Pétrole, l'éléphant dans la cuisine..

Publié le par ottolilienthal

Une interview de M Pouyanné que je trouve plutôt réaliste : les gens veulent toujours plus d'énergie et les énergies décarbonées augmentant trop peu. Donc les énergies carbonées continuent d'augmenter.

"Si on arrête de faire des nouveaux champs pétroliers et gaziers, on a un déclin naturel de la production de 4% à 5% par an. La demande d'énergie ne décline pas de 4 à 5%. On continue à rouler avec des voitures à moteurs thermiques. Donc, si on arrête de faire notre métier, il n'y aura pas assez de production et les prix vont continuer à monter et tout le monde va être en colère. Même l'Agence internationale de l'énergie nous appelle à produire plus pour l'année prochaine.

Donc, c'est vraiment la contradiction. "

Ces affirmations sont très très embêtantes pour notre avenir, car il est de + en + hypothéqué, mais il n'y a rien d'étonnant.

Je trouve intéressant que M Pouyanné ose montrer du doigt l'éléphant dans la pièce, cela permettra peut être de mieux faire réfléchir les gens sur la nécessité de la sobriété


Donc pour moi c'est positif. (Jean Marc Jancovici)

https://www.francetvinfo.fr/…/document-franceinfo-cop-27-no…

(Par adrien Couzinier)

Pourquoi la crise du diesel  est inquiétante

 

Il n'y a pas que la France. Il y a des dizaines de pays dans le monde où les protestations ont augmenté en 2022. La BBC a cartographié toutes les manifestations depuis 2021 et a révélé que de janvier à septembre de cette année, des mobilisations contre les prix élevés de l'essence ont eu lieu dans plus de 90 pays. À l'exception de l'Antarctique, pour des raisons évidentes, aucun continent n'a été épargné par les protestations contre le carburant.

Les fanatiques vont maintenant sortir des deux côtés du conflit : les uns pour tout reprocher à Poutine d'avoir envahi l'Ukraine, les autres pour tout reprocher à l'Europe d'avoir imposé des sanctions à la Russie. La vérité est qu'il s'agit d'une somme de facteurs par lesquels la guerre en Ukraine a accéléré une situation qui devenait déjà intenable.

La pandémie et l'enfermement ont entraîné la fermeture temporaire de nombreuses entreprises et la chute des prix du pétrole en raison de l'absence de demande. Lorsque la "normalité" a été rétablie, la demande a augmenté et les prix ont grimpé. Le dollar américain, monnaie dans laquelle le pétrole brut est payé pour produire de l'essence, a atteint ses plus hauts niveaux par rapport à d'autres monnaies, comme l'euro, le yuan ou le yen. Les gens ont donc dû payer encore plus cher le carburant en monnaie locale. Et avec tout cela, la guerre a commencé qui a conduit de nombreux pays à imposer des sanctions à la Russie et à chercher d'autres fournisseurs de pétrole brut.

Tout n'a pas l'air si bien que ça. Pour plusieurs raisons. D'abord, parce que ces autres fournisseurs sont plus chers. L'UE ne disposait d'aucune option énergétique moins chère que les combustibles fossiles russes (non seulement le gaz naturel, mais aussi le pétrole et le charbon). Cela était également connu avant le début de la guerre.

Le think tank américain RAND Corporation a produit un rapport de politique étrangère en 2019 dans lequel il affirme, mot pour mot, que "les approvisionnements alternatifs en gaz (à la Russie) sont susceptibles d'être plus coûteux". Cela réduira la capacité des Européens à accéder à d'autres biens et services et créera un frein à l'économie".

La raison ? le diesel. Antonio Turiel en a parlé sur son compte twitter il y a quelques jours.

Chaque puits de pétrole produit du pétrole brut qui a une composition chimique unique. Le brut peut être collant, mou, voire dur. Il peut également varier en couleur : il peut être noir ou transparent. Pourquoi est-ce important ? Eh bien, parce que personne ne verse le pétrole brut directement du puits dans le réservoir de sa voiture - il doit d'abord être raffiné.

Chaque raffinerie est spécialisée dans le traitement de certains types de pétrole brut ayant certaines propriétés. Si vous n'avez pas un type particulier de pétrole brut provenant d'un champ particulier, rien ne sort. Si vous traitez dans une raffinerie un pétrole brut dont la composition est différente de celle que votre raffinerie traitait, au mieux vous perdrez une partie du produit.

En Europe, il y a une forte demande de diesel, et la Russie fournissait à l'Europe des hydrocarbures très spécifiques, qui sont très importants pour la production de diesel. Le fait que l'Europe ne puisse plus compter sur le pétrole brut de l'Oural est donc un problème structurel pour l'industrie locale.

Ce n'est pas que vous perdez une partie du produit que vous pouvez le remplacer par un autre produit, c'est que vous perdez un produit spécifique pour lequel votre système était configuré. Et c'est alarmant, car le diesel est le moteur de l'économie : il est important pour les camions, les camionnettes, les bateaux, les trains, les excavateurs. Une pénurie de diesel entraînera une hausse des prix pour absolument tout : pas seulement pour les transports. Votre téléphone portable, votre capacité à vous rendre au travail, la couche de votre enfant. Tout.

Selon Antonio Turiel, quelle que soit la fin de la crise actuelle en France, quel que soit le calme des protestations, les problèmes dans les raffineries continueront. Les pénuries de carburant continueront, il n'y aura aucune possibilité de maintenir le tissu industriel au même niveau, ce qui conduira à un déclin et à une désindustrialisation inévitables.

Savez vous le pire ? Le veto européen sur le diesel russe n'est pas encore entré en vigueur. Il devait entrer en vigueur maintenant, mais ils ont décidé de reporter le moment à février. La simple attente de ce moment provoque cette augmentation de prix.

Et la crise du diesel n'est pas propre à l'Europe. Javier Blas rapporte dans Bloomberg que les stocks de diesel aux Etats-Unis (où l'embargo sur les hydrocarbures russes est déjà entré en vigueur) sont à leur plus bas niveau depuis 1951 et tout ceci, indépendamment de la décision prise par Biden (qui pourrait bien être de laisser le marché tranquille ou d'y intervenir), aura des conséquences dans le monde entier, notamment en Europe et en Amérique latine.

Selon les rapports de Bloomberg, la Chine vient d'interrompre ses ventes de gaz naturel liquéfié à l'Europe pour assurer sa propre sécurité énergétique cet hiver. La politique du zéro COVID a permis de réduire la demande intérieure et il leur restait beaucoup de gaz russe qu'ils pouvaient revendre à l'Europe. Et nous le savons : si vous achetez du gaz russe en Russie, vous violez les sanctions, si vous l'achetez en Chine ou en Inde, c'est OK. Le fait est que cette bouée de sauvetage que l'on lançait autrefois à l'Europe (en lui vendant quelque 4 millions de tonnes de GNL en août) est en train de lui être retirée.

La décroissance, la désindustrialisation et la baisse des revenus semblent donc inévitables. Il y aura d'autres protestations...

"Ce que nous consommons en pétrole par an est équivalent à un million d'années d'activité photosynthétique".

 

Antonio Turiel

Grèves dans les raffineries françaises, guerre en Ukraine, resserrement de la production par l'OPEP... Ces phénomènes conjoncturels n'arrangent pas nos affaires mais ne changent pas grand-chose, à terme, à la diminution structurelle de l'approvisionnement pétrolier de l'Europe.

Il conviendrait de cesser de raconter que "le pétrole a encore de beaux jours devant lui, cela fait 40 ans qu'on nous dit qu'il en reste pour 40 ans".

D'abord, cela ne veut rien dire.

Ensuite, cela entraine de l'incompréhension de la part des populations, qui pour la plupart semblent ignorer que la France et l'Europe sont factuellement déjà en train de sortir du pétrole, que la tendance est physiquement irréversible, et qu'elle pourrait même s'accélérer.

Ainsi les acteurs sont globalement impréparés, ne comprennent pas ce qui leur arrive, et s'agacent.

Il n'y a en effet guère de tendance permettant d'imaginer que notre consommation de pétrole en 2050 ne serait pas significativement plus basse qu'aujourd'hui.

1) Nos approvisionnements sont entièrement dépendants de l'extérieur, et risquent d'être de plus en plus fragiles, pour raison géopolitique et économique (les pays exportateurs gardant ainsi leur pétrole pour eux).

2) Le pic de production mondiale de pétrole brut conventionnel fut franchi en 2006, et le déclin de cette production va vraisemblablement s'accélérer.

3) Le pic de production tous pétroles est potentiellement en train d'être franchi.

4) Il y a une demande politique et citoyenne suffisamment forte maintenant pour s'occuper du climat, et pour réduire la place de la voiture en ville.

5) La consommation des camions stagne, et la hausse du prix du diesel pourrait inciter à réduire les consommations.

6) L'Europe et la France sont déjà en train de consommer de moins en moins de pétrole depuis une quinzaine d'années (vous pouvez retrouver les chiffres sur le site de l'AIE).

7) Sujet peu abordé et pourtant clé : manifestement les investisseurs ne voient pas le marché français et européen du raffinage comme étant porteur. La France comptait 12 raffineries en 2009, elle n'en compte plus que 8 aujourd'hui. Elle produisait 104 millions de tonnes de produits pétroliers en 2009, plus que 59 aujourd'hui.

Il est de plus en plus coûteux économiquement et énergétiquement de raffiner le pétrole loin des sites d'extraction de brut. Ainsi les raffineries sont construites de plus en plus proches des puits de pétrole... Donc de plus en plus loin de nous. 🤷🏼‍♂️

Par ailleurs, les proportions entre différents types de produits finis sont contraintes. Article intéressant de Ouest France sur le sujet.

"Les raffineurs européens n’investiront pas pour produire davantage de gazole",​ explique Alain Mathuren, directeur de la communication de Fuels Europe, l’association des raffineurs du Vieux continent. "Une raffinerie qui produit plus de gazole produit toujours, mécaniquement, plus d’essence, dont le marché est saturé."

Lien vers l'article :
https://media.ouest-france.fr/…/ee40db1ca4616ebcab6ae46edd0…

(publié et commenté par Cyrus Farhangi)

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/pfbid021AXV4UWut1mjcVkqZye1MG2svYsyx499oQ2BK5pAyyuJY2snGA4FYdmnB1KQ48jFl

Pénurie de diesel : l’Europe approche d’un hiver incertain

Les analystes prédisent que l’Europe du Nord-Ouest sera confrontée cet hiver à une pénurie de gasoil, notamment en raison de contraintes d’approvisionnement.

