Blackout...

Publié le par ottolilienthal

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C’est un article de France Info (source ici) qui revient discrètement sur les résultats de l’enquête concernant les causes de la panne géante d’électricité en Espagne.

« C’était il y a un peu moins d’un an. Une panne d’électricité massive avait bouleversé l’Espagne et le Portugal pendant plusieurs heures, le 28 avril 2025. Les réseaux mobiles avaient été coupés, les transports s’étaient figés et les systèmes bancaires mis à l’arrêt. Près d’un an plus tard, le 20 mars, un rapport du Réseau européen des gestionnaires de réseau d’électricité, rédigé par 49 experts, pointe une surtension incontrôlée dans le réseau espagnol, au cœur d’un « cocktail parfait » de défaillances. »

« Les experts pointent une incapacité du système à réguler la tension en temps réel, entraînant des « déconnexions généralisées » de centrales électriques, notamment celles qui produisent des énergies renouvelables. Ces installations, mal adaptées pour ajuster rapidement la tension, n’ont pas pu stabiliser le réseau. »

Le problème avec les énergies renouvelables c’est qu’elles entraînent une instabilité du réseau par des importantes variations notamment liées au… prix. Quand les prix deviennent négatifs parce que tout le monde produit trop par très beau temps avec les panneaux solaires, il est logique que tout le monde se débranche pour ne pas perdre d’argent. Vous vous retrouvez avec un réseau qui à 13h produit tellement que les prix deviennent négatifs. A 13h01 tout le monde recevant l’information de prix négatifs tout le monde se débranche… résultat vous passez d’un réseau en excédent à un réseau en manque en une minute… Ce sont ces instabilités qui expliquent l’instabilité du réseau espagnol et la panne géante.

par | 23 Mar 2026

« Ceci est un article ‘presslib’, c’est-à-dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Insolentiae.com est le site sur lequel Charles Sannat s’exprime quotidiennement et livre un décryptage impertinent et sans concession de l’actualité économique. Merci de visiter mon site. Vous pouvez vous abonner gratuitement à la lettre d’information quotidienne sur www.insolentiae.com. »

Nucléaire en Espagne : tensions, choix politiques et enjeux économiques...

Le black-out du 28 avril 2025 en Espagne et au Portugal a rappelé les limites d’un système électrique fortement dépendant des énergies renouvelables. L’énergie nucléaire, qui assure aujourd’hui près de 20 % de l’électricité espagnole, apparaît alors, cruciale pour la stabilité du réseau. Pourtant, le maintien de cette filière a toujours été incertain.

Le black-out du 28 avril 2025 en Espagne a marqué toute l’Europe. Des millions de foyers se sont retrouvés dans le noir.  L’Espagne et le Portugal se sont retrouvés isolés du réseau électrique continental. Au-delà de sa dimension technique, cet incident a révélé les limites d’un système électrique fragile qui a manqué de moyens pilotables pour assurer sa stabilité. Dans ce contexte, le rôle du nucléaire espagnol apparaît crucial.

L’Espagne dispose actuellement de sept réacteurs répartis sur cinq centrales, pour une capacité totale d’environ 7 GW. Aujourd’hui, il fournit environ 20 % de l’électricité du pays. Pourtant, les centrales nucléaires sont fragilisées par une fiscalité élevée et le dernier Plan national intégré énergie-climat (PNIEC) programme leur fermeture progressive entre 2027 et 2035.

Les conséquences du black-out pour le nucléaire

En raison du black-out, l’électricité a été interrompue pendant une dizaine d’heures dans la majeure partie de la péninsule. En l’espace de quelques secondes, une perte d’environ 2 000 à 15 000 mégawatts (MW) de production a déclenché une montée en tension et une cascade de déconnexions automatiques qui ont conduit à la désynchronisation du réseau espagnol et européen. Cet incident a réveillé les interrogations sur la place de l’énergie nucléaire en Espagne et son importance pour la sécurité de l’approvisionnement.

  • L’opinion publique change de cap

Selon le dernier Baromètre du Real Instituto Elcano, le soutien à l’énergie nucléaire a nettement progressé en Espagne. Les auteurs suggèrent que le black-out du 28 avril et la discussion publique qui s’en est suivie ont pu renforcer cette tendance. Désormais, environ deux personnes sur trois (66 %) jugent que les centrales nucléaires actuellement en service devraient rester en fonctionnement. Ce résultat marque une évolution notable par rapport à 2023, où seuls 43 % des sondés se déclaraient favorables à l’idée de prolonger autant que possible la durée de vie des centrales.

  • Une augmentation de la demande de gaz

Depuis la panne, l’Espagne brûle davantage de gaz pour produire de l’électricité. Au premier semestre, la demande nationale de gaz a ainsi progressé de 5,6 %, portée par une hausse de 41,2 % de la demande liée à la production électrique. Les réseaux s’appuient désormais plus fortement sur les centrales à gaz, dont le poids représentait 57 % du prix de l’électricité en mai 2025, contre une moyenne de 14 % l’année précédant le black-out[1]. Cette évolution a conduit à une forte réduction de l’utilisation des énergies renouvelables : leur limitation a triplé après l’incident, passant de 1,8 % sur les deux années précédentes à 7,2 % entre mai et juillet 2025[2].

  • Le débat sur le nucléaire ravivé en Espagne

La panne géante a aussi ravivé le débat sur la composition du mix énergétique. Le gestionnaire de réseaux Red Eléctrica estime que la forte proportion de production non pilotable a pu accroître la vulnérabilité du système, même si l’enquête technique sur les causes exactes est toujours en cours. Le Partido Popular (PP) et Vox ont immédiatement utilisé cet argument pour demander au gouvernement de repousser la fermeture des centrales nucléaires.

Alberto Núñez Feijóo, chef du PP, a ainsi affirmé que « le besoin urgent d’énergie de secours est clair », avant de souligner que « nous avons beaucoup d’énergie renouvelable, et c’est bien — mais c’est volatil. Notre système énergétique est géré avec un énorme biais idéologique ».  Diego Rodríguez, économiste de l’énergie au sein du groupe de réflexion Fedea, avertit que l’Espagne ne dispose pas de capacités de stockage suffisantes. Il ajoute aussi que son infrastructure renouvelable n’est pas assez robuste pour atteindre les objectifs climatiques. Selon lui, cela pourrait entraîner une volatilité accrue des prix et des déficits d’approvisionnement[3].

Malgré les pressions, le gouvernement est resté ferme et a réaffirmé en mai 2025[4] son refus de revenir au nucléaire, privilégiant au contraire une accélération des énergies renouvelables comme pilier de la transition énergétique espagnole.

Un mix électrique espagnol dominé par les énergies renouvelables

La nouvelle feuille de route 2023-2030 prévoit de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 32 % d’ici à 2030 par rapport à 1990. Les énergies renouvelables devraient représenter 81 % du bouquet énergétique d’ici à et couvrir 48 % de la consommation finale d’énergie. En 2024, la production renouvelable a atteint un niveau historique, dépassant les 149 TWh. Pour la première fois, elles se sont hissées au premier rang du mix électrique national, devant le nucléaire, qui représentait environ 20 % de la production[5].

De son côté, le nucléaire voit sa viabilité menacée par sa charge fiscale excessive comme l’a démontré le cabinet de conseil PwC[6]. Au cours des cinq dernières années, la fiscalité a augmenté de plus de 70 %. Entre 2025 et 2035, elle représentera plus de 40 % des coûts totaux du parc.

Certaines taxes, jugées redondantes et peu justifiées comme la taxe sur le combustible, s’ajoutent à la contribution financière spécifique liée à la gestion des déchets radioactifs en Espagne (taxe Enresa). La hausse de 30 % de cette taxe en 2024 résulte de choix politiques, et non de l’évolution du parc ou de la gestion des déchets.

La fermeture des centrales nucléaires prévue pour 2027

La Pniec espagnol confirme aussi le « scénario de fermeture ordonnée et progressive du parc nucléaire entre 2027 et 2035 ». L’énergie nucléaire sera remplacée par les renouvelables et par le gaz.

Afin d’éviter l’arrêt définitif des centrales, le 30 octobre 2025, le Conseil d’administration et l’Assemblée générale de l’exploitant Centrales Nucleares Almaraz-Trillo (CNAT) ont soumis une demande officielle au Ministère de la Transition écologique et du Défi démographique (Miteco) afin de modifier la licence d’exploitation des deux unités d’Almaraz et prolonger leur exploitation jusqu’en juin 2030[7].

Le premier objectif est d’éviter une augmentation des prix de l’électricité. « Les Espagnols vont payer pour [la fermeture des centrales nucléaires] … Si les centrales nucléaires ferment, nous avons des analyses selon lesquelles les prix de détail augmenteront de l’ordre de 25 à 30 % », selon José Ignacio Sanchez Galan, Président d’Iberdrola.

La fermeture du parc nucléaire en Espagne entraînerait une augmentation du prix de gros de l’électricité d’environ 37 €/MWh, ce qui ferait grimper les factures d’électricité de 23 % pour le secteur domestique et les petites et moyennes entreprises, et de 35 % pour l’industrie, selon PwC[8].

Le second objectif est d’alimenter les datacenters, alors que la capacité installée en Europe (GW) va augmenter fortement. L’Espagne n’échappe pas à la dynamique avec une consommation attendue d’ici 2030 dans le pays entre 9 TWh et 16 TWh, ce qui induit un besoin de sources d’électricité massives, pilotables et décarbonées.

Une histoire nucléaire bousculée

La filière nucléaire espagnole se développe dans les années 1960, face à une demande d’électricité en forte croissance et à la dépendance au pétrole et au gaz. La loi sur l’énergie nucléaire de 1964 pose les bases législatives, et trois centrales entrent en service entre 1968 et 1970. Dans les années 1970, le pays lance la construction de sept réacteurs de deuxième génération.

Le tournant intervient en 1982, avec l’arrivée au pouvoir du Parti socialiste (PSOE) : un moratoire suspend la construction des nouvelles centrales, affectant cinq projets en cours. Ce choix est motivé par le risque d’accident, les coûts financiers élevés et la baisse de la demande d’électricité après la crise pétrolière.

En 1994, la loi sur l’organisation du système électrique arrête définitivement ces projets et prévoit une indemnisation financée par une surtaxe sur les consommateurs, qui s’est achevée en 2015 pour un montant total de 5 717 millions d’euros.

En 2019, le gouvernement confirme une sortie progressive du nucléaire entre 2025 et 2035, en arrêtant les centrales à mesure qu’elles atteignent la fin de leur vie. La priorité est donnée aux énergies renouvelables, selon la ministre de l’Écologie Sara Aagesen : « Notre pari, c’est les renouvelables ». Jusqu’au black-out de 2025 qui a réinterrogé cette stratégie. ■

 

 

 
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Bloomberg : le boom solaire en Europe met les réseaux électriques à rude épreuve. « La question qui se pose désormais pour l’Europe est de savoir si elle peut moderniser son réseau suffisamment vite pour éviter une nouvelle panne d’électricité catastrophique. Une transition chaotique ferait le jeu des factions politiques du monde entier qui prétendent que la neutralité carbone paralyserait les entreprises et renchérirait l’énergie.»

Ces « affirmations » sont manifestement exactes, comme le détaille Bloomberg lui-même : « Les surtensions sont de plus en plus fréquentes en Europe avec le développement rapide des énergies renouvelables. En 2024, on a enregistré un nombre record de 8 645 cas de dépassement des limites de tension européennes autorisées. Cela représente une augmentation de plus de 2 000 % par rapport à 2015, année où l’on comptait 34 alertes, selon les données publiées par Entso-e, le Réseau européen des gestionnaires de réseaux de transport d’électricité. C’est comme recevoir une alerte presque toutes les heures, contre moins de trois fois par mois il y a dix ans. »

Alors, comment résoudre ce problème ? Certainement pas en suspendant les nouveaux projets solaires, car ce serait insensé et irrationnel. Non, il faut modifier le réseau, ce qui montre à quel point cette aversion pour l’erreur peut être destructrice, et le sera assurément. C’est un échec total…

(Irina Slav)

1 crise, 5 pannes d'électricité, alerte à la crise énergétique : La vérité explosive derrière la crise énergétique espagnole...

L’alerte à la crise énergétique espagnole révèle un réseau électrique défaillant, la cupidité des entreprises et une transition verte chaotique qui privilégie les profits aux personnes et à la stabilité.

L’Espagne tire la sonnette d’alarme. Le gestionnaire du réseau national, Red Eléctrica Española (REE), a émis une alerte officielle à la crise énergétique, évoquant des « fluctuations soudaines de tension » qui menacent la stabilité de l’ensemble du système électrique. Ces perturbations techniques ne sont pas des dysfonctionnements aléatoires ; elles sont les symptômes d’une défaillance systémique plus profonde, enracinée dans une transition énergétique chaotique et déréglementée, qui privilégie les profits des entreprises aux dépens de la sécurité publique, de l’accessibilité financière et de la durabilité à long terme.

La promesse d’un avenir énergétique propre s’est transformée en un cauchemar d’instabilité, de hausse des prix et de menace réelle de pannes d’électricité généralisées.

Bien que l'Espagne soit le leader européen en matière d'adoption de l'énergie solaire, son intégration rapide de l'énergie photovoltaïque a dépassé les cadres réglementaires et les modernisations des infrastructures. Résultat ? Un réseau électrique fragile qui peine à gérer les pics de puissance réactive, un déséquilibre technique causé lorsque les centrales renouvelables produisent plus d'électricité que le réseau ne peut en absorber ou en rediriger en toute sécurité.

Il ne s'agit pas seulement d'ingénierie, mais d'énergie. Qui la contrôle, qui en bénéficie et qui en paie le prix ?

Les experts et les associations de consommateurs avertissent que sans réformes urgentes, l'Espagne pourrait être confrontée à de multiples pannes de courant de grande ampleur, notamment pendant les heures de pointe de production les jours ensoleillés, lorsque les parcs solaires inondent le réseau d'énergie incontrôlable.

Un tel avertissement de crise énergétique n'aurait jamais dû se produire.

Le problème fondamental réside dans la gestion, ou plutôt la mauvaise gestion, des énergies renouvelables en Espagne. Selon le physicien et expert en énergie Antonio Turiel, interrogé par TeleSUR, le problème vient du fait que les centrales électriques renouvelables ne peuvent pas absorber l'excédent de puissance réactive, en raison de limitations techniques et de restrictions légales.

« Ils savent pertinemment que cela est lié au fait que les centrales renouvelables ne peuvent pas absorber l'excédent de puissance réactive », a expliqué Turiel. « En partie parce que la loi le leur interdit, et en partie parce que techniquement, elles ne le peuvent pas.»

Lorsqu'une trop grande quantité d'énergie solaire arrive sur le réseau en même temps, notamment en milieu de journée, elle crée des pics de tension qui déstabilisent les lignes de transport, risquant d'endommager les transformateurs, les sous-stations et même les appareils électroménagers.

Au lieu d'empêcher ce phénomène, les régulateurs proposent de transférer le coût de la réparation aux contribuables et aux consommateurs.

Le REE lui-même a suggéré des modifications réglementaires qui nécessiteraient des investissements publics pour moderniser les infrastructures, tout en exonérant les entreprises énergétiques privées de la responsabilité d'adapter leurs propres installations. Cela signifie que les contribuables paieront la facture d'une crise créée par la déréglementation et la négligence des entreprises.

