Daech...

Publié le par ottolilienthal

Un sniper abat un islamiste à... 3,45 km de distance !

 

Un tireur d'élite canadien en opération en Irak a réussi à abattre un islamiste de Daech qui se trouvait à 3450 mètres de lui ! La balle tirée a mis dix secondes pour atteindre sa cible, rapporte le journal canadien The Globe and Mail.

Il s'agit du record du monde de distance pour un tir létal. Le précédent était détenu par un Britannique (2475 mètres, avec une carabine .338 Lapua Magnum, en 2009). 

Un fusil de type McMillan TAC-50

On ne connaît pas l'identité exacte de la cible, ni le rôle qu’elle occupait au sein de l’organisation terroriste. L'anonymat du sniper a également été préservé. Mais on connaît l'arme utilisée : un fusil de type McMillan TAC-50.

Une source militaire précise qu'il était préférable, pour cette mission, d'utiliser un tireur d’élite plutôt que de recourir à un bombardement qui aurait pu occasionner des victimes collatérales comme des civils.

Pourquoi les musulmans n'ont pas su s'opposer à Daech

Dans "Les Musulmans au défi de Daech", Mahmoud Hussein montre comment l'islam a échoué à se réformer, laissant le champ libre à une vision littérale du Coran.

"De proto-État, Daech se transforme en organisation criminelle et mafieuse"

L'enquête parlementaire sur le financement de Daech constate son affaiblissement dans tous les domaines, sauf celui de la propagande. Tour d'horizon.

 

 

 

Le compte rendu d'une enquête parlementaire, lancée après les attentats de novembre et janvier et menée par Jean-Frédéric Poisson, sur les moyens de Daech, a été publié mercredi 20 juillet. À l'origine de cette mission d'information, les soupçons de Jana Hybascova, ambassadrice de l'Union européenne en Irak, concernant l'achat par les pays européens de pétrole à l'organisation terroriste. Rappelons que Daech contrôle des territoires où vivent 5 à 8 millions de personnes et dispose de ressources estimées à 2 milliards de dollars. Retour sur les constats et propositions majeurs de cette enquête.

  • 1. Baisse notable des revenus financiers et humains de Daech

Pétrole. Les revenus tirés du pétrole, estimés à 1 milliard de dollars en 2014, ont chuté en 2016 en raison de la baisse du cours du carburant et des transactions peu coûteuse d'un pétrole de médiocre qualité. Daech a de plus en plus de difficultés à renouveler ses installations vieillissantes et à recruter des techniciens qualifiés. Enfin, les frappes de la coalition et des Russes ont détérioré l'acheminement du pétrole et sa vente.

Propositions. Outre les actions contre la production et l'acheminement des ressources pétrolières, la coalition doit lutter contre la commercialisation des biens pétroliers de l'organisation.

Circulation d'œuvres d'art. Les défaites militaires de Daech ont réduit son nombre d'œuvres d'art même si l'organisation dispose d'un « département des antiquités » qui délivre des autorisations de fouilles à des trafiquants.

Propositions. Lutter contre les galeristes aisés qui achètent ces œuvres. Poursuivre la sensibilisation des acteurs du monde de l'art avec la création d'une base de données unique des biens culturels volés afin d'anticiper la remise sur le marché des œuvres pillées.

Trafic d'êtres humains. Ressources financières secondaires mais essentielles pour la propagande, les kidnappings ou les trafics d'esclaves vont augmenter si Daech prend le contrôle du trafic de migrants en Libye, plateforme pour les réseaux de prostitution à destination de l'Europe.

Propositions : Étendre la zone d'activité de l'opération Sophia aux larges des côtes libyennes pour contrôler et intercepter les bateaux.

Effectifs. En deux ans, le nombre de combattants de Daech a fortement chuté. Les experts comptaient entre 20 000 et 35 000 « soldats » en 2014, les effectifs seraient de 12 000 individus aujourd'hui.

  • 2. Affaiblissement de l'influence de Daech dans les zones frontalières

Constat. Sur les plus de 1 000 kilomètres de frontières entre la Turquie et l'Irak et la Syrie, le rôle de Daech a été fortement amoindri, gênant ses opérations de contrebande.

Propositions. Consolider la coopération douanière au niveau européen et international, mais aussi avec la Turquie.

