Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

le coin des politiques

Publié le par ottolilienthal

Présidentielle 1995 : comment le Conseil constitutionnel a validé les comptes de campagne irréguliers de Chirac et Balladur

Les archives du Conseil constitutionnel qui viennent de s’ouvrir racontent, 25 ans après, comment l’institution a manoeuvré pour valider les comptes de campagne de Jacques Chirac et d’Édouard Balladur en 1995. Les deux candidats avaient pourtant largement dépassé le plafond des dépenses autorisées et commis de nombreuses irrégularités.

Après l'élection présidentielle de 1995, le Conseil constitutionnel a validé les comptes de campagne de Jacques Chirac et Édouard Balladur en dépit des nombreuses irrégularités qu’ils comportaient. En droit, les deux comptes auraient dû être rejetés avec des conséquences financières et politiques incommensurables pour les deux hommes. C’est ce qui ressort des archives de l'institution, qui viennent d’être rendues publiques 25 ans après leur rédaction, et que la Cellule investigation de Radio France a pu consulter. 

Tout au long des trois mois qu’a duré l’examen de leurs comptes, les "Sages" ont minoré, dissimulé, effacé les infractions commises par les deux candidats, malgré les constats clairs et circonstanciés des rapporteurs chargés de l’examen des comptes. Ces éléments étaient déjà partiellement connus. En 2010, une fraction de ces archives avaient été saisies par la justice dans le cadre de l’instruction sur le volet financier de l’affaire Karachi. Un an plus tard, un conseiller constitutionnel de l’époque, Jacques Robert, rompt en partie son serment de secret en donnant quelques détails sur ce qui s’était dit dans le huis-clos de la rue de Montpensier. 

Mais à ce jour, la preuve qu’un président de la République a pu être élu en France malgré des infractions majeures dans le financement de sa campagne n’était toujours pas établie. Pas plus qu’il n’était certain que les garants de la Constitution avaient bafoué le droit. Ces faits sont désormais irréfutables.

 

Le plafond des dépenses de campagne largement dépassé par Jacques Chirac et Édouard Balladur

 

Les candidats à la présidentielle de 1995 ont déposé leur compte de campagne début juillet au Conseil constitutionnel, comme le prévoyait la loi en vigueur à l’époque (aujourd’hui, c’est la commission des comptes de campagne qui remplit ce rôle). Une équipe de rapporteurs - de jeunes conseillers d’État ou de la Cour des comptes - a été constituée pour les examiner. Après trois semaines de travail, ils présentent aux "Sages" leurs premières conclusions, les 28 et 29 juillet. Laurent Touvet, le rapporteur principal du compte d’Édouard Balladur donne le ton : "Il nous est vite apparu que le souci de l’association de financement de M. Balladur a été de maintenir les dépenses du candidat sous le plafond de 90 millions (...). D’ailleurs, les factures sont d’autant plus rares que les manifestations sont proches du scrutin", explique-t-il. 

Parmi les bizarreries repérées par les rapporteurs, le candidat Balladur n’a déclaré que trois permanences de campagne, alors qu’ils en ont identifié 86 sur tout le territoire. Ils ont également recensé des dizaines de meetings pour lesquels on ne leur a fourni aucune facture. Édouard Balladur a clôturé son compte à 83 millions de francs, ce qui est assez proche du plafond de dépenses du premier tour, fixé à 90 millions. Après avoir écouté le rapporteur, le conseiller Jacques Robert conclut : "Donc si vous en ajoutez, on dépasse le plafond."

Le lendemain, c’est au tour du rapporteur principal du compte de Jacques Chirac de faire part de ses interrogations. Le président élu a arrêté son compte à 116,6 millions de francs, tout près du plafond de 120 millions autorisés au second tour. Or, là aussi, il semble que de nombreuses factures manquent à l’appel. "Il sera demandé au représentant du candidat des explications sur certaines anomalies", précise le rapporteur François Loloum.

À leur retour de vacances, en septembre, les conseillers constitutionnels retrouvent sur leur bureau les nouvelles conclusions des rapporteurs qui, eux, ont travaillé tout l’été. Cette fois-ci, le doute n’est plus permis. Édouard Balladur et Jacques Chirac ont bien "explosé" le plafond des dépenses de campagne et omis d’intégrer de nombreux éléments dans leur comptabilité. Pour quel montant ? D’après les rapports annexés dans les archives du Conseil constitutionnel, on découvre que, selon les rapporteurs, Édouard Balladur a dépassé le plafond de six millions de francs et Jacques Chirac de cinq millions. Ces estimations sont une fourchette basse, comme l’admettent d’ailleurs les Sages dans leurs débats. De nombreuses dépenses n’ont pas été retenues, faute de documents et de réponses des candidats.

Des versements en liquide suspects chez les deux candidats de la droite

Les hauts fonctionnaires ont également découvert d’importants dépôts en espèces suspects sur les comptes des deux candidats. Chez Jacques Chirac, 31 personnes se sont présentées à la banque Rivaud le même jour, le 6 mai, veille du deuxième tour, pour  déposer un total de 3,5 millions de francs en liquide. Pour Édouard Balladur, 10,25 millions de francs ont été versés en une fois au Crédit du Nord, trois jours après le premier tour. Interrogée, la banque précise : "en quatre sacs de billets de 500 francs". 

Interrogés sur ces importantes recettes en liquide, les deux candidats ont livré la même explication : elles sont le fruit de collectes dans les meetings et de vente de t-shirts et gadgets divers. L’explication n’a manifestement pas convaincu les Sages. "Chacun sait très bien d’où venait cet argent", lance ainsi le conseiller Maurice Faure, évoquant probablement les fonds secrets du gouvernement dans lesquels les partis politiques ont largement puisé à l’époque. Concernant Édouard Balladur, il est possible que ces fonds soient provenus de rétrocommissions sur des marchés de ventes d’armes. Certains conseillers s’en agacent. "Ce qui me gêne dans le compte de M. Balladur, c’est l’attitude du candidat face aux questions qu’on lui pose, déplore l’ancien professeur de droit Jacques Robert. Soit il nous répond qu’il n’y a pas de dépense, (...) soit que les dépenses figurent au compte et qu’on l’a mal lu, soit encore que les dépenses ont été réalisées en sa qualité de Premier ministre, soit enfin qu’elles ont été effectuées sans son accord". Et Roland Dumas de surenchérir : "Et si on demande des preuves, on nous dit que les documents ont été détruits !

Le rejet des comptes de Jacques Chirac n’a jamais été envisagé

La lecture des près de 300 pages de compte-rendus et d’annexes des 13 séances qui se sont déroulées entre le 27 juillet et le 11 octobre 1995 ne laisse pas de doute. Aucun conseiller ne semble avoir envisagé le rejet du compte de Jacques Chirac. Le 7 septembre, après une longue discussion sur les dépenses n’apparaissant pas dans les comptes, Étienne Dailly lâche : "Je ne me sens pas en mesure de rejeter un compte de campagne." Deux semaines plus tard, il se fait encore plus précis.

Je ne me verrais pas rejeter le compte du président élu. Et je serais très gêné s’il y avait un élément décisif.Etienne Dailly, membre du Conseil constitutionnelen septembre 1995

Le 3 octobre, c’est Noëlle Lenoir (qui sera par la suite ministre sous la deuxième présidence de Jacques Chirac) qui affirme : "On ne va pas rejeter un compte avec les conséquences politiques que l’on sait."

Quelles conséquences d’ailleurs ? Le rejet du compte entraîne le refus du remboursement par l’État des dépenses de campagne. En revanche, la loi ne prévoit pas explicitement l’invalidation de la présidentielle, contrairement à toutes les autres élections. Même sanctionné, Jacques Chirac aurait pu - en théorie - rester à l’Élysée. Mais la crise politique majeure était plus que probable.

