nuages sur le Golfe

Publié le par ottolilienthal

Arabie Saoudite

Les exportations de pétrole ont chuté à 4,98 millions b/j au plus bas depuis janvier 2002 et le pays a coupé sa production de 3,5 millions b/j. Il est à noter que le pays consomme plus de 1,5 million b/j pour ses systèmes de climatisation durant les mois chauds.

Amin Nasser, PDG de Saudi Aramco, confirme que l’entreprise va payer 75 milliards $ de dividendes cette année malgré que les bénéfices n’ont atteint que de 13 milliards $ au premier semestre. Ca tombe bien pour les caisses de l’État, qui détient 98% de l’entreprise nationale de pétrole. Du coup, Saudi Aramco va plafonner ses dépenses à 25 milliards $ et remonter le niveau de ses extractions.

Avec l’aide de la Chine, l’Arabie Saoudite a construit une installation afin d’extraire et de produire de l’uranium Yellowcake pour ses futures centrales nucléaires. Le programme nucléaire du pays est en train de prendre forme avec comme objectif final de posséder une arme atomique militaire. La construction de cette installation intrigue le Congrès Américain alors qu'il a reçu le feu vert de Trump. En 2018, le Prince MbS avait prévenu : «si l’Iran développe une arme nucléaire, nous suivrons immédiatement». Avec l’ambiance qui règne au Moyen-Orient, imaginer que des armes nucléaires sont éloignées d’un clic de souris, crispe

https://2000watts.org/index.php/energies-fossiles/peak-oil/1172-energies-economie-petrole-et-peak-oil-revue-mondiale-juillet-aout-2020.html

 

Affaire Jamal Khashoggi : Des proches du prince héritier saoudien inculpés en Turquie

Le procureur général d’Istanbul a annoncé dans un communiqué que l’enquête turque sur cette affaire était arrivée à son terme et qu’un acte d’accusation avait été préparé

Après plus d’un an d’enquête sur le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, la Turquie a annoncé, ce mercredi, avoir lancé des poursuites contre vingt Saoudiens, dont deux proches du prince héritier Mohammed ben Salmane.

Le corps de Jamal Khashoggi, journaliste du Washington Post et critique du régime saoudien, a été retrouvé en octobre 2018, dans le consulat d’Arabie saoudite à Istanbul où il s’était rendu pour récupérer un document, découpé en morceaux.

Les vingt suspects risquent la prison à vie

Ce meurtre a plongé l’Arabie saoudite dans l’une de ses pires crises diplomatiques et terni l’image du prince héritier Mohammed ben Salmane, dit « MBS », désigné par des responsables turcs et américains comme le commanditaire du meurtre. Mercredi, le bureau du procureur général d’Istanbul a annoncé dans un communiqué que l’enquête turque sur cette affaire était arrivée à son terme et qu’un acte d’accusation avait été préparé.

Dans cet acte d’accusation, deux proches de MBS, l’ex-conseiller Saoud al-Qahtani et l’ancien numéro deux du renseignement, le général Ahmed al-Assiri, sont identifiés comme les commanditaires du meurtre, selon la même source. Ils sont accusés d’avoir ordonné un « homicide volontaire prémédité avec l’intention d’infliger des souffrances ». Dans le même document, 18 autres suspects sont accusés d’avoir pris part à ce meurtre. Les vingt suspects risquent la prison à vie.

Un procès opaque en Arabie saoudite

Selon la Turquie, Khashoggi a été étranglé, puis son corps a été démembré. Les restes de l’éditorialiste de 59 ans n’ont jamais été retrouvés. Après avoir nié le meurtre, puis avancé plusieurs versions contradictoires, les autorités de Ryad ont affirmé qu’il avait été commis par des agents saoudiens ayant agi seuls et sans ordre de hauts dirigeants. A l’issue d’un procès opaque en Arabie saoudite, cinq Saoudiens ont été condamnés à mort l’an dernier. Aucune accusation n’a été retenue contre Saoud Qahtani et Ahmed al-Assiri a été acquitté.

La Turquie a qualifié de « scandaleux » le verdict rendu en Arabie saoudite, estimant que les vrais commanditaires avaient bénéficié d’une « immunité ». Le président Recep Tayyip Erdogan n’a jamais ouvertement accusé le prince héritier ben Salmane, mais des responsables turcs et la presse proche du pouvoir s’en sont chargés.

Un feu vert du prince héritier ?

