dérèglement climatique et conséquences..

Publié le par ottolilienthal

Sécheresse : "Cette année, plus que jamais, les oiseaux sont affectés par le réchauffement climatique", explique Alain Bougrain-Dubourg

Plus de 500 oiseaux retrouvés morts dans l'Hérault, des oiseaux marins décimés par la grippe aviaire en Bretagne... Le président de la ligue de protection des oiseaux a écrit son inquiétude au ministre de l'Agriculture.

Nouvelle conséquence de la sécheresse : à l'étang de Capestang, dans l'Hérault, plus de 500 oiseaux ont été retrouvé morts. Ce sont principalement des canards, victimes de botulisme. La maladie s'attrape par une bactérie qui se développe dans les eaux stagnantes. "Une des conséquences du dérèglement climatique", explique Alain Bougrain-Dubourg, président de la ligue de protection des oiseaux (LPO).

franceinfo : Ce phénomène a-t-il été repéré ailleurs que dans l'Hérault ?

Alain Bougrain-Dubourg : Oui, malheureusement, ce n'est pas un scoop. C'est assez fréquent en cette période de l'année, après les grosses chaleurs. Il y a eu un déficit en eau considérable, et la toxine botulique se développe notamment en raison d'une faible oxygénation. Les conséquences ont été bien décrites : les oiseaux sont paralysés, certains ont la tête qui tombe dans l'eau et ils se noient de cette manière. C'est une période douloureuse pour la faune qui n'a vraiment pas besoin de ça. C'est aussi la conséquence du dérèglement climatique qui favorise ce genre de pathologies.

Est-ce une maladie qui se propage rapidement ?

Je vais être franc : le botulisme actuellement ne m'inquiète pas outre mesure. En revanche, je suis paniqué par la grippe aviaire qui touche notamment les oiseaux marins. Près de la moitié de la population des fous de Bassan, dans la réserve des Sept-Îles (Côtes-d'Armor), sont affectés. Nous avons aussi retrouvé des goélands contaminés à l'île d'Oléron ou des vautours dans les Cévennes. J'ai adressé hier soir un avis au ministre de l'Agriculture qui est en charge de cette question. Je n'ai pas de réponse à l'heure où je vous parle. Je le regrette.

"Nous allons nous retrouver devant des cadavres qui vont être de plus en plus nombreux."

Alain Bougrain-Dubourg, président de la ligue de protection des oiseaux

à franceinfo

Il faut savoir comment faire. Nous ne pouvons pas récupérer les oiseaux pour les amener dans des centres de soins, parce qu'ils contamineraient tous ceux qui sont actuellement gardés dans nos centres. C'est extrêmement complexe mais c'est insupportable de laisser les oiseaux mourir comme ça.

Vous constatez cet été d'autres conséquences directes de la sécheresse et de la canicule sur les oiseaux ?

Oui, on l'a vu dès le mois de juin. Les martinets noirs, qui vont nidifier sous les tuiles, ne supportent plus des chaleurs qui peuvent atteindre plus de 40 degrés. Les jeunes sont obligés de se jeter dans le vide alors qu'ils n'ont pas encore leur plumage... Nous avons récupéré des centaines et des centaines d'oiseaux. Cette année, plus que jamais, les oiseaux sont affectés par le réchauffement climatique.

 

https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/biodiversite/secheresse-cette-annee-plus-que-jamais-les-oiseaux-sont-affectes-par-le-rechauffement-climatique-explique-allain-bougrain-dubourg_5330140.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20220828-[lestitres-coldroite/titre1]

Chaleur : les cigales ne chantent plus

En raison des trop fortes chaleurs, les cigales sont devenues muettes. A terme, cela pourrait impacter l'espèce, puisque le chant sert à attirer les femelles pour pouvoir se reproduire.

C’est le silence dans la pinède. Ou presque. Mais où est donc passé le puissant chant des cigales ? Depuis quelques jours, dans le nord de Montpellier, elles sont nettement moins nombreuses à se frotter les ailes. Les cigales en baisse de régime, ce spécialiste l’a aussi constaté. Il a mené ses propres recherches. Ses résultats sont sans appel, la canicule y est pour quelque chose : "On observe la date d'éclosion des cigales en fonction des années. Plus on avance dans les années, plus la date d'éclosion est précoce, à peu près à chaque degré gagné. C'est à peu près trois à cinq jours de précocité sur l'éclosion".

