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le coin des politiques

Publié le par ottolilienthal

La Ministre de la transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher est entrée dans l’album collector. Agnès est liée à une société pétrolière détenue par son père et ses enfants mineurs. Baptisée Arjunem, l’entreprise familiale partage des intérêts financiers avec Perenco, numéro 2 du pétrole en France, et détient plus de €1 million dans des paradis fiscaux.

Donc la ministre de la transition est assise sur un pactole créé par une entreprise pétrolière qui a évité les impôts en passant par un paradis fiscal.

Ainsi la ministre dont l’objectif affiché est de "sortir la France des énergies fossiles" baigne dans le pétrole. Est-il possible de placer la barre encore plus haut ?

 

https://2000watts.org/index.php/energies-fossiles/peak-oil/1310-energies-economie-petrole-et-peak-oil-revue-mondiale-novembre-2022.html

 

 

"La France n'est pas prête aux événements actuels et d'autant plus ceux à venir". C'est en substance le message délivré, mercredi 31 août, par la climatologue Valérie Masson-Delmotte au gouvernement. Cette coprésidente du Giec, le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, était l'invitée du séminaire gouvernemental consacré à l'écologie. Une intervention qui arrive à point nommé, après l'été caniculaire qu'a connu la France.

Dans sa présentation, une vingtaine de pages de graphiques que franceinfo s'est procurées, la scientifique insiste d'abord sur le fait que "cet été 2022 en France" est "emblématique de conséquences du changement climatique qui s'aggravent". Elle cite "un été le plus chaud derrière 2003", une "sécheresse plus généralisée qu'en 1976 et 2003" ainsi que des "incendies majeurs", des "vagues de chaleur marines" et "le recul des gaciers".

Des émissions de gaz à effet de serre record

Celle qui est également membre du Haut Conseil pour le climat, un organisme indépendant chargé d'évaluer la politique climatique française, rappelle ensuite que "malgré une action pour le climat qui monte en puissance", les émissions de gaz à effet de serre battent des records dans le monde. Elle explique que 100% du réchauffement aujourd'hui observé est le fait de l'activité humaine et qu'il a déjà atteint 1,7 °C en France et 1,1 °C à l'échelle globale.

La climatologue souligne que le niveau de réchauffement sera déterminé par les émissions à venir. "Chaque incrément de réchauffement supplémentaire intensifie des risques majeurs, dans chaque région du monde" et "intensifie la dégradation des écosystèmes et les risques de perte de biodiversité", résume Valérie Masson-Delmotte.

"Chaque décision compte"

Face à cette situation, "c'est le moment d'agir, chaque décision compte", a martelé aux ministres la climatologue, qui rappelle que l'enjeu pour la France est de doubler son rythme de réduction des émissions, actuellement insuffisant. Elle relève que "des leviers d'actions sont disponibles dans chaque secteur", "y compris les stratégies favorisant des styles de vie sobres en carbone".

Au-delà des mesures prises pour limiter le réchauffement à venir, Valérie Masson-Delmotte a évoqué devant le gouvernement la nécessité de prendre des mesures pour s'adapter aux effets déjà constatés. "Les écarts se creusent entre les mesures d'adaptation nécessaires et celles qui sont réellement mises en œuvre", constate-t-elle. A la fin de sa présentation, la scientifique liste toute une série d'obstacles à surmonter, où figurent notamment "la perception de l'urgence à agir", les "enjeux d'équité et de transition juste" et... la "volonté politique, l'exemplarité et le leadership des institutions, la dynamique collective".

France Télévisions
 
Publié

 

https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/crise-climatique/c-est-le-moment-d-agir-face-a-la-crise-climatique-ce-qu-a-dit-la-climatologue-valerie-masson-delmotte-aux-ministres_5335474.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20220902-[lestitres-coldroite/titre5]

Post de Jean-Marc Jancovici sur Linkedin :


"La quasi-totalité des départements français sont en restriction d'eau après une année de déficit et un mois de juillet historiquement sec et chaud (https://bit.ly/3BrhuPj ). Nous avons eu une vague de chaleur puis une autre, sur terre (https://bit.ly/3vsUziG ) et dans la Méditerranée (https://bit.ly/3zdDZEo ). La végétation brûle ou dépérit, les animaux meurent de chaud ou de soif, les bâtiments se fissurent, le niveau des cours d'eau est bas à très bas (https://bit.ly/3JgUF2H), et les récoltes diminuent (https://bit.ly/3QckfrT ).

Les Saoudiens viennent d'annoncer que leur pic de production de pétrole était en vue (https://bloom.bg/3SpBCYa ), après les russes qui l'ont passé (plus d'un quart du pétrole mondial à eux deux). Le gaz va manquer, et il est fort possible que nous ayons à relativement bref délai un problème sur le cuivre (https://bit.ly/3PSTmJF ).

Mais en fait tout va bien. Les décrets d'attribution des nouveaux ministres - ou des ministres aux compétences remaniées - du gouvernement Borne 2 viennent de sortir. Ces textes donnent aux ministres leur "feuille de route", et, même si nous ne sommes pas dans le "juridiquement contraignant", ils reflètent les priorités.

Résultat des courses : ces décrets continuent à être rédigés comme s'il n'y avait toujours pas de limites planétaires. Ces dernières n'existent donc pas pour notre gouvernement.

Par exemple, le décret concernant Bruno Le Maire ne mentionne pas les mots climat, pétrole, ressources, métaux, décarbonation : https://bit.ly/3vwvLpZ . Ce décret ne mentionne pas plus la résilience à développer face au changement climatique. Par contre notre ami doit "promouvoir la croissance", ce qui laisse entendre que ca ne dépend que de nous (on verra...).

Ces mots - climat pétrole etc - ne figurent pas plus dans les attributions de Pap Ndiaye (Education Nationale ; https://bit.ly/3zo3va3), Clément Beaune (transports ; https://bit.ly/3zhydlr), Olivier Klein (ville et logement ; https://bit.ly/3vq51Yo), Carole Grandjean (formation professionnelle ; https://bit.ly/3oFTQqz), et j'en passe.

La promotion de l'usage durable des ressources échoit à Christophe Béchu (https://bit.ly/3vQJBnx) alors qu'il n'a quasiment pas autorité sur les utilisateurs desdites ressources (les entreprises). Et le mot décarbonation n'apparaît pas plus dans sa feuille de route.

Dans "Collapse", Jared Diamond tente une nomenclature des facteurs qui peuvent amener une société à s'effondrer. L'un d'entre eux est "une réponse politique ou culturelle inadaptée" à des problèmes externes ou internes. Il me semble que nous sommes malheureusement en plein dans ce cas de figure."


(posté par Joëlle Leconte)

 

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/pfbid02XDhjhrHVUA1opLjjGdgGG8mf9zPHy8KHLwmFnRePnhB7ZB6DfC8679JGTcpVszGjl

La sidérante médiocrité de l’opposition à Macron

Élisabeth Borne taxée d’« ultralibérale », Pap Ndiaye attaqué sur sa personne… les anti-Macron s’opposent par anticipation. Un spectacle affligeant.

Dans quelques jours, les Français choisiront une majorité pour gouverner le pays. Ils feront aussi le choix de l'opposition qui ferraillera contre elle. En ces temps inquiets, éruptifs, le besoin de bretteurs intelligents, précis, utiles se fait sentir. De ceux qui élèvent le débat sans l'esquiver, et critiquent le pouvoir tout en se mettant à sa place.

L'opposition à Macron n'en prend pas le chemin, c'est un euphémisme. Caricaturale, elle s'oppose désormais par anticipation. Elle ne juge plus sur les actes, et encore moins sur les discours : par avance, elle décrète. C'est la critique a priori. Le jugement hors-sol.

À peine la nomination d'Élisabeth Borne à Matignon était-elle connue que mélenchonistes et lepénistes affublaient cette dernière des pires qualitatifs. Dans leurs éléments de langage de plus en plus communs, ainsi que dans le répertoire de quelques socialistes et républicains, on retrouvait les mêmes adjectifs outrés et outranciers : antisociale, (ultra)libérale…

« Ultralibérale », Élisabeth Borne ?

La même ultralibérale Élisabeth Borne qui a annoncé ce week-end le maintien du blocage des prix de l'énergie, un chèque alimentation, la revalorisation des retraites et minima sociaux, le triplement de la prime Macron… Un programme fort éloigné du thatchérisme dénoncé par les antimacronistes primaires.

Zemmour et Le Pen, eux, suivis par une partie de la droite, n'ont pas même attendu le discours du nouveau ministre de l'Éducation nationale, Pap Ndiaye, pour le dépeindre comme un héraut de l'indigénisme et du racialisme.

Qu'il ne soit pas sur la même ligne que son prédécesseur, Jean-Michel Blanquer, c'est l'évidence même. Quelle est donc la conviction réelle d'Emmanuel Macron concernant un sujet aussi crucial que l'Éducation nationale ? Remplacer un républicain laïque, pourfendeur de l'islamo-gauchisme, par un chantre du multiculturalisme à l'anglo-saxonne : le président changerait-il de politique éducative comme de chemise ?

Qui a lu Pap Ndiaye ?

Parmi ceux qui tirèrent les premiers sur Pap Ndiaye, combien l'avaient seulement lu ou écouté ? S'opposer nécessite parfois de se plonger dans les écrits de son adversaire. Cela exige un effort. Disons-le tout net : certains, planqués ou non derrière l'anonymat des réseaux sociaux, le jugèrent à sa seule couleur de peau. Senghor, réveille-toi, ils sont devenus fous !

Dans les commentaires au sujet de Pap Ndiaye, il y a pourtant matière à divergences. Et il ne faudra pas se priver de le critiquer. Pourquoi serait-il intouchable ? Mais c'est sur le terrain des idées qu'il faut rester. Et juger sur les actes. Est-ce trop demander aux oppositions dans ce pays ? Quand ce n'est pas l'idéologie qui pense à leur place, c'est le réflexe pavlovien qui les fait tirer sur tout ce qui bouge. L'époque n'est pas à la foire. Il est temps de sortir les baltringues.

"Le premier raté écologique de Macron.🤦

« Le prochain mandat sera écologique ou ne sera pas » disait le président entre les deux tours.

Ça n’a pas fait long feu.

Les députés européens issus de la majorité (groupe Renew) ont voté contre l’interdiction du #chalutage de fond dans « toutes les aires marines protégées » (AMP), proposé par les verts. A la place, ils ont préféré une version peu ambitieuse et trop floue pour réguler efficacement cette activité qu’un député français de Renew Europe a proposé.

Car ces aires marines protégées ne le sont pas vraiment en réalité. Moins de 30% de leur surface est réellement protégée. Autrement dit, sur tout le reste de leur surface, la #pêche était « autorisée ».

Préférant les intérêts court termistes d’un secteur particulièrement impacté par les activités humaines, le parlement européen par le vote entre autres de nombreux députés français de Renew Europe a refusé de s'aligner avec la stratégie biodiversité adoptée en 2020 et qui vise à protéger 30 % des terres et des mers d’ici à 2030. Évidemment la droite et l’extrême droite ont également voté contre.

Autant vous dire que ce n'est pas vraiment le début de quinquennat auquel on s'attendait.

Mais en quoi le chalutage de fond est-il un vrai problème ?

Tout d’abord parce que cette technique de pêche est incapable d’être sélective. Elle attrape sans distinction tout ce qu’elle peut, même si certaines des espèces peuvent être protégées.

Ensuite parce qu’en raclant le fond marin, des écosystèmes qui ont pu mettre des milliers d’années à se former sont détruits, arrachés. Les panaches de sédiments engendrés nuisent également cette #biodiversité.

