USA-Chine...

Publié le par ottolilienthal

"Il est à la fois une bénédiction et un cauchemar" : la présidence mouvementée de Donald Trump, une opportunité stratégique pour la Chine...

Les tensions entre Washington et ses alliés traditionnels ont fragilisé, au moins temporairement, la crédibilité des Etats-Unis sur la scène internationale. Une opportunité dont Pékin compte bien se saisir.

Il s'attend à ce que la Chine lui réserve un "gros câlin". Le président américain, Donald Trump, a démarré mercredi 13 mai une visite d'Etat de trois jours à Pékin. Le sommet bilatéral avec Xi Jinping devrait marquer une nouvelle étape de l'apaisement entre les deux pays, après la pause d'un an dans la guerre commerciale qui les oppose, décidée en octobre. Mais alors que plusieurs sujets sensibles sont sur la table, le président chinois aborde cette rencontre en position de force : depuis son retour au pouvoir en 2025, "Donald Trump a fait plus que quiconque pour réaliser les ambitions de Xi pour la Chine", affirme Steve Tsang, directeur de l'institut Chine à l'Ecole d'études orientales et africaines de l'Université de Londres.

Le président américain est "à la fois une bénédiction et un cauchemar" pour le pouvoir chinois, estime l'expert. Les répercussions de la guerre commerciale avec Washington et du blocage du détroit d'Ormuz ont eu des effets limités sur l'économie chinoise, mais des perturbations dont Pékin se passerait volontiers demeurent. "A plus long terme, Xi Jinping veut que son pays installe sa prédominance sur la scène mondiale, souligne Steve Tsang. Cela implique que le reste du monde reconnaisse la Chine comme une puissance bénéfique pour les relations internationales, y compris en comparaison avec les Etats-Unis."

Un défilé de dirigeants à Pékin

A ce titre, les tensions récurrentes entre le président républicain et les alliés historiques de Washington font les affaires de Pékin. "Donald Trump a réussi à faire ce dont Xi Jinping rêve depuis longtemps, sans y parvenir : entamer la crédibilité des Etats-Unis sur la scène internationale", analyse Steve Tsang. Les menaces répétées concernant les droits de douane, l'aide à l'Ukraine ou la souveraineté du Groenland ont mené à une évolution de la position des Européens ou du Canada, "qui prennent acte de la politique agressive de Donald Trump envers ses alliés", confirme Marc Julienne, directeur du centre Asie de l'Institut français des relations internationales (Ifri).

Signe de l'inquiétude des partenaires traditionnels des Etats-Unis, Pékin a vu défiler nombre de leurs dirigeants depuis le début de l'année. Rien qu'en janvier, le président sud-coréen et les Premiers ministres canadien, finlandais et britannique se sont succédé dans la capitale chinoise, pour renforcer la collaboration avec le régime de Xi Jinping. Des rapprochements vus d'un mauvais œil par Donald Trump, qui a menacé d'imposer "100% de droits de douane" au Canada en cas d'accord commercial avec Pékin.

Ces visites font écho au ressenti de l'opinion publique dans certains pays alliés des Etats-Unis. En mars, une enquête d'opinion de Politico(Nouvelle fenêtre) révélait qu'une part croissante des populations française, allemande, canadienne et britannique considéraient désormais la Chine comme un partenaire plus fiable que les Etats-Unis. En cause, selon les sondés : l'instabilité causée par l'administration Trump.

Se rapprocher de Xi pour "faire pression" sur Trump

Au niveau politique, le point de vue n'est pas tout à fait le même, selon les experts interrogés par franceinfo. "Si le comportement de Trump a rendu beaucoup des partenaires traditionnels des Etats-Unis méfiants (...), cela ne signifie pas que la Chine soit subitement devenue une alternative fiable", décrypte Alicja Bachulska, chercheuse au Conseil européen pour les relations internationales (ECFR).

"C'est la même Chine qui a toujours soutenu la Russie dans son effort de guerre en Ukraine, inonde les marchés occidentaux de biens produits avec des moyens déloyaux et a massivement recours à la coercition économique."

Alicja Bachulska, chercheuse au Conseil européen pour les relations internationales (ECFR)

à franceinfo

Emmanuel Macron, le chancelier allemand Friedrich Merz et le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez se sont eux aussi rendus à Pékin. "Aucun n'a obtenu de concessions sur les questions commerciales (...) ou sur la guerre en Ukraine", constate ainsi Jean-Pierre Cabestan, chercheur à l'Asia Centre Paris et directeur de recherche émérite au CNRS. Car la Chine n'a pas changé de stratégie envers les Européens. "Elle n'en a pas besoin. Ces pays [évoluent] d'eux-mêmes, pour répondre à l'imprévisibilité de l'Amérique de Trump", relève Ryan Hass, directeur du John L. Thornton China Center à la Brookings Institution.

Pour Marc Julienne, ces déplacements pourraient s'apparenter à une stratégie d'Etats cherchant à "se rapprocher virtuellement" de Pékin pour "faire pression sur Donald Trump et montrer qu'ils ont des alternatives". Autre scénario possible : ces dirigeants estiment, pour certains, "qu'ils ne peuvent pas faire face à la fois à la menace sécuritaire que représente la Russie en Europe, aux pressions commerciales et sécuritaires des Etats-Unis de Donald Trump, et à un troisième potentiel front économique avec la Chine", poursuit le chercheur.

Pour "éviter de contrarier une troisième grande puissance mondiale", certains partenaires de Washington préfèrent donc revenir à une "politique plus prudente" envers Pékin, détaille Marc Julienne. Mais l'objectif de réduire les risques de dépendance aux marchés chinois "reste le même pour de nombreux pays, notamment en Europe", assure Alicja Bachulska.

