« L’Amazonie, notre dernier rempart, est en train de basculer... »

Publié le par ottolilienthal

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Pire sécheresse du bassin amazonien : enjeux environnementaux et climatiques...

Le bassin de l’Amazone connaît la pire sécheresse jamais enregistrée, poussant le niveau des rivières à des niveaux historiquement bas. Cette sécheresse sévère a entraîné l’assèchement complet de certaines voies d’eau autrefois navigables.

À Tabatinga, au Brésil, à la frontière avec la Colombie, la rivière Solimoes, un affluent important de l’Amazone, a atteint son niveau le plus bas jamais enregistré. En aval, à Tefé, un bras du Solimoes a entièrement disparu, ne laissant derrière lui que des monticules de sable là où l’eau coulait autrefois. Les journalistes de l’agence Reuters qui ont survolé la région dimanche ont pu le constater de visu.

Conséquences environnementales

Le lac Téfé, un habitat crucial pour les dauphins roses, s’est également complètement asséché. La sécheresse de l’année dernière a entraîné la mort de plus de 200 dauphins dans ce même lac, soulignant la situation désastreuse de ces créatures menacées.

« Nous sommes confrontés à une année extrêmement critique », a déclaré Romulo Batista, porte-parole de Greenpeace, soulignant la gravité de la sécheresse actuelle. Il a souligné que plusieurs mois de l’année en cours ont battu les records établis l’année dernière. Cette sécheresse persistante a eu des effets dévastateurs au Brésil et en Amérique du Sud, en provoquant des incendies de forêt généralisés, en asséchant la végétation et en recouvrant les villes de fumée.

Répercussions du changement climatique

M. Batista a souligné que le changement climatique n’est pas une menace lointaine, mais une réalité présente plus forte que prévu. La rivière Solimoes à Tabatinga est actuellement 4,25 mètres en dessous de son niveau moyen pour la première moitié du mois de septembre. À Tefé, le niveau de la rivière est inférieur de 2,92 mètres à la moyenne de l’année dernière et devrait continuer à baisser, atteignant potentiellement son niveau le plus bas jamais enregistré.

À Manaus, la plus grande ville d’Amazonie, où le Solimoes et le Rio Negro se rejoignent pour former l’Amazone, le niveau du Rio Negro est sur le point d’atteindre un record de basses eaux, comme en octobre dernier. Le chef indigène Kambeba a expliqué que la sécheresse avait déjà frappé à la même période l’année dernière, mais que la situation est encore pire cette année.

https://fr.businessam.be/bassin-amazonien-secheresse-record/

L’Amazonie subit une saison record de feux de forêt...

La sécheresse et la chaleur exceptionnelles de 2023 expliquent l’ampleur des incendies de forêt au Brésil, en particulier en Amazonie. Face à la multiplication des foyers, le gouvernement suspecte des actions criminelles.

Le nombre de feux en Amazonie atteint de nouveaux records. Le seul mois d’août a enregistré 38 226 hot spots, ces zones identifiables depuis les photos satellites qui montrent des taches rouges de forte chaleur révélatrices d’un incendie. Un nombre jamais atteint depuis 2010, selon l’agence Reuters. Deux autres biomes brésiliens sont également touchés par de nombreux feux de forêt : la grande zone humide du Pantanal et le Cerrado plus au sud, proche de São Paulo, selon le recensement des feux par l’Institut national de recherches spatiales du Brésil.

En cause, un nouveau record de sécheresse et de chaleur en 2023. Ce phénomène est lié à un épisode El Niño amplifié par le changement climatique, selon une publication parue dans Nature en avril dernier. La saison des pluies, qui arrive normalement à la fin de l’hiver austral en septembre, n’est intervenue cette année que fin décembre 2023.

« L’écosystème forestier est fragilisé par des périodes de sécheresse plus longues et plus intenses, explique l’un des auteurs, Jhan Carlo Espinoza, climatologue à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et basé au Pérou. 2005 avait atteint un record de sècheresse centenaire, qui s’est répété en 2010 puis en 2015… En 2023, nous avons observé l’effet sur la végétation, avec une perte de verdure et un stress hydrique important. Et on peut s’attendre à ce que la situation s’aggrave, puisqu’en général le pic de la saison des feux est en septembre. »

Incendies criminels

Mais pas de feux de forêt sans la main de l’homme. En effet, les départs de feu sont très majoritairement d’origine humaine, que les raisons soient accidentelles, pour déforester des zones à exploiter, ou criminelles. Cette troisième raison pourrait expliquer une partie de l’ampleur de la catastrophe actuelle, en particulier dans le sud-est. La ministre brésilienne de l’Environnement a en effet évoqué fin août des actions criminelles tout en déclarant son pays « en guerre » contre le feu, alors que Brasília et São Paulo suffoquent et que des écoles ont fermé à cause des fumées, rapportait le Guardian le 26 août.

