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affaiblir EDF relevait de l’exploit, l’État y est parvenu

Publié le par ottolilienthal

Comment l'Etat a mis à genoux notre fleuron EDF

Avant-première. Le PDG de EDF Jean-Bernard Lévy a annoncé ce jeudi vouloir engager un "recours" contre la décision du gouvernement d'attribuer des volumes d'électricité bon marché supplémentaires à ses concurrents. L'occasion de découvrir cette enquête du magazine Capital, dévoilée en avant-première.

«Après dix ans d’hiver lié à Fukushima, revoici le début du printemps.» Jean-Bernard Lévy, le patron EDF, reprend espoir. En ce début février, Emmanuel Macron est en visite à l’usine de Belfort où sont fabriquées les turbines à vapeur qui équipent les centrales nucléaires. Le président en profite pour confirmer sa volonté de relancer le programme nucléaire, avec la construction de six nouveaux réacteurs EPR à partir de 2027. Le P-DG d’EDF attendait cette annonce depuis longtemps. Mais comme souvent avec l’Etat, il y a un hic. Dans le package et en échange d’un nouveau chèque de 2,7 milliards d’euros, EDF est prié de bien vouloir racheter à General Electric les turbines Arabelle produites sur le site. L’électricien national n’en voulait pas.

Reprendre cette activité cédée en 2014 par Alstom, alors qu’Emmanuel Macron était ministre de l’Economie ? EDF a bien d’autres priorités que de gérer cette énième volte-face de l’Etat dans sa politique énergétique. Depuis dix ans, EDF navigue en effet à vue, ballotté entre un Etat stratège sans véritable cap et un Etat actionnaire qui l’essore quand tout va bien ou la perfuse quand ses comptes plongent dans le rouge. Durant son dernier quinquennat, Emmanuel Macron, tiraillé entre les exigences de Nicolas Hulot au début et la crise énergétique à la fin, a tardé à clarifier la feuille de route. Alors qu’EDF affiche 43 milliards d’euros de dette et voit se profiler une montagne d’investissements, voilà que l’idée de renationaliser l’entreprise revient en force.

Ce stop & go se traduit dans les flux financiers entre EDF et l’Etat. La copie est particulièrement brouillonne. Entre sa cotation en Bourse en 2005, et son premier sauvetage public dix ans plus tard, EDF a versé 17,7 milliards d’euros de dividendes en cash à son principal actionnaire (à 84%). «L’Etat a trop prélevé chez EDF», avait même reconnu Emmanuel Macron en 2016, lorsqu’il était ministre de l’Economie. A l’époque, il avait signé un premier chèque de 3 milliards d’euros pour renflouer l’entreprise, dans l’incapacité de financer ses investissements, notamment en Grande-Bretagne. Mais, comme cette année avec les turbines d’Alstom, il avait en échange obligé EDF à racheter Framatome, la branche d’équipements nucléaire d’Areva, l’autre géant de la filière française alors en quasi-faillite. Depuis 2015, l’Etat a cessé de ponctionner EDF et a laissé 8 milliards d’euros de plus dans ses caisses. Au total, près de 15 milliards d’euros d’argent public ont été réinjectés dans l’entreprise. Prélever, redonner : un jeu à somme nulle.

L'avenir du nucléaire en suspens

Que faire du nucléaire ? Sous le mandat de François Hollande, la question est en grande partie restée en suspens. L’ancien président socialiste est arrivé au pouvoir après la catastrophe de Fukushima, avec la promesse de fermer jusqu’à 28 réacteurs pour assurer sa coalition avec les écologistes. Il est ensuite descendu à 24. Dans les faits, seul le site de Fessenheim, devenu un totem politique, a été fermé. Mais pour le reste, aucune stratégie technologique ou industrielle n’a été définie. Les ministres de l’Ecologie se sont succédé. «On en a connu huit et chacun avait sa petite idée sur le nucléaire, déplore encore Sébastien Menesplier, secrétaire général de la fédération énergie de la CGT. L’Etat n’a pas eu de politique énergétique pendant dix ans.» Pourtant, depuis de Gaulle, le nucléaire avait toujours fait partie des piliers de la politique française. «Il a toujours bénéficié de la continuité de l'Etat, avec Pompidou, Giscard puis Mitterrand, explique un adjoint du P-DG d’EDF. Mais Fukushima a rompu ce consensus transpartisan.»

Le débat sur l’opportunité de prolonger le parc nucléaire existant, de profiter d’une énergie bon marché et décarbonée dans le cadre d’une sûreté renforcée, a ainsi été escamoté. Ségolène Royal, alors ministre de l’Environnement et de l’Energie du gouvernement Valls, était favorable à une prolongation de dix ans. La décision n’est jamais venue, impossible à assumer politiquement. «Je me suis battu avec l’Etat pendant cinq ans contre la fermeture de Fessenheim et pour prolonger les réacteurs afin d’avoir le temps de concevoir un modèle plus élaboré que l’EPR», peste encore le P-DG de l’époque, Henri Proglio. Même atermoiements avec Emmanuel Macron, qui, en 2018, confirme l’arrêt de Fessenheim et valide la fermeture de 14 réacteurs d’ici 2035. L’opposition de plusieurs pontes du nucléaire, comme l’ancien numéro deux d’EDF, Yannick d’Escatha, en 2014 et l’ancien haut-commissaire à l’énergie atomique, Yves Bréchet, en 2016 n’ont pas pesé.

