Quantcast
Mercredi 19 juin 2013 3 19 /06 /Juin /2013 09:11

 

'La bulle immobilière chinoise est d'une ampleur jamais vue dans l'histoire du monde moderne, et elle est sur le point d'éclater'

« Le système bancaire occulte chinois a échappé à tout contrôle et il est soumis à une pression croissante des investisseurs qui ont de plus en plus de mal à refinancer leurs dettes de court terme », a avertit l’agence de notation Fitch, dont les conclusions ont été rapportées par Ambrose Evans-Pritchard du Daily Telegraph. Selon l'agence, L’ampleur des prêts consentis en Chine est si extrême que le pays ne réussira plus à se sortir de ses excès comme il l'avait fait par le passé.

 

« Le modèle de croissance basé sur le crédit est clairement en train de voler en éclats. Cela pourrait alimenter une crise massive de sur-capacités, et potentiellement à une déflation de style japonais », a indiqué Charlene Chu de Fitch. Elle précise que le système bancaire souterrain chinois n’offre aucune transparence. « Nous ne savons pas qui emprunte l'argent, qui sont les prêteurs, et quelle est la qualité des actifs, et cela sape la crédibilité des signaux », a-t-elle dit au Daily Telegraph.

 

Les défaillances de prêts du pays ne représentent guère qu’un pourcent mais cela n’est pas significatif, dans la mesure où ce ne sont pas les banques, mais de nombreux autres types d'organismes financiers tels que des fonds de placement, des trusts, et des établissements financiers opaques qui ont accordé plus de la moitié des prêts récents. « Une grande partie de l’exposition des banques à l’immobilier n’est pas enregistrée comme de l’immobilier », explique Chu.

 

Les inquiétudes montent depuis que l’on a commencé à enregistrer quelques incidents de paiements liés à des trusts. La banque Everbright a fait défaut il y a une dizaine de jours sur un prêt interbancaire dans un contexte de forte hausse du taux d’intérêt Shibor, indiquant que les liquidités commencent à se tarir.

 

Depuis l’effondrement de la banque Lehman Brothers, le crédit est passé de 9000 à 23.000 milliards de dollars. « Le pays a dupliqué la totalité du système bancaire commercial américain en cinq ans», commente Chu. En 2009, la Chine a décidé d'injecter l’équivalent de 12% du PIB pour tenter de tenir la crise mondiale à distance. Cela a alimenté une bulle spéculative immobilière assortie d’une énorme dette envers les autorités locales. Le ratio du crédit par rapport au PIB est passé de 75% à 200% au cours des cinq dernières années. Par comparaison, ce ratio n’avait progressé que de 40% au cours des cinq années qui avaient précédé la crise des subprimes aux États-Unis. «C'est bien pire que tout ce que nous avons pu connaitre auparavant dans une économie majeure. Nous ne savons pas ce qui va se passer. Les six prochains mois seront cruciaux », estime Chu.

En Avril, Fitch a déjà décidé pour la première fois en 14 ans de dégrader la note de long terme de la devise chinoise de A+ à AA-. Toutefois, elle considère toujours que le gouvernement chinois aurait les moyens de faire face à une crise financière, quelle que soit son ampleur.

 

Celui-ci a mis fin à ses incitations dans le domaine du crédit immobilier, en restreignant l’offre de crédit, et en obligeant les banques à respecter des ratios de détention de réserves plus importants pour stopper la spéculation immobilière. Mais le système bancaire souterrain a pris le relai.

 

Un autre problème provient de la baisse de l’efficacité de ces prêts pour générer de la croissance supplémentaire pour la Chine. En 4 ans, le PIB supplémentaire généré par chaque yuan de prêt supplémentaire est passé de 0,85% à 0,15%, signalant l’épuisement du système.

 

Selon Wei Yao de la Société Générale, le ratio d'endettement des entreprises chinoises a atteint le seuil critique de 30% du PIB, qui correspond au seuil typique des crises financières. De nombreuses entreprises ne parviendront pas à rembourser le principal, ni à servir les intérêts de ces prêts. Selon elle, le pays se raproche d’un « Minsky Moment », c'est-à-dire du moment où la pyramide de la dette s'effondre sous son propre poids. « La boule de neige de la dette devient de plus en plus grosse, sans contribuer à l'activité économique réelle », avertit-elle.

