Bouddhistes : la face cachée

Publié le par ottolilienthal

Le lama Tempa condamné à 12 ans de réclusion pour viols

Karma Tshojay, de son vrai nom, est condamné pour les viols de plusieurs disciples avec la circonstance aggravante d'avoir agi en abusant de sa fonction au temple des mille bouddhas de La Boulaye. Son confrère Lama Sonam, poursuivi pour agressions sexuelles, est acquitté.

 
 
 

Il était presque 2 heures du matin mercredi lorsque la cour d'assises présidée par Caroline Podevin a rendu son verdict au palais de justice de Chalon. Elle a condamné Karma Tshojay, dit Lama Tempa, 56 ans, à 12 ans de réclusion criminelle pour avoir violé plusieurs femmes fréquentant le temple des Mille Bouddhas à La Boulaye, mais aussi deux fillettes. Les premiers faits remontent à 1990, les derniers à 2005. Le moine bouddhiste a toujours nié ces agressions et ces viols mais la présence de trois victimes constituées parties civiles et leurs précisions ont eu raison de ses dénégations. Par ailleurs, Lama Sonam, 59 ans, accusé d'agressions sexuelles sur mineure de moins de 15 ans par personne ayant autorité, a été acquitté. Il était défendu par Mes Senyk et Vidal (Paris).

Thaïlande: Un ancien moine condamné à 114 ans de prison pour fraude

24 millions de bahts (620.000 euros), trois voitures – dont une Porsche et une Mercedes – Benz, une moto Harley-Davidson... Les biens saisis par la police auprès du moine thaïlandais Wiraphon Sukphon ont de quoi surprendre au vu du dépouillement attendu chez les figures religieuses d'un pays qui compte 95% de bouddhistes pratiquants et environ 300.000 moines.

Jeudi, ce moine défroqué, extradé des Etats-Unis il y a un an, a été condamné par la justice thaïlandaise à 114 ans de prison pour « fraude et blanchiment d'argent ». L'ancien religieux a également été reconnu coupable d'avoir violé la loi sur la criminalité informatique en collectant des fonds en ligne. 

28,6 millions de bahts à restituer

Conformément à la loi thaïlandaise, il ne restera toutefois pas plus de vingt ans en détention – mais devra restituer 28,6 millions de bahts (environ 743.000 euros) à 29 donateurs qui ont porté plainte.

Luang Pu Nen Kham, de son nom de moine, avait fui aux Etats-Unis en 2013, au moment où la police avait commencé à enquêter sur lui. La même année, une photo de lui prise dans un jet privé, grosses lunettes de soleil sur le front et sac Louis Vuitton à ses côtés, était devenue virale sur les réseaux sociaux. 

Wiraphon Sukphon est également accusé de « viol sur mineure »

En juillet 2017, le moine avait été arrêté à sa sortie de l'avion, en Thaïlande, après son extradition des Etats-Unis. Wiraphon Sukphon est également accusé de « viol sur mineure » : le verdict dans cette affaire doit être rendu en octobre. 

Ces dernières années, le clergé du royaume a souvent fait la une des journaux dans des cas d'usage de drogue, d'ivresse, de paris douteux, de recours à des prostituées ou de corruption.

20 Minutes avec AFP

Vigilance orange

 

"Qu'ont-ils fait du bouddhisme ?" (Bayard) se demande Marion Dapsance, étonnée que certains adeptes modernes soient complètement à l'ouest.

 

Le bouddhisme occidental ? Une "fiction", une construction d'intellectuels du XIXe siècle, élaborée à partir d'une collection de textes anciens, sans vraie connaissance de l'Inde, du Japon, de leurs rituels et de leurs moines couleur safran. Des idéalistes ? L'érudit Eugène Burnouf (1801-1852), traducteur du sanscrit, anti-clérical, anticatholique, libre-penseur, était convaincu que la seule façon de "régénérer" l'Occident, "moribond", était de renouer avec la tradition non pas gréco-latine, mais "orientale", "C'est dans le cadre de cette renaissance" que fut inventée "la figure du Bouddha "philosophe", estime Marion Dapsance dans cet essai polémique, mais salutaire, très inspiré par les travaux de l'historien américain Donald Lopez. Et voilà comment est apparu un Bouddha laïcisé, purement philosophe, compatible avec la psychiatrie et les neurosciences, "sécularisé au XXe siècle et au XIXe siècle en même temps que la culture et la société européenne".

Mouvante, contradictoire, la "doctrine" se trouve éparpillée en écoles toutes légitimes puisque l'Eveillé (un des surnoms de Bouddha) n'a jamais rien écrit : de pieux disciples ont recueilli ses paroles. Les "quatre noble vérités" donnent donc lieu à des empoignades plus ou moins nobles. De la notion d'"éveil", par exemple, "il existe de très nombreuses conceptions". Leur dénominateur commun est l'injonction de briser le cycle des renaissances, chaque réincarnation dépendant du "karma" (ou karman), c'est-à-dire des actions passées de l'individu (entité par ailleurs illusoire). Cette échappée inaccessible au plus grand nombre d'humains est la seule façon de se délivrer de la souffrance et du désir sans fin, en n'oubliant pas de psalmodier "om" (ou "aum"), la "syllabe sacrée", commune au bouddhisme et à l'hindouisme.

Passé à l'Ouest, devenu une technique non pas de dissolution mais d'affirmation de soi, le bouddhisme a muté en technique de développement personnel, prêché en France  par le quartet Matthieu Ricard, Frédéric Lenoir, Fabrice Midal et Christophe André. Sous cette forme "light", ces éveillés promettent la performance, grâce à des neurones optimisés. "La quête du bonheur remplace celle du salut", constate l'auteure. Attitude pas forcément égoïste : l'adepte moderne est persuadé qu'en devenant meilleur il améliorera le sort de la planète, notamment par la pratique de la méditation. Un noble souci de transformation sociale, complètement absent du bouddhisme oriental...

L'optimisme d'un Matfhieu Ricard, selon qui, "pour être heureux, il faut faire le bien", ne colle pas, à en croire Marion Dapsance, avec le pessimisme foncier d'une philosophie où toute vie terrestre n'est que souffrance. Que peuvent les "trois minutes de méditation quotidienne", prônées par le psychiatre Christophe André contre la dure loi du karma, qui "ne garantit pas un retour rapide sur investissement" ?

