Changement climatique...

Publié le par ottolilienthal

Le sens des priorités

 

Ainsi donc nous avons passé l'été à discuter surtout de Pokémons et de burkinis. Le succès fulgurant de la nouvelle version du jeu qui avait fait la gloire de Nintendo il y a vingt ans dit certes des choses intéressantes sur nos sociétés et sur les potentialités des technologies de réalité augmentée. Et la question de savoir comment préserver le vivre ensemble au moment où l'Etat islamique multiplie les attentats est évidemment très sérieuse. Tout ce qui pourrait être perçu, d'une façon ou d'une autre, comme stigmatisant les musulmans ne saurait être une bonne réponse, puisque c'est exactement ce qu'espèrent les terroristes.

Reste que se sont aussi produits durant l'été d'autres événements qui auraient mérité nettement plus de place dans le débat public. Il s'agit en particulier des dérèglements climatiques qui ont noyé la Louisiane et une grande partie de la Chine sous des mètres d'eau, pendant que le feu dévastait une Californie desséchée. Tandis qu'en France même, après les inondations du printemps, on apprenait au coeur de l'été que la production de blé avait chuté de 30 %. Le 2 août dernier, la National Oceanic and Atmospheric Administration américaine confirmait par ailleurs que l'année 2015 avait déjà été une année de tous les records en matière de climat, que ce soit en termes de température ou de montée des eaux.

Le changement climatique est évidemment, en soi, un sujet compliqué. Et les négociations byzantines qui l'entourent dépassent bien souvent le commun des mortels. Il n'empêche : ce sera à coup sûr la grande affaire du XXIe siècle, celle qui déterminera la survie ou non de l'espèce humaine. Mais ce défi colossal pourrait aussi nous aider à surmonter la perte de sens et l'absence de projet collectif fédérateur qui menacent de faire imploser nos sociétés. Comment réussir à bien vivre, et en particulier à préserver nos acquis sociaux, tout en se passant des énergies fossiles ? C'est la question principale autour de laquelle on pourrait, et on devrait, chercher en particulier à relancer le projet européen… Bref, la lutte contre le changement climatique mériterait plus que jamais de faire la une des journaux télévisés et d'occuper les talk-shows.

 

Guillaume Duval


Alternatives Economiques n° 360 - septembre 2016

Un rongeur australien, premier mammifère à disparaître à cause du réchauffement climatique ?

A moins que vous ne fassiez partie du cercle très restreint des scientifiques passionnés ou des éthologues les plus pointus, gageons que vous n’avez jamais entendu parler du Melomys rubicola. Pourtant, le nom de ce petit rongeur d’Australie pourrait entrer dans l’histoire comme la première espèce de mammifère à être anéantie par le changement climatique causé par l’homme.

 

Il y a quarante ans à peine, des centaines de ces rats gambadaient sur Bramble Cay, une minuscule île inhabitée, située dans le détroit de Torrès qui sépare l’Australie de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Le mammifère, découvert par des Européens en 1845, était le seul endémique de la Grande Barrière de corail. Il évoluait uniquement sur cet îlot sablonneux, long de 340 mètres et large de 150 mètres, qu’il partageait avec des oiseaux marins et des tortues vertes.

Mais depuis 2009, l’animal n’a plus montré le bout de son museau. En 2014, une équipe australienne entreprend alors de retrouver sa trace. Du 29 août au 5 septembre, 900 pièges à mammifères sont posés, ainsi que 60 appareils photos à déclenchement automatique. Le rongeur reste introuvable.

« La seule population connue de ce rongeur est désormais éteinte, en conclut l’équipe de scientifiques de l’université du Queensland et du département de l’environnement de l’Etat, dans un rapport publié mardi 14 juin. Cela représente probablement le premier cas documenté d’extinction d’un mammifère en raison du changement climatique d’origine anthropique. »

Inondations

En cause, selon les experts : l’élévation du niveau de la mer et la survenue d’événements météorologiques extrêmes plus intenses et plus fréquents ces dernières années, en raison du changement climatique. « Le facteur clé responsable de l’extinction de cette population est, de manière quasi certaine, les multiples inondations de l’île au cours de la dernière décennie, provoquant une perte d’habitat dramatique et peut-être aussi une mortalité directe des individus », explique Luke Leung, de l’université du Queensland et coauteur de l’étude.