Les conseillers constitutionnels n’en ont pas voulu. Tout au long de la journée du 4 octobre 1995, réunis en l’absence des rapporteurs, ils vont donc "raboter" les comptes du candidat Chirac jusqu’à les faire passer sous le plafond. Quand ils y parviennent, Maurice Faure lance un cri, retranscrit tel quel sur le compte-rendu de séance : "Il est sauvé !" Dans les faits, pour réussir leur "sauvetage", les Sages vont devoir ensuite faire plier les rapporteurs pour qu’ils rédigent des conclusions conformes à leurs aspirations. Pour cela, les fonctionnaires devront accepter de fermer les yeux sur de nombreuses dépenses.

À contrecoeur, ils vont accepter une interprétation très laxiste de la loi qui leur a été imposée par les Sages : toutes les dépenses non expressément autorisées par le candidat ne doivent pas figurer au compte. Ils ont ainsi dû tirer un trait sur des millions de francs de frais d’autocars qui servaient à transporter les militants dans les meetings au prétexte qu’ils auraient été affrêtés par les sections locales du RPR, et non par l’association de campagne du candidat. De la même façon, les meetings de soutien d’Alain Juppé ou Philippe Séguin ont été considérés comme des initiatives personnelles qui n’auraient pas recueilli l’assentiment de Jacques Chirac... Les rapporteurs ont néanmoins tenté de résister aux membres du Conseil. L'un d’eux, Rémi Frentz, semble perdre patience le 3 octobre et lance aux neuf Sages : "Qu'est-ce qui empêche le Conseil de se borner à constater que certaines dépenses ont été engagées, certains avantages en nature accordés, pour constater le dépassement du plafond et rejeter le compte ?" Les rapporteurs ont dû revoir leur copie à plusieurs reprises avant de présenter des projets de décision conformes aux volontés des Sages. 

Un profond désaccord autour du cas d’Édouard Balladur

Une fois le "cas Chirac" réglé dans une belle unanimité, la discussion autour du compte d’Édouard Balladur est nettement moins sereine et fracture le Conseil en deux camps. D’un côté, ceux qui estiment que les 10 millions d’euros déposés en liquide sans justificatifs sur le compte du candidat sont une faute inexcusable. De l’autre, ceux qui pensent qu’ils doivent également fermer les yeux sur cette irrégularité. Ne serait-ce que parce que le compte de Jacques Chirac avait lui même été abondé avec des versements d’espèces suspects et qu’il était difficile de rejeter un compte sur ce motif sans faire de même pour l’autre. 

 

Les conséquences personnelles pour Édouard Balladur auraient été terribles. Elles sont écrites noir sur blanc dans un document rédigé par les rapporteurs : "Monsieur Balladur reversera au Trésor public la somme de 6 350 776 F, conformément à l’article L52-15 du code électoral". Cette somme correspond au montant du dépassement du plafond évalué par les fonctionnaires. En outre, l’ancien Premier ministre n’aurait pas eu droit aux 32 millions de francs de remboursement de l'État alors qu’il s’était personnellement porté caution sur un emprunt bancaire de 31 millions. La ruine personnelle se profilait pour le candidat.

Pendant une partie de l’après-midi du 4 octobre, les neuf membres du Conseil vont s’entredéchirer. "On peut être indulgent sur les dépassements de dépenses mais si on laisse passer cela [le versement suspect de 10 millions en liquide], le Conseil perd sa crédibilité !", lâche ainsi Jacques Robert. Georges Abadie lui répond : "Moralement, je partage les mêmes sentiments de fond. Mais (...) chez M. Chirac aussi il y a un versement unique de trois millions de francs. Où place-t-on la barre ?" Au final, quatre conseillers (Michel Ameller, Noëlle Lenoir, Jacques Robert et Marcel Rudloff) votent pour le rejet du compte. Les cinq autres, dont le président Roland Dumas, sont contre. Le compte est validé. 

Les comptes de deux autres candidats entachés d’irrégularités

Outre ceux de Jacques Chirac et d’Édouard Balladur, deux autres comptes ont donné du fil à retordre aux rapporteurs : ceux de Jean-Marie Le Pen et de Jacques Cheminade.

Aujourd’hui, un compte de campagne tel qu’était présenté celui de Jean-Marie Le Pen en 1995 serait probablement rejeté. Factures en vrac, comptabilité truffée d’erreurs, justificatifs manquants… Le compte du leader du Front national était un capharnaüm dans lequel les rapporteurs ont dû naviguer à vue pendant des semaines avant d’en avoir une vision à peu près claire. Ils soupçonnent que certaines dépenses ont été "gonflées" afin d’augmenter le montant du remboursement de l’État au candidat. Ils ont aussi découvert que les ristournes  accordées par certains fournisseurs du candidat FN étaient excessives et pouvaient être qualifiées d’avantages en nature consentis par des entreprises, ce qui est interdit. Malgré l’importance de ces remises (3,4 millions de francs au total), le Conseil constitutionnel a choisi de ne pas relever l’infraction. Les comptes de Jacques Chirac et Édouard Balladur présentaient eux aussi ce genre de problème.

À l’arrivée, Jacques Cheminade a été le seul candidat dont le compte a effectivement été rejeté cette année-là. Son examen a révélé que des factures, établies par des sociétés dont il était proche, semblaient fictives. Dans le même temps, un prêt d'1,4 million de francs lui avait été accordé par un couple de particuliers, officiellement au chômage. L’argent provenait notamment d’un compte en Suisse et avait été versé via un chèque anonyme. Pour les rapporteurs, le candidat du parti "Solidarité et progrès" (qui réunit 0,28% des voix en 1995) aurait tenté "d’inventer" des dépenses et des recettes fictives pour augmenter le remboursement de l'État auquel il pouvait prétendre. Mais ils n’en avaient pas la preuve absolue. Alors qu’ils ont régulièrement plaidé que "le doute doit profiter au candidat" dans le cas des comptes Chirac et Balladur, les Sages ont donc décidé de sanctionner le "petit" candidat. Pour cela, ils ont dû trouver un biais juridique. Ils ont considéré que l’absence d’intérêts sur un prêt d’1,4 millions de francs pouvait être assimilé à un don illégal.

Quel rôle a joué Roland Dumas ?

La lecture des compte-rendus de séance ne semble pas montrer que Roland Dumas ait eu du mal à convaincre ses collègues de la nécessité d’éviter une crise politique en fermant les yeux sur les irrégularités commises durant cette campagne. Maurice Faure ou Étienne Dailly ont parfois ouvertement exprimé leur parti-pris devant les rapporteurs. À tel point que Roland Dumas a dû les rappeler à l’ordre le 3 octobre : "Ce matin (…) la séance a dérapé et nous avons commencé à délibérer en présence des rapporteurs, en commentant leurs conclusions. Ils ont été 'froissés' et me l’ont fait savoir." Ce à quoi Étienne Dailly répondit plus tard : "Savoir ce que les rapporteurs pensent de moi m’est égal. Je ne leur dois aucun compte. Nous, nous avons prêté serment, pas eux." Malgré ce serment qui prévoit que les Sages exercent leurs fonctions "en toute impartialité dans le respect de la Constitution", le Conseil a décidé à l’unanimité de "sauver" le président élu. Concernant le cas d’Édouard Balladur, les conseillers étaient divisés, 4 contre 4, et la voix de Roland Dumas a été déterminante. 

 

En revanche, les relations avec les rapporteurs ont été beaucoup plus tendues. Lors d’une séance, Roland Dumas interrompt l’un d’eux alors qu’il s’apprête à lire son projet de décision de rejet du compte de Jacques Chirac. "Nous avons compris", lui dit-il... On peut noter qu’à plusieurs reprises, Roland Dumas suspend les séances pour se réunir avec les rapporteurs dans son bureau. Que s’est-il dit lors de ces apartés ? Aucun d’entre eux n’a jamais trahi publiquement son serment de secret. Certains sont encore en fonction aujourd’hui en tant que préfet, conseiller d'État ou président de chambre à la Cour des comptes. À la fin de ces trois mois de procédure, Roland Dumas a souhaité les inviter à déjeuner pour les féliciter de leur travail. Tous ont décliné.