Un risque pour la chaîne alimentaire

Ce chant est nécessaire aux cigales pour attirer les femelles et se reproduire. Mais au-delà de 38 °C à l'ombre, impossible pour les cigales de chanter, car il fait trop chaud. Une disparition dangereuse pour la chaîne alimentaire. Si la cigale ne chante pas tout l’été, d'autres espèces risquent de se retrouver fort dépourvues, quand la bise sera venue.

C. Tomaso, S. Desjars, A. Raynal, S. Janneau - France 3
France Télévisions

 

https://www.francetvinfo.fr/france/chaleur-les-cigales-ne-chantent-plus_5295175.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20220807-[lesimages/image1]

Orages violents : "On vit des événements de plus en plus extrêmes", selon la filiale "risques" de Météo France

Selon Alix Roumagnac, président de la filiale "risques" de Météo France, "il ne faut plus parler au futur" à propos des conséquences du déréglement climatique.

"On vit, dès aujourd’hui, il ne faut plus parler au futur, des événements qui deviennent de plus en plus extrêmes", indique samedi 4 juin sur franceinfo Alix Roumagnac, président de Predict Services, la filiale "risques" de Météo France.

>> Suivez l'avancée des orages en France en direct sur franceinfo

65 départements sont en vigilance orange pour des orages violents. 

franceinfo : On parle samedi soir d’une alerte exceptionnelle par son ampleur. Est-ce le cas selon vous ?

Alix Roumagnac : Tout à fait. Plusieurs facteurs expliquent ce caractère exceptionnel. Nos collègues de Météo France ont placé plus de 65 départements en vigilance orange. C'est une grande transversale de la France. Les orages ont démarré sur l'ouest de la France, ils touchent l’ouest du bassin parisien en fin d’après-midi et une deuxième salve est attendue en début de soirée. Elle va partir du sud-ouest de la France, traverser le Massif central et toucher la Bourgogne et le Grand Est dans le courant de la nuit et au petit matin. Météo France attend des orages particulièrement intenses, extrêmes avec des coups de vents potentiellement important, de la grêle possible et des pluies intenses qui peuvent provoquer des pluies intenses en milieu urbain. Donc, on ne peut qu’inciter à la plus grande prudence.

Il pourrait y avoir des grêlons gros comme des balles de tennis. Comment se forment-ils ? Comment peut-on avoir des grêlons aussi gros ?

C'est vraiment le différentiel de température entre le sol et le haut des nuages. Plus ce gradian est important et plus on risque de voir des grêlons de très grosse taille. C'est le cas ce week-end, avec des nuages très hauts, avec des températures très froides sur le haut des nuages. Certaines études tendent à montrer que le changement climatique peut avoir une influence sur des événements de grêles de plus en plus importantes du fait de différentiel de températures. Ce sont des études qui sont en cours de validation, mais qui confirment bien ce que l'on vit au quotidien. On vit, dès aujourd’hui, il ne faut plus parler au futur, des événements qui deviennent de plus en plus extrêmes.

La terre est très sèche par endroits, puisque beaucoup de régions sont concernées par des sécheresses actuellement. Ça veut dire que la terre et est imperméable ou pratiquement imperméable. Faut-il redouter des ruissellement de terrain ?

Vous avez tout à fait raison. Beaucoup d’agriculteurs attendent de l'eau. Donc, on espère que ces pluies qui arrivent vont faire du bien à l'agriculture. Mais effectivement, il y a plusieurs éléments : si elle arrive de manière trop intense avec des sols qui peuvent être fermés, si elle arrive sous forme de grêle en milieu urbain encore plus où les sols sont imperméabilisés, ces pluies peuvent provoquer des ruissellements rapides. C'est ce qui s'est passé vendredi autour de Rennes. Cela oblige, et on accompagne pour cela, les maires à mettre en œuvre des plans de communaux de sauvegarde, des mises en sécurité, et ce qui oblige chacun à prendre des actions de prudence lorsque ces événements arrivent.