Puissances moyennes et Sud global

Entre la Chine et les Etats-Unis, certains pays tentent de trouver une troisième voie, "comme l'ont montré l'appel du Premier ministre canadien à créer une alliance des puissances moyennes" ou les récents voyages d'Emmanuel Macron au Japon et en Corée du Sud, relève Jean-Pierre Cabestan. Mais en Asie aussi, Pékin s'efforce de tirer profit des tensions entre Donald Trump et ses alliés. "La Première ministre japonaise adorerait entendre que les Etats-Unis la soutiendront dans sa dispute avec la Chine sur la question de Taïwan, mais ça ne s'est pas produit, note Steve Tsang. Et les Sud-Coréens ne doivent pas être très à l'aise avec la décision américaine de redéployer certains moyens de défense au Moyen-Orient."

Ryan Hass cite aussi la crise énergétique causée par le blocage du détroit d'Ormuz, qui affecte particulièrement certains pays comme l'Australie, le Japon ou la Corée du Sud. Ces partenaires des Etats-Unis font face "sans réunion d'urgence pour coordonner une réponse", et sans "offre d'aide" américaine, remarque l'expert. "La Chine, elle, a pris contact avec la Thaïlande, l'Australie et d'autres en se présentant comme une possible solution à leurs difficultés énergétiques", poursuit-il.

"La Chine se positionne comme celle qui peut combler les vides et résoudre les problèmes que rencontrent les partenaires historiques de l'Amérique."

Ryan Hass, chercheur à la Brookings Institution

à franceinfo

Pékin applique, de longue date, la même stratégie au sein des organisations internationales. En janvier, la Maison Blanche (Nouvelle fenêtre) a annoncé que les Etats-Unis se retiraient de 66 d'entre elles, dont une majorité liées à l'ONU. "Donald Trump a renforcé l'activisme chinois" dans ces instances et, notamment, "une volonté de prendre la direction de plus d'agences onusiennes", explique Jean-Pierre Cabestan. Selon le spécialiste de la Chine, le régime de Xi Jinping "profite de l'absentéisme américain pour renforcer son influence, (...) et poursuivre son objectif de devenir le leader du Sud global", terme désignant les Etats qui remettent en cause l'idée d'un ordre mondial dominé par l'Occident.

Face à un président américain aux revirements fréquents, et sans avoir à bouleverser sa politique, Pékin a vu son image "s'améliorer considérablement" depuis un an, conclut Alicja Bachulska. La Chine apparaît désormais "comme un acteur prévisible dans une période de perturbations", insiste la chercheuse. "Cela a renforcé la croyance [de Pékin] selon laquelle le temps joue en sa faveur dans sa rivalité stratégique avec les Etats-Unis." Le temps, et la présidence imprévisible de Donald Trump.

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Les Amériques contre le reste du monde, la Chine contrôlant ce dernier....

Extrait de la transcription :

La Chine a fourni des composants de missiles à l'Iran pendant la guerre. Ses systèmes radar et sa technologie de navigation ont aidé l'Iran à combattre. Puis, elle a joué un rôle déterminant
dans la conclusion d'un cessez-le-feu par l'intermédiaire du Pakistan. Et maintenant, elle compte bien utiliser les avantages de ce cessez-le-feu comme levier lors de la visite de Trump à Pékin le mois prochain.

Un pays, trois actions, tous les camps impliqués, et aucun média occidental ne fait le lien. C'est ce que je veux faire aujourd'hui : relier les points un par un. Quand vous aurez une vision d'ensemble, je vous le promets, vous ne verrez plus jamais cette guerre de la même façon. Bien, commençons. J'aimerais vous présenter un concept essentiel pour comprendre la stratégie chinoise : le triple jeu . Une fois ce concept assimilé, le comportement de la Chine dans ce conflit prendra tout son sens.

La plupart des pays jouent un jeu à la fois. Les États-Unis jouent le jeu militaire : bombes, missiles, avions, porte-avions. Voilà le jeu des États-Unis. L’Iran joue le jeu de la survie : résister, endurer, tenir bon. Voilà le jeu de l’Iran. La Chine joue trois jeux simultanément : le jeu militaire, le jeu diplomatique et le jeu économique. Et la Chine adopte une stratégie différente sur chaque plateau. Permettez-moi de vous les expliquer.

Premier jeu, le plateau militaire. Sur ce plateau, la Chine s'est officiellement déclarée neutre. Elle a affirmé : « Nous ne sommes pas impliqués. Nous voulons la paix. » Voilà la déclaration officielle. Mais voici ce qui s'est réellement passé. Plusieurs navires iraniens sous sanctions, transportant du perchlorate de sodium, un composant essentiel à la fabrication de fusées à propergol solide, ont fait route de Chine vers l'Iran après le début du conflit, et non avant. Après que des systèmes radar et des technologies de navigation de fabrication chinoise, vendus à l'Iran avant la guerre, eurent renforcé ses capacités de guerre électronique pendant les combats, la technologie chinoise a permis à l'Iran de détecter les frappes entrantes et de coordonner ses essaims de drones.

La Chine a-t-elle envoyé des soldats ? Non. A-t-elle tiré des missiles ? Non plus. Mais elle s'est assurée que l'Iran dispose des capacités nécessaires pour poursuivre le combat, pour maintenir la fermeture du détroit d'Ormuz et pour rendre cette guerre pénible pour les États-Unis. Pourquoi ? Parce que chaque jour passé par les États-Unis à combattre l'Iran était un jour où ils ne se concentraient pas sur la Chine. Chaque milliard de dollars dépensé pour bombarder des usines iraniennes était un milliard de dollars non investi dans la compétition avec la Chine dans les semi-conducteurs, l'intelligence artificielle et les secteurs qui déterminent véritablement qui domine le monde au XXIe siècle. C'est le premier match de cette guerre d'influence.


La Chine a discrètement aidé l'Iran à survivre sans jamais mettre en danger un seul de ses soldats.