Pour toucher les bénéfices de nos bonnes actions, il faut en effet attendre non pas le prochain stage mais la prochaine vie.

Pour patienter, on peut toujours militer pour les droits de l'om.

 

Frédéric Pagès

Le Canard enchaîné, 21/02/2018

Accusé d'abus de pouvoir, voire sexuels, sur des disciples, critiqué pour son train de vie, le maître bouddhiste tibétain Sogyal Rinpoché a été frappé de disgrâce et contraint de quitter la direction du réseau Rigpa, a-t-on appris lundi de sources condordantes.

Né en 1947 au Tibet, Sogyal Lakar Rinpoché, lama du courant nyingmapa, est devenu dans les années 1970 l'un des principaux propagateurs de l'enseignement du Bouddha en Occident.

Son "Livre tibétain de la vie et de la mort" s'est vendu à près de 3 millions d'exemplaires dans le monde depuis sa parution en 1992.

Sogyal "Rinpoché" - "précieux" en tibétain, nom propre aux lamas réincarnés - a fondé Rigpa, réseau de 130 centres spirituels. Parmi eux, le temple de Lérab Ling à Roqueredonde (Hérault), inauguré en 2008 par le dalaï lama, chef spirituel des Tibétains, en présence de Carla Bruni-Sarkozy, alors Première dame.

Depuis, l'étoile de Sogyal Rinpoché avait pâli. Son ancien interprète Olivier Raurich a quitté Rigpa en 2015, dénonçant un homme "caractériel" qui a bâti "un empire personnel".

En 2016, un livre de l'anthropologue Marion Dapsance l'avait dépeint en maître irascible, porté sur l'argent et les jeunes femmes - des "partenaires tantriques" au consentement manipulé, selon l'auteure.

Mi-juillet, huit anciens étudiants ont publié une longue lettre ouverte dénonçant chez Sogyal Rinpoché des "abus physiques, émotionnels, psychologiques" et "sexuels", un mode de vie "extravagant" et "avide".

Le 1er août, lors d'une conférence en Inde, le dalaï lama, longtemps accusé de mansuétude à son égard, a approuvé la mise sur la place publique de ces griefs et critiqué l'influence "féodale" planant encore sur certaines institutions bouddhistes. Il a souligné que son ancien "très bon ami" était aujourd'hui "disgracié".

Face à des "accusations concordantes" qui "ne correspondent pas à l'éthique bouddhiste", l'Union bouddhiste de France (UBF) a suspendu la branche française de Rigpa en sa "qualité de membre".

Le 11 août, Rigpa a annoncé le retrait "immédiat" de Sogyal Rinpoché de sa direction spirituelle et promis une enquête "indépendante" et la préparation d'un "code d'éthique".

Pour Olivier Wang Genh, vice-président de l'UBF cité lundi par France Inter, cette affaire "montre que toute forme d'angélisme ou de naïveté n'a pas sa place", alors que le bouddhisme tibétain jouit d'une image souvent très favorable. "On doit écouter des enseignements avec clairvoyance et toujours rester dans cette vigilance", a-t-il ajouté.

 

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Le bouddhisme en France, fausses idées et vraies dérives

 

LIVRE Dans «Les dévôts du bouddhisme», l’auteure Marion Dapsance décrit l’apparence sectaire que prennent certains centres tibétains en France…

 

Le dalaï-lama est en France cette semaine pour donner une série de conférences, au moment où paraît, le 15 septembre, Les dévots du bouddhisme (Max Milo), un « journal d’enquête » écrit par Marion Dapsance, anthropologue qui a passé sept ans à étudier la version occidentale du bouddhisme. Dans cette plongée au sein des centres Rigpa, organisation internationale dont le vaisseau-amiral, le Lérab Ling, est situé en France, dans l’Hérault, l’auteure décrit un microcosme étonnant tout entier tourné vers son astre central, le controversé Sogyal Rinpoché, lama fondateur de Rigpa connu pour son Livre tibétain de la vie et de la mort.

Un « enfant » ultra-matérialiste et libidineux

Ce best-seller, publié en 1993 et préfacé par le 14ème dalaï-lama dans sa réédition de 2005, est un texte essentiel pour ses adeptes. Combien sont-ils exactement en France ? Impossible de savoir, tant le turn-over est important dans la dizaine de centres hexagonaux, explique Marion Dapsance. Sogyal Rinpoché y est considéré comme un « grand maître » du bouddhisme tibétain, et ses apparitions publiques (au centre de Levallois-Perret par exemple), attirent foule de curieux.

Mais il traîne aussi quelques controverses depuis les années 90, nourries par une plainte en 1994 pour « abus sexuel, mental et physique » (affaire réglée par un accord financier à l'amiable) et de nombreux témoignages très critiques d'anciens fidèles. Le portrait que dresse l’auteure de l’un des plus célèbres lamas à avoir exporté sa religion en Occident va dans le même sens et tranche avec l’aura quasi divine que lui confèrent ses disciples. Rinpoché est décrit comme un « enfant » ultra-matérialiste, gérant Rigpa comme une multinationale. La liste de ses besoins lors de ses déplacements ne correspond pas exactement à l’idée que l’on se fait d’un sage décryptant les mystères de l’esprit : une télévision (avec la BBC et CNN), un lecteur DVD, un parc et une piscine (chauffée à 30°c minimum) à proximité, un lit double, un steak-frites pour le repas, etc...le tout dans des hôtels luxueux avec une délégation pour s’occuper du moindre de ses besoins, et notamment celui de se faire masser.

De très chères retraites pour apprendre à satisfaire Rinpoché

Car dans « l’apprentissage » - moyennant au moins plusieurs centaines d’euros pour une retraite dans un centre Rigpa - dispensé par Sogyal Rinpoché, le travail sur soi consiste aussi à satisfaire le « grand maître ». Au sein de Rigpa, on appelle cela le « lama care » (les soins apportés au lama), officiellement une forme de « méditation en action » mis « au service des enseignements », décrit l'anthropologue.