La superficie de cet îlot, qui ne culmine qu’à trois mètres au-dessus du niveau de la mer, est passée de 4 hectares en 1998 à 2,5 ha en 2014, sous l’effet de l’érosion du vent, des vagues et des marées. En outre, la végétation herbacée, qui fournit à la fois la nourriture et un abri pour les melomys, s’est considérablement réduite, perdant 97 % de sa superficie en dix ans.

L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) confirme que le rongeur serait la première espèce de mammifère à succomber au changement climatique. « Aucun mammifère n’a à ce jour été répertorié comme disparu, sur notre Liste rouge des espèces menacées, en raison du changement climatique, avance Jamie Carr, du Programme mondial des espèces de l’UICN. Nous nous attendions malheureusement à ce que cette situation change. »

En 2015, l’UICN avait attribué notamment au réchauffement climatique la disparition du Geocapromys thoracatus, ou rat de Little Sawn Island, un autre rongeur, cette fois d’un atoll corallien du Honduras. Mais il était apparu qu’un chat introduit sur l’île était le principal responsable de cette disparition.

« Peu d’espèces sont seulement menacées par le changement climatique : elles sont le plus souvent soumises à des pressions diverses, analyse Franck Courchamp, écologue et directeur de recherches au CNRS. Reste qu’avec la hausse des températures mondiales, on peut craindre que l’exemple de ce rongeur soit le premier d’une longue série. Selon nos calculs, 10 000 îles pourraient être totalement submergées d’ici à la fin du siècle en raison de la montée des eaux. »

« Le changement climatique menace de nombreuses espèces, comme l’ours polaire, le renard arctique ou le phoque annelé, mais on ne connaissait pas encore de cas où il a joué un rôle déterminant dans leur disparition, car le réchauffement est une menace plus récente que d’autres impacts humains », complète Florian Kirchner, chargé de mission espèces menacées à l’UICN France.

6e extinction

Destruction de l’habitat naturel, surexploitation, introduction d’espèces invasives, pollutions… On estime que la biodiversité s’érode, sous la pression des hommes, à une vitesse plus de dix fois supérieure au rythme « naturel » des extinctions d’espèces. Pas moins de 130 000 espèces animales connues, soit environ 7 % de la biodiversité terrestre répertoriée, auraient été déjà rayées de la carte depuis le XVIIIe siècle, dans la plus grande discrétion pour l’écrasante majorité, selon une étude publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences en juin 2015. Une extinction de masse – la sixième –, qui s’est déjà accélérée et va encore s’aggraver du fait de la crise climatique.

Une espèce sur six – soit des millions au total – est menacée de disparaître d’ici à la fin du siècle sur tous les continents en raison du changement climatique, d’après une autre étude parue dans la revue Science en mai 2015. La hausse des températures va en effet forcer les espèces à migrer en altitude ou vers le nord, pour trouver des conditions plus favorables. De quoi bouleverser les écosystèmes et, surtout, sacrifier les plus vulnérables ou immobiles – comme les coraux ou les animaux des îles.

Il reste malgré tout un espoir pour les melomys de Bramble Cay. L’espèce pourrait avoir gardé un proche parent dans le delta de la rivière Fly, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, dont on suppose qu’elle serait originaire. Un postulat qui devra être confirmé par de nouvelles analyses. D’ici là, l’équipe de M. Leung préfère rester prudente – comme tout bon scientifique – en affirmant qu« il peut être prématuré de déclarer le rongeur éteint à l’échelle mondiale ».

 

Audrey Garric

Turbulences aériennes accrues, épisodes polaires et caniculaires toujours plus extrêmes, vagues géantes dans les océans: les spécialistes mondiaux du climat ont brossé un tableau apocalyptique de la météo des prochaines décennies lors d'un congrès international qui s'est conclu jeudi à Montréal.

