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Publié le par ottolilienthal

Blé français : on ne manquera pas de pain, mais...

Ouf: en plein conflit russo-ukrainien, et malgré les divers aléas météorologiques subis ces derniers mois, la production de blé tendre français se maintient à un niveau correct. Mais avec des rendements en légère baisse et "d'une hétérogénéité inédite", selon l'interprofession de la filière. Le directeur scientifique Agriculture de l'Inrae, Christian Huyghe, décrypte pour nous la situation.

Les moissons ont commencé, et avec elles émergent les premières estimations de production, en plein conflit russo-ukrainien : « Le rendement de blé tendre en France devrait atteindre 69,5 quintaux par hectare en 2022, soit 3% de moins que la moyenne des 10 dernières années », annonce Intercéréales, l'interprofession du secteur, avec Arvalis - Institut du végétal.

Des rendements très hétérogènes

Avec « une production de qualité, qui affiche une teneur moyenne en protéines d'environ 11,6 % » - une valeur conforme à la moyenne décennale.

Une production encore abondante mais avec « une hétérogénéité inédite » de la récolte sur tout le territoire, au sein d’une région et même au sein d’une même exploitation.

Une succession d'aléas météorologiques sévères

En cause : principalement la sécheresse et la canicule, auxquelles sont venus s'ajouter des épisodes ponctuels de gel et de grêle.

Christian Huyghe, directeur scientifique Agriculture à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement, évalue la situation : 

Que nous disent ces premiers chiffres de production de blé ?

Les rendements annoncés semblent moins problématiques que ce qui avait été anticipé. Ils sont quand même en légère baisse par rapport à la moyenne sur dix ans. Sachant que dans ces dix années, il y a une année qui a été très mauvaise, en raison des gigantesques inondations qui avaient touché le pays fin mai, début juin. On avait alors eu un rayonnement très faible sur la période. On parle d'hétérogénéité, et c'est vrai : dans le sud par exemple, le niveau des récoltes s'annonce très bas.

A quoi cela est-il dû ?

La profondeur des sols a joué un rôle déterminant. Les sols peu profonds, les plus maigres, avec une faible réserve hydrique, ont énormément souffert quand les autres ont plutôt résisté. Mais le cycle est plus court que d'habitude, de 10 à 12 jours. C'est la conséquence d'une année beaucoup plus chaude que la moyenne, avec des rendements tout de même inférieurs à une moyenne sur dix ans déjà handicapée par l'année 2016. Et il faut s'attendre à des rendements qui baissent encore à l'avenir...

En plein conflit avec l'Ukraine, cette production est-elle suffisante ?

Il faut relativiser : la France exporte en moyenne 50% de son blé, essentiellement vers le marché intérieur européen. On pourra assurer une très grande partie de nos engagements internationaux. Et on sera aussi en mesure de couvrir les besoins en interne : nous ne manquerons pas de pain, avec plutôt des blés de qualité. Mais on ne compensera pas l'absence du blé ukrainien, ce qui n'est pas surprenant : quand la crise ukrainienne est survenue, les semis étaient faits depuis longtemps.

On a beaucoup surestimé les effets de la guerre ?

Il faut remettre l'église au cœur du village: l'Ukraine, c'est environ 1,5% du marché mondial des céréales. C'est l'épaisseur du trait. Mais ça suffit à mettre le système en tension. D'abord par réaction au début d'une guerre, et c'est normal. Ensuite parce qu'il y a des démarches un peu spéculatives dessus - ce qui est un peu moins normal. Mais la crise ukrainienne, du point de vue du marché des céréales, est d'abord et surtout une crise pour les Ukrainiens.

Faut-il s'attendre à des prix élevés ?

Les cours vont rester structurellement assez élevés. Pas tant à cause de la guerre que de l'incidence du changement climatique. Les effets d'une guerre sur une production agricole, malheureusement on les connaît et on sait réagir. On a du recul. En revanche, on n'arrive pas à prédire les accidents liés aux extrêmes climatiques : où, quand, comment ils surviennent. On sait qu'ils vont être plus fréquents, plus forts, mais c'est tout. Il n'y a que le gel qu'on arrive, un peu, à prévoir. Parce que des hivers plus doux font mûrir les cultures plus tôt, et les exposent donc plus à des épisodes de gels après la montaison.

« Sur la première phase du cycle, les blés se sont bien implantés et bien développés à la faveur d’un automne et d’un hiver doux, détaille Intercéréales. La sécheresse, qui s’est étendue du printemps jusqu’à la fin de cycle est le fait marquant de cette campagne, et se solde par des impacts forts sur les densités d’épis, notamment en sols superficiels. L’effet bénéfique du rayonnement sur la fertilité des épis a permis une compensation notable des conditions pénalisantes de la montaison, en particulier dans les sols profonds. Le retour des pluies de début juin a permis de retrouver sur les zones les plus tardives des conditions plus favorables au remplissage des grains », précise François Laurent, directeur recherche et développement d’Arvalis – Institut du végétal

La filière compte sur l'innovation

Dans un contexte [...] marqué par la guerre en Ukraine et des sécheresses [...], le blé français est au rendez-vous pour répondre à tous les besoins de notre marché intérieur et assurera son rôle à l’international

Jean-François Loiseau

Face aux défis posés par le réchauffement climatique, la filière compte notamment sur les « NBT », ou nouvelles techniques de sélection des plantes : « Pour nous, c'est une source d'espoir très forte. On doit répondre à des enjeux de production, sociétaux, environnementaux... et on sait que l'innovation est une réponse. On espère qu'elle sera au rendez-vous, pour choisir des variétés plus adaptées aux aléas qu'on rencontre. Par exemple des variétés plus résistantes à la sécheresse sur des parcelles qui y sont très exposées. » 

 

Joël Carassio

Guerre en Ukraine, faim dans le reste du monde ?