Dans son rapport de 2019 sur les déboires de l’EPR de Flamanville, l’ancien patron de PSA-Peugeot Jean-Martin Folz a aussi pointé l’erreur d’avoir «arrêté de construire». Le dernier réacteur mis en service, Civaux 2, remonte à 2002. Après, plus rien. Au début des années 2010, le gouvernement a envisagé de lancer un second EPR à Penly, en Normandie, après celui de Flamanville, dont le chantier venait de débuter. GDF Suez (aujourd'hui Engie) et Total rêvaient de piloter ce nouveau réacteur de troisième génération. Mais cette fois, c’est EDF qui a freiné. François Hollande a enterré le projet en 2013, sans lui donner aucune chance de survie. «En 2010, on n’avait pas besoin d’un EPR en France mais celui de Penly aurait dû être construit quelques années plus tard au lieu d’être abandonné», estime Pierre Gadonneix, PDG d’EDF de 2004 à 2009. Penly a finalement été confirmé par Emmanuel Macron en février dernier. Dix ans de perdus alors que ce chantier aurait permis à la filière française de se faire la main sur la nouvelle technologie des EPR. Et d’enchaîner sur un autre chantier pour éviter une lourde baisse de charges. Au lieu de quoi, c’est en Grande-Bretagne que la filière française est allée reprendre du service. Avec un objectif collatéral, donner du travail à Areva (chargé des chaudières) alors au bord de la faillite.

Ce chantier pharaonique à 25 milliards d’euros a mis l’électricien national en situation d’extrême fragilité. Début 2016, le directeur financier Thomas Piquemal a d’ailleurs claqué la porte, en «désespoir de cause». Il s’en est expliqué devant les députés : «Fin 2015, EDF avait déjà investi 58% de son patrimoine dans la technologie EPR. Avec Hinkley Point, cette part allait monter à 70 %.» La CGT est alors sur la même ligne, manifeste et appelle à abandonner le projet britannique pour se concentrer sur la relance du nucléaire en France. L’ancienne patronne du Medef, Laurence Parisot, qui siège alors au conseil d’administration d’EDF, s’oppose, elle aussi, au projet. «L’entreprise n’était pas dans le meilleur moment pour lancer Hinkley Point, justifie aujourd’hui Laurence Parisot. On pouvait reporter le projet et revenir avec un nouvel EPR plus élaboré qui aurait ensuite profité à la France.» Chez EDF, on continue à défendre ce choix. «Le projet d'Hinkley Point était indispensable pour maintenir la filière nucléaire, répète aujourd’hui la direction. Le problème est plutôt de ne pas avoir donné de perspective à l'EPR dans les années 2010-2013 en France.»

Les injonctions contradictoires de l’Etat ont aussi conduit à prendre du retard dans la recherche. Le projet de réacteur nucléaire à neutrons rapides, dit Astrid, qui vise à recycler l’uranium plusieurs fois et à réduire les déchets, en a fait les frais. Lancé en 2010, il a été abandonné en 2019 sous la présidence Macron pour des raisons budgétaires. Personne dans l’industrie ne comprend cette décision de court terme. Le haut-commissaire à l’énergie atomique, Yves Bréchet, y voit à nouveau «la disparition de l’Etat stratège». Mais un nouveau revirement n’est pas à exclure : dans son discours de Belfort, Emmanuel Macron a rouvert la porte à la relance du projet, sans en dire davantage. La France a aussi tardé à s’intéresser aux SMR, les petits réacteurs modulaires qui sont dans les sous-marins nucléaires. Les Russes, les Américains et désormais les Chinois multiplient les tests pour adapter ces modèles militaires au civil. L’ancien patron de Microsoft, Bill Gates, s’y intéresse depuis quinze ans… Chez nous, il a fallu attendre 2021 pour que le projet français Nuward soit lancé et poussé par les pouvoirs publics. «L’Etat a failli sur l’abandon des technologies comme Astrid ou les SMR, déplore Henri Proglio. Du coup, les américains, les chinois et les russes sont en avance sur nous désormais.»

Ce retard trouve aussi ses origines dans la guerre fratricide que s’est livrée la filière nucléaire française. Entre 2009 et 2014, EDF et Areva se sont affrontés pour le leadership de «l’équipe de France» du nucléaire. Une bataille sans merci que l’Etat, propriétaire des deux entreprises, a laissé traîner pendant cinq ans. Elle commence en 2009 quand les deux groupes ne parviennent pas à s’entendre pour formuler une offre solide et compétitive pour la construction de quatre réacteurs à Abu Dhabi. Un contrat gigantesque de 20 milliards de dollars raflé par les coréens. Une gifle pour la France. Rebelote un an après quand Areva s’associe à GDF Suez et Total pour piloter le projet de Penly. Une nouvelle bataille contre EDF qui conduira l’Etat à enterrer le projet. Les gouvernements successifs ont laissé les géants français de l’énergie se déchirer. Ils ont ensuite géré l’urgence en renflouant Areva en 2015 et EDF l’année suivante. Mais ils sont passés à côté d’une refonte majeure qu’Emmanuel Macron a finalement tentée l’an passé avec le projet Hercule, mais échoué à appliquer.

Pour finir, l’Etat a aussi manqué l’occasion de revoir en profondeur la régulation des prix, partagé entre la volonté de renforcer EDF et celle de protéger le pouvoir d’achat des Français. Un épisode illustre ses hésitations. Début 2014, le ministre de l’Ecologie, Philippe Martin, propose d’augmenter les prix de l’électricité de 5% pour sécuriser les revenus d’EDF et faire face à ses investissements. Quelques mois plus tard, Ségolène Royal prend sa place et fait marche arrière en gelant les tarifs. Depuis, l’Etat n’a jamais tranché le sujet de fond. «Il fallait pousser les concurrents à investir dans la production depuis dix ans, notamment Total», estime Sébastien Menesplier, de la CGT. Produire pour maîtriser les prix plutôt que de subir les lois du marché européen. En 2015, le directeur financier d’EDF proposa en secret à Emmanuel Macron un plan consistant à un retour des prix régulés pour l’électricité nucléaire. Objectif : éviter les soubresauts du marché pour assurer la rentabilité d’EDF et contenir la facture des ménages. Il a fallu attendre cinq ans pour que l’Etat plaide cette solution à Bruxelles, qui s’y oppose au nom de la libre concurrence. Depuis, la crise énergétique a obligé l’Etat à geler la hausse des prix, l’automne dernier. «Dans ce contexte, la nationalisation semble malheureusement inéluctable», juge Thomas Piquemal.

