Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Sarkozy...

Publié le par ottolilienthal

Affaire du financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy : on vous explique pourquoi le revirement de Ziad Takieddine est sujet à caution

Depuis Beyrouth, où il a fui la justice française, le principal accusateur de l'ancien président dans cette affaire est revenu sur ses déclarations. Une volte-face qui pourrait remettre en cause l'ensemble du dossier.

Nouveau rebondissement dans l'affaire du financement libyen supposé de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. En fuite au Liban alors qu'il a été condamné en juin à cinq ans de prison en France dans une autre affaire, Ziad Takieddine, homme d'affaires franco-libanais de 70 ans, fait volte-face.

Le principal accusateur de l'ancien président assure mercredi 11 novembre, dans une interview vidéo à Paris Match et BFMTV"n'avoir jamais remis cinq millions d'euros pour la campagne de Nicolas Sarkozy". Il revient ainsi sur des déclarations filmées faites au site d'investigation Mediapart, le 15 novembre 2016. "J'ai remis trois valises d'argent libyen à Guéant et Sarkozy" (pour financer la première campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy), déclarait-il alors, avant de réitérer ses propos devant la justice. Voici pourquoi son dernier retournement est sujet à caution.

C'est un personnage en fuite et "aux abois"

Franco-libanais, Ziad Takieddine a bâti sa fortune comme intermédiaire, notamment dans les contrats internationaux de ventes d'armes, souligne L'Express dans ce portrait datant de 2011. Il s'est réfugié à Beyrouth alors qu'il a été condamné en juin 2020 à cinq ans de prison ferme dans l'affaire Karachi, liée à la vente par la France de sous-marins au Pakistan en 1994. Il s'agit donc d'un homme en cavale fuyant la justice française, dont les propos sont accueillis avec scepticisme par les connaisseurs de l'affaire libyenne. 

Interrogé par franceinfo, le journaliste Vincent Hugeux, auteur d'un livre intitulé Kadhafi (éditions Perrin, 2017), dit ainsi accueillir ce rebondissement "avec une infinie circonspection, teintée d'amusement".

Ziad Takieddine est un personnage – on le sait aux abois, en cavale, condamné à une peine de prison ferme dans l'affaire Karachi –, qui nous assène depuis maintenant sept ans des vérités successives et contradictoires.

Vincent Hugeux (journaliste)

à franceinfo

Il avait affirmé plusieurs fois avoir lui-même remis de l'argent à Nicolas Sarkozy

Aujourd'hui, Ziad Takieddine assure "n'avoir jamais remis cinq millions d'euros pour la campagne de Nicolas Sarkozy". Il accuse les juges de "lui avoir mis la pression". "Je le dis haut et fort, ce juge Tournaire (l'ancien juge d'instruction en charge du dossier) a bien voulu tourner ça à sa manière et me faire dire des propos qui sont totalement contraires aux propos que j'ai dits (...) : il n'y a pas eu de financement de campagne présidentielle de Sarkozy".

"C'est une volte-face que personne n'attendait", commente la journaliste de France Télévisions Sophie Neumayer dans la vidéo de France 2 ci-dessous. "Certes, Ziad Takieddine est régulièrement décrit dans les médias comme 'spécialiste de la volte-face (...). C'est le maillon faible, il est fou, il est versatile (...), connu pour ses déclarations fluctuantes" et il a "même été condamné pour faux témoignage dans un autre dossier", complète-t-elle.

Néanmoins, jusqu'à ses déclarations fracassantes à Paris Match ce 11 novembre, Ziad Takieddine avait régulièrement confirmé avoir transporté cet argent libyen destiné à financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.

Il avait été interrogé à au moins quatre reprises sur le sujet par le juge d'instruction Serge Tournaire. Et en janvier 2020, lors de sa dernière audition par les successeurs du juge Tournaire, Aude Buresi et Marc Sommerer, il n'était pas revenu sur ses précédentes déclarations. L'homme d'affaires est mis en examen dans ce dossier pour complicité de corruption, de trafic d'influence, et complicité de détournement de fonds publics. 

