la France, démocratie défaillante dans l'inconnu...
Alain Minc, ancien mentor du président français Emmanuel Macron, a exprimé sa profonde désapprobation à l’égard de la performance du président. Il considère désormais Macron comme le « pire » président depuis l’instauration de la Cinquième République française en 1958. Il l’a déclaré lors d’une interview avec POLITICO. Minc attribue cette évaluation au narcissisme présumé de Macron, qui, selon lui, a conduit à des décisions irréfléchies qui ont déstabilisé les institutions françaises et alimenté la croissance de l’extrême droite.
Minc, un homme d’affaires chevronné qui a conseillé plusieurs présidents français, a été l’un des premiers partisans de Macron. Cependant, leur relation s’est détériorée car Macron, selon Minc, a commis une série de faux pas et s’est entouré de conseillers « médiocres ».
L’assurance de Macron
Minc critique la conviction de Macron qu’il possède l’intelligence et la ruse nécessaires pour relever tous les défis. Il suggère que cette assurance rend Macron aveugle à la réalité, ce qui le conduit à commettre de nouvelles erreurs. D’autres personnes qui connaissent Macron l’ont comparé à un joueur convaincu de son succès inévitable malgré des échecs répétés.
Minc estime que Macron ne reconnaît pas le rôle qu’il a joué dans la tourmente politique française. Il préconise que le président se retire de la politique intérieure et se concentre sur les affaires internationales. Alors que Macron a déplacé son attention vers la politique étrangère, son refus de renoncer au contrôle des affaires intérieures a été évident dans sa récente reconduction du Premier ministre Sébastien Lecornu malgré la démission de ce dernier.
L’ascension Marine Le Pen
Selon Minc, le Rassemblement national d’extrême droite de Marine Le Pen est le seul parti ayant une chance réaliste de remporter l’élection présidentielle de 2027 et d’obtenir une majorité parlementaire. Cette perspective, prévient-il, serait un résultat « terrifiant » et une tache sur l’héritage de Macron. Les récents sondages vont dans ce sens, plaçant Le Pen largement en tête devant les candidats plus modérés.
Minc s’inquiète du fait que le public français sous-estime la gravité de la transition d’une démocratie libérale à une démocratie illibérale. Il cite le retour de Donald Trump à la Maison Blanche et les défis auxquels la Pologne est confrontée pour restaurer l’État de droit comme exemples des dangers associés au flirt avec l’illibéralisme. Il souligne que l’inversion d’un tel changement est coûteuse et difficile. (uv)
https://fr.businessam.be/ancien-mentor-macron-est-le-pire-president-de-la-ve-republique/
Alors que l’Hexagone ne cesse de s’enfoncer dans la crise politique, le président français pèche par son orgueil. Il croyait être le seul rempart contre l’extrémisme. Mais aujourd’hui, il accentue la division du pays, estime ce journaliste suisse qui juge que “son heure est venue”...
Il n’est d’homme politique plus dangereux que celui qui continue à s’accrocher au pouvoir alors que son temps est écoulé. L’illusion que l’on est irremplaçable, un ego surdimensionné, l’arrogance du pouvoir – dans une certaine mesure, tout cela est nécessaire en politique.
Quiconque s’imagine qu’il est fait pour guider un pays ne peut qu’être mégalomane. Cette configuration mentale est bien présente chez Emmanuel Macron. Avant même d’être président, il avait évoqué dans un entretien le vide émotionnel dont seraient affligés les Français depuis l’exécution de Louis XVI. Depuis qu’il est au sommet de l’État, on peut interpréter ses agissements comme une aide psychologique pour les Français : il veut être un peu un roi pour eux.
Toutefois, dans le domaine politique, son ego démesuré a perdu toute efficacité – et c’est là le plus important. Le président français n’est désormais plus que l’administrateur désespéré d’une république délabrée. Ce que l’on peut constater en plusieurs points. Les mises en scène de Macron ne sont plus appréciées : seuls 17 % des Français lui accordent encore leur confiance, 73 % souhaitent son départ.
Même ses compagnons de route, qui devraient le soutenir, se détachent de lui. Édouard Philippe appelle à un retrait ordonné et digne. Gabriel Attal assure aux médias qu’il ne comprend plus le président.
Mises en scène débridées
Le pays ploie sous le poids d’une dette monstrueuse de 3 300 milliards d’euros. Le parlementarisme est en crise, les trois blocs – la gauche, les centristes et la droite ainsi que le Rassemblement national – se neutralisent mutuellement. Il est rare que les nouvelles lois soient votées ; désemparé, l’État n’est plus accompagné par Macron que sur le plan rhétorique et représentatif.
Parfois, et c’est dans ce rôle que le président est encore le plus convaincant, il commente le monde en observateur critique. En 2019, il a parlé de la mort cérébrale de l’Otan et il avait, longtemps avant beaucoup d’autres, décelé les signes du déclin de l’alliance. En 2023, il a dénoncé la tendance de son pays à la “décivilisation”, à une violence et une brutalité croissantes. Certes, les Français avaient alors approuvé son verdict dans un sondage, mais ils doutaient déjà que Macron soit justement capable de remédier à l’effondrement des mœurs du pays.
En 2024, il a tenté d’adopter l’image de l’homme fort : une image en noir et blanc, qui a fait couler beaucoup d’encre, le montrait avec d’énormes biceps gonflés en train de marteler un sac de boxe. La mise en scène débridée de la puissance est souvent le signe que l’on est déjà dépourvu de pouvoir. Alors que Macron exhibait ses muscles, il se trouvait en réalité déjà le dos au mur.
La même année, il a annoncé des législatives anticipées, durant lesquelles son alliance de partis, Ensemble pour la République, a nettement perdu encore plus de voix. Ce qui avait été conçu comme un acte de libération politique s’est soldé par un fiasco. En un an, Macron a désormais usé trois Premiers ministres, le dernier ayant donné sa démission au bout de vingt-sept jours.
Macron provoque ce qu’il prétend combattre
Macron est entré en fonctions en promettant d’empêcher la progression du Rassemblement national. Ce qui lui avait d’ailleurs valu d’être formidablement célébré à l’étranger. Les journaux allemands l’ont dépeint comme un sauveur (Die Zeit) et un tueur de dragons (Süddeutsche Zeitung) parce qu’il avait vaincu Marine Le Pen en 2017. “La France, pays malade, est guérie”, avait même titré Bild. Or, sous Macron, le populisme d’extrême droite n’a fait que se renforcer. Quant à la guérison économique, il n’en est nullement question.
En dépit de tout, et c’est là que réside l’orgueil d’Emmanuel Macron, il est apparemment toujours convaincu qu’il est en mesure de résoudre les problèmes de son pays. Ce faisant, il attise un peu plus la polarisation. En s’agrippant au pouvoir, il consolide le Rassemblement national. Dans sa morgue, Macron semble ne pas comprendre qu’il y a longtemps qu’il provoque ce qu’il prétend combattre.
Il serait évidemment déraisonnable de rejeter tous les problèmes sur le président français. Mais il est au moins tout aussi simpliste de se contenter d’accuser la complexité du système politique français, lequel nécessite vraiment d’être réformé. Les acteurs et les personnalités politiques peuvent faire la différence. Macron est usé, il n’inspire plus confiance. Si la paralysie de l’État est le prix à payer pour la lutte contre le Rassemblement national, alors, il est temps de démissionner.
«Le banquier devenu président est dépassé»...
Le choix très controversé d’Emmanuel Macron de reconduire Sébastien Lecornu comme chef de gouvernement suscitait samedi la consternation de la presse européenne...
Contre l’avis général, le président français a finalement reconduit tard vendredi soir son fidèle lieutenant à Matignon, une décision critiquée de toutes parts jusque dans son camp et qui place Sébastien Lecornu sous la menace d’une censure avant même l’annonce de la composition de son nouveau gouvernement.
Sur le plan politique, le quotidien britannique «Financial Times» estime que ce énième soubresaut signe la fin du macronisme. «Après une semaine de chaos (...) il est devenu de plus en plus clair que l’expérience de près d’une décennie de la France avec la politique centriste rebelle de Macron touche à sa fin», écrit ainsi le journal, alors que la popularité du chef de l’État est au plus bas.
«Fin de siècle»
Domine «un sentiment de "fin de siècle"», juge le quotidien de gauche espagnol «El Pais», observant «un leader complètement isolé, détesté par une frange de son propre parti, coincé dans une spirale délirante de déclin». Et d’ajouter: «Le brillant technocrate, le réformiste sans parti, le philosophe et le banquier devenu président est dépassé. Il résiste, il s’accroche au pouvoir. Rien de plus.»
