Brexit chronique, le "British exit"

Publié le par ottolilienthal

Brexit : le plan secret de la France pour "couler le Royaume-Uni"

D'après un mémo confidentiel dévoilé par le "Daily Mail", les dirigeants français seraient prêts à tout pour détruire le quartier d'affaires londonien de la City.

La France vise à détruire coûte que coûte l'économie britannique, et notamment le quartier d'affaires londonien de la City. C'est en tout cas ce que rapporte l'édition dominicale du Daily Mail . Le tabloïd, connu pour sa ligne éditoriale populaire, dévoile un mémo secret adressé au ministère, exposant les intentions de la France afin de « couler le Royaume-Uni » et de « perturber activement la City ». Le document présenté par le quotidien est signé de la main de Jeremy Browne, envoyé de la City de Londres auprès des États de l'Union européenne sur le Brexit. Et ses prédictions sur l'attitude de la France sont alarmantes, explique-t-il.

 

« Ils sont clairs comme de l'eau de roche sur leur objectif sous-jacent : l'affaiblissement du Royaume-Uni et la poursuite de la dégradation de la City de Londres », Jeremy Browne n'est pas rentré très optimiste de sa tournée en France. Comme en témoigne aussi sa rencontre avec la Banque de France, « la pire que j'aie eue dans toute l'Union européenne. Ils veulent un Brexit le plus dur possible. »

« Avide et affirmée »

L'envoyé de la City estime qu'il s'agit d'une réelle volonté politique. Le tabloïd britannique rappelle que le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, avait qualifié le Brexit de « fabuleuse opportunité pour la France ». Pour Jeremy Browne, « on observe une véritable entreprise de la part de la France entière, rendue à la fois plus avide et plus affirmée par l'élection d'Emmanuel Macron ». Et de mettre en garde ses concitoyens pour les négociations à venir : « Nous ne devons jamais perdre de vue que la France considère le Royaume-Uni et la City comme des adversaires, et non comme des partenaires. »

 

Publié le | Le Point.fr

Brexit : Theresa May perdue dans le brouillard

Un chaos total règne sur le processus de sortie de l'UE. Et des questions commencent à se poser sur l'avenir politique de la Premier ministre britannique.

Le comté du Dorset, au sud-ouest de l'Angleterre, est bordé par la Manche. Mais sa côte bénéficie d'un climat plus doux que les régions voisines, car à l'abri des vents les plus violents. C'est pourtant depuis sa ville natale de Bornemouth, où il était en vacances, que Sir Ivan Rogers a déclenché une tempête dévastatrice en démissionnant avec fracas de son poste d'ambassadeur à Bruxelles.

Dans un courriel cinglant de cent quarante mots le représentant de Sa Majesté auprès de l'Union européenne tire sa révérence et fait savoir au monde entier tout le mal qu'il pense de la manière dont la Premier ministre Theresa May conduit le Brexit. Ou plutôt ne le conduit pas. « Nous ne savons pas quels sont les objectifs du gouvernement concernant la négociation et les relations du Royaume-Uni après le Brexit », écrit-il notamment.

L'ennui pour Theresa May, c'est que Sir Ivan Rogers est loin d'être le seul à dénoncer le brouillard dans lequel évolue la Premier ministre à propos de la sortie de l'UE. Une véritable fronde s'est levée parmi les hauts fonctionnaires responsables du dossier, qui dénoncent pêle-mêle le manque de directives, le flou total sur le calendrier, l'absence d'objectifs précis, les mirages savamment entretenus sur les délais. Sir Ivan Rogers s'était attiré les foudres du 10 Downing Street en tirant la sonnette d'alarme et en estimant que les négociations pourraient durer une dizaine d'années.

