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Brexit chronique, le "British exit"

Publié le par ottolilienthal

Boris Johnson ou la stratégie du surplace

La stratégie de lenteur de Boris Johnson dans la négociation post-Brexit fait craindre qu'il mise sur l'effondrement européen

Le séjour de Boris Johnson en soins intensifs n'a en rien altéré sa détermination d'abattre les défenses de l'Union européenne dans la négociation des relations futures. Le temps perdu par la crise du Covid-19 met la pression sur les négociateurs, Michel Barnier et David Frost, tous remis de la maladie qui les a affectés. La semaine de négociation qui s'est achevée est « décevante », selon les termes du négociateur européen.

Le désaccord reste très large (en dehors d'une convergence sur le nucléaire). Pour le dire simplement, Boris Johnson ne souhaite pas s'engager fermement sur le principe de règles de compétitions équilibrées (le « level playing field »), alors même qu'il s'y est engagé dans la déclaration politique qui accompagnait l'accord de retrait.

Covid-19 : pourquoi les Britanniques ont raison de paniquer

Flambée de décès à Londres, progression alarmante des cas positifs, pénurie de respirateurs, confinement à rallonge, etc. : la Grande-Bretagne tremble.

Le week-end a été difficile pour les Britanniques. Moins parce que les pubs sont fermés pour la première fois ou que le traditionnel repas dominical, le « sunday roast », n'a pas eu lieu, que par la prise de conscience douloureuse de la crise du coronavirus qui frappe, aussi, le royaume. Vendredi 27 mars, un rapport de l'ICNARC (Intensive care national audit and research center, NDLR) rendu public énonce un chiffre effrayant : depuis fin février, 50 % des cas de Covid-19 admis en soins intensifs dans les hôpitaux britanniques sont décédés.

Le lendemain, le samedi 28, le décompte de 127 737 personnes testées sur le territoire donnait un total 19 522 infectées et 1 228 personnes testées positives décédées. Le dimanche 29, les données officielles révélaient une hausse spectaculaire de 2 546 personnes testées positives en seulement 24 heures.

Après les chiffres, les annonces

Après les chiffres, les annonces. La première, dans la journée de dimanche, comme un coup de massue, a été donnée par Jenny Harries. La cheffe adjointe des services sanitaires britanniques a annoncé que les règles de distanciation sociale, actuellement en vigueur pour une durée annoncée de deux semaines, devraient vraisemblablement être appliquées durant 2 à 3 mois. Elle a également avancé que le confinement pourrait être prolongé bien au-delà de ce terme, suivant une réévaluation régulière de la situation et des critères, pour un retour à la « normale » dans… 6 mois. Panique, donc, chez les Britanniques.

 

Lire aussi Coronavirus : le Premier ministre britannique Boris Johnson testé positif

Le soir, c'est un Premier ministre du Royaume-Uni pâle, essoufflé, qui a pris la parole, via une vidéo mise en ligne. Boris Johnson, testé positif au Covid-19 il y a trois jours, tout comme son ministre de la Santé – et le prince Charles – a à nouveau exhorté chacun à « rester chez soi ». Après des semaines à promouvoir la stratégie inverse, celle du « laisser-faire », qui consiste à miser sur « l'immunité collective » (soit à l'effet de ralentissement naturel de la contagion, théorie valable, mais excessivement meurtrière à cette échelle), BoJo, sous la pression de l'Europe, a changé son fusil d'épaule.

Hier, il a donc confirmé son allocution du lundi 23 mars au soir, qui instaurait le confinement total pour la nation. Un « Restez chez vous » basé sur un aveu d'impuissance : « Pour dire les choses simplement », avait déclaré le Premier ministre, « si trop de personnes tombent gravement malades à un moment donné, le NHS sera incapable de gérer la situation ». « Ralentir la propagation de la maladie » est donc devenu la priorité numéro un depuis une semaine.

Lire aussi Pierre Moscovici : « Si l'Europe joue petit bras, elle finira comme un vieux vase sur une étagère »

La situation préoccupante de Londres

Londres se trouve être de plus en plus problématique. La capitale de 9 millions d'habitants comptait 5 957 cas déclarés le 30 mars, soit 658 de plus que la veille. Ses 414 décès représentent le tiers du nombre total national. Les quartiers où l'on recense le plus de personées testées positives sont désormais référencés en ligne sur une carte interactive, qui pointe en premier chef Southwark (365 personnes) suivie par Lambeth (358) et Brent (321).