On découvre une vraie guerre en Europe, impression de revenir 80 ans en arrière… mais là il ne s’agit plus, comme on en avait « l’habitude », d’un pays pauvre, désertique et montagneux, mais de grandes puissances agricoles (en particulier céréalières) et énergétiques. Et les conséquences en chaine vont être énormes pour l’agriculture et l’alimentation mondiale. Il faut entrer dans le détail pour bien comprendre les vrais enjeux, et le risque qu’au bout du compte il y ait davantage de morts de faim dans les pays du sud que d’européens morts de la guerre…

On a du mal à produire assez de céréales dans le monde

La demande de céréales n’a cessé d’augmenter dans le monde, et s’est beaucoup accélérée dans les dernières décennies.

D’une part parce que la population ne cesse d’augmenter, à raison de 75 millions de terriens de plus chaque année. Nous approchons les 8 milliards de terriens, contre 1,8 en 1900 et 6,3 en 2000, et nous allons rapidement atteindre les 10 milliards !

D’autre part parce que l’élevage mondial s’est énormément développé, pour répondre à la demande des classes moyennes de plus en plus nombreuses qui veulent manger de la viande et boire du lait, deux produits qui sont en quelque sorte des « concentrés de végétaux ». Un végétarien correctement alimenté consomme environ 200 kilos de céréales par an, un carnivore consomme en plus toutes les céréales consommées par les animaux qu’il mange, et quadruple sa ponction sur les ressources, passant à 800 kilos de céréales, plus les protéines végétales afférentes, comme le soja, le colza et le tournesol. Actuellement plus de la moitié du blé mondial et 80 % du maïs sont mangés par nos poulets, cochons, canards, lapins et veaux ! Songeons par exemple que depuis les années 60 la consommation de viande des chinois est passée de 17 à 60 kilos annuels, alors que la population doublait. Bref la Chine a multiplié par 8 sa consommation de viande, ce qui représente une énorme ponction supplémentaire sur les ressources mondiales.

Or les terres propices à la production céréalières dans le monde sont fort limitées ; on tente sans arrêt d’en rajouter, en particulier en défrichant les forets tropicales de façon totalement irresponsable… mais dans le même temps, on en urbanise, bétonne, pollue, érode autant, ce qui fait que les surfaces consacrées aux blé, maïs, riz, etc. n’augmentent plus depuis 70 ans : on sème toujours environ 200 millions d’hectares de blé et autant de maïs, et 100 de riz !

On se rattrape donc sur la productivité à l’hectare ; ça a été le miracle de l’agriculture intensive, de la « révolution verte » des années 50-80. On a réussi à multiplier par 3,5 les productions mondiales de blé et de riz et 5,5 celle de maïs, alors que la population n’était multipliée, elle que par 2,4. Les presque 8 milliards de terriens d’aujourd’hui ont beaucoup plus de chance de manger du blé ou du riz que lorsque nous n’étions que 3 milliards !

Le problème vient du fait que la croissance n’est jamais éternelle : l’agriculture dite « moderne » shootée au pétrole, aux engrais et aux pesticides produit sa propre perte et ses inconvénients ont vite fait de rattraper ses avantages : baisse de la fertilité et de la biodiversité, pollutions, résistances aux pesticides, érosion, etc. ont amené à un plafond et, dans nos pays très « modernes », la productivité n’augmente plus depuis 25 ans, et varie de plus en plus avec les incidents climatiques. On est passé de 20 à 70 quintaux à l’hectare entre 1960 et 1985, et on y est toujours en 2020 !  Certains voient le salut dans le passage à la bio. Or, si cette dernière respecte davantage la planète, elle produit… deux fois moins, autour de 30 quintaux à l’hectare, et malheureusement avec une remarquable stabilité là aussi depuis 25 ans !

Peu de pays sont exportateurs de céréales, dont la Russie et l’Ukraine

Il y a un qu’un petit nombre de pays du monde qui sont favorables à l’agriculture intensive, et en particulier à la production de céréales, riz, blé et maïs.

Parmi ceux-là, certains se contentent de nourrir leur propre population, très nombreuse, et donc n’exportent pratiquement rien. C’est le cas de la Chine, premier producteur mondial de riz et de blé, et deuxième producteur de maïs, mais qui s’en sert intégralement pour nourrir ses 1,4 milliards d’habitants,

Le pays le plus peuplé du monde, dont la consommation annuelle de viande par personne est passée en 40 ans de 15 à 60 kilos, et dont l’agriculture était extrêmement inefficace du temps de Mao-Tsé-Toung, arrive maintenant à nourrir 1/5 de la population mondiale sur seulement 1/10 des terres agricoles, et avec énormément de problèmes hydrauliques. Pas sans travail, si l’on songe que la moitié des 60 000 barrages du monde sont chinois ! La Chine arriverait désormais à se nourrir correctement si jamais toutes les frontières mondiales se fermaient (au prix néanmoins d’une forte diminution de sa consommation de viande).

Cela étant, pas de chance, justement cette année la Chine a fait une très mauvaise récolte de blé, à cause de pluies diluviennes. Elle s’apprête donc justement à en importer de grandes quantités, ce qu’elle ne faisait plus depuis des années…

Le commerce international de céréales ne représente qu’une petite part de la production ; car la grande majorité des grains sont en fait consommés dans las pays que les produisent. Par exemple en 2020 pour le blé, il n’y a que 119 millions de tonnes qui ont franchi une frontière sur les 761 millions qui ont été produits.

Les pays qui produisent de façon significative, c’est-à-dire davantage que ce qu’ils ne consomment eux-mêmes, et sont donc capables d’exporter, sont fort peu nombreux ; pour le blé ce sont la Russie (qui a produit 76 millions de tonnes en 2021 et souhaite en exporter 35), les USA, le Canada, l’Ukraine, la France et quelques autres pays européens, et quelques autres comme l’Australie et l’Argentine… les bonnes années, car il arrive peu souvent que la récolte soit au top dans chacune de ces zones, et de plus en plus fréquemment pour des raisons climatiques.

