de « catastrophisme » ou de « pessimisme », alors que ce qui est présenté n'est que des données brutes, factuelles.

Des faits, après tout. Il semble que chaque fois que quelqu'un montre que les choses vont mal, il a l'obligation de faire une prière à la capacité de la Science (avec un grand S) et à l'ingéniosité de l'Être Humain (également avec un grand S) pour se décharger de toute responsabilité, pour faire comprendre que cela sera réglé, même si pour le moment nous n'avons pas la moindre idée de comment.

Cependant, je trouve difficile d'adopter une position plus antiscientifique. La science doit présenter les choses de la manière la plus objective et la plus objective possible, sans laisser ses propres convictions biaiser les résultats, afin que les résultats soient globalement valables et que nous puissions ensuite construire les éléments nécessaires.

Et les données sont stupéfiantes. À l'heure actuelle, le déséquilibre radiatif – c'est-à-dire la différence entre le rayonnement reçu par la planète et le rayonnement renvoyé vers l'espace –, selon les mesures satellitaires de la NASA, a quadruplé par rapport aux valeurs de 2002.

 

 
 
 
 
Vers 2014, un changement brutal s'est produit, passant de 0,37 W/m² en 2002 à 1,37 W/m² aujourd'hui. La rapidité de ce phénomène est probablement liée à plusieurs processus, tels que la fonte des glaces en Arctique (l'eau absorbe davantage d'énergie, tandis que la glace la réfléchit) et la diminution drastique des émissions d'aérosols résultant de la combustion de combustibles fossiles, notamment de SO2, en Chine, alors que ce pays était confronté à un grave problème de pollution. 
 
C'est à cause de ce déséquilibre que le réchauffement climatique a clairement explosé ces dernières années, et que nous terminerons 2024 avec une température mondiale de +1,6 °C par rapport aux niveaux préindustriels. À ce rythme, d'ici quelques années, nous atteindrons +2 °C, ce qui serait catastrophique pour l'Espagne, car cela entraînerait des températures de 50 °C ou plus fréquentes en été, ce qui représenterait de graves risques pour la vie humaine, détruirait les écosystèmes, provoquerait davantage d'incendies, etc.
 
Sans parler des changements déjà en cours dans la circulation atmosphérique et océanique, aux conséquences imprévisibles. Le délai de réaction à l'urgence climatique a été considérablement réduit, alors que l'espoir est encore permis.

Du côté des ressources, les nouvelles ne sont guère encourageantes. La crise provoquée par la pénurie de carburant continue de se propager en Amérique latine et en Afrique, comme nous l'avons évoqué dans un précédent article ; le Mexique est désormais durement touché. Le cuivre, essentiel à toute électrification, fait défaut et des difficultés d'approvisionnement commencent à apparaître pour toutes sortes de matières premières, des céréales et du cacao à divers métaux.

Dans ce contexte grave et structurel, l'imposition de droits de douane par les États-Unis a perturbé le commerce mondial, faisant chuter le prix du pétrole (faute de consommation), ce qui remet en question les investissements futurs, notamment dans la fracturation hydraulique américaine, et garantit des pénuries pétrolières à court terme. 

Comme si cela ne suffisait pas, tandis que la guerre en Ukraine et l'extermination à Gaza, ainsi que 17 autres guerres oubliées de tous, se poursuivent, le conflit entre l'Inde et le Pakistan s'intensifie. La lutte pour le carburant, les métaux, la nourriture, l'eau… ne fera que s'intensifier dans les années à venir. Mais il faut garder espoir.

Cela m'amuse qu'on m'accuse d'être défaitiste et pessimiste. En réalité, je suis quelqu'un de très optimiste. Car je me bats malgré les preuves qui s'accumulent, car je crois toujours que la situation peut être améliorée, car je crois toujours que nous pouvons y parvenir.

Ceux qui abandonnent, cherchant l'alibi moral de « l'espoir », sont les vrais défaitistes, car ils ne font rien pour changer la situation, car ils acceptent comme inévitable ce que nous avons et ce qui nous attend.