Des neufs conseillers constitutionnels qui ont participé à ces délibérations, cinq sont aujourd’hui décédés : Georges Abadie, Jean Cabannes, Étienne Dailly, Maurice Faure et Marcel Rudloff. Michel Ameller est âgé de 94 ans, Roland Dumas de 98, Noëlle Lenoir de 72 et Jacques Robert de 92. 

Cellule investigation de Radio France Elodie Guéguen Sylvain Tronchet Radio France

Mis à jour le
publié le

 

https://www.francetvinfo.fr/politique/affaire/affaire-karachi/enquete-franceinfo-presidentielle-1995-comment-le-conseil-constitutionnel-a-valide-les-comptes-de-campagne-irreguliers-de-chirac-et-balladur_4148081.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20201020-[lestitres-coldroite/titre7]

Pourquoi les Balkany, condamnés à de la prison ferme, ne sont pas emprisonnés?

L'absence de mandat de dépôt et les délais de recours en cassation permettent au couple d'élus de rester, pour l'instant, en liberté.

«"Cinq et quatre ans de prison ferme, sans incarcération immédiate", ça veut dire quoi ?» nous demandez-vous en citant un article de l’Obs concernant la condamnation, ce mercredi 27 mai en appel, d’Isabelle et Patrick Balkany, à respectivement quatre et cinq ans de prison ferme pour blanchiment de fraude fiscale. Dans la dépêche AFP sur laquelle s’appuie ce papier, on lit en effet qu’il n’y a «pas d’incarcération immédiate» pour les anciens édiles de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine).

Cela signifie notamment que la cour d’appel de Paris n’a pas prononcé de mandat de dépôt à l’endroit des deux condamnés. L’avocat d’Isabelle Balkany, Pierre-Olivier Sur, s’en est d’ailleurs réjoui sur Twitter. Un mandat de dépôt désigne l’ordre d’un magistrat à la direction d’une prison pour qu’elle accueille, dès la sortie de son audience, une personne condamnée (ou mise en examen).

Possible pourvoi en cassation

Outre l’absence d’un mandat de dépôt, un deuxième élément explique que les Balkany ne soient pas en prison actuellement : il leur est toujours possible de se pourvoir en cassation.

Or, «pendant les délais du recours en cassation et, s’il y a eu recours, jusqu’au prononcé de l’arrêt de la Cour de cassation, il est sursis à l’exécution de l’arrêt de la cour d’appel», dispose l’article 569 du Code de procédure pénale. C’est pourquoi on dit, dans une affaire pénale, que le pourvoi en cassation est suspensif.

«Nous avons 10 jours pour former un pourvoi en cassation et sommes en train de réfléchir, nous fait savoir l’avocat de Patrick Balkany, Romain Dieudonné. Le délai habituel de 5 jours, mais il est aujourd’hui doublé compte tenu de la période d’état d’urgence sanitaire. Un pourvoi est possible voire probable.»

 

«Certificats médicaux»

Comme Libé le fait remarquer dans son article sur le sujet, cette condamnation n’est pas la première des anciens édiles de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) : «Les peines infligées, identiques à celles prononcées en première instance, s’ajoutent à celles déjà prononcées en mars par la même cour d’appel sur le seul volet fraude fiscale : trois ans ferme chacun.»

Notons qu’en première instance dans le volet fraude fiscale, Patrick Balkany avait été condamné à quatre ans ferme, avec mandat de dépôt. Il avait donc été incarcéré, à la prison de la Santé.

Cette peine a ensuite été allégée en appel, au mois de mars 2020. Surtout, les juges n’avaient pas renouvelé le mandat de dépôt contre Patrick Balkany «en raison de l’état de santé actuel de l’intéressé». Il avait d’ailleurs été remis en liberté pour motif médical peu de temps avant son procès en appel.

 

La santé du couple est le dernier élément qui l’éloigne de la case prison : il est vraisemblable qu’Isabelle et Patrick Balkany puissent, si la peine acquiert un caractère définitif (par exemple s’il n’y a pas de pourvoi en cassation), obtenir un aménagement de cette peine. C’est d’ailleurs ce qu’écrivait Libé à la suite de l’arrêt de la cour d’appel : «Vu les certificats médicaux fournis par l’un et l’autre des époux Balkany, il est loin d’être certain qu’ils les purgeront un jour.»

 

Fabien Leboucq

«Faut arrêter les conneries» : deux mois de couacs au sein de l’exécutif confiné

 

Hésitations sur le confinement, non-dits sur les masques, appui aléatoire sur les scientifiques, gaffes et surmoi des ministres, dissensions entre Macron et Philippe… Depuis la mi-mars, la gestion et la communication au sommet de l’Etat ont souvent vacillé.

 

Le confinement touche à sa fin… pour le gouvernement. Pendant deux mois, confronté à une catastrophe médicale, humaine et économique sans précédent, l’exécutif ne s’est pas vraiment sublimé en termes de communication. En commençant par faire disparaître le manque de masques de protection derrière l’énoncé d’une doctrine bancale et difficilement tenable pendant une pandémie, pour finir par se marcher sur les pieds dans les annonces sur le déconfinement. «J’ai connu dans un autre mandat des gouvernements qui se sont illustrés par leurs couacs à répétition. Ça n’a jamais été le cas avec celui-ci. La machine est bien huilée», a pourtant osé le ministre de la Santé, Olivier Véran, le week-end dernier. Retour en trois temps sur une gestion et une parole officielle pas totalement confinée.

Un scientifique paravent… pour un temps seulement

Au départ, c’est un mot banni du vocabulaire du pouvoir en public : «confinement». Début mars, le nouveau coronavirus Sars-Cov-2 est déjà présent en France, il a fait de premiers dégâts dans des «clusters» isolés - l’Oise, le Morbihan, le Haut-Rhin - mais, compte tenu de ce qui se passe en Chine et en Italie, les éléments de langages envoyés aux responsables et conseillers de la majorité ont de quoi étonner. Le message en résumé : quand le virus «circulera librement» dans la population - le «stade 3» de l’épidémie de Covid-19 -, cela ne signifiera pas la mise en place d’un confinement. La porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, multiplie alors les passages télé et radio, appliquant la consigne à la lettre. «Au stade 3 de l’épidémie, on ne va pas arrêter la vie en France», assure-t-elle ainsi le 4 mars. «Une fois que l’épidémie est installée sur tout le territoire national, ça ne sert plus à rien d’empêcher les enfants d’aller à l’école ou autre»,poursuit-elle le lendemain. Déjà, celle qui a géré la communication du candidat Macron pendant la campagne puis les premiers temps à l’Elysée s’appuie sur les «scientifiques» pour justifier les décisions de l’exécutif : «Ce n’est pas nous qui allons décider du moment où la France sera dans une telle situation épidémique, ce sont des faits scientifiques.»

 

A LIRE AUSSIA l’Assemblée : «On a été plus que confinés, on a été confits !»

C’est aussi le 5 mars qu’Emmanuel Macron met en scène les infectiologues pour la première fois dans cette crise. A l’Elysée, il reçoit 30 spécialistes des épidémies pour «faire un point collectif sur l’état des lieux du virus et des solutions». «Il était nécessaire de s’appuyer sur la parole scientifique, approuve Thierry Herrant, professeur de communication publique à Sciences-Po. Car depuis l’affaire du sang contaminé et les multiples crises sanitaires, la parole politique est décrédibilisée en France.» Parmi ces spécialistes conviés par le président, le professeur Jean-François Delfraissy, immunologue et président du Comité consultatif national d’éthique.

Quelques jours plus tard, ce dernier sera propulsé par Emmanuel Macron à la tête de son «conseil scientifique» qui permettra d’étayer ses premiers choix de crise. Y compris les plus difficiles. Le 12 mars, dans sa première allocution télévisée liée au coronavirus, le chef de l’Etat prend appui sur le conseil pour maintenir le premier tour des municipales prévu trois jours plus tard. «Ils considèrent que rien ne s’oppose à ce que les Français, même les plus vulnérables, se rendent aux urnes», assure Macron devant près de 22 millions de Français. «Il aurait dû interrompre les municipales même si les professionnels de santé lui disaient que ce n’était pas dangereux, analyse Stéphane Rozès, président de la société Conseils, analyses et perspectives (CAP) et ex-dirigeant de l’institut de sondages CSA. Dire aux personnes âgées qu’elles peuvent voter et en même temps les inviter à rester chez elles, ça ne pouvait pas être compris.»