 

https://www.francetvinfo.fr/meteo/inondations/orages-violents-on-vit-des-evenements-de-plus-en-plus-extremes-selon-la-filiale-risques-de-meteo-france_5178463.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20220605-[lestitres-coldroite/titre2]

 

Le changement climatique pourrait entraîner l'effondrement d'un pont en acier américain sur quatre d'ici 2040.

Les ponts aux États-Unis et dans d'autres pays à revenu élevé vieillissent et se détériorent. L'année dernière, une grande partie d'un pont italien construit dans les années 60 s'est effondré, tuant plus de 40 personnes.

L'un des problèmes les plus courants concerne les joints de dilatation. Cela permet aux sections d'un pont de gonfler et de rétrécir par temps plus chaud sans affaiblir la structure. Mais ils causent des problèmes structurels majeurs en cas de dysfonctionnement.

Hussam Mahmoud, de l'Université d'État du Colorado, et son collègue ont décidé de modéliser les effets de la hausse des températures sur les ponts en acier aux États-Unis.

En particulier, ils se sont concentrés sur ce qui se passerait lorsque les joints obstrués par la saleté et les débris seraient exposés aux températures plus élevées attendues dans les années à venir à mesure que le climat se réchauffe. L'engorgement est un problème courant, surtout dans les ponts qui se détériorent, mais il est coûteux à régler.

Ponts à risque

Ce colmatage empêche les sections de se dilater en toute sécurité et déforme les parties du pont qui n'ont pas été conçues pour résister à la charge résultante.

Mahmoud a analysé les données sur l'état d'environ 90 000 ponts traversant les États-Unis et a modélisé comment les joints de dilatation seraient affectés par les températures prévues au cours des 80 prochaines années.

Ils ont constaté que les températures actuelles ne sont pas assez extrêmes pour causer un problème, mais un pont sur quatre risque qu'un tronçon soit défaillant au cours des 21 prochaines années, atteignant 28 % d'ici 2060 et 49 % d'ici 2080. Presque tous sont prêts à échouer d'ici 2100.

"Ces défaillances sont très graves, dit Mahmoud.

Les ponts sont conçus pour permettre la répartition de la charge en cas de défaillance partielle de celle-ci. Cependant, cette étude s'est concentrée sur les défaillances de la partie principale de la structure portant la charge, ce qui signifie que la section s'effondrerait complètement ou nécessiterait des travaux importants pour la réparer.

Lihai Zhang, de l'Université de Melbourne en Australie, affirme que les pays développés du monde entier sont confrontés à des problèmes similaires à mesure que leur infrastructure vieillit. Aux États-Unis, deux ponts sur cinq ont 50 ans ou plus. Beaucoup n'ont jamais été conçus pour durer aussi longtemps.

Les travaux de Zhang suggèrent qu'en plus des problèmes de chaleur, le changement climatique pourrait aussi rendre ces ponts qui se détériorent encore plus vulnérables en raison des vents plus forts, des précipitations plus importantes et des effets du dioxyde de carbone corrosif dans l'atmosphère.

Cette situation est exacerbée par l'augmentation de la population, la circulation accrue et les camions beaucoup plus lourds que ceux pour lesquels ces ponts ont été conçus au départ, dit-il.

(publié par J-Pierre Dieterlen)

Changement climatique : ces joyaux méditerranéens en voie de disparition

Faute d'action, la majorité des sites classés à l'Unesco se trouvant autour de la Méditerranée sont condamnés avant la fin du siècle, détaille « Le Figaro ».

 
 
 
"Epuisant", "stressant", "déprimant"... Des climatologues nous racontent leur désarroi face au manque d'actions contre le réchauffement

A l'occasion du One Planet Summit, franceinfo a interrogé plusieurs climatologues français et étrangers. Face à des résultats chaque jour plus préoccupants, ils ont souvent l'impression de ne pas être entendus par les décideurs politiques.

"Le combat contre le changement climatique n'est pas terminé. Nous n'avons pas baissé les bras. Nous ne pouvons pas." Une deuxième édition du One Planet Summit se tient, mercredi 26 septembre, à New York (Etats-Unis) afin de faire le point sur les engagements pris fin 2017 à Paris en faveur des financements climatiques et pour les relever. A l'approche de cet événement, organisé en marge de l'Assemblée générale des Nations unies avec notamment l'ancien maire de New York, Michael Bloomberg, et Emmanuel Macron, des climatologues tirent la sonnette d'alarme. 