  • 3. « Les États européens ne participent pas au financement de Daech »

C'est ce qu'a affirmé Jean-Frédéric Poisson lors de sa conférence de presse mercredi 20 juillet. Les financements étrangers de l'EI sont une « source de fantasmes », selon la mission.

  • 4. Lafarge blanchi

Constat. Soupçonné d'avoir financé indirectement Daech par une enquête du Monde datant du 21 juin, le groupe Lafarge, premier cimentier mondial, est hors de cause selon le rapport parlementaire. On peut lire dans celui-ci que la situation instable de la zone a pu générer des soupçons, mais « les personnels concernés ont été sanctionnés immédiatement : le groupe a procédé à leur licenciement. {…} Les responsables du groupe échangent régulièrement avec les autorités françaises ».

  • 5. D'un pseudo-État à une organisation mafieuse

Constat. Le modèle économique de Daech est en pleine mutation : « De proto-État, elle semble se transformer en organisation criminelle et mafieuse. » La part des ressources naturelles dans les sources de financement est passée de 80 à 60 %, baisse compensée par une hausse des impôts pour les populations et une recrudescence des crimes et trafics. Mais Daech n'est plus autosuffisant et doit importer de plus en plus.

  • 6. Dénonciation de l'inaction des plateformes du Web

Constat. « L'angle mort de la lutte contre Daech reste Internet », déplore Myriam Benraad, spécialiste de l'Irak et des pays arabes. Vecteurs clés de la propagande de Daech, les réseaux sociaux ont des effets quantitatifs et qualitatifs sur leurs recrutements. D'une part, la décentralisation de l'information permet une meilleure diffusion, de l'autre, il est possible de cibler des femmes et des jeunes individus en gardant l'anonymat.

Proposition. Renforcer les dispositifs de détection des contenus illicites sur Internet et veiller au respect des droits fondamentaux. Cela passe par une responsabilisation des fournisseurs d'accès à Internet et le renforcement de contre-discours.

 

L'illusion du paradis, moteur des kamikazes

 

 

 

Au bout de leur mission suicide, ils en sont persuadés, le paradis. A Istanbul, Paris ou Bruxelles, la conviction que l'éden est au bout du sacrifice motive les kamikazes mais elle ne vient d'aucun texte, selon des experts et islamologues.

 

Mardi soir à l'aéroport d’Istanbul un témoin, Oftah Mohammed Abdullah, a raconté avoir vu l'un des assaillants: "Il avait une veste courte et avait caché un fusil (dessous). Il l'a sorti et a commencé à tirer sur les gens. Il marchait comme un prophète".

Le paradis, "c'est une adhésion existentielle", explique à l'AFP le sociologue Farhad Khosrokhavar, directeur d'études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris. "Ils y croient dur comme fer. Mettre en cause cela serait n'y rien comprendre. Cette certitude leur donne une sérénité et une force extraordinaire".

"Certains ont dit que les tueurs du Bataclan (en novembre à Paris), par exemple, devaient être drogués pour être si calmes et déterminés. C'est faux. Ils n'en avaient pas besoin", ajoute-t-il. Des survivants du massacre dans la salle de concert ont raconté que les tireurs agissaient posément, calmement, parfois le sourire aux lèvres en mitraillant une foule sans défense. Après leur mort, des analyses de sang ont été effectuées: rien.

D'où leur vient cette croyance ? Comment leur est-elle inculquée ?

Dans un reportage titré "Soldats d'Allah", diffusé le 2 mai par la chaîne française Canal Plus, le journaliste Saïd Ramzi infiltre une cellule d'aspirants-jihadistes en France. L'émir du groupe, un jeune Franco-Turc se faisant appeler Oussama, lui décrit les joies qui les attendent à l'issue d'une mission suicide qui n'aura toutefois jamais lieu.

"Vers le paradis, c'est ça le chemin", lui murmure-t-il en souriant. "Viens, frère, on va au paradis. Nos femmes nous y attendent, avec des anges comme serviteurs. Tu auras un palais, un cheval ailé fait d'or et de rubis".

- Fragilité et psychiatrie -

En plus des délices de l'au-delà, les kamikazes sont certains que leur geste leur permettra d'ouvrir la porte des cieux à des dizaines de leurs proches, pour le salut desquels ils ont la certitude de se sacrifier.

Des dizaines d'imams, de spécialistes, d'exégètes du Coran et de la sunna (recueil des paroles et enseignements du Prophète) ont eu beau démentir cette notion du paradis promis aux jihadistes et, par procuration, à leurs proches, rien n'y fait.