Le parquet national financier a réagi aux dernières déclarations de l'homme d'affaires, jeudi 12 novembre. Le procureur rappelle que "les interrogatoires de M. Ziad Takieddine (...) ont été effectués par un ou plusieurs juges d'instruction en présence d'un greffier et de l'avocat de M.Takieddine" et qu'"à chaque fois, M. Takieddine a disposé de tout le temps nécessaire pour relire ses procès-verbaux d'auditions avant de les signer". Le parquet précise que l'homme n'a "jamais formulé la moindre observation sur le déroulement de ses interrogatoires". 

Ziad Takieddine avait également porté ces accusations à plusieurs reprises dans la presse, notamment auprès de Mediapart en 2016, ainsi qu'en mars 2018 au micro de franceinfo.

Les déclarations dédouanent Nicolas Sarkozy, pas forcément ses proches

Mis en examen dans ce dossier depuis mars 2018 pour "recel de détournement de fonds publics", "corruption passive" et "financement illégal de campagne électorale", et depuis mi-octobre pour "association de malfaiteurs", Nicolas Sarkozy s'est réjoui sur les réseaux sociaux de ce revirement de situation.

"La vérité éclate enfin. Depuis sept ans et demi, l'instruction n'a pas découvert la moindre preuve d'un quelconque financement illicite", écrit l'ancien chef de l'Etat sur son compte Facebook. "L'information judiciaire ouverte sur les seules déclarations mensongères de Ziad Takieddine se trouve aujourd'hui dans une impasse complète." 

Le principal accusateur reconnaît ses mensonges. Jamais il ne m'a remis d'argent, jamais il n'y a eu de financement illégal de ma campagne de 2007.

Nicolas Sarkozy

sur son compte Facebook

"Je demande à mon avocat Thierry Herzog de déposer une requête en démise en examen et d'engager une procédure pour dénonciation calomnieuse contre Ziad Takieddine, dont les précédentes allégations m'ont causé un préjudice considérable", conclut-il. En clair, il demande à ne plus être mis en examen.

Mais les dernières déclarations de Ziad Takieddine n'innocentent pas les proches de l'ancien président, en particulier Claude Guéant, l'ex-secrétaire général à l'Elysée de Nicolas Sarkozy, qui deviendra ensuite son ministre de l'Intérieur. "Tout ce que j'ai fait c'est donner 5 millions en cash à Claude Guéant, chez moi, à la maison, en application des termes d'un accord de sécurité entre la France et la Libye. C'était en 2005. Un contrat de sécurisation des systèmes informatiques et de transmissions prévoyait de former en France du personnel libyen avec des rotations tous les mois", affirme-t-il aujourd'hui à Paris-Match.

Selon Fabrice Arfi, le journaliste de Mediapart à l'origine des révélations sur cette affaire, ces propos "colle(nt) à merveille à la nouvelle stratégie de défense de Sarkozy dans l'affaire libyenne", consistant, entre autres, à "charger" Claude Guéant, dont il fut autrefois très proche.

D'autres indices existent, mais sans preuve indiscutable

Enfin, font encore valoir les spécialistes, l'enquête "libyenne" ouverte après la publication par Mediapart en 2012 d'un premier document censé prouver que la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 avait été financée par le régime de Kadhafi, repose désormais sur d'autres éléments que les déclarations de Ziad Takieddine. 

En sept ans de travail, les magistrats ont réuni une somme d'indices troublants qui ont donné corps à cette théorie. Toutefois, aucune preuve matérielle indiscutable n'a pour l'heure été retrouvée, même si des mouvements de fonds suspects ont conduit à neuf mises en examen à ce jour. Le dernier mis en cause dans ce dossier est Thierry Gaubert, un ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy. Il a été mis en examen en janvier 2020 pour "association de malfaiteurs".

Thierry Gaubert est en effet soupçonné d'avoir touché le 8 février 2006 un virement de 440 000 euros provenant du régime libyen de Kadhafi, sans que l'on sache quel usage en a été fait. Les fonds ont transité par une société dénommée Rossfield et appartenant à Ziad Takieddine, longtemps un de ses intimes. Le dossier repose aussi sur d'autres éléments comme des témoignages de dignitaires libyens ou des notes des services secrets de Tripoli.

Toutefois, comme le note le journaliste du Monde Gérard Davet, l'ensemble du dossier pourrait être remis en cause par ce revirement. Cette enquête repose en grande partie sur les déclarations de M. Takieddine, un personnage "qui ment comme il respire". Le journaliste relève en outre qu'"entre donner de l'argent, éventuellement, à des proches de Nicolas Sarkozy et le donner à Nicolas Sarkozy pour sa campagne présidentielle, il y a une marge gigantesque".

