la bataille de la frontière (août 1914), Briey

Publié le par ottolilienthal

Engerand, Fernand (1867-1938). Auteur du texte

 

extraits :

« Si aux premiers jours de la guerre — déclarait la Leipziger Nachvichten, du 10 octobre 1917 — les Français avaient pénétré sur une profondeur d'une douzaine de kilomètres en Lorraine, ils auraient non seulement protégé leur propre production de minerai de Briey, mais porté à notre production allemande de minerai le coup mortel et la guerre eût été terminée en six mois par la défaite de l'Allemagne.  « L'Allemagne — avoue le conseiller Haux, dans la Kœlnisclie Zeitung, du 15 janvier 1918 — ne doit qu'à l'ignorance de ses ennemis, sur ces questions du fer et du charbon, d'avoir pu continuer sans aucune gêne sa fabrication industrielle. Ses grands bassins miniers sont exposés aux coups de l'ennemi. Les mines de Lorraine sont à la frontière même : les Français en auraient pu aisément anéantir, dès les premiers jours, toutes les superstructures avec des pièces à longue portée et en paralyser l'activité. Si nos ennemis avaient su, au début de la guerre, qu'ils pouvaient paralyser toute notre activité industrielle, c'en était fait de nous « Si nous ne possédions Briey — confesse le Dr Reichert, l'un des signataires du mémoire rapporté, dans le Wirichaftzeilung der Zentralmaetche, du 7 décembre 1917 — nous aurions été depuis longtemps vaincus, car nous n'aurions pu produire en suffisance le fer et l'acier Thomas ; nous n'aurions pu approvisionner, comme il le fallait, notre armée, notre marine, les armées de nos alliés. Il est facile de se représenter ce qui serait alors advenu des puissances centrales. Si nos ennemis nous avaient chassés de Lorraine, nous n'aurions pu produire que le quart de la fonte que nous fabriquions en temps de paix ; ni nous, ni nos alliés, n'aurions pu vivre dans ces conditions. Briey nous a sauvé la vie. »

 

 

Le 29 mai 1916, M. Henry Bérenger, rapporteur de la Commission de l'armée, présentait à la Délégation sénatoriale des grandes Commissions son rapport sur « le minerai de fer, le coke métallurgique et la conduite de la guerre actuelle ». La Commission de l'armée du Sénat prenait en conséquence une délibération ainsi motivée :

« La Commission. constatant qu'il résulte d'une déclaration officielle du ministère des Travaux publics, en date du 26 mai 1916, que si l'Allemagne était privée des 30 millions de tonnes de minerai de fer de la Lorraine et du Luxembourg, l'empire allemand serait dans l'impuissance de continuer la guerre actuelle. appelle de la manière la plus pressante l'attention du gouvernement sur cette question vitale. »

En décembre 1916, de mon côté, je saisissais la Chambre, -réunie en Comité secret,de cette question de Briey : je ne fus ni écouté, ni entendu.

A la longue et la réflexion aidant, on put se rendre compte du péril effroyable qu'avait fait courir à la France la perte de cette région de Briey, l'âme même de notre métallurgie.

L'évaluation du dommage a été faite par le Comité consultatif -des arts et manufactures et consignée dans le Rapport général sur l'industrie française, publié en 1919 par le ministère du Commerce. Je ne fais qu'en transcrire les données essentielles : « L'INVASION DE 1914 NOUS A PRIVÉS DE 83 % DE NOTRE PRODUCTION DE MINERAI DE FER, DE 62 % DE NOTRE PRODUCTION DE FONTE, ENFIN DE 60 % ENVIRON DE NOTRE PRODUCTION D'ACIER. »

La perte de Briey et l'occupation de la région houillère du Nord furent l'origine et la cause essentielle de toutes nos diffi


cultés métallurgiques et pesèrent du plus lourd poids sur les finances du pays.

M. Loucheur, ministre de la Reconstitution industrielle, a déclaré à la Commission de Briey : « Je considère que le fait de n'avoir pas sauvé à tout prix les usines de Briey est une chose extrêmement regrettable et qu'avoir été privé de toute la métallurgie du Nord et de l'Est est une chose effroyable, qui pouvait avoir de terribles conséquences.

.« LA PERTE DE BRIEY A ÉTÉ UNE CATASTROPHE.

« J'estime, que le fait d'avoir été privé de toute la métallurgie de l'Est, du Nord et du Pas-de-Calais a pu, à un moment donné, mettre en péril le pays et, de plus, lui a coûté, au point de dépense à l'étranger, un prix énorme puisque de ce fait il a fallu payer en dollars et en livres toute une série de produits que nous aurions pu avoir autrement. »

La justification de ce mot de CATASTROPHE se trouve encore dans le rapport du maréchal Foch, présenté le 25 février 1919 à. la Conférence de la Paix, et connu sous le nom de Mémoire du gouvernement français sur la fixation au Rhin de la frontière occidentale de l'Allemagne et l'occupation interalliée des ponts du fleuve : « Avant même la déclaration de guerre — y peut-on lire — l'Allemagne a occupé un territoire d'où la France tirait 90 % de sa production de minerai, 86 % de sa production de fonte, 75 % de sa production d'acier, et 95 hauts fourneaux sur 127 sont tombés aux mains de l'ennemi. Cette situation a permis à l'Allemagne de multiplier ses ressources de guerre, en même temps qu'elle privait la France de ses moyens de défense les plus nécessaires. Elle a failli aboutir, à la prise de Paris en septembre 1914, de Dunkerque, de

Calais et de Boulogne six semaines plus tard. Tout cela n'a été possible que parce que, à nos portes, à quelques jours de marche de notre capitale, l'Allemagne disposait de la plus formidable place d'armes offensive que l'histoire ait jamais connue. »

Et le maréchal Foch, dans ce même mémoire, affirmant le grand but de guerre que fut pour l'Allemagne le minerai de Briey, déclarait que « l'Allemagne a reconnu explicitement que, si elle a pu mener la dernière guerre, c'est en se saisissant par une attaque brusquée du minerai français sans lequel jamais, au grand jamais, elle n'aurait pu conduire victorieusement cette guerre. »

Si la perte de Briey fut « une catastrophe » au point de vue français, la perte de Thionville en eût pu être une comparable au point de vue allemand. Le 26 mai 1916, la Direction des mines remettait à M. le sénateur Henry Bérenger une note officielle où l'on peut. relever cette déclaration catégorique : « Si la région de Thionville était occupée par nos troupes, l'Allemagne serait réduite aux quelques 7 millions de tonnes de minerais pauvres qu'elle tire de la Prusse et de divers autres États ; toutes ses fabrications seraient arrêtées. Il semble donc que l'on puisse affirmer que L'OCCUPATION DE LA RÉGION DE THIONVILLE METTRAIT IMMÉDIATEMENT FIN A LA GUERRE, PARCE QU'ELLE PRIVERAIT L'ALLEMAGNE DE LA PRESQUE TOTALITÉ DU MÉTAL QUI LUI EST NÉCESSAIRE POUR SES ARMEMENTS. »

 

sans commentaire.

 

texte intégral ci dessous :

 

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6528962n/texteBrut

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