C’est aussi «selon les scientifiques» que Macron justifie la fermeture «jusqu’à nouvel ordre» des crèches et lieux scolaires, l’instauration du confinement en France et le choix de «réserver les masques en priorité pour l’hôpital». Sauf que cette décision est liée à l’absence de stock et à la difficulté de s’en procurer à l’étranger compte tenu de la demande mondiale. Un choix pragmatique qui s’est imposé à l’exécutif. Pas une recommandation scientifique. «Il fallait assumer bien plus tôt et dire qu’on n’avait pas assez de masques, déplore un communicant ministériel. Il fallait en appeler à tout le monde et à la solidarité du pays bien avant.» Philippe Moreau Chevrolet, spécialiste en communication politique et président de MCBG Conseil, abonde : «En com de crise, tout le monde sait qu’il faut être transparent. Il faut dire toute la vérité ou a minima ne pas mentir. Là, ils ont adopté la pire des stratégies : ils ont un peu dit la vérité et un peu menti. Je pense qu’ils ont paniqué.»

 

A la décharge du gouvernement, même l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a changé de doctrine en cours de pandémie sur les masques. Ce qu’Edouard Philippe ne se privera pas de répéter pendant deux mois. Mais pour Franck Louvrier, ancien conseiller communication de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, c’est un peu court : «Vous pouvez ne pas dire certaines choses, mais en situation de crise, vous êtes obligés de tout dire parce que vous êtes sous pression médiatique.» D’autant, pointe le professeur de communication publique Thierry Herrant, «que les Français comme les ministres ont découvert au fil de cette pandémie sans précédent que tous les scientifiques n’étaient pas d’accord entre eux, que la parole scientifique est diverse. Et aujourd’hui, on ne sait plus trop où on en est du point de vue scientifique».

Ce paravent scientifique va cependant jouer son rôle à plein pendant un bon mois. Car à mesure que le confinement produit ses effets catastrophiques sur le monde du travail, ce ne sont plus seulement les statistiques médicales qui guident le politique mais davantage les courbes économiques. Qui plongent… Résultat, quand le conseil scientifique préconise de ne rouvrir les écoles qu’en septembre dans l’espoir d’épargner au pays une deuxième vague épidémique, l’exécutif va garder pour lui l’avis de ces experts pendant plusieurs jours. Le ministère de la Santé se targuait pourtant jusque-là de les publier en toute «transparence». Le 13 avril, Emmanuel Macron annonce donc que les écoles rouvriront le 11 mai, date du début du déconfinement. Les raisons sociales et économiques ont pris le dessus sur les préventions scientifiques. Dans cette allocution présidentielle, le mot «scientifique» n’est d’ailleurs jamais prononcé par le chef de l’Etat.

Trop de ministres… qui parlent trop

«Flegmatique mais ravageur.» Voilà comment un membre du gouvernement qualifie le «coup de gueule» d’Edouard Philippe à ses ministres le 27 mars par visioconférence. Cela fait deux semaines que la parole gouvernementale part dans tous les sens. Il est temps pour le chef du gouvernement de recadrer tout le monde. Ordre est donné de s’en tenir aux «EDL» (les éléments de langage) de l’Elysée et Matignon. Car un jour, c’est le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, moqué pour son appel à «l’armée de l’ombre» pour aller ramasser fraises et asperges. Un autre, c’est la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, qui évoque un Tour de France à huis clos. Sans parler de Jean-Michel Blanquer, qui annonce tout seul dans son coin la date du 5 mai pour une reprise possible de l’école, ou encore de Sibeth Ndiaye qui évoque des «professeurs qui ne travaillent pas» alors qu’ils se sont mis à l’enseignement à distance au prix d’importantes contorsions professionnelles et personnelles. «Dans une crise, il faut centraliser les messages et limiter le nombre d’interlocuteurs sinon on risque la distorsion,rappelle Franck Louvrier. Là, tous les matins on avait un ministre qui venait parler de son domaine. Ça ne rassure pas les Français, au contraire.»

 

D’où le choix du chef du gouvernement de resserrer les boulons et de monter en première ligne médiatique. Le 28 mars, un samedi après-midi, Edouard Philippe se lance dans une très longue séance de questions-réponses, à coups d’explications scientifiques, de statistiques et de dates. «Je veux parler clair, énonce-t-il. Je veux vous dire ce que nous savons et ce que nous ne savons pas, ce que nous préparons et ce que nous réussissons, parce qu’il y a des choses que nous réussissons, et ce qui nous inquiète.»Conférence de presse, 20 heures de TF1 : le retour aux fondamentaux va fonctionner… une semaine. Car le surmoi de certains ministres reprend vite le dessus. L’aile droite du gouvernement n’a plus l’air très à l’aise avec le«quoi qu’il en coûte» présidentiel pour sauvegarder l’économie. Pour s’en sortir, «il faudra probablement travailler plus que nous ne l’avons fait avant», lance ainsi la secrétaire d’Etat à l’Economie, Agnès Pannier-Runacher, totalement raccord avec les messages insistants envoyés par le Medef depuis la mi-mars. Son ministre de tutelle, Bruno Le Maire, a beau expliquer par la suite qu’il s’agit là d’une «drôle d’idée», il a lui-même allumé la mèche en lançant qu’«à la sortie de cette crise, il faudra faire des efforts».

Deux semaines plus tard, c’est au tour du ministre de l’Education nationale de reprendre ses mauvaises habitudes. Devant la commission des affaires culturelles, Blanquer détaille un plan de retour des élèves en classe… qui n’est pas encore totalement arbitré par l’étage du dessus et qui sera démenti une semaine plus tard par le Premier ministre. «Une annonce ne devrait être faite que quand l’exécutif est bien sûr de ce qu’il veut dire, insiste Philippe Moreau Chevrolet. Là, les ministres lancent des ballons d’essai. On ne peut plus se permettre de demi-annonces ou des off. Faut arrêter les conneries.»

«Une crise n’est pas une compétition sur qui passera à la télé : c’est une communication ordonnée, recentrée autour d’un porte-parole unique», s’agace à son tour Franck Louvrier. Qui verrait bien dans ce rôle… Jean Castex. Le nouveau «Monsieur déconfinement» du gouvernement est aussi un ancien conseiller élyséen de l’ère Sarkozy. C’est surtout un énarque ayant choisi la préfectorale qui est aujourd’hui maire d’une petite commune dans les Pyrénées-Orientales. «Avec lui c’est le terrain qui parle, le bon sens paysan», vante Louvrier. «La mission propose, le pouvoir politique dispose»,temporise mercredi Jean Castex. Du coup jeudi, lorsqu’il s’agit de livrer les derniers détails de la sortie du confinement, prévue pour le 11 mai, ce n’est pas Castex qui apparaît à l’écran mais Edouard Philippe. Qui fait défiler six ministres au pupitre pour détailler sous bonne garde leur partie de la délicate opération.

Elysée-Matignon, un couple en tensions

La petite phrase a dû faire très plaisir à Edouard Philippe. Appuyé sur le bureau d’un instituteur dans une salle de classe de Poissy (Yvelines), mardi, Macron répond aux deux journalistes de TF1 et de France Télévisions qui lui font face. «Non, je n’ai pas ces grands mots.» Lui, président de la République, ne reprend pas à son compte le terme d’«écroulement» utilisé une semaine plus tôt par son Premier ministre pour qualifier le risque qu’encourt la France si le confinement devait se prolonger. La petite pique du chef de l’Etat en direct ne plaide pas dans le sens des entourages des deux hommes, qui martèlent qu’il y a un «alignement complet» entre la Rue du Faubourg-Saint-Honoré et la Rue de Varenne. Interrogé jeudi sur le sujet, Philippe, visiblement agacé, défend face caméra une «fluidité […] qui a peu de précédents» entre lui et Macron, s’agaçant contre les «journalistes politiques» et jurant que les Français se «contrefichent» de leurs articles.