Lire aussi Coronavirus : l'insoutenable légèreté de l'Europe

 

Confinement à retardement et tests en attente

Les tergiversations du gouvernement à propos du confinement ont eu pour effet d'accélérer la contagion. Laquelle est intervenue 7 jours après la France (le 17 mars) et 17 jours après l'Italie (9 mars). La progression des cas confirmés suit une courbe proche de celle de l'Italie. Les deux premiers cas de Covid-19 ont été confirmés au Royaume-Uni le 31 janvier, dans la ville de Newcastle upon Tyne, dans le nord-est de l'Angleterre. Les tests effectués n'étaient alors que d'une centaine par jour.

Pour suivre les recommandations de l'OMS, le nombre de personnes testées s'élève depuis à plus de 120 000. Johnson a annoncé que le nombre de tests disponibles serait de l'ordre de 25 000 par jour, le Service de santé publique (Public Health England), a affirmé être en capacité d'en délivrer 4 000, tandis que le cran d'en dessous, le système de santé britannique, le NHS (National Health Service), peine à atteindre une moyenne de 2 000 tests par jour

Le manque de tests, notamment pour le personnel en milieu hospitalier serait, selon l'ancien ministre de la Santé et médecin Dan Poulter, cause d'une accélération de la contagion ; les soignants asymptomatiques transmettant le Covid aux patients admis pour d'autres pathologies.

La course aux respirateurs

Service de santé sous-dimensionné, personnel insuffisant ou contaminé, etc., la Grande-Bretagne s'apprête en plus à affronter, au moment du pic, une pénurie de respirateurs artificiels. On compte aujourd'hui 8 175 appareils disponibles pour 67 millions d'individus. Un respirateur pour 8 000 personnes. Aussi à la traîne qu'en France, le gouvernement lance les appels à la production massive d'appareils supplémentaires pour atteindre les 30 000 unités nécessaires.

La marque d'aspirateurs sans sac Dyson, notamment, serait en attente d'une approbation réglementaire pour la fabrication de 10 000 éléments commandés par le 10 Downing Street. Airbus et Nissan, comme le secteur automobile en France, seraient dans la course pour la fabrication de pièces grâce à des imprimantes 3D.

Lire aussi Coronavirus : la F1 met 100 heures pour concevoir une aide respiratoire

Mobilisation de tous les soignants

Dans sa prise de parole du 29 mars, Johnson a annoncé, comme chez nous, la mobilisation de tous les soignants diplômés pour venir en aide au corps médical déjà en fonction. « Retarder la diffusion de la maladie, réduire la pression sur le NHS qui permettrait de sauver des milliers de vies », pour reprendre ses mots. Ce qui consiste à faire revenir à l'hôpital médecins, infirmiers et aides-soignants pour remplacer le personnel contaminé manquant.

Johnson a également, outre les métiers exposés en première ligne, souligné le rôle essentiel des pharmaciens, conseils et soutiens de la population, ainsi que les 750 000 personnes qui se sont portées volontaires auprès de la NHS.

Modifié le - Publié le | Le Point.fr

Brexit : le saut historique de l'Europe et du Royaume-Uni dans l'inconnu

Jean-Marc Jancovici : «La Grande Bretagne quitte officiellement l'Europe ce soir. Ils ont beau avoir des gouts culinaires discutables et conduire à gauche, le retrait des anglais prive l'Europe de 13 % de sa population, 5 % de sa superficie, un quart de ses eaux territoriales, 15 % de son PIB, un des plus importants contributeurs nets à son budget (plus de 10 milliards d'euros par an), une puissance militaire et nucléaire, sa plus grande place financière, et ses meilleures universités.

L'Europe perd surtout le pays qui a fait le plus de chemin sur ses émissions propres de gaz à effet de serre (quasi disparition du charbon dans l'électricité), qui a fourni le rapport Stern et le discours de Mark Carney, qui a mis en place le premier équivalent du Haut conseil pour le climat, qui est revenu de la libéralisation partout (en pratique une partie des transports et des nouveaux modes de production électriques sont quasi nationalisés), et qui contribue significativement à la recherche mondiale sur la question climat.