 

Audrey Duperron

 

http://www.express.be/business/fr/economy/la-bulle-immobiliere-chinoise-est-dune-ampleur-jamais-vue-dans-lhistoire-du-monde-moderne-et-elle-est-sur-le-point-declater/191892.htm

Par ottolilienthal
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 18 juin 2013 2 18 /06 /Juin /2013 15:27

 

 

1.000 milliards d'euros ! La somme a de quoi faire peur. Six ans après le début de la crise, les actifs pourris, ou en tout cas invendables, des banques européennes, isolés dans des « bad banks », culminent encore à des sommets. C'est près du double de la puissance de feu du fonds de sauvetage européen ! Et c'est un démenti formel à tous ceux qui assurent que la crise de la zone euro est derrière nous. La preuve que la stratégie qui a consisté à compter sur l'oeuvre du temps plutôt que sur une action immédiate et résolue pour aplanir des montagnes de crédits et d'actifs douteux a échoué. Le miracle espéré n'a pas eu lieu. Le passé n'est toujours pas passé.

 

D'autant moins que cette somme n'est que le sommet de l'iceberg. Car, dans le secret de leurs bilans, les « good banks » du Vieux Continent abritent encore de nombreux actifs douteux hérités des excès du milieu des années 2000, dont la valeur faciale n'a plus rien à voir avec la valeur économique. Un seul exemple, celui des dettes LBO, dont une partie devrait être dépréciée, comme le montre l'exemple de la douloureuse restructuration de la SAUR. Alors c'est vrai, tout le système bancaire européen n'est pas affecté dans les mêmes proportions. Mais, sous le tapis bancaire de certains pays, la poussière toxique s'est tellement accumulée qu'elle a transformé les établissements locaux en zombies incapables de faire leur métier, c'est-à-dire prêter aux entreprises et aux particuliers.

 

Deux ans après le coup d'éclat de Christine Lagarde sur les besoins de recapitalisation des banques européennes, au fond rien n'a changé. Les liquidités déversées depuis par la BCE ont éteint momentanément l'incendie, mais le feu couve toujours. Il est plus que temps de s'attaquer de front au problème. De sortir de la logique du coup par coup et d'élaborer un plan de sauvetage paneuropéen pour assainir enfin les « good banks » et financer correctement les « bad banks ». Cela suppose évidemment de régler l'épineuse question de la répartition de la facture finale entre actionnaires, créanciers, déposants et contribuables. Ce qui ne sera pas une mince affaire tant l'addition promet d'être salée. Mais une chose est sûre, par-delà l'assainissement des finances publiques des Etats, ce grand nettoyage est la condition sine qua non d'un redémarrage de l'activité économique en Europe.

 

Le seul moyen sans doute d'échapper au sort du Japon, malade depuis plus de vingt ans de ne pas avoir assaini ses banques. Au moment où de nombreuses voix s'élèvent pour alerter sur les bulles financières en cours de formation du fait de la politique monétaire ultra-accommodante des grandes banques centrales, régler le problème de la crise précédente est devenu plus qu'urgent.

 

Écrit par François VIDAL


Directeur délégué de la rédaction


fvidal@lesechos.fr

 

http://www.lesechos.fr/opinions/edito/0202834122270-banques-europeennes-le-syndrome-nippon-576655.php

Par ottolilienthal
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 16 juin 2013 7 16 /06 /Juin /2013 00:02



"L’économie mondiale approche d’une zone de krach majeur ; des signes avant-coureurs l’indiquent : effondrement brutal (et toujours inexpliqué) du marché de l’or ; décrochage spectaculaire (et temporaire) du marché japonais ; conditions aberrantes du marché des obligations pourries (junk bonds) aux États-Unis ; financement à taux réels négatifs de pays comme la France, pourtant en récession, avec chômage en explosion, déficit commercial abyssal et compétitivité perdue. L’ouragan approche, il pourrait balayer à nouveau la planète finance.


Cette crise historique commencée en juillet 2007 a déjà connu plusieurs phases de répit. Elles furent présentées, l’une après l’autre, comme la fin du tunnel, le début d’une reconquête de la croissance perdue, avant que le tocsin ne se remette à sonner et que les ennuis ne recommencent, toujours là où personne ne les attendait. À chaque fois, l’arrêt de la spirale récessive a résulté de mesures vigoureuses prises par les autorités politiques. Leur particularité a été de s’attaquer aux symptômes du mal, jamais à son origine première : l’accumulation historique de dettes par l’ensemble des richissimes démocraties d’Occident.