L'organisme de protection des consommateurs FACUA a dénoncé le manque de responsabilité. Rubén Sánchez, porte-parole de l'organisation, a souligné qu'après qu'une importante enquête sur une panne d'électricité a révélé des violations flagrantes de la part des entreprises de services publics, aucune procédure de sanction n'a été engagée.

« Il est très préoccupant », a déclaré M. Sánchez, « qu'après avoir identifié des violations de la part des entreprises d'électricité, aucune sanction n'ait été annoncée. »

Il a ajouté que cette impunité met en évidence la mainmise réglementaire sur le secteur énergétique espagnol, où les organismes de surveillance servent les intérêts de puissantes entreprises plutôt que ceux du public.

L’alerte actuelle à la crise énergétique n’est pas un incident isolé ; c’est le résultat inévitable de décennies de politiques néolibérales qui ont transformé l’énergie, autrefois bien public, en une marchandise spéculative.

Le marché énergétique espagnol est dominé par une poignée d’oligopoles, dont Iberdrola, Endesa et Naturgy, qui affichent régulièrement des bénéfices records, alors même que des millions de ménages sont confrontés à des factures d’électricité en hausse.

Pour la seule année 2024, ces entreprises ont réalisé des bénéfices cumulés de plus de 18 milliards d’euros, alors que plus de 3 millions de foyers espagnols vivent en situation de précarité énergétique.

Cette contradiction définit ce qu’on appelle la « transition verte » : un processus motivé non par l’urgence écologique ou la justice sociale, mais par la spéculation financière et la déréglementation soutenue par l’État.

Les investisseurs privés et les fonds spéculatifs investissent désormais des milliards dans les parcs solaires et éoliens, traitant les certificats d’énergie renouvelable comme des actifs négociables, au même titre que les actions ou les produits dérivés. Mais ils se montrent peu intéressés par le financement des coûteuses modernisations nécessaires à la stabilisation du réseau.

Pourquoi investir dans la résilience quand on peut tirer profit de la volatilité ?

La réponse du gouvernement a été timide. Au lieu d'imposer des normes techniques strictes aux producteurs d'énergies renouvelables ou d'imposer des capacités d'équilibrage du réseau, les décideurs politiques continuent de privilégier les solutions de marché qui profitent aux grands opérateurs.

Par exemple, les réformes proposées se concentrent sur la rémunération des entreprises pour la fourniture de services de stabilité, les rémunérant ainsi davantage pour ce qui devrait être une partie obligatoire de l'exploitation du réseau.

Il s'agit d'un sauvetage déguisé en innovation.

Parallèlement, les petits producteurs, les coopératives et les projets énergétiques communautaires restent marginalisés, incapables de concurrencer les géants intégrés verticalement qui contrôlent la production, la distribution et la tarification.

L'alerte à la crise énergétique espagnole reflète un défi continental plus vaste : l'incapacité de l'Union européenne à concilier ses ambitions climatiques avec le contrôle démocratique et un accès équitable à l'énergie.

Dans toute l'Union, les pays s'efforcent d'atteindre leurs objectifs d'émissions pour 2030, souvent grâce à des modèles privatisés de déploiement des énergies renouvelables qui reproduisent la logique extractive du capitalisme des combustibles fossiles.

Les éoliennes se développent en zone rurale, mais les communautés locales n'en tirent que peu d'avantages : nuisances sonores, accaparement des terres et instabilité de l'approvisionnement.

L'Allemagne, l'Italie et le Portugal sont confrontés à des problèmes similaires de gestion du réseau, où la production décentralisée se heurte à des infrastructures nationales obsolètes. Pourtant, au lieu de construire des réseaux publics et gérés démocratiquement, les politiques de l'UE encouragent la libéralisation et la concurrence transfrontalière sur les marchés, ce qui accroît la complexité sans améliorer la résilience.

De plus, la dépendance de l'Espagne aux importations de gaz naturel pour son alimentation de secours expose sa vulnérabilité aux chocs énergétiques mondiaux, tels que ceux déclenchés par la guerre en Ukraine.

Un véritable modèle de souveraineté énergétique privilégierait le stockage local, la gestion de la demande et la propriété publique, et non les capitaux étrangers.

La trajectoire actuelle risque de créer un système à deux vitesses : un système où les régions et les particuliers riches installent des panneaux solaires sur leurs toits et des batteries, et se déconnectent du réseau, tandis que les communautés les plus pauvres subissent de plein fouet l’instabilité et la hausse des prix.

Il ne s’agit pas d’un avenir vert, mais d’un apartheid vert.

Alors que les catastrophes climatiques s’intensifient, la nécessité de systèmes énergétiques robustes, inclusifs et publiquement responsables devient vitale. La crise espagnole est un signal d’alarme pour tous les pays engagés dans une transition énergétique : si le processus est laissé aux seules mains des marchés, les populations en paieront le prix : sous forme de noirceur, d’endettement et de privation de droits.

Le coût humain : hausse des factures et creusement des inégalités

Derrière le jargon technique et les bilans des entreprises se cache une tragédie humaine. Des millions d’Espagnols sont déjà pris au piège de la précarité énergétique, définie comme une dépense de plus de 10 % du revenu des ménages en électricité et en chauffage.

Selon des données récentes de l'Institut national de la statistique (INE), plus de 7 % des ménages espagnols ont volontairement coupé leur électricité l'année dernière en raison de factures inabordables – un chiffre en forte hausse dans les régions du sud comme l'Andalousie et Murcie.

Même avec des subventions et des tarifs réglementés, les familles sont confrontées à des coûts imprévisibles, influencés par la volatilité des marchés de gros.

Les tentatives du gouvernement de plafonner les prix ont été sapées par des failles exploitées par les négociants en énergie, tandis que les taxes sur l'électricité restent parmi les plus élevées d'Europe.

Pire encore, le fardeau pèse de manière disproportionnée sur les personnes âgées, les travailleurs à faibles revenus et les familles monoparentales, dont beaucoup doivent choisir entre chauffer leur logement ou se nourrir.

Ce n'est pas un hasard : c'est une caractéristique d'un système conçu pour extraire de la valeur, et non pour fournir un service.

Et aujourd'hui, alors que la crise énergétique fait craindre des coupures de courant à répétition, les populations vulnérables sont confrontées à une réalité encore plus sombre : vivre sans réfrigération, sans appareils médicaux, sans accès à Internet ni éclairage de base.

Des signes encourageants apparaissent. Des villes comme Barcelone et Valence ont lancé des initiatives municipales en matière d’énergie visant à réduire leurs profits et à diminuer leurs factures. Les coopératives rurales de Galice et d’Estrémadure prouvent que les projets solaires communautaires peuvent fournir une énergie moins chère, plus propre et plus fiable.

Mais ces efforts restent fragmentés et sous-financés, privés du soutien d’un gouvernement central aligné sur les intérêts des entreprises.

Une transition juste est possible, mais pas sous le néolibéralisme

L’ironie est flagrante : l’Espagne possède certaines des meilleures ressources solaires d’Europe, mais sa population souffre de prix élevés et d’un service peu fiable.

L'abondance énergétique coexiste avec une pénurie artificielle.

Ce paradoxe ne peut être résolu qu'en s'affranchissant du modèle néolibéral qui considère la nature comme un centre de profit et les citoyens comme des clients.

Une véritable transition énergétique juste impliquerait :

La propriété publique des infrastructures et des réseaux de transport clés ; Une planification démocratique impliquant les communautés, les scientifiques et les travailleurs ; Des garanties d'accès universel et une tarification mobile ; Des investissements dans le stockage, les réseaux intelligents et les systèmes de réponse à la demande ; L'autonomisation juridique des petits producteurs et des coopératives.

Des pays comme le Danemark et l'Autriche ont démontré qu'une forte pénétration des énergies renouvelables est possible grâce à un contrôle public rigoureux et à des modèles coopératifs. L'Espagne a le potentiel de montrer la voie, mais seulement si elle place l'humain avant le profit.

La technologie n'est pas le goulot d'étranglement, mais la volonté politique.

Du point de vue de TeleSUR, l'alerte à la crise énergétique en Espagne n'est pas seulement un échec technique : c'est une condamnation politique de l'incapacité du capitalisme à gérer les besoins collectifs en cette période d'urgence écologique.

Nous soutenons les millions de familles ouvrières qui se chauffent à la bougie, rechargent leurs téléphones dans les bibliothèques et craignent la prochaine flambée de leur facture d'électricité.

Cette crise n'est pas née de nulle part. Elle a été provoquée par des décennies de déréglementation, de privatisation et de marchandisation des ressources essentielles à la vie.

Laisser les entreprises profiter de la lumière tandis que les populations vivent dans l'obscurité est un outrage moral.

L'expérience espagnole reflète les luttes qui secouent l'Amérique latine, l'Afrique et l'Asie, où les systèmes énergétiques servent les élites tandis que les plus pauvres restent privés d'accès à l'énergie. Qu'il s'agisse des gazoducs en Bolivie ou des barrages hydroélectriques au Brésil, le schéma se répète : extraction pour l'exportation, exclusion des populations locales.

L’Espagne se trouve à la croisée des chemins : poursuivre sur la voie de la déréglementation menée par les grandes entreprises, où les coupures d’électricité et les factures exorbitantes deviennent la norme, ou s’orienter vers un modèle énergétique véritablement durable, équitable et résilient.

https://www.telesurenglish.net/energy-crisis-warning/

 

La facture invisible...

La facture invisible est la montée des restrictions techniques (retrait des énergies renouvelables du système pour réduire les risques). Après la grande panne du 28 avril, Red Eléctrica fonctionne en « mode renforcé ». Les chiffres sont éloquents : « Le coût des restrictions techniques (RRTT) de 197 millions d’euros en avril est passé à 405 millions d’euros en mai.» Sur une base annuelle, « jusqu’en 2022, le RRTT était d’environ 450 millions d’euros ; il a doublé en 2023, a encore augmenté de 35 % en 2024, et en 2025, “au cours des huit premiers mois… nous avons déjà largement dépassé” le total de 2024, approchant 1,5 milliard d’euros.» Autrement dit : « Environ 6 millions d’euros par jour.»

Lorsque l’opérateur a besoin de capacités fermes (gaz, hydroélectricité, nucléaire) pour maintenir la stabilité, il redispatche et retire l’électricité éolienne/solaire qu’il avait précédemment vendue. Le pourcentage d'énergie renouvelable non intégrable a atteint un pic de 11 % en juillet. En août, avec une production renouvelable de 55 % sur les deux années, la réduction de 2025 était supérieure de 250 % à celle de 2024. C'est une véritable torpille pour les business plans des énergies renouvelables : vous produisez, mais on vous empêche d'injecter.

Le mirage des prix de gros

Tout cela a généré une sorte de mirage avec des prix de gros nuls ou négatifs pour les heures solaires, qui masquent les coûts hors du LCOE. « Atteindre des pourcentages élevés de production avec des technologies renouvelables à faible LCOE ne garantit pas une baisse des prix finaux.» La tendance européenne suggère que « plus le système d'énergies renouvelables intermittentes est présent, plus le prix de l'électricité est élevé » (via les péages, les réseaux, les services système et les restrictions).

La morale du rapport de l'Université des Hespérides tient en une phrase :

« Un prix bas par MWh calculé à partir du LCOE ne se traduit pas nécessairement par un prix bas pour le système dans son ensemble.»

L'Espagne n'a pas de problème avec les énergies renouvelables en soi, mais avec la manière dont elle les intègre. Tant que la planification reposera sur des indicateurs incomplets, les coûts cachés, la fragilité opérationnelle et les signaux d'investissement erronés continueront de s'accumuler.

Le changement d'orientation proposé – mesurer la valeur et le coût du système, et non plus seulement le LCOE – fait la différence entre un système bon marché qui fait la une des journaux et un système sûr, évolutif et véritablement abordable.

Quark 10 10 25

https://futurocienciaficcionymatrix.blogspot.com/2025/10/por-fin-el-exceso-de-oferta-de-petroleo.html

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La Grande Panne d'électricité....

Des entreprises privées qui font des profits mais n'investissent pas, et une consommation d'énergie en hausse. La péninsule ibérique a été privée d'électricité pendant plusieurs heures le 28 avril. Des médias qui se disent sérieux ont spéculé sur des cyberattaques. En réalité, le système électrique est privatisé et, bien que les entreprises gagnent des millions d'euros, elles ne réalisent pas les investissements nécessaires pour empêcher ces incidents.

Il n'était pas 17 heures. Non. Il était 12h38, le lundi 28 avril de cette année, lorsque les feux de circulation se sont éteints, les écrans se sont éteints, le métro et les trains se sont arrêtés, de nombreuses personnes se sont retrouvées coincées dans les ascenseurs et les téléphones portables ont été mis en veille obligatoire pendant plusieurs heures. La panne d'électricité généralisée en Espagne, au Portugal et dans le sud de la France a été surnommée la Grande Panne d'électricité, et elle s'est produite parce que le réseau électrique de la région a été (de manière inquiétante) déconnecté du réseau européen.

Que s'est-il passé ? se demandait-on. Et sans perdre de temps, des individus ingénieux (et malveillants) ont lancé une théorie du complot : une cyberattaque russe. Ceux qui ont lancé cette hypothèse regardent sûrement beaucoup de séries de science-fiction ou sont de (mauvais) disciples d’Orson Welles. On a également dit que l’Espagne connaissait un étrange phénomène atmosphérique (totalement démenti) et que des incendies dans des pays lointains touchaient la péninsule ibérique. Que des mensonges.

Après avoir demandé aux Espagnols de n’obtenir des informations que par des moyens officiels, le président espagnol a sollicité la collaboration des compagnies d’électricité privées pour déterminer les causes de l’incident. Effectivement, ils ont dû se tourner vers le secteur privé, car le réseau électrique espagnol est aux mains d’un groupe d’entreprises privées (la privatisation du système a commencé en 1988, et nombre des politiciens qui ont œuvré à la mise en place du transfert du secteur public au secteur privé ont ensuite occupé des postes dans les entreprises qui ont repris ce secteur phénoménal).

Les grandes entreprises, explique Antonio Turiel, docteur en physique, se concentrent uniquement sur leur rentabilité, ce qui explique leur manque d'investissement dans les changements nécessaires, tels que les systèmes de stabilisation pour intégrer les énergies renouvelables au système général. Par ailleurs, il est important de savoir que le commerce en ligne et les transactions en monnaie numérique consomment une quantité excessive d'énergie (et d'eau), ce qui pourrait entraîner des coupures de courant de ce type dans le monde entier à l'avenir.

La panne majeure a touché l'ensemble du pays ibérique pendant une vingtaine d'heures, mais on estime que 2 500 000 habitants ont des difficultés à payer leurs factures d'électricité tout au long de l'année ; il y a aussi le cas de Cañada Real, une ville située à 10 kilomètres de Madrid, privée d'électricité depuis 2020, lorsque Naturgy (cela vous rappelle quelque chose ?). Ses habitants ont contacté toutes les organisations compétentes, et le Comité européen des droits sociaux a exhorté le gouvernement espagnol à rétablir le courant dans cette communauté, invoquant notamment la violation des droits des enfants, des personnes handicapées et des personnes âgées.

