El Nino gazette...

Publié le par ottolilienthal

El Niño frappe un système déjà en plein effondrement... Le véritable enjeu réside dans un système mondial qui perd déjà de sa résilience.

El Niño arrive avec une intensité inhabituelle. J'examine ici les zones susceptibles de subir les impacts les plus sévères, l'importance du moment de son apparition et les mesures concrètes que nous pouvons adopter alors que le système s'affaiblit davantage.

1. Introduction

Depuis plusieurs années, les océans affichent des températures élevées sans parvenir à se refroidir suffisamment entre les différents épisodes climatiques. Les prix des denrées alimentaires et de l'énergie ont grimpé en flèche après la dernière série de chocs sans jamais retrouver leur niveau initial. Les marchés des engrais et de l'énergie peinent encore à se remettre des récentes perturbations survenues dans le golfe. La banquise arctique a enregistré son étendue maximale hivernale la plus faible, et son étendue au début de l'été figurait parmi les plus basses jamais relevées. Cumulés, ces facteurs ont épuisé la marge de sécurité dont disposait le système mondial pour amortir les années difficiles.

C'est dans ce contexte qu'El Niño fait son apparition.

En juillet 2026, le phénomène El Niño est déjà en cours ; il s'intensifie et devrait perdurer jusqu'au printemps prochain. La NOAA estime à 97 % la probabilité qu'il se prolonge jusqu'au début du printemps 2027, avec 81 % de chances qu'il atteigne une intensité « très forte » entre octobre et décembre. Si cela se produit, il se classera parmi les épisodes El Niño les plus puissants jamais enregistrés depuis 1950.[1]

Cela suffirait en soi à constituer un événement majeur. El Niño est le principal moteur de la variabilité climatique interannuelle sur la planète : il redistribue la chaleur et les précipitations dans les zones tropicales, perturbe les moussons, accroît les risques de sécheresse dans certaines régions et d'inondations dans d'autres, tout en poussant les températures mondiales à la hausse avec un certain décalage.

Les températures mondiales à la surface des océans ont déjà battu les records pour un mois de juin. Copernicus signale que les températures quotidiennes moyennes à la surface des océans ont dépassé les sommets atteints en 2023 et 2024, culminant le 21 juin 2026. Les océans affichent des températures anormalement élevées depuis plusieurs années, sans le refroidissement qui suit habituellement ces phases.

Un épisode El Niño intense vient désormais se superposer à un océan qui ne s'est jamais véritablement remis de la précédente phase de réchauffement. L'épisode La Niña, qui aurait dû apporter un répit, a été bien plus faible que prévu. Les vagues de chaleur marines ont persisté, la reconstitution de la banquise est restée insuffisante et l'inflation n'est jamais revenue à son niveau de référence antérieur. Il en va de même pour les marchés de l’énergie et des engrais.

El Niño survient comme un facteur d’amplification, au moment précis où le système global dispose de moins de marge de manœuvre pour absorber un choc.

Nous assistons à une érosion de la résilience, qui se déroule au ralenti. Le niveau de référence ne cesse de baisser. Depuis le Covid, l’alimentation, l’énergie, le logement, les assurances, les finances publiques et les chaînes d’approvisionnement présentent tous ce même schéma : ils continuent de fonctionner, mais au prix de davantage de subventions, d’une complexité accrue et de tensions plus fortes, pour finalement offrir un niveau de stabilité moindre.

C’est le type de dynamique décrite par Joseph Tainter à propos des sociétés devant gérer une complexité croissante pour des rendements décroissants.

… et voilà qu’El Niño arrive, agissant comme un multiplicateur de force pour tous ces secteurs déjà sous tension.

2. L’Inde est le pays qui présente le risque humain le plus évident.

La mousson a déjà mal commencé : les précipitations de juin 2026 ont été inférieures de près de 40 % à la moyenne — faisant de ce mois le cinquième mois de juin le plus sec depuis 1901 — et les prévisionnistes s’attendent à ce que les pluies de juillet restent également en dessous de la normale. Pourquoi est-ce important ? Parce que la mousson apporte environ 70 % des précipitations annuelles de l’Inde, que près de la moitié des terres agricoles indiennes ne sont pas irriguées et que le mois de juillet constitue la période critique pour les semis de riz, de coton, de maïs et de soja.[3]

Les pluies récentes ont réduit le déficit national, mais la répartition reste inégale ; une nouvelle interruption de la mousson est prévue et les semis accusent déjà un retard par rapport à l’année dernière.[4] La crise climatique est, en fin de compte, une crise alimentaire.

Les conséquences s’enchaînent de manière assez directe : une mousson faible ou irrégulière fragilise les cultures, ce qui pèse sur les revenus ruraux et les prix des denrées alimentaires ; la chaleur qui l’accompagne fait grimper la demande d’électricité, ce qui met le réseau sous tension et aggrave, par ricochet, l’exposition à la chaleur des ménages les plus pauvres. À cela s’ajoute le coût des engrais : une anomalie climatique se transforme rapidement en un problème systémique global.

La chaleur représente l’autre risque majeur. Le danger réside dans la combinaison de températures élevées et d’une forte humidité, situation où la transpiration — principal mécanisme de refroidissement du corps — devient inefficace. Le seuil de 35 °C de température « au thermomètre-globe humide » marque approximativement la limite supérieure de survie humaine, mais des personnes tombent malades et meurent bien en deçà de ce niveau, en particulier si elles sont âgées, pauvres, travaillent à l’extérieur ou vivent sans système de refroidissement fiable.[13]

3. L’Australie est confrontée à une situation comparable.

Le Bureau de météorologie s'attend à un phénomène El Niño fort à très fort, avec environ la moitié de ses modèles indiquant un pic parmi les plus élevés depuis 1950. Les précipitations devraient être inférieures à la moyenne dans le sud et l'est de l'Australie de juillet à septembre, avec des températures supérieures à la moyenne dans la majeure partie du pays.[5]

Les risques sont à la fois la chaleur combinée à la sécheresse des sols, les incendies, le stress agricole, les coûts d’assurance et la demande d’énergie. Un dipôle positif de l’océan Indien (IOD) se développant parallèlement à El Niño ne ferait qu’aggraver la situation ; les deux ont l’habitude de se combiner.