La rapporteure spéciale des Nations unies Agnès Callamard a rédigé un rapport accablant pour MBS et la CIA a estimé que le meurtre n’a pas pu avoir lieu sans le feu vert du prince héritier. Mais le président américain Donald Trump a pris la défense de MBS, qui dirige de facto la monarchie pétrolière.

Après le meurtre de Khashoggi, les enquêteurs turcs ont perquisitionné le consulat, la résidence du consul général saoudien et plusieurs véhicules appartenant à la mission diplomatique. Ils ont aussi examiné les factures téléphoniques de certains suspects, retracé leurs mouvements à l’aide d’images de caméras de vidéosurveillance et recueilli les témoignages de plus de cinquante personnes, selon le bureau du procureur. Les autorités turques ont par ailleurs émis des mandats d’arrêt internationaux contre les suspects, qui se trouvent tous à l’étranger.

20 Minutes avec AFP

le prince Salmane, trop brillant pour MBS

 Longtemps cité en exemple par le roi, Salmane ben Abdelaziz a fini par être arrêté par le prince héritier saoudien. Il croupit en prison depuis plus de deux ans.

Durant son adolescence, Mohammed ben Salmane, prince héritier d'Arabie saoudite, accompagnait souvent son père Salmane, alors gouverneur de Riyad, en vacances dans le sud de la France. Fan de jeux vidéo, le garçon de 17 ans était parfois tancé par le futur roi, qui lui reprochait son manque d'entrain pour les études. « "Regarde ton cousin, lui répétait-il. Il est studieux et apprend les langues étrangères au lieu de passer son temps sur la console de jeux et de manger des pizzas" », confie un proche de la famille.

L'homme cité en modèle au prince héritier n'était autre que le prince Salmane ben Abdelaziz. De quatre ans son aîné, le petit-fils d'Abdullah, le plus jeune frère du fondateur du royaume al-Saoud, brillait au contraire par ses diplômes et son ouverture d'esprit. Titulaire d'un doctorat en droit comparé à l'université de la Sorbonne, ce prince raffiné, au physique d'acteur, parlait l'arabe, l'anglais et le français. Il était l'antithèse du jeune Mohammed ben Salmane, adolescent renfermé qui a toujours vécu en Arabie saoudite et ne maîtrisait pas très bien la langue de Shakespeare. Diplômé en droit à l'université du roi Saoud de Riyad, celui que l'on appelle par l'acronyme MBS a toujours été dans le sillage de son père, à qui il doit sa fulgurante évolution.

 

Aucune charge retenue

Or, 17 ans plus tard, MBS est l'homme le plus puissant d'Arabie saoudite. Désigné par son père prince héritier à l'âge de 32 ans, il dirige de fait la pétromonarchie, le roi Salmane, âgé de 84 ans, étant malade. Quant à son illustre cousin, le prince Salmane ben Abdelaziz, il demeure aujourd'hui en prison. Convoqué par MBS au palais royal de Jeddah le 4 janvier 2018, il a été placé en détention en compagnie de son père Abdelaziz ben Salmane, selon des révélations du Point en octobre 2018.

Plus de deux ans après cette arrestation, alors que l'impétueux prince héritier a procédé à une nouvelle vague d'emprisonnements au sein de la famille royale, le sort du prince Salmane, aujourd'hui âgé de 40 ans, est toujours inconnu. « Après avoir été placé dans la prison de haute sécurité d'Al-Ha'ir (au sud de Riyad), il a été transféré en compagnie de son père Abdulaziz dans une propriété, où il est détenu par une demi-douzaine de gardes, confie un proche du prince. Ils peuvent passer chacun deux coups de téléphone et recevoir une visite par semaine, mais ils n'ont pas accès à un avocat et aucune charge n'est officiellement retenue contre eux. »

 

Intermédiaire

Comment ce « cousin exemplaire » a-t-il pu ainsi finir dans les geôles de MBS ? À la tête de plusieurs sociétés privées de transport (avions et yachts), Salmane ben Abdelaziz passait une grande partie de son temps en Europe, notamment en France, où il a tissé son réseau. On le voit notamment poser aux côtés d'Emmanuel et de Brigitte Macron en 2017, de Jacques Lang, le président de l'Institut du monde arabe, ou encore de l'ancien ministre Charles Pasqua, mort en 2015. « Le prince Salmane était très bien introduit auprès des hommes politiques français, mais il n'était pas du tout intéressé par la politique », assure le proche.