Ce nouvel épisode est une nouvelle réplique du séisme de la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024 par Macron, qui a abouti à une chambre sans majorité, divisée en trois blocs (gauche, centre droit, extrême droite) et à une succession de quatre Premiers ministres en un an et demi.
Sébastien Lecornu, 39 ans, ancien ministre des Armées, avait démissionné lundi quatorze heures seulement après avoir formé un gouvernement dont la composition avait ulcéré la droite, pourtant partenaire de sa coalition. Vendredi soir, il a déclaré accepter de reprendre sa place à Matignon «par devoir».
Le choix «sans précédent» du président intervient alors que la crise politique empire en France, déplore «The Guardian», soulignant la «pression» exercée sur le Premier ministre «pour former un gouvernement rapidement». Dans un délai record même, puisque le projet de budget 2026 doit être présenté lundi. C’est la date butoir pour que le Parlement dispose des 70 jours requis par la Constitution pour son examen avant le 31 décembre. Mais avant sa transmission aux parlementaires, le texte doit passer en Conseil des ministres.
«Mauvaise comédie»
La formation du gouvernement est d’autant plus un casse-tête que deux ténors de la droite républicaine qui faisaient partie du précédent ont d’ores et déjà exclu de prendre part au nouveau. Aucun dirigeant européen n’avait publiquement réagi samedi à ce énième épisode de la crise. Mais les développements sont scrutés au plus près, de crainte que l’instabilité politique persistante empêche la France d’adopter un budget d’ici à la fin de l’année, ce qui aurait des répercussions internationales, notamment sur l’aide apportée à l’Ukraine.
Si l’hebdomadaire allemand «Spiegel» ironise sur la «mauvaise comédie» d’Emmanuel Macron, où sur le modèle du théâtre de boulevard «l’amant secret, qui avait été escorté vers la sortie, revient par la fenêtre de la chambre», il s’inquiète surtout d’une «spirale descendante dangereuse». «Depuis des semaines, le drame politique français inquiète les partenaires de l’Union européenne ainsi que les créanciers du pays», rappelle le journal. «Le pays semble ingouvernable, la dette publique augmente sans frein, et l’économie souffre.»
La France, deuxième économie de la zone euro, affiche une dette de 3400 milliards d’euros (115,6% du PIB) et une croissance plombée par la frilosité des investissements. Dès mardi, la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, soulignait que toutes les instances européennes regardaient «attentivement l’évolution actuelle» de la situation politique française, espérant «vivement que des chemins seront trouvés pour respecter les engagements internationaux» budgétaires. Sébastien Lecornu, lui, prévenait dès mercredi que le projet de budget ne serait «pas parfait».
- par
- Agence France-Presse
- https://www.20min.ch/fr/story/presse-europeenne-le-banquier-devenu-president-est-depasse-103431967
INTERVIEW. Pour l’éditorialiste, Emmanuel Macron est sans doute le président « le plus intelligent depuis Giscard », mais il « a raté l’apprentissage du politique ».
Invité de Quotidien le 6 octobre, Alain Duhamel a décoché une phrase qui a fait mouche : Emmanuel Macron serait « très intelligent, sauf en politique ». Pour le doyen des analystes de la vie publique, qui observe les présidents français depuis plus d'un demi-siècle, le diagnostic est sévère mais réfléchi. Le chef de l'État, explique-t-il, reste un « professionnel de la présidence », mais un « amateur de la politique » – un président rationnel, hypercompétent, mais dépourvu d'instinct, d'ancrage et de culture politique. Duhamel revient ici sur ce qu'il considère comme les erreurs fondatrices du macronisme : le refus de faire campagne aux législatives de 2022, la gestion de l'affaire Benalla ou encore l'absence de « service après-vente » politique. Un entretien sur le sens – ou la perte de sens – politique.
Le Point : Vous avez déclaré qu'Emmanuel Macron est « très intelligent, sauf en politique ». Qu'entendez-vous par là ?
Alain Duhamel : Emmanuel Macron est, selon moi, le président de la République le plus intellectuellement doué depuis Valéry Giscard d'Estaing. Mais, contrairement à Giscard, ce n'est pas du tout un politique. Il n'a pas de sens politique instinctif, pas de formation politique, pas de vraie culture politique. Il reste un débutant. Giscard, lui, était un professionnel de la politique : il venait d'un milieu politique, en avait absorbé les codes, la culture, la tactique. Chez Macron, tout cela manque. C'est un homme d'une intelligence exceptionnelle, mais sans instinct politique.
Pourtant, aurait-il pu le devenir ?
Non, et c'est cela qui est le plus frappant. Il ne l'est pas devenu. Ça s'est vu très vite, dès l'affaire Benalla. Alors qu'il était encore très populaire, tout s'est brusquement cassé parce qu'on a vu qu'il réagissait de manière infantile, pas politique. Par la suite, dans la gestion des hommes et des femmes, dans les nominations, les promotions, il s'est régulièrement trompé. Il n'a pas de sens politique tactique. Il a même commis ce que j'appelle des hérésies politiques.
Par exemple ?
Le cas le plus consternant, à mes yeux, c'est son refus de faire campagne aux législatives de 2022. C'est ce qui marque le début du blocage. Le vrai tournant n'est pas la dissolution – qui a aggravé la situation – mais ce moment-là. En refusant de descendre dans l'arène, Emmanuel Macron s'est privé tout seul d'une majorité à portée de main. Il n'a pas fait campagne, il a mis un mois à nommer Élisabeth Borne, alors qu'il aurait pu conserver une majorité absolue. Non pas par amour des Français, mais par réalisme, par inquiétude, dans un contexte international troublé par l'invasion russe. C'est une erreur politique majeure.
Les erreurs de Macron sont publiques, ses réussites, secrètes.
Le vrai moment de rupture n'est-il pas déjà celui des Gilets jaunes ?
C'est vrai que la crise des Gilets jaunes a été un grand signe. Mais, pour être honnête, ce ne sont pas ses décisions directes qui l'ont déclenchée : ce sont celles d'Édouard Philippe, avec la limitation à 80 km/h et la taxe carbone. La première a rendu les Français hystériques, la seconde a mis le feu aux poudres. Sa réponse, avec Sébastien Lecornu, a été habile : cette grande tournée dans les territoires s'est révélée comme un vrai exercice de dialogue. Lecornu a été le metteur en scène, Macron, la vedette américaine. Mais cela a coûté 11 milliards d'euros et n'a pas été perçu. Il n'y a pas eu de service après-vente politique. Quand on prend une mesure bénéfique, il faut la défendre, la valoriser. Chirac et Mitterrand savaient le faire. Macron, lui, agit par conviction rationnelle – souvent juste – mais sans l'accompagner politiquement. Résultat : ses erreurs sont publiques, ses réussites, secrètes.
Vous avez dit qu'il faisait « la grève de la politique ». Que vouliez-vous dire ?
Il ne fait pas grève de la présidence ni du gouvernement – au contraire, il travaille énormément, dix-huit heures par jour. Mais il fait grève de la politique. C'est unique. De Gaulle, lui, faisait de la politique au sens plein du terme. Chaque dimanche, il voulait les résultats des élections cantonales et les regardait de près. Macron, lui, ne s'y intéresse pas. Il exerce la présidence avec zèle, le gouvernement avec intensité, mais la politique ne l'intéresse pas. C'est son angle mort.
Macron n’a pas ce rapport organique à la vie politique.
Est-ce le prix d'un manque d'ancrage, d'apprentissage du terrain ?
Exactement. Il n'a pas eu de carrière locale, pas de campagne enracinée, pas d'apprentissage du contact politique. Or, la politique, ça s'apprend : c'est un savoir empirique, une culture, un instinct. Et, même si, intellectuellement, il est d'une puissance rare – je n'ai jamais connu un président connaissant aussi bien ses dossiers –, il n'a pas ce rapport organique à la vie politique. Son cerveau va très vite, mais dans les domaines qu'il juge dignes de lui. Il y a d'autres sujets, plus prosaïques, qui ne l'intéressent pas. Il ne s'en occupe pas. Et son entourage, souvent faible, ne compense pas ce désintérêt. Mais l'entourage, c'est le président qui le choisit.
On lui reproche souvent un manque de sensibilité face aux émotions collectives, voire une forme de mépris.