L’Asie du Sud-Est est également exposée. La FAO signale un risque de sécheresse en Asie du Sud et du Sud-Est – Inde, Myanmar, Thaïlande, Cambodge, Vietnam, Philippines, Indonésie et Timor-Leste – le riz pluvial et le maïs étant les plus touchés.[6]

Cette portée s’étend bien au-delà de la région elle-même, car le riz, l’huile de palme, le café, le cacao, le sucre et les aliments pour animaux sont les produits par lesquels l’instabilité climatique atteint réellement les budgets des ménages.

4. Le Royaume-Uni est également exposé, mais pas de la même manière.

Les liens entre El Niño et la météo britannique sont indirects et vagues. Le Met Office note qu'El Niño peut faire basculer l'automne et le début de l'hiver vers des conditions plus douces, plus humides et plus venteuses, avec une période plus froide et plus calme plus tard en hiver, mais le lien avec le Royaume-Uni est lâche. ENSO est ici un facteur secondaire, pas l'événement principal.[7]

Le véritable risque pour le Royaume-Uni est la dépendance aux importations. Le Royaume-Uni dépend fortement des fruits, légumes et fruits de mer importés, la plupart provenant de pays confrontés à leurs propres pressions climatiques et hydriques.[8]

Les rayons pleins des supermarchés donnent l’impression d’un approvisionnement alimentaire stable, mais il s’agit là du résultat d’une chaîne d’approvisionnement longue, à forte intensité énergétique, dépendante du crédit et exposée au climat, et ne dit pas grand-chose de la résilience réelle de cette chaîne. Lorsque plusieurs régions productrices de produits alimentaires sont confrontées simultanément à des difficultés, le Royaume-Uni le ressent généralement d’abord à travers les prix : inflation persistante, portions plus petites, davantage de substitutions, assurances plus élevées et ménages les plus pauvres poussés au bord de l’adéquation nutritionnelle.

Les étagères vides arrivent plus tard, voire pas du tout. C’est l’inflation qui vous attire, et les plus défavorisés en font l’expérience de manière disproportionnée.

5. Le détroit d’Ormuz est autant une histoire d’engrais que de pétrole.

Le détroit transportait auparavant environ un tiers de l’urée commercialisée à l’échelle mondiale et près de la moitié du soufre maritime. Les expéditions ont commencé à se redresser après les récentes perturbations, mais les volumes restent inférieurs à la normale et de grandes quantités ont été retardées.[9]

Dans l’ensemble, la convergence semble extrêmement sérieuse. El Niño met les cultures à rude épreuve ; La perturbation d’Ormuz met l’accent sur les engrais ; le stress lié aux engrais augmente le coût du maintien des rendements ; le stress énergétique augmente les coûts de transport, d’irrigation, de transformation et de réfrigération. Les gouvernements réagissent alors par des subventions, des restrictions à l’exportation, des contrôles des prix ou des déblocages de stocks d’urgence.

C’est le signe d’un système qui manque d’élasticité. La mise à jour de la Banque mondiale sur la sécurité alimentaire va dans le même sens, avertissant que les prix des engrais augmentent fortement et que les effets d’une utilisation réduite des engrais pourraient ne pas se manifester avant les récoltes plus tard cette année.[10]

Ce décalage temporel est crucial : ces systèmes semblent fonctionner normalement jusqu'au moment où ils sont rattrapés par la réalité. Il convient également de prendre en compte certains signaux d'évolution plus lente en arrière-plan. Le Met Office a signalé que le maximum hivernal de la banquise arctique en mars 2026 a atteint un niveau historiquement bas ; l'étendue de la glace en juin figurait parmi les plus faibles jamais enregistrées à cette période, accompagnée d'une fonte précoce en bordure de l'Atlantique.[11] La circulation méridienne de retournement atlantique (AMOC) — qui contribue à maintenir un climat doux en Europe et influence les régimes de précipitations à l'échelle mondiale — subit une pression croissante due au réchauffement des mers, à la fonte des glaces et aux variations de salinité.[12]

Un épisode El Niño intense ne suffira pas, à lui seul, à provoquer un effondrement de l'AMOC. Toutefois, la banquise, la chaleur océanique, les prix des denrées alimentaires, les marchés des engrais, les finances publiques et les budgets des ménages montrent tous des signes de tension découlant de cette même perte de résilience sous-jacente. Le système continue de fonctionner, mais il exige désormais davantage d'énergie, de ressources financières et de complexité pour se maintenir.

6. Comment réagir ?

Pour la plupart des gens, la réponse la plus pertinente consiste à se constituer des marges de sécurité. Cela implique de stocker de la nourriture alors que les prix grimpent, de constituer des réserves d'eau face à la fréquence accrue des sécheresses et des vagues de chaleur, d'améliorer la qualité des sols alors que l'approvisionnement en engrais dépend des prix du gaz, de la géopolitique et des voies maritimes, et de conserver des semences alors que les chaînes d'approvisionnement mondiales continuent de faire preuve de fragilité.

Développer des compétences et des capacités locales constitue une réponse rationnelle face à un système dont la fiabilité diminue. Suivez une formation en conception permacole si cela vous est possible.

Pour les ménages au Royaume-Uni, les préparatifs judicieux sont assez évidents : augmenter les stocks de denrées de base et d'eau, améliorer les sols, acquérir des compétences en production alimentaire locale, prévoir des solutions de secours pour l'énergie, le chauffage, la climatisation et la cuisson, prêter une attention particulière à la nourriture et aux médicaments spécifiques pour animaux de compagnie (difficiles à remplacer), accroître ses capacités de culture et réduire sa dépendance aux modèles logistiques en flux tendus.