Pour le riz, il s’agit de l’Inde, du Pakistan, du Vietnam, de la Thaïlande et des USA.

Pour le maïs, on trouve les Etats-Unis, le Brésil, l’Argentine et de nouveau l’Ukraine.

L’Ukraine, qui dispose de grandes étendues de terres parmi les plus fertiles de la planète, a beaucoup amélioré son agriculture, laquelle avait malheureusement beaucoup stagné du temps du communisme. Rappelons que, dans les années 30, le cours mondial du blé se négociait à Odessa, et non pas à Chicago comme aujourd’hui. Elle exporte couramment du blé vers l’Indonésie et l’Egypte, de l’orge vers la Chine et la Turquie, du maïs vers la Chine, l’Espagne, les Pays-Bas. Elle assure à elle seule la moitié des exportations mondiales de tournesol, vers plusieurs pays européens dont la France (qui lui achète chaque année entre 4 et 600 000 tonnes de tourteaux de tournesol)…

En termes de surfaces, l’Ukraine dispose de 33 millions d’hectares de terres arables, et la France 29, mais toutes ne sont pas semées en céréales ou protéagineux (elles comptent par exemple les prairies permanentes et les vergers et vignobles pérennes). D’après la FAO, en 2020, l’Ukraine a récolté 14,9 millions d’hectares de céréales et la France 8,9. En matière d’oléagineux, la différence est plus importante : 10 millions d’hectares récoltés en Ukraine contre 2 en France… On peut parier que les surfaces situées à l’est du pays ne seront pas semées, et émettre des doutes sur la possibilité de récolter celles qui sont à l’ouest, si la guerre se prolonge…

Ce qui est d’ores et déjà acquis, c’est une augmentation quasiment sans précédent du prix mondial des céréales. Ce dernier est en effet fixé, non pas par le niveau de production globale sur la planète, mais essentiellement par la disponibilité de le petite partie qui est exportée.

On peut voir sur ce graphique de « l’indice mondial des prix des céréales » élaboré par la FAO que, fin février 2022, il avait déjà dépassé les niveaux de 2007-2008, où on avait déploré des émeutes de la faim dans 36 pays, et ceux de 2010, où il avait été une cause directe des révolutions arabes. Et il serait naïf de croire qu’il ne va pas continuer à grimper d’ici l’été, et donc très probablement provoquer à nouveau des conséquences géopolitiques spectaculaires. L’agence onusienne estime qu’il pourrait encore grimper de 8 % à 20 %…

Cette pénurie de céréales risque d’affecter fortement d’autres productions agricoles, par ricochet. Par exemple il n’est pas impossible que, compte tenu du fait que la rentabilité de l’élevage est maintenant très faible depuis des années, certains agriculteurs polyculteurs et éleveurs décident de vendre leurs céréales plutôt que les donner à manger à leurs animaux et de vendre ces animaux. Ou que certains producteurs de légumes abandonnent cette activité et décident de repasser aux céréales.

Mais il y a beaucoup de pays importateurs de céréales

Les pays structurellement importateurs sont malheureusement les plus nombreux… Cette situation est le plus souvent structurelle : ils n’ont pas assez de surfaces agricoles et de ressources naturelles pour nourrir leur population, et très souvent leur situation empire d’année en année car leur population continue à augmenter alors que leurs surfaces de terres cultivables, ou leur disponibilité en eau, ne cessent de se réduire. Lorsqu’il s’agit de pays industrialisés, l’inquiétude est relative puisqu’ils ont et auront largement de quoi vendre pour acheter leur nourriture. C’est le cas par exemple de la Suisse, du Japon, de la Corée du Sud, ou de la Grande-Bretagne. Ce pays n’arriveront plus jamais à se nourrir seuls, mais ils se débrouilleront sans problème pour acheter de la nourriture produite par d’autres, quel que soit son prix.

Il y a évidemment lieu d’être nettement plus inquiets pour un pays comme l’Égypte, qui doit nourrir 102 millions d’habitants sur un désert, et où la seule vallée cultivable est celle du Nil, qui ne représente que 4 % de sa surface. Ce pays, est le plus gros importateur mondial de blé depuis des années (12 millions de tonnes en moyenne). Idem pour ses voisins Liban, Libye, Syrie et Tunisie (qui était pourtant le « grenier de Rome » du temps où elle s’appelait Carthage !). Mais aussi Yémen et les deux Soudan, eux-mêmes en guerre, etc.

On peut également évoquer le cas, particulièrement emblématique, des 165 millions d’habitants du Bangladesh, qui seront plus de 200 millions en 2050, faisant de lui le pays le plus dense au monde (1 400 habitants au KM2), alors que la montée des eaux issue du réchauffement climatique risque de l’amputer d’un tiers de sa surface actuelle ! Citons également le Rwanda qui en sera à 1 000 habitants au KM2 en 2050 (alors que le Soudan n’en aura que 49 et le Kenya 167).

Notons également qu’avec le réchauffement climatique le Sahel se transforme à toute vitesse en Sahara, au moment même ou sa population augmente fortement ; il n’y a plus rien à boire, plus rien à manger, et de plus en plus de gens à nourrir. On ne voit pas très bien comment on sortira de ce cercle vicieux en Mauritanie, au Mali, au Niger, au Tchad, aux Soudan, au Burkina Faso, ou au nord du Nigeria.  

