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Conséquences sur la structure de la consommation
C’est ensuite une zone dont la structure par âge se modifie profondément. C’était attendu. Mais maintenant, elle est dans le dur de cette recomposition : avec une montée accélérée des classes en âge de retraite ; un socle de jeunes en phase d’éducation relativement stable, et, avec, pour pendant, une forte contraction de la part de la population en âge de travailler. Cette recomposition a des répercussions puissantes sur la structure de la consommation. Avec une montée toujours plus affirmée des besoins liés à la santé et à la dépendance, ou encore des services liés à la personne ; une demande stable en éducation ; et de moindres besoins d’équipement ou encore de construction propre à la population en âge de travailler. Ces tendances, déjà bien amorcées, devraient se renforcer.
Tensions sur le marché du travail et incertitudes économiques
Une autre problématique partagée se dessine pour les pays européens. L’assèchement du réservoir de main-d’œuvre, qui pèsera sur le PIB, et intensifiera les pénuries sur le marché du travail. Ce phénomène entraînera aussi des tensions sur le financement de la dépendance, mais pas seulement entre partenaires aussi. Car, au-delà de cette histoire commune, l’Europe se trouve confrontée à la diversité des situations parmi ses membres. Cette hétérogénéité est particulièrement visible lorsqu’on observe la variation attendue de la population active dans les 10 prochaines années. Parmi les résultats les plus sensibles, l’attrition de la main-d’œuvre en Allemagne est aggravée par celle de son hinterland, lieu privilégié de sa sous-traitance. En dehors des pays baltes, le problème est particulièrement aigu dans le Sud de l’Europe, à l’exception de l’Espagne. Seuls la Belgique, la Suède et l’Irlande échappent à cette dynamique, et la France, dans une moindre mesure. Pour le bassin rhénan et le Sud, la question des pénuries de qualification va devenir essentielle. Cet élément jouera un rôle déterminant dans l’abord de la question migratoire.
Des pays en concurrence pour attirer la main-d’œuvre
Si l’on prête attention maintenant au ratio entre personnes en emploi (les cotisants) et la population senior de plus de 65 ans (les retraités potentiels), qui conditionne largement la solvabilité des systèmes de retraite, là encore l’hétérogénéité est forte ne créant pas le même stress budgétaire. Cet indicateur met en évidence la gravité de la situation dans le Sud de l’Europe, y compris la France. Les pays du Nord et l’Allemagne ont atténué cette contrainte en augmentant leur taux d’emploi. L’augmentation de l’employabilité est donc cruciale pour éviter l’appauvrissement social du Sud, mais aussi des PECO. Cet objectif semble difficilement atteignable dans une Europe sans croissance. Le risque est donc bien de l’ouverture d’un nouveau front de tensions entre partenaires européens : la guerre démographique pour attirer les jeunes talents et la main-d’œuvre. Étonnamment, cette question est totalement absente du débat européen.
Publié le lundi 07 juillet 2025
https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-L-impact-du-declin-demographique-alarmant-de-l-Europe
La France, pays des déficits. À peine dit, le réflexe est immédiat : penser au déficit public en premier lieu. Et pour cause. L’Hexagone décroche le bonnet d’âne européen. Un simple graphique de l’écart de notre solde public par rapport aux autres membres de la zone euro, soumis aux mêmes contraintes que nous, en fait la démonstration. La conclusion est implacable : notre déficit n’est pas une fatalité, c’est un choix politique.
La compétitivité en berne
Mais il est d’autres déficits qui dessinent tout autant le portrait d’une France en profond déséquilibre. En voici quatre, à commencer par le déficit commercial. Rapportée au PIB, la balance commerciale dévoile une France dans le rouge depuis près de 25 ans. À force de soutenir la consommation, le pays a sacrifié ses producteurs et creusé sa dépendance au « made in ailleurs ». Il a importé son confort et exporté ses usines. Résultat : seules quelques filières s’en sortent — les IAA (sauvées par les boissons), l’aéronautique-navale, les parfums-cosmétiques et la chimie-pharma. Tout le reste est déficitaire, massivement déficitaire.
Tous ces déficits sont la suite logique d’un autre : celui de notre compétitivité. Son origine est multifactorielle, mais il faut insister sur deux points. D’abord, notre déficit technologique, reflet d’un retard numérique inquiétant dans les entreprises. À peine 23% des sociétés françaises utilisent des services cloud avancés, contre 73% en Finlande et 66% au Danemark. Non seulement la France est loin de la moyenne européenne, mais elle se classe 24? sur 27, ne devançant que la Grèce, la Roumanie et la Bulgarie. D’autres indicateurs existent, ils pointent tous dans le même sens.