"Tuer des gens pour aller au paradis, ce n'est bien entendu nulle part dans les textes", indique à l'AFP l'islamologue Ghaleb Bencheikh. "Des idéologues, manipulateurs, fanatiques, radicalisés, tout ce qu'on veut, manipulent cette idée de jihad, qui veut dire effort et non pas combat, ajoutant moult détails de description de ce paradis: c'est une construction humaine".

Selon lui, les fameuses 72 vierges promises aux kamikazes, les passe-droits pour le paradis qu'ils peuvent réserver à leurs proches, les délices sans fin, les chevaux ailés d'or et de rubis ne sont que des leurres destinés à tromper les faibles, les crédules ou les malades mentaux.

"Les houris (vierges soumises), les rivières de vin, de miel et de lait : ce sont des descriptions allégoriques. Mais malheureusement, quand on est fragile d'esprit, on peut y croire mordicus", ajoute Ghaleb Bencheikh.

 

 

"Ces sujets se disent : + je suis délinquant, je vais passer pour le militant d'une cause et de surcroît il m'est promis un au-delà meilleur et durable. Non seulement je vais tuer des gens, des enfants, mais comme c'est pour la bonne cause je vais être récompensé. C'est l'inversion totale des valeurs. Ça relève aussi de la psychiatrie".

Le 13 juin, alors qu'il est cerné par la police dans la maison du couple de fonctionnaires de police qu'il vient d'assassiner en région parisienne, Larossi Abballa avait été jusqu'à filmer et mettre en ligne son testament.

"Imagine-toi, ô Musulman. Il te suffit de t'élancer, de mourir, et te voilà au paradis, avec ton prophète (…) Quelle immense faveur !", dit-il, lisant un texte préparé à l'avance. "A ce moment là plus de soucis, plus d'épreuves. Seulement une jouissance sans fin !"

 

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Si l'EI se fonde sur la religion, pourquoi est-il si violent ?

La soudaine notoriété de Daech a suscité de multiples hypothèses quant à ses origines. Quels sont les événements qui ont conduit à l'émergence de ce groupe djihadiste ?

 

 

 

Malgré ce que l'on entend ici ou là, la religion n'est pas intrinsèquement pacifique. Ce présupposé repose largement sur l'idée, héritée du protestantisme, selon laquelle la religion est une pratique spirituelle, propre à chaque individu, et pervertie uniquement par des considérations bassement matérielles, notamment politiques.

Pourtant, des gens tuent – et adorent – au nom de la religion. Prétendre que le choix de l'une d'entre elles est plus juste que l'autre est non seulement problématique, mais historiquement faux. Les croisades, les attentats contre les cliniques qui pratiquent l'avortement, certains assassinats politiques, et les attaques des colons israéliens contre des biens matériels appartenant aux Palestiniens – pour ne citer que quelques exemples – ont été, et sont encore, motivés par la religion.

Ceci est dû au fait qu'elle repose sur la notion métaphysique de « croyant » et de « non-croyant » – une distinction fondée sur les concepts de bien et de mal, qui peut opportunément servir à justifier les actes de n'importe quel groupe.

Un passé imaginaire

Daech, une organisation fondamentalement violente qui prétend refléter fidèlement l'islam du prophète Mahomet, fait partie de ceux-là. Elle s'apparente à d'autres courants réformistes islamiques qui cherchent à ressusciter, à l'époque moderne, l'idée qu'ils se font du système politique et social que Mahomet (570-632) et ses premiers fidèles instaurèrent et vécurent en Arabie au VIIe siècle après Jésus-Christ.

Le problème, c'est que nous savons très peu de choses de ce système, si ce n'est par le biais de sources beaucoup plus tardives, comme la biographie (sira) de Mahomet ou les travaux d'historiens comme ceux d'al-Tabari (839-923).

La restauration du califat est l'un des principes fondateurs de Daech. Cette entité géopolitique, synonyme de l'empire islamique qui s'étendait du Maroc et de l'Espagne, à l'ouest, jusqu'aux Indes, à l'est, constitue le symbole de l'apogée de l'islam.