D’anciennes « dakinis », des femmes au service de Rinpoché que Marion Dapsance a rencontrées, racontent leur passage dans la chambre d’un chef qui retournait alors les peintures de divinités pour laisser apparaître des photos de nus, avec manifestement un fort intérêt pour Emmanuelle Béart. Et quand il n’est pas là (il a environ 130 centres à gérer dans le monde), les séances de méditation « en présence » de Rinpoché se font via un téléviseur, ce qui n’aurait aucune incidence selon « le grand maître » sur la capacité à échanger les chakras, même par écran interposé.

Pour autant, l’auteure des Dévots du bouddhisme ne veut pas utiliser le mot secte : « Certes, il y a une hiérarchisation, avec une sélection par paliers en éliminant les gens au fur et à mesure que l’on se rapproche du maître. C’est le modèle des écoles initiatiques, Rinpoché prenant de grandes libertés avec les enseignements traditionnels. Mais le mot secte n’a pas de définition claire, il est devenu péjoratif et sert surtout à désigner, dénigrer puis exclure un groupe », explique-t-elle. En dépit de l’enseignement très différent du bouddhisme tibétain qu’il prodigue en Occident, Rinpoché ne ferait que répondre à un besoin d’« athéisme religieux » parmi ses disciples, souvent issus des classes moyennes éduquées et de familles chrétiennes.

Le dalaï-lama sait mais ne dit rien

« C’est le truc à la mode, un peu bobo. Ils rejettent la figure d’un Dieu monothéiste, et se tournent vers des religions que l’Occident connaît mal et encense pour de fausses raisons, et qu’ils voient comme une alternative au christianisme, mais sans aller jusqu’au bout de la démarche athée, le nihilisme. Le bouddhisme est vu comme à mi-chemin », décrit Marion Dapsance. Ce besoin de « psychologisation » d’une religion rappelle les groupuscules New Age des années 70 aux Etats-Unis, influencés par la psychologie analytique et la théosophie, qui promettaient de rendre l’Homme meilleur par une forme de spiritualité rationnelle. « C’est tout à fait ça », confirme l’auteure.

Le dalaï-lama est-il au courant des pratiques du lama Rinpoché ? Marion Dapsance assure que oui : « Après des premières accusations dans les années 90 au sujet de Sogyan Rinpoché, le dalaï-lama avait refusé de signer une charte de bonne conduite pour les lamas qui enseignent en Occident. Soit il y a des questions d’argent, soit, et c’est plus probable, ils veulent garder une vitrine d’unité car le dalaï-lama est en exil et ne veut pas donner une mauvaise image du bouddhisme tibétain », ajoute l’auteure du livre. A l’occasion de son passage en France, du 12 au 18 septembre, la question pourrait lui être posée.

 

 

*Les Dévots du bouddhisme, éditions Max Milo, 20€, 15 septembre 2016.

Thaïlande : la face sombre du “Temple aux tigres”

C’est est enfin fini du temple aux Tigres en Thaïlande. Ce temple tenu par des moines bouddhistes, véritable attraction touristique, a été vidé de ses bêtes par les autorités qui ont fait une macabre découverte : des dizaines de cadavres de bébés tigres, ainsi que d’autres animaux, placés dans des congélateurs.

Une plainte doit être déposée contre les responsables de ce temple, soit-disant lieu de spiritualité, mais en fait selon les dernières constations, plus un lieu de mauvais traitements infligés aux animaux, voire de trafic d’animaux.

Le temple a jusqu’ici toujours rejeté ces accusations. Ses responsables expliquaient notamment que le calme des tigres, permettant les selfies des touristes, n‘était pas obtenue par des drogues, mais par le dressage.

Prostituées et argent, les shaolins priés de s'expliquer

 

Shi Yongxin, l’abbé dirigeant le temple bouddhiste en Chine, est accusé de «débauche» et détournement de fonds. Une enquête a été ouverte.

 

 

Le temple Shaolin, fondé au Ve siècle et devenu depuis l’un des symboles du bouddhisme zen chinois, est d’autant plus célèbre qu’il est le théâtre de scandales répétés. Ce lundi, le Bureau des affaires religieuses de la province du Henan a déclaré vouloir enquêter sur plusieurs accusations à l'encontre de l’abbé Shi Yongxin, à la tête du temple depuis 1999. Un article du New York Times revient avec précision sur l’affaire.

 

Sous la direction de Shi Yongxin, Shaolin est devenu une véritable marque : les 24 millions de dollars annuels récoltés en tickets d’entrée ne suffisant pas, les moines tenaient leur boutique de produits dérivés avec assiduité, et partaient même en tournée à Las Vegas ou Hollywood pour faire la promotion de leur excellence en arts martiaux. En février, Shi Yongxin a dévoilé son dernier projet : un investissement de 297 millions de dollars dans un complexe en Australie, avec hôtel, académie de kung-fu et terrain de golf adjacents au temple.

Celui qui se veut «le pont entre le bouddhisme et le monde séculaire» est régulièrement accusé de concupiscence : en 2011, une descente de police l’aurait surpris sur le fait avec des prostituées, mais le service de communication du temple a affirmé que le moine ne faisait que des démonstrations de rites bouddhiques. En juillet 2013, lors d’une rénovation de routine, on aurait découvert des caméras cachées dans les pièces des occupantes féminines du temple. Le quotidien espagnol El Periódico publiait un mois plus tard le témoignage d’une femme affirmant être enceinte de l’abbé, et affirmait que Shi Yongxin possédait près de 3 milliards de dollars dans des comptes à l’étranger.

A ces rumeurs, le temple Shaolin répond qu’elles émanent de détracteurs voulant ternir la réputation du bouddhisme zen. Mais comme le rappelle le New York Times en citant un marchand du temple : «Cela ne peut qu’être bon pour les affaires.»

 

Laure ANDRILLON

Un berceau de luxe pour Bouddha

Lumbini, au Népal, considéré comme le lieu de naissance de Bouddha, attire les projets pharaoniques et dispendieux.

 

 

 

Bouddha ne fut ni tout-puissant ni prophète, et il est aujourd'hui célébré comme un Dieu. Le village de Lumbini, son antique berceau, au pied de l'Himalaya, ne fait pas exception, Bouddhaland de pagodes, de dragons, de moulins à prières, de drapeaux, de stupas dorés... Mince, le message était-il si difficile à comprendre ?, doit-il se dire.