Comme vous pouvez le constater, les problèmes énergétiques touchent le peuple espagnol, qui a laissé des dirigeants sans scrupules confier à des intérêts privés un domaine aussi important que le système énergétique du pays.

S'il subsiste encore des naïfs, il faut bien faire comprendre que l'électricité est un atout stratégique pour l'économie et la souveraineté nationale de tout pays et, pour que chacun comprenne, pour que la vie continue dignement dans la maison de Doña Rosa.

Par Mónica Carinchi

https://actualidadtigresanfernando.com/noticias/suplemento-flor-de-ceibo/el-gran-apagon/

(extrait)  : 

Toujours controversé et incisif, Antonio Turiel, chercheur au CSIC, soulignait il y a quelques semaines que « ce modèle de transition est une énorme bulle spéculative, une sorte de bulle immobilière 2.0 », un phénomène qui n'est pas nouveau, mais qui est connu depuis de nombreuses années. Dans cette même interview, il soulignait également que la panne du 28 avril devrait nous alerter sur l'échec du modèle de transition actuel et sur les conséquences d'avoir laissé libre cours à « un excès de systèmes de production d'énergie renouvelable instables, installés de manière anarchique ».

Sa voix est experte, mais elle ne parvient pas à vaincre la surdité des détenteurs du pouvoir.

Et ainsi, la simulation de transition se poursuit, s'amplifiant. Peu se soucient de savoir si la production de modules solaires en Chine ou l'extraction de cuivre du réseau électrique chilien s'appelle décarbonation. Comme si les émissions de gaz ralentissaient aux limites atmosphériques. Le modèle de transition actuel est indissociable d'une simple augmentation d'énergie électrique (même « renouvelable »), sans tenir compte du fait que la consommation d'électricité reste stable et minimale au sein de la consommation totale d'énergie.

Et pire encore, ignorer que l'Espagne dispose déjà de 130 GW de capacité installée, alors que la consommation moyenne est d'environ 26,5 GW. Ce n'est pas un progrès ; la bulle spéculative gonfle.

La bulle spéculative grossit au rythme des revendications de l'association patronale du secteur de l'électricité et de l'association des centres de données. La première exige la construction d'infrastructures de réseau pour ajouter 60 GW de capacité en attente de raccordement. La seconde ne dit rien du fait qu'outre l'énergie, elle nécessitera de l'eau en quantité suffisante pour générer de nouveaux conflits. Cela paraît surréaliste. Et pendant ce temps, dans certaines zones du système électrique, plus de 30 % de la production renouvelable est « gaspillée » (par des réductions).

Mais freiner est irresponsable ou négationniste, et nous devons poursuivre les installations.

Selon ceux qui s'offusquent du rejet du décret anti-black-out, nous devons aller de l'avant, quel que soit le sacrifice territorial (qui, s'il n'est pas mentionné, semble inexistant). Et peu importe qu'il y ait plus de 300 000 hectares disponibles pour des installations d'énergies renouvelables qui couvriraient toute la demande sans affecter une seule parcelle ni arracher un seul olivier.

L'important est que les compagnies d'électricité réduisent leurs coûts (ou, veulent-ils dire, les externalisent en toute impunité). Elles n'ont pas installé les systèmes de stabilisation qui auraient pu éviter la panne ; tant pis pour les économies. Mais on n'en parle pas.

S'il y a un excédent d'électricité, on ajoute du stockage. Et c'est comme ça qu'on peut passer d'une bulle à l'autre. Quoi de plus écologique que, face à une offre excédentaire, d'augmenter la demande ? Et pour accélérer les choses, les lois sont lentes, mais les décrets, lorsqu'ils ne sont pas abrogés, sont très utiles pour exempter d'évaluation environnementale tout projet de batteries situé à proximité d'installations éoliennes ou photovoltaïques.

Et si nécessaire, ils sont expropriés, bien sûr. Nous reparlerons des risques d'incendie un autre jour.

Pour la énième fois, nombre de leurs seigneuries, les entreprises énergétiques IBEX-35, l'association patronale des énergies renouvelables et, étonnamment, les écologistes bien intentionnés, ont été pris en défaut. Il est amer de constater que les revendications de dizaines de communautés énergétiques regroupées au sein de l'Alliance pour l'autoconsommation ont été instrumentalisées pour tenter de donner un sens social à un décret qui visait principalement à sauver le secteur macro-renouvelable et le modèle industriel d'électricité renouvelable en faillite.

Si le soutien à l'autoconsommation domestique et collective était réel, ne vaudrait-il pas mieux proposer une législation spécifique plutôt que de recourir à l'extorsion ?

Est-il si difficile de distinguer une transition d'une bulle ? L'aveuglement est profond et imprègne la plupart des institutions. Et pour couronner le tout, seules les voix de ceux qui sont incapables de reconnaître que, comme l'a déclaré le professeur Federico Aguilera Klink, les mégaprojets « verts » « détournent la démocratie, pillent les ressources publiques et aggravent la crise actuelle de civilisation ».

Rien n'aggrave davantage les problèmes que l'accélération des solutions simulées.

Nous savons (car ils l'ont annoncé avec colère et au milieu des insultes) qu'ils réessaieront après l'été. Ils tiennent pour acquis qu'il n'est pas nécessaire de compter la participation de ceux qui défendent le territoire contre le sacrifice, la spéculation et le greenwashing. Il est possible qu'ils échangent des cartes contre des promesses de soutien. Ce qu'ils ne voient pas encore, c'est que de nombreux autres regards les observent.

Et l'abrogation de ce décret a permis de révéler le pot où couvent les mensonges sur une « transition énergétique » de moins en moins verte, moins juste et moins durable.

Sandra Bettina Ferrante

https://www.elsaltodiario.com/granada/tumbar-un-decreto-destapar-una-olla

Espagne : Les députés rejettent le plan anti-pannes électriques du gouvernement Sánchez...

Le Congrès des députés a rejeté mardi le plan d’urgence du gouvernement Sánchez visant à éviter une nouvelle panne électrique massive comme celle du 28 avril

Coup de tonnerre à Madrid ! Les députés espagnols ont rejeté mardi le plan d’urgence du gouvernement de Pedro Sánchez destiné à éviter une nouvelle méga-panne électrique comme celle qui avait plongé la péninsule ibérique dans le noir le 28 avril dernier. Un revers politique majeur pour l’exécutif de gauche, pris entre l’opposition farouche du Parti populaire (PP) et le rejet des partis des extrêmes.

Adopté en Conseil des ministres le 24 juin, le décret-loi entendait renforcer la résilience du réseau électrique national face aux défaillances systémiques révélées par la panne d’avril, qui avait laissé l’Espagne (et une partie du Portugal) sans électricité pendant près de dix heures. Mais ce texte n’a recueilli que 165 voix favorables contre 183 votes défavorables au Congrès des députés. Le gouvernement a donc été battu, faute de majorité, notamment à cause du PP qui a choisi de voter contre alors qu’une abstention aurait suffi à sauver le plan.

Un échec total pour l’exécutif

Depuis Montevideo, où il est en déplacement, Pedro Sánchez avait anticipé l’échec et promis de revenir à la charge : « Je vous prédis qu’il sera voté », a-t-il lancé à la presse quelques heures avant le scrutin. Pour le chef du gouvernement, l’enjeu était double : protéger le pays contre un nouveau chaos énergétique et prouver sa capacité à gouverner malgré un parlement fragmenté.

Le texte rejeté prévoyait plusieurs mesures techniques : renforcement de la supervision du réseau, amélioration des capacités de contrôle de la tension, amortissement des oscillations électriques, incitations au stockage de l’électricité (notamment via des batteries) et assouplissement des délais pour le développement de projets éoliens et photovoltaïques. « Il s’agissait de rendre notre système électrique plus robuste et efficace », avait justifié la ministre de la Transition écologique, Sara Aagesen.

« Un pansement sur une plaie mal soignée »

Mais pour l’opposition de droite, ce plan n’était qu’un pansement sur une plaie mal soignée. « Nous n’approuvons pas la politique énergétique de ce gouvernement, ni ce soi-disant plan anti-pannes qui vise surtout à masquer ses erreurs », a accusé le député du PP Guillermo Mariscal. Malgré des pressions intenses des grandes compagnies d’électricité, le PP a refusé d’offrir une victoire à Pedro Sánchez, avec qui il entretient des relations particulièrement tendues.

Le rapport officiel publié le 17 juin par le gouvernement a confirmé que la panne du 28 avril avait été causée par des « surtensions » ayant déclenché une « réaction en chaîne ». Il pointait également des erreurs de gestion du gestionnaire du réseau électrique ainsi que de certaines entreprises du secteur. Pedro Sánchez devra désormais revoir sa copie pour convaincre une majorité d’élus d’adopter ce texte stratégique, qui engage non seulement l’avenir énergétique de l’Espagne mais aussi la crédibilité de son gouvernement.

20 Minutes avec AFP

https://www.20minutes.fr/monde/4164872-20250722-espagne-deputes-rejettent-plan-anti-pannes-electriques-gouvernement-sanchez

La panne d'électricité met en lumière la « honte » du système électrique....

La panne d'électricité met en lumière une réglementation obsolète et un excès de confiance dans le fonctionnement d'un système qui s'est avéré loin d'être parfait...

La panne d'électricité du 28 avril a ouvert une boîte de Pandore d'informations sur les faiblesses du système électrique, cet ensemble sophistiqué d'infrastructures et de programmes reliant la production et la consommation d'électricité. Selon les rapports du gouvernement, de Red Eléctrica et du syndicat patronal d'Iberdrola, Endesa et EDP (Aeléc), l'origine de l'incident réside dans des fluctuations de fréquence qui ont entraîné une surtension et provoqué une série d'arrêts de centrales électriques, aboutissant à l'effondrement du système.

Mais au-delà des causes (et des responsables), le blocage du réseau électrique a révélé une réglementation obsolète, un excès de confiance dans le fonctionnement du système et un certain désordre organisationnel suite au déploiement massif des énergies renouvelables ces dernières années.

Réglementation obsolète

C'est le problème récurrent dans tous les rapports : le rythme d'installation des énergies renouvelables n'a pas suivi la réglementation ad hoc. Selon Pablo Eguía, professeur associé de génie électrique à l'Université du Pays basque et chercheur principal du groupe GISEL, le déploiement massif des énergies renouvelables et la baisse de la demande, qui atteint des niveaux jamais vus depuis 20 ans, ont entraîné une hausse de la tension sur le réseau de transport. Red Eléctrica (Réseau électrique) révèle elle-même, dans plusieurs rapports datant de 2023 et 2024, que les surtensions « se sont aggravées ces dernières années » en raison des problèmes mentionnés précédemment.

Or, la réglementation date de 25 ans et « n'impose une régulation de la tension que pour les centrales traditionnelles (charbon, cycle combiné ou nucléaire), dont le nombre est de plus en plus faible », ajoute Eguía.

En 2020, le gestionnaire du réseau (Red Eléctrica) a demandé à la Commission nationale des marchés et de la concurrence de mettre à jour la réglementation (procédure de contrôle de la tension 7.4) afin de permettre aux sources d'énergie renouvelables de contrôler la tension, soulignant qu'il ne disposait pas « d'outils suffisants pour empêcher les tensions sur le réseau de transport d'atteindre des valeurs très élevées ».

Cependant, ce n'est que le 12 juin que le régulateur a approuvé la mise à jour. « La question est de savoir pourquoi il la publie maintenant et non il y a quatre ans », déplore Antonio Gómez Expósito, professeur de génie électrique à l'École d'ingénierie de l'Université de Séville. La mise en œuvre de cette nouvelle réglementation ne sera pas immédiate, car les premières centrales d'énergie renouvelable ne devraient pas pouvoir commencer à contrôler la tension avant le premier trimestre de l'année prochaine au plus tôt, selon Red Eléctrica.

« La hausse des tensions est le symptôme d'une cause profonde : une réglementation partiellement obsolète, notamment en matière de contrôle de la tension, et un possible manque de ressources, l'accent étant traditionnellement mis sur le réseau de transport », explique-t-il. Entre le réseau haute tension (transport) et le réseau moyenne et basse tension (distribution) se trouve ce que Gómez Expósito appelle le sous-transport. « Le sous-transport, considéré par les régulateurs comme un niveau de distribution, était auparavant beaucoup moins pertinent pour le système, car la quasi-totalité de la production était transportée.

Aujourd'hui, il joue un rôle fondamental : la quasi-totalité des nouvelles productions renouvelables (centrales de moins de 50 mégawatts) est raccordée au sous-transport, mais ce réseau ne dispose pas de ressources suffisantes pour le contrôle de la tension », affirme l'ancien membre du conseil d'administration de Red Eléctrica de 2018 à 2021.

En outre, il existe d'autres normes techniques, telles que les codes de réseau et d'autres exigences techniques. À titre d'exemple, Gómez Expósito cite une réglementation qui stipule que les centrales électriques de plus de 50 mégawatts (MW) raccordées au réseau de transport, qu'elles contribuent ou non au contrôle de la tension, doivent fonctionner pendant 60 minutes sans se déconnecter en cas de surtension.

En revanche, les personnes raccordées au réseau de distribution ne doivent endurer qu'une seconde. « C'est une énorme différence entre une seconde et une heure. Cette réglementation, à mon avis, est également obsolète et manque de justification technique rationnelle », déclare Gómez Expósito.

Excès de confiance

La panne révèle également un excès de confiance dans le fonctionnement du système. Le rapport gouvernemental conclut que Red Eléctrica a fonctionné avec un horaire inférieur à la normale et, parallèlement, affirme que les neuf centrales électriques conventionnelles censées contrôler la tension ce jour-là ne l'ont pas fait à 100 %. « Si vous donnez un ordre et qu'il n'est pas suivi, il faut comprendre pourquoi. Je ne pense pas que quiconque ait agi de mauvaise foi. Mais il est clair qu'il y avait un excès de confiance dans le fonctionnement du système », déclare Antonio Turiel.

Les entreprises affirment avoir respecté les consignes de l'opérateur du réseau dans les délais impartis et avoir agi comme prévu. Or, en réalité, aucun contrôle n'est effectué pour exclure la possibilité d'inefficacités à d'autres occasions. De plus, dans l'exploitation du réseau électrique, il est courant de recourir à des récompenses et des sanctions, car il est entendu qu'une conformité totale est difficile et que l'objectif est d'atteindre la conformité autant que possible.

Cependant, dans le cas du contrôle de la tension, bien qu'il existe une récompense (les centrales le facturent), aucune sanction n'a été appliquée jusqu'à présent en cas de non-respect de ce service. La nouvelle procédure de contrôle de la tension approuvée par la CNMC prévoit des sanctions pour les centrales qui ne s'y conforment pas.

Par ailleurs, l'une des principales mesures approuvées par l'exécutif pour éviter une nouvelle panne a été d'ordonner à la CNMC d'établir un rapport trimestriel sur le respect des obligations de contrôle de la tension par tous les opérateurs d'électricité. La troisième vice-présidente et ministre de la Transition écologique et du Défi démographique, Sara Aagesen, a déclaré dans une interview à EL PERIÓDICO que la principale leçon à tirer de cet incident est la nécessité de mieux superviser les entreprises impliquées dans le système électrique.

Enchevêtrement des énergies renouvelables

Par ailleurs, la panne a également mis en lumière le chaos organisationnel résultant de l'installation de centrales éoliennes et photovoltaïques. « Le déploiement de la production d'énergie renouvelable en Espagne au cours des 25 dernières années a favorisé l'émergence de structures d'évacuation complexes » qui, « dans la plupart des cas », sont connectées « à un point unique », indique le rapport gouvernemental.