Si votre chat, votre chien ou tout autre animal de compagnie a des besoins alimentaires spécifiques, prenez-les en compte. Mon chat nécessite une alimentation vétérinaire pour les voies urinaires ; je conserve donc un stock de six mois au cas où le fabricant rencontrerait des perturbations.

En période de canicule, mettez de l'eau à disposition des animaux. C'est la moindre des choses, sachant que la civilisation humaine est à l'origine de l'effondrement de leur environnement.

Pour quiconque gère des terres, la leçon à retenir est de concevoir des systèmes capables de faire face à la variabilité — réchauffement, sécheresse et froid simultanés — plutôt que de se préparer à un scénario unique. Haies brise-vent, stockage d'eau, drainage, matière organique des sols, cultures rustiques, cultures sous abri, plantes vivaces côtoyant des cultures annuelles de base, compost, biochar, conservation des semences, systèmes à faibles intrants : aucune de ces mesures ne résout le problème de fond, bien entendu, mais chacune réduit la dépendance à l'égard de systèmes dont la fiabilité s'effrite.

7. Ce qu'il faut surveiller

Quelques indicateurs devraient permettre d'y voir plus clair au cours des prochains mois. La mousson indienne va-t-elle se rétablir en juillet et août ? L'Australie va-t-elle aborder le printemps dans des conditions chaudes et sèches, sous l'influence d'un dipôle de l'océan Indien (IOD) positif ? Les prix du riz, de l'huile de palme, du café ou du sucre vont-ils connaître une forte volatilité ? Les prix des engrais resteront-ils élevés et verra-t-on apparaître des restrictions à l'exportation ? La banquise arctique restera-t-elle à un niveau très bas lors de son minimum de fin d'été ? L'année 2027 semble-t-elle en passe de battre un nouveau record de température mondiale ?

Si plusieurs de ces facteurs convergent, la période 2026-2027 marquera un changement de palier irréversible plutôt qu'un simple événement ponctuel.

El Niño agit ici comme un facteur d'amplification. Le véritable enjeu réside dans la rencontre entre le dépassement des limites écologiques et un système dont la résilience est épuisée. Les chocs se propagent plus loin qu'auparavant. Le rétablissement prend plus de temps. Les coûts restent plus élevés après chaque choc. La complexité ne cesse de croître, tandis que les bénéfices qu'elle génère s'amenuisent.

Voilà ce qu'est la polycrise en termes simples : il ne s'agit pas d'un effondrement qui surviendrait mardi prochain, mais de l'avènement progressif et inégal d'un monde plus rude, à travers les canaux habituels que sont les prix, la météo, l'alimentation, l'eau, l'énergie, les migrations, la politique et les tensions institutionnelles.

Références

[1] NOAA Climate Prediction Center, ENSO Diagnostic Discussion, 9 juillet 2026.

[2] Copernicus Marine et Copernicus Climate Change Service, relevés quotidiens mondiaux de la température de surface de la mer, juin 2026.

[3] Reuters, « L'Inde met en garde contre des précipitations de mousson inférieures à la moyenne en juillet après un mois de juin particulièrement sec », 30 juin 2026.

[4] Reuters, « La mousson indienne devrait s'affaiblir dans l'ouest et le sud, ralentissant les semis », 9 juillet 2026.

[5] Australian Bureau of Meteorology, point sur l'ENSO et prévisions pour la période juillet-septembre, juin 2026.

[6] FAO, « El Niño arrive. Voici où les risques pour l'agriculture sont les plus élevés », juin 2026.

[7] UK Met Office, « El Niño déclaré pour 2026 alors que le Pacifique se réchauffe », juin 2026.

[8] Defra, Rapport 2024 sur la sécurité alimentaire du Royaume-Uni, Thème 2 : Sources d'approvisionnement alimentaire du Royaume-Uni.

[9] Reuters, expéditions d'engrais via le détroit d'Ormuz, juin 2026.

[10] Banque mondiale, Point sur la sécurité alimentaire, juillet 2026.

[11] UK Met Office, note d'information sur la banquise arctique et antarctique, juin 2026.

[12] Carbon Brief, explications sur l'AMOC, avril 2026.

[13] S.C. Sherwood et M. Huber, « An adaptability limit to climate change due to heat stress » (Une limite d'adaptabilité au changement climatique due au stress thermique), Proceedings of the National Academy of Sciences, 2010.

 Adrian Lambert 12 juillet 2026

https://adrianlambert.substack.com/p/el-nino-lands-on-a-system-already

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«Nous n’avons jamais eu de prévision d’un El Niño aussi puissant»...

Un expert alerte sur un El Niño d'une puissance inédite en cours de formation, qui risque de provoquer des phénomènes météorologiques extrêmes partout dans le monde...

Le phénomène climatique El Niño, actuellement en formation, devrait battre «des records» en termes d’intensité, a déclaré mardi un expert de référence, suscitant des inquiétudes quant aux sécheresses, inondations et autres phénomènes extrêmes qui l’accompagnent.

Les modèles de prévision laissent entrevoir un événement «extrême», a déclaré Tim Stockdale, expert d’El Niño au Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT), une organisation intergouvernementale. Selon M. Stockdale, El Niño ne ressemble cette fois à rien de ce qu’il a observé au cours de plus de trois décennies d’études du phénomène.

«Je pense qu’il est tout à fait juste de dire que nous n’avons jamais eu de prévision d’un El Niño aussi puissant», a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse, en précisant que les modèles de prévisions climatiques convergent tous en ce sens. «Je m’attends à ce qu’il batte des records», a déclaré M. Stockdale lors d’une conférence de presse, précisant toutefois que «rien n’est garanti».