L'immense parc de Lumbini

Depuis qu'il a conquis l'Occident, le discours du Bienheureux a été commenté, enrichi et adapté. Il a donné naissance à trois courants principaux – le Theravada, le Mahayana et le Vajrayana, regroupant dix-huit écoles, aux pratiques diverses et variées. Et s'exprime aussi dans de nouveaux cultes. On sait peu de choses sur sa vie, mais les recherches se poursuivent. En 2014, des archéologues ont mis au jour les vestiges d'une structure en bois inconnue jusque-là. Ces fouilles ont eu un tel impact que l'on s'est empressé de remettre en cause la datation désormais admise de la vie de Bouddha. Pourtant, rien n'atteste avec certitude que ce lieu ait bien été celui de la naissance du sage Sakya, à une époque où ni le Népal ni l'Inde n'existaient en tant qu'État-nation.

 

Dans l'immense parc de Lumbini, les monastères flamboyants et les monuments éminents, qui reprennent l'architecture de l'État qui les a financés, contrastent avec les villages désolés alentour. La plaine du Teraï est pourtant riche. Grenier à blé du Népal, elle représente 75 % des revenus du pays, 87 % des ressources forestières et 70 % des droits de douanes. Mais ses habitants, populations composites parmi les plus pauvres du pays et plombées par le centralisme de Katmandou, n'en voient pas beaucoup la couleur. Le cœur économique du pays est le théâtre d'une rivalité entre les défenseurs d'une identité de plaine (madesh) et les partisans d'une identité des collines (pahadi), les premiers accusant les seconds, ayant récemment migré, de monopoliser les ressources politiques et économiques et réclament un État «madesh ». Climat qui pèse négativement sur les affaires. Les plus démunis sont devenus serfs endettés sur leur terres, et beaucoup se sont résolus à vendre leurs enfants, comme esclaves domestiques.

 

Un village sacré écologique

C'est sur cette toile de fond que l'architecte sud-coréen Kwaak Young Hoon propose de créer un village sacré écologique en forme de lotus géant, innervé par huit chemins bouddhiques, que l'on verra de l'espace, avec des écoles, des hôtels, des musées, des fleurs et des arbres. Chaque feuille symbolisera une ville du monde. « Et si New York est choisie, il faudra que ça ressemble aux États-Unis », ironise le responsable d'une agence touristique. «C'est un projet qui va trop loin, au regard de l'état du pays, reconnaît à son tour Christian Manhart, directeur de l'Unesco. Mais on ne peut pas empêcher les constructions en dehors du périmètre du label Unesco, limité au jardin sacré. On ne peut faire que de la pression morale. » En septembre 2014, le Nepal Tourism Board, organisme népalais chargé de la promotion touristique, présentait, dans un hôtel huppé de Katmandou, un projet grandiose, avec hôtels, casinos et attractions, mais sans aucune concertation avec le département d'archéologie. On leur a expliqué que ce n'est pas ce genre de tourisme qui protégera la spiritualité de lieux », poursuit Christian Manhart.

 

Le lieu de naissance du Bouddha Gautama

Le site de pèlerinage de Lumbini est une vieille histoire. En 1896, des archéologues, suivant les indications des pèlerins chinois, mettent à jour des vestiges, près du village népalais de Rummindei. Oublié et recouvert par une jungle insalubre infestée par la malaria, pendant des siècles, le site est identifié comme le lieu de naissance du Bouddha Gautama grâce à un pilier de pierre datant du troisième siècle avant J.-C. La divinité du temple contigu est présentée comme étant la mère du Bouddha, la reine Maya-Devi, dont la tradition dit qu'elle est morte sept jours après la naissance du Bienheureux. Il faut cependant attendre les années 1960 pour que des fouilles plus poussées commencent réellement, facilitées après l'inscription du site à l'Unesco. Ces fouilles mettront au jour plusieurs niveaux d'occupation, depuis l'âge de fer jusqu'au XIVe siècle. Parmi les plus anciens éléments, datés d'avant le règne du roi Asoka, une pierre placée au coeur du temple de Maya-Devi indique « le lieu exact de la naissance du Bouddha».

 

Le bouddhisme s'est éteint dans la région

Afin de protéger le jardin sacré, menacé par les intempéries, l'ONU charge dans les années 1970 l'architecte japonais Kenzo Tange d'élaborer un « master plan » couvrant plus ou moins 7 kilomètres carrés. Mais le site fera débat. Son schéma est jugé trop ascétique par les adeptes du theravada, la branche la plus ancienne du bouddhisme. « Kenzo Tange s'est laissé séduire par l'image d'un bouddhisme unifié, comme ensemble de valeurs qu'on partage et pas comme un système de croyances », explique Élise Sintes, doctorante qui prépare une thèse sur Lumbini. « Il a fallu resacraliser les lieux. Pour pénétrer dans le jardin sacré, il faut désormais se déchausser. On a mis des drapeaux un peu partout. » Par ailleurs, c'est un site qui échappe aux populations locales. Le lieu abrite une déesse villageoise, Ruman dei, que les populations vénèrent depuis des siècles. Les sacrifices d'animaux – aujourd'hui remplacés par de la poudre de vermillon – ont perduré jusqu'en 1950. Les habitants des villages alentour sont à majorité hindoue (67 %) et musulmane (37 %). On ne compte que 1 % de bouddhistes. Le bouddhisme s'est éteint dans la région entre le VIIe et le XIIe siècle. Pour les musulmans, Lumbini n'a pas de signification religieuse. L'adoration par les hindous d'un bas-relief représentant Maya Devi n'est plus pratiquée. « La sculpture a été transformée en objet d'art et a perdu ses pouvoirs », précise Élise Sintes.

 

Une manne financière

Lorsque le sceau du patrimoine mondial est délivré en 1997, les élites népalaises y voient avant tout une manne financière, ainsi qu'un moyen de construire une fierté nationale. Pour marquer son ancrage dans l'histoire du bouddhisme, la ville la plus proche, Bhairahawa, est rebaptisée Siddhartha Municipality. Lumbini Zone devient l'une des quatorze zones administratives du pays. Mais le projet de développement s'enlise, freiné par l'instabilité politique, la corruption. En 2011, une mystérieuse ONG chinoise, basée à Hong Kong, Asia Pacific Exchange and Cooperation Foundation (APECF), propose aux Népalais d'investir 3 milliards de dollars (2,25 milliards d'euros) – soit pratiquement l'équivalent des recettes publiques du pays perçues en 2010 – pour faire de Lumbini un site de pèlerinage de masse, avec un aéroport international, une université, des hôtels de luxe, des centres commerciaux et culturels, des temples. Son vice-président au Népal n'est autre que l'ex-chef de l'insurrection maoïste, Pushpa Kamal Dahal, alias "Prachanda", lequel, après l'accord de paix de 2006, a été Premier ministre entre 2008 et 2009. Également dans le comité directeur de l'APECF : le fils du dernier roi Gyanendra, Paras Bir Bikram Shah Dev, réputé pour ses frasques avec les stupéfiants.