Ainsi, des réseaux privés ont été développés « en forme de sapin de Noël, auquel sont parfois accrochées plusieurs dizaines de centrales appartenant à différents propriétaires ». Chacune de ces centrales peut être affectée à son propre centre de contrôle, mais la partie commune peut être gérée par plusieurs producteurs, « par une entité sans personnalité juridique (AIE), voire par un tiers ». De plus, le propriétaire de l'infrastructure commune « sous-traite souvent les services d'exploitation et de maintenance des actifs à un tiers ».

Ce manque de contrôle a souvent conduit Red Eléctrica à ne pas savoir à qui s'adresser, ce qui a compliqué la collecte d'informations. À certaines occasions, ces entreprises ont reconnu « ne pas avoir la capacité de collecter » les données demandées, « nécessitant le recours à des tiers pour ces tâches et des délais de réponse longs », indique le rapport. De fait, l'un des problèmes identifiés lors de l'analyse est que « les producteurs connectés en aval n'ont pas toujours la visibilité ni la capacité de gérer l'état et le fonctionnement des infrastructures d'évacuation ».

« L'intégration des énergies renouvelables a peut-être été réalisée un peu trop rapidement et sans anticipation. L'idée était de connecter et d'améliorer les choses au fur et à mesure, mais cela signifie que le problème pourrait apparaître à un moment donné », explique José Luis Sancha, professeur de modélisation et d'analyse réglementaire des systèmes énergétiques à l'Université pontificale de Comillas. Le gouvernement a d'ailleurs inclus dans le décret-loi royal « anti-black-out » l'obligation pour toutes ces centrales de signer un accord entre tous les propriétaires, incluant la « répartition des responsabilités », qui ne peut en aucun cas être une autre personne physique ou morale.

Manque de coordination

Le désordre s'étend également aux données. Le gouvernement reconnaît dans son rapport qu'« il peut y avoir de légères inexactitudes ou divergences dans l'ordre des événements ou dans l'heure précise attribuée à chacun, imputables à différentes sources de données (registres locaux, mesures à distance du propriétaire ou de l'exploitant du réseau), qui présentent également parfois des différences de configuration temporelle ».

Des sources du ministère de la Transition écologique et du Défi démographique indiquent que, lors de la soumission des informations, ils ont constaté que, tout comme une horloge de cuisine qui s'arrête et ne change pas, certaines installations étaient obsolètes depuis des mois. Ils ont donc demandé à Red Eléctrica de proposer des normes à mettre en place afin que tout le monde mesure tout de la même manière, simplifiant ainsi considérablement la réanalyse d'un événement.

Sara Ledo

Madrid
 
https://www.elcorreoweb.es/economia/2025/07/13/apagon-deja-descubierto-verguenzas-sistema-electrico-119645707.html

 

 

 

Le rapport officiel sur la panne totale du réseau électrique en Espagne a été publié....

Les premiers soupçons portaient sur le pourcentage extrême d'énergies renouvelables, supérieur à 80 %, qui aurait contribué aux causes de la panne d'électricité.

Comme on pouvait s'y attendre, le rapport tente de dissimuler cette situation en imputant la responsabilité à une mauvaise régulation de la tension et non aux énergies renouvelables.
« La panne massive d'électricité en Espagne a été causée par une surtension sur le réseau de transport et par l'incapacité des producteurs du pays à compenser en absorbant davantage de puissance réactive, selon l'enquête officielle du gouvernement. »


Cela implique que les centrales thermiques ont manqué à leur « obligation » de réguler la puissance réactive.

La régulation de la tension est désormais affectée par des composants réactifs.


Elle a dépassé les niveaux de sécurité et le réseau a commencé à s'arrêter.


Avec seulement 14 % de la production totale provenant de centrales thermiques à inertie (nucléaire, gaz et une petite centrale à charbon), la régulation par inertie rotative du système était très limitée.

« Les efforts visant à connecter un générateur thermique supplémentaire sont arrivés trop tard pour empêcher l’aggravation de l’instabilité et les surtensions répétées de provoquer l’effondrement du système. »

Notez qu'ils disposaient d'un générateur thermique supplémentaire en veille, et qu'ils ont ensuite commandé sa mise en service. Gail nous a tous informés du coût pour le réseau lorsque des centrales thermiques sont mises hors service en réserve. Ces centrales doivent être entretenues et financées même si elles ne sont pas utilisées. Tel est le prix des énergies renouvelables.

« Les enquêteurs ont recommandé une application plus stricte des obligations existantes en matière de contrôle de la tension pour les générateurs synchronisés ainsi que le déploiement de compensateurs synchronisés sur l'ensemble du réseau pour améliorer la stabilité. »

Ils rejettent ici la responsabilité des énergies renouvelables qui ne contribuent pas actuellement à la régulation de la tension. Ils affirment en réalité que les générateurs synchronisés (centrales thermiques) ont l'OBLIGATION de faire respecter la régulation de la tension.

La surtension a provoqué une instabilité, entraînant la déconnexion des générateurs, ce qui a entraîné une variation de fréquence qui a scellé le sort du réseau.


« La chute rapide de la fréquence a déclenché les six étapes de délestage de charge en sous-fréquence en moins de 1,5 seconde, déconnectant les utilisateurs dans une dernière tentative désespérée de stabiliser le réseau.

Moins d'une seconde plus tard, la fréquence a franchi la limite inférieure d'urgence de 47,5 Hz et a continué de chuter jusqu'à un peu plus de 46,1 Hz. À ce moment-là, la tension avait atteint 470 kV.

« Les générateurs solaires et éoliens peuvent également contribuer à la régulation de la tension, mais ils n'y étaient pas obligés. »


« La décision de commander une unité thermique supplémentaire pour se connecter au réseau est arrivée trop tard pour éviter l'aggravation de l'instabilité de la tension.

Mais les enquêteurs ont également noté que plusieurs générateurs thermiques déjà connectés n'ont pas réagi comme prévu à la surtension.

Soit ils ont absorbé moins de puissance réactive que nécessaire (réduisant le contrôle de la tension) ou, dans certains cas, ont réellement généré de la puissance réactive (aggravant la surtension). »

Le rapport indiquait qu'aucune production thermique supplémentaire n'aurait pu absorber les pics de tension. Mais pour corriger le problème de tension, ils ont ensuite mis en service une autre centrale thermique.

Sans blâmer les énergies renouvelables, le rapport note… « Le rapport conclut qu’un large éventail de participants au réseau « a contribué à l’augmentation de la tension »,

« Mais il faut noter que les générateurs thermiques étaient les principaux participants responsables du contrôle de la tension et qu'ils étaient trop peu nombreux et qu'ils n'étaient pas aussi efficaces que prévu.

Cela a réintroduit la question de la stabilité du réseau lorsque la part des énergies renouvelables basées sur des onduleurs dans le mix de production devient très élevée par la porte dérobée.

Sans imputer directement la responsabilité du problème de régulation de la tension aux énergies renouvelables, ils font allusion au fait que les énergies renouvelables ont moins d'obligations et de responsabilités en matière de régulation de la tension sur le réseau.


« Il n'y a aucune raison intrinsèque pour que les producteurs d'énergies renouvelables ne soient pas incités financièrement ou légalement tenus de contribuer à la régulation de la tension, pas plus qu'au contrôle de la fréquence. »

Pour couronner le tout, « le rapport recommande des sanctions financières pour les producteurs d'électricité thermique qui ne respectent pas leurs obligations de contrôle de tension existantes. »


Ils recommandent des sanctions pour les producteurs d'électricité thermique !!!!

Ce rapport est une escroquerie. Il recommande désormais des ajouts plus complexes au réseau pour réguler la tension réactive. Ainsi, les énergies renouvelables perturbant la régulation de la tension, le réseau devra désormais être plus complexe et coûteux pour intégrer des condensateurs synchronisés, des compensateurs statiques synchrones (STATCOM) et des systèmes flexibles de transport de courant alternatif (FACTS).

Enfin, dans une mise en accusation des énergies renouvelables, mais sans pouvoir le dire, « le rapport adopte une perspective largement favorable aux énergies renouvelables, absolvant les producteurs d’énergies renouvelables d’une grande partie de la responsabilité de la panne et se concentrant sur la manière de compléter la régulation de tension en baisse des générateurs thermiques.

Le rapport recommande des modifications mineures des opérations plutôt que des changements fondamentaux pour intégrer une part élevée d'énergies renouvelables dans le mix de production plutôt que de l'inverser.
https://www.zerohedge.com/markets/spains-historic-blackout-blamed-poor-voltage-control
https://www.lamoncloa.gob.es/consejodeministros/resumenes/Documents/2025/Informe-no-confidencial-Comite-de-analisis-28A.pdf

Attendez-vous à davantage de pannes de courant sur les réseaux alimentés par de nombreuses énergies renouvelables. La folie continue.

(critique du rapport commenté par un internaute sur le blog de G Tverberg)
  • réponse de Gail Tverberg :

    Nous vivons dans un monde étrange. Les « rapports scientifiques » sont rédigés selon les souhaits des politiciens. Cela dure depuis longtemps, mais le problème n'est pas encore reconnu. L'évaluation par les pairs et le désir des auteurs de progresser dans leur carrière contribuent à la publication d'absurdités sous forme de résultats scientifiques.

La Grande Panne Ibérique : un avertissement venu du cœur du système énergétique....

Dans l'article « En profondeur » de ce mois-ci, nous abordons la Grande Panne Ibérique, ses causes et ses conséquences, avec notre collègue Antonio Turiel (ICM-CSIC), l'un des plus critiques de la transition énergétique conventionnelle...

Le 28 avril 2025, la péninsule ibérique a été plongée dans le noir. Des grandes villes aux villages ruraux, des millions de personnes se sont retrouvées privées d'électricité pendant des heures. Au-delà des désagréments quotidiens – ascenseurs bloqués, feux de circulation éteints, communications interrompues –, ce qui s'est produit ce jour-là était le symptôme d'une crise énergétique plus profonde, contre laquelle le chercheur Antonio Turiel de l'Institut de Ciències del Mar (ICM-CSIC) alertait depuis des années. Sa conférence, intitulée « Causes et conséquences énergétiques et environnementales de la Grande Panne Ibérique », donnée peu après l'événement, a servi non seulement de diagnostic technique, mais aussi d'appel urgent à repenser le modèle énergétique actuel.

Turiel, physicien, mathématicien et l'une des voix les plus critiques de la transition énergétique conventionnelle, a décrit ce qu'il considérait comme une véritable catastrophe : un réseau électrique submergé par la croissance brutale de la production photovoltaïque, des infrastructures obsolètes et une gestion politique et industrielle privilégiant les profits à court terme à la stabilité à long terme.

Selon le chercheur, la cause de la panne n'était pas tant le manque de production que le manque de coordination. Ces dernières années, l'Espagne a connu un boom des installations solaires, tant domestiques qu'industrielles. Cette croissance, saluée par les gouvernements et les marchés comme une victoire écologique, a eu un revers plus sombre : nombre de ces centrales sont dépourvues de stabilisateurs de réseau, dispositifs essentiels au maintien de l'équilibre entre l'offre et la demande d'électricité et d'autres caractéristiques du signal électrique, telles que la tension et la fréquence. Sans eux, la production photovoltaïque devient une source inflexible, incapable de répondre aux problèmes qui surviennent parfois sur le réseau et, par conséquent, en cas d'incidents majeurs, elle ne peut y faire face.

« Le système électrique est conçu pour fonctionner comme un orchestre bien accordé, où chaque instrument intervient au bon moment. Mais nous assistons aujourd'hui à une cacophonie de violons désaccordés », a expliqué Turiel dans son discours. Lorsque, dans l'après-midi du 28 avril, une forte production solaire a coïncidé avec une faible demande et une faible capacité d'ajustement, il en a résulté un effondrement technique en cascade.

Selon le chercheur, si les compagnies d'électricité avaient investi dans les systèmes de stabilisation nécessaires et n'avaient pas exercé de pression pour assouplir la réglementation à cet égard, la panne n'aurait pas eu lieu. De même, le chercheur a souligné qu'en 2022, le gouvernement a approuvé une réglementation pour les raccordements au réseau haute tension qui exige effectivement l'intégration de ces dispositifs, mais qui ne s'applique pas à tout ce qui a été installé avant cette date.

Au-delà de la question technique, Turiel a replacé la panne dans un contexte beaucoup plus large : celui des limites physiques et écologiques du système énergétique actuel. Selon lui, la transition énergétique telle qu'elle est actuellement mise en œuvre – remplacer les combustibles fossiles par des énergies renouvelables sans réduire significativement la consommation – n'est pas durable.

« Nous nous trompons si nous pensons pouvoir survivre de la même manière, simplement en changeant de source d'énergie », a-t-il déclaré. Selon lui, le risque d'effondrement n'est pas seulement électrique, mais civilisationnel.

Ce diagnostic est cohérent avec ses analyses précédentes, où il insistait sur le fait que l'accès à une énergie bon marché et abondante était une anomalie historique plutôt qu'une norme. Sur une planète finie, avec des matériaux limités et une biosphère au bord de l'effondrement, l'idée d'une croissance perpétuelle tirée par les technologies propres semble aussi dangereuse qu'illusoire.

Pour Turiel, la grande panne d'électricité n'est pas une exception, mais un avertissement. Un signe avant-coureur de ce qui pourrait arriver si la transition énergétique n'est pas réorientée vers un modèle de consommation plus rationnel, décentralisé et, surtout, souverain. C'est pourquoi l'expert prône une évolution vers un système où la demande s'ajuste à l'offre et non l'inverse, ce qui impliquerait un changement profond de nos modes de vie : moins de mobilité, moins de consommation, moins de dépendance technologique.

Bien sûr, cette proposition n'est ni facile à digérer ni à mettre en œuvre. Elle implique de rompre avec des décennies de politiques axées sur la croissance, avec des intérêts économiques plus importants et avec une population réticente à renoncer à son confort. Mais le chercheur insiste : « Il ne s'agit pas de choisir entre le changement et la continuité, mais entre un changement planifié et un effondrement forcé.»

Dans ce sens, il a également fait appel au rôle de l'État :

« Un système électrique résilient ne peut être laissé à la logique du marché.» Sur ce point, Turiel affirme que l'intervention publique est nécessaire pour garantir les investissements dans les infrastructures essentielles, promouvoir un accès équitable à l'énergie et sensibiliser la population à la nécessité d'une transformation profonde.

Les conséquences de la panne ont été multiples et sont encore en cours d'évaluation : pertes économiques, interruptions des services essentiels, paralysie des transports et, surtout, un sentiment généralisé de vulnérabilité. Mais s'il y a une chose qui est ressortie clairement cette nuit-là, c'est que la sécurité énergétique ne peut être tenue pour acquise. Et que derrière chaque prise, chaque ampoule et chaque appareil se cache un réseau complexe dont la stabilité dépend de décisions techniques, politiques et sociales qui ne peuvent plus être différées.

Selon Turiel, « ce qui s'est produit n'est pas une défaillance isolée, mais le signe que nous jouons avec le feu. Et plus nous tardons à réagir, plus le risque est grand que ce feu nous consume.»