Ce furent la relance fiscale de George Bush du printemps 2008, la garantie des dettes bancaires par les États fin 2008, les plans de relance à la suite de celui d’Obama début 2009, la garantie des dettes des États faibles par les États forts en 2010-2011, puis, « last but not least », à partir de fin 2011, l’émission massive de monnaie par les propres banques centrales des États surendettés.

Cette ultime solution est la plus délirante, quand on y songe. S’il suffisait de créer de la fausse monnaie pour résoudre les problèmes structurels d’économies en déclin, on se demande pourquoi avoir perdu tant de temps et n’avoir pas lancé depuis longtemps, à plein régime, la planche à billets. La vérité est que ce que l’on qualifie en termes pudiques de « politique non conventionnelle » est la dernière cartouche, dont on sait désormais qu’elle pourrait faire long feu. L’énorme afflux de liquidités artificielles détruit les équilibres, interdit toute projection rationnelle dans le long terme, fausse l’ensemble des statistiques sur lesquelles devraient s’appuyer les décisions économiques. Entendons-nous bien : ce remède de cheval fut bienvenu, quand se profilait le spectre d’un effet domino commençant par les faillites de banques européennes ; il devient mortifère s’il est appliqué sans limitation de temps ni de quantité.

Ce moment approche. Deux bulles inquiétantes se sont créées : l’une sur le marché de la dette avec des taux d’intérêt tellement bas, l’autre sur les marchés d’actions, qui battent records sur records. La fièvre s’est emparée de Wall Street, comme dans les années 1920 de « Gatsby le Magnifique », annonçant l’effondrement d’un certain « jeudi noir ».

Le sentiment de fragilité devant cette fuite en avant est partagé par un nombre croissant d’acteurs financiers. La question n’est plus de savoir si le krach aura lieu mais quand et l’ampleur qu’il prendra. Le détonateur est connu : ce sera la remontée des taux à laquelle devra se résoudre la Federal Reserve, un jour ou l’autre. Plus on attend, plus la déflagration sera forte, plus les effets seront importants ; ils prendront la forme de faillites retentissantes des grands fonds n’ayant su se dégager à temps. Quand commence une panique boursière, le perdant est celui qui se dégage trop tard ; et là, l’erreur fatale peut se compter en secondes.

Dès lors, en cet étrange printemps 2013, bien hétéroclite apparaît la coalition en faveur d’une poursuite, voire d’une accentuation de la politique d’intervention des banques centrales. On y trouve les fanatiques d’une croissance à n’importe quel prix, par tradition, de très nombreux économistes ou politiques américains ; on y trouve aussi les ennemis de l’austérité, les extrémistes et populistes de tout poil ; et par extension, les opportunistes qui sentent à quel point la population souffre de la correction des erreurs passées. Pour le coup, la baguette magique des banques centrales risque d’être la pire. Quand la foudre touchera les indices boursiers, elle apparaîtra pour ce qu’elle était : une bombe à retardement.


Philippe Dessertine - Sud ouest
http://minuit-1.blogspot.fr/2011/04/vers-une-double-recession-et-une-une.html
Par ottolilienthal
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 14 juin 2013 5 14 /06 /Juin /2013 08:51

Pendant que l'architecture de l'Union bancaire en Europe se construit à tâtons, les banques de l'Union européennes peinent à émerger d'une conjoncture économique déprimée, du recentrage territorial (la fragmentation) et du Blitz réglementaire. Mais les remous les plus puissants sont à venir: ils vont donner un lieu à un choc 'darwinien' aux conséquences difficilement prévisibles.

 

Ces remous viennent de la confluence de deux courants puissants: d'une part, l'Asset Quality Review et le Stress-Test que la BCE va vraisemblablement exiger pour filtrer les banques candidates à la supervision européenne centralisée; d'autre part, la détermination nouvelle à infliger des pertes aux créanciers des banques - voire aux déposants, faute de créanciers disponibles.

 

Dans ces conditions, le paysage bancaire en Europe fin 2014 sera très différent de celui d'aujourd'hui, peut-être même méconnaissable.

 

Tout d'abord en effet, la Banque Centrale Européenne se prépare à assumer ses responsabilités en matière de supervision. En 2014, elle sera responsable de la supervision d'un nombre important de banques de la zone Euro - important mais pas encore totalement fixé. Compte tenu à la fois des doutes sur la qualité du contrôle bancaire dans certains Etats-membres, et pas seulement ceux qui ont subi une crise systémique comme l'Irlande ou l'Espagne, et de la disparité objective de l'infrastructure du monitoring bancaire - comme attesté par un rapport récent de la banque centrale d'Autriche qui montre les différences nationales de définition des 'Non-Performing Loans'... - la BCE va devoir être exigeante dans la revue de la qualité des actifs.