Changements à l'échelle mondiale

El Niño est une variation naturelle du climat qui réchauffe les températures de surface dans le centre et l’est de l’océan Pacifique équatorial, entraînant des changements à l’échelle mondiale au niveau des vents, de la pression atmosphérique et des régimes pluviométriques. Il se produit généralement tous les deux à sept ans et dure environ neuf à douze mois.

Combiné au changement climatique d’origine humaine, le dernier El Niño a contribué à faire de 2023 la deuxième année la plus chaude jamais enregistrée et de 2024 l’année la plus chaude de tous les temps. Ce phénomène météorologique peut aussi entraîner des sécheresses dans certaines régions du monde et des inondations dans d’autres.

Vendredi, l’ONU avait déjà alerté sur un renforcement rapide d'El Niño en cours qui devrait atteindre une «forte intensité» entre juillet et septembre (niveau 3 sur 4), augmentant la probabilité de phénomènes météorologiques extrêmes dans le monde.

AFP

https://www.20min.ch/fr/story/climat-le-prochain-el-nino-devrait-battre-des-records-d-intensite-103598380

Responsable de la stratégie des matières premières chez Saxo : « El Niño menace de perturber les prix des denrées alimentaires et de l’énergie à l’échelle mondiale »...

Après une période durant laquelle les marchés mondiaux ont été principalement influencés par les changements monétaires, les conflits commerciaux et l’instabilité géopolitique, les facteurs climatiques redeviennent un facteur déterminant, écrit Ole Hansen, responsable de la stratégie des matières premières chez Saxo Bank. L’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) a confirmé l’arrivée d’El Niño dans le Pacifique tropical, ce qui laisse présager une instabilité accrue des prix des matières premières au cours des 6 à 18 prochains mois.

Les données historiques issues d’épisodes marquants, tels que ceux de 2015-2016 et de 1997-1998, suggèrent que de telles configurations peuvent profondément perturber les secteurs mondiaux de l’exploitation minière, de l’énergie et de l’agriculture. Les tendances actuelles de l’indice océanique El Niño laissent entrevoir la possibilité d’un « Super El Niño », qui amplifierait ces risques.

Secteur agricole

Le secteur agricole est généralement le plus sensible à ces changements. La production de riz est une préoccupation majeure, car la diminution des pluies de mousson en Asie du Sud-Est et en Inde pourrait menacer la sécurité alimentaire et inciter les pays à restreindre leurs exportations.

Les marchés du sucre sont confrontés à une double menace : la sécheresse en Thaïlande et en Inde pourrait faire baisser les rendements, tandis qu’un excès d’humidité au Brésil pourrait nuire aux récoltes. De même, le cacao et le café Robusta sont menacés par le stress thermique et les précipitations irrégulières en Afrique de l’Ouest et en Asie du Sud-Est.

À l’inverse, certaines régions pourraient en bénéficier ; l’Argentine enregistre souvent de meilleurs rendements pour le maïs, le blé et le soja grâce à des précipitations accrues. En Amérique du Nord, El Niño crée un clivage géographique, apportant des hivers plus humides en Californie et dans le sud des États-Unis, tandis que le nord et le Canada connaissent des conditions plus douces et plus sèches.

Approvisionnements alimentaires mondiaux

Malgré ces risques, les approvisionnements alimentaires mondiaux semblent actuellement stables. L’indice mondial des prix alimentaires de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) n’affiche qu’une hausse modeste de 2 pour cent au cours de l’année écoulée, les stocks importants et la forte production qui ont suivi la crise entre l’Ukraine et la Russie en 2022 ayant contribué à amortir la hausse des prix. Cependant, l’accès aux engrais et l’évolution des conditions météorologiques restent des variables critiques.

Évolutions de l’offre et de la demande énergétiques

Les secteurs énergétiques sont confrontés à une situation à double tranchant : la fluctuation de l’offre et de la demande. En Asie, la hausse des températures entraîne généralement une forte augmentation des besoins en climatisation, ce qui accroît la consommation d’électricité.

Lorsque cela coïncide avec une baisse de la production hydroélectrique due à la sécheresse, les services publics se tournent souvent vers le gaz naturel et le charbon thermique. Cela pourrait intensifier la concurrence entre l’Asie et l’Europe pour les cargaisons de GNL, ce qui pourrait faire grimper les prix.

Imprévisibilité du marché

En fin de compte, le retour d’El Niño ajoute une nouvelle couche d’imprévisibilité à un marché déjà mis à rude épreuve par les tensions macroéconomiques et politiques. Plutôt qu’une hausse uniforme des prix, ce phénomène météorologique devrait entraîner une plus grande volatilité et des divergences entre les différentes matières premières. Les investisseurs et les parties prenantes se concentreront principalement sur l’intensité du phénomène et sur l’ampleur des perturbations qu’il causera aux infrastructures mondiales dans les secteurs de l’électricité, de l’exploitation minière et de l’agriculture.

https://fr.businessam.be/responsable-de-la-strategie-des-matieres-premieres-chez-saxo-el-nino-menace-de-perturber-les-prix-des-denrees-alimentaires-et-de-lenergie-a-lechelle-mondiale/

Le phénomène El Niño qui s’annonce risque d’être intense… et ce n’est qu’un début..

Le dérèglement climatique va amplifier les effets dévastateurs d’El Niño, quel que soit son niveau d’intensité, alerte “New Scientist”. Mais il pourrait aussi contribuer à rendre ce phénomène naturel plus fort et plus fréquent selon certains modèles.

Un “El Niño XXL” s’apprête à déferler sur la planète, à en croire les titres de certains journaux. [ Le 11 juin, la NOAA, l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique, a confirmé que le phénomène El Niño avait commencé.] La plupart des modèles prévoient qu’il aura une intensité modérée, mais quelques-uns avancent qu’il pourrait être très puissant, voire déboucher sur ce que l’on appelle un “super El Niño”. D’où les gros titres.