Deuxième étape : la voie diplomatique. C'est là que les choses deviennent intéressantes, car au même moment, la Chine aidait l'Iran à combattre. Elle se positionnait également comme artisan de la paix. Je vous invite à suivre attentivement cette chronologie, car elle révèle un fait extraordinaire. Le 31 mars, alors que la guerre faisait encore rage, la Chine et le Pakistan ont annoncé conjointement une initiative de paix en cinq points : cessez-le-feu, dialogue, protection des civils, réouverture du détroit d'Ormuz et un rôle pour l'ONU. Suite à cette annonce, le ministre pakistanais des Affaires étrangères s'est rendu directement d'Islamabad à Pékin. Il a rencontré son homologue chinois, Wang Yi, et ils ont coordonné ensemble les prochaines étapes.

Le ministre chinois des Affaires étrangères a ensuite passé 26 appels téléphoniques : 26 à l'Iran, à Israël, à la Russie et aux États du Golfe. Il s'est entretenu avec tous les pays. Puis, le Pakistan, allié stratégique le plus proche de la Chine, pays dans lequel elle a investi plus de 60 milliards de dollars via l'initiative « la Ceinture et la Route », a joué un rôle de médiateur dans le cessez-le-feu. Réfléchissez à ce qui vient de se passer. Le Pakistan a négocié l'accord. Mais qui tirait les ficelles ? Qui a coordonné ses actions avec le Pakistan avant chaque décision importante ? Qui a fourni le cadre diplomatique ? Qui a donné à l'Iran la confiance nécessaire pour accepter le cessez-le-feu ? L'ambassadeur du Pakistan aux États-Unis l'a déclaré ouvertement sur CNN. Il a affirmé que la Chine avait joué un rôle discret mais déterminant. Le New York Times a rapporté que la Chine était intervenue de manière décisive pour garantir le cessez-le-feu. Bloomberg a rapporté que Trump lui-même avait reconnu le rôle crucial de la Chine dans la conclusion de l'accord.

Alors, soyons très clairs : la Chine a armé l’Iran pour prolonger la guerre. Puis, elle a négocié la paix pour y mettre fin. C’est elle qui a décidé des moments où cette guerre serait douloureuse et de ceux où elle connaîtrait une pause. Ce n’est pas un pays neutre, mais bien celui qui contrôle le rythme de tout le conflit.

Troisième point : l’économie. C’est le domaine le plus important, celui où la Chine tire véritablement son épingle du jeu. Elle achète plus de 90 % des exportations de pétrole iranien. Je le répète : 90 %. La Chine n’est pas simplement cliente du pétrole iranien, elle en est le client principal.

Avant cette guerre, les sanctions américaines empêchaient quasiment l'Iran d'exporter du pétrole. L'économie iranienne était en difficulté. L'Iran était au bord du désespoir. Mais le conflit a éclaté et un événement extraordinaire s'est produit. Les États-Unis avaient besoin que les prix mondiaux du pétrole ne s'envolent pas, car des prix élevés ruinent leur économie. Ils ont donc discrètement assoupli l'application des sanctions sur le pétrole iranien. Et qui s'est immédiatement précipité pour en acheter davantage ? La Chine.

L'Iran engrange désormais des milliards de plus par mois grâce à ses exportations de pétrole qu'avant la guerre, et la majeure partie de cet argent transite par des banques, des intermédiaires et des systèmes de paiement chinois. La guerre déclenchée par les États-Unis pour affaiblir l'Iran a en réalité eu pour effet de l'ancrer plus profondément que jamais dans le système économique chinois. Mais la situation ne s'améliore pas encore pour la Chine.

À cause de la guerre, de la fermeture du détroit d'Ormuz et du chaos ambiant, l'Iran vend son pétrole à la Chine à un prix nettement inférieur à celui du marché, car la Chine est l'un des rares acheteurs disposés et capables de prendre ce risque. Un pétrole bon marché signifie une énergie moins chère pour les usines chinoises. Une énergie moins chère signifie des coûts de production plus bas. Des coûts de production plus bas rendent les produits chinois plus compétitifs à l'échelle mondiale. Alors que les entreprises américaines peinent à faire face à des prix de l'énergie supérieurs à 90 dollars le baril, les fabricants chinois s'approvisionnent en pétrole iranien à prix réduit. La guerre, censée affaiblir l'Iran et renforcer l'Amérique, rend en réalité l'industrie manufacturière chinoise plus compétitive. C'est à peine croyable.

Bien, je vous ai maintenant présenté les trois enjeux : militaire, diplomatique et économique. La Chine l'emporte sur tous les fronts. Mais le génie de ce triple jeu réside dans le fait que la plupart des gens ne perçoivent qu'un seul enjeu à la fois. Le Pentagone observe l'enjeu militaire, le Département d'État l'enjeu diplomatique, et Wall Street l'enjeu économique. Mais personne à Washington ne voit les trois enjeux simultanément. La Chine, elle, les voit tous les trois. Et elle joue sur les trois fronts en même temps.

Je voudrais maintenant aborder un point précis qui s'est produit ces dernières 24 heures, car il prouve, à mon avis, sans l'ombre d'un doute, que la Chine est la grande gagnante de cette guerre. Trump doit se rendre à Pékin à la mi-mai. Ce sera sa première visite en Chine en tant que président depuis 2017. Et le sujet le plus important à l'ordre du jour : le commerce, les droits de douane et les relations économiques entre les États-Unis et la Chine.

Considérons le contexte. La Chine venait de jouer un rôle déterminant dans la négociation d'un cessez-le-feu qui a sauvé Trump d'une catastrophe politique. À quelques heures de là, Trump aurait ordonné la destruction de l'ensemble des infrastructures civiles iraniennes : centrales électriques, ponts, tout. Le monde entier avait les yeux rivés sur l'Iran. Le pape Léon XIII a qualifié cette situation d'inacceptable. Même les sénateurs républicains commençaient à s'inquiéter. Puis, la Chine, agissant par l'intermédiaire du Pakistan, a permis d'obtenir un cessez-le-feu que Trump pouvait qualifier de victoire.