La révolte des « mandarins »

Délivrés de leur devoir de réserve, une pléiade d'anciens diplomates ont déclenché un feu nourri contre Theresa May et ont pris la défense de Sir Ivan. Parmi eux, deux anciens secrétaires permanents du Foreign Office (l'équivalent du secrétaire général du Quai d'Orsay), dont Lord Peter Ricketts qui fut aussi un (excellent) ambassadeur à Paris. Leurs propos reflètent incontestablement les sentiments de leurs collègues contraints à plus de discrétion.

Cible de cette « révolte des mandarins » (titre du Times du jeudi 5 janvier) : les ministres chargés du dossier, l'ondulant Boris Johnson (Foreign Office) et David Davis (Brexit).

À la grande stupéfaction de ses partenaires, le Royaume-Uni n'avait nullement préparé un éventuel Brexit. Aucune feuille de route sérieuse n'a jusqu'à présent été élaborée alors que Londres a annoncé vouloir déclencher le fatidique article 50 avant la fin mars. « Brexit is Brexit », répète à satiété Theresa May, tandis que certains membres de son entourage se bercent encore d'illusions en pensant pouvoir sortir de l'UE tout en conservant les avantages du marché unique, du « passeport » financier européen, et en négociant un arrangement transitoire.

Mais le monde des affaires, plus pragmatique, regarde les choses en face et raisonne autrement. Les dirigeants des grandes entreprises étrangères implantées à Londres, notamment les banques, envisagent le déménagement de leurs sièges. Courtisés par Francfort, Paris ou Dublin, ils n'auront que l'embarras du choix.

Osborne en embuscade

Les futures relations entre Londres et l'UE ne pourront êtres discutées qu'à l'issue des négociations – terriblement compliquées – sur la sortie de l'Union. Et pas simultanément. Il faut aussi qu'un autre obstacle soit franchi : celui de la Cour suprême qui doit décider si, oui ou non, le Parlement doit donner son aval au divorce entre le Royaume-Uni et l'UE. En première instance, la Haute Cour de justice de Londres avait estimé, jeudi 3 novembre, que le Brexit devait bel et bien être soumis au Parlement. Si la Cour suprême confirme cette lecture de la pratique constitutionnelle, Theresa May risque de connaître des jours difficiles, particulièrement à la Chambre des lords.

Prise dans la tourmente, la Premier ministre joue son avenir politique. Elle est attendue au tournant par ses adversaires, dont les plus féroces sont au sein même du Parti conservateur. Plusieurs sont en embuscade, dont George Osborne, ancien chancelier de l'Échiquier (ministre des Finances), congédié comme un valet au lendemain du Brexit. Les deux personnages se haïssent. Même au pays du fair-play, la vengeance est un plat qui se savoure froid.

Modifié le - Publié le | Le Point.fr

 

L'agence S&P prévoit un Brexit "dur"

 

Un Brexit "dur" qui verrait la Grande-Bretagne perdre l'accès au marché unique européen semble désormais l'issue la plus probable des négociations sur la sortie du pays de l'Union européenne, juge Standard & Poor's. La Grande-Bretagne subira l'essentiel de l'impact économique du Brexit dont les effets sur l'économie mondiale seront plus limités, prédit l'agence de notation dans sa dernière évaluation de l'économie britannique publiée vendredi. S&P a abaissé de AAA à AA la note de crédit de la Grande-Bretagne juste après le vote britannique en faveur d'une sortie de l'UE le 23 juin.

Londres a mal évalué la position de l'UE

Elle écrit vendredi que le gouvernement britannique ne semble pas avoir encore réalisé que l'UE ne céderait probablement pas sur le principe de l'indivisibilité de ses quatre libertés de circulation des personnes, des capitaux, des biens et des services.

 

"Même si (le parlement de) Westminster devait reconnaître la position de l'UE, il est difficile de percevoir comment un Brexit plutôt dur peut être évité si les deux parties ne deviennent pas bien plus flexibles qu'elles ne semblent l'être aujourd'hui", dit Moritz Kraemer, responsable de la dette souveraine chez S&P.