 

La destruction du monde débuterait par une lutte entre les forces du bien (les musulmans) et celles du mal. Cette vision apocalyptique, Daech se l'est appropriée. Là encore, il est utile de rappeler deux choses. La première, c'est que la majorité des musulmans n'accorde aucun crédit à cette vision des choses. La seconde, c'est que cette notion de « fin du monde » n'est évidemment pas propre à l'islam. On la retrouve dans le judaïsme et le christianisme, où elle ne relève pas du tout de l'orthodoxie.

Tolérance médiévale

Indépendamment du concept d'apocalypse, l'islam était-il particulièrement violent au VIIe siècle ? Sans émettre de jugement définitif sur ce sujet, on peut en tout cas rappeler les assassinats de trois des quatre premiers califes (successeurs) de Mahomet, ou les intenses débats théologiques de l'époque sur le fait de savoir qui était musulman ou non.

Les débats se concentraient notamment sur l'âme des grands pécheurs. Ces derniers restaient-ils toujours musulmans, ou bien leurs péchés les avaient-ils exclus de la communauté des fidèles ? Dans la doctrine de la plupart des musulmans, c'est à Dieu de statuer, et non aux hommes. Cependant, des groupes comme Daech prétendent en décider à la place de Dieu, ce qui ne correspond en rien aux croyances de la majorité des musulmans orthodoxes.

Un tel point de vue n'est certes pas incompatible avec l'islam, mais prétendre que des groupes comme Daech incarnent une interprétation médiévale de la doctrine islamique est injuste pour l'islam médiéval.

 

Une bayt al-hikma (maison de sagesse), construite au VIIIe siècle à Bagdad, symbolise ce que l'on a appelé l'âge d'or de la civilisation islamique. Pendant cette période de l'Histoire, des musulmans, des juifs et des chrétiens étudiaient les textes philosophiques et scientifiques de la Grèce antique.

Ces érudits ont contribué à faire progresser diverses disciplines, dont les mathématiques, l'astronomie, la médecine, l'alchimie ou la chimie, notamment. En un siècle à peine, l'islam était devenu un empire cosmopolite qui n'avait rien à voir avec l'interprétation stricte et dogmatique qu'en font des groupes comme Daech aujourd'hui.

Un outil puissant

Les critiques occidentaux qui tentent de faire croire que l'islam est responsable des actions de Daech, et qui brandissent celles-ci comme une preuve supplémentaire de la violence intrinsèque de cette religion, négligent d'autres causes profondes, et très récentes.

Parmi elles, citons le passé colonialiste européen dans la région, le soutien des États-Unis et de l'Europe à divers dictateurs impitoyables au Moyen-Orient et l'instabilité engendrée par l'invasion américaine en Irak après les attentats du 11-Septembre 2001. Sur la base de cette histoire moderne, Daech et d'autres groupes nourrissent un rêve « romantique », celui de ressusciter le règne idéalisé du puissant califat islamique.

La capacité indéniable de la religion à ne pas s'embarrasser de nuances quand il s'agit de faire la différence entre « fidèles » et « infidèles », ou entre le « bien » et le « mal », en fait une idéologie puissante. Entre les mains de démagogues, le discours religieux – utilisé de manière sélective et manipulé afin d'atteindre des objectifs précis – s'avère redoutable.

S'il est inexact de dire que la rhétorique de Daech est non-islamique, il importe de souligner ici qu'elle ne représente qu'un courant très particulier de l'islam, certainement pas le principal.

* Aaron Hughes, spécialiste en sciences des religions, pose la question de savoir si sa violence est inhérente à l'islam.

Traduit par Bamiyan Shiff pour Fast for Word.

Le jour où Daech paralysera nos communications, nos transports, nos sources d'énergie...

Le groupe État islamique recrute des hackers et la cyberguerre qu'il prépare risque d'être plus meurtrière encore que les attentats-suicides.

 

 

 

Les Anonymous sont un collectif de hackers particulièrement doués qui défend par des actions spectaculaires le droit à la liberté d'expression sur Internet. Depuis l'attaque contre Charlie Hebdo, cette communauté virtuelle a déclaré la guerre au terrorisme. Pourtant, l'un de ses membres, un ingénieur informaticien suisse, converti à l'islam, a rejoint Daech, révèle Jean-Paul Rouiller, ancien des services secrets helvétiques, et fondateur du Geneva Centre for training and analysis of terrorism (GCTAT). « Actuellement, 80 % des ressources informatiques des terroristes sont dévolues à leur communication, à la diffusion de leur vision du monde, au recrutement. La capacité de nous frapper, de casser nos réseaux est encore réduite. Mais ils s'activent aujourd'hui pour recruter des hackers », ajoute Jean-Paul Rouiller.