France Télévisions
https://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/libye/affaire-du-financement-libyen-de-la-campagne-de-nicolas-sarkozy-pourquoi-le-revirement-de-ziad-takieddine-est-sujet-a-caution_4178175.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20201113-[lestitres-coldroite/titre6]

"..le 21 octobre 2017, sur Europe 1, le général Vincent Desportes, ancien patron de l'Ecole de guerre, avait qualifié de "stupide" la guerre de Lybie menée en 2011 par Nicolas Sarkozy et David Cameron, avec le soutien de Barack Obama et l'approbation de François Hollande."

 

extrait de l'article "la guerre de Lybie était prévisible", Le Canard enchaîné, 10 avril 2019

Claude Guéant définitivement condamné à un an de prison ferme

 

La Cour de cassation a rejeté mercredi le pourvoir en cassation de l'ancien ministre de l'Intérieur Claude Guéant dans une affaire de détournement de fonds public.

Celui qui était le bras droit de Nicolas Sarkozy est définitivement condamné à deux ans de prison dont un ferme, à 75 000 euros d'amende, et à une interdiction définitive de toute fonction publique pour une durée de cinq ans.

 

Cette peine avait été prononcée le 23 janvier 2017 par la cour d'appel de Paris.

Quand Nicolas Sarkozy était ministre de l'Intérieur

Claude Guéant avait été condamné pour avoir utilisé à des fins personnelles une partie des 210 000 euros prélevés en espèces sur une enveloppe destinée aux frais d'enquête et de surveillance de la police (qui servent notamment à rétribuer les indicateurs).

Ces faits remontent à la période 2002-2004, alors que Claude Guéant était le directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Intérieur.

Lors de l'audience en appel, l'avocat général avait parlé d'un dossier "particulièrement navrant" de détournement de fonds servant "le confort de quelques hautes fonctionnaires". Plusieurs collaborateurs de Claude Guéant, qui avaient eu aussi profité de cet argent, avaient eux aussi été condamnés.

Affaire libyenne : le fils de Kadhafi accable de nouveau Sarkozy dans une lettre

Saïf Al-Islam Kadhafi a réitéré ses accusations sur le financement de la campagne de l'ancien président Nicolas Sarkozy.

 
 

Dans une lettre datée du 11 septembre et adressée à la justice française, le fils de Kadhafi, emprisonné, torturé puis libéré en juin 2016 en Libye, a de nouveau accablé l'ancien président de la République Nicolas Sarkozy, impliqué dans l'affaire libyenne. 

Le Monde a eu accès à cette missive de 8 pages en arabe, transmise cet été par l’intermédiaire de son cabinet d’avocats britannique.

 
 

Saïf Al-Islam Kadhafi, toujours recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité, y détaille certaines transactions impliquant Claude Guéant, qu'il assure avoir été envoyé par Nicolas Sarkozy.

"Il avait pour rival Dominique de Villepin, également candidat. Or, les chances de réussite de ce dernier étaient maigres, ce qui avait été confirmé par des rapports spécialement commandés à cet effet. Cela avait encouragé l’Etat libyen à s’intéresser à la question du soutien à Sarkozy, qu’il avait effectivement reçu sous la forme d’une somme de 2 millions et demi d’euros", écrit-il dans sa lettre.

L'ancien président, mis en examen en mars dernier pour "corruption passive, financement illégal de campagne électorale et recel de détournement de fonds publics" aurait alors "dépêché Claude Guéant, afin de recevoir l’argent".

Claude Guéant debout sur une valise d'argent

Selon le fils de l'ex-chef d'Etat libyen, ces contacts ont été établis en marge des négociations de la vente d'avions Airbus à la Libye en 2006.

Saïf Al-Islam Kadhafi raconte également une anecdote selon laquelle "la valise n’ayant pu contenir les sommes facilement, Claude Guéant serait monté dessus, appuyant avec ses pieds pour la fermer. Claude Guéant serait ensuite reparti en France avec ce montant".