À lire aussi : Climat. L’Indonésie se prépare à un El Niño “Godzilla”

Cela dit, la situation globale n’est pas du tout rassurante. Quel que soit le degré d’intensité de cet épisode, il faut s’attendre dans les futures décennies à des phénomènes El Niño encore plus destructeurs. Même s’ils ne seront pas tous forcément très intenses, leurs effets seront démultipliés par le réchauffement climatique.

Axel Timmermann, chercheur à l’Université nationale de Pusan, en Corée du Sud, explique :

“Même un épisode d’El Niño classique aura des répercussions plus graves à l’échelle régionale et mondiale.”

Plus inquiétant encore, des études menées par Axel Timmermann et d’autres scientifiques suggèrent qu’El Niño et La Niña, [les deux phases opposées d’un phénomène oscillant] regroupés sous l’acronyme “Enso” (pour “El Niño – oscillation australe”), vont devenir plus forts et commenceront à influencer les conditions météorologiques dans l’océan Atlantique également, ce qui aggravera leurs effets.

“Les dernières simulations de nos modèles informatiques prévoient une bascule vers une recrudescence des épisodes d’El Niño et de La Niña beaucoup plus intenses, ainsi qu’une intensification de leurs effets sur des régions pourtant éloignées, en particulier l’Europe”, avertit Axel Timmermann.

À lire aussi : Science. Qu’est-ce qu’El Niño, le phénomène qui pourrait faire son retour en 2026 ?

Le phénomène El Niño est avant tout une affaire de masses d’eau et de vents dans le Pacifique. En temps normal, lorsque les conditions sont dites “neutres”, les alizés soufflent vers l’ouest le long de l’équateur. Ils poussent ainsi les eaux de surface dans cette direction, ce qui accumule de l’eau chaude dans la partie occidentale de l’océan Pacifique. Pour remplacer ces masses d’eau déplacées, des eaux froides remontent des profondeurs le long des côtes de l’Amérique du Sud. Parallèlement, l’air chaud et humide s’élève au-dessus des masses d’eau chaude à l’ouest, ce qui déclenche de fortes précipitations.

Parfois, cependant, ces alizés faiblissent, voire s’inversent, permettant à une partie de ces eaux chaudes de refluer vers l’est. La zone de pluies se déplace alors elle aussi dans cette direction, ce qui peut accentuer les vents d’est. C’est l’un des mécanismes qui favorise la formation d’El Niño. Ce déplacement vers l’est provoque également des sécheresses dans des régions comme l’Australie et l’Indonésie, et des inondations en Amérique du Sud.

C’est également pour cette raison que les épisodes d’El Niño entraînent un réchauffement rapide de la surface du globe. Le déploiement des masses d’eau chaude accentue l’évaporation : l’énergie emmagasinée par l’océan est alors libérée sous forme de chaleur lors de la formation des nuages, ce qui transfère des quantités considérables de chaleur du Pacifique vers l’atmosphère.

Plus de 3 °C par rapport à la normale

L’intensité de ces épisodes dépend de la quantité d’eau chaude qui reflue vers l’Amérique du Sud et de la distance qu’elle parcourt vers l’est. Pour la mesurer, on évalue les écarts de températures du Pacifique dans les bassins central et oriental par rapport à la normale.

Même si les définitions varient, on considère qu’El Niño est en formation quand il y a une anomalie de température de la surface de l’océan de 0,5 °C. Un “super El Niño” n’est pas une expression scientifique, mais elle pourrait être utilisée quand cette anomalie dépasse 2 °C, et un “El Niño XXL” quand elle est supérieure à 3 °C, explique Adam Scaife, du Centre Hadley, qui fait partie du Met Office [le service national britannique de météorologie].

À mesure qu’El Niño se forme, d’autres phénomènes s’enchaînent. C’est le cas en particulier de l’accumulation de nuages au-dessus de l’océan Pacifique tropical, qui a pour effet de réduire les températures. Cela favorise un retour à des conditions neutres ou amorce une transition vers La Niña, un phénomène durant lequel les alizés d’est se renforcent et font remonter les eaux profondes et donc froides plus loin vers l’ouest que d’ordinaire.

À lire aussi : Climat. Le déséquilibre énergétique de la Terre atteint un niveau record

Les trois épisodes d’El Niño les plus intenses jamais enregistrés ont eu lieu en 1982-1983, en 1997-1998 et en 2015-2016. Tous trois ont eu des conséquences très graves pour les populations et la faune, et entraîné notamment le dépérissement important des massifs coralliens et d’autres espèces marines.

Chaque “super El Niño” fait également des milliers de milliards de dollars de dégâts, selon une étude de Christopher Callahan, chercheur à l’université de l’Indiana, publiée [dans Science] en 2023. “Nos résultats démontrent que l’ampleur des pertes économiques est directement liée aux records de chaleur de l’océan Pacifique, explique-t-il. Si un épisode d’El Niño très intense survient cette année, il faut s’attendre à des conséquences économiques catastrophiques, de l’ordre des événements précédents.”

Avec le réchauffement de la planète, les phénomènes El Niño, qu’ils soient modérés ou très intenses, vont provoquer encore plus de dégâts. “Les données scientifiques sont très claires là-dessus”, assure Richard Allan, de l’université de Reading, au Royaume-Uni.

“Choc climatique”

Les inondations liées à l’Enso vont devenir plus intenses parce qu’il y a aura plus d’humidité dans l’atmosphère, et donc des précipitations plus importantes en volume, expose Richard Allan. Et les périodes de sécheresse seront plus longues et plus intenses parce que le sol sèche plus vite quand il fait plus chaud.

À lire aussi : Climat. Au Zimbabwe, la sécheresse fait planer le spectre de la famine

Certains modèles climatiques indiquent également que le réchauffement de la planète va accélérer les mécanismes qui régissent l’Enso. Cela pourrait se traduire par des épisodes d’El Niño et de La Niña plus violents, s’enchaînant à un rythme plus rapide. Ce “choc climatique” sera encore plus difficile à gérer pour nos sociétés dans un monde en plein réchauffement.