Second point : le capital humain… déficit de formation oblige. Il peut s’appréhender à travers la dégradation des résultats aux tests Pisa, la plus grande étude internationale sur le suivi des acquis éducatifs. Ce déficit éducatif menace directement la compétitivité économique du pays : une main-d’œuvre moins qualifiée, un capital humain sous-exploité, freinent l’innovation et la croissance. Autre symptôme : le pays connaît depuis plusieurs années une pénurie de profils scientifiques, et il faudrait former 60 000 ingénieurs de plus par an, selon l’Institut Montaigne.
L’érosion de la confiance et ses conséquences
Autre déficit devenu une marque de fabrique française : celui de la confiance. Les Français ne sont pas pessimistes par nature, ils le sont devenus. La cassure survient au début des années 2000. Depuis, les ménages ont sombré dans une morosité latente qui s’est amplifiée avec le temps. Or, une société qui doute d’elle-même peine à se projeter, à réformer, à innover. Ce climat délétère paralyse les initiatives, bloque les consensus et nourrit l’instabilité… et est certainement l’un des éléments d’explication du déficit le plus spectaculaire, celui des naissances.
La menace silencieuse du déficit des naissances
Les Français font de moins en moins de bébés ; le plancher des 600 000 naissances annuelles se rapproche, son plus bas niveau depuis la Seconde Guerre mondiale. Comme le nombre de décès progresse parallèlement, la différence entre les deux — c’est-à-dire le solde naturel — est devenue déficitaire en 2024 pour la première fois depuis 1946, et il se creuse rapidement. Ce déficit silencieux prépare un futur où la population active déclinera, pesant davantage sur un système de retraites déjà sous tension et freinant la croissance. C’est moins visible qu’une crise économique, mais bien plus durable. Un déficit isolé est une alerte ; plusieurs déficits simultanés deviennent une menace, les symptômes d’un modèle à bout de souffle. Les ignorer, c’est accepter le déclin comme horizon.
Publié le mardi 10 juin 2025
https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-France-le-cumul-de-tous-les-deficits
La France est rattrapée par l’hiver démographique : les naissances s’effondrent, les décès augmentent. Résultat, le solde naturel est tombé à zéro. Du jamais vu depuis la Seconde Guerre mondiale. Et une vraie alerte pour l’avenir de notre système social. Regardons ceux qui nous précèdent dans ce piège : Corée du Sud, Japon, Italie, Allemagne. Partout, même scénario : la population « native » vieillit vite, le taux de fécondité chute sous le seuil de renouvellement. Moins d’enfants, plus de morts, malgré toutes les politiques menées et le solde naturel a rapidement viré au rouge vif.
La croissance repose sur le travail et sa mobilisation
À court terme, la tendance semble irréversible. Il va falloir s’adapter rapidement. C’est la première leçon et il faut bien avoir en tête : pas de système social viable sans un minimum de croissance. Et pas de croissance sans travail. Tout repose donc sur le volume de travail mobilisé et son efficacité. Le premier élément est fonction de 3 variables : le nombre de personnes en âge de travailler ; leur présence effective sur le marché du travail ; le nombre d’heures travaillées sur l’ensemble du cycle de vie.
L’immigration compense, mais fracture aussi
Augmenter la population active quand le nombre de natifs diminue passe par le canal de l’immigration. L’Italie s’y est essayée timidement, l’Allemagne plus franchement. Le déficit des naissances a généré un déficit naturel outre-Rhin ; l’appel à la main-d’œuvre immigrée facilité par les pouvoirs publics et le contexte international a permis de le combler en partie.
Finalement, la population en âge de travailler s’est quasiment maintenue sur les 15 dernières années. Ce choix se heurte toutefois à une double problématique : la capacité du pays à attirer les jeunes talents répondant à ses besoins ; le risque de fracturer la société.
Faire travailler plus longtemps et plus intensément
La Corée, le Japon, l’Allemagne ont misé sur le taux d’activité et le nombre d’heures travaillées en repoussant l’âge de départ à la retraite pour augmenter le réservoir de main-d’œuvre disponible. Ces trois pays ont un taux d’emploi des 55-64 ans singulièrement élevé et même au-delà sur la tranche des 60-69 ans principalement au Japon où faiblesse des pensions oblige, les seniors sont contraints de trouver un revenu d’appoint.