Brexit : ça se complique !

Le calendrier de sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne pourrait être remis en cause, au risque de pousser à bout une partie de l'opinion chauffée à blanc.

Le Brexit se fera au détriment du peuple britannique

Perte de pouvoir d'achat, hausse des prix des importations : les ménages britanniques seront les premières victimes de la sortie du Royaume-Uni de l'UE.

 

 

Le Brexit conduit, avant que la politique économique ne réagisse, à une perte d'attractivité pour le Royaume-Uni ; en réaction, le gouvernement adoptera certainement des politiques fiscales et réglementaires agressives et la Banque d'Angleterre mènera une politique monétaire expansionniste. L'effet sur l'Union européenne du Brexit est donc ambigu ; celui sur les Britanniques est certainement défavorable, laissant présager un nouvel ajustement à la baisse des dépenses publiques et une perte importante de pouvoir d'achat pour les ménages britanniques.

 

 

On ne peut pas envisager que, n'étant plus membre de l'UE, le Royaume-Uni continue à bénéficier d'un accès complètement libre aux marchés de l'Union européenne. La mobilité des biens, des services, des capitaux, des personnes entre le Royaume-Uni et l'UE va diminuer, d'où en conséquence une baisse des investissements au Royaume-Uni dans l'industrie, dans les services financiers, dans l'immobilier (où la baisse est déjà observée) – cette baisse des investissements entraînant une perte de croissance et d'emplois.

Dépréciation importante de la livre sterling

La réponse de la politique économique du Royaume-Uni parait assez claire. D'une part, il faut attendre une politique fiscale et réglementaire agressive. L'ancien chancelier de l'Échiquier avait annoncé une baisse jusqu'à 15 % du taux d'imposition des profits des sociétés. La réglementation financière sera certainement allégée pour éviter la relocalisation des banques d'investissement et des gérants d'actifs dans l'Union européenne (si par exemple les sociétés de gestion d'actifs britanniques perdent le passeport européen pour leurs fonds, il en résulte des coûts supplémentaires qu'une réglementation plus légère peut compenser). D'autre part, il faut attendre une politique monétaire plus expansionniste, maintenant une dépréciation importante de la livre sterling, pour redresser l'attractivité de l'industrie et attirer des investissements étrangers.

Quel sera l'effet du Brexit sur le reste de l'Union européenne ? D'un côté, il y a recul des exportations vers le Royaume-Uni et concurrence fiscale et réglementaire accrue de la part du Royaume-Uni ; mais d'un autre côté, il peut y avoir relocalisation dans l'Union européenne d'activités en provenance du Royaume-Uni. Cependant il est certain que le peuple britannique va souffrir du Brexit et des politiques économiques qui l'accompagnent.

Déficit public encore plus important

La première question est celle des finances publiques du Royaume-Uni. À court terme, la perte de croissance et les politiques de concurrence fiscale vont conduire à un déficit public encore plus important, mais, tant que les investisseurs pensent que la Banque d'Angleterre agira si nécessaire, pour que ce déficit soit financé à des taux d'intérêt très bas, rien de négatif ne se produira. La Banque d'Angleterre a d'ailleurs déjà commencé un Quantitative Easing. La situation sera différente à moyen terme : inévitablement la réduction du déficit public devra avoir lieu, et passera par de nouvelles baisses des dépenses publiques (emploi public, prestations sociales), défavorables aux ménages britanniques. La seconde question est celle des effets de la dépréciation de la livre sterling. Le Royaume-Uni a une structure économique particulière. Le Royaume-Uni est exportateur de biens (pharmacie, électronique, voitures haut de gamme) et services (financiers, juridiques, informatiques, etc.) sophistiqués, d'où une très faible sensibilité des exportations en volume au taux de change (une dépréciation réelle du change de 10 % n'accroît les exportations en volume que de 1,4 %, contre 7 % en France). Le pays importe massivement les biens qu'il ne produit pas, d'où un très important déficit extérieur pour les biens. La dépréciation de la livre sterling aura donc comme effet essentiel de faire monter le prix des importations du Royaume-Uni, donc de faire baisser le pouvoir d'achat des ménages britanniques.