En détruisant certaines espèces et en perturbant cette biodiversité, c’est tout l’écosystème marin qui est perturbé, déréglé. A commencer par les #ressources piscifères et en terminant par la capacité de nos océans à absorber une partie du CO2 que nous émettons (et qui l’asphyxie déjà par ailleurs).

L’argument avancé pour porter la version affaiblie du texte est celui de la brutalité des #changements socio-économiques engendrés par une mesure trop engagée. Mais ce n’est pas servir les pêcheurs que d’épuiser les ressources dont ils dépendent et de permettre la destruction d'un écosystème dont nous avons besoin !

Crédit à BLOOM Association pour le visuel!"

(publié par Cyrus Farhangi)

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/pfbid0wpVAnb9t1vuMYQhbkVJBzYtrKLVJUsyvH9zsv8HATfegLbeKhq8M4X67UNmRmcHrl

Marine Le Pen accusé de détournement de fonds publics dans un rapport européen de lutte contre la fraude

L'office européen de lutte antifraude accuse Marine Le Pen et des proches d'avoir détourné quelque 600.000 euros de fonds publics, d'après des informations révélées samedi 16 avril.

Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national, et des proches, sont accusés d'avoir détourné environ 600.000 euros d'argent public européen, au cours de leurs mandatures en tant qu'eurodéputés. L'accusation émane de l'office européen de lutte antifraude, selon un nouveau rapport révélé samedi 16 avril par le site français d'information Mediapart et remis à la justice française. Sollicité par l'AFP, le parquet de Paris a confirmé avoir reçu le 11 mars ce rapport, en cours d'analyse.

"Je m'étonne du timing toujours fort à propos de la révélation" et de son "instrumentalisation", a réagi auprès de l'AFP Me Rodolphe Bosselut, l'avocat de Marine Le Pen, en campagne pour le second tour de l'élection présidentielle, qui aura lieu le 24 avril, et où elle affrontera le président sortant Emmanuel Macron. Me Bosselut se dit par ailleurs "consterné par la façon dont agit l'Olaf (office européen de lutte antifraude), sans caractère contradictoire" et sur des "faits anciens de plus de dix ans" pour certains.

Marine Le Pen "n'a pas été convoquée par quelque autorité judiciaire française que ce soit", a-t-il ajouté, déplorant par ailleurs que ni lui ni sa cliente n'aient été destinataires du rapport final. Selon lui, l'enquête de l'Olaf est ouverte depuis 2016 et Mme Le Pen a été interrogée par courrier en mars 2021. Le nouveau rapport de l’Olaf, dont Mediapart publie des extraits, concerne les frais que peuvent utiliser les groupes politiques dans le cadre de leur mandat de député européen et que Marine Le Pen et ses proches auraient utilisés à des fins de politique nationale, pour des dépenses personnelles ou pour des prestations au profit de sociétés commerciales proches de son parti, le Rassemblement national (RN) et du groupe parlementaire d’extrême droite Europe des nations et des libertés (ENL).

L'Olaf met en cause Marine Le Pen, trois autres anciens députés européens, son père Jean-Marie Le Pen, son ancien compagnon Louis Aliot et Bruno Gollnisch, membre du bureau national du RN, et l'ENL. L'office les accuse d'avoir détourné environ 600.000 euros, dont il préconise le remboursement. Selon le rapport, la candidate du Rassemblement national aurait personnellement détourné environ 137.000 euros d'argent public du Parlement de Strasbourg quand elle était eurodéputée entre 2004 et 2017. Depuis juin 2017, Marine Le Pen est par ailleurs poursuivie dans l'enquête menée à Paris sur des soupçons d'emplois fictifs au Parlement européen d'assistants du parti. Elle est mise en examen pour "détournement de fonds publics" et "complicité" de ce délit dans le cadre de cette enquête.

 

 

https://www.capital.fr/economie-politique/marine-le-pen-accuse-de-detournement-de-fonds-publics-dans-un-rapport-europeen-de-lutte-contre-la-fraude-1434097

Riss : « Les milléniaux d’aujourd’hui sont les vieux cons de demain »

INTERVIEW. Dans un essai au vitriol, le directeur de la publication de « Charlie Hebdo » met en garde contre la toxicité démocratique des Gafa.

Qu'est-ce qu'un bon président de la République ? La gauche va-t-elle disparaître ? Faut-il faire rendre gorge aux Gafa ? Comment faire de la France le pays le plus fabuleux du monde ? C'est sous une pluie battante de questions que Riss, directeur de la publication de Charlie Hebdo, s'est attelé à la rédaction de sa longue Lettre au futur locataire de l'Élysée (Les échappés). Dans une missive acide et spontanée, le journaliste dresse un inventaire sans détour des problèmes que devra gérer – ou tout au moins tenter de gérer – le prochain président de la République. Qu'il s'agisse de questions de souveraineté, de spiritualité ou d'espoir collectif, le diagnostic de Riss ne transpire pas forcément l'optimisme. Qu'importe. L'humour restant la dernière politesse du désespoir, le lecteur pourra toujours s'amuser devant le reflet de son propre naufrage. Interview.

Le Point : Certains ont cru que les Gafa allaient nous aider à bâtir la nouvelle Athènes et une démocratie revivifiée. Que n'avons-nous pas vu venir ?

Riss : On n'a rien vu venir parce que la classe politique n'a aucune imagination. Elle suit ce qu'on lui met sous le nez. Zuckerberg veut faire du métavers ? Alors Macron dit à son tour que la France doit faire du métavers. Les politiques sont des suiveurs, ils n'ont aucun plan pour organiser la société et ne se fient qu'aux tendances qu'ils voient autour d'eux. Sans vision et sans ambition, pourquoi voter pour eux ?

Estimez-vous que la classe politique est dépassée dans son approche de la science et du progrès ?

Je pense que la classe politique n'a pas de culture scientifique. Ils craignent que s'ils se montrent suspicieux à l'égard d'innovations technologiques, on les accuse d'être obscurantistes ou passéistes. Alors, pour ne pas passer pour des ringards ou des réactionnaires, ils suivent tout ce qui leur semble vaguement innovant en se disant qu'ils passeront pour des gens innovants. Mais ce n'est pas ça, la modernité ! On attend de la classe politique qu'elle porte un jugement sur les développements des technologies et de la société. On a le droit, le devoir même, de porter un jugement moral sur ces développements ! Mais ils ne le font pas, par trouille de passer pour des vieux cons ou des boomers.

Vous pensez à quelqu'un en particulier ?

Quand Mélenchon parle des technologies ou d'Internet, on sent que c'est le candidat le plus vieux de tous et qu'il a peur de passer pour un ringard. Il en fait des tonnes sur l'innovation et la jeunesse… Lors de son meeting à Nantes, il tenait des discours à la Jules Verne en disant qu'on créera des machines qui prendront les courants froids au fond de l'eau et qui ramèneront les courants chauds vers le haut et que c'est la jeunesse qui fabriquera ces machines… Bref, on voit bien qu'il court, comme beaucoup d'autres, après une modernité qu'il ne comprend pas. Quand c'est nécessaire, un politique doit oser dire que certaines technologies ne sont pas adaptées à la société, car sa légitimité politique lui en donne le droit, et même le devoir.

Vous dites que les Gafa sont devenus des ennemis politiques…

Ce sont au moins des forces politiques dotées d'une puissance de diffusion qui dépasse allègrement la puissance de la cellule communication de l'Élysée… Les Gafa ont une puissance de communication mondiale, à la mesure de leur puissance économique. Le problème, c'est qu'ils ne sont soumis à aucun contrôle de la souveraineté populaire. Aux trois pouvoirs traditionnels de Montesquieu, on peut considérer qu'un quatrième pouvoir s'est ajouté, celui des Gafa. Or, le principe dans une démocratie, c'est que dès qu'un pouvoir émerge, il faut un contre-pouvoir. S'il n'y a pas de contre-pouvoir, apparaît alors une forme d'arbitraire.

La question est de savoir comment on rééquilibre l'exercice de ce pouvoir des Gafa. Aux États-Unis, Zuckerberg a récemment comparu devant le Sénat. Il était comme un petit élève qui n'en menait pas large. Les politiques ont fait les gros yeux, mais c'est tout. On ne peut pas compter uniquement sur le hasard d'une ancienne cadre de Facebook qui démissionne et révèle des dysfonctionnements de cette entreprise pour que l'on sache ce qui se passe réellement dans ces boîtes. Je pense que la classe politique mondiale devrait exiger que les gouvernements puissent faire partie des conseils d'administration de ces entreprises, pour au moins savoir ce qu'il s'y passe.

On peut quand même reconnaître des vertus aux réseaux sociaux. Depuis qu'ils existent, la communication n'a jamais été si facile, l'accès à la connaissance n'a jamais été aussi simple. Les réseaux sociaux sont imparfaits, mais ils contribuent à une forme d'émancipation, non ?

Moi, je ne pense pas. Une récente étude de l'Ifop* montre que le niveau de connaissance que les gens ont de certains événements liés au terrorisme depuis 10 ans suit le critère de l'âge… Plus les gens sont âgés, plus ils sont informés. Seulement 12 % des 18-24 ans affirment connaître l'affaire Illan Halimi ou l'assassinat de Mireille Knoll. Ce chiffre est hallucinant. Cela signifie que cette nouvelle génération qui ne voit le monde qu'à travers Internet n'a pas accès à l'évidence. L'accès à la connaissance ne peut donc pas se limiter à Internet.

Ceux qui lisent des journaux, des livres, écoutent la radio et regardent la télé ont beaucoup plus d'outils de compréhension du monde que ceux qui se contentent d'Internet. On peut s'émerveiller de voir des gamins de 12 ans utiliser Internet comme si c'était quelque chose de naturel, mais au final, les informations qu'on y trouve sont les mêmes et tournent en boucle : c'est de l'écume de connaissance. Ce n'est pas parce qu'il y a énormément d'informations sur Internet que ces informations sont énormément pertinentes… Trop souvent, les sites se copient les uns les autres. Internet donne l'illusion de posséder la totalité des connaissances humaines, alors qu'à vue de nez, je dirais qu'on n'y trouve pas plus de 15 % des informations dont on a besoin pour faire des citoyens bien instruits et bien construits.

 

Alors que faut-il faire ?

Je pense qu'il faut fédérer les pays d'Europe et les États-Unis pour exiger que les États puissent exercer la souveraineté populaire sur ces structures. Car, pour le moment, ces entreprises sont avant tout au service de leurs actionnaires, et pas de la souveraineté populaire. On pourrait imaginer créer des sociétés d'économie mixte de manière à ce que les États aient un droit de regard minimum sur les activités des Gafa. Ces entreprises sont tellement énormes qu'elles ne peuvent pas être gérées avec l'opacité du privé. Ces entreprises ne fabriquent pas des charpentes métalliques ou des fromages au lait cru, elles fabriquent de la connaissance, de la communication. Ce sont des secteurs stratégiques pour l'avenir des démocraties.

Est-ce que vous ne nous vendez pas un peu ici une réflexion de boomer ?

