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Bitcoin : escrocs en pièces jointes

Publié le par ottolilienthal

La Banque de Chine n’aime (décidément) pas le Bitcoin

 
Digital Les autorités monétaires ont décrété illégales les levées de capitaux en cryptomonnaies.

En trois jours, le Bitcoin a chuté de 4 189 euros à près de 3 650 euros, soit de 13 %. Le Bicoin et ses cousins (comme l’Ethereum), ont en effet été heurtés par une décision de la Banque de Chine qui a déclaré illégales les levées de fonds en cryptomonnaies. On parle ici de levées de fonds destinées au lancement de start-up dont la croissance nécessite d’importantes mises de fonds. Avec l’avantage pour les entrepreneurs qui utilisent cet outil, de ne pas devoir payer les frais imposés par le système financier pour de telles opérations, et d’éviter des tracasseries comme la publication d’un prospectus détaillé destiné aux investisseurs. Ils évitent aussi de devoir présenter leurs projets à des "venture capitalists", des spécialistes de l’investissement en sociétés naissantes non-cotées.

On parle d’ICO, pour "Initial Coin Offering". L’exemple le plus frappant est celui d’un des cofondateurs de Mozilla (et de son navigateur Internet Firefox) qui a levé plus de 30 millions de dollars, au printemps dernier, en moins d’une minute, pour développer et promouvoir un nouveau navigateur Internet ! La rapidité du succès (ou de l’insuccès) d’une telle opération est évidemment un atout majeur dans le monde des start-up Internet où le temps passe plus vite qu’ailleurs (c’est une image, Albert !).

Très sérieusement, la Banque de Chine qui doit déjà gérer les problèmes liés au surrendement douteux de géants industriels investissant à l’étranger, a estimé que ces transactions recèlent trop de risques pour être acceptables. Elle ne s’est d’ailleurs pas prononcée sur le seul Bitcoin mais sur les cryptomonnaies en général. "Les ICO sont par nature, un type d’opérations non autorisées, illégales, et suspectées d’être liées à des opérations criminelles ou à de la fraude financière du type des pyramides de Ponzi", a relevé le journal chinois China Daily dans son édition en anglais.

 

Patrick Van Campenhout Publié le

 

 

 

 

La monnaie numérique bitcoin attire autant qu'elle inquiète. La banque centrale chinoise a officiellement interdit aux institutions financières, jeudi 5 décembre, d'utiliser cette monnaie non régulée, susceptible de mettre à mal le contrôle qu'exerce l'Etat sur les flux d'argent en Chine. D'autant que sa valeur fluctue fortement. La crainte qu'elle interfère avec les monnaies classiques, contre lesquelles elle peut être échangée, est grande.

 

Elle l'est également à la Banque de France, qui a publié jeudi (PDF) une note mettant en garde contre l'utilisation de la monnaie, qualifiée de « hautement spéculative » et qui « représente un danger financier certain » pour ses détenteurs. La Banque de France appelle aussi à une action des autorités contre les activités illicites permises par cette monnaie numérique.

 

Récemment, pourtant, plusieurs entreprises ont annoncé accepter les paiements avec cette monnaie. Pêle-mêle, on retrouve des voyages dans l'espace proposés par Virgin, un outil de création de magasins en ligne – Shopify – ou l'achat de jeux vidéo à prix libre. Mais l'impact du bitcoin pour ces pionniers est difficile à évaluer.

 

UNE « COURSE À L'ARMEMENT »

 

Le bitcoin est une monnaie numérique sécurisée, dont toutes les transactions sont publiques. Il n'y a pas d'autorité centrale ou de propriétaire : le réseau d'ordinateurs qui fait fonctionner bitcoin se gère lui-même. Si les transactions sont publiques, un internaute n'est pas identifié par son nom et peut avoir autant de comptes qu'il le souhaite.

 

En fournissant de la puissance de calcul au réseau, c'est-à-dire en laissant fonctionner en continu sur son ordinateur le logiciel qui sécurise les transactions, un utilisateur acquiert de l'argent. Cette activité est appelée le « minage ». Seule grande règle : plus le temps passe, moins un calcul génère de bitcoins. Malgré cela, des disques durs donnant accès à de vieilles réserves de bitcoins peuvent désormais valoir plusieurs millions d'euros.

 

Mais cette règle conduit à une « course à l'armement », comme l'explique Business Insider. En une journée, KnCMiner, un constructeur de matériel dédié au minage, a ainsi vendu pour 8 millions de dollars (5,9 millions d'euros) d'ordinateurs spécialisés, à 10 000 dollars (7 300 euros) pièce. Equipées de processeurs spécifiques, ces machines seraient capables de miner pour environ 2 bitcoins par jour, soit actuellement plus de 1 500 euros.

 

RECRUDESCENCE DE « CASSES »

 

Les sommes en jeu, souvent des millions d'euros, attisent les convoitises. Un moyen commun d'échanger des bitcoins est de les placer dans un point d'échange, qui permet de convertir la monnaie numérique en monnaies classiques, comme l'euro. Mais ces points centraux sont devenus la cible privilégiée de pirates en quête de devises.