Camarades du monde scientifique : nous devons une fois pour toutes abandonner cette absurde insistance sur l'espoir, qui berce les consciences. Ce n'est pas de cela dont nous avons besoin. La réponse que nous devons apporter n'est pas « l'espoir », mais l'activisme.

Nous devons aller sur le terrain et expliquer ce qui se passe, le dénoncer, être belliqueux face à ce qui se passe, nous y opposer.

C'est notre obligation morale incontournable, car nous sommes ceux qui savent ce qui se passe. Comme l'a dit Albert Einstein, celui qui a le privilège de savoir a le devoir d'agir.

Nous devons aller au front pour défendre nos semblables et tout ce qui vit. Car il n'y a pas de combat plus noble, pas de cause plus juste. Et celle-ci nous interpelle. Ce n'est pas l'espoir, c'est l'activisme et la justice.

Salutations.

Antonio Turiel

https://crashoil.blogspot.com/2025/05/esperanza-y-derrotismo.html  

Antonio Turiel : « La panne est due à l'intégration d'une grande quantité d'énergie renouvelable sans systèmes de stabilisation adéquats. ».... L'expert en énergie du CSIC explique les causes de la panne d'Onda Vasca, soulignant « la vulnérabilité de l'intégration désordonnée et non planifiée d'un grand nombre de systèmes renouvelables ».

Après la panne massive d'hier, la grande question aujourd'hui est de savoir pourquoi elle s'est produite. Aujourd'hui, sur Onda Vasca, avec Txema Gutiérrez, nous avons sollicité les explications d'Antonio Turiel, physicien, mathématicien et expert en énergie du CSIC. Il a été très clair : « Le problème fondamental n'est pas tant la panne que l'instabilité du réseau, un problème que nous expliquons depuis un certain temps. La raison est qu'une grande quantité d'énergie renouvelable a été intégrée sans les systèmes de stabilisation appropriés qui auraient dû être en place et qui, de plus, sont désormais exigés par la loi. »

Au moment de la panne, explique Turiel, « on produisait beaucoup d'énergie photovoltaïque, qui, de par ses caractéristiques techniques, réagit mal aux variations de la demande. Le problème du système électrique est qu'il faut toujours anticiper les variations de la demande, et le photovoltaïque n'est pas très flexible à cet égard, mais cela est compensé par l'installation d'une série de dispositifs, évidemment coûteux et adaptés à ces situations, pour que cela fonctionne ainsi. Comme cela n'a pas été fait, à un moment donné, la majeure partie de l'électricité espagnole était fournie par le photovoltaïque, qui est plutôt rigide et incapable de s'adapter. Que s'est-il passé ? Certains systèmes ont commencé à tomber en panne, ce qui a entraîné une panne en cascade, ce qui, soit dit en passant, n'aurait pas dû se produire non plus, car lorsqu'un système est surchargé, il peut déconnecter un sous-réseau pour se protéger et éviter de griller, mais au lieu de cela, il a transféré la charge de l'un à l'autre, et tous les sous-réseaux sont tombés en panne en cascade, incapables de gérer cela. »

 

Antonio Turiel, l'expert qui a prédit la panne : « C'était une irresponsabilité criminelle de la part des grandes entreprises. »...

Le scientifique exclut le recours aux centrales nucléaires face aux pannes de courant et promeut le recours aux énergies renouvelables, à condition que celles-ci soient dotées de toutes les garanties nécessaires pour garantir la stabilité du système...

Nous étions prévenus. Une panne majeure n'était pas seulement une dystopie littéraire, mais aussi une possibilité que les scientifiques mettaient en garde depuis un certain temps. C'est désormais une réalité. Antonio Turiel, physicien et chercheur au CSIC, auteur de L'avenir de l'Europe : Comment réduire les émissions pour une réindustrialisation urgente (Ediciones Destino, 2024), a été l'une des figures les plus marquantes de la réflexion sur l'état actuel du système électrique.

Dans un entretien avec Público, Turiel explique que le système électrique, tel qu'il est, est instable. La raison ? « L'intégration des énergies renouvelables a été autorisée sans les systèmes de stabilisation nécessaires », déclare-t-il. C'est une question technique, mais pour utiliser une comparaison : « C'est comme si vous achetiez une voiture et qu'on vous la vendait sans freins », compare le scientifique.

Maximiser les profits plutôt que la qualité du service

« Les systèmes de production d'électricité conventionnels reposent sur des turbines rotatives. Leur poids important – des dizaines de tonnes – leur confère inertie et stabilité.» Ce n'est pas le cas d'autres modes de production d'électricité, comme l'éolien et le photovoltaïque, ce qui explique leur difficulté à répondre aux variations de la demande. « C'est ce qui a conduit le réseau à ne pas pouvoir réagir aux variations de la demande lorsque l'électricité était principalement photovoltaïque. C'est de là que vient l'instabilité.»

« Lorsque l'électricité était principalement photovoltaïque, le réseau était incapable de réagir aux variations de la demande. »

Le rôle des énergies renouvelables dans les scénarios de « zéro black-out » – comme les experts appellent les pannes totales – a engendré une certaine désinformation, le Parti populaire défendant farouchement l'énergie nucléaire dans ses déclarations. Mais le problème ne réside pas dans l'utilisation de sources d'énergie propres, mais dans leur mise en œuvre sans toutes les garanties nécessaires. Ce qui s'est passé ce lundi à 12h33. « On peut éviter cela grâce à des systèmes de stabilisation, mais ils sont coûteux et les grandes entreprises les ont ignorés.»

La maximisation des profits, et non les énergies renouvelables, a été le principal problème qui a rendu le système vulnérable aux urgences nationales comme celle de cette semaine. Et tout comme « on ne peut pas vous vendre une voiture sans freins », Turiel souligne que les sources propres « auraient nécessairement été équipées de systèmes de stabilisation ».

Quoi qu'il en soit, la mise en œuvre de ces systèmes n'était pas la seule solution possible. « Une solution aurait été de maintenir les centrales à gaz à cycle combiné en arrêt à chaud afin qu'elles puissent réagir rapidement et compenser les baisses de puissance », souligne le responsable du CSIC.

« Cela semble criminellement irresponsable de la part des grandes entreprises. »

Turiel admet que, face à une baisse aussi rapide, un arrêt à chaud n'aurait peut-être pas permis de la compenser, mais il souligne qu'« une demi-heure avant la panne, des signes très clairs d'instabilité du système étaient présents.» Il aurait été temps de réactiver les centrales à ce moment-là, mais cela n'a pas eu lieu. Pourquoi ? « Parce que le prix de l'électricité sur le marché de gros était nul, et même s'ils étaient rémunérés pour le gaz brûlé, cela ne leur procurait pas suffisamment de bénéfices, alors ils ont préféré les fermer complètement. »

« Cela me semble criminellement irresponsable de la part des grandes entreprises. Je ne comprends pas comment elles ont pu faire cela », critique l'expert.

L'illusion du nucléaire

Le chef du Parti populaire (PP), Alberto Núñez Feijóo, n'a pas tardé à exiger du gouvernement qu'il « rectifie » sa politique nucléaire et prolonge la durée de vie des centrales. La présidente de l'Estrémadure, María Guardiola, s'est jointe à son appel. Ses déclarations interviennent alors qu'Almaraz, la plus ancienne centrale nucléaire d'Espagne, située à Cáceres, vit ses derniers jours. Selon le Plan national intégré pour l'énergie et le climat du gouvernement, l'un de ses réacteurs devrait fermer en 2027 et le second en 2028, jusqu'à ce que la centrale soit complètement démantelée.

« L'énergie nucléaire ne résout absolument pas le problème, car elle est tout aussi rigide que les énergies renouvelables sans systèmes de stabilisation. »

Cependant, Turiel souligne que « l'énergie nucléaire a très mal réagi à cette situation, car elle est également assez rigide ; elle ne s'adapte pas aux changements.» De fait, lorsque la chute soudaine des gigawatts s'est produite, ses systèmes de protection « se sont déclenchés et ont mis le système en arrêt d'urgence.» « L'énergie nucléaire ne résout absolument pas le problème, car elle est tout aussi rigide que les énergies renouvelables sans systèmes de stabilisation », insiste-t-il.

Une nouvelle panne d'électricité se produira-t-elle ?

De nombreux experts sur le sujet pointent depuis longtemps l'état du système électrique et ses conséquences possibles, comme une panne majeure. Cela s'est déjà produit, et dans ce contexte, il convient de se demander : cela se reproduira-t-il ? Selon Turiel, il est très peu probable que cela se produise à court terme. Au moment de la panne, les centrales à cycle combiné ne représentaient que 3 % de la consommation totale. Aujourd'hui, elles en représentent 40 %. Avec un tel degré de stabilisation grâce au cycle combiné et à l'hydroélectricité, cela ne se produira pas.

L'enjeu dépasse toutefois le court terme. Le défi posé par la panne zéro de lundi concerne la résilience du système électrique, même à long terme. « On ne peut pas laisser cela se reproduire », souligne le scientifique. À cet égard, Turiel part du principe qu'à court terme, il sera difficile de mettre en œuvre tous les systèmes de stabilisation nécessaires aux énergies renouvelables en Espagne. C'est pourquoi il estime important de « disposer de centrales à cycle combiné au gaz en veille pour pallier les éventuels problèmes ».

De même, un enjeu fondamental est de préserver les conditions de vie : la décroissance. « La première étape consiste à accepter que nous ne pouvons pas continuer à croire en une croissance indéfinie sur une planète finie où les ressources s'épuisent », souligne l'expert du CSIC. « Il est indispensable de changer nos modes de production et de consommation », affirme-t-il. Turiel réitère que de nombreux changements sont nécessaires, « mais cela prend du temps. Et il faut aussi du temps pour les expliquer.»

 

Adhik Arrilucea

Madrid-

https://www.publico.es/sociedad/m-ambiente/antonio-turiel-experto-predijo-apagon-irresponsabilidad-criminal-parte-grandes-companias.html

 

Antonio Turiel, l'homme qui a prédit la panne d'électricité : « Le réseau doit être stabilisé, mais cela coûte cher, et cela n'a pas été fait. »....

« C'est très triste que les gens écoutent quelqu'un lorsque les dangers dont ils parlent se produisent, car je n'ai pas de boule de cristal, et je parle de risques évitables. Le plus triste, c'est qu'ils ne sont pas évités ; il est très triste qu'ils se matérialisent. » Cette déclaration défaitiste est celle d'Antonio Turiel, éminent communicateur scientifique et chercheur à l'Institut des sciences marines du CSIC (Conseil national de la recherche scientifique) à Barcelone.

L'été dernier, comme de nombreux autres scientifiques, il a averti que les températures élevées en Méditerranée pourraient entraîner des DANA très dangereuses, comme cela s'est finalement produit. Il n'est pas le seul, mais Turiel met en garde depuis longtemps contre le risque de panne du réseau électrique dû à l'importance croissante des énergies photovoltaïque et éolienne, qui provoquent une instabilité face aux fluctuations météorologiques. 

On ignore encore ce qui s'est passé, mais la panne d'électricité a bel et bien eu lieu. Bien que de nombreux experts aient affirmé à plusieurs reprises que cela était impossible, il a insisté sur l'instabilité du système. Et il maintient cela.

« Ce qui s'est passé est un problème d'instabilité du système. Le système est instable, et la moindre perturbation peut le faire tomber, et c'est ce qui s'est produit hier. Il faut tenir compte du fait que la panne survient au moment où la production photovoltaïque atteint son pic. Ce qui manquait, et ce que je dis depuis des années, c'est qu'il faut installer davantage de systèmes de stabilisation sur le réseau, mais cela coûte cher et n'a pas été fait », déclare-t-il.

Il précise cependant : « Ce n'est pas tant le modèle renouvelable qui est en cause ; s'il s'agit d'énergie renouvelable, ce serait une simplification stupide du problème. Le problème est un problème de planification et de mise en place de systèmes de stabilisation pour éviter que de telles choses ne se produisent. C'est la conséquence d'un modèle brutal. »

Pour Turiel, deux hypothèses peuvent expliquer ce qui s'est passé hier. « L'une me paraît plus improbable, mais pas impossible, et l'autre, plus plausible. La plus improbable, c'est qu'il y ait eu une cyberattaque et que des pirates aient connecté massivement tous les onduleurs des panneaux photovoltaïques, car ces composants sont contrôlés à distance et pilotés par logiciel. Il serait alors possible de les éteindre tous d'un coup. 