Citons pour mémoire le cas des pays qui possèdent de grands gisements de ressources minérales où pétrolières… et se sont abstenus d’investir suffisamment dans leur agriculture en pensant qu’ils auraient toujours du pétrole, du gaz, des diamants ou du cuivre pour se payer du blé ou du riz. On a vu que cette politique reste potentiellement très dangereuse car les cours de matières premières sont très fluctuants. C’est ainsi que de nombreux pays pétroliers comme le Venezuela, l’Algérie où l’Iran ont vu leur situation devenir extrêmement fragile depuis quelques années (avec en plus un terrible embargo pour l’Iran). Depuis l’indépendance de l’Algérie, la France a réussi à tripler sa production agricole pendant que là-bas la production stagnait et que c’est la population qui a triplé. Cherchez l’erreur ! Moyennant quoi, elle importe actuellement 8 millions de tonnes de blé par an…

Pour situer les enjeux et les ordres de grandeur, on estime qu’il ne reste actuellement que 3,5 millions de tonnes de blé français exportable.

La moisson se marie mal avec les bombes, même très éloignées

C’est peu de dire que la probabilité de produire beaucoup de nourriture dans un pays en guerre est très faible. Quand les hommes font soldats et les femmes réfugiées, il n’y a plus grand monde de valide pour s’occuper des champs. Et, s’il y en a, il est peu probable qu’ils aient accès aux semences sélectionnées, aux engrais, aux pesticides, aux tracteurs et moissonneuses et au gasoil pour les faire rouler, etc. Et si par miracle ils arrivent à récolter, les systèmes logistiques de stockage, transport et de vente ne seront plus efficaces. La probabilité d’embarquer tranquillement de grosses quantités de blé ukrainien dans les ports d’Odessa ou de Marioupol cet été est dorénavant… assez aléatoire ! De même que la livraison de pièces détachées de matériels agricoles à la Russie.

Même en France, la situation est très tendus en mars, mois propice aux gros travaux agricoles. Les entrepreneurs de travaux agricoles font remarquer qu’ils travaillaient l’an dernier avec un gasoil à 70 centimes, et qu’actuellement ils ont le plus grand mal à s’approvisionner, et quand ils le font c’est à des prix qui s’approchent des 2 euros !

Mais l’influence de la guerre va s’étendre sur toute la planète, et pas seulement en raison du prix des carburants ; en particulier les engrais vont être hors de prix cette année. Rappelons que le plus essentiel, l’engrais azoté, se fabrique certes en France et en Europe, mais avec de grosses quantités de gaz… le plus souvent russe.

La Russie intervient également en direct sur ces marchés et représente 24 % des exportations mondiales d’ammoniac et 40 % des exportations mondiales de nitrate d’ammonium – substances principales des engrais de synthèse. Conséquence : les prix flambent littéralement : ceux de l’urée et du DAP (Di-Ammonique Phosphate, souvent appelé 18-46, l’engrais starter le plus utilisé) ont été multipliés par trois depuis début de l’année, alors même que les prix avaient déjà doublé en 2021.

Pour un agriculteur français, ce coup de chaud sur le prix des seuls engrais azotés représente déjà un supplément de charge de 200€/ha, et ce n’est probablement pas fini. Et ce sera pareil pour les agriculteurs canadiens ou brésiliens : le Brésil achète près de 60 % des volumes d’engrais azotés russes. On risque donc une sous-fertilisation des 20 millions d’hectares de maïs cultivés dans ce pays, ce qui occasionnerait une forte baisse de la production.

La Russie et cette fois-ci la Biélorussie sont également deux grands exportateurs d’engrais phosphore et potassium  ; rien que pour la potasse, Russie et Biélorussie assurent 42 % des exportations mondiales, destinées en particulier au Brésil.

Les céréales ne seront pas les seules affectées, les probables carences risquent de pénaliser également les rendements des betteraves ou des pommes de terre, entre autres. L’utilisation d’engrais, en particulier azote, phosphore et potassium, même s’il est contesté actuellement, a bien été un facteur absolument déterminant dans l’augmentation de la productivité agricole mondiale des 50 dernières années ; s’il baisse brusquement la production baissera inéluctablement cette année.

Il faut évidemment ajouter à ces menaces sur la productivité celles qui viennent du réchauffement de la planète, et de la multiplication des incidents climatiques. Nous ne savons pas encore quel va être le temps qu’il fera dans les grandes plaines céréalières de l’hémisphère nord d’ici à la récolte des mois de juillet et août. Or on est obligé de constater que le niveau de production dépend beaucoup du temps qu’il fait, même dans un pays aussi moderne que la France. Dans les dernières années la moisson a varié entre 27 et 40 millions de tonnes suivant la météo ! Il ne nous reste plus qu’à espérer le beau temps en ce printemps 2022 marqué par la guerre…

Des conséquences quand même supportables en France

Gardons déjà notre sang froid, les conséquences pour la population française ne vont pas être impossibles à surmonter.

Tout d’abord il n’y a aucune raison de manquer dans un pays qui est structurellement un gros exportateur de blé. Quoi qu’il arrive et quels que soit le niveau de la moisson et le cours mondial du blé, nous ne manquerons ni de pain, ni de farine, ni de pâtes. Rappelons que ce qu’on avait cru être des pénuries de farine dans des supermarchés lors du premier confinement COVID n’était en fait qu’un problème provisoire d’emballage de la farine par paquets de un kilo.

De plus l’augmentation probable du prix de la baguette devrait être parfaitement supportable, car dans la réalité « il y a très peu de blé dans le prix du pain ». Quand on achète une baguette on achète d’abord du salaire et des charges sociales, ensuite des machines de l’emballage et du transport,, de l’énergie, du loyer… et en fin de compte il n’y a que 5 à 8% de blé dans le prix du pain, et donc l’augmentation du prix de l’énergie risque d’être un facteur plus inflationniste que celui du blé dans le prix de la baguette ! De façon contre-intuitive, il est possible que le pourcentage d’augmentation du prix des pâtes soit plus important, car finalement le paquet de pâtes est un produit moins industriel que la baguette, et le prix du kilo de farine de blé dur y représente un plus gros pourcentage.

