Sarkozy et "sa" guerre de Lybie

Publié le par ottolilienthal

La Rand Corporation, un club de réflexion basé en Californie et mondialement connu, a consacré une étude de 466 pages à la guerre menée en 2011 contre le colonel Kadhafi. Comme c'est la règle, ce document est destiné aux seuls abonnés de la Rand -sociétés internationales, universités, personnalités, etc..- mais "Le Canard" en a tout de même appris de belles.

C'est le général Breedlove, à l'époque vice-chef d'état-major de l'US Air Force et aujourd'hui commandant suprême des forces alliées de l'Otan, qui a demandé à la Rand de réaliser cette étude. Et les auteurs de ces analyses stratégiques ont consacré un chapitre, sur un total de treize, à la France. En précisant qu'il s'était agi de la "guerre de Sarkozy" et d'"un engagement personnel" de celui-ci.

Première remarque ironique : "Il existait chez Sarkozy, écrivent-ils, la volonté de démontrer que les Européens étaient capables de gérer (sic) une crise, à un moment où les Etats-Unis (semblaient) réticents à tout engagement"

Inévitable Amérique

Deuxième remarque, aussi malintentionnée : Sarkozy, qui avait pris l'initiative, en 2009, de réinsérer la France dans le commandement intégré de l'Otan, prétendait pouvoir lancer cette guerre sans l'aide de Washington et avec pour "adjoints", le Britannique Cameron et quelques petits Etats pétroliers.

Selon la Rand, le président français était hostile à toute participation des Etats-Unis et de l'Otan à ce conflit, mais il n'a pu se passer d'eux. Les Américains ont en effet fourni missiles et bombes en quantité, renseignement aérien et soutien logistique aux avions français et britanniques. Et leur aide s'est aussi traduite par l'envoi de 192 missiles de croisière Tomahawk sur les forces de Kadhafi.

Toujours à en croire la Rand, Nicolas Sarkozy avait voulu écrire une "storytelling", qu'un expert militaire traduit par "une romance historique où il se donnait le beau rôle". Avec la mobilisation de 4 300 Français (pilotes, techniciens, marins) et la venue dans les eaux libyennes du "Charles -de-Gaulle", du sous-marin d'attaque le "Rubis" et d'une flotte française qui, parfois, totalisait 27 navires..

Comme chacun sait, cette "guerre de Sarkozy" -et de Cameron - approuvée à l'époque par le PS- a eu pour résultat de transformer la Libye en enfer et en centre d'accueil djihadiste. Les analystes de la Rand l'ont, eux aussi, constaté. Mais ils ont commis un oubli inadmissible. A aucun moment, ils n'ont rendu le moindre hommage au rôle éminent tenu par BHL dans ce conflit.

"Le Canard Enchainé", 26/08/2015

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