Trump a pris la parole sur True Social et a déclaré que c'était un grand jour pour la paix mondiale. Le marché s'est envolé. Le prix du pétrole s'est effondré. Trump est apparu comme un négociateur plutôt que comme un belliciste. C'est la Chine qui a orchestré cela. La Chine a offert cette victoire à Trump. À présent, à votre avis, que demandera la Chine en retour lors de la visite de Trump à Pékin le mois prochain ?

Je vais vous dire exactement ce que la Chine va demander : une réduction des droits de douane, un assouplissement des contrôles à l’exportation de semi-conducteurs et un allègement des sanctions imposées aux entreprises technologiques chinoises. Et Trump, qui vient de remercier publiquement la Chine pour le cessez-le-feu, a besoin de sa coopération pour maintenir l’Iran à la table des négociations et de prix du pétrole stables pour l’économie américaine. Il aura très peu de marge de manœuvre pour refuser. C’est le fruit du cessez-le-feu.

La Chine a contribué à mettre fin à la guerre non pas par souci de paix, mais pour se forger un avantage. Un avantage dont elle tirera profit le mois prochain à Pékin.

Et voici le point essentiel. C'est ce que je veux que vous compreniez vraiment. L'Amérique a dépensé des dizaines de milliards de dollars dans cette guerre. Des soldats américains sont morts. L'économie américaine a été ébranlée. Les prix du pétrole ont flambé. Les marchés se sont effondrés. Les alliés ont été déstabilisés. La réputation internationale de l'Amérique a été ternie. Et la Chine, qu'a-t-elle dépensé ? Des coups de téléphone. Vingt-six coups de téléphone du ministre des Affaires étrangères. Quelques échanges diplomatiques avec le Pakistan. C'est tout. Voilà l'investissement total de la Chine.

L'Amérique a dépensé des milliards et obtenu un cessez-le-feu qui s'effondre déjà. La Chine, quant à elle, a privilégié les appels téléphoniques et a renforcé son influence sur la relation bilatérale la plus importante au monde. C'est là toute la différence entre une stratégie de force et une stratégie de positionnement. L'Amérique frappe, la Chine se positionne, et le positionnement s'avère toujours plus efficace à long terme.

Je tiens à vous montrer que ce que fait la Chine n'a rien de nouveau. Ce schéma s'est répété tout au long de l'histoire et, à chaque fois, le résultat est le même : le pays qui combat perd, celui qui attend gagne. Le premier exemple auquel je reviens toujours est la guerre des Pelpénies. En 431 avant J.-C., Athènes et Sparte s'affrontèrent. Athènes était la superpuissance financière et culturelle, Sparte la superpuissance militaire. Le conflit dura 27 ans. Les deux camps furent anéantis : Athènes fut détruite, Sparte épuisée.

Et qui a gagné ? La Macédoine, un royaume du nord que tous considéraient comme insignifiant. Philippe de Macédoine a vu Athènes et Sparte s'entredéchirer. Il a bâti son armée. Il a développé son économie. Il a attendu. Et lorsque l'occasion s'est présentée, son fils Alexandre a conquis le monde grec tout entier. L'Amérique est Athènes, l'Iran est Sparte, la Chine est la Macédoine. Le parallèle est frappant.

Permettez-moi de vous donner un second exemple, à mon avis encore plus précis. Et celui-ci, je ne l'ai vu évoqué nulle part ailleurs : les guerres napoléoniennes. De 1803 à 1815, la France, sous Napoléon, affronta la Grande-Bretagne et le reste de l'Europe dans une série de guerres dévastatrices. La France possédait l'armée la plus puissante du monde. La Grande-Bretagne, la marine la plus puissante. Elles s'affrontèrent pendant plus d'une décennie. Et qui l'emporta ? Ni la France, ni la Grande-Bretagne.

En réalité, le véritable vainqueur fut les États-Unis d'Amérique. Pendant que l'Europe se déchirait, l'Amérique poursuivait discrètement son expansion vers l'ouest. Elle acheta la Louisiane à la France en 1803. Napoléon l'avait vendue pour financer ses guerres. Du jour au lendemain, l'Amérique doubla son territoire. Elle développa son économie. Elle resta à l'écart des conflits européens. Et en quelques décennies, elle devint la puissance dominante de l'hémisphère occidental. L'Amérique a conquis le XIXe siècle non pas en livrant les plus grandes batailles, mais en laissant les puissances européennes s'épuiser mutuellement, puis en comblant le vide laissé. C'est exactement ce que fait la Chine aujourd'hui.

Pendant que l'Amérique dépense des milliards dans des guerres au Moyen-Orient, la Chine achète des ressources en Afrique. La Chine construit des ports en Asie du Sud-Est. La Chine signe des accords commerciaux en Amérique latine. La Chine est en expansion tandis que l'Amérique s'épuise.

Première prédiction : la Chine obtiendra d'importantes concessions commerciales de Trump lors du sommet de mai à Pékin. Trump a publiquement remercié la Chine pour son rôle dans la conclusion du cessez-le-feu. Il a besoin de la coopération chinoise pour maintenir l'Iran à la table des négociations. Trump a besoin de prix du pétrole stables, et la Chine en est parfaitement consciente. Je prévois que le sommet de mai se traduira par une réduction significative des droits de douane sur les produits chinois, un assouplissement partiel des contrôles à l'exportation de semi-conducteurs et au moins une concession majeure sur les restrictions technologiques. Non pas que Trump souhaite faire ces concessions à la Chine, mais parce que la Chine dispose désormais d'un levier de négociation qu'elle n'avait pas il y a six semaines. Le cessez-le-feu lui a donné ce levier. Suivez le sommet de mai. Observez ce que la Chine obtiendra.