Boomer ou pas, j'en ai rien à foutre. Les milléniaux d'aujourd'hui sont les boomers et les vieux cons de demain. Aujourd'hui, ils se croient modernes, mais dans 50 ans, ils seront à leur tour dépassés, dévorés par ce qu'ils auront contribué à créer ! Ce qui est important, c'est de savoir ce que l'on peut faire pour qu'ils soient structurés politiquement et culturellement capables de faire des choix politiques qui aient du sens. Ce n'est pas Internet et les messages que les gens diffusent sur Instagram qui vont remplacer tout ce qu'ils n'ont pas lu depuis 20 ans. Rien ne compense rien. Je suis frappé quand je discute avec des collégiens ou des lycéens qui souvent me disent : « Oui, c'est vrai, je ne sais pas ça, mais je sais autre chose, ça compense. » Ben non. Ce n'est pas parce que tu connais tous les vainqueurs du Tour de France ou de Koh-Lanta que ça remplacera ton ignorance des tables de multiplication ou de l'Histoire de France. Ce n'est pas parce qu'on est un virtuose des réseaux sociaux que cela dispense de lire des classiques de la littérature ou des bouquins de géopolitique.

Vous dirigez un journal plutôt classé à gauche. Où va la gauche dans cette élection présidentielle ?

Quand on lit le vieux Charlie Hebdo des années 1970, on retrouve une gauche qui était dans le désir d'accéder au pouvoir et qui y consacrait toute son énergie militante. Elle cherchait réellement et sincèrement à conquérir le pouvoir. Cette énergie a commencé à décliner au soir du 10 mai 1981. Dans les années qui ont suivi l'élection de Mitterrand, les militants ont commencé à moins militer. Ils avaient atteint leur but, le pouvoir, et ils ont commencé à ressentir une forme d'autosatisfaction un peu paresseuse qui les conduira à le perdre à nouveau. Pour conserver le pouvoir, il faut en faire un usage ambitieux et sans arrêt mobiliser ses troupes. Il faut réexpliquer les combats et reconquérir les âmes à chaque génération…

Comment expliquez-vous que la gauche française soit à ce point divisée sur des sujets fondamentaux comme le nucléaire, la politique internationale, la laïcité ? On a l'impression qu'elle n'est plus d'accord sur rien.

Je pense qu'elle n'a jamais été d'accord sur rien, tout comme la droite d'ailleurs. Un leader de gauche, s'il veut entraîner derrière lui, doit être capable de définir ce qu'est l'intérêt général au-delà de son camp, c'est-à-dire pour le pays tout entier. On ne remporte pas une élection sans développer une vision qui bénéficie à tout le monde. Aux discours très marqués et parfois bornés de la conquête du pouvoir succèdent, de manière un peu magique, des discours d'unité. Le président est celui de tous les Français, y compris de ceux qui ne l'aiment pas.

Il faudrait à gauche une personnalité capable de voir au-delà de son camp afin de parler aussi aux gens qui ne sont pas de gauche. Ce qu'on voit aujourd'hui, à gauche comme à droite, ce sont des boutiques tenues par des boutiquiers. Chacun vise les législatives et non la présidentielle, d'où l'absence de vision. Les partis de gauche sont trop souvent dans une logique de IVe République. C'est un peu le même problème à droite aussi… Zemmour affirme qu'il veut réunir la droite, mais on voit bien qu'elle est totalement fracturée.

À gauche comme à droite, on a des candidats extrêmes qui prétendent devenir le barycentre de leur camp…

Oui, dans leurs rêves ! Zemmour a beau dire que son modèle est le RPR, il ne cherche absolument pas à rassembler son camp. Même chose pour Mélenchon, qui n'est pas un rassembleur, mais un orateur de la IVe ou de la IIIe République. Après, il y a le fond. Pendant longtemps, être de gauche, c'était croire au clivage de la lutte des classes. Mais après l'expérience Mauroy, la gauche s'est convertie au libéralisme et a cessé de proposer des choses innovantes. Elle a simplement montré qu'elle pouvait gérer comme la droite… Le dernier marqueur reste le sociétal. Là, on vire dans l'outrance pour cacher la misère. Quant aux propositions économiques, elle ne propose que de prélever davantage d'impôts sur une économie capitaliste… histoire de compenser les inégalités créées par le système capitaliste. C'est sans fin cette affaire. Cela revient à espérer que le capitalisme produise davantage, ce qui n'est, vous l'admettrez, pas vraiment au cœur d'une pensée de gauche…

(*Risque terroriste, antisémitisme : le regard des Français 10 ans après les attentats de Montauban et Toulouse. Étude Ifop pour le Crif, mars 2022.)

Dernier ouvrage paru :Lettre au futur locataire de l'Élysée (éd. Les échappées).

Propos recueillis par

Analyse de Jean-Marc Jancovici : "Le gouvernement a présenté hier son "plan de résilience économique et sociale" qui constitue la réponse de l'Etat à la situation tendue sur l'énergie créée dans notre pays par la guerre en Ukraine : https://www.gouvernement.fr/…/dossier_de_presse_-_plan_de_r…

La "gros du plan" vise à soulager les trésoreries : subvention des carburants (particuliers et professionnels), garantie par l'Etat de diverses catégories de prêts, ou décalage des paiements de la TVA (ou des charges sociales).

Mais ces mesures ne diminuent en rien notre dépendance aux importations de combustibles fossiles (au contraire la subvention aux consommateurs la pérennise). Nous ne serons pas en meilleure posture "physique" après ces mesures qu'avant.

Ce qui contribuerait à résoudre "physiquement" le problème à l'horizon de la semaine ou du mois serait la baisse immédiate de la consommation à ces mêmes échelles de temps. On peut songer (exemples illustratifs) :


- à la limitation de la vitesse sur autoroute
- à la mise en place à très bref délai d'un plan de covoiturage entreprises (domicile - travail = 1/3 de la mobilité en voiture)
- à l'optimisation du taux de remplissage des transporteurs routiers (obligation de remplissage minimum pour pouvoir rouler)
- à la baisse de la température de consigne dans tous les bâtiments chauffés au fioul ou au gaz (et même pour l'électricité dans la mesure où une partie de cette dernière est produite au gaz)
- à la baisse immédiate et réglementée du nombre de vols autorisés à décoller (avant covid 10% du carburant utilisé en France concernait l'aviation).

Le plan propose aussi une accélération des investissements "décarbonants" (bâtiments, mobilité, ENR). Outre que certains sont plus décarbonants que d'autres, ces mesures sont à moyen et long terme. Leur appliquer le terme de "résilience" à court terme est donc à nuancer.

En matière d'agriculture, le plan consiste à subventionner les éleveurs exposés à la hausse du prix des céréales, et à s'assurer que toute hausse sera bien passée au consommateur final via la distribution. A nouveau pas d'incitation à procéder autrement.

Enfin le plan évoque la diversification des débouchés pour les exportateurs (en 2021, la France a exporté 6,5 Mds € de biens vers la Russie) et la sécurisation des importations. Mais à court terme ces mesures sont partielles. Trouver de nouveaux clients est parfois rapide (forte demande et chaines logistiques faciles à modifier), mais pas toujours.

Et surtout pour les importations de métaux critiques (tungstène, palladium, platine...) la diversification des approvisionnements est un problème de moyen et long terme.

Après le covid, la guerre en Ukraine est une nouvelle forme de "démondialisation accidentelle" : rupture des approvisionnements ou des débouchés.

Ce que révèle ce plan, c'est que nous n'avons toujours pas pensé le 21è siècle très différemment du 20è."

(publié par Cyrus Farhangi)

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/519728809510673


"Dans son allocution aux français(es) effectuée ce soir, Emmanuel Macron a demandé au premier ministre, dans un contexte d'inflation énergétique renforcée par les événements en Ukraine, de "préparer un plan de résilience économique et sociale" pour répondre à la situation (à 10' dans la vidéo : https://lnkd.in/e7yp9g_p ). Le président a aussi indiqué qu'il fallait "augmenter l'indépendance du pays" afin de mieux maîtriser notre destin énergétique.

Vous savez quoi ? Ce cahier des charges est exactement celui du plan de transformation de l'économie française : https://lnkd.in/esiqHkbf

Notre pays utilise 4 fois plus de gaz que d'électricité pour le chauffage des bâtiments. 15% du pétrole est aussi utilisé pour le chauffage. Gaz et pétrole sont importés en totalité dans notre pays (et la Russie fournit un tiers du pétrole et du gaz communautaires en ordre de grandeur). Quelle meilleure occasion que les événements actuels pour décider de remplacer en 30 ans pétrole et gaz importés par de l'isolation et des pompes à chaleur ?

Nous souhaitons une agriculture moins consommatrice d'engrais azotés et plus riche en emplois. Les engrais azotés sont faits avec du gaz et la moitié des engrais azotés est importée.

Nous souhaitons une économie plus sobre en matériaux de base (acier, plastique et ciment). L'acier est aujourd'hui fait avec du charbon importé (en l'espèce plus souvent d'Australie que de Russie mais il est importé quand même !), le plastique avec du pétrole et du gaz importés, et le ciment avec des combustibles souvent importés.

Nous souhaitons des transports plus sobres. Les transports fonctionnent essentiellement au pétrole... importé.

Et il se trouve que ce plan répondrait aussi à une "petite" actualité du moment : la publication par le GIEC du rapport du groupe 2, qui explique que le rouleau compresseur du changement climatique est en marche.

A l'évidence, la population acceptera beaucoup mieux les décisions courageuses à prendre pour le climat si elles sont aussi les décisions à prendre pour diminuer rapidement notre dépendance à des ressources largement importées de Russie. De fait, c'est pour partie notre argent qui finance l'armée russe actuellement...

A quelque chose malheur est bon, l'occasion est probablement inespérée pour enclencher un tel plan de décarbonation accélérée.

Alors, M. Le président, chiche ?"

JM Jancovici


https://ilnousfautunplan.fr/
(posté par Joëlle Leconte)

Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance, était l'invité du Grand entretien de France Inter
 

Commentaire de Jean-Marc Jancovici : «Bruno Le Maire a fait quelques affirmations sur l'énergie sur France Inter qui m'ont semblé mériter quelques précisions.

Il a dit "L'Europe doit être indépendante du point de vue énergétique". L'Union importe actuellement 96% de son pétrole (dont 35% de Russie), 80% de son gaz (un tiers russe aussi) et 35% de son charbon. Elle importe 100% de son uranium, quasiment 100% de ses panneaux solaires, une fraction de ses éoliennes, 100% de son cuivre (nécessaire aux réseaux et appareils électriques), 100% des métaux pour batteries, et j'en passe. Ne pas dépendre de pays tiers pour des denrées indispensables à notre système énergétique sera hélas impossible. De quelle indépendance parle-t-on ?

Bruno Le Maire impute la hausse des prix de l'énergie à la "demande plus forte que prévue" en pétrole et en gaz à cause de la reprise. Il ne faudrait pas oublier ce qui a joué encore plus (sans jugement de valeur sur la pertinence de la hausse des taxes) : la mise de l'électricité dans le marché (qui cale les prix spot pour tous sur le mode de production le plus onéreux), le prix des quotas qui atteint pas loin de 100 euros la tonne de CO2 et qui renchérit le MWh au gaz, la hausse des taxes sur les carburants (notamment le diesel) et enfin la fiscalité (d'abord affectée aux ENR, puis non affectée) qui a augmenté sur l'électricité.

Il espère que d'ici la fin 2022 les prix vont baisser. Que disent "les marchés" ? Le prix du gaz pour livraison dans un an et dans deux ans est à peu près le même que le prix pour demain. Un peu plus loin il a parlé de "sortie de crise". Mais si le gaz reste proche de 100 euros le MWh (et donc l'élec pas loin de 250 avec le rendement des centrales et le prix du CO2) pendant 2 ans, ca n'est plus vraiment "une crise", c'est plutôt un nouvel état de fait....

Bruno Le Maire explique que l'Etat a imposé une charge de 8 milliards à EDF (dont une partie financera une filiale de Total !) "parce que c'est une entreprise publique" et "sous le contrôle de l'Etat". Cela veut-il dire que l'on ne peut pas, au nom de l'intérêt général, imposer une charge à une entreprise privée ? Que l'Etat n'a aucun contrôle sur le secteur privé ?