Et ne nous leurrons pas, il est bien possible que le prix du riz flambe également, même si aucun des protagonistes de cette guerre européenne n’en produit. Car il y aura des substitutions de céréales, à la fois chez les particuliers (je ne trouve plus de pâtes, je mange du riz !), et surtout chez les éleveurs.

Finalement l’effet essentiel risque d’être la mise en grande difficulté économique de la plupart des éleveurs. Car, pour eux, le prix de l’alimentation et en particulier celui des céréales et des protéines végétales (comme par exemple le tournesol que l’on achète massivement en Ukraine) peut représenter les 2/3 de leur coûts. Un porc charcutier mange un kilo de nourriture par jour, dont 600 g de céréales et 350 g d’oléo protéagineux. Un poulet de chair a consommé au total de l’ordre de 5,5 kilos d’aliments avant d’aller à l’abattoir ; une poule pondeuse doit manger de l’ordre de 150 grammes tous les jours pour pondre un œuf de 50 à 70 grammes. Les ruminants qui sont à l’herbe vont effectivement être moins affectés, même si la quasi totalité mange également des compléments alimentaires. Comme on ne voit pas très bien les hypermarchés, et encore moins les consommateurs, accepter une hausse importante du prix de la viande et des œufs, soit le gouvernement subventionne les éleveurs (dans une politique qui prolonge l’ancien « quoi qu’il en coûte »), soit on assistera à des faillites en chaîne dans cette profession…

Mais si l’on prend en compte qu’en moyenne le poste de nourriture ne représente plus que 14 % des revenus des français, l’idée qu’ils puissent avoir faim à cause des hausses à venir des produits alimentaires reste un peu simpliste. Actuellement il ne faut plus que 5 minutes de travail à un salarié au salaire minimum pour se payer une baguette, il y a quand même peu de chances qu’il ne puisse plus retourner à la boulangerie. Mais évidemment, compte tenu de la très grande sensibilité des français aux prix alimentaires, les augmentations à venir, inévitables, vont provoquer beaucoup d’émotion. D’autant plus que les Français, et les médias, sont très sensibles aux dépenses dites « contraintes » comme le loyer, dont certaines risquent d’augmenter fortement, en particulier les postes transport et chauffage (enfin, pour ce dernier, surtout l’hiver prochain). Du coup, la part des revenus qui reste, et qui compte pour apprécier la baisse de niveau de vie, est beaucoup plus réduite, et à l’intérieur, la nourriture représente un poste important qui sert de variable d’ajustement, surtout quand on ne veut pas rogner sur le téléphone portable !

Donc il est à prévoir que la guerre en Ukraine provoquera des changements de comportements non négligeables chez les Français, comme réduire sa vitesse en voiture, chauffer moins son logement, prendre plus souvent son vélo ou les transports en commun, diminuer les budgets habillement, loisirs et vacances, etc. Mais aussi certaines modifications d’habitudes alimentaires.

On peut également imaginer que les systèmes de secours de dernière instance, comme les restaurants du cœur ou les banques alimentaires, vont devoir faire face à une demande fortement croissante, comme on l’a vu lors du premier confinement Covid.

Mais de véritables désastres à venir dans certains pays du sud

En revanche la menace est entièrement différente chez les « vrais » pauvres de la planète, par exemple chez le milliard de terriens dont l’alimentation se réduit à sa plus simple expression : manger chaque jour une ration de céréales, toujours la même ; par exemple ne manger que du riz, ou que du maïs, ou que du manioc. Ceux-là sont évidemment extrêmement sensibles au cours mondial des céréales, car pour eux c’est la différence entre mal manger ou avoir vraiment et durablement faim.

Car « ventre affamé n’a plus d’oreilles ». Rappelons une grande loi historique qui perdure à travers les siècles : quand les gens ont faim dans la capitale, le gouvernement a du souci à se faire. Les pénuries de pain ont déclenché la Révolution française de 1789, tout comme les révolutions arabes de 2010-2011.

Sans compter le fait que ceux qui ont faim trouvent toujours un prétexte pour faire la guerre à leur voisin, dans un monde ou même le pauvre peut se payer une kalachnikov. Et ensuite logiquement le cercle vicieux est enclenché : on se fait la guerre parce qu’on a faim et ensuite et on a faim parce qu’on s’est fait la guerre.

Bref il n’est malheureusement pas impossible que la faim issue des pénuries alimentaires dans des pays dits « du Sud » finisse par tuer plus de gens que ceux qui vont mourir directement des effets dévastateurs de la guerre en Ukraine… ce qui pourrait engendrer des effets géopolitiques dévastateurs à des milliers de kilomètres de Kiev.

C’est ce qu’estime la FAO dans son dernier communiqué : « Vingt-six pays, principalement en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie, dépendent à plus de 50 % de la Russie et de l’Ukraine pour leurs importations de blé. De 8 millions à 13 millions de personnes supplémentaires pourraient souffrir de la faim dans le monde, en raison des conséquences de la guerre en Ukraine, particulièrement en Asie-Pacifique, en Afrique subsaharienne, au Proche-Orient et en Afrique du Nord ».

Notons en plus que les ONG elles-mêmes vont avoir de grandes difficultés pour faire face à cette situation. L’Ukraine représente actuellement 13 % des sources d’approvisionnement du Programme alimentaire mondial… De plus les principaux pays donateurs risquent de se focaliser sur la situation en Ukraine au détriment de celle des autres pays. Rappelons par exemple que début mars 22, seuls 10% des sommes promises pour l’Afghanistan ont été effectivement versées.