 

On peut imaginer qu'elle prendra à coeur de ne pas s'exposer, faute d'un filtrage efficace, à un incident bancaire qui minerait sa crédibilité dans les premiers mois de ses nouvelles fonctions. De surcroît, beaucoup d'analystes pensent que seul un nettoyage de fond en comble des banques européennes, à la manière des Etats-Unis en 2009, permettra de recréer les conditions d'un rebond du crédit favorable à la croissance.

 

Par conséquent, même s'il y a une impasse encore troublante sur la question du comblement des trous dans le capital des banques révélés par ce 'filtrage', il semble que l'on s'oriente vers une opération ambitieuse de nettoyage et de mise au carré des bilans bancaires, dans un environnement économique déprimé.

 

Il ne fait pas grand doute que ce 'filtrage' va faire apparaître des besoins de re-capitalisation - même si nul ne peut évidemment savoir de quel ordre à ce stade. Simplement en raison du nombre de banques qui vont devoir passer ces tests (considérablement supérieur aux 19 banques concernées par le Capital Assistance Program du Trésor US en 2009), les besoins vont être sans doute significatifs.

 

Bien sûr, il est vrai que les stress-tests de l'EBA ont déjà conduit les banques dans les années précédentes à renforcer les coussins de protection. Mais la simultanéité des besoins de capital à travers l'Europe, combinée à la difficulté pour beaucoup de banques de générer des profits suffisants pour reconstituer organiquement leurs fonds propres, vont générer une demande de capital (d'equity) qui risque de saturer l'offre disponible sur les marchés.

D'où la nécessité d'envisager des solutions de re-capitalisation plus radicales - ou alors ces Stress-Tests reviendraient simplement à sauter en parachute sans parachute.  

 

Or, et c'est le deuxième courant décrit plus plus haut, il est maintenant évident, six ans après le début de la crise, que le tabou de la sanctuarisation des créanciers bancaires  - et même, comme on l'a vu à Chypre, des déposants - n'existe plus.

 

Les signes sont sans ambiguïté. D'abord, des expériences, plus ou moins réussies, de liquidations bancaires, en Irlande (IBRC), aux Pays-Bas, au Danemark, à Chypre... De toute évidence, l'appétit pour renflouer les banques, a fortiori les banques des autres, est faible/nul et la crainte de la contagion relativisée par la multiplicité des chocs déjà subis.

Ensuite, alors que pendant les premières années de la crise l'injonction faite aux banques a été de réduire la dépendance aux financements de marché (ramener le ratio Prêts/Dépôts vers 100%), les régulateurs semblent maintenant avoir des arrière-pensées: les problèmes rencontrés par la Coop au Royaume-Uni où il n'y a pas assez de dette senior à 'brûler' pour pouvoir re-capitaliser, le casse-tête chypriote où le passif bancaire était constitué à 90% de dépôts, la préoccupation affichée devant les questions de nantissement des actifs bancaires qui réduisent la masse de dette restructurable... Tous ces indices pointent dans la direction d'une forte contribution des créanciers obligataires aux prochains rounds de re-capitalisations bancaires non spontanées.  

 

Au total, l'acte premier de l'Union bancaire en Europe en 2014 va très vraisemblablement requérir des reconstitutions de capital significatives qui risquent de saturer un pool de capital disponible déjà échaudé par les pertes actionnariales des 6 dernières années. Les créanciers obligataires seront mis à contribution, et, in extremis, les déposants pour les banques mises en liquidation. Il restera à se demander comment l'économie européenne réagira au survival of the fittest dans le monde bancaire.  

 

Pierre Cailleteau


Publié le 12 Juin 2013

 

http://www.bilan.ch/pierre-cailleteau/finance-internationale/leurope-bancaire-laube-dun-choc-darwinien

Par ottolilienthal
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 14 juin 2013 5 14 /06 /Juin /2013 00:14


 

"Toutes les grandes défaites se résument en deux mots : trop tard", affirmait le général MacArthur. Allons-nous attendre qu'il soit trop tard pour comprendre la gravité de la situation ? Allons-nous attendre qu'il soit trop tard pour rompre avec des stratégies qui nous mènent dans le mur ?