“Cela se traduirait, dans de nombreuses régions du monde, par des alternances bien plus brutales entre des années de pluies torrentielles et des années de sécheresse”, prévient Malte Stuecker, chercheur à l’université d’Hawaii et membre de l’équipe d’Axel Timmermann.

Pis encore, selon leurs recherches, ces fluctuations incessantes amèneraient [le phénomène naturel qu’est] l’Enso à exercer une influence sur un autre mécanisme climatique, appelé “oscillation nord-atlantique”, et à se synchroniser avec lui. L’Europe subirait alors, elle aussi, une alternance terrible d’inondations et de sécheresses. Malte Stuecker souligne :

“Ce serait un changement radical pour l’Europe, car, avec le climat actuel, El Niño n’a pas d’effet majeur sur les conditions météorologiques en Europe.”

S’il est désormais quasi certain que des épisodes d’El Niño d’une intensité semblable à celle d’aujourd’hui feront plus de ravages, la possibilité de voir le phénomène gagner encore en puissance suscite beaucoup plus de réserves. “L’évolution d’El Niño et de La Niña divise profondément la communauté scientifique”, constate Adam Scaife.

Tous les modèles climatiques ne prévoient pas une intensification d’El Niño, précise-t-il. En revanche, nombre d’entre eux s’accordent sur le fait que les liens avec d’autres régions du monde, comme l’Atlantique, vont se resserrer. Par conséquent, les répercussions d’El Niño au-delà du Pacifique risquent de s’accentuer.

À lire aussi : Carte. La crise climatique en Europe : inondations à l’Ouest, chaleur intense à l’Est

Même si les épisodes d’Enso devaient s’emballer, ce ne sera pas le cas indéfiniment, nuance Axel Timmermann. Cette intensification est en partie alimentée par le réchauffement rapide des eaux de surface [jusqu’à 100 mètres de profondeur] dans la majeure partie de l’océan Pacifique. Dès que les eaux profondes commenceront à se réchauffer à leur tour, réduisant ainsi l’écart de température, le phénomène Enso devrait logiquement perdre de sa force, explique le chercheur.

Seul hic, l’enfant terrible du Pacifique ne devrait pas commencer à s’assagir avant les années 2150. En attendant, vous pouvez attacher vos ceintures.

Michael Le Page Traduit par Mélanie Liffschitz

Lire l’article original

https://www.courrierinternational.com/article/climat-le-phenomene-el-nino-qui-s-annonce-risque-d-etre-intense-et-ce-n-est-qu-un-debut_244874

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Le phénomène climatique El Niño a commencé, un pic "historique" attendu en fin d'année...

Ce phénomène, synonyme de sécheresses, inondations et températures record dans le monde, pourrait devenir en fin d'année l'un des plus intenses jamais enregistrés...

Le phénomène naturel El Niño a officiellement commencé. Il pourrait devenir en fin d'année l'un des plus intenses jamais enregistrés, a annoncé jeudi 11 juin l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique (NOAA).

L'agence estime à 63% le risque d'un phénomène très fort entre novembre et janvier, ce qui le classerait parmi les épisodes les plus intenses jamais enregistrés depuis le début des mesures en 1950. Ce phénomène climatique naturel revient tous les deux à sept ans.

Peur de la famine

Le phénomène est naturel mais s'ajoute à un climat déjà réchauffé par les activités humaines, ce qui fait craindre le pire. Cette combinaison est "redoutable", prévient Marc Alessi, du groupe Union of Concerned Scientists. "Les températures mondiales pourraient facilement atteindre des niveaux record", notamment cet hiver, alerte-t-il.

Dans la région dite du "Corridor sec", région couvrant des parties du Guatemala, du Honduras, du Salvador et du Nicaragua, le retour d'El Niño fait craindre une réduction de moitié des précipitations et alimente la peur de la famine. En Afrique de l'Est, il pourrait "frapper des communautés déjà mises à mal par les sécheresses et les inondations de ces dernières années", prévient Mohamed Adow, du centre de réflexion Power Shift Africa au Kenya.

Craintes pour 2027

"Les conditions El Niño jetteront de l'huile sur le feu d'une planète qui se réchauffe. Les impacts seront encore plus forts et ressentis encore plus loin. Ils traverseront les frontières à une vitesse dévastatrice", a alerté début juin le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, dans une vidéo. Le phénomène connaîtra son pic cet hiver. Il dure habituellement de neuf à douze mois.

Une fois passé, la planète n'en aura pas fini avec El Niño. La chaleur océanique se dissipe lentement et peut continuer à faire grimper les températures mondiales l'année suivante. Cela explique que de nombreux climatologues craignent que 2027 batte le record de l'année la plus chaude jamais enregistrée.

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https://www.franceinfo.fr/environnement/le-phenomene-climatique-el-nino-a-commence-un-pic-historique-attendu-en-fin-d-annee_8056418.html

Vous avez sûrement entendu parler d’El Niño. Gigantesque va-et-vient affectant masses d’air et températures océaniques, c’est l’un des régulateurs cycliques du climat. Il survient tous les deux à sept ans et le dernier épisode en date a été observé entre 2023 et 2024, poussant les températures globales au-dessus du seuil symbolique de +1,5 °C. En 2026, les climatologues s’attendent à un épisode important : El Niño pourrait amplifier les vagues de chaleur et les sécheresses de l’Océanie à l’Amazonie.

Autour de moi, beaucoup de gens espèrent à mi-voix que cela remettra le climat au centre des politiques mondiales. Pour comprendre pourquoi c’est une hypothèse optimiste, il faut aller lire ou relire le génial Génocides tropicaux de Mike Davis, paru en 2000. L’historien y suit le célèbre voyage de l’ancien président américain Ulysses S. Grant, parti faire un tour du monde en 1877. En Egypte, en Inde, en Chine, l’ancien président ne cesse de croiser la famine. Partout, la terre est « dure, brune et calcinée ». C’est comme s’il suivait les traces d’un « monstre dont l’épouvantable trajectoire de destruction s’étendait du Nil à la mer Jaune ».