Habituellement, c’est la période de l’année où les agents des différents pays collectent des sources d’énergie pour passer l’hiver. Les citernes sont remplies pour les mois les plus froids de l’année. Mais cet hiver, avec le gaz et surtout avec le gazole, il y a des menaces de contraintes d’approvisionnement.

Actuellement, le carburant pour la livraison dans les mois d’hiver est cité avec une remise sur le contrat à terme de diesel du mois d’août. Ce mode, connu sous le nom de backwardation, qui indique généralement qu’il pourrait y avoir un certain déficit de gazole sur le marché à court terme, décourage de mettre du carburant dans les réservoirs de stockage.

Dans ce contexte, l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse et la Hongrie vont libérer leurs réserves de pétrole au cours des prochains mois pour faire face à la pénurie. Cela est dû au fait que les réserves de diesel dans la région (pour le transport routier, le chauffage et d’autres carburants dérivés) arriveront en novembre au niveau le plus bas depuis 2011, selon l’étude du consultant Wood Mackenzie récemment présenté et repris par le Financial Post.


Pourquoi y a-t-il une pénurie de diesel ?

Au-delà de ces facteurs et surtout en raison des conséquences de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, il n’y a pas de perspective de solution immédiate. L’Europe reçoit régulièrement des chargements de l’étranger. Cette pénurie naturelle pourrait devenir un problème au début de l’année prochaine, avec l’entrée en vigueur d’une interdiction européenne des importations maritimes en provenance de Russie, qui est actuellement le plus grand fournisseur extérieur du continent.

Ce n’est qu’une partie d’une crise énergétique plus large, qui a fait exploser les prix du gaz naturel, de l’électricité et alimenté l’inflation.

Il y a une question qui plane sur le sujet depuis un certain temps : les réserves de diesel sont-elles en train de s’épuiser ? Une éminence en la matière, Antonio Turiel, diplômé en Physique et Mathématiques et docteur en Physique Théorique de l’Université Autonome de Madrid et qui travaille actuellement au CSIC (Centre Supérieur de Recherches Scientifiques), est convaincu que oui.


Les réserves limitées de diesel

Le Dr Turiel, qui a fait face à une crise mondiale de l’énergie pendant des années, reconnaît que le monde est confronté à une pénurie imminente de diesel, car les stocks mondiaux de diesel sont à des niveaux historiquement bas. En outre, il indique que les compagnies pétrolières ont constatées qu'elles perdent de l'argent avec cette activité.

Entre 2011 et 2014, les 127 plus grandes compagnies pétrolières et gazières ont perdu quelque 110 milliards d’euros par an. Depuis, ils ont réduit leur investissement de 60 à 90%, cessant d’extraire depuis 2014 et atteignant le pic de production en 2018. Actuellement, les grandes puissances (États-Unis et Chine) accaparent la production, ce qui rend l’avenir de l’Europe très incertain.

 

 

«Le rationnement de l’électricité sera suivi par celui du diesel et des denrées alimentaires»

Le monde vit une crise énergétique depuis des années, conséquence de l’épuisement progressif et inexorable du pétrole, qui a atteint son maximum de production en 2018 et est en déclin. Les nouveaux gisements ne fournissent qu’un septième de ce qui est consommé chaque année. Pour cette raison et pour d’autres, il y a par exemple un problème mondial avec le diesel, dont nous ne sommes pas encore conscients. Mais ce sera la prochaine chose à être rationné, comme c’est déjà le cas dans une cinquantaine de pays comme le Mexique, le Venezuela, l’Argentine ou le Nigeria, qui subissent déjà des restrictions de diesel ou de kérosène. Le problème est déjà arrivé en Europe, où l’Autriche tire déjà sur ses réserves.

 

Après l’électricité et le diesel, le troisième rationnement sera celui de certains aliments.

(extraits de citations d'Antonio Turiel, cf lien ci dessous)

https://www.diariovasco.com/gipuzkoa/racionamiento-electricidad-seguiran-diesel-alimentos-20220814200004-nt.html

Carburant : Bercy trouve un compromis avec LR sur une ristourne de 30 centimes à la rentrée


Commentaire de Jean-Marc Jancovici sur Linkedin :


"Pour faire face à la hausse du prix des carburants, ce sera donc la mesure qui avantage le plus les plus aisés (voir https://lnkd.in/ezw96qjH ) qui a été retenue pour faire l'objet d'un compromis avec Les Républicains (pourquoi avec eux du reste ?).

C'est la dernière étape en date d'une très longue série de mesures que les pouvoirs publics ont prises en pratique pour favoriser la voiture individuelle, quand bien même ils professaient l'inverse dans les discours :

- la "vignette", qui était un impôt basé sur la détention d'une voiture, et qui augmentait avec la puissance - donc la consommation - du véhicule, a été supprimée en 2000. C'est le président de la COP 15 - Fabius, premier ministre à l'époque - qui s'en est chargé, alors que c'était l'impôt le plus écolo qui soit : https://lnkd.in/eatmGwGP

- le malus à l'achat - très modeste substitut de cette vignette - n'a jamais été vraiment dissuasif pour l'essentiel des véhicules, qui étaient pourtant déjà trop consommateurs de carburant au regard de ce que l'avenir nous réservait

- les consommations normalisées des véhicules ont toujours été très inférieures à la consommation en conditions normales, leurrant ainsi le consommateur et le poussant indirectement à acheter des véhicules plus gourmands

- le remboursement des indemnités kilométriques par le fisc augmente avec la taille de la voiture, ce qui conduit en pratique à ce que l'Etat subventionne plus les propriétaires de gros véhicules

- les véhicules de fonction ont permis à pas mal de cadres d'avoir une voiture (généralement cossue) pour moins cher que s'ils l'achetaient eux-mêmes

- sans parler bien sur de la reculade sur la taxe carbone, alors même que la hausse liée à cette dernière était bien inférieure à ce que nous payons désormais à l'ami Poutine...

Une fois de plus cette réaction dans l'urgence ne participe d'aucun plan réfléchi à l'avance (alors que la baisse de la disponibilité des carburants est un sujet de mieux en mieux documenté). On met une rustine en espérant que cela sera suffisant... mais sans inscrire la mesure prise dans un plan de long terme.

Répétons le : d'ici à 2050 la production mondiale de pétrole devrait être en gros divisée par 2 (https://lnkd.in/dwPcgve ). L'Union européenne importe tout son or noir. Climat ou pas, la disponibilité en carburants en France devrait donc être divisée par 2 à 10 à cet horizon de temps. Ça se gèrera essentiellement avec des ristournes à la pompe ?"
https://www.lesechos.fr/…/carburant-bercy-trouve-un-comprom…
(posté par Joëlle Leconte)

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/604226591060894

Production de pétrole des USA


Commentaire de Jean-Marc Jancovici sur Linkedin : "


Drill baby drill : pendant que l'Europe - et d'autres régions du monde, y compris les USA : https://lnkd.in/e8BsPyvk - voit un peu partout les conséquences d'un climat trop chaud et trop sec (et ça ne va malheureusement pas s'arranger à l'avenir : https://lnkd.in/exrFJP86 ), l'industrie pétrolière américaine continue d'augmenter doucement le nombre de plates-formes de forage horizontal en activité, et à la suite la production de pétrole et de gaz de roche mère... dont incidemment une partie est lorgnée par les européens à cause de la baisse des livraisons russes.

Coluche disait "Quand on pense qu'il suffirait de ne pas les acheter pour que ça ne se vende plus" (https://lnkd.in/ewKyDg2g ). De fait, il suffirait de ne plus consommer de pétrole pour qu'il ne soit plus nécessaire d'en extraire du sous-sol. Mais dans le même temps où les arbres (et d'autres espèces) meurent, les rivières s'assèchent, les cultures souffrent, et l'ozone envahit les villes (en attendant les bâtiments fissurés et l'instabilité politique), nous avons en place un "boucler tarifaire" pour nous permettre de continuer à acheter des carburants pour un peu moins cher.

Et nul discours faisant le lien entre tout cela dans la bouche de nos nouveaux ministres. Le covid avait justifié la multiplication des discours sur les "gestes barrière". Où est le discours sur les "gestes barrière" pour ne pas souffrir de la tenaille énergético-climatique ? Si nous ne le faisons pas lors des crises, quand le ferons nous ?'


(posté par Joëlle Leconte)

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/pfbid069ZY89BBMGzkJHhhmTdeHVPjeSLed1taH5FLFUuF1poATQFpwZjSYMajqmJScT2ul

Pourquoi même l’Arabie saoudite, premier producteur mondial, achète massivement du pétrole russe

Le royaume saoudien a beau produire beaucoup de pétrole, il en consomme lui même de fameuses quantités. Plutot que d'entamer son propre stock, qu'il préfère vendre, il profite donc de l'offre au rabais. Et en brûle d'immenses quantités pour lutter contre la canicule.

https://fr.businessam.be/pourquoi-arabie-saoudite-achete-petrole-russe/

Selon l'agence pétrolière Rystad Energy : "La perte des exportations russes de raffinage a provoqué un trou de plus d'un million de barils de pétrole par jour (b/j) de diesel. Elle ne sera pas facilement comblée par le reste du monde. Les prix élevés du diesel entraîneront une hyperinflation à l'échelle mondiale et laisseront entrevoir une possible contraction du PIB. La destruction de la demande peut conduire à une récession et rétablir l'équilibre, mais ce sera une expérience douloureuse pour les consommateurs."

https://2000watts.org/index.php/energies-fossiles/peak-oil/1281-energies-economie-petrole-et-peak-oil-revue-mondiale-juin-2022.html

"L’UE propose un embargo sur le pétrole russe".

Embargo ou pas embargo, il faut organiser l'après-pétrole. La France a diminué sa consommation de pétrole de près de 20% depuis 2005, et nous avions depuis longtemps plein de bonnes raisons d'aller plus vite : climat, pollution de l'air, épuisement tôt ou tard de la ressource, risque géopolitique, souveraineté... Ces raisons ne font chaque année que se confirmer, et depuis la guerre en Ukraine nous en avons encore davantage.

Nous avons réduit notre consommation de pétrole entre autres en diminuant la consommation de fioul de chauffage et de mazout des bateaux, en développant des voitures plus efficientes, et en stabilisant le nombre de kilomètres parcourus en voiture et en camion.

Nous sommes collectivement capables d'aller plus loin et plus vite par de l'innovation technologique, de la volonté politique, de la réorganisation sociale et des transformations culturelles. De toute façon il n'y a pas le choix.

Les solutions sont connues, logiques, et applicables, par exemple :
* limiter le poids des voitures, électrifier tout ce qui peut l'être (dans les limites de la raison, et notamment des ressources métalliques disponibles pour la fabrication de batteries), accélérer les investissements dans la R&D et dans l'industrialisation de véhicules légers et low-tech, qui émergent comme nous l'avons récemment vu avec le modèle La Gazelle


* accroitre les investissements dans les réseaux de transports en commun (ex. le plan de la SNCF de doubler le trafic ferroviaire d'ici 2040), et les incitations à la mobilité douce


* accélérer la transition agro-écologique et la préparation de l'agriculture à l'après-pétrole (moins de travail du sol = moins de carburants, plus de fertilité naturelle du sol = moins d'intrants pétrochimiques... et soit dit en passant plus de porosité du sol = plus de résilience climatique)


* développer les circuits courts pour l'alimentation et autres marchandises, implémenter des prélèvements kilométriques sur les camions


* implémenter des quotas sur la consommation de kérosène des avions (si les carburants alternatifs prennent le relai, tant mieux, s'il faut réduire le trafic pour tenir les quotas, tant pis)


* réduire nos consommations de plastique par des normes et des interdictions (comme il en existe déjà sur le plastique à usage unique), et développer les alternatives à la pétrochimie


* accélérer la rénovation des bâtiments et finir de remplacer les chaudières à fioul


* globalement consommer moins de trucs et de machins intensifs en énergie ou en pétrochimie, et développer les secteurs d'activité relativement peu intensifs en énergie ou en pétrochimie : dans la transition il y aura des perdants mais aussi des gagnants

(publié et commenté par Cyrus Farhangi)

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/549903746493179

Le Royaume-Uni en mode “Mad Max”

Face à la flambée des prix du pétrole, corollaire de la guerre en Ukraine, les Britanniques tentent par tous les moyens de faire baisser la note. Quitte à partir sans payer à la pompe ou à mettre de l’huile de cuisson dans leur réservoir. Les habitudes de déplacement s’en trouvent également affectées.

Jenni Hannant vit dans le Norfolk [dans l’est de l’Angleterre]. Lorsque sa chaudière est tombée en panne, elle a utilisé son truc habituel pour la faire redémarrer : taper sur la pompe, appuyer sur le bouton rouge et attendre qu’elle se remette en marche. Comme rien ne se passait, elle a appelé un plombier pour lui demander ce qu’elle devait faire. Il lui a conseillé de vérifier le niveau de fioul dans la cuve.

Dehors, le cadenas du local était cassé et tout ce qui restait des 500 litres qu’elle avait fait livrer quinze jours plus tôt était une couche de boue sur le fond. “C’est la première fois qu’on me prend du fioul, dit-elle. Les voleurs agissent sans doute sur demande.” Beaucoup de ses voisins se sont également retrouvés avec des cuves vides. Hannant a dû débourser 600 livres [720 euros] pour refaire le plein. Elle voudrait installer une caméra de surveillance pour prévenir tout nouveau pillage, mais comme elle vit seule et que tout ne cesse d’augmenter (le carburant, la nourriture et tout le reste), elle ne peut pas se le permettre.

Vider le réservoir d’un camion en quelques minutes


Le Royaume-Uni est confronté à sa plus grande crise pétrolière depuis des années : elle touche des millions de personnes qui ont besoin de chauffer leur maison, remplir le réservoir de leur voiture et faire la cuisine. La guerre en Ukraine a fait grimper le prix de l’essence et du diesel à plus de [1,90 euro] et [2,05 euros] le litre, et cette volatilité semble devoir durer. Les films Mad Max – dans lesquels Mel Gibson et, plus récemment, Tom Hardy incarnent des guerriers de la route dans un pays postapocalyptique dans lequel les ressources énergétiques ont disparu – ont été inspirés par le choc pétrolier des années 1970 : en 2022, on dirait moins la fiction que la réalité.

La délinquance a augmenté en même temps que les prix : le British Oil Security Syndicate [une organisation ayant pour objectif d’améliorer la sécurité et la surveillance dans les stations-service] a signalé dans un rapport que les cas de “PSP”, c’est-à-dire “parti sans payer”, ont augmenté de plus de 200 % par rapport à la même époque l’année dernière. Les voleurs agissent en bande organisée et, motivés par les sommes élevées qu’ils obtiennent sur le marché noir, ils deviennent de plus en plus ingénieux. Avec une pompe spéciale, ils peuvent vider le réservoir d’un camion en quelques minutes, et ils utilisent des fausses plaques d’immatriculation et des brouilleurs de GPS pour ne pas se faire repérer. À Newcastle-upon-Tyne [dans le nord-est de l’Angleterre], des malfaiteurs ont siphonné pour 25 000 livres [30 000 euros] de carburant dans un dépôt de poids lourds en reliant un tuyau à un camion qui était garé 800 mètres plus loin. Dans le Tyne and Wear, un voleur a rempli de sans-plomb une benne à ordures sur roues, puis il est parti en la poussant.

L’huile de cuisson convoitée


Il n’y a pas que l’essence. Le “carburant à l’huile de friture”, qui permet de remplir les réservoirs avec de l’huile de cuisson usagée au lieu de sans-plomb, est devenu une mine d’or pour les malfrats. Ce sont 20 % des huiles de cuisson produites au Royaume-Uni qui ont été subtilisées dans des pubs, des restaurants, des points de vente de plats à emporter et des hôtels de tout le pays. Et ces vols font grimper les prix en flèche. Les autorités essaient différentes stratégies pour arrêter les pilleurs de carburant : la police du Nottinghamshire, dans le centre de l’Angleterre, a utilisé des drones et un camion leurre pour attraper deux adolescents qui tentaient de siphonner un réservoir plein d’essence. Les camionneurs peuvent également utiliser une nouvelle application, SafePark, pour signaler les vols ou tentatives de vol de carburant. Mais la hausse des prix ne montrant aucun signe de ralentissement, il y a fort à parier que le taux de criminalité suivra la même tendance.

Luke Bosket, de [la compagnie d’assurances automobiles] AA, explique que si les prix de gros se sont stabilisés depuis le pic atteint il y a quelques semaines, les consommateurs n’en voient pas les répercussions : “Avant la pandémie [de Covid-19], lorsque deux supermarchés étaient très compétitifs sur le prix du carburant, les autres leur emboîtaient le pas. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.”

Grève chez les livreurs


Face à la flambée des coûts à la pompe, beaucoup de Britanniques ont dû changer leurs habitudes. Un automobiliste sur cinq limite aujourd’hui ses déplacements en voiture, notamment en alternant les jours de travail à domicile et au bureau. C’est ce que fait désormais Richard Palin, professeur à l’université d’Oxford. Vivre à 30 kilomètres d’Oxford était censé être le meilleur choix économique pour sa jeune famille, mais la hausse de l’essence s’est ajoutée à “toutes les autres, celle de l’énergie et l’inflation en général”. “Je ne peux plus me permettre de prendre la voiture”, déclare-t-il. Il dépense environ 120 livres (144 euros) de plus par mois en carburant et son panier de courses est “de plus en plus petit” chaque semaine.

Beaucoup confient également ne plus pouvoir conduire leurs enfants à leurs activités. Les services de livraison à domicile sont également touchés. Vendredi [18 mars], les livreurs de JustEat se sont mis en grève à Worcester parce que leur salaire est devenu inférieur à leurs frais.

Des conséquences politiques


Les camionneurs et les automobilistes ne sont pas les seuls à être touchés, bien sûr. Les 1,5 million de Britanniques qui possèdent une maison à la campagne et dépendent du fioul ont vu leurs dépenses tripler. Même trouver une entreprise capable d’assurer la livraison est devenu un parcours du combattant. Pour ceux qui ne bénéficient pas du luxe tout relatif du plafonnement des prix par l’Ofgem [le régulateur du secteur de l’énergie], le marché du fioul domestique est aujourd’hui soumis à des variations tellement extrêmes que beaucoup d’entreprises communiquent le montant de la facture à leurs clients le jour même de la livraison.

Hollie Hamilton vit dans le comté Denbighshire, au nord du pays de Galles. Au début du mois, elle s’est fait voler presque 500 litres de fioul. Depuis, elle s’est retrouvée “plusieurs fois quasiment en hypothermie”. Elle a enfin obtenu une livraison en vingt-quatre heures pour un prix qui a quasiment triplé : [710 euros] pour 500 litres, contre [290 euros] il y a moins de six mois.

Les crises énergétiques ont souvent laissé des traces dans l’histoire politique du Royaume-Uni. La conjonction de la vague de froid de l’hiver 1946-1947 et de problèmes d’approvisionnement en charbon a fait prendre au ministre de l’Énergie de l’époque, Emanuel Shinwell, des mesures qui lui ont valu des menaces de mort. La crise du canal de Suez, en 1956, a entraîné un rationnement temporaire de l’essence. En 1973, les pays arabes de l’Opep ont refusé de vendre du pétrole aux pays qui avaient soutenu Israël pendant la guerre du Kippour, provoquant une hausse des prix de plus de 300 % : il y a eu des queues et parfois même des bagarres devant les pompes, et un rationnement a été envisagé. En Grande-Bretagne, les problèmes ont été exacerbés par la grève des mineurs de charbon, et cette combinaison de facteurs a contribué à la défaite d’Edward Heath [conservateur] face à Harold Wilson [travailliste] lors des élections législatives de 1974.

Une modeste réduction de la taxe sur les carburants


La situation actuelle ressemble peut-être davantage au choc pétrolier de 1979, lorsque la révolution iranienne, puis la guerre entre l’Iran et l’Irak, ont influé sur les cours mondiaux jusqu’au milieu des années 1980. Les conséquences de l’invasion de l’Ukraine par la Russie sur la politique énergétique pourraient être encore plus grandes. Pendant que les réfugiés ukrainiens affluent à la frontière est de la Pologne, les Allemands traversent la frontière ouest du même pays pour faire le plein à moins cher. Des manifestations contre la hausse des prix ont eu lieu en Espagne, en France et en Allemagne, et rien ne laisse présager un ralentissement.

Beaucoup d’automobilistes espèrent que Rishi Sunak annoncera une baisse de la taxe sur les carburants de 5 pence par litre dans le traditionnel discours budgétaire du printemps [un vœu exaucé par le ministre des Finances, le 23 mars]. Pour Bosket, de l’AA, cette baisse [est] “extrêmement bienvenue”, mais elle ne représente qu’une économie de [3,90 euros] pour un réservoir de 55 litres.

Les stations-service “ont conscience de la pression que les prix élevés exercent sur le budget des ménages”, affirme Gordon Balmer, directeur exécutif de la Petrol Retailers Association [Fédération des distributeurs de pétrole]. “Mais elles ne peuvent pas travailler pour rien, ajoute-t-il. Le pétrole est une marchandise qui s’échange sur le marché mondial et nous sommes soumis à la loi de l’offre et la demande. Cela se répercute inévitablement sur le prix payé à la pompe.”

Si ce n’est pas la première crise énergétique à laquelle le Royaume-Uni est confronté, cette fois l’envolée des prix est en partie auto-imposée. L’Occident a décidé de ne plus acheter de pétrole à la Russie pour faire pression sur Vladimir Poutine à la suite de son invasion de l’Ukraine. Mais le désespoir devant les tarifs à la pompe et la flambée des vols de carburant sont un rappel brutal du fait que lorsque le prix du pétrole augmente, tous les autres suivent.

(publié par Cyrus Farhangi)

https://www.courrierinternational.com/article/inflation-le-royaume-uni-en-mode-mad-max

Le risque de rationnement du diesel en Europe se précise. L'article de 2000Watts.org partagé hier n'était "que" un blog avec un biais "peakiste", mais l'article était en langue française (peu de Français osent appeler un chat un chat en ce moment) et nous vérifions préalablement la solidité des informations que nous partageons ici, en recroisant avec d'autres sources.

Voici par exemple un article de Oilprice traduit de l'anglais par DeepL, rapportant des témoignages de négociateurs de produits pétroliers.

***
L'Europe risque d'être exposée à un déficit "systémique" d'approvisionnement en diesel qui pourrait s'aggraver et même conduire à un rationnement du carburant, ont déclaré mardi les dirigeants des plus grands négociants indépendants de pétrole au monde.

Suite aux sanctions contre la Russie pour son invasion de l'Ukraine, ainsi qu'à l'"auto-sanction" des acheteurs, les marchés mondiaux pourraient perdre environ 3 millions de barils par jour (bpj) de brut et de produits russes, l'approvisionnement en diesel européen étant une préoccupation majeure, ont déclaré les dirigeants lors du FT Commodities Global Summit aujourd'hui.

Selon Russell Hardy, directeur général de Vitol, le plus grand négociant indépendant du monde, "la chose qui préoccupe tout le monde sera l'approvisionnement en diesel".

En particulier pour l'Europe, le continent importe environ la moitié de son approvisionnement en diesel de Russie et l'autre moitié du Moyen-Orient, a déclaré Hardy lors du sommet du FT.

"Cette pénurie systémique de diesel est là", a-t-il ajouté.

"C'est un problème mondial, mais pour l'Europe, c'est très difficile parce que l'Europe est tellement à court" de diesel, a déclaré Torbjorn Tornqvist, PDG de Gunvor, lors du sommet mondial des matières premières du Financial Times, comme le rapporte Bloomberg.

La pénurie de diesel en Europe s'aggrave car les raffineurs de pétrole russes ont commencé à réduire le débit de leurs raffineries, a ajouté M. Tornqvist.

Les stocks mondiaux de diesel étaient déjà faibles avant même l'invasion de l'Ukraine par la Russie, mais la pénurie est désormais exacerbée par la baisse de l'offre mondiale de diesel en provenance de Russie.

Sur les marchés mondiaux de l'énergie, très volatils depuis le début de la guerre russe en Ukraine, même les plus gros négociants sont exposés à des appels de marge croissants. Grâce aux contrats à terme sur les matières premières, les maisons de commerce se couvrent contre les risques. Sans les produits dérivés des matières premières, de nombreux négociants ne seraient pas en mesure de déplacer des volumes physiques de pétrole.

La Fédération européenne des négociants en énergie (EFET), qui compte parmi ses membres Trafigura, Vitol, Shell et BP, entre autres, a demandé instamment aux banques centrales européennes "un soutien d'urgence limité dans le temps en matière de liquidités afin de garantir que les marchés de gros du gaz et de l'électricité continuent de fonctionner", a rapporté le Financial Times la semaine dernière, citant une lettre envoyée par la fédération au début du mois.
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(publié par Cyrus Farhangi)

https://oilprice.com/…/Europe-Faces-Systemic-Diesel-Supply-…

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/pfbid02VECAwUb6FwqANzFUc1btwcdj6wDHMnhVpgChAJDXQrtXQ8KPVtciJp3hkTBjMa5sl

 

L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a mis en garde vendredi sur l'incapacité "chronique" de l'Opep à produire autant qu'elle le promet, tout en relevant ses prévisions pour la demande en or noir cette année. Le cours du pétrole risque encore de progresser.

Les cours du brut pourraient encore augmenter cette année. L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a mis en garde vendredi 11 février sur l'incapacité "chronique" de l'Opep à produire autant qu'elle le promet, tandis qu'elle a relevé ses prévisions pour la demande pétrolière en 2022 sous l'effet d'une révision statistique. L'Organisation des pays exportateurs de pétrole avait limité sa production pour soutenir les cours dans le cadre de son accord avec ses alliés de l'Opep+, mais remet désormais des barils supplémentaires sur le marché.

Les vingt-trois membres de l'Opep+ avaient encore décidé début février de garder le rythme modeste d'augmentation de leur production, en dépit de l'envolée des cours de l'or noir et des tensions géopolitiques qui font planer une menace sur l'approvisionnement. Mais l'AIE souligne l'incapacité "chronique" du cartel et ses partenaires à tenir leurs objectifs, ce qui, couplé aux tensions géopolitiques, a alimenté la flambée des cours.

Au mois de janvier, le prix du baril de West Texas Intermediate (WTI) comme le Brent ont grimpé de plus de 16%, les deux références du brut atteignant des sommets inédits depuis plus de sept ans.

Les tensions sur l'offre risquent d'augmenter et le cours du brut aussi

"Si l'écart persistant entre la production de l'Opep+ et ses objectifs perdure, les tensions sur l'offre augmenteront, rendant ainsi plus probable une situation de volatilité et de pression à la hausse sur les prix", met en garde l'agence. "Mais ces risques, qui ont d'importantes implications économiques, pourraient être réduits si les producteurs du Moyen-Orient disposant de capacités supplémentaires compensaient pour ceux qui n'en ont plus", conclut-elle.

Aucun pays n'est cité mais l'appel du pied semble viser l'Arabie saoudite, chef de file de fait du cartel, qui compense souvent en partie les défaillances de ses autres partenaires avec sa production. Ou dans une moindre mesure les Emirats Arabes Unis.

Entre décembre et janvier, les pays membres de l'Opep n'avaient augmenté leur production que de 64.000 barils par jours, pour atteindre 27,981 millions de barils par jour (mb/j), selon des sources indirectes citées dans le rapport du cartel publié jeudi.

D'après l'AIE, la demande mondiale doit augmenter de 3,2 millions de barils par jour (mb/j) cette année pour atteindre 100,6 mb/j, avec l'assouplissement des restrictions pour contenir la pandémie de Covid-19.

C'est nettement plus que ce que prévoyait l'AIE jusqu'à présent pour cette année (99,7 mb/j), mais ce changement s'explique par une révision de données historiques concernant l'Arabie saoudite et la Chine, le taux de croissance attendu étant quasiment inchangé.

 

 

https://www.capital.fr/entreprises-marches/petrole-alerte-sur-lincapacite-chronique-de-lopep-a-augmenter-sa-production-1428226

La Plasma Pulse Technology, est une nouvelle méthode de fracturation pour le pétrole et gaz de schiste. Elle se réalise avec de l'électricité et ne nécessite pas ni d'eau, ni de produits chimiques. En plus, elle est financièrement plus abordable. Un renouveau du schiste pour faire reculer une nouvelle fois le peak oil ? Cette méthodologie a été mise au point à St-Petersbourg et pourrait aider la Russie à remplacer ses vieux gisements.

Le niveau d’exploration du pétrole Russe est à son plus bas niveau depuis 5 ans selon le ministre de l’Energie. Il manque clairement des investisseurs. Est-ce que les énormes gisements de schistes russes pourront faire venir les investisseurs étrangers?

(extrait de https://2000watts.org/index.php/energies-fossiles/peak-oil/1241-energies-economie-petrole-et-peak-oil-revue-mondiale-decembre-2021.html)

En Europe, des pénuries de pétrole se profilent à brève échéance

C'est ce que concluent trois experts du pétrole, pour qui « il est primordial de mettre en place rapidement, à l'échelle appropriée, une planification raisonnée de la transition énergétique, visant à ce que le rythme des effets des mesures prises pour réduire la consommation de pétrole soit supérieur à celui du déclin prévisible des approvisionnements. »

Car « la production pétrolière totale des seize principaux fournisseurs de l'Europe risque de se contracter significativement d'ici à 2030. Parmi ces pays figurent presque tous les grands exportateurs de brut hormis le Brésil, le Canada, le Venezuela et les Emirats arabes unis, dont les exportations sont absorbées par la demande américaine et asiatique. Conséquence du déclin des découvertes et des réserves de pétrole conventionnel, une telle contraction paraît inéluctable au-delà de 2030.

Le problème du « pic pétrolier » n'a pas été dissipé, mais seulement retardé par le boom du pétrole de schiste aux Etats-Unis.

Face à cette tendance inexorable, les pays membres de l'Union européenne, qui importent autant de pétrole que la Chine, sont vulnérables. »

👉Pour lire l'article en entier : https://www.lesechos.fr/…/opinion-en-europe-des-penuries-de…?
👉Pour reçevoir des nouvelles du Shift Project, le think tank a l'origine de l'étude en question : https://goo.gl/forms/VlTTcwzwL41b73f33

(par Jean-Noël Geist)

 

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/365721228244766

"Il reste des quantités astronomiques de pétrole sous nos pieds, qu'on n'arrivera jamais à épuiser". Et pour cause, on n'ira jamais en chercher la majeure partie, parce qu'elle coute très cher à extraire, et surtout parce qu'elle ne représente que très peu d'intérêt énergétique : le Taux de Retour Energétique (TRE) est très bas. Difficile de soutenir notre civilisation avec ça.

Le pic de production de pétrole conventionnel (dont le TRE est élevé et nous permet de vivre comme on vit) a probablement été franchi au milieu des années 2000 (d'après l'AIE et nombreux observateurs). Et le déclin devrait s'accélérer significativement (notamment au regard des découvertes faméliques du début des années 2010 malgré des investissements conséquents dans l'exploration, puis le désinvestissement important des dernières années).

Il existe des milliers de milliards de barils de réserves non-conventionnelles :

* huiles de schistes (ou pétrole de roche mère, shale oil), principalement produits aux Etats-Unis à ce jour (environ 8-10% de la production mondiale), toujours difficilement rentables, et présentant un TRE autour de 5.

* sables bitumineux principalement produits au Canada (~3% de la production mondiale), avec un TRE stagnant autour de 4, et qui vient de prendre un coup sévère avec l'annulation du projet Keystone XL.

* schistes bitumineux, production négligeable à ce jour, avec un TRE compris entre 1 et 2, voire potentiellement en-dessous de 1 (donc on dépenserait plus d'énergie qu'on n'en récolte : ça ne sert à rien)

Les schistes bitumineux (oil shale) sont un stade de maturation du kérogène encore moins avancé que le pétrole de roche mère. On a deux options pour les exploiter :

1) attendre que la nature fasse le travail de maturation sur des dizaines de millions d'années, soumettant le kérogène à des températures et pressions croissantes par enfouissements sédimentaires, avant de migrer le liquide et le gaz, nous offrant ainsi gratuitement un trésor servant à la fois à nourrir 8 milliards de personnes et envoyer des milliardaires dans l'espace

2) si on est hyper-pressés de tout cramer en quelques décennies, soumettre le kérogène à un processus très énergivore reproduisant rapidement le travail de la nature (notamment par une pyrolyse à 500 degrés)

On pourrait rajouter à cela le Coal-To-Liquid : du pétrole synthétisé à partir de charbon par le procédé Fischer-Tropsch. Cela a pu servir à l'Allemagne nazie sevrée de pétrole pour continuer à faire voler les avions de la Luftwaffe. Cela a pu servir au régime d'apartheid d'Afrique du Sud sous sanction et privé d'importations de pétrole. Mais avec un TRE de 2-3 (voire en-dessous de 1 comme observé à l'usine de Shenhua en Chine), on ne peut là non plus guère compter là-dessus pour soutenir nos modes de vie.

Sans parler du fait que tout cela serait aberrant sur le plan climatique, et que les investisseurs et les politiques auraient de plus en plus tendance à tourner le dos à ces "opportunités".
https://westernresourceadvocates.org/…/assessment-of-energ…/

En complément, le TRE du coal to liquid à l'usine de Shenhua :

https://energyskeptic.com/…/eroi-negative-for-coal-to-liqu…/

Une petite histoire du coal to liquid en Allemagne nazie et en Afrique du Sud sous l'apartheid (coal to liquid que l'auteur de cet article voit comme une formidable opportunité pour poursuivre sur le mode jemenfoutiste) :

https://slate.com/…/the-nazi-germany-apartheid-south-africa…

(commenté et publié par C Farhangi)

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/365654748251414

"Il est trop tard pour éviter une crise pétrolière majeure"


 "Des nouvelles de notre meilleur ami le pétrole, le truc hyper-précieux qui permet à la fois de faire des vols pour nulle part, et de nous nourrir par milliards pendant que je suis confortablement installé devant mon ordi et que les machines et les produits pétrochimiques font le travail difficile de la terre à ma place.


Un autre rappel contextuel est qu'on est en train de cramer en très peu de temps un trésor que la nature a mis des dizaines de millions d'années à former (nos descendants risquent de se demander comment diable on a pu faire ça, on a intérêt à préparer une réponse solide et audible).


Et on n'a toujours pas trouvé de source d'énergie présentant des propriétés aussi avantageuses (densité, transportabilité, fonction naturelle de stock).


Le pic du pétrole conventionnel franchi en 2006 aurait pu servir de dernier avertissement sur nos niveaux de consommation délirants et sans cesse croissants (sans même parler de climat).


Mais non. Il faut donc de nouveaux avertissements (et les plus pauvres en seront hélas les premières victimes, avec des risques de nouvelles émeutes de la faim dans les pays pauvres et de révoltes des classes populaires dans les pays riches).


Bref, une fois qu'on a dit ça, voici un bon article de David Messler. Le prix du baril augmente alors que la reprise économique n'en est qu'à ses débuts, et les analystes sont de plus en plus nombreux à penser que le baril atteindra les 100$ à brève échéance, obérant ainsi la reprise. Les raisons sont bien connues pour ceux qui suivent le dossier : les investissements dans l'exploration furent très élevés au début des années 2010, pour de maigres découvertes en face. Depuis 2016, les investissements sont très faibles.


Les forages de pétrole de schiste aux Etats-Unis affichent des taux de déclin très élevés, et la baisse de l'ouverture de nouveaux puits depuis 2020 se ferait ressentir dès 2022. La hausse des prix pourrait ré-inciter à ouvrir de nouveaux puits, mais l'industrie du pétrole de schiste ne semble plus avoir la capacité d'en ouvrir autant qu'avant : des milliards de dollars d'équipements furent mis au rebut, les salariés ont changé de carrière, et trainent des pieds pour revenir dans une industrie aussi instable et fragile. Quand bien même les équipements seraient reconditionnés et les salariés réattirés, cela ne suffirait guère selon David Messler à compenser le manque d'investissement des dernières années.


Un mot également sur l'offshore profond, dont l'infrastructure arrive peu à peu à obsolescence. Les taux de déclin sont certes moindres que pour le shale oil, mais l'offshore profond fut un segment "facile" pour réduire ou repousser les investissements.


Par dessus le marché, les grands majors se font de plus en plus taper sur les doigts pour décarboner le système énergétique et s'orienter vers les énergies "vertes", dans un temps extrêmement court. Une transition dont on n'a cependant toujours aucune preuve de la faisabilité à grande échelle."


(publié par C Farhangi)

 

https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=199104042107848&id=103595031658750&__tn__=K-R

Il y a 2 ans encore, parler du peak oil pouvait conduire à être jeté dans le lac enrobé de goudron et de plumes d'oies. L'année dernière, je me souviens de m'être fait laminer par un pétrolier genevois au Télé-Journal Suisse du soir sur cette thématique. Aujourd'hui, les plus grandes agences et pétroliers se battent... pour trouver la bonne date du pic pétrolier de la demande ou de l'offre, c'est selon.

Vous pouvez ajouter Goldman Sachs dans la longue liste des entités qui prévoient le peak oil d’ici à la fin de la décennie. La pieuvre l’annonce pour 2026, voir avant. Les raisons s'appuient sur l'arrivée des véhicules électriques. La consommation pétrolière devrait être portée par la production de plastique, de l’aviation et de la pétrochimie.

BP pense que le peak oil a déjà été atteint. De son côté, Wood Mackenzie souligne que "la demande pourrait fortement diminuer avec les transitions énergétiques et cela dès 2023". L’agence estime que le prix du baril devrait atteindre 40$ en 2030 et entre 10 et 18$ en 2050.

Rystad Energy a également modifié ses prévisions de peak oil de la demande pour envisager "un pic à 101,6 millions b/j en 2026" dans son scénario médian. L’arrivée des véhicules électriques, de l’hydrogène et la diminution de la demande expliquent ce changement.

Shell aura extrait 75% de ces réserves de pétrole et de gaz d’ici à 2030. Shell annonce que sa production pétrolière a atteint un pic en 2019 et le déclin devrait se produire sur 30 ans.

USA Schiste

Les extractions pétrolières américaines atteignent 10,9 millions b/j sous les records de 13 millions b/j. de 2019.

Dans le Bassin Permien, les extractions pourraient remonter à 4,46 millions proche de son record de 4,79. La remontée est fulgurante.

Selon Rystad Energy le nombre de puits frakés est remonté comme un bouchon (+967) avec la hausse des prix du baril.

Les forages de schiste s’étendent sous le sol. De 1 km de large, ils arrivent à 4,5 km pour une meilleure production mais également avec une cannibalisation entre les gisements. Ainsi chaque forage peut dégager entre 190 et 200'000 b/j durant les deux premiers mois. Ensuite, l'épuisement est exponentiel.

Du côté des investisseurs, Quantum Energy Partners, l’un des plus grands investisseurs dans le schiste (avec la Banque Nationale Suisse) précise que les financements à disposition ont fortement diminué. Il faudra voir l’incidence si le baril monte à 80 ou 100$. Pour l'instant, les investisseurs demandent des bénéfices alors que l'industrie n'en n'a pas dégagé depuis 2010.

Dans le paquet de $2'000 milliards de subventions à l'économie US, on trouve 16 milliards afin de boucher correctement plus de 56’000 forages pétroliers et gaziers abandonnés. Ainsi au lieu de demander aux compagnies pétrolières et gazières de faire le nettoyage, les contribuables passent à la caisse. Les coûts se montent de 4'000 à $ 150'000 l’unité (contre 8 millions pour effectuer un forage), mais souvent cette opération n’est pas faite et des gaz à effet de serre s’échappent de ces puits orphelins.

Selon la Environmental Defense Fund, en 2019 les pétroliers et gaziers ont expédié 16 millions de tonnes de méthane dans l’atmosphère ce qui a infligé de plus grand dommage au climat que toutes les centrales à charbon du pays.

 

extrait de : https://2000watts.org/index.php/energies-fossiles/peak-oil/1206-energies-economie-petrole-et-peak-oil-revue-mondiale-avril-2021.html

Chute record du taux de réussite des forages pétroliers à terre en 2020

Commentaire de Jean-Marc Jancovici : «En quelques années seulement, le taux de réussite des forages d'exploration à terre (pour trouver du pétrole) est passé de 50% à 10% : 5 fois moins de réussite ! En mer, la chute est moins brutale, mais elle est régulière : ce taux de succès est passé de 40% à 25% sur les 10 dernières années.

La recherche des gisements de pétrole, c'est comme la chasse aux oeufs de Pâques : ceux que l'on trouve en premier sont les plus gros et/ou les moins bien cachés. L'exploitation est alors facile et le prix du pétrole produit est bas.

Plus le temps passe, plus les découvertes de pétrole baissent en volume (elles baissent depuis les années 1960, et sont devenues inférieures à la production depuis 1980), et plus les gisements découverts sont petits et/ou très bien cachés, donc chers à exploiter (et rapidement vidés).

Le pétrole, c'est la corne d'abondance du 20è siècle. Sans pétrole, pas de mondialisation, pas de civilisation urbaine (dépendante des transports longue distance pour tout ce qui y est acheminé), pas de plastiques, d'huiles, de détergents et de vêtements synthétiques, pas de routes (car pas de bitume !)...

Il n'y a pas que le climat qui va nous faire souffrir à l'avenir. L'autre mâchoire qui se referme doucettement, c'est la contraction pétrolière.»

(posté par J-Pierre Dieterlen)

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10160102830092281

 

L’Europe risque de manquer de pétrole d’ici à 2030

Les plus gros fournisseurs de l’UE, en particulier la Russie, l’Algérie ou l’Angola, vont voir leur production décliner dans les années à venir.
 

Le resserrement de l’offre pétrolière mondiale risque de s’accélérer en raison de la crise sanitaire, et les pays européens pourraient en payer durement les conséquences. Dans un rapport rendu public mardi 23 juin, le groupe de réflexion The Shift Project, présidé par le consultant Jean-Marc Jancovici, détaille comment les bouleversements récents du marché pétrolier pourraient mettre en difficulté l’approvisionnement en or noir de l’Union européenne dans les dix prochaines années.

Principal enseignement : plus de la moitié des pays producteurs qui fournissent le Vieux Continent vont voir leur offre se raréfier dans les années à venir. « La production de la Russie et celle de l’ensemble des pays d’ex-URSS, qui fournissent plus de 40 % du pétrole de l’UE, semblent être entrées en 2019 dans un déclin systématique. La production pétrolière de l’Afrique (plus de 10 % des approvisionnements de l’UE) paraît promise au déclin au moins jusqu’en 2030 », explique ainsi Matthieu Auzanneau, directeur du think tank et auteur d’un ouvrage de référence sur l’histoire du pétrole, Or noir. La grande histoire du pétrole (La Découverte, 2015).

The Shift Project a compilé les données de l’un des cabinets de référence dans le monde des hydrocarbures, Rystad Energy, implanté en Norvège. L’analyse détaillée de ces chiffres (non publics) permet de constater que la courbe dessinée par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dès 2018 a tendance à s’accentuer : à l’époque, l’institution établie à Paris avertissait que, sans investissements majeurs de la part des producteurs, le monde viendrait à manquer de pétrole en 2025.

Depuis trois décennies, les découvertes de pétrole conventionnel – tel qu’il est exploité en Arabie saoudite ou en Russie, par exemple – sont au plus bas. Or les champs existants connaissent une lente décrue, de l’ordre de 3 millions à 4 millions de barils par jour au niveau mondial, soit 4 % de la consommation de la planète.
Ces dernières années, la révolution des pétroles non conventionnels, comme le schiste nord-américain ou les sables bitumineux de l’Alberta (Canada), a laissé pensé à certains analystes que les nouvelles ressources pétrolières mondiales seraient assurées. De fait, les Etats-Unis sont devenus en 2018 les premiers producteurs du globe, grâce aux techniques de forage hydraulique, produisant jusqu’à 12 millions de barils par jour.

« L’hiver du pétrole facile »

La crise du Covid-19 est venue bousculer cette situation, en provoquant une dégringolade historique du prix de l’or noir. Pour faire face, les compagnies du secteur ont réduit leurs investissements de manière massive, en particulier dans le domaine de l’exploration et de la production. Avec une conséquence importante : le pétrole non conventionnel est plus cher à récupérer et son débit est en chute libre, notamment aux Etats-Unis. Les investissements qui ne sont pas effectués maintenant pourraient provoquer une contraction rapide de l’offre.

La volatilité extrême des prix constatés ces dernières années a rendu les majors du secteur plus timorées. « Notre exploration, dont les budgets ont diminué au cours des cinq dernières années, n’intervient que là où l’on peut produire du pétrole pas cher », expliquait début juin au Monde, le PDG de Total, Patrick Pouyanné. Mais ce pétrole bon marché se fait de plus en plus rare. « C’est l’hiver du pétrole facile », souligne le rapport du Shift Project.

Pourquoi l’Europe serait-elle davantage concernée par ce risque que le reste du monde ?

Parce que le Vieux Continent demeure le premier importateur net de pétrole, devant la Chine. Les 27 pays de l’UE importent plus de 13 millions de barils par jour. Or, au fur et à mesure que les principales sources d’approvisionnement se contractent, les besoins en pétrole en Afrique ou dans le Sud-Est asiatique vont croître. « Le gâteau à se partager va être plus petit, or d’autres pays, comme la Chine, déploient une véritable géostratégie du pétrole pour sécuriser leurs approvisionnements », observe Matthieu Auzanneau.

La consommation de pétrole diminue légèrement en Europe depuis 2010 grâce aux progrès de l’efficacité énergétique et aux politiques environnementales, mais cette courbe n’est pas suffisante, alerte le directeur du Shift. « Si ces politiques climatiques échouent, l’humanité risque d’être rattrapée par des contraintes de plus en plus fortes sur l’accès au brut », prévient le document, qui évoque, en creux, les difficultés majeures à venir pour certains pays étroitement dépendants des hydrocarbures, comme l’Algérie ou l’Angola. Le rapport plaide ainsi pour que l’Europe réduise de manière plus sensible son accoutumance à l’or noir. « La consommation diminue de 0,5 % par an. Ce rythme n’est pas assez rapide : il faudrait être autour de 5 % de baisse annuelle », prévient M. Auzanneau.

L’agence Rystad, de son côté, a publié mi-juin son rapport annuel et tire des conclusions assez proches. « Le pic pétrolier se rapproche, juge ainsi l’analyste en chef du cabinet, Per Magnus Nysveen, nous disions auparavant qu’il arriverait autour de 2030. Nous pensons maintenant qu’il pourrait arriver en 2027 ou 2028. » Le cabinet estime que les prix de cette ressource vont augmenter de manière continue au cours des prochaines années, ce qui pourrait aboutir à une reprise de l’exploration.

Nabil Wakim

(publié par J-Pierre Dieterlen)

2025 apocalypse


La production mondiale de pétrole s'établit à 95,62 millions de barils par jour. Pour une demande égale à début janvier 2020.

Covid19 un choc de demande.


Selon le dernier rapport sur le marché pétrolier de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), la demande mondiale de pétrole devrait diminuer au deuxième trimestre 2020 de 23,2 millions de barils par jour (Mb/j) par rapport à la même période en 2019 :

une baisse de 25 % de la demande par rapport à sa valeur il y a un an.


Toutefois, cette estimation est plutôt optimiste, car si nous examinons les données du mois d’avril, nous constatons une baisse de plus de 28 Mb/j, soit environ 30 %.


Donc en avril 2020, la demande mondiale de pétrole s'établit fort probablement à 67 millions de barils par jour.
La manière la plus simple de faire face à la crise de la demande est bien sûr de réduire la production maintenant pour l'adapter à la demande actuelle dans l'espoir de récupérer plus tard une production accrue.
Et les principaux producteurs l’ont fait, avec une baisse de 10 Mb/j et un stockage accru. Soit 11% de la production. Pour rappel, au plus fort de la crise de 2008, la production de pétrole a diminué d'environ 4 %, pour donner une idée.

Post Covid19 un choc d’offre.

 


Il y a cependant deux problèmes qui risquent de faire chuter la production de pétrole plus rapidement qu'il ne serait souhaitable dans les prochaines années, et ce de manière permanente.

Premièrement, le flux d'extraction dans de nombreux anciens puits de pétrole ne peut pas être facilement régulé.


Si le rythme d'extraction est trop ralenti, en raison de l'énorme pression à ces profondeurs, la roche réservoir d'où est extrait l'or noir tend à se compacter et à effondrer les canaux par lesquels le pétrole s'écoule.
Il est pratiquement impossible de récupérer la porosité initiale et de revenir aux taux de production antérieurs - pire encore, une partie du pétrole in situ n'est plus récupérable.


Et cela a déjà commencé.


« Baker Hughes a indiqué que le nombre de plates-formes pétrolières et gazières aux États-Unis a de nouveau diminué pour atteindre 339, le nombre total de plates-formes pétrolières et gazières s'élevant à 648 de moins que l'année dernière à la même époque, soit une baisse de plus de 65 % en une seule année. C'est le nombre le plus faible de plates-formes actives depuis que Baker Hughes a commencé à en assurer le suivi en 1940. ».


Last but not least, les puits de shale oil les plus récents dans le bassin du Permien, épicentre du boum situé au Texas, font remonter une part croissance d’hydrocarbures plus proches du gaz naturel que du pétrole. Encore un symptôme des limites géologiques d’un secteur qui produit d’ores et déjà un pétrole brut très léger, mal adapté aux raffineries américaines, et qui ne peut que partiellement servir à produire du carburant liquide.

Mais voici l’autre problème.


Les raffineries sont adaptées pour traiter certains types de pétrole (plus léger ou plus lourd, avec une teneur plus élevée en soufre ou en certains hydrocarbures, etc.).


Pour mettre en perspective certains chiffres représentatifs, une raffinerie peut produire par défaut


• 40 % de ses distillats sous forme d'essence,
• 25 % sous forme de diesel,
• 9 % sous forme de kérosène,
• et les 26 % restants sous forme d'autres produits, notamment des polymères pour plastiques, d'autres distillats moyens, des huiles moteur, des goudrons et du coke.


Sans avoir à faire de gros investissements, en procédant à certains ajustements, cette raffinerie pourrait modifier un peu sa production, et ainsi peut-être diminuer l'essence à 35 % du total et augmenter le diesel à 30 %. Mais peu importe, elle n'a pas une marge infinie pour changer les proportions, car cela dépend du type de pétrole qu'elle peut traiter (qui a une certaine teneur en hydrocarbures de chaque type) et du procédé de craquage lui-même.


Une baisse de 30 % de la demande de pétrole ne signifie pas une baisse de 30 % de la demande de chacun des produits pétroliers.
Le produit pour lequel la demande est la plus forte est le diesel, car c'est le carburant utilisé par toutes les machines, et bien que l'activité des machines en général ait également beaucoup diminué, les machines agricoles ainsi que les camions pour le transport de marchandises sont toujours en mouvement. (En outre, les cargos doivent désormais utiliser un carburant ayant les caractéristiques du diesel.). On observe donc que la baisse de la demande de diesel est inférieure à la moitié de celle des autres carburants.


Que faire du pétrole, et des autres produits pour lesquels il n'y a pas de demande ?


• Soit raffiner moins de pétrole pour qu'il n'en reste plus, pas de gaspillage, mais il y aurait une pénurie de diesel.
• Soit raffiner suffisamment de pétrole pour produire du diesel, mais il resterait un excès d’essence.


Malheureusement l'essence est très volatile et pourrit. Elle ne peut être stockée dans aucun type de réservoir longtemps, et puis les stocks seront bientôt pleins. Donc dans un premier temps, on ne peut exclure que ces produits excédentaires soient directement torchés.

Conclusion


Avec la plupart des grandes puissances économiques au ralenti et le confinement et des niveaux de consommation minimaux, la consommation de pétrole a chuté de 30%. C’était une baisse de la demande de pétrole qui peut être inversée si les conditions changent. (Ça reste à voir.).


Mais d'ici 2025, nous serons dans une situation bien pire.


Parce que d'ici 2025 nous aurons, une baisse de la production, causée par des facteurs physiques tels que


• Le manque de pétrole de qualité.
• La baisse du retour énergétique de ce pétrole. (La quantité toujours croissante de pétrole dépensée pour produire ce pétrole.).
• La mauvaise rentabilité économique des derniers champs pétrolifères du monde, et qui ne peut donc pas être inversée.


Ces facteurs ne peuvent être inversés.


Et il ne s'agira pas d'une baisse de 30 % temporaire comme c'est le cas actuellement, mais plutôt d'environ 40 %, permanente et définitive.

Du pétrole, ou pas ?

 

Du pétrole ? Mais nous en avons trop ! De fait, avec un baril qui se traine entre 20 et 30 dollars dans un contexte de surproduction massive, il serait déraisonnable d’expliquer que nous en manquons déjà. Et pourtant…

Du début du 20è siècle aux chocs pétroliers, qui marqueront la fin des Trente Glorieuses, la production d’or noir mondiale a cru au rythme insolent de 5% à 10% par an, contribuant fortement à une hausse de la production économique qui a décuplé de 1900 à 1974.

Ces chocs pétroliers, nous avons coutume de les voir comme un accident de parcours qui a vu le prix s’envoler, puis redevenir sage, et « tout repart comme avant ». Mais en fait tout n’est pas reparti comme avant. De 8% juste avant les chocs, le rythme de croissance de la production de pétrole est descendu à un modeste 1% de moyenne pendant les 30 années qui ont suivi.

1%, cela signifiait toujours la croissance de l’approvisionnement global, mais non le maintient de l’approvisionnement par personne : si l’indicateur retenu est la quantité produite par terrien et non la quantité produite globale, le premier pic est survenu en 1979. Jamais un humain n’avait autant utilisé de pétrole que cette année là, et jamais plus il n’en utilisera autant.

Et entre autres conséquences de ce passage du pic de la production par personne, nous avons assisté, dans tous les pays occidentaux en même temps, à l’apparition du chômage, de l’endettement public, des services (pour mieux mutualiser une production qui ne croissait plus aussi vite), et de la mondialisation, c’est à dire la recherche de gains de productivité en allant chercher ailleurs du travail pas cher.

En 2005, la modeste croissance du pétrole s’arrête encore. C’est que le monde s’apprête à connaître un nouveau pic de production, global cette fois : c’est celui qui va s’appliquer, en 2008, à l’ensemble de ce qui s’appelle le pétrole conventionnel. Ce terme désigne le pétrole « classique », qui s’extrait d’une roche poreuse où il est allé s’accumuler après une lente migration dans le sous-sol depuis la roche qui l’a vu naître, qui s’appelle la « roche mère ». Le pétrole a été formé dans cette dernière par chauffage géothermique de la matière organique qui a été enfouie dans le sol avec les sédiments océaniques qui donneront la roche mère elle-même.

Ce passage du pic conventionnel conduit la production mondiale à rester quasiment stable de 2005 à 2009, déclenchant un nouveau choc, qui vient heurter le mur de dettes qui s’est patiemment construit depuis le choc de 1973, et qui restera dans les mémoires sous le nom de « crise des subprime ».

Mais les pétroliers n’ont pas encore dit leur dernier mot, et la production repart grâce à deux ressources de fonds de tiroir : les sables bitumineux du Canada, et surtout les pétroles de roche mère des USA. Connus depuis longtemps, mais plus difficiles à extraire que le pétrole conventionnel, ces hydrocarbures avaient été laissés de côté, car ils demandent des investissements bien plus importants par baril extrait que le brut « ordinaire ».

Malgré cet apport, depuis fin 2018 la production a de nouveau cessé de croitre. Elle va même décroitre à bref délai, car à 20 ou 30 dollars le baril (voire moins de 10 pour celui issu des sables bitumineux canadiens, qui fait l’objet d’une décote) personne ne gagne d’argent dans ces « nouveaux pétroles ». Quelque part entre 2018 et 2022, le monde passera donc par un pic « tous pétroles », qui sera peut-être le bon.

Cela va avoir une conséquence majeure pour nous. Cela fait 40 ans que le PIB mondial varie exactement comme la quantité de pétrole qui sort de terre (quel que soit son prix), parce que les transports sont le facteur limitant de l’économie mondiale. Quand le pétrole va se mettre à baisser de façon structurelle, le PIB va faire de même « un certain temps ».

Les montagnes de liquidités qui seront déversées post-covid n’y changeront hélas pas grand chose.

 

Jean Marc Jancovici

pour info, copie d'un internaute sur le blog de Mathieu Auzanneau :

 

 

« Donc la tendance à long-terme est vers une augmentation des cours du brut pour compenser les couts d’exploration et de développement qui ont sérieusement augmente »

A court terme, c’est peut-être ce qui se passe, mais à long terme, non. On a tellement été biberonné à l’idée que le prix était le signal de la rareté qu’on ne sait plus raisonner autrement – et soit dit en passant, cela explique aussi pourquoi l’immense majorité des gens et des décideurs ne comprend pas pourquoi on a déjà un problème d’approvisionnement en pétrole aujourd’hui, puisque les cours du brut ne crèvent pas le plafond…

Si la tendance à long terme était celle que vous décrivez ici, les cours du brut seraient déjà passés au-dessus de $150 ou $200 le baril et s’y maintiendraient de manière durable, car les investissements en exploration et développement des compagnies pétrolières ont littéralement explosé il y a déjà, en gros, une décennie. Or ce n’est pas ce qui s’est passé. Ce qui s’est passé, c’est que – alors que le prix du baril de brut était déjà nettement au-dessus de $100 – les compagnies pétrolières ont coupé dans leurs investissements, de manière massive mais sélective, pour ne garder que ceux de leurs investissements qui étaient rentables avec un prix du brut inférieur à $100 ou $120 le baril – estimant que le prix du baril ne monterait pas beaucoup plus haut que cela à court ou moyen terme, et donc qu’il n’y avait aucune chance que ces investissements soient un jour rentables. D’après l’AIE, on devrait d’ailleurs voir le résultat de ce désinvestissement massif dans les 5 ou 6 ans qui viennent (à savoir : l’AIE nous annonce une contraction de la production pétrolière mondiale, d’ici 2025, véritablement effrayante !)

Et en fait, c’est assez logique : la société utilise du pétrole pour faire à peu près tout et n’importe quoi (y compris n’importe quoi, certes, mais surtout, à peu près tout : pensez à la logistique de transport de tous les biens que nous consommons, de nos services de santé, de notre gestion des déchets, etc.). Pour que le prix du brut augmente de manière tendancielle à long terme (et en dollars constants, bien sûr), il faudrait que la société soit en mesure de payer ce prix plus élevé sans réduire significativement sa propre demande de brut. Or ça, c’est hautement improbable, précisément parce qu’on utilise du pétrole pour faire à peu près tout, et donc parce que le prix du pétrole entre dans les coûts de production d’à peu près tous nos biens et services (et l’on ne peut pas augmenter, hors inflation, tous les salaires pour compenser cette hausse généralisée des coûts de production). Donc, si le prix du brut se maintient à un niveau trop élevé, la société réduira sa demande de biens et services fabriqués à partir de pétrole, et donc réduira sa demande de brut, jusqu’à ce que le prix du brut redescende à un niveau qui lui est supportable (seul contournement à ce mécanisme, qui soit connu à ce jour : du crédit quasi gratuit et quasiment illimité de type Quantitative Easing… mais ça, dans notre système actuel, ça ne dure qu’un temps). Or réduire la consommation globale de biens et services, cela veut dire réduire globalement notre production économique. La réduction de la demande de brut sera donc inévitable (en fait, on l’observe déjà depuis 2005-2006, sous la forme d’une limitation de la croissance de la demande, car la production de pétrole fait déjà face à une limite à sa propre croissance depuis ce moment-là), et elle empêchera le prix du brut de crever durablement le plafond.

Le mécanisme que je viens d’expliquer a plusieurs conséquences, parmi lesquelles :

(1) Les alternatives au pétrole qui sont significativement plus chères que le pétrole le resteront. Croire que l’on passera aux « énerjy-renouv’lables », qui deviendront rentables dès que le pétrole sera suffisamment cher, est une vue de l’esprit, là encore due au fait d’avoir été biberonné au prix = signal de la rareté.

(2) A partir du moment où les quelques champs supergéants qui alimentent une bonne part de la consommation de pétrole mondiale d’aujourd’hui entreront structurellement dans leur phase de déclin (qui suit naturellement leur phase de maturité), la combinaison de la hausse au coût moyen croissant de l’extraction du pétrole et de la baisse de la production totale de pétrole (car même l’AIE le dit dans son dernier World Energy Outlook : le non-conventionnel sera incapable de compenser le déclin géologique du conventionnel une fois celui-ci réellement enclenché) provoquera une récession économique beaucoup plus prononcée que ce qu’on n’imagine généralement. Cette récession aura d’ailleurs pour effet à plus ou moins court terme de réduire la demande jusqu’à faire redescendre le prix du brut à un niveau supportable, et donc, entre autres, à maintenir la part du non-conventionnel dans la production totale à un niveau pas si différent de celui d’aujourd’hui (car sinon, le prix moyen de production du pétrole monterait trop par rapport à ce que l’économie peut payer pour acheter ce pétrole). Et à mesure que la production conventionnelle déclinera, la demande devra suivre le mouvement, contrainte et forcée, faisant des yo-yos autour de l’offre déclinante, et provoquant des cycles de pics et de creux de prix du brut.

(3) Le cas du gaz est particulier : il est plus cher, sans être radicalement plus cher, que le pétrole. Pour certains des usages pétroliers, on peut substituer le gaz au pétrole, mais pas pour tous. Contrairement au pétrole, qui est une énergie mondiale, le gaz est encore aujourd’hui une énergie essentiellement régionale (les derniers chiffres que j’avais, c’était : 2/3 du pétrole produit dans le monde traverse au moins une frontière, contre un gros quart du gaz). Cela s’explique par la physique, et les coûts de transport rapportés aux coûts d’extraction que cette physique impose : faire un demi-tour de Terre à un baril du pétrole conventionnel coûte quelques pour cent de son coût d’extraction ; dans le cas du gaz, le coût du transport peut aller jusqu’à 5 à 10 fois le coût d’extraction).


Est-ce que le gaz deviendra une énergie mondiale quand production et consommation de pétrole se mettront à décliner de manière structurelle à l’échelle mondiale ? Je peux me tromper, bien sûr, mais je suis très dubitatif. Précisément parce qu’utiliser massivement du gaz en substitution du pétrole, pour les usages actuels du pétrole, renchériront ces usages, ce qui ne sera supportable pour la société que si ces usages sont marginaux. Je suis d’autant plus dubitatif, d’ailleurs, que d’après les géologues pétroliers qui, les premiers, ont prédit avec justesse le pic mondial de pétrole conventionnel, le pic géologique de gaz conventionnel devrait suivre le pic de pétrole d’environ 10-15 ans… en l’absence de substitution pétrole vers gaz ! Et évidemment, une telle substitution précipitera le pic gazier… voire accentuera le déclin du gaz une fois celui-ci entamé.


Est-ce que le gaz pourra servir d’amortisseur au déclin pétrolier avant de voir sa production décliner à son tour ? C’est possible, mais à mon avis, le déclin de la production pétrolière s’annonce tellement violent que je serais extrêmement surpris que le gaz arrive à compenser quoi que ce soit, du moins au-delà de quelques années. Autrement dit, je serais très surpris que la société se rende compte que le gaz fait effectivement office d’amortisseur et que sa situation serait encore pis si on n’avait pas le gaz. En plus, là encore, la proximité du pic gazier et du pic pétrolier implique que cet amortisseur, s’il est possible, ne pourra avoir qu’une durée de « vie » limitée…

 

 

Un commentaire d’internaute sur le site « oil man » (Auzanneau) :


« le caractère épuisable de la ressource ne serait plus déterminé essentiellement par des paramètres physiques »: inutile d’aller plus loin.
Le délire habituel du « y en a plein (ça c’est vrai), c’est juste une question de prix pour aller le chercher (ça c’est faux) ».

Il y a un biais fondamental que peu de gens voient dans l’économie de l’extraction pétrolière qui est de penser que c’est le prix du baril qui détermine la rentabilité d’un gisement.

Depuis environ 100 ans, on ne fait plus de trou avec des pelles et des pioches et des bonhommes qu’on peut payer avec du papier imprimé. Ce sont des machines qui font des trous, des compresseurs qui fracturent, des camions, etc. Et ce sera de plus en plus vrai, surtout pour les gisements restants (compact, deep offshore, sub-arctique, etc.). Or les machines ont besoin de kWh (essence, electricité, gaz, peu importe).
Donc en première approximation, faire un trou pour chercher du pétrole (ou du gaz), c’est d’abord consommer de l’énergie.

Ensuite on ne cherche pas du pétrole en tant que kérogène pour faire de la chimie fine à haute valeur ajouté, on cherche de l’énergie (un truc qui brûle). – OK on en utilise un peu pour la chimie, mais ce n'est pas le gros du marché.

Donc en résumé, je consomme des kWh pour faire un trou duquel va sortir des kWh. Tant qu’il sort plus de kWh du trou que j’en ai utilisé (en moyenne sur plein de trous), c’est le prix du marché qui compte (je vends le différentiel sur les marchés et je paye avec du papier mes ouvriers, mes actionnaires, rembourse l’emprunt bancaire, arrose le dictateur local qui me laisse faire, etc.). Plus le prix du baril il est élevé, plus je peux me permettre un différentiel faible (le fameux « critère économique » de l’article).

Question: que ce passe-t-il lorsqu’il sort moins de kWh du trou que ce qu’on a utilisé pour le faire car il faut plus de « technologie » (en réalité: plus de machines et d’énergie pour aller fracturer et sucer le jus dilué)?


Ben c’est simple, on arrête de faire des trous. Indépendamment du prix de l’énergie (même à 1 M$ le baril, vous utilisez le pétrole ou l’énergie en général que vous avez pour faire des trucs utiles).

Ce serait à peu près aussi con que de brûler des diamants dans une machine à vapeur qui creuserait une mine pour extraire des diamants.

En résumé: qu’il reste plein de pétrole/gaz/charbon dilué sous terre, je n’ai aucun problème avec les experts qui prétendent cela.


Ce que je peux affirmer en tant que physicien c’est qu’on n’ira pas le chercher tout simplement parce que l’opération ne sera pas énergétiquement rentable (rien à voir avec l’économie), et comme le dit si bien Jancovici « les lois de la physique sont de vraies lois ».
On peut tricher en économie (créer de la monnaie, effacer des dettes), pas avec la physique (créer et faire disparaitre des trucs, ça s’appelle la magie).

 

Philippe

Patrick Pouyanné, PDG de Total : « Après 2020, on risque de manquer de pétrole »
 
Le patron du groupe pétrolier estime que les investissements dans les hydrocarbures ne sont pas repartis depuis le pic de 2014.
 
A la veille de la publication des résultats 2017 du groupe pétrolier, jeudi 8 février, le PDG de Total, Patrick Pouyanné, annonce un bénéfice supérieur à 10 milliards de dollars. Le prix du baril a fortement augmenté. Comment cela se traduira-t-il dans les résultats 2017 de Total ?
Le résultat net sera de près de 30 % supérieur à celui de 2016 [qui était de 8,3 milliards de dollars] . Ces bons résultats sont le fruit de trois éléments : discipline sur les dépenses, croissance de la production et hausse des prix du brut. Le plus important, c'est l'avenir. Depuis deux ans, Total a profité de prix bas pour regonfler ses réserves de 5 milliards de barils payés 2,5 dollars [2 euros] le baril, avec l'acquisition du danois Maersk Oil, la concession ADCO à Abou Dhabi ou l'alliance stratégique avec Petrobras au Brésil.
 
Ces opérations assureront une hausse moyenne de la production de 5 % par an jusqu'en 2022. Nous nous sommes aussi renforcés dans le gaz naturel liquéfié [GNL] en rachetant l'activité d'Engie, ce qui place Total au deuxième rang mondial, avec 10 % du marché.
 
Après avoir beaucoup investi, le groupe verra son cash-flow augmenter tout en conservant sa discipline d'investissement, parce qu'on ne maîtrise pas les prix du pétrole. Enfin, nous allons continuer d'investir dans les énergies renouvelables avec la volonté de plus en plus affirmée de produire de l'électricité à partir du gaz et des renouvelables, et de la vendre, sur la base d'un constat simple : la demande en électricité croît plus vite que la demande moyenne en énergie.
 
Y a-t-il un risque de pénurie à l'horizon 2020 - et donc de flambée des prix du pétrole -, faute d'investissements suffisants en 2015-2017 ?
 
Les grands investissements de l'industrie « oil & gas » n'ont pas encore repris. On est autour de 400 milliards de dollars dans l'exploration-production [plus de 750 milliards au pic de 2014] . Après 2020, on risque de manquer de pétrole. La demande progresse très vite, et même deux fois plus vite ces trois dernières années que lors des trois années précédentes.
 
C'est un fondamental : quand les prix du brut sont bas, l'industrie investit moins mais on consomme plus. Mais entre le moment où l'on décide d'investir et celui où l'on produit le premier baril, il s'écoule plusieurs années. L'équilibre offre-demande est donc délicat, ce qui explique les cycles et la volatilité. Il n'est pas écrit que le baril va rester à son niveau de 70 dollars, et nous travaillons sur des scénarios de replis à 50 dollars. Il reste beaucoup d'inconnues sur les marchés pétroliers.
 
Pour un groupe comme Total, Donald Trump est-il un handicap ou une aubaine ?
 
Au forum de Davos, Donald Trump a invité une quinzaine de patrons européens à dîner. J'ai parlé à un président d'abord soucieux de l'avenir de son pays, pas à un « homme d'affaires » comme on le décrit parfois. Au fond, il n'a jamais dévié de sa ligne « America first », la seule chose qui compte à ses yeux.
 
« Le gaz se porte bien, ce qui est une bonne nouvelle pour les défenseurs du climat, car il émet deux fois moins de CO2 que le charbon. »
 
Jean-Michel Bezat, Nabil Wakim
 
(publié par J-Pierre Dieterlen)
https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/02/06/patrick-pouyanne-pdg-de-total-apres-2020-on-risque-de-manquer-de-petrole_5252425_3234.html
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C
Cet état de fait et la faillite attendue de certains spécialiste du schiste ne risque t il pas d'entrainer une faillite bancaire de masse ?
Répondre
O
en théorie oui, en pratique non je pense : la FED et toutes les banques centrales faisant tourner la "planche à billets" à pleins pots..et donc in fine, une crise monétaire..