Alors qu'Al-Qaïda utilisait des téléphones portables ordinaires, et des cartes prépayées, Daech sait parfaitement crypter ces appareils depuis 2013, tout comme les courriers électroniques. Récemment, une note des services de renseignements français révélait qu'un groupe d'informaticiens aurait été constitué afin d'aider les djihadistes à communiquer le plus discrètement possible. Ces experts titulaires de diplômes universitaires fonctionneraient comme une « cellule d'assistance informatique ». Le jour où les terroristes auront la capacité de s'attaquer à nos réseaux, et donc à tous les objets connectés (il y en a aujourd'hui 18 milliards, il y en aura 50 milliards en 2020), les dégâts seront inimaginables. Beaucoup plus meurtriers que ne peuvent l'être les attentats-suicides.

Clouer au sol toute l'aviation

« Il suffit de 40 cybercriminels particulièrement expérimentés pour mettre un pays à genoux. Ils peuvent désorganiser nos télécommunications, nos moyens de transport, nos sources d'énergie », ont expliqué les différents intervenants qui participaient à Neuchâtel, en Suisse, à un colloque consacré à la lutte contre la cybercriminalité. Ce colloque, organisé par l'Association suisse de la sécurité de l'information, faisait notamment intervenir Joseph Billy, ancien directeur adjoint en charge de la division de contre terrorisme du FBI, Gal Messinger, ancien officier des forces de sécurité israéliennes, le Français Alain Bauer, professeur de criminologie appliquée au Conservatoire national des arts et métiers.

Ces spécialistes de la cybercriminalité relatent que lors du conflit qui opposait Moscou à Tbilissi, la Russie a réussi, grâce à l'informatique, à clouer l'aviation géorgienne au sol. Plus récemment, les Iraniens ont pu intercepter un drone américain qui survolait leur territoire. Il suffit pour cela d'intercepter le flux entre le centre de commandement et le drone. Le problème, c'est que les particuliers, comme d'ailleurs les chefs d'entreprise, n'ont toujours pas saisi que des hackers mal intentionnés savent bloquer votre voiture, couper votre chauffage, vider votre compte en banque. Ils peuvent aussi s'en prendre aux pacemakers des personnes souffrant de problèmes cardiaques…

Un faux loup solitaire

Alain Bauer, qui clôturait ce colloque, n'a guère parlé de hackers et de cyberguerre, mais les services secrets français ont dû entendre leurs oreilles siffler. « Un jeune policier d'origine maghrébine avait fort bien compris le degré de dangerosité d'un Mohamed Merah, avant qu'il n'assassine sept personnes, dont trois enfants juifs, mais sa hiérarchie, à Paris, n'a rien voulu savoir. Comme Merah ne portait pas de djellaba ni de barbe, et qu'il buvait de l'alcool, ils en ont déduit que ce n'était pas un terroriste ! Les services français savent compiler les infos, faire des fiches, mais ils ne savent pas analyser », lâche le criminologue.

Pendant longtemps, Mohamed Merah a été présenté comme un loup solidaire, qui se serait radicalisé seul, derrière son ordinateur. Jean-Paul Rouiller, l'ancien membre des services secrets suisses, rappelle que le jeune terroriste franco-algérien a été formé en 2011 dans les montagnes pakistanaises par le Tunisien Moez Garsallaoui, longtemps résident dans le canton de Fribourg. Marié à Malika el-Around, veuve d'un des assassins du commandant Massoud, Moez Garsallaoui (tué depuis par un drone américain) était l'un des précurseurs de la communication informatique des terroristes. « Sur ses sites internet, il y avait des salons privés, qui n'étaient accessibles qu'aux initiés, où par exemple le numéro 2 de l'organisation, Ayman al-Zawahiri, a pu discuter du sort d'otages retenus dans le désert avec des dirigeants d'Aqmi. »

 

Confessions d'un général irakien : "Mes anciens compagnons d'armes ont rejoint Daesh"

Waleed Kattan, médecin général chrétien dans l'armée de Saddam Hussein, a côtoyé quelques-uns des cadres actuels de l'organisation État islamique. Entretien.

