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finances : vous reprendrez bien un peu de déconfiture ?

Publié le par ottolilienthal

Les cinq premières preuves de la plus grosse bulle financière de tous les temps

La confiance envers l'économie américaine ne cesse d'augmenter tandis que les bulles financières se multiplient.

La « grosse vilaine bulle » que Trump, alors candidat à la présidence, avait identifiée à propos des marchés américain est réelle. Les bulles financières ont de multiples facettes (la Chine, le marché immobilier, etc.). Cette liste n’est pas – et de loin – exhaustive. Mais voici 6 graphiques que j’ai sélectionnés provenant d’organismes publics, d’organismes du secteur privé et d’organismes indépendants. Tous nous prouvent que nous sommes en présence de nombreuses bulles. Plus ces bulles grossiront, plus graves seront les dégâts lorsqu’elles éclateront.

Piège des taux bas

L’économiste Lance Roberts explique avec grande clarté comment sont liés taux d’intérêt et croissance économique. Le taux directeur réel de la Fed que l’on peut voir stagner ci-dessous montre dans quel bourbier se retrouve la banque centrale américaine.

 

Explication de Roberts :

« Yellen et la Fed partent une fois encore en chasse contre ‘l’épouvantail’ imaginaire de l’inflation – cette dernière est actuellement plus faible que durant n’importe quelle période pré-récession depuis les années 1970. Le resserrement de la politique monétaire, avec une croissance économique déjà faible, peut une fois encore devenir problématique. La plus grande peur de la Réserve fédérale ? Les pressions inflationnistes qui continuent à déprimer l’économie nationale. Malgré les milliers de milliards injectés par la Fed, le seul objectif réellement atteint a été d’empêcher l’économie de retomber dans une récession totale. »

Même les riches calent

Les Hamptons, « lieu de villégiature des plus riches de Wall Street » selon le magazine Forbes, connaissent un considérable ralentissement du marché immobilier résidentiel. Lorsque même 1% des 1% plus riches Américains calent sur l’immobilier, on peut se poser la question de la solidité de la reprise économique.

A en croire The Wall Street Journal, ce ralentissement est en partie dû à « un stock de maisons trop chères— et qui augmente. » Lorsque les prix sont trop exagérés, même pour les plus riches, une bulle immobilière pourrait contaminer Wall Street.

Les capitaux spéculatifs atteignent des niveaux historiques

Bloomberg a publié un article sur la croissance des fonds spéculatifs et remarque que « les actifs des hedge funds ont dépassé 3 000 Mds$ en 2016 pour la première fois. »

L’article explique ainsi cette forte augmentation des actifs : « pour 70 Mds$ environ de sorties de capitaux l’année dernière, le secteur comptabilisait environ 2 900 Mds$ d’actifs en 2015. » Plus dure sera la chute.

Les esclaves de la dette face au risque des taux

L’endettement, les Américains connaissent bien. Du financement automobile aux énormes emprunts immobiliers, la dette fait partie de leur vie quotidienne – et ne cesse de s’accroître.

Wolf Richter écrit :

« Il existe de nombreuses manières de mesurer l’endettement des ménages et les fardeaux de la dette. Comparer la dette totale des ménages à la taille globale de l’économie mesurée par le PIB est l’une de ces mesures. Selon la mesure dette des ménages / PIB, les Américains se classent à la dixième place mondiale avec un ratio de 78,8%. On pourrait presque parler de prudence de leur part comparé au pic atteint juste avant la crise financière de 2008 (cf. Trading Economics) ».

La Chine surendettée

Goldman Sachs révèle son estimation de l’ampleur de la dette chinoise… Le niveau de dettes publique et privée apparaît comme disproportionné par rapport à la taille de l’économie et à la croissance.