Non, je ne crois pas qu'il soit méprisant. J'ai étudié cela de près. Je pense même qu'il a de l'empathie. Dans ses contacts directs avec les Français, ça se sent. Il aime le contact. Mais cela ne constitue pas une ligne politique. Son vocabulaire, son comportement instinctif donnent souvent l'impression qu'il a un complexe de supériorité. Et les Français, peuple égalitariste, critique, pessimiste – peut-être le plus pessimiste du monde –, ne le supportent pas. Il ne trouve pas les mots justes. Parce que la politique, ce n'est pas son métier. La présidence, c'est son métier. Mais la politique, non. C'est un professionnel de la présidence et un amateur de la politique.
À la fin de son second mandat, laissera-t-il un héritage ?
Pour des gens comme moi, il laissera un regret : celui d'une belle occasion manquée. Son idée était de créer un centre qui ne soit pas un simple complément, mais un moteur autour duquel s'articuleraient les autres forces politiques. C'était un pari audacieux, pas impossible. On pouvait y croire au début, pendant deux ou trois ans. Mais on en est vite revenus. Les élections européennes ont confirmé cette désillusion. Ce qu'il avait réussi pour se faire élire – une stratégie antipolitique, baroque, hors des normes –, il n'a pas su le transformer en culture politique durable.
https://www.lepoint.fr/politique/alain-duhamel-macron-reste-un-amateur-de-la-politique-07-10-2025-2600486_20.php
Communiquer : « La peur »…
très augmenté pour l’armement et les militaires.
Voilà donc qu’au sommet de l’État, a été organisé une semaine d’agitation des grandes peurs. Les plus hauts responsables de la sécurité intérieure, des armées, dont les fonctions doivent plutôt s’accomplir dans la plus grande discrétion, ont été mobilisés par le président de la République pour catapulter une pédagogie préparant l’acceptation de sacrifices nouveaux et de nouvelles entailles dans les libertés publiques, contre l’accélération du militarisme.
Le terrain était ainsi dégagé pour que, devant un pupitre installé au ministère des Armées, le président de la République – qui, soit dit en passant, n’a pas fait son service militaire – revête un rigide costume de chef de guerre.
Lui, qui promettait de consulter désormais nos concitoyens – pour tout et rien -, ne consulte même pas le Parlement avant d’annoncer des dizaines de milliards de rallonges budgétaires pour le réarmement et refouler la diplomatie au profit de la politique de la force.
Pour cela, il ordonne à la représentation nationale non seulement de voter une révision à la hausse de la loi de programmation militaire, mais aussi de ne pas voter de censure contre l’attelage gouvernemental branlant de M. Bayrou, chargé de passer le coup de rabot final aux investissements humain.
De déclarations en déclarations donc, du sommet de l’OTAN, aux rencontres avec le Premier ministre britannique, le Chancelier allemand et les dirigeants Polonais, la guerre est devenue le projet politique du macronisme décadent.
Le chef de l’État se vante de faire doubler le budget militaire depuis 2015, pour le propulser à 64 milliards d’euros et justifie des augmentations à venir en évoquant la fragilité de l’armée française. Il est indéniable que l’armée française au service de la défense nationale a désormais de multiples « fragilités ».
Et pour cause ! Depuis des décennies plus de 10 % du budget militaire a été consacré à l’arme nucléaire au détriment de l’armée conventionnelle et des nouveaux outils indispensables à la défense, alors que nos soldats étaient « projetés » pour mettre de l’ordre dans différents pays en Afrique.
M. Macron propose de poursuivre cette stratégie comme on le voit dans son préoccupant accord avec le Premier ministre britannique, Keir Starmer, dont le pays a de longue date des accords militaires, très particuliers, avec les États-Unis, puisqu’il ne peut utiliser ses armes nucléaires sans autorisation de l’imperium.
Par effet de domino notre prétendue « dissuasion nucléaire » sera-t-elle soumise au même sort dans les brouillards produits par les expectorations permanentes du mot « souveraineté ».
Le chef d’état-major des armées, M. Thierry Burkhard a donné deux grandes raisons au surarmement : « La France ne peut pas se désintéresser de l’Afrique, car elle y a des intérêts » et « la Russie constitue une menace d’ici 2030 ».
Autrement dit, la stratégie est double : d’une part, poursuivre le néocolonialisme vers le sud pour permettre aux firmes capitalistes de contrôler des territoires, s’accaparer les ressources du sol et du sous-sol, de l’uranium pour les centrales nucléaires, le pétrole et le gaz alors que l’industrie fossile nous mène chaque jour un peu plus vers l’abîme, ainsi que tous les métaux rares nécessaire aux voitures électriques et aux téléphones portables, pendant que les peuples africains affrontent misère, surexploitation et réchauffement climatique. Une stratégie militariste pour faire perdurer, donc, un capitalisme de prédation.
D’autre part, le réarmement de l’Union européenne répond à la double injonction des États-Unis confirmée au sommet de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) du 25 juin : tenir le flanc Est, pour permettre aux États-Unis de poursuivre l’affrontement avec la Chine et augmenter les budgets militaires pour acheter du matériel nord-américain.
En s’inscrivant dans le droit-fil des conclusions de l’OTAN, le président de la République a continué de distordre le sens même de la Fête nationale française, en saisissant cette occasion pour opérer une bascule supplémentaire de l’entreprise majeure de transformation de l’Europe en une sphère d’influence du « nouveau shérif en ville », Trump.
Le couplage de sécurité transatlantique va de pair avec l’achat du matériel américain, comme l’a revendiqué le ministre des Affaires étrangères américain Marc Rubio après l’adoption du plan « réarmer l’Europe » qui consacre 800 milliards d’euros. Une industrie d’armement américaine qui fonctionne désormais en couple avec les oligopoles technologiques qui assurent une intégration numérique, prenant de plus en plus la forme d’une camisole de force pour l’Union européenne. Toute arme vendue dans les pays européens est soumise à l’accord du Pentagone et de la Maison-Blanche avant toute utilisation.
Nous sommes ici bien loin de l’Europe de l’armement dont on se vante dans les couloirs de nos palais et ceux de la Commission européenne. […]
Il est totalement irresponsable de faire battre les tambours de la guerre, pendant que la diplomatie est sciemment retirée de l’Aventin à Gaza, en Ukraine, en Algérie, au Soudan et en temps d’autres lieux en proie aux conflits et aux guerres. […]
La lettre de Patrick Le Hyaric. 16/07/2025. Source (courts extraits – lecture libre)
Selon le baromètre annuel du Cevipof sur la confiance politique, il y a eu une aggravation de la défiance envers les dirigeants et la démocratie en 2024...
Le résultat de la dissolution et de toute l'instabilité qui en a résulté ? Un Français sur huit (78 %) juge la situation institutionnelle actuelle « grave », manifestant une défiance de plus en plus importante envers la politique et ses acteurs, selon le baromètre annuel du Centre d'études de la vie politique française (Cevipof) sur la confiance politique.
Publiée mardi dans Le Monde, cette étude est réalisée chaque année par le Cevipof dans trois pays, la France, l'Allemagne, l'Italie, ainsi que les Pays-Bas depuis cette année. Elle montre en 2024 une aggravation de la défiance des citoyens envers leurs dirigeants et envers la démocratie en général.
Le gouvernement actuel légitime pour 1/3 des Français
Après la dissolution de l'Assemblée nationale en juin, qui n'a pas permis de dégager une majorité, et la censure en décembre du gouvernement Barnier, seul un tiers des Français juge légitime le gouvernement actuel qui allie le bloc central et la droite LR.
Et de cette situation, ils accusent en premier lieu (56 %) le président Emmanuel Macron. Ce dernier n'enregistre d'ailleurs une cote de satisfaction que de 20 % (-7 points par rapport au dernier baromètre).
71 % disent que la démocratie ne fonctionne pas bien
Ils ne sont que 52 % à penser que les élections « peuvent changer les choses ». De fait, 71 % disent que la démocratie ne fonctionne pas bien (+3 points), même s'ils continuent de plébisciter ce système de gouvernance à 80 % (-3 points) par rapport à tout autre.