« C'est un grand gaillard au physique avantageux qui a essayé de se présenter, sans succès, comme un intermédiaire naturel entre les entreprises françaises et saoudiennes », confie cependant un diplomate occidental qui l'a connu. « Il était néanmoins présent au palais lors des visites présidentielles françaises en Arabie. Mais, n'étant pas un descendant direct d'Ibn Saoud, le fondateur de l'Arabie saoudite, il n'avait pas de poids dans le système MBS. »

 

Présidentielle américaine

À l'automne 2016, Salmane ben Abdelaziz attise la suspicion des autorités saoudiennes lorsqu'il se rend aux États-Unis, en pleine campagne présidentielle américaine, pour y rencontrer notamment Adam Schiff, sénateur démocrate de Californie. Or, à l'époque, Riyad soutient en coulisse le candidat républicain Donald Trump. Le prince Salmane est alors sommé de rentrer au pays sous vingt-quatre heures. Il refuse. « Il y a eu un malentendu avec les autorités à Riyad, confie le proche. Ils ont pensé qu'il discutait avec des membres du Congrès pour aider la démocrate Hillary Clinton, mais ce n'était pas du tout le cas. Salmane leur a parlé d'éducation et de jeunesse. »

L'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche renforce les liens déjà étroits entre les États-Unis et le royaume al-Saoud. En mai 2017, le nouveau président réserve son premier déplacement à l'étranger à l'Arabie saoudite. À Washington, MBS est intronisé comme le nouvel homme fort de Riyad. Habitant alors à Paris, Salmane, en froid avec le prince héritier, ne se hasarde pas à rentrer au pays. « Autrefois amis, MBS était très jaloux de Salmane, car il était connu en France sans aucune position officielle alors que personne n'avait entendu parler du prince héritier avant son accession au pouvoir, affirme aujourd'hui son proche. Mais il n'a jamais critiqué qui que ce soit. Il n'appréciait juste pas que certains, en raison de mauvaises décisions politiques, écrivent des choses négatives sur l'Arabie saoudite. »

 

Coup de téléphone

Un matin de juillet 2017, le prince Salmane reçoit un coup de téléphone du royaume. À l'autre bout du fil, son cousin Mohammed ben Salmane. « La conversation a duré une heure dix et MBS l'a encouragé à rentrer au pays, lui rappelant qu'ils étaient cousins », explique le proche. Nous sommes plus d'un an avant l'assassinat du journaliste dissident Jamal Khashoggi. Plusieurs membres critiques de la famille royale ont déjà été attirés ainsi dans le royaume. Mais le jeune prince ne flaire pas le piège. « En réalité, MBS a joué avec lui. Son but était de ramener au pays toutes les personnes en mesure de parler à l'étranger afin de les réduire au silence. »

Tout d'abord, son retour en Arabie se passe sans encombre. Invité dans la foulée au palais royal à Jeddah, le prince pose avec MBS et son père, le roi Salmane. Le souverain honore même de sa présence le prince Salmane lors de son mariage avec l'une des filles de l'ancien roi Abdallah. « Salmane était considéré comme étant proche du clan d'Abdallah, confie le diplomate. Il était très ambitieux et rêvait d'être près du trône, mais il ne représentait pas de danger pour MBS. »

 

Purge

Octobre 2017, MBS montre une facette plus sombre de son personnage. Il réalise une purge sans précédent contre des dizaines de princes et d'hommes d'affaires, qu'il enferme dans le luxueux hôtel du Ritz-Carlton de Riyad. Accusés de corruption, la plupart d'entre eux sont libérés après avoir accepté de « rembourser » des milliards de dollars. Parmi les princes visés, Miteb ben Abdallah, fils de l'ancien roi décédé, à la tête de la garde nationale. « Le prince héritier a emprisonné tous ceux qui au sein de la famille critiquaient son action, explique le diplomate occidental. C'était un message clair envoyé à l'ensemble de la famille. »

Trois mois plus tard, le prince Salmane est convoqué au palais royal. Il n'en sortira plus. « La garde l'a violemment frappé jusqu'à ce qu'il perde conscience. Il y avait une mare de sang autour de lui », raconte la source proche du palais. Sans nouvelles de son fils, son père Abdulaziz, ancien conseiller du roi Fahd, alerte ses connaissances à l'étranger. Il sera arrêté à son tour le lendemain. « Il n'est ici ni question d'argent ni même de clan au sein de la famille royale, estime la source proche du palais. Il s'agit de jalousie, et d'une peur injustifiée de MBS que son cousin mène un coup d'État contre lui. »