Ironie du sort, l'Europe, conçue pour garantir la paix, perd donc le grand pays le plus sérieux sur la préservation de la stabilité climatique, elle-même contributrice à la paix. Espérons que la France saura rebondir pour initier les rapprochements pertinents avec ces "nouveaux norvégiens".»

(publié par J-Pierre Dieterlen)

 

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10158962283232281

« Nous sommes en 2192. Le Premier ministre britannique se rend à Bruxelles pour demander une prolongation du délai pour le Brexit. Personne ne se souvient de l’origine de cette tradition, mais chaque année, elle attire de nombreux touristes du monde entier… »

 

(blague sur Twitter)

Boris Johnson convoqué par la justice pour «mensonges»

JUSTICE Il est accusé d’avoir menti sur le coût de l’adhésion du Royaume-Uni à l’Union européenne lors de la campagne pour le référendum de 2016 sur le Brexit

 
 

Un tribunal londonien a décidé ce mercredi de convoquer l’ex-ministre des Affaires étrangères Boris Johnson, candidat au poste de Premier ministre, accusé d’avoir menti sur le coût de l’adhésion du Royaume-Uni à l’Union européenne lors de la campagne pour le référendum de 2016 sur le Brexit.

Accusé de « mensonges » par les avocats de l’homme d’affaires Marcus Ball, Boris Johnson devra se présenter devant le tribunal pour une audience préliminaire qui déterminera si l’affaire doit être ensuite renvoyée devant une cour, a décidé le tribunal. L’intervention de Boris Johnson dans la campagne du référendum avait été décisive pour la victoire du Brexit avec 52 % des voix.

Des poursuites pour « faute grave dans l'exercice de ses fonctions »

Les accusations contre Boris Johnson viennent de l’homme d’affaires Marcus Ball. Selon ses avocats, le fervent défenseur du Brexit a sciemment menti, alors qu’il était maire de Londres, en prétendant que le Royaume-Uni versait 350 millions de livres (400 millions d’euros) par semaine à Bruxelles. Ils veulent le poursuivre pour faute grave dans l’exercice de ses fonctions.

« La démocratie exige un leadership responsable et honnête de la part de personnes occupant des fonctions publiques », a plaidé jeudi dernier l’avocat Lewis Power devant le tribunal de Westminster. « Le Royaume-Uni n’a jamais envoyé ou donné 350 millions de livres par semaine », a-t-il pointé. Boris Johnson « savait que ce chiffre était faux. Néanmoins, il a choisi de le répéter, encore et encore », a-t-il relevé.

« L’accusation ne porte pas sur le Brexit »

« L’accusation ne porte pas sur le Brexit », a assuré l’avocat, se défendant de vouloir entraver le divorce du pays avec l’Union européenne, « mais c’est lors du référendum sur le Brexit que Boris Johnson a choisi d’induire le public en erreur ».

Des accusations que rejette l’homme politique. Pour son avocat Adrian Darbishire, le chef d’accusation est inapproprié et la manœuvre surtout « politique ». Habile et charismatique, « BoJo » est le grand favori chez les militants de base du parti conservateur pour succéder à la Première ministre britannique Theresa May, qui démissionnera le 7 juin prochain. Mais il est moins populaire auprès de ses pairs qui lui reprochent ses nombreuses gaffes et un certain dilettantisme.

 

20 Minutes avec AFP

Lettre du Brexit : deux ans déjà

Toujours coi que son pays d'accueil quitte l'Union européenne, qu'il avait pourtant façonnée à sa guise, notre correspondant à Londres va devenir britannique.

Publié le | Le Point.fr
 
 
La lente décomposition du palais de Westminster
 

Départs de feu réguliers, installations vétustes, façade fatiguée : le siège du Parlement britannique est bien mal en point. Un débat portant sur sa rénovation complète doit avoir lieu pour la toute première fois en janvier 2018. Et le temps presse.