Le ministre qualifie EDF de "service public". Objection votre honneur : si on a voulu un marché concurrentiel il n'y a plus de service public. Il y a des concurrents, et si on fait les poches de l'un d'eux on doit faire les poches de tous. Cela n'empêche pas l'invité de dire un peu plus loin que pour les pétroliers "c'est à eux de faire des propositions" (aucune obligation !). Amusant...

Enfin notre ministre déclare que "nous avons des besoins en électricité décarbonés infiniment supérieurs à ce à quoi nous nous attendions". Pour ce que j'en ai vu depuis 20 ans, la question de la disponibilité physique future de l'électricité décarbonée n'a jamais fait l'objet d'une "attente" quantifiée du monde politique : elle a fait l'objet de certitudes d'une absence de difficultés fondées sur... rien.»

https://www.franceinter.fr/…/l-invite-de-8h20-le-grand-entr…

(posté par J-Pierre Dieterlen)

Présidentielle 1995 : comment le Conseil constitutionnel a validé les comptes de campagne irréguliers de Chirac et Balladur

Les archives du Conseil constitutionnel qui viennent de s’ouvrir racontent, 25 ans après, comment l’institution a manoeuvré pour valider les comptes de campagne de Jacques Chirac et d’Édouard Balladur en 1995. Les deux candidats avaient pourtant largement dépassé le plafond des dépenses autorisées et commis de nombreuses irrégularités.

Après l'élection présidentielle de 1995, le Conseil constitutionnel a validé les comptes de campagne de Jacques Chirac et Édouard Balladur en dépit des nombreuses irrégularités qu’ils comportaient. En droit, les deux comptes auraient dû être rejetés avec des conséquences financières et politiques incommensurables pour les deux hommes. C’est ce qui ressort des archives de l'institution, qui viennent d’être rendues publiques 25 ans après leur rédaction, et que la Cellule investigation de Radio France a pu consulter. 

Tout au long des trois mois qu’a duré l’examen de leurs comptes, les "Sages" ont minoré, dissimulé, effacé les infractions commises par les deux candidats, malgré les constats clairs et circonstanciés des rapporteurs chargés de l’examen des comptes. Ces éléments étaient déjà partiellement connus. En 2010, une fraction de ces archives avaient été saisies par la justice dans le cadre de l’instruction sur le volet financier de l’affaire Karachi. Un an plus tard, un conseiller constitutionnel de l’époque, Jacques Robert, rompt en partie son serment de secret en donnant quelques détails sur ce qui s’était dit dans le huis-clos de la rue de Montpensier. 

Mais à ce jour, la preuve qu’un président de la République a pu être élu en France malgré des infractions majeures dans le financement de sa campagne n’était toujours pas établie. Pas plus qu’il n’était certain que les garants de la Constitution avaient bafoué le droit. Ces faits sont désormais irréfutables.

 

Le plafond des dépenses de campagne largement dépassé par Jacques Chirac et Édouard Balladur

 

Les candidats à la présidentielle de 1995 ont déposé leur compte de campagne début juillet au Conseil constitutionnel, comme le prévoyait la loi en vigueur à l’époque (aujourd’hui, c’est la commission des comptes de campagne qui remplit ce rôle). Une équipe de rapporteurs - de jeunes conseillers d’État ou de la Cour des comptes - a été constituée pour les examiner. Après trois semaines de travail, ils présentent aux "Sages" leurs premières conclusions, les 28 et 29 juillet. Laurent Touvet, le rapporteur principal du compte d’Édouard Balladur donne le ton : "Il nous est vite apparu que le souci de l’association de financement de M. Balladur a été de maintenir les dépenses du candidat sous le plafond de 90 millions (...). D’ailleurs, les factures sont d’autant plus rares que les manifestations sont proches du scrutin", explique-t-il. 

Parmi les bizarreries repérées par les rapporteurs, le candidat Balladur n’a déclaré que trois permanences de campagne, alors qu’ils en ont identifié 86 sur tout le territoire. Ils ont également recensé des dizaines de meetings pour lesquels on ne leur a fourni aucune facture. Édouard Balladur a clôturé son compte à 83 millions de francs, ce qui est assez proche du plafond de dépenses du premier tour, fixé à 90 millions. Après avoir écouté le rapporteur, le conseiller Jacques Robert conclut : "Donc si vous en ajoutez, on dépasse le plafond."

Le lendemain, c’est au tour du rapporteur principal du compte de Jacques Chirac de faire part de ses interrogations. Le président élu a arrêté son compte à 116,6 millions de francs, tout près du plafond de 120 millions autorisés au second tour. Or, là aussi, il semble que de nombreuses factures manquent à l’appel. "Il sera demandé au représentant du candidat des explications sur certaines anomalies", précise le rapporteur François Loloum.

À leur retour de vacances, en septembre, les conseillers constitutionnels retrouvent sur leur bureau les nouvelles conclusions des rapporteurs qui, eux, ont travaillé tout l’été. Cette fois-ci, le doute n’est plus permis. Édouard Balladur et Jacques Chirac ont bien "explosé" le plafond des dépenses de campagne et omis d’intégrer de nombreux éléments dans leur comptabilité. Pour quel montant ? D’après les rapports annexés dans les archives du Conseil constitutionnel, on découvre que, selon les rapporteurs, Édouard Balladur a dépassé le plafond de six millions de francs et Jacques Chirac de cinq millions. Ces estimations sont une fourchette basse, comme l’admettent d’ailleurs les Sages dans leurs débats. De nombreuses dépenses n’ont pas été retenues, faute de documents et de réponses des candidats.

Des versements en liquide suspects chez les deux candidats de la droite

Les hauts fonctionnaires ont également découvert d’importants dépôts en espèces suspects sur les comptes des deux candidats. Chez Jacques Chirac, 31 personnes se sont présentées à la banque Rivaud le même jour, le 6 mai, veille du deuxième tour, pour  déposer un total de 3,5 millions de francs en liquide. Pour Édouard Balladur, 10,25 millions de francs ont été versés en une fois au Crédit du Nord, trois jours après le premier tour. Interrogée, la banque précise : "en quatre sacs de billets de 500 francs". 

Interrogés sur ces importantes recettes en liquide, les deux candidats ont livré la même explication : elles sont le fruit de collectes dans les meetings et de vente de t-shirts et gadgets divers. L’explication n’a manifestement pas convaincu les Sages. "Chacun sait très bien d’où venait cet argent", lance ainsi le conseiller Maurice Faure, évoquant probablement les fonds secrets du gouvernement dans lesquels les partis politiques ont largement puisé à l’époque. Concernant Édouard Balladur, il est possible que ces fonds soient provenus de rétrocommissions sur des marchés de ventes d’armes. Certains conseillers s’en agacent. "Ce qui me gêne dans le compte de M. Balladur, c’est l’attitude du candidat face aux questions qu’on lui pose, déplore l’ancien professeur de droit Jacques Robert. Soit il nous répond qu’il n’y a pas de dépense, (...) soit que les dépenses figurent au compte et qu’on l’a mal lu, soit encore que les dépenses ont été réalisées en sa qualité de Premier ministre, soit enfin qu’elles ont été effectuées sans son accord". Et Roland Dumas de surenchérir : "Et si on demande des preuves, on nous dit que les documents ont été détruits !

Le rejet des comptes de Jacques Chirac n’a jamais été envisagé

La lecture des près de 300 pages de compte-rendus et d’annexes des 13 séances qui se sont déroulées entre le 27 juillet et le 11 octobre 1995 ne laisse pas de doute. Aucun conseiller ne semble avoir envisagé le rejet du compte de Jacques Chirac. Le 7 septembre, après une longue discussion sur les dépenses n’apparaissant pas dans les comptes, Étienne Dailly lâche : "Je ne me sens pas en mesure de rejeter un compte de campagne." Deux semaines plus tard, il se fait encore plus précis.

Je ne me verrais pas rejeter le compte du président élu. Et je serais très gêné s’il y avait un élément décisif.Etienne Dailly, membre du Conseil constitutionnelen septembre 1995

Le 3 octobre, c’est Noëlle Lenoir (qui sera par la suite ministre sous la deuxième présidence de Jacques Chirac) qui affirme : "On ne va pas rejeter un compte avec les conséquences politiques que l’on sait."

Quelles conséquences d’ailleurs ? Le rejet du compte entraîne le refus du remboursement par l’État des dépenses de campagne. En revanche, la loi ne prévoit pas explicitement l’invalidation de la présidentielle, contrairement à toutes les autres élections. Même sanctionné, Jacques Chirac aurait pu - en théorie - rester à l’Élysée. Mais la crise politique majeure était plus que probable.

Les conseillers constitutionnels n’en ont pas voulu. Tout au long de la journée du 4 octobre 1995, réunis en l’absence des rapporteurs, ils vont donc "raboter" les comptes du candidat Chirac jusqu’à les faire passer sous le plafond. Quand ils y parviennent, Maurice Faure lance un cri, retranscrit tel quel sur le compte-rendu de séance : "Il est sauvé !" Dans les faits, pour réussir leur "sauvetage", les Sages vont devoir ensuite faire plier les rapporteurs pour qu’ils rédigent des conclusions conformes à leurs aspirations. Pour cela, les fonctionnaires devront accepter de fermer les yeux sur de nombreuses dépenses.

À contrecoeur, ils vont accepter une interprétation très laxiste de la loi qui leur a été imposée par les Sages : toutes les dépenses non expressément autorisées par le candidat ne doivent pas figurer au compte. Ils ont ainsi dû tirer un trait sur des millions de francs de frais d’autocars qui servaient à transporter les militants dans les meetings au prétexte qu’ils auraient été affrêtés par les sections locales du RPR, et non par l’association de campagne du candidat. De la même façon, les meetings de soutien d’Alain Juppé ou Philippe Séguin ont été considérés comme des initiatives personnelles qui n’auraient pas recueilli l’assentiment de Jacques Chirac... Les rapporteurs ont néanmoins tenté de résister aux membres du Conseil. L'un d’eux, Rémi Frentz, semble perdre patience le 3 octobre et lance aux neuf Sages : "Qu'est-ce qui empêche le Conseil de se borner à constater que certaines dépenses ont été engagées, certains avantages en nature accordés, pour constater le dépassement du plafond et rejeter le compte ?" Les rapporteurs ont dû revoir leur copie à plusieurs reprises avant de présenter des projets de décision conformes aux volontés des Sages. 

Un profond désaccord autour du cas d’Édouard Balladur

Une fois le "cas Chirac" réglé dans une belle unanimité, la discussion autour du compte d’Édouard Balladur est nettement moins sereine et fracture le Conseil en deux camps. D’un côté, ceux qui estiment que les 10 millions d’euros déposés en liquide sans justificatifs sur le compte du candidat sont une faute inexcusable. De l’autre, ceux qui pensent qu’ils doivent également fermer les yeux sur cette irrégularité. Ne serait-ce que parce que le compte de Jacques Chirac avait lui même été abondé avec des versements d’espèces suspects et qu’il était difficile de rejeter un compte sur ce motif sans faire de même pour l’autre. 

 

Les conséquences personnelles pour Édouard Balladur auraient été terribles. Elles sont écrites noir sur blanc dans un document rédigé par les rapporteurs : "Monsieur Balladur reversera au Trésor public la somme de 6 350 776 F, conformément à l’article L52-15 du code électoral". Cette somme correspond au montant du dépassement du plafond évalué par les fonctionnaires. En outre, l’ancien Premier ministre n’aurait pas eu droit aux 32 millions de francs de remboursement de l'État alors qu’il s’était personnellement porté caution sur un emprunt bancaire de 31 millions. La ruine personnelle se profilait pour le candidat.