Pourtant, rarement depuis 2017 les journalistes n’auront autant eu vent des désaccords entre les deux hommes. Avant même l’annonce du confinement par Macron le 16 mars, leur mésentente au sujet des municipales atteint les oreilles des conseillers et responsables de la majorité. «Macron doute, mais ne pas reporter cette élection c’était une demande expresse du Premier ministre et de tous les vieux crocodiles de droite qui viennent aujourd’hui nous faire la leçon», s’agace l’entourage d’un ministre de poids. Cet épisode fondateur annonce un confinement compliqué pour les deux hommes. Au départ, pourtant, les places de chacun sont respectées : à Macron les déclarations solennelles - empruntant un étrange registre guerrier - et au Premier ministre les explications pratiques et la mise en œuvre de la politique du gouvernement. «Ses interventions mettent en lumière un défaut du ministère de la Santé : [le directeur général de la santé, Jérôme] Salomon s’est un peu paumé en route en lisant le même communiqué macabre tous les soirs sans faire de pédagogie,analyse un ministre. Philippe a donc assumé le rôle de super-ministre de la Santé.»

La tonalité choisie - assumer de dire qu’«on ne sait pas tout» - devient même celle du Président. Le 13 avril, Emmanuel Macron abandonne la rhétorique martiale, qui a atteint son apogée lors de son discours de Mulhouse devant les tentes kakis de l’hôpital de campagne installé par l’armée sur le parking du CHU. Un registre jamais endossé par un Premier ministre qui joue plus rationnel et moins passionnel. «L’allocution présidentielle du 13 avril est très bonne, juge Philippe Moreau Chevrolet. Macron sort alors de sa posture de chef de guerre et va sur le quotidien, mais il donne aussi l’impression de ne pas savoir quel rôle jouer : d’abord il fait du Clemenceau puis refait du Macron 2017 qui bouscule la technostructure et impose un rythme. Mais ça ne marche pas car l’administration s’est cabrée et le chef de l’Etat n’a pas de maîtrise sur son Premier ministre.»Stéphane Rozès analyse : «On a l’impression que le Président fait de la com, dit ce qui est souhaitable, et que le Premier ministre, lui, dit le réel, le possible. La répartition des rôles n’est pas bonne car il n’y a pas de "en même temps" en crise sanitaire : le Président doit trancher entre le souhaitable et le possible.»

 

Résultat, les deux plus hauts rouages du pouvoir se grippent vite. Le 13 avril, Emmanuel Macron annonce le déconfinement pour le 11 mai, suscitant une attente exponentielle chez des Français enfermés depuis des semaines. Sauf qu’Edouard Philippe ne centre pas du tout sa deuxième conférence de presse sur le sujet six jours plus tard. «C’est humiliant pour le Président, souligne Philippe Moreau Chevrolet.Si le chef de l’Etat parle et que l’agenda c’est le déconfinement, alors la conférence doit porter sur le déconfinement. Ou alors on se tait. Quand on a parlé à 36,5 millions de personnes de tarte à la fraise, que tout le débat de la semaine porte sur comment on fait la tarte à la fraise et que le dimanche vous arrivez en disant qu’on va plutôt faire des crêpes, c’est qu’on se fout de votre gueule.»

En réalité, la question du déconfinement est bien plus compliquée à vivre pour les deux têtes de l’exécutif que celle du confinement. Macron a choisi cette date du 11 mai et «il a eu raison de prendre le risque», fait valoir Franck Louvrier : «Il décide de la date, maintenant il doit décider de la com.» Il voit son Premier ministre appuyer sur le frein et intervient pour confirmer la «nouvelle étape» enclenchée. On est plus dans le «si», mais le «comment». Nuance de taille.

Plutôt que de laisser Philippe en première ligne - et le laisser prendre les risques en mode paratonnerre -, Macron a finalement été omniprésent dans cette dernière semaine de confinement. Son Premier ministre parle au Sénat pour redonner les grandes lignes de son plan de sortie ? Le chef de l’Etat intervient quelques minutes plus tard pour livrer, depuis l’Elysée, sa propre vision des choses et efface totalement son Premier ministre des médias du jour.

 

Rebelote le lendemain à Poissy, avec sa sortie sur les «grands mots» de son Premier ministre. «Macron est en train de se transformer en Hollande avec des petits calculs politiciens pour nuire à son Premier ministre, regrette Moreau Chevrolet. Sa com est aussi peu maîtrisée qu’avant 1974.» Pour lui, cette séquence école à Poissy est même «un désastre»«Il met du temps à mettre un masque et ne comprend pas les gestes barrières. C’est anxiogène de voir le Président se mettre en danger.» Un peu comme sa visite pas du tout incognito à Pantin fin mars, qui avait provoqué un attroupement de curieux en dépit de toutes les recommandations de distanciation physique.

Quant à sa vidéo du 1er Mai, où le chef de l’Etat évoque, bronzé et en costume trois-pièces, les cortèges «chamailleurs» des syndicats alors que les manifestations de 2018 et 2019 ont été émaillées de violences avec la police, c’est carrément «de l’amateurisme» pour le communicant. «Le Premier ministre a trouvé son registre : il a les mains dans le cambouis, se pose en exécutant avec une forme d’humilité. Mais le Président donne le sentiment de ne pas trouver sa place dans le dispositif», constate Chloé Morin, de la Fondation Jean-Jaurès. Ou de vouloir occuper le centre de l’image coûte que coûte. Manches de chemise retroussées, cheveux ébouriffés, débit de mitraillette, Emmanuel Macron a appelé mercredi des acteurs du monde de la culture à «enfourcher le tigre»,comprendre se bouger, face à un Etat qui ne pourra pas tout. Le tout est filmé sans filtre, passe en direct sur les chaînes info. Vingt-quatre heures plus tard, Edouard Philippe apparaîtra dans une sobriété extrême, de décor et de mots, pour présenter les détails de la «reprise».

 

A Matignon, on fait mine de ne pas prêter attention à ces différences. «C’est le problème des journalistes politiques, ironise-t-on dans l’entourage de Philippe. Vous aimez Schönberg, la musique atonale… Tout ce qui est un peu harmonieux vous emmerde.» La mélodie des sondages, elle, ne trompe pas : on compte les points dans l’opinion et le Président est de nouveau moins populaire que son Premier ministre. Avec 40 % d’opinions favorables, Macron enregistre une perte de 6 points en un mois dans le dernier baromètre Ifop pour Paris-Match quand Philippe, lui, gagne 3 points et se retrouve à 46 %. «Le problème, c’est qu’Emmanuel Macron s’est fait élire comme un Bonaparte, mais ce sont les orléanistes qui tiennent le sommet de l’Etat à Matignon et Bercy», conclut Rozès. Tant qu’ils ne pensent pas à la Restauration.

 Lilian Alemagna et Nicolas Massol — 8 mai 2020

 

Retour sur le discours de Macron du 13 avril


Commentaire de Jean-Marc Jancovici :


"Il nous faudra bâtir une stratégie où nous retrouverons le temps long, la possibilité de planifier, la sobriété carbone, la prévention, la résilience qui seules peuvent permettre de faire face aux crises à venir", a déclaré hier soir notre premier magistrat dans son allocution télévisée, où l'on sentait bien l'envie de rappeler De Gaulle, avec l'évocation du nom du programme du Conseil National de la Résistance (les Jours Heureux).

Il n'est pas totalement certain que notre ami ait bien compris les contreparties majeures qui vont implicitement avec cette promesse (entre autres la divergence frontale que cela crée avec le fonctionnement actuel de l'Europe, du commerce mondial, de la finance, et d'autres champs où les acteurs n'ont que les mots "marché" et "suppression des contraintes" en tête), mais à tout le moins le fait d'en avoir parlé permettra à tous ceux qui sont convaincus que le court termisme a vécu de donner de l'écho à leurs propositions concrètes en ce sens.