Contacté par Le Monde, l’ancien secrétaire général de l’Elysée, qui a nié en bloc, a estimé que l'auteur de la lettre était "animé d’une soif de vengeance" cherchant à "mettre en cause Nicolas Sarkozy, artisan principal de l’intervention militaire en Libye, et ses collaborateurs".

Selon le quotidien, "les indices se sont révélés graves ou concordants aux yeux des juges d’instruction".

La violente charge de Thierry Breton contre la gestion de la crise par Sarkozy

Dans une interview à France Inter, l'ancien ministre de l'économie a vertement critiqué la gestion de la crise par Nicolas Sarkozy entre 2007 et 2012.

 
 
 
 
 

C'est une sortie étonnante de la part d'un ancien camarade de gouvernement. L'ex-ministre de l'Economie Thierry Breton (des gouvernements Raffarin et Villepin, de 2005 à 2007) a violemment critiqué la gestion de la crise par Nicolas Sarkozy entre 2007 et 2012 au cours d'une interview sur France Inter, ce mardi 19 janvier. "On a eu une gestion de la crise entre 2007 et 2012 qui a été l'une des plus mauvaise de tous les pays européens. On a augmenté la dette de la France de 600 milliards d'euros. On a décroché totalement par rapport à l'Allemagne", a lancé l'ancien président du conseil d'administration d'Orange.

"C'est la Cour des comptes qui le dit. Sur les 600 milliards de dettes supplémentaires qui ont été créés, 200 milliards sont dus à la crise, 400 milliards par une très mauvaise gestion", a enfoncé Thierry Breton. Un argument déjà développé par les journalistes du Point et de Marianne Mélanie Delattre et Emmanuel Lévy dans leur livre Un quinquennat à 500 milliards. Ces derniers estimaient que la part de la crise dans le dérapage des finances publiques de la France était réduite, et que c'est bien le manque de rigueur économique de Nicolas Sarkozy qui avait fait s'envoler la dette publique.

Un décrochage tragique avec l'Allemagne

Thierry Breton a regretté l'absence de réaction de Nicolas Sarkozy à l'époque face à l'envolée des dépenses publiques. "Je l'ai dit tout de suite. Je l'ai dit en permanence, je l'ai dit immédiatement parce que j'ai vu à ce moment là ce décrochage par rapport à l'Allemagne qui, aujourd'hui, est tragique", a-t-il indiqué. Et d'avancer un bilan alarmiste:  "Nous avons près de 2.000 milliards de dettes aujourd'hui, nous avons quasiment multiplié par deux la dette de la France en moins de 10 ans. Pendant ce temps là, l'Allemagne va être à 70% contre 100% pour nous (rapport dette/PIB, ndlr). Ce décrochage va être tragique pour la construction européenne et pour l'avenir de nos concitoyens".

Ce n'est pas la première fois que Thierry Breton sermonne Nicolas Sarkozy. En août 2012, l'ancien pensionnaire de Bercy s'était déjà montré très réservé sur le bilan de l'ancien chef d'Etat. "Il faut être lucide, il ne s’est pas passé que des bonnes choses au cours de ces cinq dernières années. Il faut désormais gérer tout cela", avait-il déclaré. Avant d'estimer que la France, devenue en 2013 "le premier pays émetteur de dette en euros au monde, devant l’Espagne, devant l'Italie, devant la Grèce" allait être "sous les yeux des marchés financiers (...) jusqu'à la fin de la décennie". Optimiste. 

 

Challenges.fr le 19.01.2016

L'étonnant "cadeau" de 300 000 euros fait par Fillon à Sarkozy

 

 

Décidément, Nicolas Sarkozy a un problème avec les comptes de campagne... 

François Fillon aurait accordé 300 000 euros à l'ex-chef de l'État pour l'aider à boucler le budget de la campagne de la primaire de la droite et du centre.

La transaction est évoquée par Patrick Stefanini, son directeur de campagne, dans son livre ("Déflagration", sortie le 23 novembre) et confirmée par Paris match.

En campagne trop tard 

À l'été 2016, Nicolas Sarkozy brigue l'investiture pour la présidentielle à la primaire de la droite et du centre. Mais parti plus tardivement en campagne que ses rivaux, comme Alain Juppé ou François Fillon, il a pu lever moins de dons.

Du coup, son parti, Les Républicains, lui a délégué sept permanents et prêté du matériel informatique. Finalement vaincu, Nicolas Sarkozy aura mené une campagne au coût de 1,3 million d'euros... avec un budget d'un million. 