Ballottés entre le manque d'action et d'écoute, et des résultats chaque jour plus inquiétants, ils témoignent d'une forte "charge émotionnelle", comme le décrit L'Echo, d'un état de "frustration et d'angoisse", expose encore une climatologue au magazine The Monthly (en anglais). A quoi ressemble donc le quotidien de ces "annonciateurs de mauvaises nouvelles" ? Franceinfo leur a posé la question.

"Observer une tragédie grecque"

"Il y a un peu parfois l'impression d'observer une tragédie grecque. Vous savez ce qu'il va se produire et vous voyez les choses se produire", présente Valérie Masson-Delmotte, chercheuse en sciences du climat au laboratoire des sciences du climat et de l'environnement de Paris-Saclay. Outre-Atlantique, le sentiment trouve écho : "Il y a peu de jour où on a l'impression que les choses vont bien", confirme Andrew Rosenberg, biologiste marin américain et directeur du Centre pour la science et la démocratie au sein de l'Union des scientifiques inquiets. 

Hausse des températures, fonte des glaciers, émissions de CO2 qui ne cessent de grimper... "On a l'impression d'être toujours annonciateurs de mauvaises nouvelles", déplore Benjamin Sultan, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Face aux résultats de leurs recherches, ils décrivent parfois des situations de stress et d'épuisement dont il est difficile de s'affranchir une fois la porte du bureau claquée, le soir.

C'est quelque chose qui prend une place importante dans ma vie quotidienne. Mon travail est très prenant. C'est quelque chose qui nous tourne dans la tête tout le temps.

 

A l'unanimité, ils déplorent un manque d'action de la part des pouvoirs publics. "Depuis une trentaine d'années, rapport après rapport, les scientifiques montrent le changement climatique. A l'échelle globale, rien ne se passe", regrette Gilles Ramstein, directeur de recherche au CEA. "On n'a pas arrêté de lancer l'alerte ! Face à ça, il y a un manque d'action, d'ambition. Il y a une très grande frustration de voir qu'alors que l'on sait que le climat se dégrade, les décideurs et les citoyens n'agissent pas suffisamment", abonde Jean-Pascal Van Ypersele, professeur de climatologie belge et ancien vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Le sentiment de crier "dans le désert"

Il dit avoir parfois l'impression de crier "dans le désert", seul. Un sentiment qu'a ressenti Benjamin Sultan lors de la démission de Nicolas Hulot. "Même en ayant un ministre qui est très engagé, conscient de la menace, on n'est pas capable de prendre la mesure du problème. Pour moi c'était un grand moment de solitude." Françoise Vimeux, elle aussi climatologue à l’IRD, explique cette indifférence par le sujet même des recherches réalisées dans le domaine. "Nous en tant que climatologue, on parle souvent des conséquences pour la fin du XXIe siècle et ça paraît loin. Finalement il y a peu de personnes qui s’intéressent ou qui veulent prendre des responsabilités sur un temps aussi long." Mais l'urgence est là. 

Les choses changent, oui. Mais ça va trop lentement. Le climat ne va pas attendre qu'on se décide.

Andrew Rosenberg

 

"Le problème il est qu'entre le moment où vous allez prendre conscience et celui où vous allez agir, normalement vous avez le temps. Mais là, le temps nous est compté", renchérit Gilles Ramstein.

"Le combat n'est pas terminé"

Malgré un quotidien éprouvant, aucun d'eux n'est décidé à baisser les bras et se laisser aller à un "catastrophisme total, une sinistrose", comme le dit Gilles Ramstein. Ni optimisme "béat", ni pessimisme donc. "Je pense qu'il faut être lucide sur ce qu'il reste à faire", défend Valérie Masson Delmotte. Sa solution ? "Etre curieux. On est dans une situation inédite, on entre dans un territoire inconnu avec le changement climatique. Alors cherchez à comprendre quelles peuvent être les conséquences du réchauffement climatique chez vous. Cherchez à vous approprier des solutions."