Officiellement, il y a eu 40 000 chômeurs supplémentaires en France en avril. Mais le ministère indique qu'en un mois, il y a eu 534 000 nouveaux inscrits à Pôle emploi. Si le chômage augmente de 40 000 personnes "seulement" c'est que, dans le même temps, 494 000 personnes quittaient les fichiers de Pôle emploi. "Presque la moitié ont repris un emploi", indique le ministère. On en conclut qu'une moitié n'en a pas retrouvé : certains sont en stage, d'autres ont des problèmes administratifs mais, chaque mois, 80 000 ou 100 000 personnes arrivent en fin de droit.

Dans le Sud de l'Europe, c'est pire encore : en Italie, le chômage touche près de 3 millions d'adultes mais il y a trois millions de "découragés" qui ont abandonné leur recherche d'emploi. "On organise une boucherie sociale", affirme le patronat italien. En Espagne, il y a 6 200 000 chômeurs et combien de pauvres ? "A Madrid, plus aucun fils d'ouvrier ne va à la faculté, témoigne une jeune espagnole. Quelque chose est en train de se casser. Si rien ne change, l'Espagne va perdre la maîtrise de son avenir."


La situation est-elle meilleure dans le reste du monde ? Aux Etats-Unis, malgré des déficits colossaux (la dette publique a augmenté de 1 100 milliards en un an), malgré le soutien de la Réserve fédérale qui crée chaque mois 85 milliards ex nihilo pour financer ces déficits, le taux d'activité est tombé à un plus bas historique : 63,3 %. Les chiffres du chômage sont stables mais, en un mois, 495 000 chômeurs ont renoncé à chercher un emploi et sont sortis des statistiques. Même avec des politiques budgétaires et monétaires ultra-accommodantes, les Etats-Unis n'arrivent pas à sortir du chômage. En mai, l'activité industrielle a commencé à reculer.

 

Au Japon, le gouverneur de la banque centrale a démissionné il y a trois mois, refusant de cautionner plus longtemps une politique qui, en vingt ans, a poussé la dette publique à 230 % du produit intérieur brut (PIB) : malgré des plans de relance pharaoniques, malgré une politique de recherche très ambitieuse, le Japon n'a que 0,7 % de croissance en moyenne depuis qu'a éclaté sa bulle, au début des années 1990. Et encore, ces 0,7 % viennent des exportations vers les Etats-Unis et l'Europe... Le gouverneur de la Banque centrale du Japon a démissionné mais, au lieu de réfléchir à une politique alternative, son successeur a décidé de continuer comme avant mais en pire. Peut-on soigner une gueule de bois en buvant tous les matins une grande bouteille de Saké ? Le 30 mai, le Fonds monétaire international (FMI) a publiquement averti que, en poussant son déficit public à 9,8 % du PIB, le Japon prenait des "risques considérables".

 

EN CHINE, LA BULLE IMMOBILIÈRE VIENT D'ÉCLATER 


Les deux moteurs de la croissance chinoise ont calé en même temps : les ventes de logement ont baissé de 25 % en un an et les exportations vers l'Europe ont reculé de 9,8 %. Officiellement, la Chine ne traverse qu'un "petit ralentissement" mais si l'on observe la consommation d'électricité (indicateur plus difficile à enjoliver que le PIB), la Chine est plus proche de la récession que d'une croissance de 6 %. En mai, l'activité industrielle a reculé : il ne s'agit pas d'un ralentissement dans la croissance mais bien d'un recul.

 

On a vu en Espagne ce que donne l'éclatement d'un bulle immobilière : le chômage a triplé et José Luis Zapatero a dû démissionner. En Chine, la bulle est plus grosse qu'elle ne l'était en Espagne. Et son explosion risque d'avoir des conséquences sociales nettement plus graves car il n'y a pas de couverture sociale pour les chômeurs, ni de solidarité familiale pour des millions d'hommes déracinés. Mais les dirigeants chinois n'ont aucune envie d'abandonner le pouvoir : ils ont annoncé qu'ils vont doubler le budget militaire d'ici à 2015 afin d'avoir quatre fois le budget de l'armée du Japon, l'ennemi héréditaire.

 

Début mars, alors que le FMI indiquait que la dette privée de la Chine a augmenté de 30 % PIB en un an, sans que cela suffise à relancer l'activité, Taïwan annonçait avoir installé cinquant missiles tournés vers des bases militaires chinoises... Comme le dit le gouverneur de la Banque d'Angleterre, "la prochaine crise risque d'être plus grave que celle de 1930".