 

Redonner confiance aux touristes

Le dirigeant de l'APECF, Xiao Wunan, est un homme habile, actif dans les réseaux bouddhistes d'Asie du Sud-Est. En 2006, il a initié le World Buddhism Forum, club d'influence qui regroupe diverses associations bouddhistes de la même région, ainsi que des hommes d'affaires, proche du pouvoir. Il prétend bénéficier de soutiens dans l'appareil du Parti communiste chinois, et s'est fait prendre en photo avec le dalaï-lama. « Les Chinois sont pragmatiques, ils savent que le dalaï-lama est une personnalité importante, explique Thierry Dodin, tibétologue. Le fait de s'afficher avec lui est un moyen de montrer à ceux dont il veut faire honneur qu'il le connait, qu'il a des relations haut placés. C'est comme cela qu'il a embobiné Prashanda, mais il n'a pas misé sur le bon cheval. Les maoïstes on perdu leur influence au Népal. » Les bouddhistes sont montés au créneau pour faire stopper le projet. « On ne pouvait pas laisser Prashanda toucher à Lumbini, explique Raju Sakya, activiste et homme d'affaires. En février, l'APECF a été blacklistée pour manque de transparence. Ni Prachanda, ni aucune autre personnalité autorisée ne donneront d'information sur l'origine des fonds, pas plus que sur les détails des aménagements. Interrogé sur le projet de l'architecte sud-coréen, Kwaak Young Hoon, désormais seul en lice, le ministre de la Culture, du Tourisme et de l'Aviation civile Kripasur Sherpa – premier sherpa nommé à ce poste, en mai –, estime « qu'il ne s'agit pas d'un projet trop ambitieux », mais ne s'emballe pas. Rien n'est décidé. C'est en discussion. Il y a des choses plus importantes à faire en ce moment », a-t-il répondu. Redonner confiance aux touristes après un séisme en est une. « Kwaak veut prouver que les Coréens font mieux que les Japonais, renchérit Raju Sakya, mais il a copié Kenzo Tange. Le gouvernement népalais devrait se tourner vers des architectes européens. Les Allemands ont fait un travail remarquable à Bhaktapur. Les Français ont l'expérience des sites en Afrique, et les Italiens ont fait des merveilles à Rome. »

 

800 000 visiteurs par an

Lumbini draine 800 000 visiteurs par an, essentiellement du Sud asiatique, avec en tête le Sri Lanka (32 %), la Thaïlande (17 %), la Corée du Sud (9 %), le Japon (9 %), la Birmanie (9 %) et Taiwan (4 %). Mais si les touristes affluent, les retombées économiques sont faibles, montre Gyan P. Nyaupane, géographe à l'Université d'Arizona. Seul une poignée de locaux sont employés comme conducteurs de rickshaw, dans les magasins de souvenirs, comme guides ou comme ouvriers non qualifiés dans les hôtels et les restaurants. Pendant la construction des monastères, des routes et des canaux, les autorités ont recruté de la main-d'œuvre locale. Mais dans l'ensemble, ce sont des emplois temporaires, en complément d'activités agricoles. La plupart des touristes se rendent sur le site, depuis l'Inde, pour la journée, et ne dépensent presque rien. Certains pays ont leurs propres monastères, qui fournissent des hébergements bon marché et de la nourriture pour les pèlerins en échange de donations. « Pour attirer des touristes, il faut déjà bien les orienter à l'intérieur du parc, afin qu'ils suivent le cheminement, et les inciter à découvrir les autres sites, explique Sonam Sherpa, PDG de l'agence Thamserku. Le gouvernement doit, par ailleurs, recruter des jeunes érudits pour former les guides locaux à l'histoire du bouddhisme, et ne plus autoriser les touristes à prendre pension dans les monastères, sauf pour les vrais pèlerins. » Dans cette région sans grands reliefs, faire concurrence à l'Himalaya n'est pas une mince affaire.

 

La Chine poursuit ses ambitions

La Chine, consciente de l'impact de Bouddha comme instrument de soft power, poursuit ses ambitions en organisant des expositions itinérantes des reliques de l'Éveillé et en construisant des routes et voies de chemin de fer en Asie du Sud, pour acheminer touristes et marchandises. L'Inde, qui abrite trois des quatre lieux saints liés au Bouddha – Bodh-Gayâ (l'éveil), Sârnâth (la première prédication) et Kusinagara (la « disparition définitive » ou pari-nirvâna) –, a soutenu un projet d'un milliard de dollars avec l'aide de 18 États dont la Chine, l'Australie, le Japon, Singapour, pour la réouverture de l'Université bouddhiste de Nalanda. En 2012, le pays a accueilli la première réunion de l'International Buddhist Confederation (IBC), carrefour fédérant les différentes écoles, créée par un groupe de bouddhistes indiens himalayens, de culture tibétaine, qui étudient dans les monastères recréés en exil. Entre les deux, le Népal s'efforce de protéger ce qu'il considère comme son joyau, quitte à instituer une nouvelle vérité sur les origines, afin de tenir l'Inde à l'écart. L'anthropologue Gisèle Krauskopff (1) évoque le cas de deux intellectuels qui ont proclamé Bouddha ancêtre des Tharu, populations indigènes du Téraï. « Il s'agit d'affirmer l'appartenance des Tharu au sol népalais en effaçant toute trace de l'extériorité véhiculée par le mythe rajput », afin d'offrir aux individus « un passage vers un ordre nouveau », anti-brahmanique. Le 3 août 2014, lors de la visite du Premier ministre indien Narendra Modi, les autorités népalaises l'ont dissuadé de visiter Lumbini, prétextant des violences dans le Teraï.