La conférence s'est terminée sur une note optimiste, quoique réaliste : « Il existe une voie à suivre, mais elle requiert une volonté politique, une prise de conscience publique et une transformation profonde de notre mode de vie. » Il a averti qu'il ne s'agissait pas de retourner aux grottes, comme certains le caricaturent, mais de trouver un nouvel équilibre entre technologie, écologie et justice – un équilibre dans lequel la lumière ne dépend pas seulement de ce qui se passe dans les panneaux solaires, mais de ce qui se passe dans notre conscience.

 

https://www.icm.csic.es/en/news/great-iberian-blackout-warning-heart-energy-system

Panne d'électricité en Espagne et coûts des énergies renouvelables...

La panne d'électricité qui a touché la péninsule ibérique et le sud de la France lundi 28 avril a suscité de vifs débats entre opposants et partisans des énergies renouvelables. Les opposants accusent les éoliennes et, principalement, les centrales solaires d'être à l'origine de la panne, tandis que les partisans des énergies renouvelables accusent les centrales nucléaires d'être à l'origine du problème, affirmant que l'énergie éolienne et solaire a réellement contribué à relancer le réseau électrique. Ce débat passe cependant à côté de la cause fondamentale des problèmes énergétiques de l'Europe. Ryan McMaken a déjà souligné certains des problèmes sous-jacents, et d'autres pourront certainement donner une meilleure description technique de la production d'électricité moderne. Je me contenterai ici d'exposer les raisons économiques fondamentales du dysfonctionnement du marché de l'électricité et des réseaux électriques européens.

La nature des marchés de l'électricité

L'électricité est une marchandise et s'achète et se vend sur le marché libre comme toute autre marchandise. Sa particularité réside dans le fait qu'elle doit être vendue dès sa production. Il n'existe ni stock ni demande de réservation. L'offre d'électricité sur le marché est produite instantanément ; il est donc nécessaire que l'offre et la demande soient égales, mais aussi que la production réelle soient égales à la demande, afin de maintenir le réseau électrique. Le fonctionnement d'un réseau électrique consiste à équilibrer en permanence l'offre et la demande sur le réseau, dans des limites très étroites. C'est ce qui s'est produit en Espagne, lorsque la fréquence du réseau est soudainement passée sous le seuil minimum.

L'opérateur d'un réseau recherchera naturellement des sources d'énergie sûres et prévisibles pour garantir un approvisionnement constant (la demande étant globalement prévisible tout au long de la journée) et disposer de sources d'électricité marginales pouvant être rapidement activées et désactivées pour faire face aux variations imprévues de la demande ou à tout autre changement imprévu. De plus, il est souhaitable de disposer de sources d'énergie clés pour stabiliser ou « synchroniser » le réseau.

Les centrales nucléaires et à charbon sont généralement considérées comme des sources fiables qui servent également à synchroniser le réseau, car elles disposent d'une inertie intégrée qui compense automatiquement toute variation soudaine de fréquence. Les énergies renouvelables pourraient, en théorie, également servir à synchroniser le réseau, mais elles ne jouent pas ce rôle sur le marché européen de l'énergie. 

Les grandes centrales nucléaires et à charbon ne peuvent généralement pas augmenter ou diminuer leur production rapidement, de sorte qu'il n'existe pas beaucoup de capacité de secours immédiate. Les centrales à gaz, en revanche, le peuvent, tout comme les énergies renouvelables. Ces sources pourraient donc servir de capacité de secours en cas de variations importantes et imprévues de la demande ou de pénurie d'approvisionnement provenant d'autres sources.

Il est à noter que la question de la maintenance du réseau est distincte de celle de la quantité d'électricité produite. L'important est que la production corresponde à la demande et que des mécanismes soient en place pour compenser les variations imprévues.

L'énergie verte sur les marchés européens de l'électricité

L'un des principaux problèmes des énergies renouvelables est leur imprévisibilité fondamentale. Elles produisent de l'électricité au gré du vent, mais constituent actuellement la principale source d'électricité dans de nombreux pays européens. En Espagne, on s'est réjoui que, le 16 avril, les énergies renouvelables aient couvert plus de 100 % de la demande intérieure. Comment est-ce possible ? Techniquement, la synchronisation est toujours assurée par les énergies non renouvelables, et la forte proportion d'énergies renouvelables dans la production totale n'y change rien.

Il est néanmoins curieux de voir comment des sources d'électricité apparemment marginales en sont venues à dominer, non seulement en Espagne, mais dans toute l'Europe.

Si l'on interroge l'Union européenne, elle donne l'impression que la production d'électricité dans l'Union relève du libre marché, les bureaucrates bruxellois se contentant d'établir les règles générales qui permettent à ce marché de fonctionner.

Malheureusement, malgré la propagande, la réalité est tout autre. S'il existe un marché européen de l'électricité, il n'a que très peu à voir avec ce que l'on considère habituellement comme des échanges de marché libre. Les acteurs du marché de l'électricité doivent suivre un mécanisme dit de « mérite » ou de « paiement à la livraison ». 

Les fournisseurs soumettent leurs offres en fonction de leurs coûts de production, et les demandeurs doivent d'abord acheter auprès des sources les moins chères, jusqu'à ce que la demande soit entièrement satisfaite. Tous les fournisseurs perçoivent ensuite le prix marginal.

Si cela ressemble au fonctionnement de la formation des prix sur le marché libre, il n'en est rien. Les demandeurs sont contraints d'accepter les offres des fournisseurs les moins chers. Les énergies renouvelables sont les moins chères, car, au sens strict, leurs coûts de production sont nuls ; on n'a pas besoin de combustible pour une éolienne. 

Par conséquent, les bureaucrates ont mis en place un système qui génère des gains exceptionnels pour les investisseurs dans les énergies renouvelables. Il n'est donc pas surprenant que la capacité renouvelable ait connu une telle expansion en Europe, car tout prix positif (ou tout prix couvrant les coûts d'investissement et de maintenance) sera rentable pour les investisseurs du secteur.

Le côté obscur des énergies renouvelables 

L'électricité produite par les énergies renouvelables étant gratuite, on pourrait arguer que l'opérateur, agissant dans l'intérêt du consommateur final, choisirait d'en acheter autant que possible. Peu importe donc qu'il y soit techniquement contraint. Cependant, l'opérateur souhaite non seulement exploiter l'électricité au plus bas coût, mais aussi entretenir son réseau au meilleur coût et avec la plus grande efficacité possible, tout en le rendant aussi résilient que possible.

Malheureusement, les énergies renouvelables sont incompatibles avec ces objectifs.

Le manque de résilience est le problème le plus pertinent dans le cas espagnol. En cas de crise, lorsque l'inertie des centrales principales ne suffit pas à stabiliser le réseau, une source alternative capable d'augmenter immédiatement sa production est nécessaire. Cela doit se faire en quelques secondes. Il n'y a aucun problème technique à ce que les énergies renouvelables remplissent ce rôle ; elles pourraient même s'y prêter parfaitement, car leur production peut être rapidement augmentée si elles fonctionnent en dessous de l'apport énergétique disponible.

Cependant, le marché européen de l'électricité est structuré de telle manière qu'il est peu probable qu'il y ait de capacité disponible pour les éoliennes et les centrales solaires. L'opérateur étant contraint de recourir aux énergies renouvelables et les fournisseurs profitant de pratiquement tout prix positif, ces dernières fonctionneront presque toujours à pleine capacité. En cas de crise, elles ne sont donc tout simplement pas disponibles comme solution de secours, et comme les centrales à charbon et nucléaires ne peuvent pas augmenter leur production suffisamment rapidement, il ne reste pratiquement que le gaz.

Le gaz est cependant l'une des sources de production d'électricité les plus coûteuses, notamment depuis la « guerre d'agression russe contre l'Ukraine », comme l'appellent à la manière des mantras les bureaucrates et les politiciens de l'UE. Qu'advient-il de la production de gaz lorsque, pendant une période prévisible, les énergies renouvelables dominent le marché, comme ce fut le cas en Espagne jusqu'à la panne d'électricité ?

L'expert espagnol en énergie Antonio Turiel, peu favorable aux marchés libres, l'explique bien : les énergies renouvelables ayant fait baisser le prix de l'électricité, les centrales à gaz espagnoles ont cessé de fournir de l'électricité et, anticipant une prolongation de cette situation, elles ont fermé leurs centrales. 

Ainsi, lorsqu'une catastrophe a frappé et qu'une importante source d'approvisionnement a été soudainement retirée du marché, il n'y avait pratiquement plus de source de secours disponible. Diverses sources industrielles ont également déclaré à Reuters que le manque de sources d'énergie stables et synchrones était un problème majeur. 

Une fois l'effort initial de stabilisation des sources de synchronisation épuisé, une panne de courant est devenue inévitable. Contrairement à ce qu'affirme Señor Turiel, le problème ne venait pas de la cupidité des gestionnaires de centrales à gaz, qui ont supprimé la source de secours ; si quelqu'un est à blâmer pour cette cupidité antisociale, ce sont les propriétaires d'énergies renouvelables qui sont les premiers visés.

Conclusion

Le marché européen de l'énergie n'est pas vraiment un phénomène de socialisation. Il s'agit plutôt d'une sorte de marché, mais d'un marché formé par une multitude d'interventions. L'une des interventions clés expliquant l'intégration des réseaux à l'échelle du continent et la croissance massive du recours aux énergies renouvelables est le système de tarification. 

L'UE contraint les opérateurs à accepter toute l'énergie renouvelable qui leur est fournie, arguant qu'il s'agit de la source la moins coûteuse disponible. Le Premier ministre espagnol Sanchez a rejeté les allégations selon lesquelles l'absence d'énergie nucléaire serait responsable de la panne. 

C'est en partie vrai : la faute en incombe aux politiciens et aux bureaucrates de Bruxelles et de Madrid, et à leur obsession idéologique d'imposer les énergies renouvelables à l'Europe.

L'intervention rend l'électricité non seulement très chère en Europe (un point que je n'ai pas vraiment développé dans cet article), mais elle fragilise également les réseaux électriques européens.

Ce qui s'est passé en Espagne est peut-être un cas extrême, mais il n'y a aucune raison de ne pas s'attendre à de nombreux autres cas similaires à l'avenir, tant que les énergies renouvelables seront imposées au système de cette manière.

Mises Wire Kristoffer Mousten Hansen

https://mises.org/mises-wire/spanish-blackout-and-costs-renewable-energy

 

Espagne: Une panne a perturbé la téléphonie, les appels d'urgence impactés...

Des travaux d’actualisation du réseau ont touché des services de communication fixes dans certaines entreprises espagnoles, ce mardi. Les secours ont été impactés...

Une panne de l’opérateur de télécommunications espagnol Telefonica a perturbé, mardi, certaines communications téléphoniques et connexions internet pendant plusieurs heures, entraînant notamment des difficultés pour joindre les secours d’urgence dans plusieurs régions du pays.

Des «travaux d’actualisation du réseau ont touché des services de communication fixes (téléphones fixes et internet) dans certaines entreprises», a indiqué à l’AFP Telefonica, qui a assuré «travailler à résoudre le problème».

Les secours d’urgence, joignables au numéro 112 et impactés par cette panne dans plusieurs régions espagnoles, «sont déjà rétablis», a précisé l’entreprise en fin de matinée.

«Le numéro 112 ne fonctionne pas»

Interrogé sur l’heure précise du début de la panne et sur les régions affectées, le groupe n’a pas souhaité répondre, mais vers 9h, plusieurs services de secours d’urgence ont publié des messages d’alerte sur X pour avertir les usagers qu’ils n’étaient pas joignables à leur numéro habituel.

«Incident général sur le réseau digital de Telefonica. Le numéro de téléphone 112 ne fonctionne pas. En cas d’urgence, appelez aux numéros suivants», ont ainsi averti les secours d’urgence de l’Aragon, en indiquant des téléphones portables.

Les secours d’urgence d’Estrémadure, de Galice ou de la région de Valence ont, eux aussi, posté des messages similaires plus ou moins à la même heure.

Trois semaines après la méga-panne

L’Espagne a conu le 28 avril une méga-panne de son réseau électrique, qui a privé de courant durant de longues heures le pays ainsi que le Portugal. Les raisons précises de cet effondrement du système électrique de la péninsule n’ont pas encore été déterminées par les autorités.

https://www.20min.ch/fr/story/espagne-une-panne-a-perturbe-la-telephonie-les-appels-d-urgence-impactes-103348506

À propos de la « Grande Panne » : Ce que nous savons déjà....

Les semaines passent et les interrogations persistent quant aux causes de la grande panne qui a privé l'Espagne d'électricité le lundi 28 avril. Mais certaines certitudes commencent à émerger, ou du moins des soupçons fondés, quant au rôle de la cupidité et de la concentration monopolistique dans cet événement.

Deux semaines après la « Grande Panne », des interrogations persistent, mais nous disposons désormais de certaines certitudes qui nous permettent de commencer à identifier les responsables et de mettre en place des mesures pour éviter que cela ne se reproduise.

Il est prouvé que la principale vulnérabilité, dans un secteur aussi fondamental que l'énergie, ne réside pas dans la possibilité d'une cyberattaque, mais dans la domination exercée par les grands monopoles électriques et dans le fait que la clé de l'énergie en Espagne est aux mains de l'étranger.

Les faits

Bien que l'alimentation ait été rapidement rétablie, nous avons souffert pendant des heures sans électricité ni communication en raison des interruptions des téléphones portables et d'internet.

Il faudra du temps pour connaître les causes exactes de la panne. Plusieurs enquêtes sont en cours en Espagne, au Portugal et au sein de l'UE. Il faudra les remonter à travers un raz-de-marée de 750 millions de points de données.

Mais la source a déjà été localisée. L'ensemble du réseau électrique espagnol et portugais est interconnecté. Sa stabilité repose sur une adéquation constante entre la production et la demande d'électricité.

Le lundi 28 octobre, plusieurs événements ont perturbé l'ensemble du système. Environ 19 secondes avant la panne, une panne de courant a été enregistrée en Andalousie. Presque immédiatement, pendant cinq secondes fatidiques, deux incidents en Estrémadure ont paralysé d'autres installations énergétiques.

Ce décalage (dû à l'inadéquation entre la production et la demande) a été l'étincelle qui a déclenché l'incendie. Un raz-de-marée qui a provoqué l'évaporation de 60 % de l'énergie, aboutissant à une situation de « zéro énergie ».

Monopoles électriques... 

Certains ont pointé du doigt les énergies renouvelables comme responsables de la panne. Ce sont des sources instables, nous disent-ils, qui nécessitent l'apport d'énergies « plus stables », comme le nucléaire. C'est faux.

Derrière la « grande panne » se cache une domination monopolistique sur l'énergie. Quatre géants (Iberdrola, Endesa, Naturgy et Repsol) contrôlent 84 % de l'approvisionnement en électricité.

L'électricité est un secteur d'activité gigantesque et un levier de pouvoir. Ce n'est pas un bien de base, mais un bien indispensable. La production, et notre vie quotidienne, dépendent de l'électricité. Nous ne pouvons pas nous passer de ce service. Son contrôle est une source gigantesque de profits : 11 milliards de bénéfices nets en 2024 pour les quatre grandes compagnies d'électricité.

Derrière la panne se cache la domination des compagnies d'électricité et des capitaux étrangers sur l'énergie.