 

https://www.capital.fr/economie-politique/comment-letat-a-mis-a-genoux-notre-fleuron-edf-1436275

EDF abaisse sa prévision de production pour 2023 après l'avoir déjà fait pour 2022

La compagnie française d'électricité prévoit pas moins de 43 arrêts de réacteurs pour maintenance et contrôle, dont 6 visites décennales, auquel s'ajoutent 4 arrêts programmés démarrés en 2022 qui se poursuivront en 2023.

EDF a comme prévu abaissé vendredi 11 février sa prévision de production nucléaire en France pour l'année prochaine, après l'avoir déjà fait pour 2022, en raison des problèmes de corrosion et d'un programme de maintenance chargé. "EDF ajuste son estimation de production nucléaire pour 2023 à 300-330 TWh (terawattheures) contre 340-370 TWh précédemment", indique le groupe dans un bref communiqué.

Cet abaissement s'explique par "un programme industriel chargé, avec 43 arrêts de réacteurs pour maintenance et contrôle, dont 6 visites décennales, auquel s'ajoutent 4 arrêts programmés démarrés en 2022 qui se poursuivront en 2023". La prévision tient aussi compte "de la poursuite du programme de contrôles et de réparations des tuyauteries potentiellement concernées par le phénomène de corrosion sous contrainte, dont l'instruction se poursuit".

EDF avait annoncé cette semaine devoir arrêter trois réacteurs nucléaires supplémentaires pour vérifier la présence d'éventuels problèmes de corrosion, et prolonger l'arrêt d'autres unités. Le problème de corrosion sur des système de sûreté a été détecté sur plusieurs réacteurs et est soupçonné sur d'autres.

EDF avait déjà abaissé lundi soir sa prévision de production nucléaire en France cette année, à 295–315 TWh, contre 300–330 TWh auparavant. Le groupe avait alors prévenu que la prévision 2023 serait aussi abaissée "dès que possible".

 

 

 

https://www.capital.fr/entreprises-marches/nucleaire-edf-abaisse-sa-prevision-de-production-pour-2023-apres-lavoir-deja-fait-pour-2022-1428217

 

On marche sur la tête...EDF va racheter son électricité jusqu'à 300 euros le MWh… et la revendre à 46,20 euros à ses concurrents...

Face à l'envolée des prix de l'électricité qui atteignent des sommets, la promesse du gouvernement de limiter la hausse pour les ménages à 4 % semblait tenir de la gageure. À trois mois des présidentielles, il fallait trouver une solution, quitte à inventer une usine à gaz. Problème : cela conduit EDF à fournir aux opérateurs alternatifs des volumes d'électricité qu'elle n'a plus.

Les circonvolutions du gouvernement autour du protocole sanitaire applicable dans les écoles ne pourraient être qu’une aimable mise en jambes. Son plan pour limiter la hausse de l’électricité à 4 % en 2022, promesse de Jean Castex faite septembre, risque lui d'être un véritable marathon pour la communication gouvernementale. Il va devoir expliquer qu’il demande à EDF de racheter aux prix vertigineux de 2022 l’électricité qu’il a déjà vendue pas cher, pour ensuite la brader à ses concurrents à un prix six fois inférieur.

En effet, le plan du gouvernement partage l’effort entre une baisse de 8 milliards d’euros des taxes supportée par l'État, et 8,4 milliards à la charge d’EDF. Des sommes importantes liées à l'envolée des prix et leur répercussion sur les tarifs pour les ménages. La Commission de régulation estimait en effet le 10 janvier que la hausse devait atteindre entre 30 % et 40 %, selon Le Parisien.

À LIRE AUSSI : Marché unique européen de l'électricité : un grand bienfait… sauf pour les consommateurs

Dans cette optique, l’État, premier actionnaire de l’opérateur historique, a tout simplement intimé l’ordre à EDF d’augmenter le volume d’électricité nucléaire qu’il a l’obligation de vendre à ses concurrents à prix réduits. L’idée est simple : transférer aux clients finaux, les ménages et les entreprises, cette baisse des prix. Sauf que ces 20 TWh à 46,20 euros le MWh, qui s’ajoutent aux 100 TWh vendus à prix d’ami de 42 euros, EDF n’en dispose plus. Il les a déjà vendus sur le marché de gros lors des négociations qui ont eu lieu en 2021. L'électricien a donc déjà perdu une partie des bénéfices qu’il aurait pu retirer de la hausse des prix. Et il va les perdre une seconde fois car EDF va devoir racheter des montagnes de sa propre électricité, au prix de marché qui se situe entre 275 euros et 300 euros le MWh, et les revendre six fois moins cher.

Flou dans la com'

Évidemment, aucun des deux ministres chargés de présenter l’usine à gaz en urgence ce jeudi 13 janvier au soir, Barbara Pompili à l'Écologie sur LCI et Bruno Lemaire à Bercy dans une interview au Parisien n’en a pipé mot. Ni EDF dans son communiqué qui a suivi. Seul détail donné sur les 8 milliards que lui coûtera le dispositif : « Ce montant intègre une estimation de l’effet du report tarifaire sur le cash-flow 2 022 d’environ 1,5 Mds€ sur la base des prix de marché au 31 décembre 2021 et d’environ 1,6 Mds€ sur la base des prix de marché au 12 janvier 2022 ». Un blabla destiné aux marchés financiers qui risquent de ne pas goûter le flou.