 

Macron alerté

Sans réponse satisfaisante du royaume quant au sort réservé au prince Salmane et à son père, leur avocat Elie Hatem, désigné par leur famille, a alerté la France, pays allié de l'Arabie saoudite, où résidait le quadragénaire. « Le but était d'informer le président de la République Emmanuel Macron de l'emprisonnement du prince Salmane et de son père Abdelaziz et de lui demander d'interroger à ce sujet les autorités saoudiennes, même si nous savions que Paris ne pouvait pas faire beaucoup, étant donné qu'ils ne possèdent pas la nationalité française », explique au Point Elie Hatem. Et le président français a fini par répondre. 

Dans une lettre datée du 20 avril 2018 et révélée par le site Middle East Eye, le chef de cabinet d'Emmanuel Macron, François-Xavier Lauch, écrit à l'avocat du prince qu'Emmanuel Macron a « pris en compte » sa demande et lui annonce l'avoir transmise au ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, qui le « tiendra directement informé de la suite qui lui sera réservée ». C'était il y a près de deux ans. Or, le chef de la diplomatie française ne lui a jamais donné de nouvelles.

Modifié le - Publié le | Le Point.fr
Arabie saoudite : comment « MBS » réduit sa famille au silence

L'héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) a fait arrêter quatre princes de haut rang. Un coup de force destiné à faciliter son accession au trône.

 
« La crise saoudienne va obliger les acteurs régionaux à dévoiler leur jeu »

Tayeb Benabderrahmane, président du Club géopolitique, s'apprête à recevoir l'envoyé spécial de Macron pour la crise du Golfe. Entretien.

Modifié le - Publié le | Le Point.fr
 
 
Périlleuse purge au sommet du pouvoir en Arabie saoudite

Editorial. La campagne anticorruption déclenchée par le prince héritier saoudien n’est qu’un prétexte et dénote une volonté de pouvoir hégémonique.

 
Il y a moins de trois ans, l’Arabie saoudite était une monarchie pléthorique et consensuelle, où le roi, issu d’une succession adelphique (de frère en frère) était obligé de composer avec des princes, aussi nombreux que riches et puissants. Aujourd’hui, le royaume des Saoud est en passe de devenir un royaume autoritaire, celui de Mohammed Ben Salman, prince héritier et fils du roi Salman, arrivé au pouvoir à la mort de son demi-frère Abdallah en janvier 2015. Alors que la santé de son père est chancelante, « MBS », surnom du prince héritier, qui a déjà bénéficié d’un bouleversement de l’ordre dynastique en sa faveur, prépare activement la succession.

La vaste campagne d’arrestations lancée samedi 4 novembre en Arabie saoudite entre dans ce cadre. Une cinquantaine de personnalités, dont onze princes et quatre ministres, seront déférées devant la justice pour « corruption ». Le procureur général a averti que d’autres inculpations suivraient.

Dans un pays où le budget de l’Etat et la cassette professionnelle de la famille royale se confondent, la lutte contre la corruption, invoquée pour mener cette purge, n’est évidemment qu’un prétexte. Elle permet surtout d’écarter les gêneurs et ceux qui ont pu exprimer des réticences face à l’ascension éclair de Mohammed Ben Salman, âgé de seulement 32 ans et sans formation de haut niveau ni expérience du pouvoir, contrairement aux usages en cours jusqu’à présent dans le royaume.

Faire vibrer la fibre populiste

La recette a déjà fait ses preuves en Russie, où Vladimir Poutine a embastillé les oligarques qui ne lui avaient pas fait allégeance à son arrivée au pouvoir, tout comme en Chine, où Xi Jinping a mis au pas les « princes rouges » et les différentes factions au sein du Parti communiste, grâce à une grande campagne de « moralisation » de la vie publique. « MBS », lui aussi, cherche à faire vibrer la fibre populiste au sein de son opinion en lançant cette croisade contre les « corrompus ».

Il avait entamé cette campagne de relations publiques à l’égard de la frange la plus progressiste de la société saoudienne – et des Occidentaux – en autorisant les spectacles et la mixité dans son pays, puis en permettant aux femmes de conduirepartir de juin 2018) et enfin en annonçant haut et fort sa volonté de promouvoir un islam éclairé. Des prises de position courageuses dans un royaume sous l’emprise d’un clergé ultraconservateur marqué du sceau du wahhabisme.