 

 

 

Grand, mince, une fine moustache blanche, le docteur Waleed Kattan affiche une prestance assez british. Cet ophtalmologiste de 66 ans, formé en Autriche et en Grande-Bretagne, dirige depuis quelques années une clinique à Erbil, capitale du Kurdistan irakien. Il a fui Bagdad après deux tentatives d'assassinat. À l'époque de Saddam Hussein, cet orthodoxe était le chrétien le plus gradé de l'armée irakienne. À la tête du grand hôpital militaire de Bagdad, Waleed Kattan a examiné les yeux et prescrit des lunettes à la plupart des officiers supérieurs. « Je côtoyais la crème du parti Baas, qui dirigeait alors le pays. Même si j'étais chrétien, j'entretenais avec eux une vraie solidarité. C'étaient des frères d'armes. Nous étions des laïques. Pourtant, beaucoup d'entre eux sont devenus les cadres de l'armée de Daesh », constate l'ancien général.

Le Point.fr : Un chrétien pouvait donc devenir général du temps de Saddam Hussein…

Waleed Kattan : Je n'ai jamais aimé Saddam Hussein. Mais il était issu du parti Baas, un parti laïque, fondé par un Syrien chrétien, Michel Aflak, en 1947 à Damas. À l'époque de Saddam Hussein, l'Irak comptait 1,5 million de chrétiens. Combien en reste-t-il aujourd'hui ? 200 000 ? 300 000 ? La plupart vivent aujourd'hui dans la région autonome du Kurdistan. Musulmans sunnites et chiites, chrétiens, et même yazidis, nous étions des Irakiens. Et les chiites irakiens se sont battus avec autant de détermination que les autres durant la guerre contre l'Iran.

L'ouvrage du journaliste américain Michael Weiss, auteur de État islamique. Au coeur de l'armée de la terreur, révèle que Abou Ali al-Anbari, qui dirige Amniyat, les services de sécurité de Daesh, est un ancien agent des renseignements du régime de Saddam. Comment des laïques ont-ils pu rejoindre les pires des islamistes ?

Le régime irakien n'a été laïque que jusqu'à la première guerre du Golfe. Saddam Hussein a ensuite pris un virage islamiste très marqué. Un virage, qui, je pense, a échappé aux Occidentaux. En mettant en avant la religiosité de l'État, il cherchait sans doute à détourner les critiques liées à l'effondrement de notre économie provoqué par les sanctions économiques. Mais c'est surtout après 2003 que beaucoup de cadres qui dirigeaient l'Irak sont devenus islamistes, par réaction vis-à-vis des Américains qui ont détruit notre pays.

Vous connaissez donc les anciens baasistes qui encadrent aujourd'hui les combattants de l'État islamique ?

Oui, je connais la plupart d'entre eux. Pour moi, l'État islamique, c'est la bête de l'Apocalypse, ce sont des monstres, et il n'est pas question d'excuser leurs atrocités. Mais il faut savoir que les Américains, à partir de 2003, ont donné le pouvoir en Irak aux Iraniens, aux chiites, qui nous ont persécutés. Mon frère a été tué, j'ai eu la chance d'échapper à deux tentatives d'assassinat. C'est pourquoi je me suis installé au Kurdistan. Ma femme, dentiste, exerce également à Erbil. Avant même la prise de pouvoir de Mossoul par l'État islamique, les chrétiens vivaient dans la crainte permanente des enlèvements, des extorsions de fonds.

Quel regard l'ancien général porte-t-il sur les peshmergas, les combattants kurdes ?

Je connais personnellement de nombreux officiers supérieurs kurdes. Contrairement à leurs homologues de l'armée irakienne, eux, en revanche, n'hésitent pas à se battre en première ligne. Quant aux soldats, ils sont très combatifs, très déterminés. Mais ils ne possèdent pas l'armement pour reprendre seuls la ville de Mossoul, qui compte deux millions d'habitants.

Avez-vous encore des contacts avec des gens de Mossoul ?

C'est de plus en plus difficile, mais nous arrivons encore à savoir ce qui se passe. Notamment quand des hommes de Daesh se rasent la barbe et vont se fondre, incognito, dans le flux des réfugiés. Vous, les Européens, vous êtes trop naïfs : vous accueillez chez vous des criminels islamistes qui ne cherchent qu'à vous détruire. Retenez ces chiffres : nous étions 1,5 million de chrétiens en Irak. Aujourd'hui, nous ne sommes plus que 200 000. Tous les jours, des familles chrétiennes partent.

 

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