De manière générale, 37 % expriment de la méfiance à l'égard de la politique, 26 % du dégoût (+ 7 points) et seulement 6 % de l'espoir.
https://www.leprogres.fr/politique/2025/02/11/pres-de-80-des-francais-jugent-que-la-situation-politique-actuelle-est-grave
Ainsi, on peut en lire les prémisses dans l’éditorial de Dominique Seux dans « Les échos » du 15 janvier. Sous un titre qui annonce la couleur : « ce que Trump peut nous inspirer » le porte-parole quotidien du libéralisme sur France-Inter écrit après moult circonvolutions sur l’administration Trump : « Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas une leçon à tirer pour la France. Celle-ci : les milieux économiques doivent se faire davantage entendre, être moins timides et prudents dans ce qu’ils pensent devoir être fait…
« Pourquoi les entreprises et leurs patrons doivent-ils être présents dans le débat public ? C’est triste à dire : parce que les responsables politiques ne sont tout simplement pas au niveau. Leurs analyses de la situation économique sont faiblardes. Ils sont obsédés par leurs ambitions et extrêmement pressés de les voir se réaliser. Ils manquent de courage. Résultat : le déclin n’est plus seulement une menace. Il est là » Dit autrement, il faut un gouvernement composé uniquement par les grands patrons du CAC 40.
« Après tout », poursuit Seux, « puisque le problème le plus urgent concerne le budget, les entreprises savent équilibrer leurs comptes. C’est aussi simple que cela, celles qui sont durablement dans le rouge sans perspectives de redressement disparaissent. Ce sont elles, les entreprises, qui ont créé plus de 2 millions d’emplois depuis dix ans et qui augmentent les salaires.
Bref, elles ne sont pas les plus mal placées sur le sujet » Et au nom de quoi les grandes entreprises doivent-elles prendre le contrôle de L’État ?
Réponse de M. Seux. « En ce moment, les entreprises sont d’autant plus légitimes à s’exprimer, par exemple sur les impôts, que les plus grandes d’entre elles ont accepté, bon gré mal gré, une hausse temporaire de l’imposition de leurs résultats, ce qui leur coûtera 8 milliards d’euros — ce n’est pas une paille. Franchement, voit-on souvent d’autres catégories professionnelles s’avancer, comme les bourgeois de Calais, la corde au cou ? ». Ce message n’a rien d’anodin. Il doit être pris au sérieux. Il annonce une campagne en ce sens.
L’urgence du primat à l’unité et au mouvement populaire
Il ne s’agit pas seulement d’un combat contre le trumpisme, mais contre la nature de l’actuelle construction européenne voulue par les droites, le macronisme qui, au nom d’on ne sait quelles valeurs, n’aboutira qu’à de nouvelles souffrances pour les peuples et à l’élargissement des guerres.
La violence de classes des possédants risque de s’amplifier encore. Dans une telle situation aucune illusion ne doit être cultivée sur l’actuel pouvoir fade, qui lui-même est plus tenté par les courbettes devant « l’oncle Sam » que de défendre les intérêts nationaux et européens.
C’est d’abord l’action populaire qu’il faut organiser pour construire un autre rapport de forces, pour des victoires immédiates s’inscrivant dans un processus de changement structurel.
Extraits de la Lettre du 18/01/2025 – Patrick Le Hyaric
https://librejugement.org/2025/01/19/attention-3/#more-81745
Des chiffres qui préoccupent. En marge de son rapport annuel sur l'état de la France qui doit être présenté mercredi 23 octobre devant l'Assemblée nationale, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a également commandé un sondage, réalisé par Ipsos, éclairant sur le rapport qu'entretiennent les Français avec la démocratie.
Ainsi "15% des Français déclarent qu'ils ne seraient pas prêts à défendre la démocratie si elle était en danger", note l'étude, dont les résultats ont été publiés en exclusivité par Le Parisien, et "plus inquiétant, 23% ne sont pas convaincus qu'il s'agisse du meilleur système politique existant".
Parmi les moins attachés à la démocratie, "les jeunes et les personnes défavorisées sont largement surreprésentés", pointe l'enquête.
De plus, un Français sur deux, 51% des sondés, estiment pour leur part que "seul un pouvoir fort et centralisé" peut garantir l’ordre et la sécurité. En parallèle, ils sont 76% à penser que "tous les hommes et femmes politiques sont déconnectés des réalités des citoyens."
Des inégalités de plus en plus fortes
Cette volonté d'un pouvoir fort, ainsi que d'un éloignement progressif de la démocratie, s'explique par différents facteurs. Selon le quotidien francilien, l'enquête du CESE insiste sur le sentiment d'inégalité ressenti par les Français.
Des inégalités "économiques, sociales, territoriales, générationnelles, entre hommes et femmes, entre familles monoparentales et les autres", souligne la sociologue Claire Thoury, rapporteure de l’enquête.
Ces inégalités sont d'ailleurs visibles dans plusieurs données de cette enquête. Interrogés sur les "trois sujets qui les préoccupent le plus", 40% des Français sélectionnent "leur santé et celle de leurs proches" (+3 points par rapport à 2023), et même 42% au sein des catégories socio-professionnelles défavorisées (CSP-), selon l'enquête commandée par le Conseil économique, social et environnemental (CESE).
En termes d'accessibilité aux services publics, un Français sur deux dénonce un difficile accès aux soins, et même 59% parmi les habitants d'agglomérations de moins de 20.000 personnes.
Le CESE souligne d'importantes "inégalités", notamment de santé. Plusieurs départements des régions d'Outre-mer, Hauts-de-France, Grand Est et Centre cumulent "une espérance de vie à 60 ans plus faible et un nombre plus élevé d'années vécues en mauvaise santé".
S'ensuivent le pouvoir d'achat (34%, -6 points), la situation économique et financière du pays (28%, +5 points), et la situation politique (24%, non mesurée l'an dernier). L'immigration arrive sixième (18%, constant), à égalité avec l'instabilité géopolitique ou l'avenir du système de retraites.
"Le citoyen ne peut être réduit à l’électeur"
Comment enrayer cette défiance grandissante du système démocratique, ou du moins améliorer son fonctionnement? "24% nous répondent qu’il faudrait plus écouter les gens et prendre en compte leurs préoccupations", explique, toujours au Parisien, Thierry Beaudet, président du CESE.
"Il faut que les responsables politiques changent de culture et de pratiques, le citoyen ne peut être réduit à l’électeur", conclut-il.
Mercredi à l'issue du Conseil des ministres, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a indiqué que les conclusions de ce rapport et du sondage qui l'accompagne "nous obligent à avoir des résultats."
"Le Premier ministre a éminemment conscience des colères, et c'est le sens de sa volonté d'écouter l'ensemble des parlementaires", a-t-elle ajouté.
Enquête Ipsos réalisée par téléphone du 2 au 13 septembre 2024 auprès de 1.001 personnes constituant un échantillon représentatif de la population française, âgée de 18 ans et plus, par la méthode des quotas.
https://www.bfmtv.com/societe/les-francais-seraient-de-moins-en-moins-attaches-a-la-democratie-selon-un-sondage_AN-202410230638.html
La tendance au totalitarisme est supportable, car la rareté des ressources exige que leur administration soit plus "efficace" et une forme usuelle d’interprétation est le "contrôle centralisé".
En d’autres termes, l’UE tend à ressembler à l’Union soviétique.
Donc, si le néolibéralisme gère le gaspillage, le totalitarisme gérera la pauvreté...
(commentaire sur le blog de Quark)
Klaus Kinzler : « Pourquoi je songe à quitter la France »....L’universitaire et essayiste allemand vit comme un cauchemar la dégringolade économique et politique du pays. Partir ? L’idée mûrit...le jour où la chienlit, l'anarchie et la violence auront atteint mon refuge dans la montagne, je partirai. Direction nord, les larmes aux yeux et souhaitant – du fond du cœur – bonne chance à la « grande nation ».
La décision du Conseil d’État sommant l’Arcom de sévir contre la chaîne privée est le symptôme d’une dérive illibérale qui devrait alarmer, à gauche comme à droite.
Quelle défaite pour la liberté ! Entendons-nous bien pour commencer : il ne s'agit pas ici de CNews, que chacun est libre d'apprécier ou de détester. Le problème est celui de notre liberté d'expression à tous. Sommes-nous en train de réinventer, de manière insidieuse, une forme de ministère de la Vérité ? La réponse est malheureusement oui, et tout le monde, qu'il soit de gauche, de droite ou du centre, devrait s'en alarmer.
Georges Clemenceau écrivait que « l'arbitraire ne peut s'arrêter sur sa pente », et les idiots qui se réjouissent bruyamment aujourd'hui pourraient bien, un jour, se retrouver à leur tour dans le viseur de la police administrative de la pensée.
Folle et liberticide est la décision du Conseil d'État sur CNews. L'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) se voit donc sommée de contrôler l'orientation de la chaîne, au-delà de la comptabilisation des invités politiques. Que cela signifie-t-il ? Faudra-t-il attribuer une étiquette, un score, une note à chaque chroniqueur, à chaque présentateur ? Les ficher, les classer ? Évaluer les adjectifs employés et la hiérarchie des sujets dans un flash info ? Combien d'inspecteurs spécialisés faudra-t-il embaucher à l'Arcom pour donner une appréciation tamponnée du ton de la chaîne ? Ce genre de fonctions existe, mais pas dans des pays démocratiques. Comment en est-on arrivé là ? Qui nous a menés là ?