Mais la campagne anticorruption qui vient d’être déclenchée est d’une autre nature : ce séisme politique, à l’échelle du royaume, dénote une volonté de pouvoir hégémonique et sans frein dans un pays qui est encore jeune et qui ne compte aucun contre-pouvoir.

Le soutien affiché par Donald Trump à la purge en cours ne peut qu’encourager le prince héritier saoudien à accélérer la cadence. Elle est pourtant déjà vertigineuse, tant sur le plan intérieur qu’extérieur, avec la guerre au Yémen, lancée en 2015, et la confrontation avec l’Iran chiite, qui connaît des sommets inédits, notamment depuis la démission samedi – semble-t-il sous la contrainte – du premier ministre libanais, Saad Hariri.

Le risque d’une sortie de route est désormais sérieux, dans un pays qui possède les premières réserves mondiales de pétrole et dont 75 % de la population est âgée de moins de 30 ans.

« En Arabie saoudite, tous les princes confondent les finances publiques avec leurs deniers personnels »

Le correspondant du « Monde » à Beyrouth, Benjamin Barthe, a répondu aux questions d’internautes sur la purge la plus massive jamais menée dans les milieux dirigeants saoudiens.

 

La commission anticorruption, dirigée par le prince Mohammed Ben Salman, a ordonné l’arrestation samedi 4 novembre de onze princes, quatre ministres en exercice et plusieurs dizaines d’ex-membres du gouvernement. Le royaume prétend ainsi ouvrir « une nouvelle ère et une politique de transparence, de clarté et de responsabilité », selon le ministre des finances, Mohammed Aljadaan.

Qu’est-ce que cette purge révèle du pouvoir saoudien ? Benjamin Barthe, correspondant du Monde à Beyrouth, a répondu aux questions d’internautes sur cette opération sans précédent.

Anonyme : Faut-il voir un lien avec les autres événements marquants du week-end, la démission de Hariri et du coup la pression sur le Hezbollah et l’Iran ?

Benjamin Barthe : Dans la forme, tous ces événements participent de la consolidation du pouvoir de Mohammed Ben Salman, l’ambitieux prince héritier, fils du roi Salman, surnommé « MBS ».

En interne, sous couvert de lutte anticorruption, MBS a évincé des princes susceptibles de lui faire de l’ombre, comme Mitab Ben Abdallah, l’ex-ministre de la garde nationale, et neutralisé de grands empires économiques, comme celui de Saudi Ben Laden, un géant du BTP. Et en externe, au Liban, il se débarrasse du premier ministre libanais, Saad Hariri, qu’il juge trop mou face au Hezbollah et à l’Iran. Dans les deux cas, il déblaie le terrain, fait place nette et assoit son autorité.

Lire aussi :   Le royaume saoudien se met en ordre de bataille

Marie : Sur quelle base ces dirigeants ont-ils été arrêtés ? Et que risquent-ils ?

Le royaume communique très peu. La liste des personnes arrêtées a émergé peu à peu, par recoupements des rumeurs. Concernant les charges exactes, c’est encore plus flou. Au-delà du label générique de « corruption », le pouvoir saoudien n’a rien précisé. La Couronne a seulement affirmé que les capitaux provenant de malversations seraient confisqués et reversés dans les coffres de l’Etat.

Ben : Va-t-il y avoir un procès public pour faire passer un message ?

On ne le sait pas. Certaines personnes pourraient s’en sortir avec une simple amende, d’autres disparaître dans le secret des geôles saoudiennes.

Sébastien : Doit-on interpréter cette purge comme étant un pas important vers l’ouverture et la modération du pays souhaitée par le prince ou, au contraire, comme l’arrestation pure et simple de ses principaux opposants ?

Certaines personnalités arrêtées traînaient assurément quelques casseroles. L’ex-ministre de l’économie Adel Faqih, également ancien maire de Jeddah, pourrait bien faire les frais des inondations désastreuses qui ont frappé cette ville en 2009 et fait une centaine de morts. Le réseau de gestion des eaux de Jeddah est notoirement défectueux. Ce scandale a été cité par les autorités lorsqu’elles ont annoncé, samedi, la création de la commission anticorruption.