Restent donc 5 milliards fantomatiques. Ils se retrouvent pour une grosse part dans la stratégie délirante d'achats des 20 TWh sur le marché à un prix avoisinant les 300 euros durant les mois d'hiver, et leur revente à 46,20 euros. Une autre grosse part vient des Tarifs Réglementés en vigueur (TRV) ou tarifs bleu pour les foyers qui n'augmenteront pas mécaniquement. On savait déjà que la libéralisation du marché de l’électricité était une énorme blague. Avec ce que le gouvernement vient de décider, on en viendrait presque à pleurer de rire.

A LIRE AUSSI :Électricité et gaz : et si on revenait aux monopoles d'État ?

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En 2022, les prix de l’électricité devraient grimper de +25% sur les marchés vendus en gros. Pour les particuliers, le gouvernement Macron a bloqué à +4% les tarifs jusqu’en août. Histoire d’être réélu, poser la question, c'est y répondre? L’Etat Français prendra en charge la différence soit € 12 milliards. Combien de temps, le gouvernement pourra supporter ce type de subventions?

 

(extrait de https://2000watts.org/index.php/energies-fossiles/peak-oil/1241-energies-economie-petrole-et-peak-oil-revue-mondiale-decembre-2021.html

Electricité : la concurrence,doigts dans la prise

 

La mise en liquidation d'Hydroption, fournisseur alternatif d'électricité, vient de mettre en lumière une sacrée faille dans les textes censés encadrer la grande foire du kilowatt. "Aujourd'hui, n'importe qui peut entrer sur le marché et proposer des offres qu'il ne peut pas tenir" avoue crûment Jean François Carenco, le président de la Commission de Régulation de l'énergie (CRE).

Certes, personne ne risque de se retrouver plongé dans le noir. En cas de faillite d'un fournisseur, EDF prend automatiquement le relais. Mais le prix n'est plus le même : c'est celui d'un marché qui ne cesse de flamber. La Mairie de Paris et le ministère des Armées, qui avaient fait confiance à Hydroption, viennent de le découvrir à leur dépens : les voici désormais contraints de payer le prix faramineux de 247 euros le mégawattheure. Heureusement pour les Parisiens, le contrat ne couvre que 20 % de la consommation municipale et prendra fin au 31 décembre. Cette plaisanterie va tout de même coûter plusieurs millions d'euros aux contribuables de la capitale.

Les prix cassés se cassent..

 

Les quelques centaines de foyers qui avaient souscrit un abonnement Hydroption ne seront pas mangés à la même sauce. La loi leur donne le droit de revenir aux tarifs régulés d'EDF, soit l'équivalent, en gros, de 150 euros le mégawattheure. Mais ils peuvent dire adieu aux mirobolantes économies garanties par écrit..

Au total, 7 millions de particuliers ont abandonné l'opérateur historique, et une partie d'entre eux pourraient bien connaitre quelques déboires. Le patron de la CRE ne se montre en effet guère optimiste, estimant "qu'il y aura d'autres faillites".

Pour y échapper, plusieurs sociétés ont déjà commencé à martyriser les contrats en cours pour faire grimper le prix des abonnements ou celui des kilowattheures. C'est ce qu'à relevé l'association de consommateurs CLCV, qui vient d'assigner en justice quatre revendeurs.

Depuis la libéralisation du marché de l'électricité, au début des années 2000, des kyrielles de start-up ont vu le jour. Hydroption, comme la plupart de ses concurrents, promettait une énergie verte et pas chère, en annonçant qu'elle allait s'approvisionner en kilowatts cueillis à point auprès de "petits producteurs" locaux d'électricité..

En réalité, tout ce beau monde biberonne au nucléaire. L'Etat, en effet, oblige EDF à solder à ses concurrents une partie de la production des réacteurs, à 42 euros seulement le mégawattheur. Les petits malins, comme Hydroption, mixent cette énergie avec un soupçon de solaire et d'éolien acheté au prix normal, pour afficher des tarifs de 10  à 15 % moins cher que l'opérateur historique.

Le hic, c'est qu'il n'y a pas assez de jus nucleaire pour tout le monde : la loi limite à 100 térawatts (le quart de la production des centrales) la puissance électrique susceptible d'être vendue à prix cassé. Hydroption n'en a pas moins continué à accumuler les contrats sans trop savoir comment les honorer.

Au risque de se prendre un sacré coup de jus.

Hervé Liffran "le Canard enchaîné" 8/12/2021

 

France Stratégies : Quelle sécurité d’approvisionnement électrique en Europe à horizon 2030 ?


Commentaire de Jean-Marc Jancovici :


"Après RTE, qui avait mis sur le devant de la scène la question de l'équilibre offre demande, en demandant aux français de faire attention à leur consommation d'électricité (pour ne pas excéder la puissance disponible), c'est au tour de France Stratégie de publier une note sur la sécurité d'approvisionnement électrique en Europe à l'horizon 2030 et un peu au-delà : https://lnkd.in/d3FKVbT

 

France Stratégie rappelle que les sources intermittentes et fatales ne peuvent pas compenser seules la disparition des sources pilotables. En pratique, seul un petit pourcentage de la puissance installée peut être considéré comme certain à tout moment.

En France, la demande en pointe (envisagée par RTE) sera supérieure à celle des moyens pilotables dès 2030, et pour l'Allemagne ca sera dès 2025. Bien évidemment, si le système devient globalement défaillant, le coup n'est pas "rattrapable" en une semaine...