 

C'est le cas du Bitcoin Internet Payment Services (BIPS), un service danois qui se revendique comme le plus gros point d'échange européen. Comme le rapportait le site Infoworld le 26 novembre, les BIPS ont été visés par une attaque en « déni de service », destinée à les rendre inaccessibles. Une seconde attaque a permis aux assaillants de mettre à mal la sécurité du site et de voler 1 295 bitcoins, valant plus de 1 million d'euros. BIPS a alors décidé de supprimer son service de « porte-monnaie » (stockage en ligne de bitcoins) pour se concentrer sur les échanges.

 

Au début de novembre, c'était le porte-monnaie Inputs.io qui était piraté. Le voleur s'est accaparé 4 100 bitcoins, pour une valeur de 1 million de dollars à l'époque… 4,4 millions de dollars (3,3 millions d'euros) aujourd'hui. Le site a depuis fermé. Plusieurs autres attaques ont eu lieu en novembre, concernant de plus petites sommes.

 

A chaque fois, les utilisateurs lésés expriment leur mécontentement sur des forums spécialisés… eux aussi sujets aux attaques. L'un des forums les plus appréciés, Bitcointalk, a été hacké entre le dimanche 1er et le lundi 2 décembre. Un assaillant a détourné le nom de domaine du site (bitcointalk.org) et a pu intercepter toutes les données transitant vers le site dans la nuit : mots de passe, messages envoyés, messages privés, informations techniques…

 

« LA PLUS GRANDE ESCROQUERIE DE L'INTERNET CACHÉ »

 

Ces nombreux incidents n'ont pas contribué à améliorer l'image de la monnaie, qui est déjà un outil de choix pour l'achat d'objets illicites (armes, drogue, faux papiers…). Elle est même l'unique moyen de paiement de certains magasins en ligne cachés de l'Internet (dark Web). C'est notamment le cas du premier d'entre eux, The Silk Road, fermé au début d'octobre et rouvert un mois plus tard. Ces sites, dont les gestionnaires sont anonymes, sont eux aussi l'objet de « coups » réguliers.

 

Le plus récent a touché Sheep Marketplace, un équivalent d'eBay spécialisé dans la drogue et décrit comme le service le plus populaire après la fermeture de The Silk Road, au début d'octobre. Selon Computerworld, dimanche 1er décembre, la page d'accueil du site a été remplacée par le message « Sheep is down » (« Sheep est tombé ») et annonçait qu'un vendeur avait volé les 5 400 bitcoins des utilisateurs, représentant 4,3 millions d'euros.

 

Certains utilisateurs soupçonnent les créateurs du site d'être partis avec la caisse en blâmant un pirate imaginaire. Avant l'incident, certains vendeurs réputés proches des gestionnaires auraient cassé les prix et réclamé un paiement immédiat… et les administrateurs auraient empêché les utilisateurs de retirer leur argent quelques jours avant le « vol ». Au total, plus de 36 millions d'euros auraient disparu.

 

S'il ne s'agit pas de la première fermeture inopinée parmi les places de marché illicites, celle de Sheep Marketplace est déjà décrite comme « la plus grande escroquerie de l'Internet caché ». Les administrateurs du site ont dirigé les membres vers une seconde place de marché, qui nie actuellement tout lien. Une place concurrente, BlackMarket Reloaded, a décidé de fermer dans la foulée, en laissant ses membres retirer leur argent. Le site explique ne plus pouvoir garantir l'anonymat des internautes.

 

RANÇONS ET VIRUS MINEURS

 

D'autres activités illicites profitent du bitcoin, notamment des virus. Par exemple CryptoLocker, un ransomware, qui infecte un ordinateur et chiffre le contenu du disque dur, rendant les données inexploitables. Le logiciel affiche ensuite ses exigences : un paiement sous quelques jours, sous peine de voir les fichiers définitivement inaccessibles. La rançon pour retrouver les fichiers est payable en bitcoins. Une mise à jour récente a d'ailleurs modifié le montant demandé, pour intégrer les fluctuations de la monnaie : de 2 bitcoins, la dîme est passée à 0,5 bitcoin (400 euros).

 

D'autres virus se sont spécialisés dans le minage à partir d'ordinateurs infectés. Plutôt que de laisser fonctionner le logiciel de minage sur leur propre ordinateur, certains utilisateurs créent des virus chargés de miner des bitcoins ailleurs en leur nom.

 

Ils profitent notamment du fait que, pour se financer, de nombreux logiciels intègrent des « applications tierces non voulues » – par exemple des barres de recherche pour navigateurs Web – lors de leur installation, souvent grâce à une case laissée cochée par l'utilisateur.

 

Certains y intègrent discrètement des outils de minage. Des utilisateurs de l'antivirus MalwareBytes en ont repéré, à la fin de novembre : un logiciel de la société Mutual Public avait téléchargé un mineur bitcoin, qui consommait la moitié des ressources des PC. Une pratique encore rare, qui pourrait se généraliser si elle se révèle efficace.

 

 

Guénaël Pépin
Journaliste au Monde

 

http://www.lemonde.fr/technologies/article/2013/12/05/bitcoin-escrocs-en-pieces-jointes_3524873_651865.html

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