 

 

 

 

 

 

 

Temple des Mille Bouddhas : des lamas accusés de viols

 
 

Dix ans après les viols qu’elle a subis dans un centre d’enseignement du bouddhisme où elle résidait, Sandrine* témoigne et brise l’omerta. Trois autres plaintes ont été déposées.

 
 

Quand elle arrive de Paris pour « faire le point sur sa vie », Sandrine, 29 ans, pense trouver au temple des Mille Bouddhas le cadre idéal pour développer quête de sens et spiritualité non-matérialiste. Kayu Ling est le plus ancien centre d’enseignement de philosophie bouddhiste de France, comme sorti de nulle part, à la limite des collines du Morvan et de Toulon-sur-Arroux. Premier temple de la lignée du Rinpoché, grand maître tibétain, il draine entre 6000 et 7000 stagiaires chaque année.

 

Vingt ans après ses premiers pas à Kayu Ling où elle a résidé de 1992 à 2001, Sandrine témoigne de son calvaire et critique les relations d’abus de pouvoir entre les lamas bhoutanais (les lamas sont des maîtres du bouddhisme enseignant à leurs disciples la pratique de la méditation). La parole de Sandrine ne se libère qu’en août 2010, alors qu’elle était convoquée à la gendarmerie d’Autun en tant que témoin sur une affaire de mœurs à Kayu Ling. Elle décide alors, elle aussi de porter plainte et de rejoindre les trois autres plaignantes dont certaines étaient mineures au moment des faits.

Les deux premières années au temple des Mille Bouddhas sont heureuses pour Sandrine qui travaille bénévolement au temple.

Omerta

En septembre 1998, elle est séparée de son conjoint. « J’étais couchée dans mon chalet, la porte était fermée à double tour, un lama d’un centre espagnol de Kayu Ling est entré chez moi et a abusé de moi pendant mon sommeil », explique-t-elle. Elle prétend que les doubles des clés de tous les chalets étaient enfermés dans le bureau du directeur.

Mais Sandrine garde le silence. « Je n’ai rien dit parce que j’avais peur et qu’il me manquait des éléments. J’étais désemparée. Je ne me souvenais que d’une partie, j’avais l’impression d’avoir été droguée », explique l’ex-résidente qui assure que dévoiler ce sordide secret aurait attisé la jalousie des autres femmes de la congrégation. « La plupart aurait rêvé de coucher avec un lama, j’en ai même vu gratter à la porte de lama Tempa toute la nuit avec leurs ongles », se souvient-elle. Mais c’est surtout parce qu’elle a peur pour son enfant que Sandrine ne dit rien. « J’ai été menacée, si je révélais ce qui m’était arrivé, on allait emporter mon fils au Bouthan, on me l’avait fait clairement comprendre », atteste-elle.

 

Deux mois plus tard, en novembre 1998, la malheureuse expérience se répète avec un « maître de peinture ». Mais l’ancienne fidèle se trouvant sans personne vers qui se confier ne porte toujours pas plainte. « En janvier 1999, un lama du temple de Vincennes, m’a raccompagnée dans mon chalet après une soirée. Je me suis réveillée le lendemain, nue et sans aucun souvenir. J’étais bouleversée », se souvient-elle.

Violence extrême

Pourtant, la vie continue et la belle s’amourache d’un lama venu de Belgique et tombe enceinte. Ce futur bébé déplaît fortement au directeur du temple, lama Seunam, qui avait des ambitions pour Sandrine à l’extérieur. Dénigrée par le directeur, la jeune femme se retrouve alors complètement isolée et mise à l’écart.

 

« Le 2 août 2010, le lama Tempa s’introduit dans mon chalet avec le double des clés. Je pense qu’il avait été envoyé pour régler le problème, suppose Sandrine. Il était furieux, il m’a bâillonné la bouche avec la main, et m’a agressé si violemment que j’ai perdu mon fœtus », décrit-elle à demi-mot. La perte de son bébé joue sur l’ancienne disciple comme un électrochoc. Elle ne pense plus qu’à une chose, quitter le centre.

 

« Deux mois après, en octobre 2000, le lama Tempa a forcé de nouveau le passage du chalet, il a forcé un jeune lama d’un centre parisien à le suivre. Il m’a envoyé valdinguer, je me suis cassé une vertèbre et ça m’a valu 10 ans de kiné derrière », précise Sandrine, encore émue. « J’ai failli perdre connaissance à cause de la violence de l’acte », résume la quadragénaire.

Plaintes

En décembre 2001, Sandrine et son enfant quittent Kayu Ling et emménagent dans la région. C’est en 2003 qu’elle dépose une première plainte à la gendarmerie quand son enfant, revenant d’une visite à son père resté résident du temple, lui annonce que « le lama Tempa s’est mis tout nu devant lui ». La plainte restera sans suite par manque de témoignage. Mais Sandrine profite de son élan pour partir aux prud’hommes contre le temple en 2004. Déboutée en appel, elle oublie Kayu Ling pendant plusieurs années.

 

En août 2010, Sandrine est convoquée à la brigade de recherches d’Autun. Trois autres victimes ont déposé plainte pour viols et agressions sexuelles. Pendant l’entretien avec l’enquêteur, Sandrine s’effondre et porte plainte dans la foulée pour les deux viols les plus violents qu’elle avait subis plusieurs années auparavant.

Mais son histoire n’est que la partie immergée de l’iceberg.

 

*Prénom d’emprunt

 

http://www.lejsl.com/saone-et-loire/2012/09/01/temple-des-mille-bouddhas-des-lamas-accuses-de-viols

 

Le moine bouddhiste accusé de viols libéré

 

http://www.lejsl.com/edition-montceau/2014/05/29/le-moine-bouddhiste-accuse-de-viols-libere

 

 
 

Avec 55 500 vues, la vidéo « les confessions de Kalou Rinpoché » postée sur Facebook en novembre 2011 a connu un succès relatif. Pourtant c’est un véritable pavé dans la mare du monde bouddhiste. Sa précédente réincarnation Kalou Rinpoché (maître légendaire du bouddhisme tibétain, 1904-1989) avait fondé une quarantaine de monastères et centres d’enseignement dans le monde que les dernières révélations de Kalou Rinpoché ont doucement sécoué. En France, le plus ancien centre est celui de Kayu Ling à La Boulaye créé en 1976. Il draine 6 000 à 7 000 retraitants chaque année.