« Plusieurs observateurs brésiliens suggèrent en effet que des partisans de Jair Bolsonaro, l’ex-président brésilien, pourraient être en cause dans de nombreux départs de feu, pour décrédibiliser la politique de protection de la forêt relancée par le gouvernement Lula », commente Plinio Sist, directeur de l’unité forêts et sociétés au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad).

L’actuel président poursuit en effet sa politique zéro déforestation. Ses deux premiers mandats de 2003 à 2010 avaient permis de réduire de 80 % la déforestation de l’Amazonie brésilienne.

Savanisation de l’Amazonie

En modifiant localement le climat, la déforestation contribue aussi à la sècheresse et donc aux incendies. « Avec des collègues argentin, colombien et américain, nous avons montré [dans une étude de mai 2023] que dans les zones de forte déforestation dans le sud de l’Amazonie, la période des pluies est plus courte », explique Jhan Carlo Espinoza, spécialiste de l’Amazonie. En effet, l’écosystème forestier tropical contribue à l’humidité du climat amazonien. Plus la forêt disparaît, plus le climat s’assèche localement.

Le changement climatique n’a pas fini de malmener l’Amazonie, alors que l’année 2023 pourrait être une année normale en 2050. « Comment la forêt va-t-elle réagir à ces nouvelles conditions ? La communauté scientifique est très inquiète sur l’avenir de l’Amazonie, craignant une bascule de la forêt tropicale vers une savane arborée, s’alarme le climatologue. La savanisation de l’Amazonie était une hypothèse dans les années 1970, elle est déjà observable dans le sud. »

4 septembre 2024

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Les forêts, poumons de la Terre, sont menacées de dépérissement. Les arbres se montrent beaucoup plus vulnérables à la sécheresse que ce que les scientifiques imaginaient. Quand ils manquent d'eau, ils font des embolies : des bulles d'air obstruent les vaisseaux de transport de la précieuse sève des racines à leurs cimes. Un dessèchement fatal les guette. Toutes les espèces sont concernées : feuillus ou conifères. Tous les climats également : humides ou secs.

 

Pour la première fois, une vaste étude internationale jette un regard global sur ce phénomène. Sur plus de 220 espèces réparties dans 80 régions aux climats variés, leurs conclusions, publiées en ligne dans la revue Nature mercredi  21 novembre, pointent une vulnérabilité alarmante pour l'avenir des écosystèmes.

 

Environ 70 % des arbres étudiés seraient sur le fil du rasoir, fonctionnant à la limite de l'embolie. Leurs marges de manœuvre sont étroites, qu'ils poussent en zone tropicale, en zone tempérée ou en zone de type méditerranéen. "Tous les arbres et toutes les forêts du globe vivent en permanence à la limite de leur rupture hydraulique. Il y a donc une convergence fonctionnelle globale de la réponse de ces écosystèmes à la sécheresse", résume Hervé Cochard, chercheur à l'INRA, à Clermont-Ferrand, et coauteur de l'étude pilotée par Brendan Choat, de l'université Western Sydney (Australie), et Steven Jansen, de l'université d'Ulm (Allemagne).

 

Cette découverte étonnante conduit à envisager des scénarios catastrophe, sur lesquels les chercheurs ne se prononcent pas : les évolutions prévues du climat devraient être marquées par des épisodes de sécheresse plus fréquents. Une mortalité accrue des arbres fait planer sur les écosystèmes une nouvelle menace, non prise en compte actuellement dans les scénarios climatiques.

 

DES CHERCHEURS TRANSFORMÉS EN PLOMBIERS DE LA BIOSPHÈRE

 

Pour aboutir à ces constats, les chercheurs se sont transformés en plombiers de la biosphère, afin de sonder l'état de santé des systèmes vasculaires de transport du liquide nutritionnel chez les plantes. La probabilité d'apparition de bulles d'air dans la sève augmente si l'arbre est contraint d'aspirer plus fort la sève dans ses ramifications. C'est ce qui arrive en cas de fortes chaleurs, qui augmentent la transpiration de l'arbre, ou lors d'une carence en eau, qui oblige la plante à pomper intensément.