Trahison des idéaux de liberté
Reporters sans frontières (RSF), d'abord, puisque tout est parti d'un recours déposé par l'ONG devant le Conseil d'État contestant le refus de l'Arcom « d'agir contre CNews », qu'elle accuse de pêcher en matière « d'honnêteté, d'indépendance et de pluralisme de l'information ». RSF est libre de son appréciation. C'est le procédé qui est stupéfiant.
En clair, une organisation non gouvernementale (RSF) demande à un organisme gouvernemental (l'Arcom) de mettre au pas une chaîne d'information privée, et actionne une juridiction administrative pour l'y obliger. RSF est pourtant bien placée pour savoir que, dans le monde, la première cause d'atteintes à la liberté de la presse est la contrainte exercée par les États.
La spectaculaire trahison par RSF des idéaux de liberté qui étaient les siens laisse pantois. Nous n'oublierons jamais, bien sûr, son rôle par ailleurs précieux, par exemple son soutien aux journalistes emprisonnés dans le monde. Le Point ne sera ainsi jamais assez reconnaissant à RSF pour son action en faveur de nos journalistes Nicolas Hénin, enlevé en Syrie, et Olivier Dubois, captif au Sahel.
Il n'empêche, sur le plan des principes, cet activisme zélé en faveur d'un contrôle d'État sur l'information restera comme une tache. Il est aussi de très mauvais augure lorsqu'on sait que son président, Christophe Deloire, chaperonne les « États généraux de l'information » voulus par Emmanuel Macron. Aurons-nous des États généraux de l'information d'État ?
Le Conseil d'État, ensuite. Pas de surprise, ici : cette institution créée par Bonaparte – mais qui doit en réalité l'essentiel de ses attributions au Conseil d'État de l'Ancien Régime – a pris l'habitude, depuis sa chasse aux jansénistes au XVIIe siècle, à coups de formulaires à remplir par les membres du clergé, d'expliquer aux gens comment il faut penser. Son hubris régulatrice semble ne pas vouloir s'arrêter aux portes des rédactions. Effrayant, dans un pays démocratique.
Embryon de commission de censure
L'Arcom, enfin. Saisi par RSF, l'organisme issu de la fusion du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) et de la Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet (Hadopi) avait raisonnablement refusé de jouer le rôle de police de la pensée.
Son président Roch-Olivier Maistre est un homme de bon sens, et que l'on croit sincèrement attaché aux libertés. Il se trouve néanmoins aujourd'hui pris au piège d'une institution qui porte en elle les germes de l'autoritarisme. Car ses attributions de contrôle, héritées du CSA, n'ont plus aucune raison d'être et sont dangereuses.
Posons la question centrale : quelle est la justification pour qu'un organisme d'État se mêle de la ligne éditoriale d'une chaîne privée, du moins quand on ne vit pas en Biélorussie ? Aucune, aujourd'hui. À l'origine, peut-être : lorsque la télévision passait par voie hertzienne, la rareté des fréquences a conduit à réglementer l'usage qu'en faisaient les heureux titulaires. C'est l'occupation privative d'un domaine public « rare » (les fréquences) qui a justifié à l'époque la régulation. Sauf que cette rareté n'existe plus : la télévision passe majoritairement par des « box », connectées à la fibre ou l'ADSL, ainsi que la 5G.
Et puis plus globalement, dans quel monde vivent-ils ? L'information audiovisuelle circule par bien d'autres voies, les réseaux sociaux notamment, et plus personne ne peut dire sérieusement et honnêtement que le fait d'avoir un canal sur la TNT est une position si dominante et privilégiée que cela légitime une supervision éditoriale étatique spéciale. La loi s'impose à tous, et la justice est là : toute intrusion administrative est inutile et dangereuse.
L'Arcom devrait être démantelée d'urgence, pour trois raisons : d'abord, pour le principe, cette fonction de comité de surveillance du « Bien » est plutôt fâcheuse dans un pays qui se dit libre ; ensuite parce que rien ne la justifie plus sur le plan des techniques de diffusion ; et troisièmement parce qu'elle constitue un danger potentiel majeur si un personnage peu soucieux des libertés accède à l'Élysée.
Les complaisances dont a bénéficié Vladimir Poutine dans le spectre politique français suffisent à se faire une idée sur la question de qui pourrait remettre en cause nos libertés de manière musclée. Imaginons ce (ou cette) poutinophile, une fois élu : le nouveau pouvoir se retrouverait doté d'un embryon de commission de censure, prêt à l'emploi – ou presque –, car il ne sera pas très difficile de remodeler selon ses désirs. Que les imbéciles qui se réjouissent aujourd'hui de la mise au pas de CNews ne viennent pas se plaindre ce jour-là : ils auront contribué à fabriquer le monstre.
« La République vit de liberté »
Il est fascinant de constater que c'est au nom du « Bien », de la « démocratie » et du « pluralisme » – inversion orwellienne du sens des mots – que s'opère une poutinisation rampante de l'information. Ceux qui appellent l'État à la rescousse pour mater leurs adversaires révèlent, au passage, une certaine faiblesse.
L'auteur de ces lignes, la dernière fois qu'il s'est rendu sur CNews, s'est sérieusement empaillé avec la quasi-totalité du plateau sur la question de l'Europe, l'ambiance y étant, ce jour-là, assez fortement « souverainiste ». Nous avons au Point l'immodestie de croire que les arguments portent plus que des injonctions de l'Arcom… Mais l'essentiel n'est pas là.
La dérive illibérale qu'illustre la décision du Conseil d'État devrait susciter une révolte générale. Car il ne s'agit pas ici, redisons-le, de CNews, mais de tout le monde. Les vrais défenseurs de la liberté défendent aussi celle des autres. On ne rappellera jamais assez cet épisode lors des débats pour le vote de la loi de 1881 sur la liberté de la presse. Certains voulaient introduire un délit d'« outrage à la République ». Il faut préciser qu'à l'époque, la République en question était jeune, et peu assurée, les forces bonapartistes et monarchistes étaient toujours puissantes, y compris à la Chambre des députés. Georges Clemenceau, républicain radical, qui siégeait à l'extrême gauche, se fâcha avec tous ses amis pour s'y opposer, proclamant que « la République vit de liberté ».
Les petits républicains d'aujourd'hui ne l'ont pas compris. Et préparent la France à l'acceptation de l'information autorisée par l'État, disons-le, à l'autoritarisme. Tout ceci est écœurant.
https://www.lepoint.fr/editos-du-point/decision-du-conseil-d-etat-le-controle-de-cnews-par-l-arcom-est-une-atteinte-a-la-liberte-14-02-2024-2552436_32.php
10 % des jeunes sont en faveur d’un système autoritaire
Si la démocratie représentative constitue toujours le système de gouvernement le plus populaire en France (pour 45 % des sondés), 40 % préféreraient que le peuple ait la possibilité de décider directement des lois par le biais de référendums ou encore d’assemblées citoyennes. Si les moins de 25 ans sont même 45 % à préférer une démocratie directe, 10 % d’entre eux penchent plutôt pour un « dirigeant fort élu par la loi qui décide de la loi sans contre-pouvoirs » – une proportion supérieure aux autres tranches d’âges.
(extraits) :
https://usbeketrica.com/fr/article/10-des-jeunes-francais-en-faveur-d-un-regime-autoritaire-et-autres-chiffres-sur-la-societe-ideale-de-demain?utm_source=pocket-newtab-fr-fr
Vous n'êtes pas tendre avec Emmanuel Macron. À vous lire, il n'aurait rien compris à la politique et serait atteint d'une « forme de griserie autosatisfaite » !
J'ai eu l'occasion d'expliquer dans vos colonnes qu'il y a deux mots en anglais pour « politique » : policy et politics. En policy, je lui mets 17 sur 20 et en politics 3 sur 20, mes notes n'ont pas changé. Emmanuel Macron ignore ce qu'est la politique. Il n'a pas été formé en labourant un terrain électoral et est arrivé à l'Élysée sans cette expérience, qu'il n'a pas cherché ensuite à acquérir. Le résultat, c'est un mode de gouvernance où il ne s'entoure pas de personnalités fortes et, lorsqu'une personnalité forte s'affirme, il s'en méfie. Je lui ai dit un jour : « La politique est l'art du temps perdu ». Tisser des liens, bâtir des fidélités durables, nouer des relations qui deviendront peut-être des alliances, c'est l'essence de ce métier que je respecte tant. De Gaulle avait, de naissance, le gène du pouvoir dans son ADN. Il l'a démontré en 1940, alors qu'il n'avait aucune expérience du pouvoir, avec sa capacité à l'exercer, à résister à Roosevelt et parler d'égal à égal avec Churchill.