Deuxième prédiction : d’ici six mois, la Chine et l’Iran annonceront un élargissement de leur partenariat stratégique. La Chine a signé un accord de partenariat de 25 ans et de 400 milliards de dollars avec l’Iran en 2021. Cet accord était alors essentiellement symbolique. Nombre des investissements promis ne se sont jamais concrétisés en raison des sanctions. Mais cette guerre a tout changé. L’Iran est aujourd’hui plus dépendant de la Chine que jamais. La Chine achète désormais plus de 90 % du pétrole iranien. L’Iran a besoin de la technologie chinoise pour reconstruire ses usines détruites. L’Iran a besoin des investissements chinois pour reconstruire ses infrastructures. Je prévois que d’ici six mois, la Chine et l’Iran annonceront un élargissement majeur de ce partenariat, de nouveaux projets d’infrastructure, de nouveaux accords énergétiques et de nouveaux transferts de technologie. Cela accélérera l’initiative « la Ceinture et la Route » à travers l’Iran plus vite que prévu.

Troisième prédiction : l’essor du pétroyuan s’accélère. Avant ce conflit, l’idée de voir le pétrole échangé en yuans chinois plutôt qu’en dollars américains était surtout considérée comme une possibilité théorique, envisageable dans 10 ou 20 ans. Après ce conflit, ce changement sera beaucoup plus rapide. Voici pourquoi. Les États du Golfe ont vu les États-Unis mener une guerre de 40 jours sans parvenir à rouvrir le détroit d’Ormuz. Ils ont vu leurs infrastructures touchées par des drones iraniens. Ils ont vu les États-Unis menacer de détruire une civilisation entière. Et ils ont vu la Chine jouer discrètement les médiateurs de la paix.

Les États du Golfe se posent désormais une question très simple : quel est le partenaire le plus fiable ? Le pays qui déclenche des guerres qu’il ne peut terminer ou celui qui construit vos infrastructures et contribue à y mettre fin ? Je prévois que d’ici un an, au moins un grand pays producteur de pétrole – et je pense qu’il s’agira de l’Arabie saoudite – annoncera un important accord commercial pétrolier libellé en yuans chinois. Pas la totalité de son pétrole, peut-être 10 ou 20 %, mais même cela constituerait un bouleversement majeur, car une fois qu’un pays aura franchi le pas, d’autres suivront. Et lorsque cela se produira, le pétrodollar ne se contentera pas de s’affaiblir, il s’effondrera.

Quatrième prédiction, et c'est la plus importante. C'est celle que je veux que vous reteniez avant tout. D'ici 5 ans, ni 50, ni 20 ans, mais bien 5 ans, la Chine deviendra la puissance économique dominante au Moyen-Orient, surpassant les États-Unis.

(propos recueillis par Gail Tverberg)

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Iran : guerre à mort.....

Cette guerre n'a rien à voir avec la démocratie, les programmes nucléaires ou les droits des femmes. C'est l'affrontement final entre l'Empire et le reste de l'humanité, un combat où aucun camp ne peut céder : il se mènera jusqu'à la mort de l'un des deux.

Dans son entretien d'hier avec le colonel à la retraite Lawrence Wilkerson, le professeur Glenn Diesen a souligné la dimension mackindérienne de la géopolitique actuelle au Moyen-Orient (en référence à Halford Mackinder, l'un des pères fondateurs de la géopolitique britannique).

Le colonel Wilkerson, ancien chef de cabinet du secrétaire d'État américain Colin Powell, a acquiescé et a déclaré ce qui suit concernant l'une des cibles prioritaires de la campagne de bombardements américano-israélienne (extrait) :

« On bombarde à outrance cette voie ferrée que la Chine avait achevée, jusqu'au golfe Persique, et qui devait remonter jusqu'au cœur du Caucase… Ils la bombardent. Ils la bombardent sans relâche. Ils la bombardent tous les jours… C'est parce qu'ils savent où elle mène.

Et cette voie ferrée… va détourner 60 % du commerce que génère actuellement la Chine, soit probablement environ 40 % du commerce mondial, des mers, où l'Amérique exerce sa domination, si l'on peut dire – ou croit encore exercer sa domination – et la transférer sur terre. Nous n'en voulons pas. Nous n'en voulons absolument pas… »

La voie ferrée à laquelle Wilkerson faisait référence est le chemin de fer Chine-Iran, également connu sous le nom de corridor ferroviaire Chine-Iran ou liaison ferroviaire Xi'an-Téhéran, qui fait partie de l'initiative chinoise des Nouvelles Routes de la Soie. La ligne ferroviaire a été construite par la Chine comme principal corridor de fret terrestre (environ 10 400 km, soit 6 500 miles, reliant Xi’an en Chine au port sec d’Aprin, près de Téhéran), financée et fortement soutenue par la Chine.

Inaugurée en juin 2025, cette ligne a été conçue pour transporter le pétrole, les marchandises et le fret iraniens vers la Chine et au-delà beaucoup plus rapidement que par voie maritime, réduisant les délais d’acheminement de 15 à 20 jours et contournant les points de passage stratégiques tels que le détroit d’Ormuz et le détroit de Malacca. Plus tôt ce mois-ci [avril 2026], les États-Unis et Israël ont mené des frappes aériennes sur plusieurs tronçons et ponts de cette voie ferrée dans le cadre d’une campagne plus vaste, touchant 8 à 10 ponts et voies ferrées (par exemple, le pont ferroviaire de Yahya Abad dans la province de Kashan/Ispahan, des tronçons près de Karaj, Tabriz-Zanjan, Aminabad, Qom, et d’autres).