Les vraies victimes du Brexit seront donc les ménages britanniques. Ils vont devoir subir les conséquences du nécessaire rééquilibrage des finances publiques, les déficits publics du Royaume-Uni allant être creusés par la perte de croissance et par la très probable politique d'attractivité fiscale. Les ménages britanniques subiront par ailleurs les conséquences de la dépréciation de la livre sterling, avec la perte de pouvoir d'achat due à la hausse des prix des importations.

 

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Brexit : l’Europe sans « plan B »

Les Vingt-Sept États membres d’une Union sans la Grande-Bretagne se divisent déjà sur le jour d’après : que faire du partant ? Et comment continuer l’Europe ?

 

Que fera l’Europe au matin du 24 juin, si une majorité de Britanniques ont décidé la veille de la quitter ? Motus. « Vous ne me ferez jamais dire publiquement que nous avons un plan B », affirmait récemment à Paris un haut responsable européen. Pas question de reproduire l’erreur de Jacques Delors qui avait, lors du référendum français en 2005, affaibli la campagne contre le « non » en reconnaissant qu’il existait bien un « plan B ».

Et pourtant, tous y travaillent, et chaque jour davantage, sous la pression des sondages donnant le « leave » en tête… Un vieux routier de l’Europe, le ministre allemand des Finances Wolfgang Schaüble, l’a reconnu le premier : « Nous nous préparons à tous les scénarios possibles pour contenir les dangers ». Le problème est que, naturellement, les Vingt-Sept États qui resteraient dans l’Union ne sont d’accord sur rien.

Et d’abord pas sur le sort à réserver au partant. Pour le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, pas de doute : « Le Royaume-Uni devra accepter d’être considéré comme un État tiers, que l’on ne caressera pas dans le sens du poil ». Et d’ajouter, dans cet entretien au Monde , un mot qui a choqué : « Les “déserteurs” ne seront pas accueillis à bras ouverts ». La France et l’Allemagne partagent largement ce point de vue. Mais pas la plupart des pays du Nord de l’Europe, comme les Pays-Bas, la Suède ou le Danemark, qui entretiennent historiquement des liens très étroits, commerciaux et culturels, avec la Grande-Bretagne. Ils plaideraient plutôt pour un statut spécial, comparable à ceux de la Norvège ou de la Suisse.

Tous ne sont pas d’accord, non plus, sur ce que devrait devenir la nouvelle Europe à Vingt-Sept. François Hollande plaide depuis un an en faveur d’une plus forte intégration de la zone euro : un budget propre, un ministre des Finances attitré, voire des emprunts communs… Le projet, affirme le président, serait proposé avec l’Allemagne, avec d’autres avancées sur la défense et la sécurité. L’ennui est que le gouvernement allemand ne donne guère l’impression d’être intéressé. Wolfgang Schaüble a même déclaré au Spiegel , sans précaution oratoire : demander plus d’intégration au lendemain d’un Brexit « serait maladroit. Beaucoup se demanderaient à juste titre si les politiques n’ont une fois de plus rien compris ». Jean-Claude Juncker confirme cette réticence quand il propose, dans une tribune cosignée avec l’actuel président de l’Union, le Néerlandais Mark Rutte, de donner la priorité à… l’approfondissement du marché unique !

Alors, quel plan B après un Brexit ? Le grand débat du jour d’après serait une nouvelle source de querelles. Elles éclateraient dès le Conseil européen des 28 et 29 juin à Bruxelles, auquel assisterait également le « déserteur » britannique David Cameron… Confusion garantie.

 

À Londres, Francis Brochet

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