Pompidou n’avait pas peur de s’entourer de gens qui, dans leur sphère, lui étaient supérieurs.
Un autre homme d'État devrait servir de modèle, Georges Pompidou. Il avait à l'Élysée deux équipes de premier niveau : l'une pour gérer l'État, avec Michel Jobert et Édouard Balladur ; l'autre pour faire de la politique, avec Pierre Juillet et Marie-France Garaud. Il savait exercer à la fois les deux fonctions et n'avait pas peur de s'entourer de gens qui, dans leur sphère, lui étaient supérieurs. Je regrette qu'Emmanuel Macron n'ait pas cherché à imiter cette manière de procéder. Kantorowicz avait théorisé les « deux corps du roi », j'évoque pour ma part les « deux corps du président ». Emmanuel Macron n'a toujours pas découvert son deuxième corps politique.
Est-ce la faute d'Alexis Kohler, secrétaire général de l'Élysée, qui apparaît dans votre ouvrage tel un personnage qui n'aura guère magnifié son patron ?
Je pense en effet qu'il a accentué les mauvais côtés d'Emmanuel Macron et n'a pas cherché à développer les bons. Cet homme a cédé, à certains égards, à l'hubris du pouvoir.
(extraits)
https://www.lepoint.fr/politique/alain-minc-emmanuel-macron-ignore-ce-qu-est-la-politique-04-11-2023-2541890_20.php
L’historien et penseur Timothy Snyder dénonce la dérive illibérale des démocraties occidentales, qui risquent de finir comme la Russie de Poutine.
Ses précédents ouvrages, Terres de sang. L'Europe entre Hitler et Staline (2012), puis Terres noires. L'Holocauste, et pourquoi il peut se répéter (2016), ont fait de lui une sommité, l'un des meilleurs spécialistes de l'Europe centrale et de la Russie. Depuis De la tyrannie, sorti en 2017, Timothy Snyder a endossé un nouveau rôle : guide pour Occidental déboussolé. Son dernier livre, La Route pour la servitude, dont Le Point publie des extraits exclusifs, est sorti en anglais en 2018, à l'époque où Poutine était encore fréquentable et organisait « sa » Coupe du monde de football. L'auteur n'en renie pas un mot dans l'avant-propos écrit en 2023 pour l'édition française, au contraire. « La tendance a pris une forme plus claire encore avec la tentative de coup de force de Donald Trump aux États-Unis en 2021 et la guerre de Vladimir Poutine contre l'Ukraine en 2022. » Snyder, l'historien devenu prophète
Le Point : Votre livre documente la dérive illibérale des années 2010. Diriez-vous que les choses ont empiré ces dernières années ?
Timothy Snyder :La Route pour la servitude raconte comment les choses tournaient déjà très mal dans les années 2010 et pourquoi les gens ne s'en rendaient pas compte. Parmi les tendances que j'ai identifiées figurent le retour du fascisme et le problème des « vérités alternatives » sur les réseaux sociaux. Ces thématiques sont devenues encore plus concrètes ces derniers temps. J'aurais aimé me tromper, mais malheureusement ce n'est pas le cas.
Vous appelez les démocraties libérales au sursaut. Comment peuvent-elles s'éloigner de ce chemin qui mène à la servitude ?
L'un des problèmes fondamentaux est l'idée que la démocratie et la liberté peuvent survivre d'elles-mêmes. Aux États-Unis et en France, nous avons une tradition républicaine et nous estimons que l'Histoire nous aidera d'une manière ou d'une autre. C'est faux. Je pense que la démocratie et la liberté impliquent de notre part des engagements éthiques. Il nous revient de dire que nous valorisons la liberté et la démocratie, que nous croyons en ces valeurs.
Sommes-nous condamnés à vivre dans des pays qui finiront par ressembler à la Russie de Vladimir Poutine ?
La Russie est un exemple de ce qui peut arriver en France ou aux États-Unis. Elle montre ce que nous pouvons devenir si nous refusons de combattre l'inégalité des richesses et si nous continuons à tolérer une trop grande concentration des médias. La Russie n'est pas le contraire de nos pays ; elle est une version extrême de certaines tendances présentes dans nos sociétés. Le système russe est fondé sur le principe que rien n'est vrai, rien n'est réel. Les faits n'y ont plus d'importance. Ce type de discours prend de l'importance en Europe ou en Amérique et nous rapproche de la Russie.
Vous écrivez qu'il ne faut pas faire la paix avec la Russie mais la vaincre. L'Ukraine doit-elle reprendre l'intégralité du Donbass ? La Crimée ? Renverser le régime russe à Moscou ?
Je pense que cette guerre est beaucoup plus simple que ce que les gens pensent souvent. Ceux qui appellent à la paix à tout prix devraient surtout appeler à la victoire de l'Ukraine. Si vous êtes en faveur de la paix, vous êtes favorable à la victoire ukrainienne. Être dominé dans un pays colonisé n'est pas une forme de paix acceptable. Les Européens de l'Ouest oublient souvent que la paix qu'ils ont obtenue après 1945 est le résultat d'une victoire militaire. La paix suit la victoire. Sur le plan géographique, le plus important pour l'Ukraine est le contrôle du Sud. L'Ukraine doit être en mesure de contrôler la Crimée. Elle doit pouvoir accéder à la mer Noire et à toutes ses frontières. Tout le reste en découle.
Que vous inspire la situation au Proche-Orient ?
Je ne suis pas un expert de la région, mais je peux dire que le Hamas a commis des atrocités qui appellent une réponse. Et que la réponse israélienne doit être la destruction du Hamas. Dans le même temps, Israël est confronté à un problème avec son gouvernement, qui a polarisé sa société à l'extrême. Israël doit gagner cette guerre et régler son problème politique.
L'affaire de l'hôpital de Gaza illustre votre observation selon laquelle chacun vit désormais dans sa réalité. Malgré les démentis et les preuves, certains restent convaincus qu'un missile israélien a frappé l'hôpital.
Je me suis fait la même réflexion. En 2014, lorsque la Russie a envahi l'Ukraine, certains ont émis des doutes. Étaient-ce vraiment des troupes russes ? Était-ce vraiment une invasion ? L'Ukraine n'a-t-elle pas provoqué les événements ? Car la Russie a, la première, donné sa version des faits. Selon Moscou, il s'agissait d'un mouvement de libération spontané dans le Donbass. Cette histoire est restée, car elle a été formulée dès le début. Idem avec le Hamas : le mouvement terroriste a donné sa version en premier. Celle-ci a été reprise par tous les grands médias aux États-Unis et dans le monde. Et maintenant qu'il faut annoncer aux gens que ce n'est pas correct, on se bat contre une pensée déjà bien établie. Ce problème est terrible. Si nous avons tous nos propres réalités, alors nous ne pouvons pas être vraiment libres, car la liberté dépend de la capacité des gens à dire la vérité au pouvoir. Et s'il n'y a pas de vérité, vous ne pouvez pas dire la vérité au pouvoir. La démocratie ne peut pas vivre dans un monde sans faits.
La France est-elle déjà bien engagée dans la route pour la servitude ?
La France a un énorme avantage sur les États-Unis : elle a un système politique plus sain et elle fait partie de l'Union européenne, ce qui permet de se comparer aux autres. Mais il est frappant de voir d'éminents politiciens sympathisant avec Poutine ou défendant l'invasion russe de l'Ukraine. La France en compte quelques-uns, y compris un ancien président. L'extrême droite française reste, elle aussi, proche de ces thèses, même si elle paraît s'en être un peu éloignée récemment. Avouons-le, en France comme ailleurs, les choses ne vont pas dans la bonne direction.
La récente élection en Pologne prouve pourtant que l'idéal démocratique n'est pas mort…
Ce qui est remarquable en Pologne, c'est la mobilisation. Les élections n'étaient pas équitables, le pouvoir a tout fait pour les faire basculer, mais l'opposition a gagné. Pour ma part, je suis un militant prodémocratie et je me bats car je crois la démocratie supérieure aux autres options.