Pendant une partie de l’après-midi du 4 octobre, les neuf membres du Conseil vont s’entredéchirer. "On peut être indulgent sur les dépassements de dépenses mais si on laisse passer cela [le versement suspect de 10 millions en liquide], le Conseil perd sa crédibilité !", lâche ainsi Jacques Robert. Georges Abadie lui répond : "Moralement, je partage les mêmes sentiments de fond. Mais (...) chez M. Chirac aussi il y a un versement unique de trois millions de francs. Où place-t-on la barre ?" Au final, quatre conseillers (Michel Ameller, Noëlle Lenoir, Jacques Robert et Marcel Rudloff) votent pour le rejet du compte. Les cinq autres, dont le président Roland Dumas, sont contre. Le compte est validé. 

Les comptes de deux autres candidats entachés d’irrégularités

Outre ceux de Jacques Chirac et d’Édouard Balladur, deux autres comptes ont donné du fil à retordre aux rapporteurs : ceux de Jean-Marie Le Pen et de Jacques Cheminade.

Aujourd’hui, un compte de campagne tel qu’était présenté celui de Jean-Marie Le Pen en 1995 serait probablement rejeté. Factures en vrac, comptabilité truffée d’erreurs, justificatifs manquants… Le compte du leader du Front national était un capharnaüm dans lequel les rapporteurs ont dû naviguer à vue pendant des semaines avant d’en avoir une vision à peu près claire. Ils soupçonnent que certaines dépenses ont été "gonflées" afin d’augmenter le montant du remboursement de l’État au candidat. Ils ont aussi découvert que les ristournes  accordées par certains fournisseurs du candidat FN étaient excessives et pouvaient être qualifiées d’avantages en nature consentis par des entreprises, ce qui est interdit. Malgré l’importance de ces remises (3,4 millions de francs au total), le Conseil constitutionnel a choisi de ne pas relever l’infraction. Les comptes de Jacques Chirac et Édouard Balladur présentaient eux aussi ce genre de problème.

À l’arrivée, Jacques Cheminade a été le seul candidat dont le compte a effectivement été rejeté cette année-là. Son examen a révélé que des factures, établies par des sociétés dont il était proche, semblaient fictives. Dans le même temps, un prêt d'1,4 million de francs lui avait été accordé par un couple de particuliers, officiellement au chômage. L’argent provenait notamment d’un compte en Suisse et avait été versé via un chèque anonyme. Pour les rapporteurs, le candidat du parti "Solidarité et progrès" (qui réunit 0,28% des voix en 1995) aurait tenté "d’inventer" des dépenses et des recettes fictives pour augmenter le remboursement de l'État auquel il pouvait prétendre. Mais ils n’en avaient pas la preuve absolue. Alors qu’ils ont régulièrement plaidé que "le doute doit profiter au candidat" dans le cas des comptes Chirac et Balladur, les Sages ont donc décidé de sanctionner le "petit" candidat. Pour cela, ils ont dû trouver un biais juridique. Ils ont considéré que l’absence d’intérêts sur un prêt d’1,4 millions de francs pouvait être assimilé à un don illégal.

Quel rôle a joué Roland Dumas ?

La lecture des compte-rendus de séance ne semble pas montrer que Roland Dumas ait eu du mal à convaincre ses collègues de la nécessité d’éviter une crise politique en fermant les yeux sur les irrégularités commises durant cette campagne. Maurice Faure ou Étienne Dailly ont parfois ouvertement exprimé leur parti-pris devant les rapporteurs. À tel point que Roland Dumas a dû les rappeler à l’ordre le 3 octobre : "Ce matin (…) la séance a dérapé et nous avons commencé à délibérer en présence des rapporteurs, en commentant leurs conclusions. Ils ont été 'froissés' et me l’ont fait savoir." Ce à quoi Étienne Dailly répondit plus tard : "Savoir ce que les rapporteurs pensent de moi m’est égal. Je ne leur dois aucun compte. Nous, nous avons prêté serment, pas eux." Malgré ce serment qui prévoit que les Sages exercent leurs fonctions "en toute impartialité dans le respect de la Constitution", le Conseil a décidé à l’unanimité de "sauver" le président élu. Concernant le cas d’Édouard Balladur, les conseillers étaient divisés, 4 contre 4, et la voix de Roland Dumas a été déterminante. 

 

En revanche, les relations avec les rapporteurs ont été beaucoup plus tendues. Lors d’une séance, Roland Dumas interrompt l’un d’eux alors qu’il s’apprête à lire son projet de décision de rejet du compte de Jacques Chirac. "Nous avons compris", lui dit-il... On peut noter qu’à plusieurs reprises, Roland Dumas suspend les séances pour se réunir avec les rapporteurs dans son bureau. Que s’est-il dit lors de ces apartés ? Aucun d’entre eux n’a jamais trahi publiquement son serment de secret. Certains sont encore en fonction aujourd’hui en tant que préfet, conseiller d'État ou président de chambre à la Cour des comptes. À la fin de ces trois mois de procédure, Roland Dumas a souhaité les inviter à déjeuner pour les féliciter de leur travail. Tous ont décliné.

Des neufs conseillers constitutionnels qui ont participé à ces délibérations, cinq sont aujourd’hui décédés : Georges Abadie, Jean Cabannes, Étienne Dailly, Maurice Faure et Marcel Rudloff. Michel Ameller est âgé de 94 ans, Roland Dumas de 98, Noëlle Lenoir de 72 et Jacques Robert de 92. 

Cellule investigation de Radio France Elodie Guéguen Sylvain Tronchet Radio France

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https://www.francetvinfo.fr/politique/affaire/affaire-karachi/enquete-franceinfo-presidentielle-1995-comment-le-conseil-constitutionnel-a-valide-les-comptes-de-campagne-irreguliers-de-chirac-et-balladur_4148081.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20201020-[lestitres-coldroite/titre7]

Pourquoi les Balkany, condamnés à de la prison ferme, ne sont pas emprisonnés?

L'absence de mandat de dépôt et les délais de recours en cassation permettent au couple d'élus de rester, pour l'instant, en liberté.

«"Cinq et quatre ans de prison ferme, sans incarcération immédiate", ça veut dire quoi ?» nous demandez-vous en citant un article de l’Obs concernant la condamnation, ce mercredi 27 mai en appel, d’Isabelle et Patrick Balkany, à respectivement quatre et cinq ans de prison ferme pour blanchiment de fraude fiscale. Dans la dépêche AFP sur laquelle s’appuie ce papier, on lit en effet qu’il n’y a «pas d’incarcération immédiate» pour les anciens édiles de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine).

Cela signifie notamment que la cour d’appel de Paris n’a pas prononcé de mandat de dépôt à l’endroit des deux condamnés. L’avocat d’Isabelle Balkany, Pierre-Olivier Sur, s’en est d’ailleurs réjoui sur Twitter. Un mandat de dépôt désigne l’ordre d’un magistrat à la direction d’une prison pour qu’elle accueille, dès la sortie de son audience, une personne condamnée (ou mise en examen).

Possible pourvoi en cassation

Outre l’absence d’un mandat de dépôt, un deuxième élément explique que les Balkany ne soient pas en prison actuellement : il leur est toujours possible de se pourvoir en cassation.

Or, «pendant les délais du recours en cassation et, s’il y a eu recours, jusqu’au prononcé de l’arrêt de la Cour de cassation, il est sursis à l’exécution de l’arrêt de la cour d’appel», dispose l’article 569 du Code de procédure pénale. C’est pourquoi on dit, dans une affaire pénale, que le pourvoi en cassation est suspensif.

«Nous avons 10 jours pour former un pourvoi en cassation et sommes en train de réfléchir, nous fait savoir l’avocat de Patrick Balkany, Romain Dieudonné. Le délai habituel de 5 jours, mais il est aujourd’hui doublé compte tenu de la période d’état d’urgence sanitaire. Un pourvoi est possible voire probable.»

 
«Certificats médicaux»

Comme Libé le fait remarquer dans son article sur le sujet, cette condamnation n’est pas la première des anciens édiles de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) : «Les peines infligées, identiques à celles prononcées en première instance, s’ajoutent à celles déjà prononcées en mars par la même cour d’appel sur le seul volet fraude fiscale : trois ans ferme chacun.»

Notons qu’en première instance dans le volet fraude fiscale, Patrick Balkany avait été condamné à quatre ans ferme, avec mandat de dépôt. Il avait donc été incarcéré, à la prison de la Santé.

Cette peine a ensuite été allégée en appel, au mois de mars 2020. Surtout, les juges n’avaient pas renouvelé le mandat de dépôt contre Patrick Balkany «en raison de l’état de santé actuel de l’intéressé». Il avait d’ailleurs été remis en liberté pour motif médical peu de temps avant son procès en appel.

 

La santé du couple est le dernier élément qui l’éloigne de la case prison : il est vraisemblable qu’Isabelle et Patrick Balkany puissent, si la peine acquiert un caractère définitif (par exemple s’il n’y a pas de pourvoi en cassation), obtenir un aménagement de cette peine. C’est d’ailleurs ce qu’écrivait Libé à la suite de l’arrêt de la cour d’appel : «Vu les certificats médicaux fournis par l’un et l’autre des époux Balkany, il est loin d’être certain qu’ils les purgeront un jour.»

 

Fabien Leboucq

«Faut arrêter les conneries» : deux mois de couacs au sein de l’exécutif confiné
 

Hésitations sur le confinement, non-dits sur les masques, appui aléatoire sur les scientifiques, gaffes et surmoi des ministres, dissensions entre Macron et Philippe… Depuis la mi-mars, la gestion et la communication au sommet de l’Etat ont souvent vacillé.

 

Le confinement touche à sa fin… pour le gouvernement. Pendant deux mois, confronté à une catastrophe médicale, humaine et économique sans précédent, l’exécutif ne s’est pas vraiment sublimé en termes de communication. En commençant par faire disparaître le manque de masques de protection derrière l’énoncé d’une doctrine bancale et difficilement tenable pendant une pandémie, pour finir par se marcher sur les pieds dans les annonces sur le déconfinement. «J’ai connu dans un autre mandat des gouvernements qui se sont illustrés par leurs couacs à répétition. Ça n’a jamais été le cas avec celui-ci. La machine est bien huilée», a pourtant osé le ministre de la Santé, Olivier Véran, le week-end dernier. Retour en trois temps sur une gestion et une parole officielle pas totalement confinée.

Un scientifique paravent… pour un temps seulement

Au départ, c’est un mot banni du vocabulaire du pouvoir en public : «confinement». Début mars, le nouveau coronavirus Sars-Cov-2 est déjà présent en France, il a fait de premiers dégâts dans des «clusters» isolés - l’Oise, le Morbihan, le Haut-Rhin - mais, compte tenu de ce qui se passe en Chine et en Italie, les éléments de langages envoyés aux responsables et conseillers de la majorité ont de quoi étonner. Le message en résumé : quand le virus «circulera librement» dans la population - le «stade 3» de l’épidémie de Covid-19 -, cela ne signifiera pas la mise en place d’un confinement. La porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, multiplie alors les passages télé et radio, appliquant la consigne à la lettre. «Au stade 3 de l’épidémie, on ne va pas arrêter la vie en France», assure-t-elle ainsi le 4 mars. «Une fois que l’épidémie est installée sur tout le territoire national, ça ne sert plus à rien d’empêcher les enfants d’aller à l’école ou autre»,poursuit-elle le lendemain. Déjà, celle qui a géré la communication du candidat Macron pendant la campagne puis les premiers temps à l’Elysée s’appuie sur les «scientifiques» pour justifier les décisions de l’exécutif : «Ce n’est pas nous qui allons décider du moment où la France sera dans une telle situation épidémique, ce sont des faits scientifiques.»