Les années 1876-79 sont en effet marquées par des sécheresses d’ampleur biblique, qui se répéteront jusqu’à la fin de l’ère victorienne, et qui provoqueront l’une des plus grandes hécatombes de l’histoire humaine. Les contemporains de Grant se rendirent très vite compte qu’il y avait là une catastrophe planétaire – l’estimation du nombre de morts varie aujourd’hui entre 20 et 50 millions – et l’attribuèrent aux taches solaires. Ce n’est qu’un siècle plus tard, à la fin des années 1960, qu’émergea l’explication que nous tenons encore pour juste : celle d’un épisode particulièrement marqué d’El Niño.

Mais ce que montre Mike Davis, c’est que les famines de 1877 ne furent pas une fatalité tombée du ciel. Les populations de ce qui allait devenir le tiers-monde – Davis en fait un moment fondateur – furent broyées par « l’interaction maléfique » entre El Niño et l’impérialisme européen. Certes, les sécheresses affaiblissaient les cultures, mais les administrateurs coloniaux amplifiaient le phénomène par un mélange de racisme, d’incurie et de dogmatisme aveugle. « Les grandes famines victoriennes ont été les transformateurs et les accélérateurs des mêmes forces socio-économiques qui avaient facilité leur occurrence à l’origine. »

L’analyse faite par Davis a été critiquée, mais elle avait le mérite de montrer avec précision qu’il n’y a jamais de catastrophe purement « naturelle ». Avec cette référence en tête, on peut se demander ce que provoquera un fort El Niño dans le monde de Trump. Quand les grandes puissances sont lancées dans une course à l’accaparement des ressources, quand l’agriculture est déjà affectée par le renchérissement des engrais du fait de la guerre en Iran, on voit bien comment des sécheresses intenses pourraient déstabiliser des pays et en favoriser d’autres. Davis rappelle d’ailleurs que lors d’épisodes El Niño « la production céréalière américaine est le plus souvent en antiphase météorologique avec les […] mauvaises récoltes » ; les Etats-Unis profitant de l’occasion pour vendre leurs surplus au reste du monde… 

Rémi Noyon 10 06 26

https://420ppm.substack.com/p/veille-1-une-histoire-de-monstre?utm_source=post-email-title&publication_id=2373144&post_id=198158260&utm_campaign=email-post-title&isFreemail=true&r=216vfx&triedRedirect=true&utm_medium=email

Ces capteurs sous-marins servent à traquer El Niño: Donald Trump veut s'en débarrasser...

Le président américain a obtenu le démantèlement progressif de près de 900 capteurs utilisés pour surveiller les océans. Une décision qui inquiète profondément les chercheurs chargés de prévoir les épisodes climatiques extrêmes.

La Fondation nationale pour la science américaine (NSF) a annoncé le 21 mai le démantèlement d'un réseau tentaculaire de 900 capteurs sous-marins au large des côtes américaines, explique un article du site Gizmodo. Une nouvelle exigence de l'administration Trump, alors que le projet avait coûté 368 millions de dollars (317 millions d'euros) aux contribuables américains.

Pourquoi c'est grave? D'abord, parce que ces dispositifs sous-marins sont indispensables pour établir des modèles et des prévisions de température. Des prévisions qui sont aujourd'hui le seul moyen d'anticiper les ravages d'El Niño, ce phénomène climatique provoquant des épisodes de chaleur extrême et de sécheresses sur les côtes américaines régulièrement. «Ce manque d'information va devenir très handicapant», s'est inquiété l'océanographe Ed Dever, qui a participé à diriger ces capteurs dans le Pacifique nord, auprès de l'Associated Press.

Le réseau d'instruments comprend notamment un dispositif d'observation des océans (OOI), un programme que Donald Trump a plusieurs fois essayé de faire disparaître depuis 2025, jusqu'à finalement réussir ce mois-ci. L'OOI a annoncé retirer un des capteurs le 16 juin prochain et estime que le réseau sera entièrement détruit d'ici à 2027.

L'initiative a collecté une quantité immense de données des fonds marins depuis sa création en 2015. Au-delà de prévoir El Niño –qui s'annonce particulièrement violent cette année– le dispositif permet à la Californie de surveiller les tsunamis et les séismes, de repérer les eaux à faible taux d'oxygène, appelées «dead zones» et, plus généralement, de réunir des données inaccessibles par satellites ou n'importe quel instrument de surface. Tout avait été conçu pour que le réseau dure entre vingt-cinq et trente ans… mais c'était sans compter sur Donald Trump.

De l'argent précieux jeté à l'eau 

Le projet est aussi un pilier de la recherche scientifique indépendante et collaborative sur la question des océans à l'échelle mondiale. La mise en place d'un dispositif au fond de la mer d'Irminger, au nord de l'océan Atlantique, était le fruit d'un effort international pour comprendre les ralentissements de certains courants dus au changement climatique. Ces modifications de courants pourraient être la cause d'une augmentation des températures extrêmes et de catastrophes naturelles cataclysmiques sur l'ensemble du globe.

Face à de tels enjeux, le coût d'entretien du réseau est relativement faible avec 48 millions de dollars par an (41,2 millions d'euros), soit 0,003% du montant des dépenses facultatives du gouvernement. Une paille comparé à ce que le ministre de la Guerre, Pete Hegseth, aurait dépensé en 2025 en homard et autres objets luxueux, tout cela aux frais du contribuable américain.

De son côté, l'administration Trump a déclaré que la décision s'inscrivait dans une stratégie visant à «favoriser le soutien aux priorités scientifiques en évolution et aux technologies émergentes». Autrement dit, l'argent ira à l'IA plutôt qu'à la surveillance des courants marins.