Évidemment, Les Républicains lui ont présenté l'ardoise. 

Deal le 13 janvier

Embarrassé, Nicolas Sarkozy a demandé l'aide de son ex-Premier ministre, lors d'un déjeuner le 13 janvier. 

Soucieux d'apaiser les relations entre les deux hommes - et de s'assurer son soutien pendant la campagne - François Fillon a accepté d'éponger la dette de Nicolas Sarkozy.

Deux chèques au printemps

Il est vrai qu'avec 15 millions d'euros - dont 10 levés pendant la primaire - François Fillon est loin d'être dépourvu en ce début d'année...

L'ardoise de Nicolas Sarkozy a donc été épongée grâce à deux chèques de 200 00 et 100 000 euros, versés au printemps dernier. 

La pratique, rappelle Paris match, est parfaitement légale. Mais connaître le détail de ces transactions lève un voile cru sur les ressorts de la vie politique.

la petite boutique des sondages de l'Elysée face à la justice

«Libération» a pu consulter le dossier d’instruction désormais bouclé qui vaut à six proches de Sarkozy d’être mis en examen. S’y dessine en creux une pratique très particulière du pouvoir.

Vers un procès de l’ivresse sondagière. Sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, l’Elysée a dépensé dix millions d’euros en sondages plus politiciens les uns que les autres. Patrick Buisson, alors deus ex machina en la matière mais répudié depuis pour avoir enregistré l’alors chef de l’Etat à son insu, a décrit ses relations avec son «client» très particulier : «Il m’a fallu résister à sa pression constante, obsessionnelle, qui concluait pratiquement chacune de nos conversations quotidiennes en me demandant de commander et de publier de nouveaux sondages.» Claude Guéant, ancien secrétaire général de l’Elysée, tente de bémoliser : «Je ne veux pas dire qu’il soumettait ses décisions à l’opinion, mais qu’il avait besoin de savoir ses forces, ses faiblesses, les obstacles à surmonter.» La cour d’appel de Paris a résumé - ironiquement ? - la problématique : «On peut raisonnablement penser qu’il ne s’agissait pas en l’espèce des seuls éléments sur lesquels le chef de l’Etat déterminait et conduisait la politique de la nation.» Le juge d’instruction Serge Tournaire vient de boucler son enquête sur l’affaire dite des «sondages de l’Elysée». Six anciens collaborateurs de l’ex-président (Claude Guéant, Emmanuelle Mignon, Patrick Buisson, Pierre Giacometti, Jean-Michel Goudard, Julien Vaulpré) sont mis en examen, de même qu’une personne morale : l’institut de sondages Ipsos. Ses concurrents (Ifop, Sofres, Opinion Way) sont témoins assistés, pour s’être partagé les miettes du festin (1). En dépit de multiples demandes, le juge Tournaire s’est abstenu de faire témoigner en personne Sarkozy, barricadé derrière son immunité présidentielle (lire ci-dessus).

 
 

Renvoi en correctionnelle

Au plan pénal, il est d’abord question de favoritisme, ces sondages ayant été commandés sans le moindre appel d’offres. L’Elysée est-il soumis au code des marchés publics ? Une «coutume», initiée sous De Gaulle (certains la font remonter à Mac Mahon…), l’en exonérerait. Mais les temps changent, au fil des rapports de la Cour des comptes critiquant les finances présidentielles. La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris, saisie de multiples recours visant à sanctuariser l’Elysée, a signifié en juin 2016 le changement de cap de l’histoire : «Aucun texte ne justifie que la présidence de la République soit une entité à part, exempte de toute responsabilité pénale. Son autonomie financière ne signifie pas qu’elle est exemptée de respecter le code des marchés publics.»