"L'amplitude du changement climatique, elle dépend de nous. Il y a des scénarios optimistes, il y a des scénarios pessimistes, c'est à nous de décider suivant la manière dont on souhaite vivre", martèle Françoise Vimeux.

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le sens des priorités

 

Ainsi donc nous avons passé l'été à discuter surtout de Pokémons et de burkinis. Le succès fulgurant de la nouvelle version du jeu qui avait fait la gloire de Nintendo il y a vingt ans dit certes des choses intéressantes sur nos sociétés et sur les potentialités des technologies de réalité augmentée. Et la question de savoir comment préserver le vivre ensemble au moment où l'Etat islamique multiplie les attentats est évidemment très sérieuse. Tout ce qui pourrait être perçu, d'une façon ou d'une autre, comme stigmatisant les musulmans ne saurait être une bonne réponse, puisque c'est exactement ce qu'espèrent les terroristes.

Reste que se sont aussi produits durant l'été d'autres événements qui auraient mérité nettement plus de place dans le débat public. Il s'agit en particulier des dérèglements climatiques qui ont noyé la Louisiane et une grande partie de la Chine sous des mètres d'eau, pendant que le feu dévastait une Californie desséchée. Tandis qu'en France même, après les inondations du printemps, on apprenait au coeur de l'été que la production de blé avait chuté de 30 %. Le 2 août dernier, la National Oceanic and Atmospheric Administration américaine confirmait par ailleurs que l'année 2015 avait déjà été une année de tous les records en matière de climat, que ce soit en termes de température ou de montée des eaux.

Le changement climatique est évidemment, en soi, un sujet compliqué. Et les négociations byzantines qui l'entourent dépassent bien souvent le commun des mortels. Il n'empêche : ce sera à coup sûr la grande affaire du XXIe siècle, celle qui déterminera la survie ou non de l'espèce humaine. Mais ce défi colossal pourrait aussi nous aider à surmonter la perte de sens et l'absence de projet collectif fédérateur qui menacent de faire imploser nos sociétés. Comment réussir à bien vivre, et en particulier à préserver nos acquis sociaux, tout en se passant des énergies fossiles ? C'est la question principale autour de laquelle on pourrait, et on devrait, chercher en particulier à relancer le projet européen… Bref, la lutte contre le changement climatique mériterait plus que jamais de faire la une des journaux télévisés et d'occuper les talk-shows.

 

Guillaume Duval


Alternatives Economiques n° 360 - septembre 2016

Un rongeur australien, premier mammifère à disparaître à cause du réchauffement climatique ?

A moins que vous ne fassiez partie du cercle très restreint des scientifiques passionnés ou des éthologues les plus pointus, gageons que vous n’avez jamais entendu parler du Melomys rubicola. Pourtant, le nom de ce petit rongeur d’Australie pourrait entrer dans l’histoire comme la première espèce de mammifère à être anéantie par le changement climatique causé par l’homme.

 

Il y a quarante ans à peine, des centaines de ces rats gambadaient sur Bramble Cay, une minuscule île inhabitée, située dans le détroit de Torrès qui sépare l’Australie de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Le mammifère, découvert par des Européens en 1845, était le seul endémique de la Grande Barrière de corail. Il évoluait uniquement sur cet îlot sablonneux, long de 340 mètres et large de 150 mètres, qu’il partageait avec des oiseaux marins et des tortues vertes.

Mais depuis 2009, l’animal n’a plus montré le bout de son museau. En 2014, une équipe australienne entreprend alors de retrouver sa trace. Du 29 août au 5 septembre, 900 pièges à mammifères sont posés, ainsi que 60 appareils photos à déclenchement automatique. Le rongeur reste introuvable.

« La seule population connue de ce rongeur est désormais éteinte, en conclut l’équipe de scientifiques de l’université du Queensland et du département de l’environnement de l’Etat, dans un rapport publié mardi 14 juin. Cela représente probablement le premier cas documenté d’extinction d’un mammifère en raison du changement climatique d’origine anthropique. »

Inondations

En cause, selon les experts : l’élévation du niveau de la mer et la survenue d’événements météorologiques extrêmes plus intenses et plus fréquents ces dernières années, en raison du changement climatique. « Le facteur clé responsable de l’extinction de cette population est, de manière quasi certaine, les multiples inondations de l’île au cours de la dernière décennie, provoquant une perte d’habitat dramatique et peut-être aussi une mortalité directe des individus », explique Luke Leung, de l’université du Queensland et coauteur de l’étude.