 

A LIRE AUSSIA l’Assemblée : «On a été plus que confinés, on a été confits !»

C’est aussi le 5 mars qu’Emmanuel Macron met en scène les infectiologues pour la première fois dans cette crise. A l’Elysée, il reçoit 30 spécialistes des épidémies pour «faire un point collectif sur l’état des lieux du virus et des solutions». «Il était nécessaire de s’appuyer sur la parole scientifique, approuve Thierry Herrant, professeur de communication publique à Sciences-Po. Car depuis l’affaire du sang contaminé et les multiples crises sanitaires, la parole politique est décrédibilisée en France.» Parmi ces spécialistes conviés par le président, le professeur Jean-François Delfraissy, immunologue et président du Comité consultatif national d’éthique.

Quelques jours plus tard, ce dernier sera propulsé par Emmanuel Macron à la tête de son «conseil scientifique» qui permettra d’étayer ses premiers choix de crise. Y compris les plus difficiles. Le 12 mars, dans sa première allocution télévisée liée au coronavirus, le chef de l’Etat prend appui sur le conseil pour maintenir le premier tour des municipales prévu trois jours plus tard. «Ils considèrent que rien ne s’oppose à ce que les Français, même les plus vulnérables, se rendent aux urnes», assure Macron devant près de 22 millions de Français. «Il aurait dû interrompre les municipales même si les professionnels de santé lui disaient que ce n’était pas dangereux, analyse Stéphane Rozès, président de la société Conseils, analyses et perspectives (CAP) et ex-dirigeant de l’institut de sondages CSA. Dire aux personnes âgées qu’elles peuvent voter et en même temps les inviter à rester chez elles, ça ne pouvait pas être compris.»

C’est aussi «selon les scientifiques» que Macron justifie la fermeture «jusqu’à nouvel ordre» des crèches et lieux scolaires, l’instauration du confinement en France et le choix de «réserver les masques en priorité pour l’hôpital». Sauf que cette décision est liée à l’absence de stock et à la difficulté de s’en procurer à l’étranger compte tenu de la demande mondiale. Un choix pragmatique qui s’est imposé à l’exécutif. Pas une recommandation scientifique. «Il fallait assumer bien plus tôt et dire qu’on n’avait pas assez de masques, déplore un communicant ministériel. Il fallait en appeler à tout le monde et à la solidarité du pays bien avant.» Philippe Moreau Chevrolet, spécialiste en communication politique et président de MCBG Conseil, abonde : «En com de crise, tout le monde sait qu’il faut être transparent. Il faut dire toute la vérité ou a minima ne pas mentir. Là, ils ont adopté la pire des stratégies : ils ont un peu dit la vérité et un peu menti. Je pense qu’ils ont paniqué.»

 

A la décharge du gouvernement, même l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a changé de doctrine en cours de pandémie sur les masques. Ce qu’Edouard Philippe ne se privera pas de répéter pendant deux mois. Mais pour Franck Louvrier, ancien conseiller communication de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, c’est un peu court : «Vous pouvez ne pas dire certaines choses, mais en situation de crise, vous êtes obligés de tout dire parce que vous êtes sous pression médiatique.» D’autant, pointe le professeur de communication publique Thierry Herrant, «que les Français comme les ministres ont découvert au fil de cette pandémie sans précédent que tous les scientifiques n’étaient pas d’accord entre eux, que la parole scientifique est diverse. Et aujourd’hui, on ne sait plus trop où on en est du point de vue scientifique».

Ce paravent scientifique va cependant jouer son rôle à plein pendant un bon mois. Car à mesure que le confinement produit ses effets catastrophiques sur le monde du travail, ce ne sont plus seulement les statistiques médicales qui guident le politique mais davantage les courbes économiques. Qui plongent… Résultat, quand le conseil scientifique préconise de ne rouvrir les écoles qu’en septembre dans l’espoir d’épargner au pays une deuxième vague épidémique, l’exécutif va garder pour lui l’avis de ces experts pendant plusieurs jours. Le ministère de la Santé se targuait pourtant jusque-là de les publier en toute «transparence». Le 13 avril, Emmanuel Macron annonce donc que les écoles rouvriront le 11 mai, date du début du déconfinement. Les raisons sociales et économiques ont pris le dessus sur les préventions scientifiques. Dans cette allocution présidentielle, le mot «scientifique» n’est d’ailleurs jamais prononcé par le chef de l’Etat.

Trop de ministres… qui parlent trop

«Flegmatique mais ravageur.» Voilà comment un membre du gouvernement qualifie le «coup de gueule» d’Edouard Philippe à ses ministres le 27 mars par visioconférence. Cela fait deux semaines que la parole gouvernementale part dans tous les sens. Il est temps pour le chef du gouvernement de recadrer tout le monde. Ordre est donné de s’en tenir aux «EDL» (les éléments de langage) de l’Elysée et Matignon. Car un jour, c’est le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, moqué pour son appel à «l’armée de l’ombre» pour aller ramasser fraises et asperges. Un autre, c’est la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, qui évoque un Tour de France à huis clos. Sans parler de Jean-Michel Blanquer, qui annonce tout seul dans son coin la date du 5 mai pour une reprise possible de l’école, ou encore de Sibeth Ndiaye qui évoque des «professeurs qui ne travaillent pas» alors qu’ils se sont mis à l’enseignement à distance au prix d’importantes contorsions professionnelles et personnelles. «Dans une crise, il faut centraliser les messages et limiter le nombre d’interlocuteurs sinon on risque la distorsion,rappelle Franck Louvrier. Là, tous les matins on avait un ministre qui venait parler de son domaine. Ça ne rassure pas les Français, au contraire.»

 

D’où le choix du chef du gouvernement de resserrer les boulons et de monter en première ligne médiatique. Le 28 mars, un samedi après-midi, Edouard Philippe se lance dans une très longue séance de questions-réponses, à coups d’explications scientifiques, de statistiques et de dates. «Je veux parler clair, énonce-t-il. Je veux vous dire ce que nous savons et ce que nous ne savons pas, ce que nous préparons et ce que nous réussissons, parce qu’il y a des choses que nous réussissons, et ce qui nous inquiète.»Conférence de presse, 20 heures de TF1 : le retour aux fondamentaux va fonctionner… une semaine. Car le surmoi de certains ministres reprend vite le dessus. L’aile droite du gouvernement n’a plus l’air très à l’aise avec le«quoi qu’il en coûte» présidentiel pour sauvegarder l’économie. Pour s’en sortir, «il faudra probablement travailler plus que nous ne l’avons fait avant», lance ainsi la secrétaire d’Etat à l’Economie, Agnès Pannier-Runacher, totalement raccord avec les messages insistants envoyés par le Medef depuis la mi-mars. Son ministre de tutelle, Bruno Le Maire, a beau expliquer par la suite qu’il s’agit là d’une «drôle d’idée», il a lui-même allumé la mèche en lançant qu’«à la sortie de cette crise, il faudra faire des efforts».

Deux semaines plus tard, c’est au tour du ministre de l’Education nationale de reprendre ses mauvaises habitudes. Devant la commission des affaires culturelles, Blanquer détaille un plan de retour des élèves en classe… qui n’est pas encore totalement arbitré par l’étage du dessus et qui sera démenti une semaine plus tard par le Premier ministre. «Une annonce ne devrait être faite que quand l’exécutif est bien sûr de ce qu’il veut dire, insiste Philippe Moreau Chevrolet. Là, les ministres lancent des ballons d’essai. On ne peut plus se permettre de demi-annonces ou des off. Faut arrêter les conneries.»

«Une crise n’est pas une compétition sur qui passera à la télé : c’est une communication ordonnée, recentrée autour d’un porte-parole unique», s’agace à son tour Franck Louvrier. Qui verrait bien dans ce rôle… Jean Castex. Le nouveau «Monsieur déconfinement» du gouvernement est aussi un ancien conseiller élyséen de l’ère Sarkozy. C’est surtout un énarque ayant choisi la préfectorale qui est aujourd’hui maire d’une petite commune dans les Pyrénées-Orientales. «Avec lui c’est le terrain qui parle, le bon sens paysan», vante Louvrier. «La mission propose, le pouvoir politique dispose»,temporise mercredi Jean Castex. Du coup jeudi, lorsqu’il s’agit de livrer les derniers détails de la sortie du confinement, prévue pour le 11 mai, ce n’est pas Castex qui apparaît à l’écran mais Edouard Philippe. Qui fait défiler six ministres au pupitre pour détailler sous bonne garde leur partie de la délicate opération.

Elysée-Matignon, un couple en tensions

La petite phrase a dû faire très plaisir à Edouard Philippe. Appuyé sur le bureau d’un instituteur dans une salle de classe de Poissy (Yvelines), mardi, Macron répond aux deux journalistes de TF1 et de France Télévisions qui lui font face. «Non, je n’ai pas ces grands mots.» Lui, président de la République, ne reprend pas à son compte le terme d’«écroulement» utilisé une semaine plus tôt par son Premier ministre pour qualifier le risque qu’encourt la France si le confinement devait se prolonger. La petite pique du chef de l’Etat en direct ne plaide pas dans le sens des entourages des deux hommes, qui martèlent qu’il y a un «alignement complet» entre la Rue du Faubourg-Saint-Honoré et la Rue de Varenne. Interrogé jeudi sur le sujet, Philippe, visiblement agacé, défend face caméra une «fluidité […] qui a peu de précédents» entre lui et Macron, s’agaçant contre les «journalistes politiques» et jurant que les Français se «contrefichent» de leurs articles.

Pourtant, rarement depuis 2017 les journalistes n’auront autant eu vent des désaccords entre les deux hommes. Avant même l’annonce du confinement par Macron le 16 mars, leur mésentente au sujet des municipales atteint les oreilles des conseillers et responsables de la majorité. «Macron doute, mais ne pas reporter cette élection c’était une demande expresse du Premier ministre et de tous les vieux crocodiles de droite qui viennent aujourd’hui nous faire la leçon», s’agace l’entourage d’un ministre de poids. Cet épisode fondateur annonce un confinement compliqué pour les deux hommes. Au départ, pourtant, les places de chacun sont respectées : à Macron les déclarations solennelles - empruntant un étrange registre guerrier - et au Premier ministre les explications pratiques et la mise en œuvre de la politique du gouvernement. «Ses interventions mettent en lumière un défaut du ministère de la Santé : [le directeur général de la santé, Jérôme] Salomon s’est un peu paumé en route en lisant le même communiqué macabre tous les soirs sans faire de pédagogie,analyse un ministre. Philippe a donc assumé le rôle de super-ministre de la Santé.»

La tonalité choisie - assumer de dire qu’«on ne sait pas tout» - devient même celle du Président. Le 13 avril, Emmanuel Macron abandonne la rhétorique martiale, qui a atteint son apogée lors de son discours de Mulhouse devant les tentes kakis de l’hôpital de campagne installé par l’armée sur le parking du CHU. Un registre jamais endossé par un Premier ministre qui joue plus rationnel et moins passionnel. «L’allocution présidentielle du 13 avril est très bonne, juge Philippe Moreau Chevrolet. Macron sort alors de sa posture de chef de guerre et va sur le quotidien, mais il donne aussi l’impression de ne pas savoir quel rôle jouer : d’abord il fait du Clemenceau puis refait du Macron 2017 qui bouscule la technostructure et impose un rythme. Mais ça ne marche pas car l’administration s’est cabrée et le chef de l’Etat n’a pas de maîtrise sur son Premier ministre.»Stéphane Rozès analyse : «On a l’impression que le Président fait de la com, dit ce qui est souhaitable, et que le Premier ministre, lui, dit le réel, le possible. La répartition des rôles n’est pas bonne car il n’y a pas de "en même temps" en crise sanitaire : le Président doit trancher entre le souhaitable et le possible.»