Pour comprendre l'importance et l'inquiétude de l'empire face au projet de chemin de fer Chine-Iran, il est essentiel d'examiner les impératifs géopolitiques à long terme de l'empire occidental. La guerre contre l'Iran n'est que le dernier épisode de plus de vingt ans de guerres impériales permanentes dans la région. Inutile de s'attarder sur les récits rocambolesques diabolisant le régime iranien, ni sur l'illusion que ce conflit soit lié à la démocratie et à la liberté, au programme nucléaire iranien, aux missiles balistiques, aux droits des femmes ou à tout autre prétexte acceptable.

Le véritable objectif stratégique de la guerre menée par l'empire contre l'Iran est le même que celui de la guerre contre la Russie en Ukraine, du conflit latent concernant Taïwan et des nombreux autres conflits qui couvent en Asie et en Afrique : préserver l'hégémonie de l'empire sur le continent eurasien. Cette stratégie géopolitique est née de l'Empire britannique et a été reprise par son successeur américain.

L'Iran, puissance pivot de l'Asie occidentale

En 1904, à la suite d'une étude approfondie de l'histoire et de la géographie mondiales, l'érudit et homme d'État britannique Sir Halford Mackinder publia un article fondamental intitulé « Le pivot géographique de l'histoire », dans lequel il soutenait que la focalisation exclusive de l'Empire britannique sur la puissance maritime était une erreur et que le destin du monde serait façonné par une puissance terrestre.

Il émit l'hypothèse que la viabilité à long terme des États dépendait crucialement de leur espace et de leur situation géographique et conclut que, de ce point de vue, les conditions optimales ne se trouvaient que dans les régions intérieures de l'Eurasie, qu'il nomma la Zone de pivot : une vaste étendue englobant approximativement la Russie, le Caucase, le Kazakhstan, l'Iran et l'Afghanistan.

Dans le modèle de Mackinder, la Zone de pivot est entourée par le Croissant intérieur ou marginal, qui comprend l'Europe, l'Afrique du Nord, l'Asie Mineure, la péninsule arabique, l'Inde, la Chine et le Japon, tandis que les terres du Croissant extérieur ou insulaire englobent le reste du monde.

Ce qui rendait la Zone de pivot stratégique, c'était son potentiel d'émergence en tant que puissance économique viable et indépendante, capable de donner naissance à un empire rival, notamment grâce aux améliorations apportées à ses communications et transports internes par le Transsibérien. La Russie était considérée comme la nation la mieux placée pour devenir cette puissance terrestre pivot :

Les territoires de l'empire russe et de la Mongolie sont si vastes, et leurs potentialités en matière de population, de blé, de coton, de combustible et de métaux si incalculables, qu'il est inévitable qu'un vaste monde économique, plus ou moins isolé, se développe, inaccessible au commerce maritime… À l'échelle mondiale, la Russie occupe la position stratégique centrale qu'occupe l'Allemagne en Europe. Elle peut frapper de tous côtés, sauf au nord.

Le plein développement de son réseau ferroviaire moderne n'est qu'une question de temps… Le basculement de l'équilibre des pouvoirs en faveur de cet État pivot, entraînant son expansion sur les territoires marginaux de l'Eurasie, permettrait l'exploitation des vastes ressources continentales pour la construction de flottes, et l'empire du monde serait alors à portée de main. Cela pourrait se produire si l'Allemagne s'alliait à la Russie.

Cette situation était perçue comme une menace existentielle pour l'empire, qu'il fallait neutraliser et détruire. Mackinder écrivait :

« Il me semble qu’au cours de cette décennie, nous sommes pour la première fois en mesure de tenter d’établir une corrélation entre les grandes généralisations géographiques et les grandes généralisations historiques… et de rechercher une formule qui exprime, à tout le moins, certains aspects de la causalité géographique dans l’histoire universelle… permettant ainsi de mettre en perspective certaines des forces en présence dans la politique internationale actuelle.»

À quelle formule faisait-il référence, et que voulait-il dire par « mettre en perspective certaines des forces en présence dans la politique internationale actuelle » ? Le langage prophétique de Mackinder préfigurait la géopolitique d’aujourd’hui :

« La menace d’un tel événement devrait donc inciter la France à s’allier aux puissances d’outre-mer, et la France, l’Italie, l’Égypte, l’Inde et la Corée deviendraient autant de têtes de pont où les marines extérieures appuieraient des armées afin de contraindre les alliés pivots à déployer des forces terrestres et de les empêcher de concentrer toutes leurs forces sur leurs flottes. »

En termes simples, Mackinder suggérait d'entourer la zone pivot d'un croissant de points chauds de crise et d'inciter des pays comme l'Italie, l'Égypte, l'Inde et la Corée à piéger la puissance pivot dans une série interminable de conflits épuisants et paralysants. Au cours des décennies suivantes, la géographie de ces points chauds désignés a évolué au gré des opportunités géopolitiques (avec la création de nouveaux États comme Israël, la Syrie, la Jordanie, l'Ukraine, le Pakistan, le Bangladesh…) et le discours de Mackinder a évolué en conséquence.

En 1919, il publia « Idéaux démocratiques et réalité », ouvrage dans lequel il rebaptisa la Zone Pivot « Cœur du Monde » et en explicita l’importance en des termes plus directs et moins prophétiques : « Qui contrôle l’Europe de l’Est contrôle le Cœur du Monde ; qui contrôle le Cœur du Monde contrôle l’Île-Monde ; qui contrôle l’Île-Monde contrôle le monde.» Par Île-Monde, Mackinder désignait la masse continentale eurasienne. La domination de cette masse continentale demeurait l’obsession inextinguible de l’Empire. En 1943, Mackinder écrivait :

« J’ai reformulé mon concept de Cœur du Monde, que je n’hésite pas à qualifier de plus pertinent et utile aujourd’hui qu’il ne l’était il y a vingt ou quarante ans.»

Le parasite impérial change d’hôte

À la fin de la Première Guerre mondiale, l’empire ayant épuisé son hôte britannique, la cabale parasitaire entreprit d’infiltrer un nouvel hôte : les États-Unis. Ce faisant, ils ont imposé leurs ambitions de domination mondiale et ont fait de leurs propres objectifs politiques ceux des États-Unis.