The Shift Project se félicite donc de cette déclaration, et fera tout (même si c'est peu !) pour qu'elle ne reste pas des mots en l'air."


(publié par Joëlle Leconte)

Au procès du couple, l’aplomb inoxydable d’Isabelle Balkany

Le couple comparaît en appel après avoir été jugé coupable de fraude fiscale en septembre. Patrick Balkany a été condamné à quatre ans de prison avec incarcération immédiate, sa femme à trois ans ferme.

 

 

 

 

 
 

« J’ai 72 ans et je n’ai jamais rempli de déclaration d’impôt, [et] Patrick non plus. » Seule à la barre, lundi 16 décembre, Isabelle Balkany a réduit la fraude fiscale reprochée au couple à une erreur « en toute bonne foi », devant la cour d’appel de Paris.

Les débats, ouverts mercredi dernier, ont repris en l’absence de Patrick Balkany, hospitalisé depuis quatre jours. Debout devant le box vide, la première adjointe au maire de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) ferraille avec les magistrats, alternant sourires, indignations et « petites plaisanteries ».

Avec un aplomb désarmant, elle prend la parole quand bon lui semble, demande une précision à l’un de ses avocats, rectifie une question « colimaçonnesque » de l’accusation, boit une gorgée d’eau, balaie les interrogations précises de la cour en plaidant une « ignorance totale » des choses fiscales, puis interrompt l’audience pour « rappeler l’hôpital ».

Comme son mari, qui avait affronté seul le premier procès alors qu’elle se remettait d’une absorption massive de médicaments, Isabelle Balkany sidère par son culot et son énergie.

 

« Personne ne nous a dit de refaire des déclarations communes »

Dans ce dossier de fraude fiscale, elle a été condamnée en septembre à trois ans ferme, son époux à quatre ans avec incarcération immédiate et tous deux à dix ans d’inéligibilité, une sanction pour une « délinquance fortement rémunératrice ».

Ils sont poursuivis pour n’avoir pas payé l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) entre 2010 et 2015, malgré des actifs estimés à 16 millions d’euros annuels, mais également d’avoir déclaré des revenus amplement sous-évalués entre 2009 et 2014.

La présidente, Sophie Clément, demande pourquoi les Balkany, mariés depuis 1976, ne remplissaient pas de déclaration commune de revenus – les sommes éludées sont estimées à 4 millions d’euros ; un montant vigoureusement contesté par la défense.

 

Sur le ton de la confidence, Isabelle Balkany revient sur l’épisode de sa « séparation avec Patrick » entre « 1995 et 1997 ». Il avait alors quitté le domicile conjugal du moulin de Cossy à Giverny (Eure) et ils faisaient des déclarations séparées.

« Nos déclarations ont été faites tous les ans par un expert-comptable et une ancienne receveuse des impôts à la retraite une de nos élues, 80 ans, que je croise encore sur les marchés », dit-elle. « Quand Patrick est revenu, personne ne nous a dit de refaire des déclarations communes. »

La présidente laisse poindre son étonnement, fait remarquer qu’une adresse à Levallois figure sur la déclaration de M. Balkany. « Mais il avait un appartement », rétorque la première adjointe. « Ce n’était pas sa résidence », relève la cour.

 

« L’ISF, ce merveilleux impôt » qui « a été supprimé »

Isabelle Balkany ne désarme pas : « C’est incontestablement une erreur, mais en toute bonne foi. » Elle se tourne vers ses avocats : « Les avantages n’étaient pas si importants, non ? »

Elle reconnaît elle-même l’inverse quelques minutes plus tard : « Si on avait fait des déclarations communes, on aurait déclaré l’ISF. » L’évaluation la plus basse du seul moulin normand – 3,2 millions d’euros selon le fisc et 1,3 million selon la défense – les aurait contraints à s’acquitter de cet impôt sur la fortune.

« L’ISF, ce merveilleux impôt qui est tellement formidable qu’il a été supprimé », ironise Isabelle Balkany. « Pas tout à fait », rectifiera la présidente.

Tout cela agace la prévenue. Les déclarations, « il y a des gens qui s’en occupent bien et d’autres pas, regardez M. Delevoye », lance-t-elle, en référence au haut-commissaire aux retraites démissionnaire, qui avait omis de déclarer dix mandats.

 

Concernant la villa Pamplemousse de Saint-Martin et le luxueux riad de Marrakech, la position des édiles n’a pas varié : Isabelle Balkany a reconnu posséder la villa antillaise – payée par de l’argent familial venu de Suisse, a-t-elle affirmé – mais elle a nié fermement être propriétaire du riad marocain.

Alors que les Balkany sont en contentieux avec le fisc, notamment sur l’évaluation des propriétés, Isabelle Balkany a remarqué que sa villa antillaise n’avait « pas vue sur la mer » à cause des palmiers des voisins, contrairement à celle de Donald Trump.

L’audience reprend mardi après-midi.

 

Le Monde avec AFP Publié le 17 décembre 2019

 

"Il est désolant que les politiques disent souvent le contraire de ce qu'ils pensent. (..)

Ce qui est dommage en politique, c'est qu'il faut plaire aux cons !"

(extrait d'un entretien de Laurent Ruquier par Nathalie Mauret, 13/01/2013, "Le Progres")

Alain Duhamel : « Il ne faudrait pas que la politique devienne une occupation d’amateurs »

 

Pour Alain Duhamel, journaliste, membre de l’Académie des sciences morales et politiques (1) et grand témoin de la vie politique française, nous vivons une période de rupture, marquée par l’effacement des professionnels de la politique.

 

La Croix : Comment interprétez-vous l’arrivée de nouveaux visages comme têtes de liste aux européennes ?

Alain Duhamel : La juvénilité du président et l’arrivée de la génération En Marche à l’Assemblée ont poussé les autres partis à un renouvellement de l’offre d’autant plus marquant que, dans la tradition française, les européennes sont souvent l’occasion de recycler des personnalités sur le déclin, contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays. Le fait de mettre en avant des jeunes comme Jordan Bardella (RN) ou Manon Aubry (LFI) manifeste aussi l’intention de toucher la jeunesse, qui d’ordinaire se mobilise très peu pour cette élection.

 

 

Vit-on un moment de rupture ?

A. D. : La vie politique est jalonnée de renouvellements tous les vingt ou trente ans. Il y a eu la génération politique née de la rupture de 1958, celle issue de 1981. Sans aucun doute assiste-t-on avec la génération 2017 à un tel moment de renouvellement, bénéfique.

Que dit la présence de nombreuses figures hors partis ?

A. D. : La politique a longtemps attiré les plus ambitieux et les plus talentueux, passés par les grandes écoles. Mais aujourd’hui, les élites se détournent de la politique, perçue comme un repoussoir.

Le pouvoir réel des responsables publics s’est réduit au profit de celui des décideurs économiques, des acteurs internationaux. Dans le même temps, quoi qu’en pense l’opinion publique, la classe politique a vu son niveau de vie baisser, avec la fin de certains avantages et du cumul des mandats. S’ajoute à cela l’extrême brutalité des alternances qui rend caduque la perspective d’une carrière assurée. Les partis ont donc du mal à attirer des talents.

Que vous inspire cette remise en cause de la « profession » politique ?

A. D. : Je regarde cette évolution avec intérêt et circonspection. Peut-être va-t-on vers un système à l’anglo-saxonne dans lequel des personnalités venues du privé consacrent une partie de leur vie à la chose publique ? Mais il ne faudrait pas que la politique devienne une occupation d’amateurs. Je suis pour le renouvellement générationnel, pas pour l’appauvrissement du personnel politique. Il s’agit de trouver le bon équilibre.

L’arrivée de philosophes vous surprend-elle ?