En général, en Arabie saoudite, la corruption constitue un véritable fléau. La pratique des dessous-de-table, via la surfacturation des contrats publics, est très répandue, notamment dans le domaine de la défense. De ce point de vue, donc, les intentions affichées par MBS sont louables. Le problème, c’est que cette opération « mains propres » donne l’impression d’être menée de façon sélective, que MBS et son père se débarrassent de gêneurs, d’oligarques qui leur font de l’ombre, comme a pu le faire M. Poutine en Russie.

En Arabie saoudite tous les princes confondent les finances publiques avec leurs deniers personnels. L’année dernière, le New York Times avait révélé que MBS lui-même avait acquis un yacht pour 500 millions de dollars. Evidemment, personne, en Arabie saoudite, n’a osé demander d’où provenaient ces fonds…

Arjuna Paris : Doit-on comprendre que le prince est un faux « modéré », mais un réel opportuniste/arriviste ?

MBS est un véritable réformateur, doublé d’un véritable autocrate. Les deux facettes coexistent. Dans son esprit, le périmètre de la réforme se limite à la sphère sociale et économique. Il semble être prêt à croiser le fer avec le clergé wahhabite. Il a d’ailleurs commencé à le faire en autorisant les femmes à conduire. Il profite pour cela de la couverture de son père, le roi Salman, qui a toujours eu de très bonnes relations avec les milieux conservateurs.

Mais MBS n’entend pas introduire de réformes politiques. Il n’entend pas abolir la peine de mort, lever la censure des médias ou amnistier les prisonniers d’opinion. Le pluralisme ne l’intéresse pas. Il mène un programme de transformation autoritaire du pays, qui ne tolère pas les obstacles.

From Riyadh : Cela signifie-t-il que le roi va céder le pouvoir à son fils de son vivant ?

Certaines sources prédisent une abdication prochaine de Salman, qui remettrait ainsi le pouvoir, de son vivant, à son fils. Salman est âgé et sa santé est fragile. Pour les tenants de cette thèse, cette transition aura lieu le jour où MBS aura amassé suffisamment de légitimité et de pouvoir pour se passer de la couverture de son père. Mais d’autres sources estiment qu’il est peu probable que Salman consente à s’effacer de la sorte.

LECTEUR 4 : Pensez-vous qu’une réaction sur une base conservatrice voire islamiste puisse émerger et tout emporter malgré ou à cause de la radicalité de cette « purge » ?

C’est un risque, mais il est faible. La société saoudienne est très jeune, 70 % de la population a moins de 30 ans, et l’immense majorité de ce segment plébiscite les réformes de MBS. Les jeunes Saoudiens sont en accord avec sa vision d’une société moins sclérosée, plus moderne, avec davantage d’occasions de divertissement. Les ultraconservateurs mènent un combat d’arrière-garde.

glabo : Cette purge ne risque-t-elle pas d’éroder davantage la confiance des investisseurs étrangers, ceux-là mêmes que Mohammed Ben Salman cherche à séduire dans le cadre de son projet de réforme « Vision 2030 » ?

Ce qui freine les investissements en Arabie saoudite, c’est surtout le manque d’information financière. Impossible par exemple d’obtenir un bilan d’exploitation d’une grosse entreprise. Mais les turbulences liées à la purge n’inquiètent guère, d’après la demi-douzaine d’entrepreneurs, de consultants et d’analystes financiers, à la fois saoudiens et étrangers, auxquels j’ai pu parler aujourd’hui.

Les marchés sont énormes dans le pays, surtout dans le domaine de la défense et des infrastructures. Les grands groupes internationaux ne peuvent pas se permettre de se détourner de tels contrats.

Raphaël : Est-ce que cette purge saoudienne reçoit un soutien au niveau international ?

La France a « pris note » de la démission de Saad Hariri, un allié historique. Le communiqué du Quai d’Orsay est très prudent, pour ne pas offenser l’Arabie saoudite, un autre partenaire privilégié, alors qu’il est évident que Paris regrette le geste de M. Hariri. En revanche, il n’y a pas eu de réactions à la purge et je ne pense pas qu’il y en aura. C’est considéré comme une affaire intérieure saoudienne.

fooBar : Faites-vous un lien entre la récente visite de Jared Kushner, gendre et conseiller de Trump, et les derniers événements dans le royaume ?

La presse américaine l’a fait. Nous devrions savoir dans les prochains jours si MBS et Jared Kushner ont simplement discuté business et lutte contre la corruption ou bien s’ils se sont mis d’accord sur un plan d’action plus large.


 
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