Ces indicateurs ont été conçus par la recherche de Goldman Sachs. Selon ces derniers, la tendance actuelle « pose la question de la pérennité à moyen terme de l’économie chinoise, étant donné l’augmentation déjà très forte du ratio dette/PIB ces dernières années. »

 

Quand les Suisses cachent leur argent... en France

Depuis le 1er janvier, les Suisses qui ont un compte à l'étranger voient ces données transmises au fisc. Une mesure qui bouscule des traditions bien ancrées.

La Chine fait monter les taux américains

Les Japonais détiennent plus de dettes américaines que les Chinois. Encore un bouleversement sur les marchés. À la fin du mois d’octobre, le Japon est redevenu, après près de 10 ans, le premier créancier des États-Unis. Dépassant la Chine. À 10 milliards près. La Chine a réduit significativement sa détention d’emprunts d’état américain. À son plus bas niveau depuis 2010.

MONNAIES ET GÉOSTRATÉGIE

C’est un sujet sensible et passionnant car il y a une dimension monétaire, économique mais aussi géostratégique. Pourquoi la Chine vend-elle ses emprunts d’État américain ? Première raison : le yuan. La Chine tente de freiner la chute du yuan. Elle doit donc acheter en permanence du yuan et vendre du dollar. Et donc vendre la dette américaine qu’elle détient. Rappelons que le yuan a perdu 15% de sa valeur depuis début 2014 et que la Chine doit à tout prix freiner l’exode des capitaux.

AFFRONTEMENT ENTRE LA CHINE ET LES ÉTATS-UNIS

La Chine craint aussi la remontée des taux aux États-Unis, une remontée des taux qui affectera évidemment la valeur de son stock de dettes américaines. La dernière raison est plus politique. La Chine veut peut-être aussi rappeler aux États-Unis de Donald Trump qu’elle a une carte puissante entre les mains. Si Trump cherche l’affrontement, en imposant notamment des droits de douane sur les importations chinois, la Chine pourrait peser de tout son poids en vendant massivement les emprunts d’État américains.

UNE MENACE POUR LES ÉTATS-UNIS

Quelles conséquences pour les États-Unis ? Une flambée des taux d’intérêt à long terme. On se demande même déjà si la hausse des taux long terme aux États-Unis n’est pas due aux ventes chinoises. Rappelons que le taux à 10 ans des emprunts d’État qui est le taux de référence est passé de 1.36% en Juillet à 2.60% en ce moment. Si les taux continuaient à remonter, notamment du fait des ventes massives chinoises, cela provoquerait inévitablement un ralentissement de la croissance américaine et une forte pression sur le marché immobilier. C’est donc encore un nouveau front qui s’ouvre entre la Chine et les États-Unis qui vont s’affronter en 2017 avec des drones, des droits de douanes et des emprunts d’État américain. Une nouvelle guerre froide. Ou chaude.

 

Marc Fiorentino

Les 10 scénarios les plus pessimistes de Bloomberg pour 2016 : 3 sont devenus réalité, un 4e est en gestation

Le 15 décembre 2015, l’agence de presse Bloomberg publiait son « Pessimist’s Guide to the World in 2016 » dans lequel elle présentait les 10 scénarios les plus pessimistes qui pouvaient se produire dans le monde cette année.

Moins de 11 mois plus tard, 3 de ces 10 scénarios sont devenus réalité, et le 4e est en gestation :

Scénario 1 : Le cours du pétrole grimpe à 100 $ le baril.

Scénario 2 : Le Royaume-Uni quitte l’Union Européenne – réalisé

Scénario 3 : les banques sont victimes de cyber-attaques

Scénario 4 : l’UE s’effrite en raison du sentiment anti-immigration – actuellement en train de se produire ?

Scénario 5 : L’effondrement de l’économie chinoise, arrivée de l’armée au pouvoir

Scénario 6 : Israël attaque les installations nucléaires de l’Iran

Scénario 7 : Poutine s’éloigne des États-Unis – réalisé (ou est-il un autre vainqueur au Moyen-Orient ?)

Scénario 8 : Le changement climatique s’aggrave

Scénarios 9 : l’Amérique latine a perdu une décennie

Scénario 10 : Donald Trump devient président – réalisé


Le scénario 4 est encore une possibilité et il se détaille ainsi :

Une série d’attaques terroristes du style de celles qui ont frappé Paris surviennent dans des villes européennes, et se combinent avec l’afflux massif de réfugiés, ce qui déclenche une crise politique dans le bloc des 28 pays.

La chancelière allemande Angela Merkel est obligée de démissionner, parce que sa politique d’accueil des réfugiés mécontente ses compatriotes.

Au même moment, en France, Marine Le Pen est à la tête d’une vague de populisme dans le pays qui exploite les inquiétudes xénophobes et économiques, menaçant de mettre fin à la politique de frontières ouvertes de l’Europe. Les chances qu’elle accède à la présidence sont de plus en plus élevées.

Ceux qui haussaient les épaules et taxaient le dernier scénario de science-fiction, font probablement parti e des millions qui s’esclaffaient à l’idée que Donald Trump remporte la Maison-Blanche. Jusqu’à hier matin…

Vivarte et SoLocal, les deux bombes à retardement

Entre une paire de bottes et un annuaire téléphonique, il y a plus de points communs qu’on ne le croit. Vivarte, le groupe d’habillement et de chaussures, et SoLocal, l’ancien Pages Jaunes, traversent tous deux des difficultés financières doublées d’une crise de gouvernance. Le propriétaire des enseignes La Halle et San Marina s’est séparé la semaine dernière de Stéphane Maquaire, son directeur général, le troisième en quatre ans. Le dirigeant avait pris ses fonctions il y a seulement 6 mois pour relancer le distributeur, car les ventes de Vivarte sont à la peine depuis plusieurs années en France.

De son côté, SoLocal fait l’objet d’une lutte de pouvoir entre sa direction et des actionnaires minoritaires, qui ont réussi à bloquer en assemblée générale le projet de restructuration financière du groupe. Actionnaires et créanciers doivent se retrouver ce mercredi 2 novembre au tribunal de Commerce pour tenter d’aligner leurs positions et redonner un peu d’air à SoLocal.

L’excès d’endettement est en effet au cœur des problèmes des deux groupes : il atteint 1 milliard et demi d’euros chez Vivarte, 1,2 milliard chez SoLocal. Les deux entreprises ont hérité ce fardeau de leur rachat par des fonds d’investissement il y a quelques années. Les bénéfices devaient alors permettre de rembourser la dette au fil de l’eau, mais l’activité n’a pas été à la hauteur des espérances. Une première restructuration de dette a seulement permis de gagner du temps, pas de régler le problème. Pourtant Vivarte et SoLocal sont rentables, mais elles ne dégagent pas assez de cash pour faire face à leurs échéances et surtout investir dans leur développement.

Entre les actionnaires, les créanciers, dont certains sont aussi présents au capital, et les salariés, quelqu’un devra donc payer la note. Toute la question est de savoir qui et dans quelles proportions. Le sujet est socialement explosif : Vivarte emploie environ 17.000 collaborateurs et SoLocal 4.400 en France. Il s’agit en majorité de postes situés en région et peu qualifiés. Il sera difficile de vendre à l’opinion publique des licenciements massifs destinés à réparer les excès d’une certaine finance. Toutes les conditions sont donc réunies pour que les politiques s’emparent du dossier.

 

31/10/2016

Marc Roche: «​Le Brexit est la conséquence directe de la crise financière»

 

Pour le journaliste essayiste, auteur de Histoire secrète d’un krach qui dure, la classe moyenne britannique a pris de plein fouet la crise des subprimes. En votant pour la sortie de l’Union européenne, elle a voulu sanctionner la City, Londres et l’establishment.

 

 

 

Spécialiste des marchés financiers et de la famille royale britannique, Marc Roche revient sur la crise financière de 2007-2008 dans Histoire secrète d’un krach qui dure, publié chez Albin Michel. Il estime que, depuis, d’autres bulles se sont formées, présentant un risque systémique.

 

Selon vous, la crise n’est pas terminée. Quelles sont les menaces aujourd’hui ?

Depuis les subprimes en 2007-2008, la crise n’a fait que se métamorphoser. D’autres bulles se sont formées, présentant un risque systémique. La première menace, c’est la politique de la planche à billets des banques centrales et leur rôle en matière de réglementation bancaire : sont-elles bien équipées pour l’assumer puisque ce n’est pas leur métier originel ? La seconde menace, c’est le principe du « too big to fail ». Les banques sont en meilleure santé mais plus puissantes que jamais. La concurrence a été réduite et les nouveaux entrants ont beaucoup de mal à trouver leur place car le ticket d’entrée est très coûteux. En France, nous avons des mastodontes, BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole, BPCE, et très peu de contre-pouvoirs financiers. C’est malsain et dangereux en raison de leur stature systémique et de l’interconnectivité des marchés. Autre source d’inquiétude : l’informatique. Les systèmes informatiques des banques sont incompréhensibles puisqu’ils ont été superposés et sont devenus des espèces de monstres vulnérables à la moindre panne.

Vous insistez aussi sur le « facteur politico-social ». C’est-à-dire ?

Le renflouement des banques par les Etats n’a pas coûté d’argent au contribuable mais la société est plus divisée que jamais. Le Brexit est la conséquence directe de la crise financière. La nouvelle classe moyenne créée par Thatcher et renforcée par Blair a été la grande victime de la politique d’austérité imposée par le renflouement des banques à partir de 2010. L’Etat a dû prendre 80 % de Royal Bank of Scotland, 30 % de Llyods ; cela a coûté énormément d’argent. C’est la classe moyenne qui en a subi les conséquences. Elle en veut à la City, à Londres, à l’establishment qui, estime-t-elle, s’est sorti à moindre coût de la crise. Or le Brexit peut lui aussi être systémique. Il crée une incertitude totale : quid du statut des Européens au Royaume-Uni ? Du passeport financier de la City ? De l’instauration ou non de droits de douane et du futur contrôle de l’immigration ? Le gouvernement a déjà commis une erreur en assurant que les banquiers européens ne seraient pas soumis à un visa. Cela renforce encore le sentiment anti-Londres.

D’autant que, pour vous, les coupables n’ont pas été sanctionnés…

Après la crise, les bonus devaient diminuer, les paradis fiscaux être mis au pas, la finance devenir plus transparente, choses qui ont été plus ou moins réalisées. Néanmoins, le constat est accablant. Au Royaume-Uni, un seul banquier a été puni : Sir Fred Goodwin, l’ex-patron de la banque RBS, a perdu son titre nobiliaire… Tous les autres ont échappé aux poursuites et se sont reconvertis dans la finance quand ils ont quitté leur banque. En France, Daniel Bouton s’est recasé chez Rothschshild, Baudouin Prot est conseiller financier du Boston Consulting Group, Georges Chodron de Courcel, au cœur de l’affaire de la violation de l’embargo américain en Iran, est chez Tikehau, Jean-Pierre Mustier, numéro 2 de la Société générale lors de l’affaire Kerviel, a rebondi chez Unicredit… Les régulateurs, les anciens commissaires européens se sont aussi recyclés, le plus grand scandale étant le cas de José Manuel Barroso devenu président de Goldman Sachs International après avoir présidé la Commission européenne pendant la crise.

Jean-Claude Trichet, à l’époque à la tête de la BCE, a très bien manœuvré. C’est le sauveur du système bancaire dès août 2007 mais il a commis l’erreur d’augmenter les taux d’intérêt en juillet 2008.

Barroso se défend en disant qu’il n’a pas été nommé pour faire le lobbying de Goldman Sachs…

Goldman Sachs ne dit pas la vérité. Goldman Sachs International est sa plus grande filiale à l’étranger. Elle couvre l’Europe, le Proche-Orient et l’Afrique, c’est une vache à lait. Elle a a contacté Barroso dès son départ de Bruxelles et a attendu le Brexit pour annoncer sa nomination. Mais Goldman Sachs n’a pas besoin de lui pour gérer ce dossier, pas très difficile à comprendre. C’est son carnet d’adresses et sa connaissance des couloirs européens qui les intéresse. José Manuel Barroso est un ouvreur de portes. C’est lui qui a nommé la plupart des directeurs des départements à Bruxelles, qui seront utiles à la banque dans ses activités de fusion-acquisitions ou de trading.

Qui ressort grandi de la crise ?

Entouré d’une remarquable équipe de hauts fonctionnaires dont François Pérol et Xavier Musca, Nicolas Sarkozy est le seul qui a percuté tout de suite. Dès le 16 août 2007, cinq jours après la fermeture de trois sicav par BNP Paribas et la première injection de liquidités dans le système par la BCE, il envoie à Angela Merkel, alors présidente du G8, une lettre où tout est dit (critique contre les agences de notation et les hedge funds, nécessité de sauver les banques, etc.). Il a raison trop tôt. La chancelière veut protéger la finance allemande ; à Londres, Gordon Brown veut protéger la City et, à Bruxelles, Barroso ne réagit pas… Le président français revient à la charge fin septembre 2008 lors de son discours de Toulon dans lequel il annonce le plan de sauvetage des banques européennes. C’est lui qui persuade George Bush, alors en fin de mandat, de convoquer un G20 en novembre à Washington, qui jettera les bases d’un effort concerté pour surmonter la crise. Curieusement, les Français n’ont jamais pris conscience de son rôle. Un autre Français a très bien manœuvré : Jean-Claude Trichet, à l’époque à la tête de la BCE. C’est le sauveur du système bancaire dès août 2007 mais il a commis l’erreur d’augmenter les taux d’intérêt en juillet 2008.

Malgré tout, on n’a pas tiré les leçons de la tempête financière…

Non puisque la crise se poursuit. Il y a aujourd’hui un cadre réglementaire strict concernant notamment les fonds propres des banques mais c’est un prétexte pour elles pour ne pas prêter à l’économie réelle. Parallèlement, en se recentrant sur leur cœur de métier, elles ont cédé leurs activités de financement des matières premières aux négociants qui, eux, sont totalement déréglementés. Le grand public ne connaît pas leurs noms. Or, l’activité des Glencore, Trafigura, Vitol, etc. est opaque, mystérieuse et sulfureuse, surtout dans le pétrole et les métaux précieux. Ce sont des hedge funds qui brassent des sommes colossales et ont besoin de crédits bancaires. Ils sont eux-mêmes potentiellement systémiques.

 

Le tour de passe-passe de Hollande pour maquiller la dette

Pour contenir la dette publique avant la présidentielle, l'exécutif a recours à un stratagème fructueux à court terme, mais très coûteux à long terme.

Reporter l'addition à demain pour embellir la photo dès aujourd'hui. Voilà en résumé le stratagème utilisé par l'exécutif pour contenir l'augmentation de la dette publique. Selon le rapport sur l'exécution budgétaire que la Cour des comptes a publié le 25 mai, Bercy a recours depuis quatre ans à un artifice comptable qui lui permet de sauver les apparences sur l'évolution de la dette.

Le stratagème est décrit dans Le Canard enchaîné du 15 juin. Pour combler le trou laissé par le déficit du budget, Bercy émet chaque année des obligations du Trésor (OAT) comportant des taux de rémunération de 5 ou 6 %, sur lesquels se ruent les investisseurs. Appâtés par la bonne occasion, ceux-ci n'hésitent pas à acheter ces obligations au-dessus de la valeur officielle d'émission, par exemple le double.

Tour de magie

« Résultat : quand l'État vend pour 1 milliard (valeur officielle) d'OAT dopées, il encaisse 2 milliards – un pour la valeur faciale, un autre pour la prime », constate Le Canard enchaîné. L'opération a permis, rien qu'en 2015, de raboter la dette de 22,5 milliards. « Un nouveau record », estime la Cour des comptes.

Et surtout un tour de magie qui a permis de contenir la dette à 95,7 % du PIB. Sinon, elle aurait atteint 98 % du PIB en 2015 et devrait dépasser les 100 % en 2017. Mais l'opération a un coût : ce que l'État gagne au moment de la vente, il le perd en servant des intérêts plus élevés. Pour une émission de février 2015, citée par la Cour, chaque milliard emprunté à 6 % coûtera, pendant dix ans, 60 millions d'intérêt par an, contre 5 millions pour l'emprunt au taux normal émis le même jour. Mais sauver les apparences à un an de l'élections présidentielle, cela n'a sans doute pas de prix.

Mathieu Lehot

Saxo Banque France SAS : « En marche »…vers une nouvelle crise

 

 

 

Les trois illusions sur lesquelles l'économie mondiale s'est construite à partir de la fin des années 90 ont été battues en brèche par l'éclatement de la crise financière mondiale.

Trois illusions coupables

La translation du pouvoir économique de l'Occident vers l'Asie était une chimère. Le poids des pays émergents dans le PIB mondial devrait atteindre 45% l'an prochain mais leur forte dépendance à l'économie américaine et leur recours excessif à l'endettement en dollar US les empêchent de jouer le rôle de relais de croissance qu'on prophétisait.

L'autorégulation des marchés financiers, qui impliquait une mise en retrait de l'Etat, était un mensonge éhonté. Elle a conduit à une dépossession du politique au profit d'acteurs non régulés et à une déresponsabilisation de tous les acteurs de la chaîne, du trader au président de banque, en passant par le régulateur. Ce laisser-aller coupable est responsable de la crise des subprimes et de l'incapacité des pays développés à renouer avec une croissance soutenue depuis 2008.

La croyance dans une ère de croissance illimitée a fait long feu. L'optimisme sans faille qui prévalait au début des années 2000 résultait d'une incapacité à comprendre les changements économiques structurels à l'œuvre. Tout le monde avait conscience que les crises étaient de plus en plus fréquentes mais elles étaient appréhendées comme une purge nécessaire du système afin de permettre une reprise plus vigoureuse. Cette fable faisait l'unanimité jusqu'à la dernière crise financière. La récession qui a suivi n'a pas permis de résorber les excès et de limiter les facteurs de risque. Au contraire, depuis 2010, les encours d'ETF ont augmenté de près de 190% et de mutual funds d'environ 50% outre-Atlantique. En outre, la croissance est dramatiquement faible. Aux Etats-Unis, économie développée pourtant la plus vigoureuse, le rythme de croissance est inférieur de moitié à son niveau moyen en période de sortie de crise. L'amorce qu'on observe d'un déclin de la demande en biens manufacturiers est un sujet de préoccupation majeur et confirme la fin d'un cycle pour l'économie américaine.

Un univers économique désenchanté

Neuf ans après 2007, le constat est amer. La croissance est de retour, martèle-t-on quasiment pour s'en convaincre, alors qu'une nouvelle crise va certainement balayer les rares effets bénéfiques d'une reprise économique qui ne s'est jamais vraiment matérialisée pour le plus grand nombre ces dernières années. Les pays développés apparaissent en grande partie démunis pour affronter les défis auxquels ils font face : le déclin démographique et le boom migratoire, le ralentissement de la productivité et, enfin, l'essor du populisme.

L'économie renoue avec les fondamentaux. Historiquement, les deux moteurs principaux de la croissance sont la démographie et la productivité. A la fin du Moyen Âge, après l'épisode de la peste noire (1347-1352), le bond démographique a permis une progression de la croissance européenne qui a été renforcée dès le 19 par l'impact positif de la Révolution Industrielle sur les structures de l'économie. Un siècle et demi plus tard, le moteur démographique est en panne. Dans quasiment tous les pays développés, la démographie est en déclin ou en passe de l'être d'ici quelques années. Pour enrayer cette tendance, l'Allemagne a pris la décision unilatérale d'accueillir près de 3,6 millions de migrants avant 2020. A priori, il s'agit d'un choix économique judicieux mais la question de l'employabilité des migrants, c'est-à-dire leur capacité « à trouver et conserver un emploi, à progresser au travail et à s'adapter au changement », reste entière.

La France n'est pas encore confrontée au défi démographique. Toutefois, le pays ne profite pas pleinement de sa démographie triomphante à cause d'une productivité trop faible. Le premier problème de l'économie, ce n'est pas la compétitivité, ce ne sont pas les 35 heures, c'est la productivité ! Les causes exactes du ralentissement de la productivité dans nos économies modernes ne font pas consensus. En revanche, les solutions sont connues : il faut une meilleure formation de la population active aux nouvelles technologies. Cela implique de maîtriser l'outil informatique mais pas seulement. Il faut apprendre à coder, à travailler avec les robots, à comprendre les applications de la blockchain et à utiliser le Big Data. Il faut également accepter qu'une partie de la population ne sera jamais en mesure de rattraper son retard de formation et qu'elle sera, pendant une grande partie de la vie professionnelle, en situation de précarité ; donc à la charge de la collectivité.

La croissance faible nourrit le populisme des deux côtés de l'Atlantique. Donald Trump, Viktor Orban, Marine Le Pen, Pablo Iglesias, Norbert Hofer sont des exutoires de circonstance pour une population qui est de plus en plus frustrée par l'absence de perspectives économiques positives. La baisse de la valeur ajoutée nette aux Etats-Unis depuis fin 2014 est un signal d'alarme envoyé à tous les responsables politiques : la diminution de la richesse nouvellement créée complique encore davantage son partage entre les membres de la société et menace la paix sociale.

Contrairement à ce qu'anticipait le politiste Bertrand Badie il y a quelques années, la mondialisation ne s'est pas accompagnée de la « fin des territoires ». Elle a consacré le retour de la Nation et du politique sur le devant de la scène. L'essor du populisme est inexorable mais il ne doit pas être uniquement considéré comme négatif. Il questionne les structures économiques et la construction européenne qui sont loin d'être optimales. Il ne faut pas en avoir peur, il doit inciter les partis de gouvernement à mener leur introspection afin de proposer des solutions politiques innovantes à l'ère de la faible croissance.

La Sté Saxo Banque (France) SAS a publié ce contenu, le 08 June 2016, et est seule responsable des informations qui y sont renfermées.

"Le décompte vers la 'big one', cette grande crise financière qui va tout balayer, est enclenché"

Ces jours-ci, un banquier central ressemble beaucoup à un vétéran du football: 'Les deux veulent encore, mais ne peuvent plus', estime Daan Killemaes, rédacteur en chef de Trends.

 

La Banque centrale américaine (la Fed) aimerait hausser ses taux d'intérêt, mais selon ses propres dires, elle ne peut pas encore le faire à cause des récentes turbulences en Chine et sur les marchés émergents. Il est frappant que la Fed évoque l'étranger pour justifier sa politique monétaire interne. Ce n'est pas dans ses habitudes. "Le dollar est notre monnaie et votre problème', disait l'ex-ministre des Finances américain John Connally. Mais après une remontée des taux d'intérêt, le dollar deviendrait aussi un problème américain. Le taux de change pondéré du dollar a grimpé de 15% l'an dernier, ce qui pèse sur les exportations et l'inflation aux États-Unis. Et bien que la Fed ne le dise pas clairement, une nouvelle appréciation du dollar n'est pas souhaitable - pas seulement pour les États-Unis, mais surtout pour le reste du monde.