 Bruno Parmentier

Bruno Parmentier : Consultant et conférencier sur les questions d’agriculture, alimentation et faim dans le monde. Administrateur d’ONG et de fondations. J'ai 67 ans et j'ai dirigé de 2002 à 2011 le Groupe ESA (École supérieure d'agriculture d'Angers), numériquement, le plus grand Groupe français d'enseignement supérieur en agriculture, alimentation et développement rural. Ingénieur des mines et économiste, j'avais auparavant consacré l'essentiel de mon activité à la presse et à l'édition. J'ai eu ainsi l'occasion de découvrir à l'âge mûr et depuis un poste d'observation privilégié les enjeux de l'agriculture et de l'alimentation, en France et dans le monde (nous avions 40 nationalités chez les étudiants et 14 chez les profs). Il en est sorti trois livres de synthèse, un sur l'agriculture, sur l'alimentation et sur la faim. Trois livres un peu décalés, qui veulent « sortir le nez du guidon » pour aller aux enjeux essentiels, et volontairement écrits avec des mots simples, non techniques, pour être lisibles par des « honnêtes citoyens ». Ce blog prolonge ces travaux et cette volonté d'échange.

 

Commentaire de Jean-Marc Jancovici :


"Alors que le conflit à l'Est de l'Europe va limiter la production et/ou les exportations de céréales (blé, maïs) ou oléagineux (tournesol), un autre gros producteur mondial fait face à des conditions de sécheresse qui ne cessent de s'intensifier (voir la carte sur https://lnkd.in/dQVN83A). En conséquence de quoi la production de blé d'hiver est incertaine, ce qui contribue aussi à faire monter les prix.

Paradoxe : en Chine ce sont des excès d'eau au moment de la plantation qui menacent la récolte de blé d'hiver (https://lnkd.in/eNcqc6xx). Pour le coup, ce ne sont pas les exportations chinoises qui sont menacées, car ce pays est un importateur, mais cela va inévitablement aussi exercer une pression sur les prix.

A un moment ou à un autre, il va falloir se poser la question de l'adaptation à une production qui ne va plus augmenter, voire baisser. C'est d'autant plus vrai que les auxiliaires de la production agricole "moderne" sont le pétrole et le gaz, pour la mécanisation et les engrais (les engrais azotés sont faits avec de l'ammoniac, lui-même fait avec de l'hydrogène... largement produit à partir de gaz).

Une large partie des céréales sert à nourrir du bétail en élevage intensif. Une autre partie sert à nourrir... nos voitures (c'est le cas de 40% du maïs américain), ce qui est aussi la destination d'une large partie des betteraves à sucre (le sucre sert à faire de l'éthanol substituant l'essence) ou du colza (qui sert à fabriquer un substitut au gazole).

Dans le Plan de Transformation de l'Economie Française (https://lnkd.in/esiqHkbf), la réponse à tous ces problèmes combine :
- une baisse de la production de viande (ce qui permet d'avoir moins de céréales à cultiver)
- moins de voitures (il faut baisser le nombre d'objets de 1 tonne ou plus de masse unitaire en circulation ; c'est physique !) ce qui permet d'avoir moins de végétaux à cultiver pour les substituts au pétrole
- un recours très modéré aux produits d'origine agricole pour l'approvisionnement énergétique d'une manière générale, pour libérer de la pression sur les sols.

Rien de tout cela ne se met en place en une semaine évidemment. Ce qui signifie que, à court terme, les pressions à la baisse sur les productions agricoles vont créer des troubles - et une forte volatilité des prix - là où l'ajustement se fera de manière forcée. Si c'est un ajustement forcé à la baisse dans les estomacs des gens qui n'ont déjà pas beaucoup à manger, il y aura hélas des problèmes de disette ou de famine."
https://www.msn.com/…/plains-drought-to-curb-us-…/ar-AAV3kva
(posté par Joëlle Leconte)

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/pfbid0quRyrfWdo9TVZqs8P69er3ft29nvZSyYcjKkrfKhGVhEoDjBo2yn6N46sb6ZzFLdl

Flambée des cours de céréales: cette bombe russe qui explose à la face du monde

INTERVIEW - Diane Mordacq, chargée de recherches du Club Demeter, un think tank spécialisé dans les enjeux agricoles, souligne le rôle crucial que jouent la Russie et l'Ukraine dans les marchés alimentaires mondiaux. Selon elle, la flambée des cours des céréales est loin d'être une bonne nouvelle pour les producteurs français et va avoir de nombreuses conséquences en cascade.

 

Challenges - Quels pays importateurs de céréales sont les plus vulnérables à la flambée des cours?

 

Challenges - Quels pays importateurs de céréales sont les plus vulnérables à la flambée des cours? 

Diane Mordacq - L’Ukraine et la Russie, tous deux dotés de terres noires (chernozem) très fertiles (64% du territoire ukrainien), sont de grands pays céréaliers, mais pas seulement. Selon la FAO, en 2020, la Russie produisait 11,4% du blé mondial, contre 3% pour l’Ukraine; 1% du maïs mondial, contre 3% pour l’Ukraine; 3,6% du colza mondial, contre 3,5% pour l’Ukraine et 26,5% du tournesol mondial, contre 26% pour l’Ukraine.

 

Compte tenu de leurs besoins extérieurs limités, ces deux pays disposent de grands volumes à l’export. L'Ukraine représente 50% des exportations mondiales de tournesol, 20% de maïs, 20% de colza et 12% desexportations mondiales de blé. Les exportations par la mer Noire, seule porte de sortie maritime des produits agricoles ukrainiens et russes dans la région, sont actuellement paralysées par le conflit. 