En défense, les mis en examen rétorquent que les sondages ne sont rien sans les conseils en stratégie politique qui vont avec. D’où une relation intuitu personæ avec le président de la République, rendant impossible toute mise en concurrence. Comme le souligne Patrick Maisonneuve, avocat de Pierre Giacometti (ancien patron de BVA et d’Ipsos, puis consultant à son compte rémunéré comme tel à l’Elysée) : «Il connaissait l’agenda du Président à la seconde près, savait tout de sa vie, de ses projets politiques, participait aux réunions consacrées à l’antiterrorisme.» Argument là aussi balayé par la chambre de l’instruction : «La multiplicité des prestataires visés dans la procédure, neuf, démontre la concurrence préexistante, la banalité de la nature de la prestation. Il est dès lors impossible de soutenir qu’il s’agissait de prestations spécifiques devant rester secrètes et exclusivement destinées à la présidence de la République.» Bref, un renvoi général en correctionnelle pour favoritisme se profile dans les prochains mois, à charge pour les juges du siège de trancher cette délicate question.

«Mise en scène»

Second volet pénal, plus problématique : le détournement de fonds publics. Patrick Buisson est ici particulièrement visé. Outre un fixe de 10 000 euros par mois comme conseiller spécial à l’Elysée, sa société Publifact bénéficiait d’un contrat lui permettant de commander des sondages avant de les refacturer à la présidence. Avec une marge frôlant parfois 70 %. Bref, Buisson se serait gavé au passage, avec la complicité de la bande à Sarkozy. Ce politologue très à droite, cerveau des campagnes présidentielles 2007 et 2012, est aujourd’hui remonté contre son «client». Dans son ultime audition devant le juge Tournaire, en février dernier, il s’est lâché : «Connaissant l’ancien président, je sais que la pratique du pardon n’est pas sa qualité éminente. Le récit du détail de mon activité peut le heurter, mais je ne doute pas qu’il atteste de la véracité de mes propos.» A l’entendre, ses marges confortables rémunéraient une autre mission, «en partie occulte mais parfaitement légale», visant moins à commander des sondages qu’à les placer - s’ils étaient favorables à son «client» - dans la presse. Il cite «le JDD, Ouest France, le Parisien, les Echos et bien d’autres». A ce titre, «il était impératif que la présidence n’apparaisse pas comme le véritable commanditaire, ce qu’elle était dans les faits». Résumé de la méthode Buisson par lui-même : «Je devais l’essentiel de mon influence auprès de Nicolas Sarkozy à la valorisation que constituait la publication des sondages, comme vecteur de communication, c’est-à-dire la mise en scène du soutien de l’opinion publique à sa personne.»

Pour sa défense, l’ex-âme damnée de Nicolas Sarkozy va même jusqu’à invoquer… Ségolène Royal. Dans le livre revenant sur sa défaite en 2007, Ma plus belle histoire, l’ex-candidate socialiste consacrait une vingtaine de pages à ces histoires de sondages complaisants, accusant son adversaire d’alors de disposer d’une «officine à sa main qui produit, à la demande, des sondages mettant en scène un plébiscite de tous les jours». Commentaire admiratif - mais aussi très intéressé - de Buisson : «Elle décrit parfaitement ma mission.» Sur ce point, son avocat, Gilles-William Goldnadel, aura multiplié en vain les demandes d’audition de Sarkozy, en précisant bien qu’il s’agirait de faire témoigner le «candidat», et non le président, pestant au passage contre une enquête «partiale». Refus du juge Tournaire : «Son audition en qualité de témoin s’est heurtée à un refus de comparaître. L’usage de la force publique pour le contraindre à une nouvelle convocation serait disproportionné», voire nullement «utile à la manifestation de la vérité». Fermez le ban.

(1) Sur un budget de 10 053 775,02 euros durant le quinquennat, Buisson a perçu 3 millions, Giacometti 2,6 millions et Ipsos 1,8 million. Les autres se sont partagé quelques centaines de milliers d’euros.

Renaud Lecadre

Des enveloppes ont circulé au QG de Sarkozy en 2007

A l'intérieur de celles-ci des sommes allant de 200 à 2 000 euros qui auraient été distribuées à l'équipe de campagne du candidat UMP.

Des enveloppes contenant de l’argent en espèces ont été distribuées au sein du QG de campagne de Nicolas Sarkozy lors de sa campagne présidentielle victorieuse de 2007, selon un rapport des enquêteurs.

Ce rapport de l’Office central de lutte contre la corruption et la fraude fiscale (Oclciff), daté du 5 septembre et révélé par Mediapart, s’inscrit dans le cadre de l’enquête sur les soupçons de financement libyen de la campagne de M. Sarkozy et s’intéresse tout particulièrement à l’usage d’argent en espèces dans son entourage.

