Gandhi, un autre éclairage...

Publié le par ottolilienthal

Une statue à son hommage retirée au Ghana

RACISME Une statue de Gandhi a été retirée d’une prestigieuse université du Ghana au vu des propos racistes qu’aurait tenus le leader indien…

 

Dans la nuit du mardi 11 au mercredi 12 décembre, une statue du leader indien de l’indépendance, le Mahatma Gandhi a été retirée de la plus prestigieuse université du Ghana. Installée depuis 2016, la statue avait été inaugurée par l’ancien président indien comme un symbole des liens entre les deux pays.

« La victoire de la dignité »

Mais très vite la statue de l’union est devenue celle de la polémique : plusieurs enseignants ont lancé une pétition réclamant le retrait de l’effigie, citant des passages extraits d’un livre sur Gandhi paru l’an passé. Selon cette biographie, l'adepte de la non-violence considérait les Indiens « infiniment supérieurs » aux Africains noirs, qu’il aurait qualifié de « sauvages ».

 

« Si nous ne montrons aucun respect pour nos héros, comment le monde peut-il nous respecter ? C’est la victoire de la dignité et du respect de soi des Noirs. La campagne a porté ses fruits », a déclaré Obadele Kambon, directeur des langues, littérature et théâtre à l’Institut d’études africaines. En 2015 déjà, des Sud-Africains avaient vandalisés une statue du Mahatma pour les mêmes raisons. Gandhi avait exercé dans sa profession d’avocat dans le pays de 1893 à 1915.

Gandhi était-il raciste comme le prétendent des voix en Afrique?

 

Le président indien a récemment fait don d'une statue de Gandhi à l'université du Ghana, mais de nombreux professeurs et étudiants ne sont pas contents du cadeau.

En juin dernier, le président indien Pranab Mukherjee a offert une statue de Gandhi à l'université du Ghana à Accra, pensant que cette effigie du leader anti-colonial indien serait bienvenue dans un pays anciennement colonisé.

 

Mais, dès son apparition sur le campus, la statue a fait polémique, et cinq universitaires viennent de lancer une pétition, signée par plus de mille personnes, demandant son retrait. Se basant sur un livre récemment publié par deux historiens sud-africains, les auteurs de la pétition expliquent que Gandhi avait appelé les noirs d'Afrique du Sud des «sauvages» qui veulent vivre dans «l'indolence» et de «kaffirs», un terme dérogatoire.

Interviewé par la BBC, le petit-fils de Gandhi, qui est aussi son biographe, a admis que son grand-père avait en effet des préjugés envers les noirs d'Afrique du Sud mais qu'il n'en était pas moins plus progressiste que la plupart de ses contemporains indiens.

Au-delà des accusations de racisme, les auteurs de la pétition expliquent que comme il n'y a aucune autre statue de personne historique sur le campus de l'université du Ghana, il serait préférable que le monument représente une figure africaine:

«Pourquoi devrions-nous célébrer les “héros” des autres à une université africaine, alors que nous ne célébrons pas nos propres héros?», peut-on lire dans la pétition.

«Nous avons besoin d'images de nous-même»

Déjà l'année dernière en Afrique du Sud, des manifestants avaient défilé avec des pancartes «Gandhi le raciste doit être retiré», et une statue du dirigeant indépendantiste avait été vandalisée à Johannesburg. Les critiques de Gandhi l'accusaient d'avoir été en faveur de la ségrégation raciale en Afrique du Sud.

Le professeur Obadele Kambon, un des créateurs de la pétition au Ghana, a dit à la BBC que leurs efforts s'inscrivaient dans un mouvement global vers «plus d'estime de soi et de fierté», et il a fait référence aux protestations qui ont mené au retrait de la statue de l'impérialiste Cecil Rhodes en Afrique du Sud, ainsi qu'au mouvement américain Black Lives Matter.

«Nous avons besoin d'images de nous-mêmes pour notre propre bien-être psychosocial, pas d'images de ceux qui nous qualifient de sauvages», a-t-il résumé.

Même si l'université a dit que les demandes de la pétition seraient examinées, le problème de ce cas est que tout retrait de la statue pourrait causer un incident diplomatique avec l'Inde, un allié historique du Ghana.

 

Repéré par Claire Levenson

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