La superficie de cet îlot, qui ne culmine qu’à trois mètres au-dessus du niveau de la mer, est passée de 4 hectares en 1998 à 2,5 ha en 2014, sous l’effet de l’érosion du vent, des vagues et des marées. En outre, la végétation herbacée, qui fournit à la fois la nourriture et un abri pour les melomys, s’est considérablement réduite, perdant 97 % de sa superficie en dix ans.

L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) confirme que le rongeur serait la première espèce de mammifère à succomber au changement climatique. « Aucun mammifère n’a à ce jour été répertorié comme disparu, sur notre Liste rouge des espèces menacées, en raison du changement climatique, avance Jamie Carr, du Programme mondial des espèces de l’UICN. Nous nous attendions malheureusement à ce que cette situation change. »

En 2015, l’UICN avait attribué notamment au réchauffement climatique la disparition du Geocapromys thoracatus, ou rat de Little Sawn Island, un autre rongeur, cette fois d’un atoll corallien du Honduras. Mais il était apparu qu’un chat introduit sur l’île était le principal responsable de cette disparition.

« Peu d’espèces sont seulement menacées par le changement climatique : elles sont le plus souvent soumises à des pressions diverses, analyse Franck Courchamp, écologue et directeur de recherches au CNRS. Reste qu’avec la hausse des températures mondiales, on peut craindre que l’exemple de ce rongeur soit le premier d’une longue série. Selon nos calculs, 10 000 îles pourraient être totalement submergées d’ici à la fin du siècle en raison de la montée des eaux. »

« Le changement climatique menace de nombreuses espèces, comme l’ours polaire, le renard arctique ou le phoque annelé, mais on ne connaissait pas encore de cas où il a joué un rôle déterminant dans leur disparition, car le réchauffement est une menace plus récente que d’autres impacts humains », complète Florian Kirchner, chargé de mission espèces menacées à l’UICN France.

6e extinction

Destruction de l’habitat naturel, surexploitation, introduction d’espèces invasives, pollutions… On estime que la biodiversité s’érode, sous la pression des hommes, à une vitesse plus de dix fois supérieure au rythme « naturel » des extinctions d’espèces. Pas moins de 130 000 espèces animales connues, soit environ 7 % de la biodiversité terrestre répertoriée, auraient été déjà rayées de la carte depuis le XVIIIe siècle, dans la plus grande discrétion pour l’écrasante majorité, selon une étude publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences en juin 2015. Une extinction de masse – la sixième –, qui s’est déjà accélérée et va encore s’aggraver du fait de la crise climatique.

Une espèce sur six – soit des millions au total – est menacée de disparaître d’ici à la fin du siècle sur tous les continents en raison du changement climatique, d’après une autre étude parue dans la revue Science en mai 2015. La hausse des températures va en effet forcer les espèces à migrer en altitude ou vers le nord, pour trouver des conditions plus favorables. De quoi bouleverser les écosystèmes et, surtout, sacrifier les plus vulnérables ou immobiles – comme les coraux ou les animaux des îles.

Il reste malgré tout un espoir pour les melomys de Bramble Cay. L’espèce pourrait avoir gardé un proche parent dans le delta de la rivière Fly, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, dont on suppose qu’elle serait originaire. Un postulat qui devra être confirmé par de nouvelles analyses. D’ici là, l’équipe de M. Leung préfère rester prudente – comme tout bon scientifique – en affirmant qu« il peut être prématuré de déclarer le rongeur éteint à l’échelle mondiale ».

 

Audrey Garric

Turbulences aériennes accrues, épisodes polaires et caniculaires toujours plus extrêmes, vagues géantes dans les océans: les spécialistes mondiaux du climat ont brossé un tableau apocalyptique de la météo des prochaines décennies lors d'un congrès international qui s'est conclu jeudi à Montréal.

A l'initiative de l'Organisation météorologique mondiale, agence des Nations unies, un millier de scientifiques ont débattu autour du thème, «la météo, quel avenir?» à l'occasion de cette première conférence mondiale sur la météorologie. Près de 10 ans après l'entrée en vigueur du Protocole de Kyoto qui visait à réduire les émissions de gaz à effet de serre, la question n'est plus d'établir si le réchauffement de la Terre va avoir lieu.

«C'est irréversible et la population mondiale continue d'augmenter, il faut que l'on s'adapte», observe Jennifer Vanos, de l'Université Texas Tech. La première décennie du XXIe siècle a vu la température moyenne de la surface de la planète augmenter de 0,47 degré Celsius. Or, une hausse de 1 degré génère 7% plus de vapeur d'eau dans l'atmosphère, et comme l'évaporation est le moteur de la circulation des flux dans l'atmosphère, une accélération des phénomènes météorologiques est à prévoir.

«Les pluies vont être plus fortes»

D'autant que les scénarios retenus par la communauté scientifique privilégient une hausse de 2 degrés de la température moyenne à la surface de la Terre d'ici à 2050. «Les nuages vont se former plus facilement, plus rapidement et les pluies vont être plus fortes», engendrant notamment davantage d'inondations soudaines, note Simon Wang, de l'Université Utah State.

D'une manière générale, relève ce chercheur américain, la hausse des températures va avoir «un effet d'amplification sur le climat tel qu'on le connaît actuellement». Les épisodes de grand froid, tel le vortex polaire qui s'est abattu cet hiver sur une grande partie de l'Amérique du nord, seront plus marqués, plus extrêmes, tout comme les vagues de chaleur et les périodes de sécheresse, ajoute-t-il.

Le défi pour les météorologues est donc désormais d'inclure la «force additionnelle» créée par le réchauffement climatique dans des modèles de prévision toujours plus complexes, explique Wang. Pour ce faire, les météorologues des prochaines décennies auront besoin d'ordinateurs surpuissants, actuellement extrêmement peu nombreux.

«D'ici 2050, vous passerez deux fois plus de temps en vol dans des turbulences»

Météorologue à l'Université britannique de Reading, Paul Williams a par exemple dû recourir au superordinateur de l'Université américaine de Princeton, l'un des plus puissants au monde, pour étudier les impacts du réchauffement climatique sur les jetstreams, ces courants d'airs rapides situés à une dizaine de kilomètres d'altitude, où les avions de ligne évoluent.

Après des semaines de calculs, son verdict est sans appel: «Le changement climatique donne plus de force à ces courants. (...) D'ici 2050, vous passerez deux fois plus de temps en vol dans des turbulences.»

Tout en notant qu'actuellement, en moyenne, seulement 1% du temps de vol des avions commerciaux subit des turbulences, Williams souligne que si la concentration de dioxyde de carbone augmente de façon exponentielle dans les prochaines années, «on ne sait pas comment les avions vont réagir» à ces masses d'air très agitées.

Des vagues de 40 mètres de haut

Et pas question de se rabattre sur le transport maritime pour voyager en toute quiétude: il faut en effet s'attendre à des vagues monstrueuses sur les océans. «Les compagnies de transport maritime rencontrent toujours plus de vagues énormes», dont certaines font 40 mètres de hauteur alors qu'auparavant 20 mètres était exceptionnel, dit Simon Wang, de l'Université Utah State.

«Ce n'est que le début du changement climatique, car les océans auront beaucoup plus d'impact en libérant davantage de chaleur et davantage de vapeur», avertit-il. D'autant que l'épaisse calotte glaciaire du Groenland a commencé à fondre et pourrait à terme -«pas avant le siècle prochain»- engendrer une hausse de six mètres du niveau des océans, rappelle Eric Brun, chercheur chez Météo-France et auteur d'une récente étude sur le sujet.

Face à tant de bouleversements, Jennifer Vanos, biométéorologue à l'Université Texas Tech, estime qu'il y a urgence à modifier l'urbanisme des villes et les modes de vie en fonction de cette nouvelle réalité, afin de tenter de protéger les populations.

20 minutes avec AFP

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
E
C'est affolant de savoir tout cela
Répondre