D’après les témoignages recueillis par les policiers, des enveloppes contenant des montants allant de 200 à 2 000 euros ont été distribuées à l’équipe de campagne du candidat UMP en 2007.

Interrogés par les enquêteurs, Eric Woerth,  trésorier de la campagne et Vincent Talvas, trésorier adjoint ont répondu que l’argent en espèces provenait de dons anonymes déposés à l’accueil de l’UMP ou du QG de campagne, voire envoyés par courrier, pour un montant global compris entre 30 000 et 35 000 euros.

 

AFP

Cour des comptes : quand Sarkozy liquidait un cinquième du stock d'or de la France

En 2004, le ministre de l'Économie demande à la Banque de France de "gérer plus activement ses réserves de change". Une mauvaise opération.

Affaire des écoutes: Pour le Parquet national financier, Nicolas Sarkozy et son avocat avaient des méthodes de «délinquants chevronnés»

JUSTICE Les magistrats du PNF ont réclamé le renvoi de l’ancien président en correctionnelle au terme d’un cinglant réquisitoire consulté par « Le Monde »…

On connaissait déjà sa principale conclusion – la demande de renvoi en correctionnelle de Nicolas Sarkozy ainsi que de son avocat Thierry Herzog et de l’ex-magistrat Gilbert Azibert dans l’affaire de corruption et de trafic d’influence dite « des écoutes » -, Le Monde dévoile ce samedi l’argumentaire détaillé du réquisitoire des magistrats du Parquet national financier.

Informations secrètes contre promotion

« Au terme des 79 pages de leur cinglant réquisitoire, dont Le Monde a pris connaissance, les magistrats du PNF concluent sans ambiguïté qu’« il existe des charges suffisantes à l’encontre de Nicolas Sarkozy et de Thierry Herzog d’avoir commis les faits de corruption et de trafic d’influence actifs pour lesquels ils ont été mis en examen » et vont « jusqu’à comparer les méthodes utilisées par les deux hommes à celles de « délinquants chevronnés », rapporte le journal.

Nicolas Sarkozy est soupçonné dans ce dossier d’avoir tenté d’obtenir en 2014, via son avocat Thierry Herzog, des informations secrètes auprès d’un haut magistrat de la Cour de cassation, Gilbert Azibert, dans une procédure où il demandait la restitution de ses agendas saisis dans l’affaire Bettencourt. Une affaire qui s’est soldée pour lui par un non-lieu en 2013.

A l’origine de l’affaire, des écoutes téléphoniques de l’ancien président ordonnées dans une autre enquête, celle sur les accusations de financement libyen de sa campagne de 2007. Dans les conversations avec son avocat, Nicolas Sarkozy semble s’engager à intervenir en faveur du magistrat pour qu’il obtienne un poste de prestige à Monaco. Mais après avoir répété le 25 février qu’il fera cette démarche, il explique le lendemain à Thierry Herzog qu’il a finalement renoncé. Pour les enquêteurs, ce revirement peut s’expliquer par le fait que les deux hommes viennent d’apprendre que leurs téléphones non officiels, dont celui ouvert sous le nom de Paul Bismuth, avaient été placés sur écoute.

 

>> A lire aussi : Affaire des écoutes visant Sarkozy: Les juges ont terminé leurs investigations

Lignes téléphoniques occultes

Selon le parquet « en dépit des dénégations des intéressés, les éléments à charge sont multiples et concordants ». Parmi les principaux éléments cités par le réquisitoire : l’utilisation part Nicolas Sarkozy et son ami et avocat ThierryHerzog « pendant plusieurs mois » de « téléphones occultes pour passer une partie de leurs communications, celles qui, par nature, devaient échapper à une surveillance judiciaire. Les deux téléphones, achetés en janvier 2014 sous l’identité de Paul Bismuth puis utilisés selon un mode opératoire le plus souvent utilisé par des délinquants chevronnés cherchant à déjouer les surveillances judiciaires, n’étaient pas les premiers ».

Les investigations viennent par ailleurs confirmer une information publiée mercredi par le Canard Enchainé selon laquelle, avant d’activer la ligne « Bismuth », Nicolas Sarkozy et son avocat avaient utilisé une première ligne secrète, ouverte sous l’identité de Gilda Atlan.