Et vous déplorez d'être un peu seul en ce moment…
Il existe de nombreux militants formidables pour la démocratie dans le monde, je ne suis pas plus important que d'autres. À l'exemple de Vaclav Havel ou d'Albert Camus, les citoyens des démocraties devraient accepter de prendre un risque, même léger. Dans des pays comme la France et l'Amérique, nous ne voulons plus prendre de gros risques. Mais si nous n'en prenons aucun, si nous jugeons inutile de nous battre, nous risquons de perdre la démocratie
https://www.lepoint.fr/monde/timothy-snyder-si-vous-etes-en-faveur-de-la-paix-vous-etes-pour-une-victoire-ukrainienne-29-10-2023-2541177_24.php
Le sort de la journaliste de “Disclose”, placée trente-neuf heures en garde à vue dans le cadre d’une information judiciaire pour compromission du secret de la défense nationale, intéresse au-delà des frontières françaises. Pour le journal de gauche espagnol “El Salto”, il s’agit du dernier exemple d’une “dérive” sous la présidence d’Emmanuel Macron.
La journaliste a été remise en liberté après trente-neuf heures. Mais l’affaire, elle, est loin d’être close. Ariane Lavrilleux a qualifié dans la soirée du mercredi 27 septembre de “très inquiétante” la décision prise par la justice de valider les saisies opérées à son domicile le 19 septembre. Une perquisition effectuée dans le cadre d’une enquête sur des atteintes au secret défense, dont est accusé le site Disclose auquel la journaliste collabore, explique le média espagnol El Salto.
Dans le viseur de la justice figurent plusieurs articles publiés depuis 2019 sur des ventes d’armes françaises à l’étranger. Mais aussi sur l’opération Sirli, une mission de renseignement française en Égypte que ce pays aurait détournée pour cibler et tuer des opposants. L’objectif des perquisitions était visiblement d’identifier les sources de la journaliste.
“La goutte d’eau qui a fait déborder le vase”
Pour El Salto, cette affaire “symbolise la détérioration de la liberté de la presse en France”. Si les arrestations de journalistes pour avoir fourni des informations d’intérêt public sont “rares chez nos voisins, il serait exagéré de les présenter comme des faits isolés”, écrit le média de gauche, en évoquant les cas des lanceurs d’alerte Edward Snowden, Chelsea Manning ou encore celui du Portugais Rui Pinto, arrêté dans l’affaire des Football Leaks.
Dans de nombreuses rédactions en France – “un pays réputé pour la pluralité et la qualité de ses médias” –, affirme le journaliste Enric Bonet, “l’affaire Lavrilleux a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase d’un recul généralisé de la liberté de la presse en France” sous la présidence d’Emmanuel Macron.
“Bien qu’il se soit présenté comme un dirigeant ‘libéral’ et que son élection en 2017 ait été favorisée par le regard indulgent de la plupart des grands médias, l’arrivée de Macron à l’Élysée a coïncidé avec l’imposition de restrictions aux journalistes qui couvrent l’actualité du président et du gouvernement. La volonté qui a dominé depuis a été de faire prévaloir la communication officielle sur l’information par des journalistes”, assène encore El Salto.
Pour preuve, ajoute le journal, les appels de ministres aux médias ayant divulgué des informations sensibles “sont devenus habituels”. Le cas de la journaliste Ariane Lavrilleux est dans ce sens révélateur, estime-t-il : “Elle est devenue bien malgré elle un symbole de cette dérive.”
Culture du conflit d’intérêts et du pantouflage, contre-pouvoirs affaiblis, muselage financier du monde académique et médiatique : nos démocraties se défont petit à petit de leurs valeurs.
Les valeurs démocratiques sont intrinsèquement vertueuses. Sur papier, la démocratie occidentale est une promesse d’intégrité des institutions, de séparation des pouvoirs, de respect des libertés fondamentales, de maintien de contre-pouvoirs opérants, et d’une transparence de la gouvernance. Dans la réalité, les affaires qui ont défrayé la chronique en France ces dernières années montrent un autre visage des démocraties.
Leur nouveau visage se rapproche de celui d’oligarchies où le pouvoir se fait complaisant avec les collusions et conflits d’intérêts, et répressif face aux contre-pouvoirs et à la contestation. Retour en quelques exemples sur cette détérioration des valeurs démocratiques à travers des événements récents en France.
De part et d’autre de l’Atlantique, les affaires politico-judiciaires concernant des dirigeants politiques (Trump, Sarkozy, Fillon…) n’ont jamais été une exception. Plus insidieuse en revanche est la multiplication de pratiques peu éthiques, sans être clairement illégales, car elle témoigne d’un climat. Celui d’un affaissement des standards d’intégrité des institutions.
En France, l’affaire McKinsey est symptomatique de ces pratiques qui entachent la politique française. Pour rappel, une dizaine de consultants de McKinsey se sont impliqués officieusement en 2016 dans la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron, sans que ces services soient comptabilisés et déclarés formellement dans les comptes de campagne. Cela entravait un principe de base en démocratie, qui consiste à facturer ce type de services et à refuser les dons ou avantages en nature, afin de limiter l’influence des acteurs économiques sur la vie politique.
Plus tard, quand Macron accède au pouvoir, c’est au cabinet McKinsey qu’il attribue des contrats en priorité, offrant des signes troublants de renvoi d’ascenseur, y compris pour des rapports inutilisés et surfacturés. Favoritisme et recel de favoritisme ? Une information judiciaire est ouverte à ce sujet, mais dans ces affaires, il est aisé de jouer sur la lettre de la loi pour éviter d’en respecter l’esprit.
Côté McKinsey, on invoque que « tout salarié de la firme, comme le prévoit la loi française pour tout citoyen, a le droit de s’investir à titre personnel dans la vie démocratique de son pays ». Cet argumentaire vaut-il pour les citoyens qui sont par ailleurs hauts dirigeants de McKinsey et en position d’obtenir un retour d’ascenseur ultérieur, comme ce fut le cas ? Même si la justice s’en tient à une interprétation complaisante, le laxisme éthique qu’illustre cette affaire et qui frappe l’opinion affaiblit la légitimité du pouvoir.
Quelques mois après l’affaire McKinsey éclatait l’affaire du Fonds Marianne. Soupçons de détournement de fonds, accusations de favoritisme, contenus controversés, l’utilisation de cet argent public par le gouvernement fait l’objet de deux enquêtes, judiciaire et parlementaire, car il aurait potentiellement servi un tout autre but, celui de cibler l’opposition contre Macron. Des pratiques qui dénotent, encore une fois, une culture politique dégradée. Si les méfaits s’avéraient difficiles à prouver dans un tribunal, ces agissements réduisent la confiance des citoyens dans l’intégrité des institutions.
Un autre indicateur d’un climat éthique détérioré est le brouillage des frontières entre intérêt public et intérêts privés, entre bien commun et intérêts commerciaux. En France, l’Observatoire des multinationales vient de publier, le 29 juin dernier, un rapport qui montre la fréquence à laquelle des députés deviennent lobbyistes ou inversement, des hauts fonctionnaires se mettent au service d’intérêts économiques qu’ils étaient chargés de réguler.
Des allers-retours « devenus silencieusement la norme » sous la Macronie, déplore le rapport. Ainsi, 34 % des ministres et secrétaires d’État de Macron depuis 2017 venaient du monde des grandes entreprises, et 51 % de ceux qui sont partis se sont reconvertis dans le privé.
Les réponses de l’Élysée aux manifestations des Gilets jaunes, puis à celles visant la réforme des retraites, témoignent d’une volonté de délégitimer la rue. Dans le Monde Diplomatique, le journaliste et historien Benoît Bréville parle d’un nouveau paradigme du pouvoir, héritier de l’ère Thatcher, qui consiste à « résister à la rue » :
« Peut-on encore faire reculer un gouvernement, mettre en échec une décision prise par le pouvoir ? Il n’y a pas si longtemps, la réponse allait de soi en France. Quand ils se trouvaient confrontés à des mouvements sociaux durables, déterminés, organisés, qui mettaient dans la rue des foules massives, les dirigeants pouvaient battre en retraite. Et leur recul démontrait la possibilité pour la population de se faire entendre en dehors des périodes électorales auxquelles une vie démocratique ne saurait se résumer. »
Mais dorénavant, les gouvernants ne reculent plus :
« Même devant les poubelles qui s’entassent, les stations-service à sec, les trains annulés, les classes fermées, les routes bloquées. […] Et si la situation devient intenable, ils réquisitionnent, ils répriment. Cette dureté serait même devenue un attribut du pouvoir en République : "résister à la rue" témoignerait d’un sens de l’État, du courage politique. »
Cette conception d’une sorte de démocratie 2.0 se trouve illustrée par les propos tenus par Emmanuel Macron le 21 mars dernier, lorsqu’il a estimé que la foule n’avait pas la légitimité des représentants élus : « L’émeute ne l’emporte pas sur les représentants du peuple et la foule n’a pas la légitimité face au peuple qui s’exprime, souverain, à travers ses élus ».