France Stratégie remarque par ailleurs que d'avoir exprimé des objectifs en % d'ENR ne garantit pas l'atteinte des objectifs climatiques, car le "back-up" de l'éolien et du solaire sera souvent du gaz, et même le gaz ne sera pas possible dans une Europe neutre en carbone."


(posté par Joëlle Leconte)

 

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10159966256267281

 

Impacts de la crise du Covid-19 sur le système électrique


Commentaire de Jean-Marc Jancovici :


"France Stratégie vient de publier une étude intitulée "Impacts de la crise du Covid-19 sur le système électrique".


On peut y lire : "les conséquences de la chute d’activité sur la consommation d’électricité invitent à réexaminer la robustesse des systèmes français et européen de production, de transport et de distribution d’électricité. Des évolutions importantes devront être étudiées pour que ces systèmes puissent répondre dans de bonnes conditions de sécurité aux défis des années à venir. La décarbonation de l’économie conduira en effet à une hausse marquée de la part de l’électricité dans la consommation d’énergie, et nos systèmes n’y sont pas prêts".


Ce rapport va-t-il être lu à l’Élysée ou au Ministère de la Transition ?"


(publié par Joëlle Leconte)

 

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10159240418942281

Le courant gratuit d'EDF

 

Depuis le confinement, mis en place le 17 mars, EDF a dû, à plusieurs reprises, payer ses clients (de gros industriels, surtout) pour parvenir à écouler son électricité ! Ainsi, l'électricien a évité de mettre ses équipements en surtension, tandis que les bénéficiaires ont pu produire moins cher : non seulement le courant était à l"oeil, mais en plus les clients ont reçus une prime.Une générosité forcée : en mettant entreprises et particuliers au repos, le confinement a provoqué une baisse inédite de la consommation d'électricité, de l'ordre de 15 à 20 %.

Ainsi, le 13 avril, le prix de l'électricité à la Bourse européenne Epex Spot  s'est révélé négatif toute la journée, entre 6 heures et 19 heures. Et, à 17 heures, EDF (à l'image des autres électriciens européens) a été obligé d'offrir à ses clients une prime de 76 euros afin qu'ils daignent utiliser gratis leur courant : mieux que le tarif habituel, de 42 euros le mégawattheure....

Le courant étant  pour l'heure impossible à stocker en grande quantité, la demande doit être égale à l'offre. Et il revient moins cher à EDF d'écouler des kilowattheures à des prix négatifs, que de mettre à l'arrêt des centrales nucléaires exigeant, pour être redémarrées, un certain délai...pendant lequel le courant viendrait à manquer !

En moins de quatre semaines de confinement, c'est donc plus d'une journée et demi (39 heures) de courant gratis, assortie d'une prime, qui a été offerte. Conséquence ? Le prix moyen européen s'est effondré de 34 à 24 euros le mégawattheure entre mars 2019 et mars 2020. Fâcheuse situation pour EDF - le prix auquel lui revient le mégawattheure nucléaire est d'environ 42 euros...

(extrait d'un article du Canard enchaîné, 15/04/2020)

Pour 1 milliard $, la Chine a acheté 49% des actions de la holding Electrique d’Oman, au Moyen-Orient. L’objectif de la Chine est de produire et de vendre l’électricité aux pays qui traversent la route de la Soie.

Depuis 2016, la China State Grid a investi 8,4 milliards $ pour mettre dans son panier les producteurs de la Grèce, de l’Italie, du Portugal, de l’Australie et du Brésil. Elle a également lancé un fond d’investissement de 10 milliards $ à destination du Koweït et en Irak les grands producteurs de gaz et de pétrole.

La prise d’actifs dans le monde de l’énergie permet, in fine, de contrôler le pays. L’électricité est une source de base et incontournable dans la vie des citoyens et des entreprises. Confier sa gestion de l’électricité et son réseau à des mains étrangères n’est pas une erreur, c’est une faute grave.

(extrait du lien ci dessous)

 

 

 

RTE France exhorte les décideurs politiques français à s'entretenir avec leurs homologues européens avant de fermer des centrales électriques

« Avertissement de Francois Brottes président de RTE Réseau de Transport d'Electricité. Si tous les pays européens ferment des capacités pilotables de production électrique (celles qu'on peut activer quand on en a besoin et pas seulement quand il y a du soleil ou du vent), sans se concerter et en comptant sur les pays voisins pour compenser, on va dans le mur.

La France a réduit de 8 GW son parc fossile depuis 2010 et ses capacités pilotables devraient encore baisser, notamment avec la sortie du charbon en 2022 (3 GW).

La Belgique va fermer ses centrales nucléaires d'ici 2025 (6 GW) qui ne seront qu'en partie remplacées par des centrales à gaz.

L'Allemagne devrait finir de fermer ses centrales nucléaires d'ici 2022 (9,5 GW) puis éventuellement quelques centrales à charbon.

Le Royaume-Uni prévoit de sortir complètement du charbon en 2025 et va devoir fermer 14 réacteurs nucléaires sur 15 d'ici 2031 (pas pour raisons politiques mais pour des raisons de vieillissement spécifiques à leur technologie de réacteur).

Si tout le monde ferme ses capacités pilotables, sans les remplacer ni économiser de l'énergie, et en comptant sur les pays voisins pour fournir de l'électricité en cas de besoin, ça ne passera pas. » Maxence Cordiez

https://www.reuters.com/…/europe-electricity-france-idUSL5N…

(publié par J-Pierre Dieterlen)

Comment la Bretagne a frôlé le black-out
 

Le PDG d’EDF a révélé que le réseau électrique avait failli tomber fin février. Une situation qui s’était déjà produite l’an passé.

 

"Nos politiques veulent à la fois supprimer les moyens actuels de production de l'électricité, ne pas les remplacer par des sources aussi puissantes, généraliser la voiture électrique et équilibrer le budget de l'Etat.

Celà montre leur incapacité à comprendre ce qu'ils expriment"

 

(un internaute)

Cette enquête interne qui fait trembler la direction d'EDF
 

 

 

Entre 2012 et 2016, la part des salariés d'EDF qui ont confiance en l'avenir de leur entreprise est passée de 81% à 53%. Les résultats de cette enquête interne ont sonné la direction. Ils n'ont jamais été rendus publics. BFM Business les dévoile en exclusivité.

Hinkley Point : l'ancien n° 2 d'EDF dénonce un projet suicidaire

Après sa démission en mars, l'ancien directeur financier d'EDF a livré un témoignage accablant à la commission des Affaires économiques de l'Assemblée.

 

 

 

L'avenir d'EDF est fragilisé par le coûteux projet de construire deux EPR nouvelle génération en Angleterre. C'est l'avis de son ex-directeur financier, Thomas Piquemal, qui s'est expliqué mercredi pour la première fois depuis sa démission en mars dernier. Il avait pris cette décision pour dénoncer un projet qu'il juge intenable dans les conditions actuelles marquées par un effondrement du prix de l'électricité et trop risqué pour les finances du géant de l'électricité.

Auditionné par la commission des Affaires économiques de l'Assemblée nationale, Thomas Piquemal a expliqué avoir démissionné « en désespoir de cause », incapable d'obtenir du PDG Jean-Bernard Lévy un report de trois ans d'Hinkley Point, un projet de 23 milliards d'euros vivement contesté par les syndicats d'EDF, également favorables à un décalage.

Un chantier colossal... pour une technologie incertaine

« Qu'est-ce que trois ans pour un projet qui prend dix ans pour être construit, qui a soixante ans de durée de vie [...] plus vingt ans d'extension possible comme le font les Américains, c'est-à-dire un projet de quatre-vingt-dix ans ? » a fait valoir l'ancien grand argentier d'EDF. Au contraire, son PDG avait estimé en avril que le projet est « mûr » et qu'un report le remettrait en cause dans sa totalité, faisant entrer EDF « dans une zone d'incertitude majeure ». Le géant de l'électricité voudrait commencer les travaux début 2016.

En tout, EDF a ainsi déjà investi 14 milliards d'euros dans la technologie française EPR, soit 58 % de ses capitaux propres. Dans ce contexte, « rajouter un projet supplémentaire, Hinkley Point ou un autre, me semblait impossible. Qui parierait 60 %, 70 % de son patrimoine sur une technologie dont on ne sait toujours pas si elle fonctionne alors que cela fait dix ans qu'on essaie de la construire ? » a souligné l'ex-directeur financier.

« Certes, Hinkley Point ne représente que 15 % des investissements d'EDF, mais ce n'est pas le seul projet de cette nature dans lequel EDF investit », a indiqué Thomas Piquemal, évoquant les problèmes rencontrés à Flamanville, mais aussi sur le chantier de l'EPR construit par Areva en Finlande. Les conditions mêmes du projet ont changé depuis la signature d'un accord franco-britannique en 2013 : ce dernier a conditionné sa garantie de financement au démarrage du réacteur EPR de Flamanville (Manche), prévu fin 2018, et le constructeur nucléaire Areva a renoncé à sa participation de 10 % en raison de ses propres déboires, obligeant EDF à consolider le gigantesque investissement dans ses comptes.

L'État va devoir augmenter sa participation

De fait, l'ancien numéro deux du groupe a « parcouru le monde entier », en vain, dans l'espoir de trouver d'autres investisseurs prêts à s'engager dans Hinkley Point, aux côtés d'EDF et du chinois CGN, qui supportera un tiers de l'investissement. Pour rendre le projet tenable, il a aussi proposé une prise de participation de la filière nucléaire française ou un « renforcement significatif des fonds propres », mais cette dernière proposition n'a pas non plus été retenue par la direction, car incompatible avec la volonté du PDG de lancer le projet dès janvier 2016.

Pour le directeur financier, ce souhait de Jean-Bernard Lévy de prendre une décision finale d'investissement sans plan de financement sécurisé aurait pu conduire le groupe à « se trouver dans la situation d'Areva, où il faut envisager une recapitalisation [...] lorsque l'entreprise est à quelques mois de la cessation de paiement ». Rejetant un tel scénario, « j'ai donc en âme et conscience décidé de ne pas le faire, et, mardi 1er mars 2016, j'ai présenté ma démission », a-t-il poursuivi. « Qu'est-ce que j'aurais dû faire ? Me taire ? Y aller ? J'aurais commis une faute professionnelle. »

Depuis, EDF a annoncé fin avril que l'État français, son actionnaire principal, s'était engagé à le renflouer dans le cadre d'un projet d'augmentation de capital de 4 milliards d'euros, pour renforcer ses fonds propres et financer ses investissements. Sous la pression des syndicats, le PDG d'EDF a aussi accepté de consulter le comité central d'entreprise (CCE), qui se réunira le 9 mai, décalant possiblement à septembre l'ultime feu vert au projet Hinkley Point, soutenu par Paris et Londres.

 

« Le PDG d’EDF ne montre pas le niveau d’insolence dont la direction du groupe a besoin »

 

 

Comment expliquer l’état de la filière nucléaire française?

Nous avons perdu le savoir-faire pour la construction de réacteurs nucléaires. Et je ne parle pas uniquement ici d’Areva ou d’EDF, mais de toute la filière. Pour la construction de l’EPR de Flamanville, ce sont tous les acteurs, y compris les PME, qui éprouvent de grosses difficultés à « délivrer ». C’est notamment parce que nous manquons d’expérience, puisque le dernier réacteur mis en service en France l’a été dans les années quatre-vingt-dix. Or, le nucléaire, ce n’est pas comme le vélo: ce n’est pas parce qu’on a appris à en faire que l’on saura toujours en faire ! En fait, c’est toute une génération « perdue » pour la cause nucléaire. Il faudrait peut-être faire revenir les « jeunes retraités » du secteur pour profiter de leur expérience ! Il faut aussi souligner à quel point la « surspécification sécuritaire », imposée par les défenseurs de l’environnement et poussée lors de la création de l’EPR, a mis en danger l’industrie nucléaire. Je ne porte pas de jugement sur le bien-fondé de cette régulation, je constate simplement qu’elle a remis en cause la compétitivité de l’industrie.

Quel est l’avenir d’EDF dans un tel contexte ?

La stratégie du groupe EDF tient sur deux jambes, celle de l’énergie « centralisée » et celle des solutions énergétiques décentralisées à la maille du territoire. La première a toujours été plus importante que la seconde. Malheureusement aujourd’hui, son actionnaire principal pousse encore un peu plus EDF dans sa stratégie historique. En Angleterre, le projet d’Hinkley Point a sans doute un sens, compte tenu de la stratégie énergétique du pays. Outre le problème désormais connu que l’on peut résumer par la formule « est-il est urgent d’attendre ? », je pense que la construction de réacteurs ne peut être qu’une partie de la stratégie d’EDF en Angleterre pour assurer son ancrage territorial dans la durée. Vu l’investissement fait pour Hinkley Point, le groupe EDF devra probablement investir aussi, même si la somme est moindre, dans des projets décentralisés pour se rapprocher des « counties »… Enfin, le management du groupe devrait peut-être clarifier ses relations avec son actionnaire. Aujourd’hui, la stratégie d’EDF est fortement guidée par l’agenda de l’Etat. Les dirigeants qui ont précédé Jean-Bernard Lévy montraient parfois une forte indépendance, pour ne pas dire insolence vis-à-vis de l’état-actionnaire qui confortait l’affectio societatis en interne. Aujourd’hui, même si le PDG d’EDF a bien d’autres qualités, il ne montre pas, en apparence en tout cas, le même niveau d’insolence dont la direction d’une entreprise comme EDF a besoin. Peut-être cela est-il nuisible à la cohésion sociale du groupe, à un moment où la stratégie et la transformation d’EDF nécessitent un alignement et une forte mobilisation en interne.

Quels sont les obstacles à la fermeture de Fessenheim ?

Il ne faut pas confondre les sujets juridico-réglementaires, économiques et techniques. Le plus important, dont on parle le moins est le premier d’entre eux. Même si le gouvernement dit demain à EDF « vous devez fermer Fessenheim », le cadre juridique de la fermeture et de l’indemnisation des différents acteurs n’est pas stabilisé. Ceci s’explique notamment par les nombreux investissements qui ont été réalisés dans la perspective de l’extension de la durée de vie de la centrale. Il serait surprenant de voir alors le groupe EDF se retourner contre l’Etat-actionnaire pour obtenir une indemnisation des actionnaires minoritaires, comme l’avait fait en un temps Gérard Mestrallet et Engie sur la réglementation du gaz. Le sujet économique n’en n’est vraiment pas un. Compte tenu des surcapacités de production d’électricité en Europe, il n’y aurait aucun problème pour compenser la production de Fessenheim qui représente 1,5 % de la production électrique française et 2,9 % de la production électrique nucléaire. Enfin, sur le plan technique, il est possible d’arrêter la production demain matin, même si le processus de démantèlement prend quelques dizaines d’années.

 

Arnaud Leroi est associé chez Bain et Compagnie, directeur du pôle de compétences « utilities et énergie »

La sortie d'EDF du CAC révèle les difficultés, parfois passagères, parfois profondes, rencontrées par l'entreprise publique. Qui se veut rassurante...

 

 

 

C'est comme un pot de départ : à quelques jours de quitter le CAC 40, dont elle est exclue pour cause de capital flottant insuffisant, les marchés ont tressé des louanges à EDF. En milieu de journée, l'action de l'entreprise publique flambait (plus de 8 % par rapport à la veille), prenant la tête de l'indice à la manière d'un bouquet final. Mais, à un peu plus de 13 euros, la valeur de l'action restait bien loin du début d'année, où elle s'affichait à plus de 24 euros. La valeur boursière a de son côté fondu de moitié en dix ans, passant de 160 à quelque 80 milliards d'euros aujourd'hui.

La risposte ne s'est pas fait attendre. Dès mercredi, la direction de l'électricien est montée au créneau pour rassurer les marchés et, sans doute, ses clients. Mardi, le conseil d'administration a réaffirmé que le cash flow devrait être à nouveau positif en 2018, et que les « coûts opérationnels » baisseront dès l'an prochain. Dans Le Figaro, le directeur financier d'EDF, Thomas Piquemal, a lui aussi voulu calmer le jeu. Le résultat opérationnel, assure-t-il, « sera en croissance d'au moins 3 %, là où nous avions promis une fourchette de 0 à 3 % ». La bourse a donc salué les annonces. Mais les maux dont souffre l'entreprise publique perdurent. Ils sont au moins au nombre de cinq.

 

1. Un actionnaire omniprésent

L'État est actionnaire à 84,4 % d'EDF, ce qui lui confère un statut assez particulier, à la fois régulateur du marché de l'électricité (il fixe les prix) et actionnaire omnipotent de son acteur principal (EDF, donc). Jean-Bernard Lévy, le PDG d'EDF, n'est pas libre des grandes décisions. Il n'a pu qu'acquiescer, par exemple, à la fermeture de la centrale de Fessenheim, alors que cette décision va à l'encontre de ses intérêts économiques. Autre exemple : le gouvernement, pour des considérations politiques, n'a pas satisfait EDF, qui souhaitait que les tarifs de l'électricité soient augmentés en 2015 de 5 %, pour couvrir ses coûts. EDF, incongruité capitalistique dans un monde ouvert à la concurrence...