Concernant les exportations de céréales, certains pays en dépendent pour l’alimentation humaine. C’est notamment le cas des pays méditerranéens. Prenons l’exemple du blé tendre, dont la farine est indispensable à la fabrication de pain. Sur l’année 2020, l’Égypte dépendait à 90% de la Russie et de l’Ukraine, la Turquie à 80%, le Liban à 70% et la Tunisie à 40%... Les plus petits pays, qui importent de petites plus quantités sont moins exposés au risque, car leurs importations sont plus facilement substituables. Une autre catégorie de pays regroupe ceux dont la dépendance concerne l’alimentation animale. C’est notamment le cas de l’Union Européenne, qui dépend à 50% de l’Ukraine pour le maïs. Les pays de l’UE les principaux touchés par le conflit sont les Pays-Bas (l’Ukraine représente 50% des importations), le Portugal (40%), l’Espagne (30%) et l’Italie (15%).  

La flambée des cours des céréales n'est-elle pas aussi une bonne nouvelle pour les producteurs comme la France?

La flambée des cours n’est une vraie bonne nouvelle pour personne car elle traduit une situation de tensions. Les prix atteignent des records: le blé tendre a atteint 415 €/t, le maïs 420 €/t, le colza 821 €/t (prix au 05/03/2022). Certains agriculteurs français ont encore des stocks de la dernière récolte, qu’ils peuvent vendre aux prix du marché. Tous peuvent néanmoins conclure des contrats de vente pour la prochaine récolte à prix fort: les contrats en blé atteignent ces jours-ci les 300 €/t. Afin de conclure des contrats, les agriculteurs doivent estimer en amont la quantité de blé qu’ils produiront et sa qualité. Cet exercice est difficile, d’autant plus que le changement climatique rend les prévisions de moins en moins précises. Concernant l’élevage, le prix des aliments augmente de manière exponentielle. Parallèlement, le prix de la viande n’augmente pas, ou alors que très légèrement. Certains vont être obligés d’arrêter leurs élevages car ils travaillent à perte. La viande bovine est une exception, son prix de vente a augmenté de plus de 10% depuis un an. La bonne nouvelle est donc à nuancer!  

Les tensions prévisibles sur les engrais peuvent-elles se traduire par des baisses de rendements dans les pays producteurs pour la prochaine campagne? 

La guerre en Ukraine a plusieurs incidences sur les engrais. D’abord, la Russie représente 10% et 25% des approvisionnements en engrais en France et en Europe. Ensuite, la Russie, fournisseur de gaz, participe à la création d’engrais d’autres pays. Le risque n’est pas que les agriculteurs manquent d’engrais pour cette récolte, mais que leur compétitivité soit pénalisée par la hausse des prix. La situation stimule la recherche pour la production d’ammoniac, produit à partir d'hydrogène par électrolyse et non de gaz naturel comme c’est le cas aujourd’hui. 

Imaginez-vous une crise en cascade sur les filières d'élevage en particulier la volaille au Brésil? 

Contrairement aux bovins qui se nourrissent à 64% d’herbes, les volailles et porcins se nourrissent principalement d’aliments à base de tournesol, blé, orge, soja et maïs. La hausse des prix de ces produits agricoles et le risque de rupture d’approvisionnement touchent de plein fouet ces deux filières. Bien que le soja ne soit pas cultivé en Ukraine ni en Russie, son prix augmente car il apparait comme une alternative. C’est une double peine pour la filière porcine, déjà affaiblie en 2021 par le rétablissement de la production chinoise.  

 

Le Brésil, plus grand exportateur de poulet au monde, dépend principalement de la Russie pour les engrais. Si les approvisionnements venaient à faire défaut la production de soja pourrait diminuer, ce qui n’est pas de bon augure pour la filière volaille. 

 
Blé : la flambée de tous les dangers

La forte hausse des cours de cette céréale fondamentale pour l’alimentation de la population mondiale pourrait enclencher un engrenage géopolitique et inquiétant

De mémoire de négociant en céréales, c’est du jamais vu. Le 11 novembre, sur Euronext, la tonne de blé finissait à 297 euros, touchant son plus-haut historique en clôture. 55 % de hausse en un an ! « Les prix sont fous, confie Rémi Dupoix, président de Cerealis, fournisseur de blé meunier français en Afrique. La tonne de blé dur, celui des pâtes, évolue entre 500 et 600 dollars. » Il a gagné 60 % en un an.

Le blé, c’est un quart des céréales consommées par les humains sur la planète. Beaucoup de clients – plus de 200 pays en importent – et seulement une dizaine de producteurs ayant le sol et le climat propice à sa culture. Un marché en équilibre précaire : 785 millions de tonnes produites, dont près de 200 millions sont échangées, et des besoins sans cesse croissants. On négocie deux fois plus de blé aujourd’hui qu’il y a vingt ans, sur fond de croissance démographique. L’urbanisation, la mondialisation, l’évolution des pratiques alimentaires sont aussi passées par là, créant une dépendance accrue au pain, à la semoule, aux pâtes. Quand la mécanique s’enraye, cela peut tourner au drame planétaire.

A l’esprit de tous les observateurs, le souvenir de 2008. Après la crise financière, les cours du blé s’étaient emballés. Ils avaient, déjà, approché les 300 euros la tonne. En plus de mauvaises récoltes, la spéculation sur les matières premières alimentaires, alternative aux marchés d’actions déprimés, avait rendu les cours incontrôlables. S’en étaient suivi des émeutes déclenchées par l’alimentation inabordable. Cela avaient commencé en Tunisie, s'était poursuivi par les printemps arabes et avait engendré de grandes vagues migratoires vers l’Europe. « Cette fois, il y a peu de spéculation, explique Thierry Pouch, économiste des Chambres d’agriculture (APCA). Heureusement que le secteur financier se porte bien. Car tous les autres voyants sont au rouge.  »

Préoccupés, la FAO et le Programme alimentaire mondial tirent la sonnette d’alarme. Ils craignent que 900 millions de personnes ne soient confrontées à la famine cette année sur la planète, 45 à 50 millions de plus qu’en 2020....