 

Ce phénomène d'embolie ou de cavitation a été mesuré dans les années 1960 en utilisant des microphones enregistrant l'éclatement de ces bulles. Depuis, les techniques ont été perfectionnées et les chercheurs sont capables de mesurer à partir de quelle pression dans la sève la conduction hydraulique est diminuée de moitié par la formation de bulles. Ce seuil de vulnérabilité est ensuite comparé à la pression de sève, mesurée in situ pour différentes espèces.

 

Mauvaise surprise, les scientifiques ont découvert que cette différence est finalement faible pour la majorité des espèces recensées. "Que les forêts de type méditerranéen, soumises à des sécheresses, soient proches de ce seuil n'est sans doute pas étonnant. Mais même les forêts tropicales ont peu de marge de manœuvre", constate Hervé Cochard.

"J'ai pu récemment observer en Guyane que la saison sèche, particulièrement aride cette année, a causé des dégâts. Les plantes pourront sans doute s'en sortir, mais que se passera-t-il si ces épisodes se multiplient ?", s'interroge Jérôme Chave, du laboratoire Evolution et diversité biologique du CNRS, à Toulouse.

 

 LES ARBRES PEUVENT "MOURIR DE FAIM", PAS SEULEMENT DE SOIF

 

En 2010, dans la revue Forest Ecology and Management, une autre équipe avait alerté sur le nombre inquiétant de forêts affaiblies par la sécheresse. Les 88 zones recensées depuis 1970 n'étaient pas toutes en zone aride, et leur nombre était en augmentation.

 

"La tendance à la hausse se poursuit. En vingt ans, les superficies connaissant un dépérissement des forêts ont été multipliées par quatre. Dans l'Ouest canadien, c'est une zone équivalente à la forêt française qui est dans ce cas", précise Michel Vennetier, de l'Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture, à Aix-en-Provence, coauteur de l'étude de 2010. Le chef de cette équipe, Craig Allen, plaide d'ailleurs pour un observatoire mondial du dépérissement des forêts, trop de zones, comme la Russie, restant hors des radars faute de données fiables.

"Il est un peu exagéré de faire des problèmes d'embolie la cause unique des dépérissements et mortalité des arbres. D'autres causes existent", note Hendrik Davi, de l'INRA à Avignon. Les arbres peuvent, par exemple, également "mourir de faim" suite à une sécheresse, et pas seulement de soif.

 

Le premier réflexe d'un arbre soumis à un stress hydrique ou de température est de fermer les organes qui lui permettent d'échanger avec l'extérieur, les stomates. Cela pour éviter la transpiration. Mais ce faisant, le CO2 n'est plus absorbé, et la photosynthèse ne peut plus produire les sucres nécessaires à la croissance. Celle-ci ralentit. L'arbre puise alors dans ses réserves, jusqu'à l'épuisement et éventuellement la mort.

 

 "DISPOSER DE DONNÉES PHYSIOLOGIQUES MONDIALES"

 

La fin peut être accélérée par l'arrivée d'insectes, comme les scolytes, qui profitent de cet affaiblissement du végétal pour le coloniser. Les "légistes" ont donc souvent du mal à identifier une cause unique lors d'un décès. "Au minimum, ce phénomène de cavitation est un facteur déclenchant. Le seuil que nous avons estimé est aussi le seul trait physiologique pour lequel nous ayons une vision globale", indique M. Cochard.

 

Son équipe a constaté que les arbres ont des capacités d'adaptation. Ainsi, selon leurs estimations, 40 % des feuillus vivent au-dessus du seuil d'embolie, alors que seuls 6 % des conifères en sont capables. Ce qui prouve que des stratégies de résistance existent. Mais leurs mécanismes ne sont pas encore compris, et les auteurs notent que "ces réparations ne peuvent fonctionner que si les périodes de sécheresse sont suivies de précipitations suffisantes pour revenir à la normale".

"En Provence, les années suivant la canicule de 2003 ont également été très sèches, et nous avons constaté des mortalités importantes sur les pins sylvestres, les sapins et les chênes-lièges quelques années après", rappelle Michel Vennetier.

 

"C'est important pour nous de disposer de données physiologiques mondiales. Nous pourrons ainsi les intégrer dans nos modèles climatiques tenant compte de la végétation et faire le lien entre les échelles globales et locales. Mais il est trop tôt pour se prononcer sur les conséquences de la découverte de ces risques d'embolie", estime Nicolas Viovy, du Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (CEA-CNRS-université de Versailles-Saint-Quentin), spécialiste de ces questions de modélisation.

 

David Larousserie

 

 

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