 

Résultat, les deux plus hauts rouages du pouvoir se grippent vite. Le 13 avril, Emmanuel Macron annonce le déconfinement pour le 11 mai, suscitant une attente exponentielle chez des Français enfermés depuis des semaines. Sauf qu’Edouard Philippe ne centre pas du tout sa deuxième conférence de presse sur le sujet six jours plus tard. «C’est humiliant pour le Président, souligne Philippe Moreau Chevrolet.Si le chef de l’Etat parle et que l’agenda c’est le déconfinement, alors la conférence doit porter sur le déconfinement. Ou alors on se tait. Quand on a parlé à 36,5 millions de personnes de tarte à la fraise, que tout le débat de la semaine porte sur comment on fait la tarte à la fraise et que le dimanche vous arrivez en disant qu’on va plutôt faire des crêpes, c’est qu’on se fout de votre gueule.»

En réalité, la question du déconfinement est bien plus compliquée à vivre pour les deux têtes de l’exécutif que celle du confinement. Macron a choisi cette date du 11 mai et «il a eu raison de prendre le risque», fait valoir Franck Louvrier : «Il décide de la date, maintenant il doit décider de la com.» Il voit son Premier ministre appuyer sur le frein et intervient pour confirmer la «nouvelle étape» enclenchée. On est plus dans le «si», mais le «comment». Nuance de taille.

Plutôt que de laisser Philippe en première ligne - et le laisser prendre les risques en mode paratonnerre -, Macron a finalement été omniprésent dans cette dernière semaine de confinement. Son Premier ministre parle au Sénat pour redonner les grandes lignes de son plan de sortie ? Le chef de l’Etat intervient quelques minutes plus tard pour livrer, depuis l’Elysée, sa propre vision des choses et efface totalement son Premier ministre des médias du jour.

 

Rebelote le lendemain à Poissy, avec sa sortie sur les «grands mots» de son Premier ministre. «Macron est en train de se transformer en Hollande avec des petits calculs politiciens pour nuire à son Premier ministre, regrette Moreau Chevrolet. Sa com est aussi peu maîtrisée qu’avant 1974.» Pour lui, cette séquence école à Poissy est même «un désastre»«Il met du temps à mettre un masque et ne comprend pas les gestes barrières. C’est anxiogène de voir le Président se mettre en danger.» Un peu comme sa visite pas du tout incognito à Pantin fin mars, qui avait provoqué un attroupement de curieux en dépit de toutes les recommandations de distanciation physique.

Quant à sa vidéo du 1er Mai, où le chef de l’Etat évoque, bronzé et en costume trois-pièces, les cortèges «chamailleurs» des syndicats alors que les manifestations de 2018 et 2019 ont été émaillées de violences avec la police, c’est carrément «de l’amateurisme» pour le communicant. «Le Premier ministre a trouvé son registre : il a les mains dans le cambouis, se pose en exécutant avec une forme d’humilité. Mais le Président donne le sentiment de ne pas trouver sa place dans le dispositif», constate Chloé Morin, de la Fondation Jean-Jaurès. Ou de vouloir occuper le centre de l’image coûte que coûte. Manches de chemise retroussées, cheveux ébouriffés, débit de mitraillette, Emmanuel Macron a appelé mercredi des acteurs du monde de la culture à «enfourcher le tigre»,comprendre se bouger, face à un Etat qui ne pourra pas tout. Le tout est filmé sans filtre, passe en direct sur les chaînes info. Vingt-quatre heures plus tard, Edouard Philippe apparaîtra dans une sobriété extrême, de décor et de mots, pour présenter les détails de la «reprise».

 

A Matignon, on fait mine de ne pas prêter attention à ces différences. «C’est le problème des journalistes politiques, ironise-t-on dans l’entourage de Philippe. Vous aimez Schönberg, la musique atonale… Tout ce qui est un peu harmonieux vous emmerde.» La mélodie des sondages, elle, ne trompe pas : on compte les points dans l’opinion et le Président est de nouveau moins populaire que son Premier ministre. Avec 40 % d’opinions favorables, Macron enregistre une perte de 6 points en un mois dans le dernier baromètre Ifop pour Paris-Match quand Philippe, lui, gagne 3 points et se retrouve à 46 %. «Le problème, c’est qu’Emmanuel Macron s’est fait élire comme un Bonaparte, mais ce sont les orléanistes qui tiennent le sommet de l’Etat à Matignon et Bercy», conclut Rozès. Tant qu’ils ne pensent pas à la Restauration.

 Lilian Alemagna et Nicolas Massol — 8 mai 2020

 

Retour sur le discours de Macron du 13 avril


Commentaire de Jean-Marc Jancovici :


"Il nous faudra bâtir une stratégie où nous retrouverons le temps long, la possibilité de planifier, la sobriété carbone, la prévention, la résilience qui seules peuvent permettre de faire face aux crises à venir", a déclaré hier soir notre premier magistrat dans son allocution télévisée, où l'on sentait bien l'envie de rappeler De Gaulle, avec l'évocation du nom du programme du Conseil National de la Résistance (les Jours Heureux).

Il n'est pas totalement certain que notre ami ait bien compris les contreparties majeures qui vont implicitement avec cette promesse (entre autres la divergence frontale que cela crée avec le fonctionnement actuel de l'Europe, du commerce mondial, de la finance, et d'autres champs où les acteurs n'ont que les mots "marché" et "suppression des contraintes" en tête), mais à tout le moins le fait d'en avoir parlé permettra à tous ceux qui sont convaincus que le court termisme a vécu de donner de l'écho à leurs propositions concrètes en ce sens.

The Shift Project se félicite donc de cette déclaration, et fera tout (même si c'est peu !) pour qu'elle ne reste pas des mots en l'air."


(publié par Joëlle Leconte)

Au procès du couple, l’aplomb inoxydable d’Isabelle Balkany

Le couple comparaît en appel après avoir été jugé coupable de fraude fiscale en septembre. Patrick Balkany a été condamné à quatre ans de prison avec incarcération immédiate, sa femme à trois ans ferme.

 

 

 

 

 
 

« J’ai 72 ans et je n’ai jamais rempli de déclaration d’impôt, [et] Patrick non plus. » Seule à la barre, lundi 16 décembre, Isabelle Balkany a réduit la fraude fiscale reprochée au couple à une erreur « en toute bonne foi », devant la cour d’appel de Paris.

Les débats, ouverts mercredi dernier, ont repris en l’absence de Patrick Balkany, hospitalisé depuis quatre jours. Debout devant le box vide, la première adjointe au maire de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) ferraille avec les magistrats, alternant sourires, indignations et « petites plaisanteries ».

Avec un aplomb désarmant, elle prend la parole quand bon lui semble, demande une précision à l’un de ses avocats, rectifie une question « colimaçonnesque » de l’accusation, boit une gorgée d’eau, balaie les interrogations précises de la cour en plaidant une « ignorance totale » des choses fiscales, puis interrompt l’audience pour « rappeler l’hôpital ».

Comme son mari, qui avait affronté seul le premier procès alors qu’elle se remettait d’une absorption massive de médicaments, Isabelle Balkany sidère par son culot et son énergie.

 

« Personne ne nous a dit de refaire des déclarations communes »

Dans ce dossier de fraude fiscale, elle a été condamnée en septembre à trois ans ferme, son époux à quatre ans avec incarcération immédiate et tous deux à dix ans d’inéligibilité, une sanction pour une « délinquance fortement rémunératrice ».

Ils sont poursuivis pour n’avoir pas payé l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) entre 2010 et 2015, malgré des actifs estimés à 16 millions d’euros annuels, mais également d’avoir déclaré des revenus amplement sous-évalués entre 2009 et 2014.

La présidente, Sophie Clément, demande pourquoi les Balkany, mariés depuis 1976, ne remplissaient pas de déclaration commune de revenus – les sommes éludées sont estimées à 4 millions d’euros ; un montant vigoureusement contesté par la défense.

 

Sur le ton de la confidence, Isabelle Balkany revient sur l’épisode de sa « séparation avec Patrick » entre « 1995 et 1997 ». Il avait alors quitté le domicile conjugal du moulin de Cossy à Giverny (Eure) et ils faisaient des déclarations séparées.

« Nos déclarations ont été faites tous les ans par un expert-comptable et une ancienne receveuse des impôts à la retraite une de nos élues, 80 ans, que je croise encore sur les marchés », dit-elle. « Quand Patrick est revenu, personne ne nous a dit de refaire des déclarations communes. »

La présidente laisse poindre son étonnement, fait remarquer qu’une adresse à Levallois figure sur la déclaration de M. Balkany. « Mais il avait un appartement », rétorque la première adjointe. « Ce n’était pas sa résidence », relève la cour.

 

« L’ISF, ce merveilleux impôt » qui « a été supprimé »

Isabelle Balkany ne désarme pas : « C’est incontestablement une erreur, mais en toute bonne foi. » Elle se tourne vers ses avocats : « Les avantages n’étaient pas si importants, non ? »

Elle reconnaît elle-même l’inverse quelques minutes plus tard : « Si on avait fait des déclarations communes, on aurait déclaré l’ISF. » L’évaluation la plus basse du seul moulin normand – 3,2 millions d’euros selon le fisc et 1,3 million selon la défense – les aurait contraints à s’acquitter de cet impôt sur la fortune.

« L’ISF, ce merveilleux impôt qui est tellement formidable qu’il a été supprimé », ironise Isabelle Balkany. « Pas tout à fait », rectifiera la présidente.

Tout cela agace la prévenue. Les déclarations, « il y a des gens qui s’en occupent bien et d’autres pas, regardez M. Delevoye », lance-t-elle, en référence au haut-commissaire aux retraites démissionnaire, qui avait omis de déclarer dix mandats.

 

Concernant la villa Pamplemousse de Saint-Martin et le luxueux riad de Marrakech, la position des édiles n’a pas varié : Isabelle Balkany a reconnu posséder la villa antillaise – payée par de l’argent familial venu de Suisse, a-t-elle affirmé – mais elle a nié fermement être propriétaire du riad marocain.

Alors que les Balkany sont en contentieux avec le fisc, notamment sur l’évaluation des propriétés, Isabelle Balkany a remarqué que sa villa antillaise n’avait « pas vue sur la mer » à cause des palmiers des voisins, contrairement à celle de Donald Trump.

L’audience reprend mardi après-midi.

 

Le Monde avec AFP Publié le 17 décembre 2019

 

"Il est désolant que les politiques disent souvent le contraire de ce qu'ils pensent. (..)

Ce qui est dommage en politique, c'est qu'il faut plaire aux cons !"

(extrait d'un entretien de Laurent Ruquier par Nathalie Mauret, 13/01/2013, "Le Progres")

Alain Duhamel : « Il ne faudrait pas que la politique devienne une occupation d’amateurs »

Pour Alain Duhamel, journaliste, membre de l’Académie des sciences morales et politiques (1) et grand témoin de la vie politique française, nous vivons une période de rupture, marquée par l’effacement des professionnels de la politique.

 

La Croix : Comment interprétez-vous l’arrivée de nouveaux visages comme têtes de liste aux européennes ?