“Le Parlement britannique tombe en ruine.” Dans un long reportage, le quotidien The Guardian tire la sonnette d’alarme. Le palais de Westminster, symbole de la monarchie parlementaire britannique, où siègent 650 députés et quelque 800 lords, est dans un état déplorable.  La journaliste Charlotte Higgins raconte que, alors qu’elle explorait les tortueux sous-sols du bâtiment, “quelque chose de visqueux” est tombé sur sa main. “C’est de la graisse qui vient des cuisines. Apparemment, elle suinte le long des câbles électriques”, avance son guide. Et de poursuivre : “Les canalisations des palais victoriens n’étaient pas conçues pour l’énorme quantité d’eau, de déchets de cuisine et d’eaux usées qui coule dedans aujourd’hui.”

En dépit de ce constat, les installations électriques et les canalisations du bâtiment n’ont pas été remplacées depuis la Seconde Guerre mondiale. Pis, des incendies se déclarent régulièrement dans l’enceinte du palais. Au total, pas moins de 40 départs de feu ont eu lieu en quatre ans, entre 2008 et 2012. À l’extérieur, le portrait dressé par The Guardian n’est guère plus réjouissant : “Certaines pierres n’ont pas été nettoyées depuis la construction de l’édifice dans les années 1840, et elles sont maintenant incrustées d’une épaisse couche de goudron qui attaque la maçonnerie.”

 
Un coût faramineux mais nécessaire

En 2016, un rapport parlementaire préconisait une rénovation en profondeur des lieux, de préférence dans un palais vide et pour une durée de six ans – à l’image de Big Ben, mis à l’arrêt en août dernier pour quatre ans. “Le coût des travaux est estimé à 3,5 milliards de livres [3,9 milliards d’euros] au minimum. (Si les parlementaires choisissent de rester dans le bâtiment, le chantier pourrait durer quarante ans et coûter 5,7 milliards de livres.) Beaucoup d’entre eux pensent que dépenser de telles quantités d’argent pour leur lieu de travail est politiquement impossible.” Après avoir été repoussé deux fois en raison du Brexit et du changement de Premier ministre qui s’en est suivi, un débat doit avoir lieu pour la première fois à la Chambre des communes en janvier 2018. Et le temps presse, s’inquiète la journaliste :

C’est le bâtiment tout entier qui a besoin d’être restauré, avec ses précieux ouvrages d’art. Il doit être amélioré en tant que lieu de travail. Mais il est surtout dangereux. La portée symbolique d’un accident serait catastrophique : imaginez l’impact qu’auraient, à un moment où le Royaume-Uni peine à établir un semblant de stabilité post-Brexit, des images de fumée s’élevant d’un palais évacué en urgence diffusées dans les journaux télévisés. Bien sûr qu’il faut le rénover. Et bien sûr qu’il faut le vider, parce qu’ainsi les travaux seront faits plus rapidement et avec une plus grande sécurité, et cela coûtera moins cher”.

Le palais déjà détruit par un incendie

Et si, comme certains le préconisent, les parlementaires britanniques en profitaient pour quitter définitivement Westminster, voire Londres ? “Cardiff et Édimbourg ont des Parlements [régionaux] en verre tous neufs, mais l’Angleterre n’est pas du genre à accepter de déraciner sa politique nationale de Westminster, nombril de l’Église et de l’État depuis le jour où les Saxons y ont amarré leurs bateaux pour la première fois”, affirme The Guardian.

Pourtant, prévient le journal de gauche, dans un pays à ce point fasciné par son propre passé, l’histoire du palais devrait offrir matière à réflexion aux parlementaires hésitants à l’idée de faire rénover le bâtiment : avant d’être reconstruit pour prendre sa forme actuelle à partir de 1840, Westminster avait été presque entièrement détruit par… un incendie.

 

The Guardian - Londres

L'agence S&P prévoit un Brexit "dur"
 

Un Brexit "dur" qui verrait la Grande-Bretagne perdre l'accès au marché unique européen semble désormais l'issue la plus probable des négociations sur la sortie du pays de l'Union européenne, juge Standard & Poor's. La Grande-Bretagne subira l'essentiel de l'impact économique du Brexit dont les effets sur l'économie mondiale seront plus limités, prédit l'agence de notation dans sa dernière évaluation de l'économie britannique publiée vendredi. S&P a abaissé de AAA à AA la note de crédit de la Grande-Bretagne juste après le vote britannique en faveur d'une sortie de l'UE le 23 juin.