Autres leviers, le taux d’emploi chez les femmes mais aussi le nombre d’heures annuellement travaillées par ceux qui sont en emploi : moins de temps partiel, moins de jours chômés, un volume horaire journalier élevé.
Investir dans la productivité et capter les revenus extérieurs
Améliorer l’efficacité des heures travaillées, c’est gagner en productivité. Pour cela il faut investir massivement dans le système éducatif, la R&D, les nouvelles technologies, la robotisation et l’automatisation qui permettent aussi de réduire la dépendance du pays à la main-d’œuvre humaine en substituant du capital au travail.
Or, dans tous ces domaines, la France a du retard et ce sont des politiques dont les effets s’inscrivent dans un temps long. Dernier levier, comme au Japon, rapatrier les revenus issus des investissements réalisés à l’extérieur du pays depuis des décennies, autrement dit : tirer une rente du capital exporté vers des pays où une population jeune est prête à travailler. Mais pour cela il faut empiler les excédents courants, ce n’est pas notre cas.
Travailler davantage, hommes et femmes, à tout âge même aux plus avancés en transformant les seniors en force de travail, robotiser et automatiser pour contrebalancer le manque de main-d’œuvre, exporter ses excédents sous forme de capital pour importer de la prospérité. Voilà les enseignements donnés par ces pays. Dommage que certaines portes se soient déjà refermées pour la France. C’étaient les moins douloureuses.
Publié le vendredi 28 mars 2025
https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Chute-de-la-natalite-comment-s-adaptent-la-Coree-l-Italie-l-Allemagne-le-Japon-_
La démographie est, au côté de la transition écologique et de la révolution numérique, l’un des principaux défis que la France aura à relever dans le prochain quart de siècle. Le constat est pour l’heure inquiétant : le nombre de naissances est au plus bas depuis 1945.
C’est le cas depuis 2020, mais la chute continue. Pire, elle accélère. Après une érosion de 2,2% en 2022, les derniers chiffres publiés jeudi par l’Insee font état d’un recul en novembre pour le 17ᵉ mois consécutif, avec une baisse de près de 7% des naissances sur onze mois. Le millésime 2023 terminera sous la barre des 700 000 nouveau-nés, contre plus de 800 000 il y a dix ans.
S’il reste supérieur à beaucoup de nos voisins européens, le taux de fécondité de 1,8 enfant par femme en 2022 - il baissera en 2023 - est inférieur au seuil de renouvellement des générations (2,1). Les classes vont se vider de 500 000 élèves entre 2022 et 2027 et la France va continuer de vieillir avec toujours moins d’actifs pour financer les pensions des inactifs. Les plus de 65 ans représentaient une personne sur huit en 1960, ils sont plus d’une sur cinq aujourd’hui.
Tout se passe comme si personne n’avait pris conscience du défi qui nous tend les bras
Etonnamment, le débat n’a jamais été posé, ni pendant la réforme des retraites, ni durant l’examen du projet de loi sur l’immigration. Il conditionne pourtant les deux sujets très directement. Tout se passe comme si personne n’avait pris conscience du défi qui nous tend les bras. Réveillons-nous, il est déterminant pour notre avenir.
Bien sûr, la France n’est pas la seule dans cette situation. Du Pape à Elon Musk, nombreuses sont les voix à tirer la sonnette d’alarme dans différents pays. Mais face à l’hiver démographique qui s’annonce, la mobilisation des politiques devrait être totale. Les quelques initiatives prises autour des « 1 000 premiers jours de l’enfant » sont un premier pas. C’est encore loin d’être suffisant.
Raphael Legendre, 4/01/2024
https://www.lopinion.fr/economie/hiver-demographique-cette-crise-dont-personne-ne-parle?
une baisse de -6,8 % de la natalité enregistrée en France .... Nous faisons de moins en moins d'enfants en France. Une baisse constante est enregistrée depuis le Covid. Les explications avec Chloé Tixier, présente sur le plateau du 20 Heures, jeudi 3 août. Il y a de moins en moins de naissances en France et le 1er semestre 2023 confirme la tendance. On compte 314 400 naissances, un chiffre en baisse de -6,8 % par rapport à 2022.