Emmanuelle Ducros et Pascal Airault

16 novembre 2021


"Côté denrées agricoles, la remontée du cours des céréales est rectiligne, en hausse de 59% depuis le dernier point bas du 26 juin 2020 et ils sont à un pic depuis 7 ans environ. Si la hausse est spectaculaire c’est qu’elle s’appuie sur une large base : + 40% pour le blé environ, +50% pour l’orge, +65% pour le maïs idem pour le soja depuis les planchers de la fin du printemps ou de l’été dernier. Une mise sous tension des principaux marchés agricoles due aux conditions de culture dans le monde, plus particulièrement aux répercussions sur les rendements de la Niña, un dérèglement climatique qui affecte les récoltes. Facteur aggravant, une vague d’achat frénétique. De la part de la Chine d’abord. En pleine reconstitution de son cheptel porcin décimé par l’épidémie de fièvre porcine africaine, sa demande en produits agricoles pour nourrir les animaux a explosé. Il y a ensuite les achats à tours de bras des grands importateurs traditionnels de céréales (pays d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient) dans le but de constituer des réserves de précaution et de se prémunir d’une éventuelle flambée des prix. 


Des facteurs perturbateurs mais ponctuels. Et il faut intégrer trois éléments dans l’équation. D’abord, si l’appétit chinois continuera d’animer les marchés à court terme, l’objectif de Pékin est bien de rapidement se rapprocher de l’autosuffisance alimentaire, donc de produire plus grâce à une hausse combinée des surfaces et des rendements. Ensuite, en matière agricole, la réponse de l’offre face à une hausse des cours peut être rapide. Enfin, les stocks sont à un niveau élevé. 


Aussi bien pour le blé où à près de 300 millions de tonnes, les réserves sont à un pic historique et nettement au-dessus de leur moyenne de long terme que pour le maïs. Certes, les ils baissent depuis 4 ans, mais ils restent nettement supérieurs à leur tendance de moyenne période.  "

(extrait de :

https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Flambee-de-l-energie-et-des-matieres-premieres-pas-de-panique--306347936_3749488.html?utm_source=sendinblue&utm_campaign=XC160321&utm_medium=email

Évolution des rendements céréaliers mondiaux par hectare

Jean-Marc Jancovici : « Il y a 50 ans, les rendements céréaliers ont été multipliés par près de 3. Merci quoi ? Merci pour le pétrole et le gaz ! Les engrais azotés sont fabriqués avec du gaz (ils sont dérivés de l'amoniac, lui-même fabriqué avec de l'azote provenant de l'air, et de l'hydrogène provenant du méthane par craquage), tout comme les pesticides. Les machines agricoles sont fabriquées à partir de combustibles fossiles (charbon pour l'acier, pétrole pour tous les plastiques) et fonctionnent au diesel, issu du pétrole.


Question : allons-nous soutenir 4 tonnes de céréales par hectare dans un "monde neutre en carbone" ?


Sinon, quelle fraction de la population devra retourner à la production alimentaire parce que la première chose dont nous avons besoin, c'est de manger ? »

Données de la Banque mondiale

(publié par J-Pierre Dieterlen)

 

 

 

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10158023081042281

Sénégal: Des scientifiques mettent au point une variété de blé qui résiste aux fortes chaleurs

AGRICULTURE Le projet pourrait être salutaire pour le Sénégal qui importe pour 30 millions d’euros de blé par an…

 

Le village de Ndiayene Pendao, au nord du Sénégal s’apprête à cueillir la première récolte de blé dur du pays, rapporte le quotidien britannique The Guardian.

La céréale représente une alternative « lucrative et à croissance rapide » explique le quotidien, après l’échec de la culture d’oignons et de tomates qui a perturbé celle du riz. Pendant quatre ans, des milliers de variétés de blé ont été testées. La région représente une zone stratégique importante, avec un million de petits exploitants vivant le long du bassin du fleuve du Sénégal.

S’adapter à des conditions climatiques sévères

Le Centre international de recherche sur les zones arides a développé une souche de blé pouvant supporter des températures constantes allant jusqu’à 40 °C. Le pays fait partie des terres dites « sèches ». Les zones de ce type représentent 40 % de la surface terrestre mondiale. Habituellement, le blé, considéré comme une culture à climat froid est cultivé dans l’hémisphère nord.

 

Ce projet a été porté par le Dr Filippo Bassi et le professeur Rodomiro Ortiz de l’Université suédoise des sciences agricoles. « Lorsque nous avons eu cette idée il y a cinq ans, les gens pensaient que nous étions un peu fous », se souvient Filippo Bassi. « Alors que des cultures telles que le maïs ombragent leurs "glands" et que le riz descend vers l’eau, explique-t-il, le blé, [lui] pousse vers le haut en direction du soleil ».

Presque plus efficace et nutritif que le riz

La variété de blé est en pleine croissance et peut être récoltée en seulement 92 jours, elle n’a donc pas d’impact sur la culture du riz récolté deux fois par an. Un hectare peut produire jusqu’à six tonnes de blé. Sa culture nécessite moins d’eau que celle du riz et contient cinq fois plus de protéines, ainsi que plus de vitamines et de minéraux. La paille provenant des champs fournira également un aliment important pour le bétail.

Le pays de la Téranga achète pour près de 30 millions d’euros de blé dur par an, essentiellement destiné à la fabrication de couscous et de pâtes. Une tonne de grain coûtant l’équivalant de 100 paquets de pâtes, avec cette nouvelle variété de blé, les agriculteurs pourront transformer une tonne en 2.000 paquets de pâtes.

Si le gouvernement sénégalais a reconnu l’importance du projet, il n’a pas encore officiellement soutenu le projet. Mais le Dr. Filippo Bassi espère que les agences internationales et les entreprises privées interviendront.

Naomi Mackako

 

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