Mais je pense que la réalité est plus prosaïque : ce qui s'est passé, c'est simplement un phénomène que nous appelons résonance non linéaire en physique, et les instabilités du réseau à un moment donné sont comme si elles allaient toutes dans la mauvaise direction simultanément. Bien sûr, on a un système qui oscille avec une multitude de petits oscillateurs, et à un moment donné, ils peuvent résonner, et ils peuvent tous osciller dans la même direction au même moment. Et je pense que c'est ce qui s'est produit ici. Pourquoi ? Eh bien, parce qu'il n'y a pas de stabilisation. C'est un avertissement : il faut faire mieux.»

Qui devrait mieux stabiliser le système ? avons-nous demandé. 

C'est la responsabilité de tous, évidemment, en premier lieu du législateur, car il doit faire respecter cette obligation. Ensuite, du régulateur, en l'occurrence le réseau électrique espagnol, car il devrait imposer le respect de critères techniques plus stricts. Ensuite, des compagnies d'électricité elles-mêmes.

Ce problème aurait été bien moins grave si nous avions eu des centrales à cycle combiné au gaz, mais elles ont été fermées car elles perdaient de l'argent avec des prix négatifs. Le gros problème actuel, c'est qu'au printemps, la production photovoltaïque est importante, car c'est la période idéale, avec un excellent éclairage et des températures douces. En effet, lorsque les températures augmentent, les performances du photovoltaïque chutent, ce qui est le meilleur moment pour produire. Or, cela nous conduit à des prix nuls et négatifs. 

Aux Pays-Bas, hier, un prix négatif de -250 € par MW et par heure a été fixé. Imaginez la folie ! Les propriétaires de centrales à cycle combiné sont très en colère et ne veulent pas perdre d'argent en brûlant du gaz inutilement, alors ils les ferment complètement, et c'est une erreur. Parce que pour redémarrer une centrale, il faut des heures, au moins une heure et demie pour la mettre en marche et pour qu'elle puisse produire, puis peut-être 3 heures.

En fin de compte, Turiel pointe également la Commission européenne elle-même comme responsable, « car ici, au final, elle tente d'imposer un modèle qui mérite d'être approfondi. Je suis avant tout un communicateur, mais de nombreux experts le disent en privé, à huis clos, et on ne les écoute pas.»

Quel modèle l'Union européenne promeut-elle ? Nous insistons.

« Le modèle qu'elle promeut est très instable ; c'est en fin de compte une conséquence du modèle que l'Union européenne promeut, un modèle dans lequel l'énergie photovoltaïque et éolienne est imposée massivement sans réglementation en matière de stabilisation », explique-t-il.

Pour le scientifique, l'instabilité est présente dans une grande partie de l'Europe. « L'Allemagne connaît de nombreux problèmes de stabilité qu'elle compense en vidant les réservoirs de Suède et de Norvège. Il y a quelques mois, la Norvège a annoncé qu'elle allait couper sa connexion avec le continent, excédée par l'assèchement de ses réservoirs.»

Repenser le système

La solution proposée par Turiel est convaincante et peu entendue aujourd'hui. « Nous devons repenser le système électrique. Je pense que le système électrique devrait être public, car le problème, c'est que lorsqu'on essaie de gérer un service fondamental, cela nous arrive. » Turiel estime que l'énergie pourrait être moins chère. 

« Il faudrait modifier ces prix. Je créerais une entreprise publique, qui assumerait les coûts de stabilisation du réseau. Consommer du gaz ? Que va-t-on faire ? Oui, une certaine quantité de gaz avec modération pour maintenir la stabilité du réseau », affirme-t-il.

 

 
https://www.elindependiente.com/futuro/2025/04/29/antonio-turiel-predijo-la-dana-y-el-apagon-hay-que-estabilizar-la-red-pero-cuesta-dinero-y-no-se-ha-hecho/
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