>> A lire aussi : Affaire des écoutes: Comment Sarkozy a justifié sa ligne au nom de Paul Bismuth auprès des juges

Selon le réquisitoire consulté par Le Monde, ce premier téléphone « clandestin » avait été utilisé essentiellement par Nicolas Sarkozy « pour converser en toute sécurité avec Thierry Herzog, des appels en direction du Qatar, des Etats-Unis et d’autres en France ont été identifiés par les enquêteurs ». En outre, les enquêteurs ont repéré douze appels entre le 28 septembre 2013 et le 28 janvier 2014, avec « un correspondant apparaissant également sur la ligne officielle de Nicolas Sarkozy, un homme prénommé Vincent utilisant une ligne ouverte au nom de la société Bolloré Participation à Puteaux »… » Reste à savoir pourquoi Nicolas Sarkozy, un intime de Vincent Bolloré, conversait avec l’homme d’affaires sur une ligne secrète » note le quotidien.

Vers un renvoi d’ici la fin de l’année

Dans son réquisitoire, le parquet estime totalement constituées les infractions de « corruption » et de « trafic d’influence » reprochées aux trois mis en examen. Les magistrats préconisent toutefois l’abandon des poursuites pour « recel de violation du secret professionnel » les visant, « l’enquête n’ayant pu identifier qui les avait prévenus qu’ils étaient sur écoutes et les avait incités à communiquer sur des téléphones secrets. »écrit Le Monde.

Les avocats ont désormais un mois pour répondre aux réquisitions du parquet. Les deux juges d’instruction Patricia Simon et Claire Thépaut pourraient alors signer l’ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel d’ici la fin de l’année.

La Rand Corporation, un club de réflexion basé en Californie et mondialement connu, a consacré une étude de 466 pages à la guerre menée en 2011 contre le colonel Kadhafi. Comme c'est la règle, ce document est destiné aux seuls abonnés de la Rand -sociétés internationales, universités, personnalités, etc..- mais "Le Canard" en a tout de même appris de belles.

C'est le général Breedlove, à l'époque vice-chef d'état-major de l'US Air Force et aujourd'hui commandant suprême des forces alliées de l'Otan, qui a demandé à la Rand de réaliser cette étude. Et les auteurs de ces analyses stratégiques ont consacré un chapitre, sur un total de treize, à la France. En précisant qu'il s'était agi de la "guerre de Sarkozy" et d'"un engagement personnel" de celui-ci.

Première remarque ironique : "Il existait chez Sarkozy, écrivent-ils, la volonté de démontrer que les Européens étaient capables de gérer (sic) une crise, à un moment où les Etats-Unis (semblaient) réticents à tout engagement"

Inévitable Amérique

Deuxième remarque, aussi malintentionnée : Sarkozy, qui avait pris l'initiative, en 2009, de réinsérer la France dans le commandement intégré de l'Otan, prétendait pouvoir lancer cette guerre sans l'aide de Washington et avec pour "adjoints", le Britannique Cameron et quelques petits Etats pétroliers.

Selon la Rand, le président français était hostile à toute participation des Etats-Unis et de l'Otan à ce conflit, mais il n'a pu se passer d'eux. Les Américains ont en effet fourni missiles et bombes en quantité, renseignement aérien et soutien logistique aux avions français et britanniques. Et leur aide s'est aussi traduite par l'envoi de 192 missiles de croisière Tomahawk sur les forces de Kadhafi.

Toujours à en croire la Rand, Nicolas Sarkozy avait voulu écrire une "storytelling", qu'un expert militaire traduit par "une romance historique où il se donnait le beau rôle". Avec la mobilisation de 4 300 Français (pilotes, techniciens, marins) et la venue dans les eaux libyennes du "Charles -de-Gaulle", du sous-marin d'attaque le "Rubis" et d'une flotte française qui, parfois, totalisait 27 navires..

Comme chacun sait, cette "guerre de Sarkozy" -et de Cameron - approuvée à l'époque par le PS- a eu pour résultat de transformer la Libye en enfer et en centre d'accueil djihadiste. Les analystes de la Rand l'ont, eux aussi, constaté. Mais ils ont commis un oubli inadmissible. A aucun moment, ils n'ont rendu le moindre hommage au rôle éminent tenu par BHL dans ce conflit.

"Le Canard Enchainé", 26/08/2015

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article