A. D. : Ce n’est pas du tout un hasard si ce sont les deux grands partis d’alternance au pouvoir qui ont choisi pour tête de liste de jeunes philosophes. Les formations de gouvernement n’ont plus de projet de société. Les grands partis ont besoin de retrouver des idées, des hommes porteurs de valeurs pour formuler de nouveaux projets ambitieux.

Bellamy et Glucksmann réussiront-ils à rester des philosophes en politique ou deviendront-ils des politiciens ex-philosophes ? Pour l’instant, je suis dubitatif. Les propos de François-Xavier Bellamy en tant que tête de liste font systématiquement écho à ceux de Laurent Wauquiez. Et quand il se range parmi ceux qui refusent de sanctionner Viktor Orban, je me demande si le « porteur de valeurs » pourra résister à la politique politicienne.

Concernant Gluksmann, j’entends une petite polémique monter. Certains se demandent si c’est un socialiste sincère ou un libéral reconverti…

Au regard de l’histoire, reconnaissons que les philosophes n’ont jamais fait de grands politiques. C’est vrai de Barrès à droite comme de Lamartine à gauche. Lequel a été l’homme politique le plus populaire de France… durant trois mois !

 
, le

"L’État est là": Macron s'efforce de rassurer Saint-Martin, un an après Irma
Sommes-nous au coeur du centre de la contradiction (pour ne pas dire de la schizophrénie) où nous enferme actuellement notre modèle de croissance ? Emmanuel Macron souhaite relancer le tourisme à Saint-Martin pour aider les habitants de l'île à surmonter le passage dévastateur de l'ouragan Irma. Mais le tourisme contribue fortement au réchauffement climatique.

Jean-Marc Jancovici : "Il est hélas très répandu qu'une "solution" à un problème causé par le changement climatique, ou destiné à le limiter... aggrave le problème. Cela concerne aussi le dessalement de l'eau de mer avec du gaz, la climatisation - logements et véhicules - pour lutter contre la hausse des températures, la déforestation induite pour produire des "biocarburants", l'électricité au charbon pour remplacer le pétrole des voitures... Comme

disait l'autre, nous ne sommes pas sortis de l'auberge !"

"Colérique", "égoïste", "immature" : la face cachée de Nicolas Hulot

 

 

 

Démissionnaire surprise ce 28 août du ministère de l'Écologie, Nicolas Hulot semblait agacer ses collègues, explique Le Parisien. Des sautes d'humeur qui minaient même toutes ses équipes.

De bonne humeur, de mauvaise humeur...

 

 

les collaborateurs de Nicolas Hulot ne savaient pas sur quel pied danser. Le Parisien révèle en effet que l'année passée au ministère de la Transition écologique a été pénible à plus d'un titre pour beaucoup, du fait des sautes d'humeur du ministre. Pour un membre du gouvernement, Nicolas Hulot « n'a jamais pris de plaisir là où il était ». Un autre élu LRM que cite Le Parisien, dézingue l'ancien animateur, qu'il décrit comme systématiquement ronchon.

"Il était torturé, c'est un insatisfait. Il a obtenu Notre-Dame-des-Landes, l'interdiction du glyphosate sous trois ans, la réduction du nucléaire... Qu'est-ce qu'il lui faut de plus ? Hulot, il a un problème personnel, pas de fond", dit-il.


Mais c'est bien avec ses équipes que l'ex-ministre aurait été le plus dur. S'il répétait "tous les quinze jours qu'il allait démissionner" (plus personne ne s'inquiétait donc), d'autres le décrivent comme "colérique", "égoïste" ou "caractériel".

Des accès de colère

Des témoignages conséquents, à l'image de cet épisode le soir de l'annonce d'Édouard Philippe du démantèlement de Notre-Dame-des-Landes. Un collaborateur explique la furie du ministre quand il apprend que l'une de ses secrétaires d'État, en l'occurrence, Brune Poirson, doit faire une matinale avant lui le lendemain. "C'était humiliant pour elle. Il était incontrôlable", raconte-t-il.

Pour d'autres qui l'ont croisé, le constat est le même. Roselyne Bachelot, à la tête de l'écologie sous Jacques Chirac, décrit un homme "fragile et immature". "Il laissait éclater sa colère avec un ton très agressif", précise-t-elle.

Enfin, dernier aspect de ce portrait peu élogieux, son travail. Pour un conseiller ministériel, il ne mettait "pas assez les mains dans le cambouis", s'octroyant même son vendredi après-midi. Enfin, Nicolas Hulot n'appréciait pas les déplacements et se plaignait des tonnes de dossiers qu'il avait à gérer. De quoi cristalliser les tensions dans ses équipes, et même jusque dans le gouvernement ?

 

6Medias, publié le mardi 28 août 2018

Machine arrière toute sur le dossier du casier vierge pour être élu !

C'était l'une des promesses de campagne électorale d'Emmanuel Macron visant à assainir l'image du politique. Mais l'exécutif a fait marche arrière par crainte de voir la mesure déclarée anticonstitutionnelle.

D'un côté on nous vend toujours plus d'assainissement des pratiques politiques et de l'autre la réalité des faits. L'Assemblée Nationale entre les mains d'une majorité d'élus de la République En Marche a finalement fait machine arrière toute, évoquant une crainte d'anti-constitutionnalité. Bref... l'une des mesures phares qui aurait pu permettre de tirer un trait définitif sur des cas de plus en plus courants sera donc remisée.

Quand Laurent Wauquiez ne cirait pas ses chaussures pour faire plus rural

 

 

>> A lire aussi : Non, il assure ne pas s’être teint les cheveux en gris pour paraître plus crédible

« Le gars de la Haute-Loire »

Et cette image rurale, à laquelle il tient tant, le président de la Région Auvergne Rhône-Alpes la cultive dans les moindres détails. Selon L’Express, citant un proche de Laurent Wauquiez, ce dernier « faisait exprès d’arriver à Paris sans avoir ciré ses chaussures, histoire de montrer qu’il avait les pieds dans la glaise, lui, le gars de la Haute-Loire ».

Toujours pour peaufiner son image, Laurent Wauquiez s’était même adjoint les services d’un coach vocal pour retrouver son accent de Haute-Loire, avait révélé Le Monde en septembre.

Laurent Wauquiez se teignait les cheveux en gris pour faire expérimenté

Élu député à seulement 29 ans, Laurent Wauquiez a parfois dû ruser pour se faire une place en politique.

 
Outre ses cheveux gris, symboles de sa sagesse, Laurent Wauquiez se distingue aussi par sa fameuse parka rouge. Photo AFP

Outre ses cheveux gris, symboles de sa sagesse, Laurent Wauquiez se distingue aussi par sa fameuse parka rouge. Photo AFP

 

C'est un détail savoureux que révèle Le Monde dans un portrait consacré à Laurent Wauquiez.

On y apprend que le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes n'a pas toujours arboré cette chevelure poivre et sel, qui semble constitutive de sa personne.

"C'est quelqu'un de très construit"

Non, si désormais ce gris lui est désormais naturel, c'est un détail qui a été savamment calculé.

On lit dans Le Monde : "Avant d’arborer une chevelure grise naturelle, il se teint en poivre et sel pour apparaître plus expérimenté que certains jeunes loups sarkozystes".

Élu à l'Assemblée nationale en 2004, le député de Haute-Loire n'avait alors que 29 ans. Il a dû ruser pour se distinguer. Avec succès : trois ans plus tard, il était nommé porte-parole du gouvernement François Fillon. 

Un ancien collaborateur explique : "C’est quelqu’un de très construit. Il aime ou fait quelque chose quand c’est dans l’air du temps ou que cela lui permet de monter une marche".

Coach vocal

Autre détail amusant : celui qui brigue la présidence des Républicains a aussi fait appel à un coach vocal pour retrouver son accent de Haute-Loire.

Il faut dire que Laurent Wauquiez est né à Lyon, avant de faire ses études à Paris...

«On se rapproche très nettement de la situation américaine»

 

Pour Emmanuel Dockès, spécialiste du droit du travail, la réforme détruit les protections des salariés français sans adopter celles du modèle allemand.