C'est pourquoi, depuis le début du XXe siècle, l'électricité est l'un des secteurs où l'oligarchie espagnole s'est concentrée.

Ce contrôle monopolistique de l'électricité explique la « grande panne ». Plusieurs experts la dénoncent.

Fernando Valladares, scientifique au CSIC, révèle que « les compagnies d'électricité ne sont pas disposées à assumer le coût de la sécurisation des énergies renouvelables (…). Les entreprises du secteur recherchent le profit, et la société la sécurité, mais cette sécurité a un coût que les entreprises refusent de payer.»

Antonio Turiel, autre expert du CSIC, dénonce la propagation de la panne due à « l'irresponsabilité criminelle des grandes entreprises ».

Par quels mécanismes les monopoles de l'électricité ont-ils agi ?

1) Les énergies renouvelables sont intermittentes, car elles dépendent du soleil ou du vent. Mais il existe des mécanismes pour les stabiliser, de l'installation de batteries aux systèmes de stockage d'énergie.

Le problème est qu'elles coûtent cher. Et les compagnies d'électricité, qui ont pris le contrôle des énergies renouvelables, ont refusé de déduire de leurs bénéfices les fonds nécessaires à l'investissement dans la sécurité.

2) Il existe un deuxième mécanisme pour prévenir les pannes : maintenir les centrales à gaz en mode « arrêt à chaud », afin de pouvoir rapidement alimenter le réseau et compenser la baisse des énergies renouvelables. Mais cela n’a pas eu lieu… car cela coûte aussi de l’argent, et les compagnies d’électricité ne veulent pas le supporter. Au moment de la panne, le coût de l’électricité était nul ou négatif. Il n’était pas rentable pour les compagnies d’électricité de maintenir en activité les centrales à gaz ou nucléaires. Et elles ne l’ont pas fait.

Pour éviter les pannes, il faut limiter la puissance des compagnies d’électricité. 

Dans un système énergétique doté de mécanismes de contrôle public, ces déséquilibres peuvent être corrigés. En obligeant les compagnies d’électricité à investir dans la sécurité ou à maintenir les centrales à gaz en mode « arrêt à chaud ». C’est le cas dans de nombreux pays européens, et dans d’autres comme le Mexique. Mais pas en Espagne, où les grandes compagnies d’électricité font ce qu’elles veulent sans limites.

... Il y a vingt ans, les capitaux étrangers contrôlaient 15 % du secteur électrique espagnol. Aujourd'hui, ce pourcentage a quadruplé, dépassant les 60 %.

En 1998, la plus grande compagnie d'électricité, Endesa, était cotée en bourse. Aujourd'hui, elle est contrôlée par Enel, un monopole public… italien. En 2008, 28 % des actions d'Iberdrola étaient détenues par des capitaux étrangers ; aujourd'hui, ils en contrôlent 70 %. Il en va de même pour Naturgy et Repsol.

Au sommet se trouvent de grands fonds nord-américains. Ils dominent également Red Eléctrica, l'opérateur prétendument public qui contrôle les réseaux électriques. L'État ne contrôle que 20 % des actions. 80 % sont entre des mains privées… avec de grands fonds de la superpuissance comme BlackRock parmi ses principaux actionnaires. Red Eléctrica, qui devrait garantir la sécurité du système, a limité ses investissements afin de distribuer davantage de dividendes à ses actionnaires, les grands fonds.

En Espagne, une « anomalie » nous a été imposée. Selon l'OCDE, 61 % de l'électricité mondiale est fournie par des entreprises publiques. Et dans onze pays de l'UE, dont la France et l'Allemagne, les principales compagnies d'électricité sont publiques. Rien de tout cela n'est le cas en Espagne. Une privatisation totale du système électrique nous a été imposée pour donner carte blanche à l'oligarchie et ouvrir les portes aux capitaux étrangers.

Les compagnies d'électricité, dominées par des fonds américains, ont privilégié les profits à la sécurité. Elles sont responsables de la « grande panne ».

https://deverdaddigital.com/sobre-el-gran-apagon-lo-que-ya-sabemos/

 

« Se préparer à la grande panne »...

Que disent-ils aux Echos ?

« Pendant des années, nous aurons plus de mal à maîtriser les systèmes électriques. Il faut donc imaginer comment vivre sans électricité au moins pendant plusieurs heures, comme nous y incite la panne en Espagne. Pendant des années, voire des décennies, il risque d’être de plus en plus difficile de maîtriser des systèmes électriques où l’équilibre entre offre et demande doit être réalisé à chaque seconde. »

Et de rajouter le plus sérieusement du monde…

« Seriez-vous prêt à vivre sans électricité ? Non bien sûr, tant elle est présente à chaque moment de la journée, du radioréveil à l’aube jusqu’à la lumière avant de s’endormir. Et pourtant, il va falloir s’habituer à son absence, ou au moins à l’éventualité de son absence occasionnelle. Et donc s’y préparer. Comme l’a brutalement rappelé la gigantesque panne espagnole. »

Vers une instabilité chronique des réseaux électriques.

Dans un système avec de grosses centrales qu’elles soient nucléaires, à gaz ou au charbon, vous avez quelques points de production pilotables et prévisibles et un réseau simple.

Dans un système d’énergies renouvelables (ENR) vous avez un réseau complexe, très complexe en raison de multiples sources de production non pilotables. Chaque éolienne doit être raccordée. Avant vous aviez 100 points d’entrées dans votre réseau, 100 ou 200 sources d’alimentation. Aujourd’hui ce sont des centaines de milliers…

Equilibrer le réseau devient compliqué. Très compliqué. Et plus c’est compliqué moins cela fonctionne bien. Cette règle étant valable pour tous les systèmes. Si ma Dacia est plus fiable qu’une Ferrari, c’est parce qu’elle est nettement plus simple… logiquement, elle est plus fiable et moins coûteuse aussi bien à produire qu’à entretenir.

L’Union Européenne est partie avec sa transition énergétique dans un délire technocratique, organisationnel, normatif, qui a totalement occulté les réalités techniques, les nécessités technologiques, les contraintes physiques qu’imposent un réseau électrique fonctionnel.

Peut-être qu’un jour nous saurons techniquement faire fonctionner ce réseau électrique diffus à base d’ENR, mais pour le moment ce n’est pas le cas, et le moindre grain de sable fera sauter les plombs à nos systèmes avec toutes les conséquences très désagréable que cela pourrait occasionner.

« Ceci est un article ‘presslib’, c’est-à-dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Insolentiae.com est le site sur lequel Charles Sannat s’exprime quotidiennement et livre un décryptage impertinent et sans concession de l’actualité économique. Merci de visiter mon site. Vous pouvez vous abonner gratuitement à la lettre d’information quotidienne sur www.insolentiae.com. »

Antonio Turiel : « La panne était due à une production photovoltaïque excédentaire sans stabilisateurs. ».... Le physicien et mathématicien de León souligne que l'obligation pour les centrales photovoltaïques d'être équipées de stabilisateurs adéquats a été introduite tardivement et ne concerne que les nouvelles installations.

Le physicien et mathématicien Antonio Turiel, originaire de León et auteur d'ouvrages tels que « Petrocalipsis » et « El futuro de Europa », alerte depuis des années sur la possibilité réelle d'une panne d'électricité comme celle survenue ce lundi dans la péninsule ibérique. En 2021, une panne d'électricité à l'échelle européenne était sur le point de se produire. C'est alors que l'on a commencé à parler de « grande panne d'électricité ».

Le chercheur du CSIC était bloqué hier à Barcelone, où il travaille, et a dû être secouru par un ami venu le chercher en voiture à Figueras. Les trains, son moyen de transport habituel, ne circulaient pas et étaient toujours hors service mardi en milieu de matinée lorsqu'il a répondu au téléphone au Diario de León. En juin, il se rendra à Fabero pour un cours d'été sur les droits de l'homme, le bien commun et l'avenir d'un monde durable.

La grande panne d'électricité a frappé la péninsule ibérique le 28 avril 2025. Comment 15 gigawatts ont-ils pu être perdus en cinq secondes, comme l'avait initialement expliqué le gouvernement ?

— Deux explications sont possibles. L'une, plus improbable, serait une cyberattaque massive contre les onduleurs photovoltaïques. Mais c'est hautement improbable. La seconde, plus que probable, est que le réseau était très instable en raison d'un apport d'énergie photovoltaïque trop important. Des systèmes de stabilisation auraient dû être installés dans les centrales photovoltaïques, et la situation s'est inversée. L'énergie photovoltaïque, de par ses caractéristiques, réagit mal aux variations de la demande. Le système électrique doit anticiper ces changements, mais l'énergie photovoltaïque n'est pas flexible.

— Pour ceux d'entre nous qui ne connaissent pas la physique, et encore moins le système électrique, cela semble magique qu'un gigawatt disparaisse en 5 secondes.

Lorsqu'on ajoute 10 ou 20 % d'énergie photovoltaïque, rien ne se passe, mais lorsqu'on en ajoute 60 %, comme ce fut le cas lundi, l'instabilité est très importante. Le réseau central est tombé en panne, et les différents sous-sites ont commencé à tomber en panne. Il s'agit d'un effet en cascade très difficile à contrôler. Cela reflète la vulnérabilité de l'intégration désordonnée et non planifiée d'une multitude de systèmes renouvelables.

— À qui incombe la responsabilité d'investir dans ces systèmes de stabilisation ?

— Telle est la question. D'un côté, il y a le législateur. La loi a été adoptée en 2022, mais tardivement. Les régulateurs ont l'obligation de garantir le respect de cette réglementation et d'y investir. En réalité, Red Eléctrica Española (REE) exige de nouveaux systèmes pour répondre à des conditions plus exigeantes, mais pas les anciens.

— D'autres pays européens ont-ils mieux préparé leur terrain que l'Espagne ?

— Non, c'est une question de chance. Ils y parviendront. 

— Certaines zones subissent encore les séquelles de la panne. Combien de temps faudra-t-il pour revenir à la normale ? 

— Il faudra des jours pour s'en remettre.

— Une nouvelle panne pourrait-elle survenir aujourd'hui ?

— Cela n'arrivera pas aujourd'hui, car toutes les centrales à cycle combiné (qui utilisent une turbine à gaz et une turbine à vapeur pour produire de l'électricité) ont démarré, et cela ne serait pas arrivé hier si elles n'avaient pas été fermées.

— Vous avez souligné dans vos livres et conférences qu'il est moins coûteux de mettre en œuvre des pannes de courant basées sur le marché que de financer ces centrales en fonction du prix du gaz. Comment est-ce possible ?

— Il faudrait les forcer à fonctionner.

— Que s'est-il passé le 8 janvier 2021 ?

— Il y a eu une quasi-panne dans toute l'Europe. Le réseau électrique européen, habituellement connecté de Lisbonne à Istanbul, a été divisé en deux en raison des difficultés rencontrées dans les régions du nord-ouest et du sud-est pour maintenir la même fréquence. Le problème a pris naissance en Croatie et a provoqué une panne de courant équivalente à 200 000 foyers en Europe. L'alimentation électrique des centrales industrielles a été perturbée en France et en Italie. Comme l'a déclaré à l'époque Stefan Zach, directeur de la communication de l'entreprise autrichienne de services publics EVN AG : « La question n'est pas de savoir si une panne se produira dans certaines régions européennes, mais quand elle se produira.»

— Dans le livre « L'avenir de l'Europe », vous évoquez les cinq pannes majeures survenues en Espagne en 2024. Pourquoi ne nous a-t-elle pas affectés comme celle-ci ?

— Parce qu'ils ont ensuite réussi à provoquer cela en paralysant toute l'industrie. Mais ce qui s'est passé hier est un peu plus étrange, car il y a eu une très forte fluctuation. Cela peut arriver ; il faudra en déterminer la cause exacte, mais, comme je l'ai dit, je pense que c'était dû à une production photovoltaïque excédentaire et à des conditions complexes. À d'autres occasions, comme les cinq pannes survenues en Espagne l'année dernière, il s'agissait d'un problème d'offre et de demande. C'est une autre histoire. La fréquence a grimpé en flèche, elle a commencé à fluctuer d'un côté à l'autre, et cela a commencé à créer un problème majeur de stabilité.

— Est-ce le bon jour pour parler de communautés énergétiques locales ?

— Bien sûr. Le photovoltaïque est bien plus adapté à cet effet.

 

https://www.diariodeleon.es/leon/250430/2011615/antonio-turiel-causa-apagon-exceso-produccion-fotovoltaica-estabilizadores.html

 

Blackout en Espagne : que se serait-il passé avec le nucléaire français ?...

La chute brutale de la production en Espagne le 28 avril a provoqué un blackout massif et une déconnexion de la grille européenne. Les trois réacteurs du pays, alors en fonctionnement, se sont immédiatement arrêtés et ont été mis en sûreté. Un tel événement, s’il s’était produit en France, n’aurait pas eu les mêmes conséquences pour le parc nucléaire : les unités auraient été « îlotées » pour rester en fonctionnement à très bas régime, assurant ainsi une remise en service rapide sur le réseau.

Lundi 28 avril à 12h38, la péninsule ibérique a connu un blackout massif mettant quasiment à l’arrêt l’ensemble de l’Espagne. Si la cause précise n’est pas encore connue, le Réseau de Transport d’Électricité (RTE) précise que « l’Espagne a connu une perte de production de 15 GW en quelques secondes (…). Dans le même temps, la péninsule ibérique s’est déconnectée du réseau européen ». Il a fallu plusieurs heures pour relancer les services du pays, d’abord grâce aux interconnexions avec la France et le Maroc, puis avec la relance des installations thermiques et hydrauliques sur le territoire.

L’Espagne est équipée de sept réacteurs nucléaires, dont trois étaient en fonctionnement au moment de l’incident : Almaraz II, Ascó I et II, Vandellós II. Conformément à leur conception, et en raison de la perte d’alimentation électrique externe, ils se sont arrêtés automatiquement. Les générateurs diesel de sauvegarde ont alors démarré afin d’alimenter les systèmes nécessaires au refroidissement des réacteurs, y compris pour les réacteurs à l’arrêt.

La mise en sûreté des réacteurs nucléaires espagnols a été confirmée par le Directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), sur X : « L’AIEA a confirmé avec l’autorité de régulation nucléaire espagnole CSN que la situation est stable et sous contrôle, sans impact sur la sûreté ou la sécurité nucléaires. Certaines centrales nucléaires utilisent une alimentation électrique de secours hors site et rétablissent progressivement l’alimentation externe. » Les réacteurs ont pu récupérer leur alimentation électrique à partir de lundi à 16h30, permettant d’entamer leur redémarrage, une opération qui prendra plusieurs jours.

Îlotage plutôt qu’arrêt automatique

Les installations françaises n’ont pas été touchées par le phénomène en Espagne. Si un tel événement devait toucher la France, la réaction du parc nucléaire français serait sensiblement différente. En cas de déconnexion du réseau électrique, les réacteurs ne se seraient pas arrêtés, mais « îlotés ». En cas d’îlotage, un réacteur se met en situation de repli sans arrêter sa réaction nucléaire.