Kalou Rinpoché, aujourd’hui 23 ans, explique en anglais à la caméra qu’il a été « abusé sexuellement par des moines plus âgés », au début de son adolescence. « C’est une question d’argent, de pouvoir de contrôle… et ensuite je suis devenu toxico à cause de tous ces malentendus et je suis devenu fou. » Kalou Rinpoché a posté cette vidéo deux mois après avoir demandé aux lamas bhoutanais résidents à Kayu Ling de se retirer.

 

L’histoire commence en avril 2010. Lors de la visite de Rinpoché, des entretiens individuels sont mis en place. Ce soir-là, le lama tibétain entend une quarantaine d’histoires similaires, la plupart mettant en cause lama Tempa sur des affaires de mœurs. Cela le rend malade au point qu’il quitte le centre pour aller dormir à l’hôtel. Pourtant, le Dharma le pousse à ne pas remettre en cause leur position. Un an après, en avril 2011, lendemain de son arrivée, il est auditionné par l’enquêteur de la gendarmerie d’Autun. Après cet entretien, Kalou Rinpoché réunit les lamas et leur annonce sa décision de retirer leur nom des statuts de la congrégation, en raison des affaires judiciaires en cours. Et de nommer une nouvelle équipe de lamas occidentaux.

 

En riposte, les lamas bhoutanais refusent de reconnaître l’autorité de Kalou Rinpoché. Huissier, enquêteur et fonctionnaire des RG sont sur le temple. Pendant les enseignements la sécurité du maître spirituel est assurée 24 heures/24 par des policiers en civil et des professionnels de la garde rapprochée du Dalaï-lama. « Je veux changer de système pour un autre système qui n’implique pas les abus de pouvoir ou les malversations (...) Je veux garder le Dharma pur. Je veux garder Kayu Ling sain et sauf », déclare Kaou Rinpoché lors de cette visite (la version traduite est disponible sur le site Internet du temple).

 

Deux mois plus tard, il poste ses confessions et dans la foulée, répond aux questions du magazine américain Detail. « Il est très important que les gens n’oublient pas que le bouddhisme et les bouddhistes sont deux entités différentes. Le bouddhisme est parfait. »

 

http://www.lejsl.com/saone-et-loire/2012/09/01/les-confessions-de-kalou-rinpoche-sur-la-toile

 

 
 

Une information judiciaire a été ouverte pour au moins deux viols et une agression sexuelle. Quatre victimes ont déposé plainte entre 2009 et 2010 pour des faits remontant au début des années 2000. Parmi elles, on compte des enfants de parents de résidents du temple.

 

Dans le cadre de cette enquête, le lama Tempa Dargyé est placé en détention provisoire à la prison de Varennes-le-Grand depuis le mois de mai 2012. Il aurait reconnu l’intégralité des faits qui lui sont reprochés. Après avoir quitté la congrégation pour l’Inde en janvier 2011, il aurait été arrêté par l’enquêteur de la gendarmerie d’Autun le 26 mai alors qu’il animait un café-méditation à Dijon (le Shanti).

Gros sous

Le parquet confirme également l’ouverture d’une enquête financière de détournement de fonds. Aucune mise en examen n’est pour l’instant prononcée. Plusieurs sources proches de l’enquête évoquent des détournements de fonds de 400 000 €. « Pendant les fêtes du nouvel an tibétain Lama Sonam (l’ancien directeur du temple) avait coutume de faire un discours où il parlait entre autres des lourds frais de fonctionnement du temple, des bâtiments à restaurer, des emprunts à rembourser, et il faisait appel au bon cœur des gens. Bon nombre avaient déserté Kayu Ling après avoir découvert sa nouvelle voiture, un 4X4 flambant neuf… », affirme-t-on. On évoque également une tournée mondiale des casinos avec la carte bleue du temple.

 

Le lama Sonam, résiderait toujours à La Boulaye. Ses disciples ont créé un blog de soutien sur internet « soutenir les lamas de Kayu Ling ».

 

http://www.lejsl.com/saone-et-loire/2012/09/01/un-lama-suspect-en-detention-provisoire-a-varennes-le-gd

 

 

Elodie Emery - Marianne

 
Dimanche 6 Novembre 2011

 

 

Sogyal Rinpoché, lama tibétain de renommée mondiale, vient d'achever une retraite de quatre jours à Paris. Destinés à initier les Occidentaux à la pratique de la méditation, les enseignements de ce maitre tibétain connaissent un vif succès. Pourtant, les rumeurs sur la légitimité du personnage ne cessent de croître : le gourou entretiendrait des relations à la limite de l'abus de pouvoir avec ses disciples les plus proches. Reportage à Lerab Ling, dans le principal centre de retraites Sogyal Rinpoché.


 

 
« Sogyal Rinpoché en personne, tu te rends compte ? » « Je l'ai déjà vu une fois pendant une conférence à Amsterdam, mais de loin » « Une semaine entière avec lui... Je me sens tellement privilégiéeDans le luxueux temple bouddhiste de Lerab Ling, niché au coeur des Cévennes à Roqueredonde, l'excitation atteint son comble : l'arrivée du maître a été annoncée. Assis dans la position du lotus - éminemment inconfortable pour quiconque ne pratique pas assidûment le yoga -, les disciples ont écouté patiemment le discours d'introduction à cette retraite de méditation qui va les occuper pendant huit jours. Ils ont bien noté les règles à respecter : ne pas boire d'alcool, ne pas fumer, ne pas utiliser son téléphone portable, et parler le moins possible. Sauf sur le parking du centre, où ces comportements de débauche sont autorisés. Maintenant, action ! Les retraitants veulent voir leur gourou, en chair et en os.

Sogyal Rinpoché ? Un lama de renommée mondiale. Né au Tibet en 1947, il a été reconnu très jeune comme la réincarnation d'un des maîtres du treizième dalaï-lama, ce qui impose le respect de la communauté religieuse. Dès son arrivée en Europe, en 1971, il commence à enseigner les rudiments du bouddhisme tibétain aux Occidentaux. En plein rejet du christianisme, la génération hippie se passionne pour cette forme de spiritualité exotique.