Cette posture témoigne d’une méconnaissance des mécanismes démocratiques, qui incluent l’expression citoyenne, objecte un universitaire. « Le peuple citoyen est légitime dans son activité de surveillance », explique Patrick Charaudeau, professeur à la Sorbonne et chercheur au CNRS. « Le peuple prend le droit de tout critiquer publiquement », il dispose en quelque sorte d’un « droit de regard ».
Ainsi, face à la puissance politique, il y a la puissance citoyenne. Ce faisant, deux légitimités s’affrontent : celle, politique, qui a force de la Loi, voire de coercition, et qui est issue de la délégation de pouvoir ; et celle qui représente la force mandatrice du peuple citoyen dans son activité de surveillance, laquelle l’autorise à évaluer, critiquer, protester, revendiquer et éventuellement révoquer. « C’est ce que semble, ou veut, ignorer Emmanuel Macron », conclut le chercheur.
Institution clé du débat démocratique, le secteur des médias est, partout dans les pays développés, mal en point. En France, on savait déjà que 90 % des médias appartiennent à 9 milliardaires, comme Vincent Bolloré, Xavier Niel, Serge Dassault ou Patrick Drahi. Mais ce que l’on sait moins, c'est que même les médias restés indépendants subissent un affaiblissement.
Le Canard Enchaîné, bien qu’autonome financièrement, ne semble pas réussir à pleinement réaliser cette indépendance : sa ligne éditoriale ne se distancie pas suffisamment du pouvoir, selon un ouvrage critique récent : macronisme rampant, emploi fictif, pigistes et dessinateurs mal payés, refus de la direction d’introduire un comité d’entreprise, le journal qui avait tout pour rester indépendant ne l'est plus, selon « Cher Canard », le livre-enquête du journaliste Christophe Nobili, ancien membre de la rédaction, qui raconte cette dérive insoupçonnée.
Témoin de cette perte d’influence, la chute de l’audience, passée de 500 000 lecteurs il y a 20 ans à moins de 260 000 aujourd'hui. C'est Off Investigation, un média indépendant qui avait financé par crowdfunding son enquête en 8 épisodes « Emmanuel Macron, un homme d'affaires à l'Élysée », qui offre le compte-rendu du livre sur sa chaîne YouTube.
Plus généralement, un des plus grands dangers qui guette les rédactions est celui d’être noyautées. Des journalistes payés par des agences de relations publiques pour promouvoir discrètement certaines grandes entreprises, ou défendre l'intérêt de lobbies ou de pays, avec des articles qui ont toutes les apparences du journalisme factuel : cette réalité n’est pas anecdotique. C’est un témoignage très lu, d’un journaliste écrivant sous couvert d’anonymat, sur fakirpresse.info, qui l’a dénoncée en détail en 2022. Extrait du témoignage publié sur ce journal en ligne engagé :
« Pourtant, au fil des mois, on propose d’augmenter ma rémunération. Je suis un bon producteur de désinformation, le parfait bras armé (d’un stylo) des lobbyistes. Je n’ai même pas à réclamer : de 60 euros l’article, je passe à 70, 80 puis 90 euros. Et au bout de quelques années, je n’écris pas pour moins de 110 euros. Pour les sujets un peu techniques, les tribunes et les urgences, allez, ça peut aller jusqu’à 200 euros. »
Dès lors, il en résulte une perte de confiance dans l’institution des médias, car le citoyen se demande : combien d'articles de ce genre ai-je lus sans m'en douter ?
Ce problème est loin de se limiter à la France. Aux États-Unis, les médias les plus légitimes ont publié parfois une information biaisée – qui répond davantage à la définition de communication que d’information – sur des personnalités de première importance. Encensé de manière quasi unanime par les médias, adeptes de son « philanthro-capitalisme », Bill Gates a jusqu’ici reçu une couverture médiatique très largement positive. Dans certains cas, le conflit d’intérêts était flagrant, mais non divulgué.
Ainsi, deux chroniqueurs du New York Times, David Bornstein et Tina Rosenberg, ont couvert pendant des années l’actualité sur la Fondation Gates dans les colonnes du journal de référence, sans révéler qu'ils travaillaient aussi pour un groupe lourdement financé par la Fondation : le Solutions Journalism Network (1: Désinformation économique, repérer les stratégies marketing qui enjolivent les chiffres officiels, Myret Zaki, éditions Favre, février 2022.1). Le New York Times, un des journaux qui influencent le plus l’opinion mondiale, a publié des articles promotionnels à propos des projets de la Fondation Gates durant des années. Des articles portés par la crédibilité du journal, alors que des liens d’intérêt disqualifiaient les auteurs.
À l’évidence, il est essentiel que des journalistes indépendants de Bill Gates puissent informer à propos des projets du magnat, car ils ont un impact considérable. Il est dès lors impératif, précisément dans le cas des richissimes fondations, d’avoir une analyse indépendante concernant leurs projets.
Mi-juin 2023, on apprenait la création d’une chaire d’enseignement et de recherche à l’Institut Polytechnique, financée par Dassault. Cela signifie que les chercheurs des quatre écoles de l’Institut Polytechnique de Paris (École polytechnique, ENSTA Paris, Télécom Paris, Télécom SudParis) devront leurs moyens de recherche au géant de la défense, dans le domaine de l’architecture des systèmes complexes. Comment l'indépendance du corps académique peut-elle être garantie dans ces conditions ?
Le problème va bien au-delà de ce secteur. En Suisse, de nombreux professeurs d’économie des différentes universités reçoivent des revenus complémentaires d’instituts financés par des banques. Cela leur donne-t-il une liberté de ton lorsqu’il s’agit de commenter des événements comme la faillite récente de Credit Suisse, et son absorption par UBS ? Très peu de représentants du monde académique se sont exprimés dans les médias sur cette question.
Au sein des cours donnés dans les facultés d’économie et de finance, les thématiques des crises des marchés financiers et l’actualité bancaire comme celle de Credit Suisse sont très peu, ou pas abordées, encore moins sous un angle critique. De même, la problématique est bien connue aux États-Unis, où les business schools et le monde académique lèvent des fonds auprès des entreprises, ce qui aboutit à promouvoir les idées et concepts des sponsors dans les contenus produits.
Au final, la vie démocratique et ses institutions pourront difficilement résister à une privatisation de leur financement et à une pénétration d’intérêts privés au cœur de leur gouvernance. Le défi : maintenir une gouvernance politique hermétique au sponsoring et au lobbying d’entreprises, ainsi que des médias indépendants et une recherche universitaire indépendante, comme garde-fous indispensables. Ce combat essentiel pour préserver l’imperméabilité des institutions et pour assurer la protection des intérêts les plus larges des citoyens continuera de poursuivre les démocraties.
C’est par son échec qu’elles périront.
Myret Zaki, 15/08/2023
La France : une dérive vers quel régime ? Du mépris de la population, de sa représentation nationale, à l’usage démesuré de la force pour faire passer sa réforme des retraites, Emmanuel Macron abuse toujours plus des pouvoirs que lui confère la 5ème République....En 2021, le journal The Economist a classé la France dans la catégorie des démocraties défaillantes (flawed democracy), mais il y a encore deux degrés en dessous : les régimes hybrides et les régimes autoritaires
La France est bel et bien en train de rejoindre le camp des démocraties «illibérales» juge Jean-François Bayart, professeur à l’IHEID, pour qui Emmanuel Macron vit dans une réalité parallèle et joue avec le feu...Où va la France? se demande la Suisse. La mauvaise réponse serait de s’arrêter à la raillerie culturaliste des Gaulois éternels mécontents. La crise est politique. Emmanuel Macron se réclame de l’ «extrême centre»
/https%3A%2F%2Fregards.fr%2Fwp-content%2Fuploads%2F2023%2F04%2Fsans-titre-1-66-b03.png)
/https%3A%2F%2Fassets.letemps.ch%2Fsites%2Fdefault%2Ffiles%2Fstyles%2Fshare%2Fpublic%2Fmedia%2F2023%2F05%2F08%2F0211e2e_20230503093725842.jpg.jpeg%3Fitok%3DaYXLWQA6)