Londres a mal évalué la position de l'UE

Elle écrit vendredi que le gouvernement britannique ne semble pas avoir encore réalisé que l'UE ne céderait probablement pas sur le principe de l'indivisibilité de ses quatre libertés de circulation des personnes, des capitaux, des biens et des services.

 

"Même si (le parlement de) Westminster devait reconnaître la position de l'UE, il est difficile de percevoir comment un Brexit plutôt dur peut être évité si les deux parties ne deviennent pas bien plus flexibles qu'elles ne semblent l'être aujourd'hui", dit Moritz Kraemer, responsable de la dette souveraine chez S&P.

Brexit : ça se complique !

Le calendrier de sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne pourrait être remis en cause, au risque de pousser à bout une partie de l'opinion chauffée à blanc.

Le Brexit se fera au détriment du peuple britannique

Perte de pouvoir d'achat, hausse des prix des importations : les ménages britanniques seront les premières victimes de la sortie du Royaume-Uni de l'UE.

 

 

Le Brexit conduit, avant que la politique économique ne réagisse, à une perte d'attractivité pour le Royaume-Uni ; en réaction, le gouvernement adoptera certainement des politiques fiscales et réglementaires agressives et la Banque d'Angleterre mènera une politique monétaire expansionniste. L'effet sur l'Union européenne du Brexit est donc ambigu ; celui sur les Britanniques est certainement défavorable, laissant présager un nouvel ajustement à la baisse des dépenses publiques et une perte importante de pouvoir d'achat pour les ménages britanniques.

 

 

On ne peut pas envisager que, n'étant plus membre de l'UE, le Royaume-Uni continue à bénéficier d'un accès complètement libre aux marchés de l'Union européenne. La mobilité des biens, des services, des capitaux, des personnes entre le Royaume-Uni et l'UE va diminuer, d'où en conséquence une baisse des investissements au Royaume-Uni dans l'industrie, dans les services financiers, dans l'immobilier (où la baisse est déjà observée) – cette baisse des investissements entraînant une perte de croissance et d'emplois.

Dépréciation importante de la livre sterling

La réponse de la politique économique du Royaume-Uni parait assez claire. D'une part, il faut attendre une politique fiscale et réglementaire agressive. L'ancien chancelier de l'Échiquier avait annoncé une baisse jusqu'à 15 % du taux d'imposition des profits des sociétés. La réglementation financière sera certainement allégée pour éviter la relocalisation des banques d'investissement et des gérants d'actifs dans l'Union européenne (si par exemple les sociétés de gestion d'actifs britanniques perdent le passeport européen pour leurs fonds, il en résulte des coûts supplémentaires qu'une réglementation plus légère peut compenser). D'autre part, il faut attendre une politique monétaire plus expansionniste, maintenant une dépréciation importante de la livre sterling, pour redresser l'attractivité de l'industrie et attirer des investissements étrangers.

Quel sera l'effet du Brexit sur le reste de l'Union européenne ? D'un côté, il y a recul des exportations vers le Royaume-Uni et concurrence fiscale et réglementaire accrue de la part du Royaume-Uni ; mais d'un autre côté, il peut y avoir relocalisation dans l'Union européenne d'activités en provenance du Royaume-Uni. Cependant il est certain que le peuple britannique va souffrir du Brexit et des politiques économiques qui l'accompagnent.

Déficit public encore plus important

La première question est celle des finances publiques du Royaume-Uni. À court terme, la perte de croissance et les politiques de concurrence fiscale vont conduire à un déficit public encore plus important, mais, tant que les investisseurs pensent que la Banque d'Angleterre agira si nécessaire, pour que ce déficit soit financé à des taux d'intérêt très bas, rien de négatif ne se produira. La Banque d'Angleterre a d'ailleurs déjà commencé un Quantitative Easing. La situation sera différente à moyen terme : inévitablement la réduction du déficit public devra avoir lieu, et passera par de nouvelles baisses des dépenses publiques (emploi public, prestations sociales), défavorables aux ménages britanniques. La seconde question est celle des effets de la dépréciation de la livre sterling. Le Royaume-Uni a une structure économique particulière. Le Royaume-Uni est exportateur de biens (pharmacie, électronique, voitures haut de gamme) et services (financiers, juridiques, informatiques, etc.) sophistiqués, d'où une très faible sensibilité des exportations en volume au taux de change (une dépréciation réelle du change de 10 % n'accroît les exportations en volume que de 1,4 %, contre 7 % en France). Le pays importe massivement les biens qu'il ne produit pas, d'où un très important déficit extérieur pour les biens. La dépréciation de la livre sterling aura donc comme effet essentiel de faire monter le prix des importations du Royaume-Uni, donc de faire baisser le pouvoir d'achat des ménages britanniques.