Professeur de droit du travail à l’université Paris-Nanterre, Emmanuel Dockès estime que la réforme engagée par le gouvernement éloigne le modèle social français du modèle allemand.

Avec ces modifications dans notre code du travail, se rapproche-t-on du «modèle allemand» ?

Non. Le modèle allemand contient au contraire de fortes protections contre les licenciements qui se font, notamment, en concertation avec les représentants du personnel qui ont souvent un rôle de codécision ou de codétermination dans les entreprises. Le modèle allemand est un modèle de concertation très fort. La réforme du code du travail en France affaiblit considérablement le rôle des représentants du personnel et le contrôle des licenciements. C’est très rude. Et ça nous éloigne encore du droit allemand.

En Allemagne, peut-on se passer de représentants syndicaux dans les entreprises de moins de 50 salariés ?

En Allemagne, il n’y a pas de négociation collective possible sans syndicat. La loi date de 1949 et a été très peu modifiée depuis. Alors qu’en France, on ne cesse d’ouvrir des possibilités de négociation dérogatoire.

C’est un modèle bien plus libéral qui se dessine ?

Oui. Notamment en matière de droit du licenciement, nous étions déjà bien moins protecteurs que nos voisins allemands. Et l’écart s’accroît.

Vous diriez que nous allons vers une situation à l’anglaise ou à l’américaine ?

On se rapproche très nettement de la situation américaine où il est très facile, sans guère de justification, de licencier. C’est l’image de la personne, dans les séries télé, à qui on dit, sans motif, «prenez la porte», la personne remplit son carton et s’en va… Le licenciement à l’américaine va devenir possible en France.

Nos dirigeants ne cessent cependant de faire référence au «modèle allemand»…

Pourtant, les comités d’entreprise de nos voisins sont bien plus développés que les nôtres. La différence avec la France est peut-être dans l’importance de la loi, qui est inférieure là-bas. Corrélativement, il y a une plus grande inégalité de situation selon les différentes entreprises. Jusqu’ici, le modèle français se caractérisait par l’existence d’un socle de protection égal pour tous, plus développé que ce qu’on peut connaître en Allemagne. Mais cette réforme du code du travail réduit ce socle et donc l’égalité entre salariés.

Pourquoi ce socle est-il différent entre nos deux pays ?

Parce qu’en Allemagne, beaucoup plus de décisions se prennent au niveau de la branche et de l’entreprise, et moins au niveau de la loi. Les Allemands sont sur un modèle d’entreprise mais, et c’est une grande différence avec la France, avec des partenaires sociaux très forts, notamment du fait de l’histoire syndicale du pays. En France, on décide de ramener le niveau de négociation et des décisions au niveau des branches et de l’entreprise mais, dans le même temps, on affaiblit les représentants du personnel. C’est une grande différence ! Tout ce qui est proposé pour aider les syndicats, ce sont des mesurettes. En sens inverse, les ordonnances restreignent la possibilité de recourir aux experts pour les comités d’entreprise, on réduit les informations dont ils peuvent bénéficier… Au final, on détruit les protections du modèle français sans adopter les protections du modèle allemand.

Lilian Alemagna

Fin des emplois aidés : ce que le gouvernement demande aux préfets

Dans un courrier consulté par «Libération», le ministère du Travail demande aux préfets de «stopper» les emplois aidés à destination du secteur non-marchand. L'Education nationale bénéficie de près de la moitié des 110 000 contrats encore disponibles.

On ferme les vannes. Le gouvernement promettait un coup de frein sur les emplois aidés au second semestre, le ministère du Travail a tranché. Dans un mail que Libération s’est procuré, la Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle – qui dépend de la rue de Grenelle – demande aux préfets d’en finir pour cette année avec les contrats aidés à destination des entreprises et de restreindre fermement ceux réservés à l’Etat, les collectivités locales et certaines associations. Pour les contrats uniques d’insertion (CIE) du secteur marchand, il est ainsi «demandé de stopper les prescriptions». Pour les contrats d’accompagnement dans l’emploi (CAE), secteur non-marchand, «les priorités arrêtées portent strictement sur l’outre-mer, l’Education nationale, le secteur sanitaire et social».

Ce document confirme ainsi les pistes lancées par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, devant l’Assemblée nationale le 9 août, et des informations des Echos. Ce qui ne va pas rassurer associations ou petites entreprises qui pouvaient jusqu’ici compter sur ces emplois subventionnés pour embaucher une personne en difficulté d’insertion professionnelle et vont devoir, pour beaucoup d’entre elles, s’en séparer.

Ainsi, seuls les emplois d’avenir en cours de renouvellement «pourront être assurés pour permettre la poursuite de parcours déjà engagés». Pour le reste – soit le gros des emplois aidés – on est très loin de la «sorti[e] en sifflet pour éviter un choc brutal pour ceux qui en bénéficient», comme l’avait promis le ministre de l’Intérieur et proche du chef de l’Etat, Gérard Collomb, mercredi, dans une interview au Figaro.

L’Education privilégiée

 
Proposé par

Dans le détail, l’arbitrage du gouvernement, «d’application immédiate», offre la part belle à l’Education nationale qui bénéficie de près de la moitié des 110 000 contrats aidés encore disponible au budget 2017. Son «enveloppe» allouée afin d’assurer la rentrée scolaire et, précise le ministère du Travail, «assurer l’accompagnement des enfants handicapés», «est fixé[e] à 50 000 contrats» pour le second semestre. C’est toujours 20 000 de moins que ce qui avait été distribué au second semestre 2016 par le précédent gouvernement. 8 568 postes iront aux établissements d’Ile-de-France, 5 573 en Auvergne-Rhône-Alpes, 5 376 pour les Hauts-de-France, 5 433 en région Occitanie ou encore 3 673 pour la région Paca. Il y avait urgence à confirmer certains contrats indispensables pour les établissements scolaires avant la rentrée de septembre : plusieurs communes de La Réunion ont déjà reporté d’une semaine le retour des élèves en classe pour cause, justement, de manque de personnel financé grâce à ces emplois aidés.

Plus de contrats pour les entreprises

«Au-delà» de la priorité affichée sur l’Education, les CAE «doivent être limités et soutenir exclusivement des renouvellements de contrats à destination de publics prioritaires et associations ayant démontré leur contribution à l’intérêt général, notamment dans le champ de l’urgence sociale ou sanitaire», détaille ce même courrier de la rue de Grenelle envoyé aux préfets en attendant une circulaire définitive. Les «engagements» pris avec les conseils départementaux seront eux «honorés», «de même que les recrutements d’adjoints de sécurité», ajoute le document. En revanche, plus aucun contrat aidé à destination des entreprises ne sera donc accepté. S’il restait encore quelques crédits pour financer ces CIE, ils devront être «redéployé[s]» sur l’enveloppe des CAE. Les associations périscolaires ou de quartiers pourraient également pâtir de cette fermeture de robinet si leur action n’est pas jugée «urgente» sur le plan «sanitaire» ou «social».

Le ministère du Travail insiste par ailleurs pour que les personnes concernées par la fin de leurs contrats bénéficient désormais d’autres dispositifs d’insertion professionnelle, comme l’apprentissage pour les plus jeunes. Accusant le précédent gouvernement d’avoir consommé en six mois les deux tiers des crédits destinés à financer 280 000 emplois aidés en 2017, l’exécutif avait prévenu mi-juillet qu’il allait donner un sérieux coup de frein au second semestre pour privilégier, à terme, la formation. Une rallonge de 250 millions d’euros avait tout de même été accordée par Bercy, pour financer notamment 13 000 contrats supplémentaires. Le coup de frein est bien là : au risque d’en éjecter certains dans les files d’attente de Pôle emploi.

Lilian Alemagna

Les rémunérations très embarrassantes de Nicolas Hulot

"Le Canard enchaîné" s'est penché dans son édition de ce mercredi sur les différentes sociétés du nouveau ministre de la Transition écologique.

 
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article