Henry Kissinger était l'un des disciples de Mackinder. Avec son protégé Zbigniew Brzezinski, il a fondé la Commission trilatérale, l'un des groupes de réflexion les plus influents au monde en matière de politique étrangère. Brzezinski lui-même deviendra un conseiller politique influent auprès de nombreuses administrations présidentielles, notamment celles de John F. Kennedy, Lyndon Johnson, Ronald Reagan et Jimmy Carter.

Kissinger et Brzezinski ont joué un rôle déterminant dans l'intégration de la géopolitique britannique à la politique étrangère américaine. Dans son ouvrage de 1997, « Le Grand Échiquier », Brzezinski écrivait : « Pour l'Amérique, l'enjeu géopolitique majeur est l'Eurasie… » Dans le même texte, il explique les raisons de l'obsession eurasienne de l'empire :

« L'Eurasie est le plus grand continent du globe et occupe une position géopolitique centrale. Une puissance qui domine l'Eurasie contrôlerait deux des trois régions les plus avancées et les plus productives économiquement au monde. […] Environ 75 % de la population mondiale vit en Eurasie, qui concentre également la majeure partie des richesses matérielles mondiales, tant dans ses entreprises que dans son sous-sol. L'Eurasie représente 60 % du PIB mondial et environ les trois quarts des ressources énergétiques mondiales connues. »

Les récits rassurants de l'empire

Bien sûr, toutes ces ressources énergétiques, ces infrastructures et cette main-d'œuvre nécessitent une démocratie et une liberté à la sauce occidentale, qu'on le veuille ou non. Aujourd'hui, cette démocratie est exportée avec la même sincérité que celle dont on faisait preuve envers le christianisme lorsque les Espagnols pillaient l'Amérique centrale et du Sud, ou envers la civilisation des sauvages lorsque la Grande-Bretagne, la France, la Belgique et les autres puissances coloniales européennes pillaient l'Afrique, l'Inde, la Chine et d'autres régions.

La motivation ultime des guerres impériales est, et a toujours été, la quête de contreparties (richesses naturelles et travail forcé). Tous ces discours sur la Russie et la Chine, les mollahs iraniens, la guerre contre la terre, les femmes et les filles, ou encore les armes de destruction massive, ne sont que des fables destinées à obtenir l'acquiescement des populations locales à la guerre. L'une d'elles est celle de la « seule démocratie du Moyen-Orient ». La citadelle de Jérusalem

Lorsque Mackinder évoquait les « nombreuses têtes de pont » capables d'encercler et d'asphyxier le cœur du pays, il mentionnait la France, l'Italie, l'Égypte, l'Inde et la Corée. Mais des têtes de pont bien plus efficaces ont été établies depuis, et la plus importante est sans doute l'État d'Israël. Le récit rassurant d'une patrie démocratique pour le peuple juif, longtemps opprimé, a servi le même dessein cynique que tous les autres récits du même genre : permettre à l'Empire de justifier d'innombrables atrocités au nom de la démocratie, de l'Holocauste, du statut de victime, etc.

La dure réalité du projet sioniste est bien plus sinistre : la création d'Israël en 1948 n'était rien de plus qu'une manœuvre géopolitique de l'Empire britannique. Bien avant l'Holocauste en Allemagne nazie, Sir Arthur Balfour adressait son fameux mémorandum à Lord Walter Rothschild, qui, pour une raison obscure, est considéré comme un fondement juridique valable pour la création d'un pays entièrement nouveau. Le véritable objectif fut clairement exposé par Mackinder :

« Si l’île-monde est inévitablement destinée à devenir le principal foyer de l’humanité sur cette planète, et si l’Arabie, en tant que voie de passage entre l’Europe et les Indes et entre le cœur nord et le cœur sud de l’Angleterre, est centrale à cette île-monde, alors la citadelle de Jérusalem occupe une position stratégique, au regard des réalités mondiales, qui n’est pas différente… de sa position idéale dans la perspective du Moyen Âge, ni de sa position stratégique entre l’ancienne Babylone et l’Égypte.»

Ces réflexions furent corroborées par les anciens membres de la Table ronde d’Alfred Milner dans un article du Manchester Guardian paru en novembre 1915. Ils expliquaient que « tout l’avenir de l’Empire britannique en tant qu’empire maritime » dépendait de la transformation de la Palestine en un État tampon peuplé « d’un peuple profondément patriotique ». Il est important de noter que cela se passait avant la Seconde Guerre mondiale et même avant le très important mémorandum Balfour. Concernant ce document, Mackinder déclara :

« Le siège national juif en Palestine sera l'un des résultats les plus importants de la guerre. C'est un sujet sur lequel nous pouvons désormais nous permettre de dire la vérité [notons qu'il est extrêmement rare que la cabale impériale britannique se soit jamais sentie en mesure de dire la vérité]… Un foyer national au centre physique et historique du monde devrait inciter le Juif à se « défendre »… »

Eh bien, le plan semble avoir fonctionné, et « le Juif » s'est effectivement « défendu ». Aujourd'hui, nous pouvons mesurer à quel point cela a bien fonctionné pour « le Juif », devenu le principal bourreau et la principale victime des guerres sans fin de l'empire, condamné à mener des guerres contre toute puissance « entre l'ancienne Babylone et l'Égypte » qui oserait contester l'hégémonie de l'empire dans la région. Malheureusement, rares sont ceux, parmi ce « peuple profondément patriotique » israélien, qui comprennent le cynisme pervers avec lequel on les a entraînés dans ce rôle. Le combat est à mort.

Les considérations exposées ci-dessus garantissent presque que la guerre contre l'Iran (et contre la Russie) se poursuivra et s'intensifiera jusqu'à la mort de l'un ou l'autre camp. Il faut bien comprendre que les lignes de fracture de ce conflit se situent, comme l'ont expliqué George Soros et d'autres, « entre deux systèmes de gouvernance ». D'un côté, l'empire occidental lutte pour son hégémonie. De l'autre, les puissances qui souhaitent rester indépendantes et refusent de devenir les colonies de cet empire.

Je crois que cette réalité est aujourd'hui bien comprise, imposant un choix radical à toutes les nations indépendantes : soit elles s'unissent dans la résistance, soit elles sont éliminées une à une par les forces impériales et leurs alliés. L'Iran ne peut donc se permettre de céder, pas plus que la Russie ou la Chine. Pour l'empire, l'accès à de nouvelles cibles est une question de survie et il ne cessera jamais de le rechercher à tout prix. Jusqu'à sa propre destruction totale, bien sûr.

Alex Krainer 10 avril 2026

[Publié initialement sur I-System TrendCompass le 10 avril 2026]

John Arnold, qui revient tout juste d'un voyage en Chine, écrit :

Les relations entre les États-Unis et la Chine se sont considérablement distendues depuis début 2020. Le nombre de vols entre les deux pays a diminué d'environ 70 %. Deux résidents de longue date avec lesquels je me suis entretenu ont indiqué que le nombre d'expatriés américains avait baissé de 50 à 75 % par rapport au pic atteint. Le nombre d'Américains étudiant en Chine a quant à lui chuté d'environ 90 %.

Autre constat :
les villes de deuxième à quatrième rang sont très calmes. Peu de voitures en circulation. On y croise peu de monde. Les ouvriers d’usine vivent dans des résidences universitaires. D’autres travailleurs résident dans des complexes résidentiels fermés, véritables quartiers autonomes. La livraison de repas et le commerce en ligne ont remplacé les sorties au restaurant et les achats en magasin.

Ces tendances permettraient de réduire considérablement la consommation d'essence.

Autre constat :
face à la complexification croissante des industries, la taille compte plus que jamais. Les grands pays peuvent financer la recherche et le développement de pointe, soutenir des bassins de main-d’œuvre qualifiés, amortir les coûts d’infrastructure et créer des chaînes d’approvisionnement robustes. Rares sont les pays capables d’être compétitifs en termes de coûts dans la production à forte valeur ajoutée.

Aussi:

Alors que la chaîne d'approvisionnement en infrastructures de transport et de réseau électrique est saturée aux États-Unis, la Chine dispose de capacités excédentaires. De nombreux témoignages font état d'une augmentation des achats d'équipements chinois par les développeurs de centres de données. Dans une usine, la moitié des transformateurs électriques étaient destinés aux États-Unis. Il semble y avoir une certaine confusion et des messages contradictoires de la part du gouvernement américain et des autorités de régulation locales concernant les équipements chinois autorisés sur le réseau. D'après ce que j'ai compris, leur présence est tolérée en périphérie du réseau, mais pas au sein de l'infrastructure principale de transport et de production.

Aussi:

Il y avait moins de grues que prévu, sans doute en raison de l'effondrement du marché immobilier chinois.

(communiqué par Gail Tverberg)

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Thierry Breton alerte sur un choc frontal entre les États-Unis et la Chine...

L’ancien commissaire européen Thierry Breton estime que les États-Unis se préparent à un monde marqué par une confrontation massive et directe avec la Chine. Selon lui, l’administration du président Donald Trump anticipe un « choc frontal » avec Chine, et met progressivement en place les conditions politiques, économiques et stratégiques d’une véritable économie de guerre.

Thierry Breton rejette l’idée selon laquelle Donald Trump serait entouré de responsables agissant sans vision. Il considère au contraire que les cercles proches du président américain savent précisément ce qu’ils font et s’inscrivent dans une continuité historique et stratégique. À ses yeux, il est essentiel de s’arrêter sur cette stratégie de fond pour comprendre la trajectoire suivie par Washington et le type de monde auquel les États-Unis se préparent.

Selon cette analyse, Donald Trump travaillerait depuis janvier 2025 à préparer l’opinion publique américaine à une confrontation de grande ampleur avec la Chine. Une dynamique qui ne serait pas totalement nouvelle, mais qui prendrait aujourd’hui une intensité particulière, avec une volonté assumée d’entrer dans une logique d’économie de guerre.

Dans ce cadre, la question énergétique occupe une place centrale. Thierry Breton souligne que la politique américaine autour du pétrole s’inscrit pleinement dans cette stratégie globale. Il évoque notamment la reprise de contrôle sur le pétrole du Venezuela, dont une partie significative était destinée au marché chinois. Selon lui, les États-Unis cherchent ainsi à réduire, voire à assécher, certaines sources d’approvisionnement stratégique de Pékin.

Cette logique s’étendrait également à d’autres pays producteurs. La Russie est déjà visée par des sanctions, tandis que l’Iran pourrait, selon Thierry Breton, constituer la prochaine étape de cette stratégie. Il estime que la chute éventuelle du régime iranien ne pourrait se produire sans une implication américaine, ce qui renforcerait encore le contrôle de Washington sur des ressources énergétiques majeures, historiquement tournées vers la Chine.

Au-delà du pétrole, l’ancien commissaire européen évoque l’émergence d’un possible troc stratégique entre hydrocarbures et terres rares, illustrant une recomposition des échanges mondiaux à l’aune des rivalités entre grandes puissances.

Dans cette lecture, les sanctions, les pressions économiques et les repositionnements géopolitiques actuels ne seraient pas des événements isolés, mais les pièces d’un puzzle plus large.

Pour Thierry Breton, l’ensemble des développements internationaux récents doit désormais être analysé à travers cette grille de lecture : celle d’une préparation méthodique à un affrontement stratégique majeur entre les États-Unis et la Chine.

Une confrontation qui, selon lui, pourrait redéfinir durablement les équilibres économiques, énergétiques et géopolitiques mondiaux.

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