A l'initiative de l'Organisation météorologique mondiale, agence des Nations unies, un millier de scientifiques ont débattu autour du thème, «la météo, quel avenir?» à l'occasion de cette première conférence mondiale sur la météorologie. Près de 10 ans après l'entrée en vigueur du Protocole de Kyoto qui visait à réduire les émissions de gaz à effet de serre, la question n'est plus d'établir si le réchauffement de la Terre va avoir lieu.

«C'est irréversible et la population mondiale continue d'augmenter, il faut que l'on s'adapte», observe Jennifer Vanos, de l'Université Texas Tech. La première décennie du XXIe siècle a vu la température moyenne de la surface de la planète augmenter de 0,47 degré Celsius. Or, une hausse de 1 degré génère 7% plus de vapeur d'eau dans l'atmosphère, et comme l'évaporation est le moteur de la circulation des flux dans l'atmosphère, une accélération des phénomènes météorologiques est à prévoir.

«Les pluies vont être plus fortes»

D'autant que les scénarios retenus par la communauté scientifique privilégient une hausse de 2 degrés de la température moyenne à la surface de la Terre d'ici à 2050. «Les nuages vont se former plus facilement, plus rapidement et les pluies vont être plus fortes», engendrant notamment davantage d'inondations soudaines, note Simon Wang, de l'Université Utah State.

D'une manière générale, relève ce chercheur américain, la hausse des températures va avoir «un effet d'amplification sur le climat tel qu'on le connaît actuellement». Les épisodes de grand froid, tel le vortex polaire qui s'est abattu cet hiver sur une grande partie de l'Amérique du nord, seront plus marqués, plus extrêmes, tout comme les vagues de chaleur et les périodes de sécheresse, ajoute-t-il.

Le défi pour les météorologues est donc désormais d'inclure la «force additionnelle» créée par le réchauffement climatique dans des modèles de prévision toujours plus complexes, explique Wang. Pour ce faire, les météorologues des prochaines décennies auront besoin d'ordinateurs surpuissants, actuellement extrêmement peu nombreux.

«D'ici 2050, vous passerez deux fois plus de temps en vol dans des turbulences»

Météorologue à l'Université britannique de Reading, Paul Williams a par exemple dû recourir au superordinateur de l'Université américaine de Princeton, l'un des plus puissants au monde, pour étudier les impacts du réchauffement climatique sur les jetstreams, ces courants d'airs rapides situés à une dizaine de kilomètres d'altitude, où les avions de ligne évoluent.

Après des semaines de calculs, son verdict est sans appel: «Le changement climatique donne plus de force à ces courants. (...) D'ici 2050, vous passerez deux fois plus de temps en vol dans des turbulences.»

Tout en notant qu'actuellement, en moyenne, seulement 1% du temps de vol des avions commerciaux subit des turbulences, Williams souligne que si la concentration de dioxyde de carbone augmente de façon exponentielle dans les prochaines années, «on ne sait pas comment les avions vont réagir» à ces masses d'air très agitées.

Des vagues de 40 mètres de haut

Et pas question de se rabattre sur le transport maritime pour voyager en toute quiétude: il faut en effet s'attendre à des vagues monstrueuses sur les océans. «Les compagnies de transport maritime rencontrent toujours plus de vagues énormes», dont certaines font 40 mètres de hauteur alors qu'auparavant 20 mètres était exceptionnel, dit Simon Wang, de l'Université Utah State.

«Ce n'est que le début du changement climatique, car les océans auront beaucoup plus d'impact en libérant davantage de chaleur et davantage de vapeur», avertit-il. D'autant que l'épaisse calotte glaciaire du Groenland a commencé à fondre et pourrait à terme -«pas avant le siècle prochain»- engendrer une hausse de six mètres du niveau des océans, rappelle Eric Brun, chercheur chez Météo-France et auteur d'une récente étude sur le sujet.

Face à tant de bouleversements, Jennifer Vanos, biométéorologue à l'Université Texas Tech, estime qu'il y a urgence à modifier l'urbanisme des villes et les modes de vie en fonction de cette nouvelle réalité, afin de tenter de protéger les populations.

20 minutes avec AFP

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