Alain Duhamel : La juvénilité du président et l’arrivée de la génération En Marche à l’Assemblée ont poussé les autres partis à un renouvellement de l’offre d’autant plus marquant que, dans la tradition française, les européennes sont souvent l’occasion de recycler des personnalités sur le déclin, contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays. Le fait de mettre en avant des jeunes comme Jordan Bardella (RN) ou Manon Aubry (LFI) manifeste aussi l’intention de toucher la jeunesse, qui d’ordinaire se mobilise très peu pour cette élection.

 

 

Vit-on un moment de rupture ?

A. D. : La vie politique est jalonnée de renouvellements tous les vingt ou trente ans. Il y a eu la génération politique née de la rupture de 1958, celle issue de 1981. Sans aucun doute assiste-t-on avec la génération 2017 à un tel moment de renouvellement, bénéfique.

Que dit la présence de nombreuses figures hors partis ?

A. D. : La politique a longtemps attiré les plus ambitieux et les plus talentueux, passés par les grandes écoles. Mais aujourd’hui, les élites se détournent de la politique, perçue comme un repoussoir.

Le pouvoir réel des responsables publics s’est réduit au profit de celui des décideurs économiques, des acteurs internationaux. Dans le même temps, quoi qu’en pense l’opinion publique, la classe politique a vu son niveau de vie baisser, avec la fin de certains avantages et du cumul des mandats. S’ajoute à cela l’extrême brutalité des alternances qui rend caduque la perspective d’une carrière assurée. Les partis ont donc du mal à attirer des talents.

Que vous inspire cette remise en cause de la « profession » politique ?

A. D. : Je regarde cette évolution avec intérêt et circonspection. Peut-être va-t-on vers un système à l’anglo-saxonne dans lequel des personnalités venues du privé consacrent une partie de leur vie à la chose publique ? Mais il ne faudrait pas que la politique devienne une occupation d’amateurs. Je suis pour le renouvellement générationnel, pas pour l’appauvrissement du personnel politique. Il s’agit de trouver le bon équilibre.

L’arrivée de philosophes vous surprend-elle ?

A. D. : Ce n’est pas du tout un hasard si ce sont les deux grands partis d’alternance au pouvoir qui ont choisi pour tête de liste de jeunes philosophes. Les formations de gouvernement n’ont plus de projet de société. Les grands partis ont besoin de retrouver des idées, des hommes porteurs de valeurs pour formuler de nouveaux projets ambitieux.

Bellamy et Glucksmann réussiront-ils à rester des philosophes en politique ou deviendront-ils des politiciens ex-philosophes ? Pour l’instant, je suis dubitatif. Les propos de François-Xavier Bellamy en tant que tête de liste font systématiquement écho à ceux de Laurent Wauquiez. Et quand il se range parmi ceux qui refusent de sanctionner Viktor Orban, je me demande si le « porteur de valeurs » pourra résister à la politique politicienne.

Concernant Gluksmann, j’entends une petite polémique monter. Certains se demandent si c’est un socialiste sincère ou un libéral reconverti…

Au regard de l’histoire, reconnaissons que les philosophes n’ont jamais fait de grands politiques. C’est vrai de Barrès à droite comme de Lamartine à gauche. Lequel a été l’homme politique le plus populaire de France… durant trois mois !

 
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"L’État est là": Macron s'efforce de rassurer Saint-Martin, un an après Irma
Sommes-nous au coeur du centre de la contradiction (pour ne pas dire de la schizophrénie) où nous enferme actuellement notre modèle de croissance ? Emmanuel Macron souhaite relancer le tourisme à Saint-Martin pour aider les habitants de l'île à surmonter le passage dévastateur de l'ouragan Irma. Mais le tourisme contribue fortement au réchauffement climatique.

Jean-Marc Jancovici : "Il est hélas très répandu qu'une "solution" à un problème causé par le changement climatique, ou destiné à le limiter... aggrave le problème. Cela concerne aussi le dessalement de l'eau de mer avec du gaz, la climatisation - logements et véhicules - pour lutter contre la hausse des températures, la déforestation induite pour produire des "biocarburants", l'électricité au charbon pour remplacer le pétrole des voitures... Comme

disait l'autre, nous ne sommes pas sortis de l'auberge !"

"Colérique", "égoïste", "immature" : la face cachée de Nicolas Hulot
 

 

 

Démissionnaire surprise ce 28 août du ministère de l'Écologie, Nicolas Hulot semblait agacer ses collègues, explique Le Parisien. Des sautes d'humeur qui minaient même toutes ses équipes.

De bonne humeur, de mauvaise humeur...

 

 

les collaborateurs de Nicolas Hulot ne savaient pas sur quel pied danser. Le Parisien révèle en effet que l'année passée au ministère de la Transition écologique a été pénible à plus d'un titre pour beaucoup, du fait des sautes d'humeur du ministre. Pour un membre du gouvernement, Nicolas Hulot « n'a jamais pris de plaisir là où il était ». Un autre élu LRM que cite Le Parisien, dézingue l'ancien animateur, qu'il décrit comme systématiquement ronchon.

"Il était torturé, c'est un insatisfait. Il a obtenu Notre-Dame-des-Landes, l'interdiction du glyphosate sous trois ans, la réduction du nucléaire... Qu'est-ce qu'il lui faut de plus ? Hulot, il a un problème personnel, pas de fond", dit-il.


Mais c'est bien avec ses équipes que l'ex-ministre aurait été le plus dur. S'il répétait "tous les quinze jours qu'il allait démissionner" (plus personne ne s'inquiétait donc), d'autres le décrivent comme "colérique", "égoïste" ou "caractériel".

Des accès de colère

Des témoignages conséquents, à l'image de cet épisode le soir de l'annonce d'Édouard Philippe du démantèlement de Notre-Dame-des-Landes. Un collaborateur explique la furie du ministre quand il apprend que l'une de ses secrétaires d'État, en l'occurrence, Brune Poirson, doit faire une matinale avant lui le lendemain. "C'était humiliant pour elle. Il était incontrôlable", raconte-t-il.

Pour d'autres qui l'ont croisé, le constat est le même. Roselyne Bachelot, à la tête de l'écologie sous Jacques Chirac, décrit un homme "fragile et immature". "Il laissait éclater sa colère avec un ton très agressif", précise-t-elle.

Enfin, dernier aspect de ce portrait peu élogieux, son travail. Pour un conseiller ministériel, il ne mettait "pas assez les mains dans le cambouis", s'octroyant même son vendredi après-midi. Enfin, Nicolas Hulot n'appréciait pas les déplacements et se plaignait des tonnes de dossiers qu'il avait à gérer. De quoi cristalliser les tensions dans ses équipes, et même jusque dans le gouvernement ?

 

6Medias, publié le mardi 28 août 2018

Machine arrière toute sur le dossier du casier vierge pour être élu !

C'était l'une des promesses de campagne électorale d'Emmanuel Macron visant à assainir l'image du politique. Mais l'exécutif a fait marche arrière par crainte de voir la mesure déclarée anticonstitutionnelle.

D'un côté on nous vend toujours plus d'assainissement des pratiques politiques et de l'autre la réalité des faits. L'Assemblée Nationale entre les mains d'une majorité d'élus de la République En Marche a finalement fait machine arrière toute, évoquant une crainte d'anti-constitutionnalité. Bref... l'une des mesures phares qui aurait pu permettre de tirer un trait définitif sur des cas de plus en plus courants sera donc remisée.

Quand Laurent Wauquiez ne cirait pas ses chaussures pour faire plus rural

 

 

>> A lire aussi : Non, il assure ne pas s’être teint les cheveux en gris pour paraître plus crédible

« Le gars de la Haute-Loire »

Et cette image rurale, à laquelle il tient tant, le président de la Région Auvergne Rhône-Alpes la cultive dans les moindres détails. Selon L’Express, citant un proche de Laurent Wauquiez, ce dernier « faisait exprès d’arriver à Paris sans avoir ciré ses chaussures, histoire de montrer qu’il avait les pieds dans la glaise, lui, le gars de la Haute-Loire ».

Toujours pour peaufiner son image, Laurent Wauquiez s’était même adjoint les services d’un coach vocal pour retrouver son accent de Haute-Loire, avait révélé Le Monde en septembre.

«On se rapproche très nettement de la situation américaine»
 

Pour Emmanuel Dockès, spécialiste du droit du travail, la réforme détruit les protections des salariés français sans adopter celles du modèle allemand.

Professeur de droit du travail à l’université Paris-Nanterre, Emmanuel Dockès estime que la réforme engagée par le gouvernement éloigne le modèle social français du modèle allemand.

Avec ces modifications dans notre code du travail, se rapproche-t-on du «modèle allemand» ?

Non. Le modèle allemand contient au contraire de fortes protections contre les licenciements qui se font, notamment, en concertation avec les représentants du personnel qui ont souvent un rôle de codécision ou de codétermination dans les entreprises. Le modèle allemand est un modèle de concertation très fort. La réforme du code du travail en France affaiblit considérablement le rôle des représentants du personnel et le contrôle des licenciements. C’est très rude. Et ça nous éloigne encore du droit allemand.

En Allemagne, peut-on se passer de représentants syndicaux dans les entreprises de moins de 50 salariés ?

En Allemagne, il n’y a pas de négociation collective possible sans syndicat. La loi date de 1949 et a été très peu modifiée depuis. Alors qu’en France, on ne cesse d’ouvrir des possibilités de négociation dérogatoire.

C’est un modèle bien plus libéral qui se dessine ?

Oui. Notamment en matière de droit du licenciement, nous étions déjà bien moins protecteurs que nos voisins allemands. Et l’écart s’accroît.

Vous diriez que nous allons vers une situation à l’anglaise ou à l’américaine ?

On se rapproche très nettement de la situation américaine où il est très facile, sans guère de justification, de licencier. C’est l’image de la personne, dans les séries télé, à qui on dit, sans motif, «prenez la porte», la personne remplit son carton et s’en va… Le licenciement à l’américaine va devenir possible en France.

Nos dirigeants ne cessent cependant de faire référence au «modèle allemand»…

Pourtant, les comités d’entreprise de nos voisins sont bien plus développés que les nôtres. La différence avec la France est peut-être dans l’importance de la loi, qui est inférieure là-bas. Corrélativement, il y a une plus grande inégalité de situation selon les différentes entreprises. Jusqu’ici, le modèle français se caractérisait par l’existence d’un socle de protection égal pour tous, plus développé que ce qu’on peut connaître en Allemagne. Mais cette réforme du code du travail réduit ce socle et donc l’égalité entre salariés.

Pourquoi ce socle est-il différent entre nos deux pays ?

Parce qu’en Allemagne, beaucoup plus de décisions se prennent au niveau de la branche et de l’entreprise, et moins au niveau de la loi. Les Allemands sont sur un modèle d’entreprise mais, et c’est une grande différence avec la France, avec des partenaires sociaux très forts, notamment du fait de l’histoire syndicale du pays. En France, on décide de ramener le niveau de négociation et des décisions au niveau des branches et de l’entreprise mais, dans le même temps, on affaiblit les représentants du personnel. C’est une grande différence ! Tout ce qui est proposé pour aider les syndicats, ce sont des mesurettes. En sens inverse, les ordonnances restreignent la possibilité de recourir aux experts pour les comités d’entreprise, on réduit les informations dont ils peuvent bénéficier… Au final, on détruit les protections du modèle français sans adopter les protections du modèle allemand.

Lilian Alemagna
Les rémunérations très embarrassantes de Nicolas Hulot

"Le Canard enchaîné" s'est penché dans son édition de ce mercredi sur les différentes sociétés du nouveau ministre de la Transition écologique.

 
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