C'est dans ce contexte que s'ouvre en France la conférence sociale des 20 et 21 juin. Elle doit lancer un nouveau cycle de négociation sur l'emploi. L'un des hauts fonctionnaires de la direction du Trésor chargé de préparer une "note de cadrage" pour cette conférence affirmait récemment que la France est retombée dans une "petite récession". Du point de vue comptable et si l'on pense que la France est seule au monde, il a raison. Mais peut-on en rester au point de vue comptable ? Non ! Ceci n'est pas une "petite récession". Une banale récession comme nous en avons déjà connu quatre en quarante ans. Edgar Morin a raison : nous sommes face à une crise de civilisation. Comme celle de 1929, cette crise peut conduire à la barbarie : guerre aux frontières de la Chine, guerres pour l'eau ou pour l'énergie, émeutes urbaines et montée de l'extrême droite en Europe... Si nous continuons à laisser pourrir la situation, si nous continuons à mettre quelques rustines en misant sur un miraculeux retour de la croissance (auquel plus personne ne croit) tout cela peut, en quelques années, finir dans un fracas terrifiant.

 

 CHANGER L'ENSEMBLE DE NOTRE MODÈLE DE DÉVELOPPEMENT


Et, dès aujourd'hui, nous sommes nombreux à ressentir un malaise plus intime : qui donc est l'homme pour être traité ainsi ? Qui donc est l'homme pour accepter que des millions d'hommes et de femmes vivent dans la plus grande pauvreté alors que, globalement, nous n'avons jamais été aussi riches ? Qui sommes-nous, femmes et hommes, pour être incapables de garder la maîtrise de notre avenir, ballotés comme des fétus de paille, d'une crise à l'autre ? Homo Sapiens Sapiens ou Homo Nullus Nullus ?

 

Crise sociale, crise financière, crise climatique, crise démocratique, crise du sens... dans tous ces domaines, nous sommes proches d'un point de non-retour. L'humanité risque une sortie de route. C'est l'ensemble de notre modèle de développement qu'il faut changer, de toute urgence.

 

Pour éviter qu'un tsunami sur les marchés financiers ait un impact direct sur l'économie réelle, pour lutter radicalement contre la spéculation et contre les risques liés au surendettement des Etats, la France doit demander que soit organisé au plus vite un nouveau Bretton Woods – accords pour réorganiser le système financier international après la seconde guerre mondiale, en 1944.


Pour sortir l'Europe de l'austérité et de la récession, il faut mettre fin aux privilèges incroyables des banques privées dans le financement de la dette publique et financer à 1 % la vieille dette publique, lutter frontalement contre les paradis fiscaux (le code des marchés publics doit interdire de commande publique les entreprises qui se soustraient à l'impôt) et négocier la création d'un impôt européen sur les dividendes (en vingt ans, le taux moyen d'impôt sur les bénéfices est passé de 37 % à 25 % en Europe !). Si l'on fait cela, nous pourrons retrouver l'équilibre des finances publiques sans austérité.

Il faut aussi agir avec force contre le chômage et la précarité en fixant à la négociation sociale qui débute les 20 et 21 juin un objectif très ambitieux : au Pays-Bas et au Danemark, les partenaires sociaux ont été capables d'élaborer en quelques semaines un nouveau contrat social assurant un meilleur partage des gains de productivité, qui a permis de diviser par deux le chômage tout en restaurant l'équilibre de la balance commerciale. Pourquoi n'en serions-nous pas capables nous aussi ?

 

Petite récession ou crise de civilisation ? La réponse est évidente. Politiques et partenaires sociaux doivent absolument se laisser bousculer par la crise. Personne ne leur en voudra de tenir un discours de vérité. Au contraire ! "L'immobilisme et la pusillanimité sont toujours plus dangereux que l'audace, écrivait Pierre Mendes France. Les problèmes sont si difficiles et d'une si grande ampleur, la résistance des égoïsmes est si forte, que c'est avant tout de l'audace qu'il nous faut aujourd'hui. De l'audace intellectuelle et politique, plus rare de nos jours hélas ! que le courage physique."


Dire la vérité et décider de construire, tous ensemble, un nouveau contrat social adapté aux contraintes et aux désirs de ce temps est sans doute la meilleure façon de renforcer la cohésion et la résilience de notre société

 

Michel Rocard (ancien premier ministre) et Pierre Larrouturou (économiste)

 

http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/06/12/gare-au-prochain-tsunami-financier_3428946_3232.html

Par ottolilienthal
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Juin 2013
L M M J V S D
          1 2
3 4 5 6 7 8 9
10 11 12 13 14 15 16
17 18 19 20 21 22 23
24 25 26 27 28 29 30
             
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés