"Le PS est dans une logique d'auto-destruction"

Publié le par ottolilienthal

 

 

 

Au lendemain des élections régionales, le chercheur Rémi Lefebvre dépeint un Parti socialiste qui ne séduit plus les milieux populaires, enfermé dans des “luttes stériles” et un “entre-soi groupusculaire”.

Rémi Lefebvre, Professeur de Sciences politiques à l’université Lille 2 et chercheur au CNRS, revient sur le “déclin du PS”, pris dans une “logique d’autodestruction”. Spécialiste du Parti socialiste et militant depuis 1995 dans ce mouvement, il a notamment écrit Les Primaires socialistes, la fin du parti militant (Raisons d’agir, 2011).

A l’issue du premier tour, le Parti socialiste arrive troisième au niveau national mais obtient de meilleurs scores qu’aux élections européennes et départementales. Comment expliquer cette situation paradoxale, entre défaite et soulagement ?

Rémi Lefebvre – Le PS a une sociologie électorale très particulière. Il conserve des régions où il est très fort (Bretagne et Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes.), et qui constituent aujourd’hui le cœur de l’électorat du Parti socialiste. Mais dans ses terres d’implantation historique comme le Nord-Pas-de-Calais ou dans les milieux populaires, il s’effondre. Le PS est devenu un parti de bobos, de diplômés, d’urbains, de fonctionnaires ouverts sur la mondialisation. Le rôle du FN est intéressant à scruter. Il y a des endroits où le FN condamne le PS (et donc où il s’effondre) et d’autres endroits où le FN le favorise, en condamnant au contraire la droite.

 

Face à ses résultats en Provence-Alpes-Côte d’Azur, dans le Nord, et à l’Est, le PS a-t-il perdu le contact avec les classes populaires dont il se veut le représentant ?

Ça fait bien longtemps ! Ça ne cesse de se dégrader. Ça fait 15 ans que cette dynamique est en route. Le PS n’est plus du tout un parti des milieux populaires. On est aujourd’hui arrivé au stade ultime de cette fracture.

Comment expliquer le déracinement territorial de la gauche, en particulier dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie ? Est-ce la liquidation définitive de l’héritage de Gaston Defferre et de Pierre Mauroy ?

Oui, ça fait longtemps. C’est la conjonction dans le Nord d’un contexte économique très favorable (augmentation du chômage, un territoire qui souffre terriblement) et du drame des migrants, qui a terriblement joué à Calais. Au-delà de cette toile de fond, le personnel politique n’est pas du tout à la hauteur. Il se replie sur ses postes. Des bisbilles entre Martine Aubry et Patrick Kanner à la catastrophe du dernier congrès à Poitiers, les élus socialistes ont donné une image lamentable. Enfin, le modèle partisan est complètement épuisé : il n’y a plus de militants, il n’y a plus de travail politique ; les milieux populaires sont abandonnés.

Le PS se désiste dans trois régions. Ne pas avoir de conseillers régionaux pendant six ans, est-ce un danger pour le maillage territorial du PS ?

 

Evidemment. C’est une spirale, une logique d’auto-destruction. Mais le PS ne peut pas faire autrement. Il n’y a que des mauvaises solutions, des dilemmes. Se maintenir est impossible car cela favoriserait le FN mais se retirer c’est également prendre le risque d’une catastrophe sur le long terme. La situation est tragique pour le PS.

Jean-Pierre Masseret, tête de liste PS en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, refuse de se retirer. Il déclare que la stratégie du barrage républicain est une “stratégie dénuée de résultats : quand on se retire, le FN est plus fort”. Qu’en pensez-vous ?

Il n’a pas tort. Le piège du FN est en train de se refermer sur le PS. Vous vous retirez, vous empêchez à court terme la victoire du FN, mais au long terme vous l’amplifiez.

Alors que les résultats du PS sont meilleurs qu’attendus, le reste de la gauche a de faibles résultats. Comment expliquer cette défaite des écologistes et de l’extrême-gauche ?

Le reste de la gauche ne tire pas du tout profit du déclin du PS et de sa droitisation. L’aile gauche du PS a à peu près les mêmes syndromes que le PS: repliée sur des stratégies et des luttes stériles, dans un entre-soi groupusculaire. Ce sont aussi des partis très déconnectés de la société. Ils ne sont pas du tout représentatifs sociologiquement. Ce qui est dramatique, c’est qu’ils tiennent un discours radical qui ne séduit plus du tout les milieux populaires. La seule rupture qui marque les esprits, c’est le Front National. Aujourd’hui, ce qui est terrible, c’est que l’extrême-gauche et l’aile gauche du PS ne peuvent plus imputer uniquement la faute à François Hollande. C’est la question de l’utilité politique de la gauche de manière plus générale qui est posée.

Propos recueillis par Gaëlle Lebourg

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