Les vraies victimes du Brexit seront donc les ménages britanniques. Ils vont devoir subir les conséquences du nécessaire rééquilibrage des finances publiques, les déficits publics du Royaume-Uni allant être creusés par la perte de croissance et par la très probable politique d'attractivité fiscale. Les ménages britanniques subiront par ailleurs les conséquences de la dépréciation de la livre sterling, avec la perte de pouvoir d'achat due à la hausse des prix des importations.

 

Publié le
Brexit : l’Europe sans « plan B »

Les Vingt-Sept États membres d’une Union sans la Grande-Bretagne se divisent déjà sur le jour d’après : que faire du partant ? Et comment continuer l’Europe ?

 

Que fera l’Europe au matin du 24 juin, si une majorité de Britanniques ont décidé la veille de la quitter ? Motus. « Vous ne me ferez jamais dire publiquement que nous avons un plan B », affirmait récemment à Paris un haut responsable européen. Pas question de reproduire l’erreur de Jacques Delors qui avait, lors du référendum français en 2005, affaibli la campagne contre le « non » en reconnaissant qu’il existait bien un « plan B ».

Et pourtant, tous y travaillent, et chaque jour davantage, sous la pression des sondages donnant le « leave » en tête… Un vieux routier de l’Europe, le ministre allemand des Finances Wolfgang Schaüble, l’a reconnu le premier : « Nous nous préparons à tous les scénarios possibles pour contenir les dangers ». Le problème est que, naturellement, les Vingt-Sept États qui resteraient dans l’Union ne sont d’accord sur rien.

Et d’abord pas sur le sort à réserver au partant. Pour le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, pas de doute : « Le Royaume-Uni devra accepter d’être considéré comme un État tiers, que l’on ne caressera pas dans le sens du poil ». Et d’ajouter, dans cet entretien au Monde , un mot qui a choqué : « Les “déserteurs” ne seront pas accueillis à bras ouverts ». La France et l’Allemagne partagent largement ce point de vue. Mais pas la plupart des pays du Nord de l’Europe, comme les Pays-Bas, la Suède ou le Danemark, qui entretiennent historiquement des liens très étroits, commerciaux et culturels, avec la Grande-Bretagne. Ils plaideraient plutôt pour un statut spécial, comparable à ceux de la Norvège ou de la Suisse.

Tous ne sont pas d’accord, non plus, sur ce que devrait devenir la nouvelle Europe à Vingt-Sept. François Hollande plaide depuis un an en faveur d’une plus forte intégration de la zone euro : un budget propre, un ministre des Finances attitré, voire des emprunts communs… Le projet, affirme le président, serait proposé avec l’Allemagne, avec d’autres avancées sur la défense et la sécurité. L’ennui est que le gouvernement allemand ne donne guère l’impression d’être intéressé. Wolfgang Schaüble a même déclaré au Spiegel , sans précaution oratoire : demander plus d’intégration au lendemain d’un Brexit « serait maladroit. Beaucoup se demanderaient à juste titre si les politiques n’ont une fois de plus rien compris ». Jean-Claude Juncker confirme cette réticence quand il propose, dans une tribune cosignée avec l’actuel président de l’Union, le Néerlandais Mark Rutte, de donner la priorité à… l’approfondissement du marché unique !

Alors, quel plan B après un Brexit ? Le grand débat du jour d’après serait une nouvelle source de querelles. Elles éclateraient dès le Conseil européen des 28 et 29 juin à Bruxelles, auquel assisterait également le « déserteur » britannique David Cameron… Confusion garantie.

 

À Londres, Francis Brochet

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