«Renoncer à un investissement de 368 millions de dollars dans un système de pointe, un exploit d'ingénierie déjà financé par le peuple américain, relève de la myopie», s'est indigné Chris Robbins, directeur associé de l'ONG Ocean Conservancy, auprès du New York Times.

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Cerise sur le gâteau, un "Super El Nino" est en train de se préparer dans le Pacifique. Le Super El Nino, c'est comme Musk sous kétamine et une tronçonneuse dans la main. 

Vivement que l'on puisse aller se réfugier sur Mars. 

https://2000watts.org/index.php/energies-fossiles/peak-oil/1480-energies-economie-petrole-revue-mondiale-mai-2026.html

 

El Niño 2026 : un stress test grandeur nature pour les réseaux électriques renouvelables...

Et si le prochain El Niño révélait les fragilités cachées de la transition énergétique ? En bouleversant vents, pluies et températures, le phénomène climatique pourrait mettre les réseaux électriques renouvelables face à leur plus grand test de résilience...

Les réseaux électriques ont été pensés comme des infrastructures relativement prévisibles. Aujourd’hui, avec la montée en puissance des énergies renouvelables, la météo devient l’un des grands chefs d’orchestre du système énergétique mondial. Justement, les signaux envoyés par le Pacifique inquiètent les climatologues.

Climat : acteur direct de l'électricité

Selon la NOAA, le système d’alerte ENSO est désormais placé sous « El Niño Watch », avec une probabilité de 82 % de voir El Niño émerger entre mai et juillet 2026, et 96 % de chances qu’il persiste jusqu’à l’hiver 2026-2027. Sous la surface de l’océan Pacifique équatorial, les températures augmentent déjà depuis six mois consécutifs.

Ce phénomène climatique naturel, lié à un réchauffement anormal des eaux du Pacifique tropical, ne se contente pas de modifier les températures mondiales. Il déplace les régimes de pluie, perturbe les vents et transforme l’ensoleillement à l’échelle planétaire. Et donc, il agit directement sur les trois piliers des énergies renouvelables, l’hydroélectricité, l’éolien et le solaire.

L'hydroélectricité en première ligne

C’est souvent l’énergie renouvelable la plus vulnérable face aux variations climatiques. Sans pluie, les barrages perdent leur capacité à produire. L’exemple du barrage de Kariba, en Afrique australe, reste spectaculaire.

Lors du dernier épisode El Niño de 2023-2024, le niveau du réservoir est tombé à un record historique, provoquant un effondrement de la production électrique en Zambie et au Zimbabwe, deux pays fortement dépendants de cette infrastructure.

L’énergie « verte » n’est pas automatiquement résiliente face aux extrêmes climatiques.

En Colombie, où l’électricité repose à plus de 80 % sur l’hydroélectricité, même des épisodes El Niño modérés ont réduit les apports d’eau des réservoirs d’environ 14 %. Le Soudan et la Namibie ont eux aussi subi d’importantes pertes de disponibilité hydroélectrique.

Le solaire et l'éolien ne disparaissent pas...mais se déplacent

Contrairement à une idée reçue, El Niño ne fait pas « tomber en panne » les renouvelables. Il modifie leur géographie. Dans certaines régions touchées par la sécheresse, le ciel plus dégagé peut augmenter le rayonnement solaire et donc améliorer la production photovoltaïque. Mais ailleurs, les changements de mousson ou de circulation atmosphérique réduisent l’ensoleillement.

Même logique pour le vent. Pendant El Niño, certaines zones d’Asie du Sud ou des Caraïbes enregistrent un affaiblissement des vents, ce qui réduit la performance des éoliennes.

Le rapport WMO–IRENA 2024 montre d’ailleurs que ces anomalies climatiques deviennent déjà visibles dans les chiffres énergétiques mondiaux. En Afrique australe, les capacités éoliennes ont progressé de +8 à +16 %, tandis que le solaire gagnait +2 à +6 %. À l’inverse, l’Asie du Sud a subi des déficits simultanés de production éolienne et solaire.

Une demande électrique qui explose avec la chaleur

Toutefois, au moment où certaines productions renouvelables ralentissent, les besoins en électricité augmentent fortement. Les vagues de chaleur poussent des millions de foyers à utiliser davantage la climatisation. En Asie du Sud, les anomalies mensuelles de la demande électrique ont atteint environ +16 % en octobre 2024.

Nous entrons dans une nouvelle ère énergétique où les extrêmes climatiques influencent simultanément l’offre et la demande d’électricité.

À l’échelle mondiale, le rapport estime que la demande énergétique liée au climat a augmenté de 4 % par rapport à la moyenne 1991-2020. Et cela survient dans un monde où les capacités renouvelables dépassent désormais 4 400 gigawatts.

Anticiper pour éviter les crises

L’un des grands enseignements du rapport WMO–IRENA est la montée en puissance des prévisions climatiques saisonnières. Les modèles du Centre européen ECMWF sont désormais capables d’anticiper plusieurs mois à l’avance certaines anomalies régionales de production solaire ou de demande électrique.

Concrètement, ces prévisions peuvent aider à mieux gérer les barrages, planifier les échanges d’électricité entre pays ou préparer les réseaux aux pics de consommation.

Des recherches menées en Amérique latine montrent même qu’en combinant intelligemment l’hydroélectricité, le solaire et l’éolien selon leurs complémentarités géographiques et saisonnières, il serait possible de réduire la variabilité des renouvelables jusqu’à 65 % et de multiplier par cinq le niveau minimal de production disponible, y compris pendant les sécheresses liées à El Niño.

La transition énergétique ne dépend donc pas uniquement des technologies. Elle dépend aussi de notre capacité à comprendre le climat, à l’anticiper et à construire des systèmes suffisamment souples pour vivre avec ses bouleversements.

Mamy Nirina Rolland Randrianarivelo

Référence de l'article

Organisation météorologique mondiale. (2026, 13 janvier). Climate variability emerges as both risk and opportunity for global energy transition.

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