La Fed s'est mise elle-même échec et mat. Par sa politique monétaire expansionniste, l'institution a inondé le monde de liquidités en dollars. Les entreprises des pays émergents surtout, ont emprunté massivement en dollar, d'où une augmentation de la montagne qu'est la dette mondiale en dollar en dehors des États-Unis, soit presque 10.000 milliards de dollars. Une appréciation supplémentaire du dollar, ou une remontée des taux d'intérêt en dollar, pourraient mettre la stabilité de cette montagne en danger, et ce à un moment où les marchés émergents sont déjà en difficultés. La Fed et les autres banques centrales occidentales se contrent donc elles-mêmes. Elles ont mené une politique trop souple, avec comme résultat un niveau record de la dette, une croissance économique ralentie et un manque manifeste d'espace politique. L'économie mondiale ne peut plus augmenter les taux d'intérêt. Nous sommes tous devenus le Japon.

 

Les banquiers centraux utilisent l'argument d'une inflation faible pour justifier leur politique expansionniste. Dans la moitié des 189 pays qui publient des chiffres au sujet de l'inflation, les prix augmentent sous le seuil des 2%. Et presque 20% de ces pays font face à une déflation. Seuls 7% connaissent une inflation de plus de 10%. Sept ans après le début de la crise, la tendance est encore et toujours déflationniste. Et alors ? Il s'agit la plupart du temps d'une déflation saine, qui est la conséquence de la globalisation de l'économie mondiale et de la concurrence accrue. Ces diminutions de prix augmentent le pouvoir d'achat et ont tendance à stimuler la croissance économique. Pourquoi les banquiers centraux ont-ils alors tellement peur de cette forme de déflation ? Encore une fois parce que le monde est profondément endetté. Ce n'est pas l'inflation basse le problème, mais bien le fardeau global de la dette. Pourtant, les banquiers centraux s'attaquent tout de même comme des fous à l'inflation, qui est saine à la base.

Le monde est pris dans le piège de la dette et les banquiers centraux n'ont pas les clés pour l'en sortir. Ils peuvent acheter du temps, mais ils exacerbent entre-temps le problème. La politique expansionniste n'est plus une partie de la solution, mais bien une partie du problème. La politique monétaire souple nourrit l'instabilité financière et engendre un cycle d'expansion-récession qui est dommageable pour l'économie. Après une crise financière, vous pouvez à nouveau atteindre la croissance d'avant la crise, mais la perte d'output ne sera jamais récupérée. En outre, les preuves s'amoncellent qu'un cycle d'expansion-récession sape également la croissance de la productivité, du fait que les moyens disponibles sont moins bien investis. Un exemple caractéristique est l'argent qui afflue vers le secteur immobilier. Et dès que la bulle éclatera, cela demandera beaucoup de temps pour corriger cette mauvaise allocation des moyens et des personnes. La croissance ralentie met encore plus la pression sur les banquiers centraux déjà surdemandés. Ils sèment de plus en plus d'instabilité financière et récoltent de moins en moins de croissance économique.

Continuer à nourrir la crise avec de l'argent supplémentaire est donc une stratégie contre-productive. C'est pourquoi il est urgent de changer de cap politique, estime Claudio Borio, économiste en chef chez BIS (NDLR: Bank for International Settlements). Le monde ne pourra échapper au piège de la dette que si le fardeau colossal que constitue celle-ci se réduit, que les États et les banques nettoient leurs vieux rouages et que les mesures structurelles de croissance économique sont renforcées. Tant qu'il n'y aura pas plus de progrès enregistrés sur ces trois fronts, l'instabilité continuera à augmenter et la crise financière suivante ne pourra être que pire.

En résumé, le décompte vers la 'big one' est enclenché - cette grande crise financière qui va tout balayer sur son chemin, si les hommes politiques ne sont pas capables de renverser la vapeur. Les banquiers centraux savent cela. Et arrêter ce dangereux manège, ils le veulent bien, mais ils en sont incapables.

 

Daan Killemaes, rédacteur en chef de Trends.

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Paul 01/07/2016 11:49

Bonjour,
Je ne savais pas que les banques pouvaient utiliser le dépôt des épargnants en cas de crise. C’est gentil d’avoir partagé cette information.
A+