Dans la Revue Générale Nucléaire (RGN 2023 n°3), Paolo Olita, ingénieur d’étude au CEA Iresne, explique : « Un îlotage consiste en la déconnexion de la tranche du réseau électrique par ouverture du disjoncteur de ligne reliant le groupe turbo-alternateur au réseau. L’alimentation électrique des pompes primaires et des autres auxiliaires est alors assurée directement par l’alternateur de la tranche, et non plus par le réseau. La tranche autoalimentée et séparée du réseau forme ainsi un îlot électrique. »

Un cas concret en 2023 et des tests réguliers

Ce n’est pas un cas théorique. La situation s’est produite en 2023. Lors de la tempête Ciaran en novembre, les infrastructures de transport électrique du département de la Manche ont été endommagées. Cela a conduit à la déconnexion du réseau des deux réacteurs de la centrale de Flamanville. Cédric Lewandowski, directeur du Parc nucléaire et thermique d’EDF, écrivait alors : « Les réacteurs ont diminué leur puissance, se sont îlotés, garantissant ainsi en autonomie l’alimentation électrique de leurs systèmes auxiliaires, et ont donc pu continuer à fonctionner en toute sûreté. »

L’intérêt d’îloter les réacteurs, comme cela se fait en France, plutôt que de les déconnecter totalement du réseau, est double :

  • Éviter le recours aux générateurs diesel de secours,
  • Permettre un retour rapide de la production sur le réseau lorsque les conditions normales d’exploitation sont rétablies.

L’îlotage reste cependant une opération délicate, car la puissance du cœur est rapidement abaissée, de l’ordre de 30 % de sa valeur nominale. Une partie de cette puissance permet d’alimenter la turbine pour une puissance d’environ 40 MWe, le reste de la vapeur contournant la turbine pour être envoyée vers le condenseur. Paolo Olita précise : « Le retour d’expérience accumulé au fil du temps et l’amélioration constante du contrôle-commande des tranches nucléaires du parc ont conduit à l’augmentation du taux de réussite de l’îlotage au cours des années ». Selon les données d’EDF, le taux de réussite atteint 90 % sur ces dix dernières années. Ce qui, au-delà de la réussite technique, est essentiel car RTE requiert un taux de réussite supérieur à 60 % pour pouvoir commencer à reconstruire le réseau après un incident réseau généralisé (IRG).

EDF teste l’îlotage des réacteurs tous les quatre à cinq ans, selon une exigence contractuelle avec RTE. L’entreprise a publié le 28 avril un communiqué relatant deux îlotages programmés réalisés en mars dernier à la centrale de Gravelines. EDF y indique : « Ces essais permettent de tester la capacité de la centrale à renvoyer de la tension vers le réseau ou des installations éloignées en configuration spécifique. En cas de défaillance du réseau (black-out), la centrale peut démontrer sa capacité à réalimenter progressivement le réseau électrique et à mettre en sécurité ses installations. »

Un contexte technologique et énergétique différent en Espagne

En Espagne, les réacteurs sont de technologie Westinghouse, différente de celle utilisée en France. Ils ne peuvent pas descendre en dessous de 40 % de leur puissance nominale, ce qui rend l’îlotage techniquement impossible. Par ailleurs, la part du nucléaire dans le mix électrique espagnol, bien qu’importante, n’est que de 20 %, contre environ 70 % en France. Cela rend le besoin de retour rapide des réacteurs sur le réseau moins vital en Espagne qu’en France.

Même si la centrale de Golfech a été touchée par cette instabilité, les experts de la Sfen soulignent que la vague de variation de fréquence venue d’Espagne est venue s’échouer sur le réseau européen, et d’abord français, où l’inertie des groupes tournants nucléaire a atténué ce phénomène, évitant un effet domino. ■

 

Par Ludovic Dupin et Valérie Faudon (Sfen)

https://www.sfen.org/rgn/decryptage-blackout-en-espagne-que-se-serait-il-passe-en-france/?

Le problème au carré.....

Nous ne connaîtrons probablement jamais la cause immédiate de la panne de courant survenue lundi en Espagne, au Portugal et dans le sud de la France. Toutes sortes d'hypothèses ont été avancées, des plus farfelues – de petites éruptions solaires limitées à un seul pays, des phénomènes atmosphériques étranges causés par le changement climatique qui n'interviendra pas avant 2070, et inévitablement ces pirates informatiques russes sournois – aux plus plausibles – une augmentation soudaine de la production solaire ou (plus probablement) un incendie en France détruisant l'interconnexion de 2,6 GW.

Néanmoins, les autorités tenteront probablement de dissimuler l'incident, comme les Britanniques l'ont fait lors d'un événement similaire en août 2019. Heureusement, les données du réseau étaient suffisamment publiques pour que les journalistes citoyens puissent reconstituer la réalité. Espérons qu'il en soit de même pour les données espagnoles.

En fin de compte, la cause immédiate importe peu, car de nombreux risques connus (et probablement une multitude d'autres inconnus) peuvent non seulement paralyser un réseau électrique national, mais l'ont déjà fait à maintes reprises. En 1965, le nord-ouest de l'Amérique (Canada et États-Unis) a été privé d'électricité à cause d'un relais défectueux, provoquant une surtension et une panne d'électricité en cascade. Une panne similaire a touché la même région en 2003, lorsqu'une ligne électrique surchargée a heurté un arbre (l'entretien ayant été jugé trop coûteux). Il s'agissait bien sûr de réseaux électriques presque entièrement alimentés par le nucléaire et les combustibles fossiles. Il serait donc erroné de prétendre que l'utilisation généralisée des technologies de production d'énergie renouvelable non renouvelable (NRREHT) crée un risque unique.

Cela dit, la panne de courant au Royaume-Uni en 2019 et celle survenue en Espagne lundi présentent de nombreux points communs. Dans le cas britannique, la cause immédiate était la foudre tombée sur le parc éolien de Hornsea, en mer du Nord. Les équipements de sécurité du parc ont réagi en coupant instantanément la totalité de la puissance de 1,2 GW. Cela a entraîné une forte baisse de fréquence du réseau, risquant d'endommager les infrastructures et, sans intervention, de griller les appareils électroménagers et les équipements industriels. Un générateur à gaz voisin aurait dû augmenter sa production pour atténuer la perte de puissance. 

Mais cette centrale, arrêtée pour maintenance, n'a pas réagi. Résultat : les systèmes de sécurité de l'est de l'Angleterre ont commencé à déconnecter du réseau les équipements vulnérables, y compris les centrales elles-mêmes, provoquant la plus importante panne de courant au Royaume-Uni depuis la Grande Tempête de 1987.

Même si des centaines de passagers de train bloqués pourraient le contester, l'Angleterre a eu de la chance. La panne de courant s'est produite par une douce soirée d'août, alors que le chauffage domestique n'était pas nécessaire et que le soleil ne se couchait qu'à 20h30. Une panne similaire en hiver – surtout si le Royaume-Uni est soumis à une forte pression atmosphérique – aurait contraint les habitants à rentrer chez eux dans le noir, les obligeant à retourner dans des maisons insuffisamment chauffées (les systèmes de chauffage au gaz étant alimentés à l'électricité et les poêles à bois étant interdits en ville) ou facilement éclairés (rares sont ceux qui possèdent des bougies ou des torches de nos jours). 

C'est pourquoi la sur-pénétration des NRREHT dans les réseaux britanniques et européens accroît considérablement le risque de catastrophe.

La panne au Royaume-Uni s'est produite un vendredi, alors que les gens quittaient le travail pour le week-end. Cela a peut-être occulté le risque d'une panne en cascade, plus facilement observée en Espagne lundi. La plupart des infrastructures critiques étant interconnectées, la défaillance d'un composant – comme le réseau électrique – impacte automatiquement les autres systèmes. Les supermarchés ne peuvent plus accepter les paiements par carte (certaines caisses électroniques interdisant également les paiements en espèces). Cependant, il est impossible de retirer des espèces, car les distributeurs automatiques de billets ont besoin d'électricité et les banques ont fermé la plupart de leurs agences physiques (qui, de toute façon, ne stockaient pas beaucoup d'espèces). Les téléphones portables peuvent encore fonctionner (à condition de penser à les recharger), mais le réseau téléphonique peut être hors service en raison de la panne de courant.

Il en va de même pour tout site Internet utilisant un centre de données affecté. Les téléphones analogiques peuvent encore fonctionner, mais leur utilisation est progressivement abandonnée dans toute l'Europe. De manière moins évidente, les réseaux d'eau et d'assainissement (sauf dans quelques endroits où l'eau est alimentée par gravité) dépendent de pompes électriques. Ainsi, des milliers de foyers n'auront plus que l'eau d'un réservoir (s'ils en ont encore un) et, si la panne dure trop longtemps, seront confrontés à un refoulement des eaux usées. Les alarmes anti-intrusion et incendie se déclenchent automatiquement en cas de panne de courant, ce qui entraîne de multiples fausses alertes pour les services d'urgence (à condition qu'ils puissent gérer le chaos de la circulation dû à une panne de feux de circulation). À moins que les bâtiments ne soient équipés d'un générateur de secours, toute personne ayant eu le malheur de se trouver dans un ascenseur devra attendre le rétablissement du courant.

Il sera impossible de faire le plein d'essence, car les stations-service utilisent des pompes électriques. Cela pourrait également poser problème aux services d'urgence et aux transports en commun, à moins qu'ils ne soient équipés de réservoirs de stockage par gravité… Vous comprenez l'idée : regardez autour de vous, et tout ce qui dépend d'un courant électrique constant cessera de fonctionner jusqu'à ce que le réseau soit rétabli… et personne ne viendra à votre secours !

C'est là que la surpénétration des NRREHT accroît les risques, tant pour les causes des coupures de courant que pour le rétablissement du fonctionnement normal. La principale raison pour laquelle les NRREHT augmentent le risque de coupures de courant est liée aux imposantes turbines en acier rotatives – jusqu'à 800 tonnes – autour desquelles les réseaux électriques nationaux ont été construits au cours de la seconde moitié du siècle dernier. À l'époque, le seul moyen de produire de l'électricité consistait à faire tourner des bobines de cuivre autour d'un aimant – le champ magnétique fluctuant créant le courant. Selon le nombre de bobines et la vitesse de rotation, une fréquence de réseau est créée. 

En Europe (et au Royaume-Uni), le réseau fonctionne à 50 Hz, avec une tolérance d'environ 0,5 Hz dans les deux sens avant le déclenchement des systèmes de sécurité pour éviter d'endommager l'infrastructure. Ces fluctuations sont moins rares dans la production d'énergie fossile et nucléaire, mais elles se produisent, notamment, comme nous l'avons vu, lorsqu'un événement externe perturbe le système. Mais les fluctuations internes, telles que celles causées par de légères variations de pression de vapeur, sont atténuées par l'inertie de ces turbines géantes, qui continuent de tourner à la bonne vitesse pendant les quelques secondes nécessaires au rétablissement de la fréquence.

Les éoliennes NRREHT présentent une absence d'inertie bien connue. Les éoliennes fonctionnent toujours en faisant tourner des bobines de cuivre autour d'un aimant. Mais leur poids est trop faible pour générer de l'inertie. Par ailleurs, les panneaux solaires photovoltaïques sont la seule forme de production d'électricité qui n'utilise ni bobines de cuivre ni aimants et ne génère donc aucune inertie. 

Par conséquent, d'une manière ou d'une autre, le déploiement des NRREHT doit s'accompagner d'un dispositif générant l'inertie requise. Dans le cas contraire, comme nous l'avons constaté lundi en Espagne, où l'éolien et le solaire représentaient 78 % de la production, contre moins de 3 % pour le gaz, tout choc sur le système entraînera inévitablement une panne en cascade, les générateurs restants s'isolant (« îlotant ») du réseau pour éviter tout dommage.

Un autre problème concerne la vitesse à laquelle la production inertielle peut être augmentée pour compenser la perte de fréquence. Le nucléaire, qui fournissait environ 11 % de l'électricité espagnole, est beaucoup trop lent à monter en puissance et a d'ailleurs été rapidement (automatiquement) abandonné lundi, car il est important de ne pas endommager les centrales nucléaires lors d'une panne en cascade. Le charbon est légèrement plus rapide, mais encore trop lent, et a de toute façon été retiré de la plupart des réseaux européens. Les incinérateurs de déchets, qui fournissaient également environ 3 % de l'électricité espagnole, montent en puissance plus rapidement, mais pas suffisamment. Le gaz l'aurait été si le système avait été plus équilibré – c'est-à-dire si plusieurs centrales à gaz étaient déjà en service – mais avec 3 % de la production totale, le gaz n'avait aucun moyen de venir à la rescousse.

Je rappelle que le gaz est actuellement un sujet géopolitique brûlant en Europe. En réponse à l'invasion de l'Ukraine, l'UE et le Royaume-Uni se sont volontairement déconnectés du gaz russe bon marché dont dépendent leurs réseaux. Et si du gaz naturel liquide, plus cher, peut être importé du Qatar et des États-Unis, son coût est exorbitant. À tel point que les réserves européennes sont désormais dangereusement basses. Et, fait peut-être mal compris, les centrales électriques au gaz sont parmi les premières à être déconnectées en cas de pénurie de gaz, principalement en raison du risque trop élevé de coupure de l'approvisionnement national (explosion de plusieurs maisons lors du rétablissement du gaz). De fait, l'Europe se retrouve dangereusement à court de production d'énergie, source d'inertie.

Dans un monde qui n'existe que dans les têtes de la technocratie européenne et des politiciens au QI déficient qui obéissent à ses ordres, plusieurs « solutions » au problème de l'inertie existent. L'hydroélectricité pompée, comme celle de Dinorwig, dans le nord du Pays de Galles, capable de fournir 1 728 MW d'énergie hydroélectrique (l'équivalent d'une grande centrale à gaz) en 12 secondes, pourrait réagir rapidement à une perte de fréquence. Ainsi, creuser les montagnes et inonder les vallées à travers l'Europe pourrait permettre une plus grande pénétration des NRREHT, malgré l'opposition possible de l'opinion publique. Il en va de même pour un déploiement massif de batteries à l'échelle du réseau. Plus ambitieux, les gouvernements pourraient exiger des producteurs d'énergie NRREHT qu'ils installent d'énormes volants d'inertie entre leurs centrales et le réseau lui-même… alors, problème résolu ?

Pas tout à fait. Le secret des multinationales de l'« énergie verte » est qu'elles ne peuvent survivre sans subventions financières. Celles-ci se présentent sous deux formes : les subventions directes accordées par les gouvernements via la fixation des prix, et la subvention indirecte consistant à être les producteurs de premier recours. Autrement dit, tant que le soleil brille et que le vent souffle, le gestionnaire du réseau est tenu de fermer les autres formes de production afin de permettre la vente prioritaire de l'électricité des NRREHT… et la fixation des prix permet à l'éolien et au solaire d'être vendus au coût marginal le plus élevé du système (généralement le gaz), bien qu'ils n'aient aucun coût marginal propre (l'éolien et le solaire sont gratuits).

Malgré cela, en 2024, le gouvernement britannique, confronté aux conséquences politiques de plusieurs années de prix élevés de l'énergie, a tenté – sans succès – de trouver un prix idéal acceptable pour les consommateurs et les producteurs. Il en est résulté une vente aux enchères sans enchérisseurs, et le gouvernement a dû augmenter le prix de l'offre de 50 % pour attirer les soumissionnaires nécessaires.