L'État est en revanche gourmand quand il s'agit de ses intérêts. EDF lui a versé, en 2014, 2 milliards d'euros, ce qui est beaucoup même si le résultat net était l'an dernier positif (+ 3, 7 milliards d'euros). La Cour des comptes s'en est d'ailleurs alarmée : dans un rapport récent, les sages notent que cette ponction dans les caisses d'EDF dépasse de 500 millions d'euros le montant prévu dans la loi de finances. Un chèque de 500 millions supplémentaires que l'électricien a dû signer sans barguigner.

 

2. Des projets incertains

Ce devait être l'étendard du nucléaire français, ça le sera peut-être un jour, mais, pour l'heure, l'EPR de Flamanville ressemble à un gouffre financier. Le chantier, démarré en 2007, devrait être achevé dans trois à cinq ans, soit entre six à huit années de retard sur le calendrier initial. Dans ce but, EDF vient de demander à l'État de modifier le décret autorisant la création de l'EPR, pour qu'elle puisse entrer en service après 2017. Les coûts, affectés par diverses déconvenues techniques, ont évidemment dérapé : le devis de départ, un peu plus de 3 milliards d'euros, sera sans doute multiplié par trois pour atteindre 10 milliards...

Le dossier Areva est différent. Sous la contrainte de l'État – décidément –, Jean-Bernard Lévy a dû voler au secours du géant du nucléaire, au bord de la faillite. Lévy voulait rester à l'écart du Meccano, mais il a dû se plier au bon vouloir du gouvernement, qui lui a ordonné de prendre au moins 51 % d'Areva NP, nouvelle entité créée à partir d'Areva (elle s'occupe pour l'essentiel de l'ingénierie des réacteurs). Le coût de la participation d'EDF ne semble, pour l'heure, pas encore défini.

 

3. Des milliards à investir

EDF est engagé dans au moins deux autres projets d'ampleur. L'un vise à renforcer l'entreprise, en tout cas à gagner de nouvelles parts de marché à l'étranger. Il s'agit de construire deux EPR à Hinkley Point, dans le sud-ouest de l'Angleterre. Le projet a lui aussi pris du retard, à cause notamment d'un tour de table difficile à boucler. EDF doit en effet suppléer Areva, qui devait figurer parmi les partenaires financiers. Mais à quelle hauteur ? La question est toujours en suspens, même s'il semble acquis qu'EDF prendra plus de 50 % du projet, aux côtés d'entreprises chinoises. Coût du chantier : plus de 20 milliards d'euros...

Mais c'est surtout le « grand carénage » qui s'annonce à l'horizon. L'appellation recouvre les travaux indispensables pour que la durée de vie des 58 réacteurs du territoire français, d'abord fixée à quarante ans, soit prolongée au-delà. L'entreprise publique affirme qu'elle est en capacité financière de réaliser ce grand carénage, malgré une dette qui se monte à... 37 milliards d'euros. Le conseil d'administration l'a déjà validé. Coût ? 55 milliards d'euros, beaucoup plus selon quelques associations anti-nucléaire, par exemple Greenpeace qui chiffre le grand carénage à plusieurs centaines de milliards d'euros.

 

4. La fin du monopole

EDF se frotte depuis déjà pas mal d'années à la concurrence, puisque les particuliers comme les industriels peuvent s'adresser à des fournisseurs d'énergie dits « alternatifs » depuis 2007. Mais c'est une nouvelle étape que Bruxelles fait franchir à EDF. Le 1er janvier 2016, les tarifs de l'électricité ne seront plus réglementés (pour les gros consommateurs, comme l'industrie). EDF devra donc proposer des prix « de marché », et non plus des prix fixés par les pouvoirs publics. Aujourd'hui encore, 85 % des utilisateurs d'énergie, toutes catégories confondues, bénéficient des tarifs réglementés. EDF va devoir batailler pour garder sa part du gâteau. Selon un proche de l'entreprise publique, un tiers du marché des gros consommateurs pourrait passer à la concurrence à partir de janvier prochain.

 

5. Des troupes inquiètes

Avenue de Wagram, siège d'EDF, l'équipe de direction évite de le dire trop clairement, mais elle le pense très fort : le statut du personnel des industries électriques et gazières, très protecteur pour les 156 000 collaborateurs, n'est pas le meilleur atout pour affronter la concurrence. Les troupes elles-mêmes semblent inquiètes, mais pas pour les mêmes raisons. Dans une curieuse convergence, les syndicats arrivent à la même analyse que les marchés boursiers : l'horizon d'EDF n'est guère réjouissant. Selon Les Échos, le comité central d'entreprise envisagerait d'ailleurs de lancer une procédure d'alerte dans les prochains jours pour demander des comptes à la direction.

 

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L
Bonjour je suis salarié EDF le train de vie de l'entreprise n'a pas pour autant diminuer les grande messe de multiplie et sortie de service dans des hôtel 4 étoiles cette années encore au mois de janvier nous étions 700 venue de toutes la France dans des hôtels parisien et parc des exposions et location du pavillons Baltars avec grand repas champagnes e spectacles cout estimé déplacements et salaires et hébergements 1 millions d'euros l’année précédentes 700 personnes au parc Disney Paris cout estimé 1 million d euros<br /> <br /> sachant que chaque service est logé a la même enseignements le prix de l'électricité n'est pas près de baisser
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A
Compliqué de s'en sortir avec ce fardeau
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