Ce qui n’est en réalité qu’une autre façon de souligner que, même dans un système où les générateurs NRREHT peuvent prendre l’argent et laisser quelqu’un d’autre gérer le problème d’inertie, les profits sont si serrés que les alternatives aux turbines rotatives sont trop chères pour que quiconque puisse les envisager sérieusement… les entreprises qui peuvent à peine tirer profit de l’installation d’éoliennes ne sont pas prêtes à dépenser des milliards pour installer des batteries ou construire des volants d’inertie géants.

Quelle était donc la solution au problème d'inertie, largement reconnu ? En un mot, les interconnexions. Sur une zone de la taille de l'Europe, même si le soleil ou le vent ne brillaient pas dans un pays, il y aurait probablement un surplus ailleurs. C'est ainsi que, partout en Europe (et pas seulement dans l'UE), les pays ont commencé à connecter leurs différents réseaux nationaux… que pouvait-il bien se passer ?

Martien Visser, maître de conférences en transition énergétique et intégration au réseau à la Hanzehogeschool de Groningue, a prédit ce qui s'est passé en Espagne lundi :

« Vendredi 8 janvier 2021 après-midi. Une sous-station du réseau électrique des Balkans tombe en panne. Presque immédiatement, le problème prend des proportions européennes. Une panne est évitée grâce à l'intervention rapide des gestionnaires de réseau européens. Des industries en France et en Italie sont mises hors service. Tout aurait pu se terminer très différemment. Une enquête a abouti à pas moins de 20 recommandations pour améliorer la situation. Mais le samedi 24 juillet, ce fut une catastrophe absolue. En Espagne, plus de 600 000 foyers se sont retrouvés privés d'électricité après qu'un avion a percuté une ligne à haute tension en France. Selon les experts, c'est un coup de chance que cela se soit produit ce week-end. La leçon à retenir : des pannes dans un pays peuvent avoir des conséquences majeures dans d'autres…

L'interdépendance énergétique collective des pays européens s'accroît encore. Il est donc assez étrange que la politique énergétique soit en grande partie une affaire nationale. Il va sans dire que des analyses de la fiabilité du système énergétique sont régulièrement menées à Bruxelles. Elles concluent à son bon fonctionnement. Mais sur quels scénarios se basent-elles ? Et sur quelles décisions politiques ? La récente décision néerlandaise de limiter l'utilisation du charbon à 25 % a-t-elle été prise en compte ? Qu'en est-il de la Belgique, qui menace de fermer ses centrales nucléaires sans remplacement adéquat ? Et du nouveau gouvernement allemand, qui risque d'accélérer le Kohleausstieg, c'est-à-dire la sortie progressive des combustibles fossiles. Et que dire du débat aux Pays-Bas concernant la fermeture définitive du réseau de Groningue comme réserve d'urgence pour le marché gazier du nord-ouest de l'Europe ?

La théorie économique nous enseigne que dans un marché libre, la sécurité d'approvisionnement est automatiquement garantie. Enfin, c'est presque toujours le cas, comme au Texas, entre autres. La question est de savoir si cette théorie économique est toujours valable compte tenu des nombreuses décisions politiques. Bien sûr, poser cette question permet d'y répondre efficacement. Parallèlement, notre société devient de plus en plus dépendante d'un approvisionnement énergétique ininterrompu.

Or, cette pénurie entraîne non seulement des risques pour la sécurité d'approvisionnement, mais aussi une forte hausse des prix de l'énergie. C'est un phénomène que nous observons actuellement… si l'on continue sur cette lancée, on risque fort d'être confronté à des accidents. 

La question n'est donc pas de savoir s'il y aura une panne d'électricité et/ou de gaz en Europe dans les années à venir, mais quand…

Certes, l'incident en Espagne n'était pas paneuropéen : le Portugal est à l'Espagne ce que l'Irlande est au Royaume-Uni en matière d'électricité ; lorsque le générateur principal tombe en panne, le partenaire junior tombe avec lui. Néanmoins, cette panne dans le sud de la France devrait susciter une préoccupation particulière, surtout si la défaillance de l'interconnexion s'avère être la cause immédiate de la cascade plus large.

La technocratie a misé gros sur l'idée qu'un problème partagé est un problème divisé par deux, et que la construction d'un réseau électrique continental éliminerait le problème d'inertie, permettant ainsi de procéder à la décarbonation complète de l'électricité. Mais dans la réalité, le problème partagé se révèle être un problème au carré… d'autant plus que la pression publique pousse des États riches en électricité comme la Norvège et la Suède à refuser de fournir leur excédent d'électricité en raison de la hausse des prix intérieurs qui en résulte.

L'Espagne pourrait subir des pressions politiques pour des raisons similaires. Alors que la Norvège et la Suède sont riches en énergie hydroélectrique, l'Espagne – et notamment ses régions arides de l'intérieur – est depuis longtemps considérée comme un potentiel producteur d'électricité solaire, capable de fournir un surplus d'énergie solaire à une grande partie de l'Europe occidentale. Cependant, comme nous l'avons vu lundi, l'Europe occidentale manque de moyens pour rendre la pareille en offrant en retour son inertie (en déclin rapide). 

Ainsi, l'Espagne (plutôt que le Royaume-Uni, lui aussi engagé dans une spirale infernale énergétique) pourrait être la première à affronter les réalités d'un réseau électrique intermittent, instable et peu fiable… même si l'apparition récente du Seigneur des Ténèbres avec un rapport (qui a dû être rédigé avant l'événement en Espagne) concluant que la neutralité carbone est « vouée à l'échec » ouvre la possibilité que le Royaume-Uni soit le premier pays européen à revenir à la raison.

Il reste un dernier obstacle au problème de fréquence/inertie, que nous avons jusqu'ici évité. Les États européens disposant encore d'importantes capacités de production de gaz et de nucléaire (et de lignite en Allemagne, parce que tant pis !), même en cas d'arrêt forcé en cas de vent, les réseaux électriques peuvent redémarrer. Mais il ne faut pas le présupposer. Une panne généralisée sur une période suffisamment longue obligerait l'opérateur du réseau à redémarrer le système. En d'autres termes, il faudrait remettre le système sous tension depuis zéro. Un processus qui nécessite d'abord que les producteurs d'énergie se réalimentent et produisent suffisamment d'électricité excédentaire pour alimenter l'ensemble du réseau. 

Les centrales nucléaires, à charbon et à gaz en sont capables, contrairement aux parcs éoliens et solaires. Ce risque devient donc majeur, car la pénétration des NRREHT dans les réseaux européens, ainsi que l'arrêt des centrales à combustibles fossiles et nucléaires, rendent la possibilité d'un réseau hors service de plus en plus probable. Étant donné l'ampleur de l'électrification et de la numérisation de notre mode de vie au cours des dernières décennies, cela devrait terrifier presque tout le monde, et en particulier ceux au sein de la technocratie dont le pouvoir et le statut dépendent d'un approvisionnement électrique stable. 

Mais la technocratie – et les politiciens qui s'inclinent devant elle – souffre elle aussi d'un problème d'inertie… non pas l'inertie de la physique et de l'ingénierie, mais l'inertie aveugle des investissements antérieurs. Partout en Europe, ils sont désormais bien trop investis dans le projet Net Zero, voué à l'échec, que même un événement aussi difficile que celui qui s'est produit en Espagne lundi sera rationalisé et discrédité, plutôt que d'affronter la réalité : nous serions plongés dans une nouvelle ère sombre si nous étions confrontés à la crise de redémarrage brutal qui sera inévitable si l'Europe continue sur sa lancée actuelle. 

Malheureusement – ​​et de manière trop prévisible –, personne ayant le pouvoir de décision ne changera de cap avant que la crise n'éclate… et il sera alors bien trop tard.

Tim Watkins

https://consciousnessofsheep.co.uk/2025/04/30/the-problem-squared/

 

La production électrique de l'Espagne avant et durant le Black-out
Graphique : FT.com

Blackout...

 

Lundi, vers midi, la péninsule ibérique a été plongée dans le noir. La vie quotidienne a été paralysée, y compris dans plusieurs hôpitaux qui, malgré leurs générateurs de secours, n'avaient pas d'alimentation en eau de secours. Comme certains d'entre nous le savent par expérience, une panne de courant entraîne une coupure d'eau, car l'eau nous parvient principalement grâce à des pompes électriques. Coupure de courant, coupure d'eau.

Les trains se sont arrêtés. Les avions ont été cloués au sol. La glace a fondu dans les cuves. Pire encore, des gens se sont retrouvés coincés dans des salons de coiffure, les cheveux coupés à l'eau. On pourrait dire, avec un brin de dramatisme, que l'Espagne et le Portugal ont eu un avant-goût de l'Apocalypse dans un monde électrifié.

Ce qui s'est réellement passé, selon Reuters : « La panne d'électricité massive qui a touché la majeure partie de la péninsule ibérique lundi est due à une chute soudaine et importante de l'alimentation électrique qui a provoqué le déclenchement de l'interconnexion entre l'Espagne et la France, selon l'opérateur de réseau espagnol REE.

Le réseau a perdu 15 gigawatts de production d'électricité en cinq secondes vers 10 h 33 GMT, a déclaré le ministère de l'Énergie lundi soir, sans en expliquer la raison.»

Près de 24 heures plus tard, la cause reste incertaine, du moins selon les déclarations officielles. Lundi, l'opérateur de réseau portugais a déclaré que l'Espagne était en quelque sorte responsable de la panne, attribuant la panne à « un phénomène atmosphérique rare » appelé « vibrations atmosphériques induites », décrit comme suit, selon la retransmission en direct de la BBC mentionnée ci-dessus : « En raison de variations extrêmes de température à l'intérieur de l'Espagne, des oscillations anormales se sont produites sur les lignes à très haute tension (400 kV), un phénomène connu sous le nom de « vibrations atmosphériques induites ». »

Voyons voir. Nous sommes fin avril en Europe. Les matinées, du moins ici, en Bulgarie, sont plutôt fraîches, mais à 10 heures, le soleil a parlé et l'air s'est réchauffé. Quel changement de température extrême pourrait survenir aussi soudainement, en fin de matinée, au point de provoquer la perte de 15 GW de production d'électricité en 5 secondes ? Je l'ignore. Les autorités non plus, semble-t-il, et les gestionnaires de réseau non plus. 

Mais nous savons tous ce qui va se passer, n'est-ce pas ? Ils vont s'emparer du « phénomène atmosphérique rare » et l'exploiter, imputer la panne au changement climatique et l'utiliser comme argument pour construire encore plus de panneaux solaires dans cette région la plus ensoleillée d'Europe.

À ce propos, voici ce qu'écrivait hier David Blackmon, ami et membre de la résistance : 16 avril 2025 : L'Espagne fonctionne à 100 % grâce aux énergies renouvelables. 28 avril : Pannes d'électricité. Et voici ce qu'écrivait Bloomberg à peu près au même moment où Reuters a annoncé la panne. L'univers adore l'ironie : les prix de l'électricité en Europe chutent bien en dessous de zéro face à la forte hausse de la production solaire. L'article se concentre sur le week-end dernier, lorsque les prix de l'électricité en Belgique, par exemple, ont chuté jusqu'au montant impressionnant de -266 euros par MWh.

L'Europe a donc bénéficié de beaucoup de soleil ce week-end, les panneaux ont produit beaucoup d'électricité, mais malheureusement, les gens ne se sont pas précipités pour l'utiliser. C'est dommage, mais il semble y avoir un problème encore plus grave : l'inertie.

La consultante en énergie Kathryn Porter a été la première à le mentionner, du moins sur ma timeline : « L'Espagne s'inquiète de la stabilité du réseau en raison de sa faible inertie, notamment à l'heure du déjeuner. Une faible inertie rend le réseau moins stable et il devient plus difficile pour les gestionnaires de réseau de réagir aux pannes, ce qui entraîne des pannes en cascade. À moins qu'il ne s'agisse d'une attaque terroriste, je dirais que la faible inertie a contribué à l'ampleur de la panne », a-t-elle écrit sur X. 

Mais Kathryn Porter n'est pas fan de l'éolien et du solaire. Elle est du côté obscur. Écoutons ce que dit quelqu’un de plus écolo.

Javier Blas de Bloomberg a commenté l'état du réseau électrique espagnol, son pays natal : « Avant la panne, l'Espagne exploitait son réseau avec très peu de production tournante répartissable, et donc peu d'inertie. Solaire photovoltaïque/thermique + éolien : environ 78 % Nucléaire : 11,5 % Cogénération : 5 % Gaz : environ 3 % (moins de 1 GW). Instantané à 12 h 30, heure locale (panne à 12 h 35). »

Puis je suis tombé sur cet article de 2020 : Future low-inertia power systems: Requirements, issues, and solutions - A review. Vous n'en croirez pas vos yeux ; je vais donc le citer directement.

Citation 1 : « Les panneaux photovoltaïques (PV) nécessitent des onduleurs CC-CA pour s'intégrer au réseau et n'offrent pas de réponse inertielle à ce dernier. Les éoliennes, quant à elles, nécessitent des convertisseurs CA-CC-CA à fréquence variable, qui découplent l'inertie de l'éolienne du réseau.»

Qu'est-ce qu'une réponse inertielle ? La capacité des producteurs d'électricité à réagir aux déséquilibres entre l'offre et la demande d'électricité en un clin d'œil, voire moins.

Le charbon, le gaz et le nucléaire le permettent. L'éolien et le solaire, non. Franchement, il est déjà assez compliqué d'intégrer l'électricité éolienne et solaire au réseau, sans parler de leur capacité à répondre aux fluctuations de la demande.

Citation 2 : « La réduction de l’inertie du système électrique entraîne une augmentation du taux de variation de fréquence (ROCOF) et des écarts de fréquence en très peu de temps, sous l’effet de déséquilibres de puissance qui affectent considérablement la stabilité de fréquence du système.» J’ai simplement mis en gras un passage de cette phrase au hasard, sans aucune arrière-pensée.

Meredith Angwin a mis en garde contre ce phénomène dans son chef-d’œuvre « Shorting the Grid ». Elle a également écrit un article qui en reprend l’essentiel. Robert Bryce a indiqué qu’il y a de fortes chances que ce soit l’énergie solaire qui ait déclenché le disjonction des réseaux ibériques. 

John Kemp a également détaillé les problèmes – et l’importance de l’inertie. Mais je vous garantis que les autorités, les gestionnaires de réseau et toute personne occupant un poste officiel imputeront la responsabilité au changement climatique.

La vérité est tout simplement trop gênante.

D’autres ont également mis en garde contre ce phénomène. Dans cet article de 2021, j’ai relaté des rapports sur une panne d’électricité de moindre ampleur qui a mis en lumière le problème, mais, bien sûr, personne n’a tenu compte des avertissements.

Voici une dernière citation, si vous ne voulez pas lire l'article en entier :

« Les services publics sont conscients du problème. La question n'est pas de savoir si une panne d'électricité se produira dans certaines régions européennes, mais plutôt quand elle se produira », a déclaré à Bloomberg Stefan Zach, responsable de la communication de l'entreprise autrichienne EVN.

« Une panne d'électricité pourrait survenir même dans les pays où les normes de sécurité du réseau électrique sont élevées. »

Apr 29, 2025

P.S. L'éolien et le solaire sont également pénalisants lors du redémarrage du réseau après une panne. Et le redémarrage lui-même semble tellement complexe que le fait que les électriciens aient réussi à rétablir la majeure partie du réseau si (relativement) rapidement est un exploit monumental.

 

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