Esprit moderne, corps tibétain

Obèse mais énergique, le petit homme prend de l'envergure, jusqu'à fonder le centre de Lerab Ling. Le temple, modèle d'architecture bling-bling en pleine nature, est inauguré en grande pompe par le dalaï-lama en 2008, en présence de Carla Bruni-Sarkozy, Rama Yade et Bernard Kouchner. Il accueille aujourd'hui de 2 000 à 3 000 retraitants chaque année. La brochure de promotion dit de Sogyal Rinpoché qu'il a un « don remarquable pour réunir plus de deux mille cinq cents ans de sagesse et d'expérience bouddhistes d'une manière authentique, accessible, et tout à fait pertinente pour le monde d'aujourd'hui ». Un esprit moderne dans un corps tibétain (ou l'inverse) : le gourou fait mouche chez les Européens en quête de sens. Il est aussi l'autorité spirituelle de l'association Rigpa qui rassemble 130 centres bouddhistes dans 41 pays du monde, et l'auteur du Livre tibétain de la vie et de la mort, vendu à plus de 2 millions d'exemplaires dans le monde. Autant dire que Sogyal Rinpoché est à l'amateur de nourriture spirituelle ce que Lady Gaga est au fan de musique pop : une superstar. Mais sa notoriété et le succès que rencontrent les retraites n'empêchent pas les rumeurs persistantes sur la légitimité du personnage. Rinpoché ne serait pas le véritable auteur de l'ouvrage qui a fait sa renommée, et surtout, il entretiendrait des relations à la limite de l'abus de pouvoir avec ses disciples les plus proches (lire plus bas)...

Mais, en ce mois de juillet 2011, les 500 personnes inscrites à la traditionnelle retraite estivale de Lerab Ling ont d'autres préoccupations. Venues d'Italie, des Pays-Bas, d'Allemagne, d'Angleterre ou de France, toutes ont délaissé les plages et l'apéro au rosé pour s'isoler huit jours dans l'espoir de découvrir les secrets de la méditation. On compte bien dans l'assemblée un hippie quinqua et deux ados gothiques, mais l'essentiel est constitué de gens « ordinaires », venus seuls, en couple ou en famille. Unis par l'originalité de leur démarche, les participants ont le bon goût de ne pas se taper dessus quand les précieux coussins, indispensables pour tenir des heures assis en tailleur, viennent à manquer. Ceux qui en avaient discrètement empilé cinq sous leur postérieur ne rechignent pas longtemps à les céder à leur voisin : l'essentiel, après tout, est d'être en position de voir le gourou. Les architectes du temple ont prévu le coup en disséminant des écrans plats un peu partout dans la salle. Des interprètes se chargent de traduire les discours de l'anglais syncopé de Sogyal Rinpoché (« Is dat clear ? D'you undeustand ? ») dans les différentes langues des retraitants.

Humiliations publiques

Quand le maître apparaît enfin sur l'estrade dans sa robe orange, comme il le fera chaque jour aux alentours de midi, les 500 groupies se lèvent comme un seul homme. Les plus zélés entament même une prosternation bouddhiste (genoux, ventre et front à terre) difficile à mener à bien, chacun disposant d'un espace limité aux dimensions de son coussin. Sogyal Rinpoché, c'est 1 m3 de pure sagesse : ça s'accueille dignement. « Il a les cheveux plus noirs que la dernière fois, non ? » murmure une femme à son mari. Rinpoché, qui signifie en tibétain « le Très Précieux », prend effectivement soin de son apparence. Les cheveux blancs, c'est un charme dont il se passe.

Ce matin-là, dans le temple à la décoration surchargée, où domine un bouddha en or de 7 m de haut, le gourou pointe d'un doigt agacé un grand portrait de maître placé derrière lui. « Qu'est-ce qu'elle fait là, cette photo ? » demande-t-il sèchement à ses assistants. S'ensuivent vingt minutes de mise au point et de brimades, alors que nonnes et disciples s'agitent en tous sens pour déplacer la photo. Au fil des « enseignements » dispensés chaque jour, ces scènes deviendront vite habituelles : loin du calme détachement du dalaï-lama, le chef spirituel du temple de Lerab Ling s'énerve, se moque et engueule ses collaborateurs. Qui pour une photo, qui pour un verre tombé, qui pour une porte mal fermée. L'exercice prend parfois des allures d'humiliation publique. « Faites-moi penser à investir dans un costume et une coupe de cheveux pour lui », dira-t-il à propos d'un de ses disciples, déclenchant l'hilarité de la salle.

De quoi rendre perplexes certains élèves. Laura, une Française de 31 ans, s'interroge : « Je n'arrive pas à faire le lien entre le Livre tibétain de la vie et de la mort, qui m'a bouleversée, et le personnage que je viens de découvrir ». Les « nouveaux » se rejoignent tous sur un point : pourquoi diable le maître s'acharne-t-il sur ses assistants qui se plient en quatre pour le servir ? « C'est vrai que cela peut surprendre, reconnaît Jack*, l'un des animateurs, un Américain qui essuie au moins 10 blagues par jour de la part du gourou. Mais c'est un enseignement. Si vous ne comprenez pas, c'est le but ! C'est pour casser vos concepts et vos habitudes ». Soit. Les retraitants ne se découragent pas pour si peu, et ils continuent à se lever de bonne grâce pour être à 9 heures pétantes dans le temple, prêts à recevoir la bonne parole.

L'épreuve du feu pour tester la volonté des disciples de casser tous leurs concepts se présente le troisième jour. Sans doute encouragé par le climat de compassion qui règne à Lerab Ling, un Néerlandais d'une quarantaine d'années juge le moment opportun pour se confesser devant le maître, et accessoirement devant les centaines de personnes également présentes dans le temple. L'homme prend la parole pour évoquer ses problèmes conjugaux, et la manière dont sa femme lui hurle dessus à toute occasion. Le gourou se lance alors dans un véritable show : « Avez-vous essayé de l'interrompre en l'embrassant ? Ou en lui faisant l'amour passionnément ? Non ? Et sinon, avez-vous essayé de prendre des cours de karaté ? » Le succès est immédiat, les retraitants se tapent sur les cuisses. « Vous êtes néerlandais ? Ce sont les pires. Peut-être que votre femme a raison de dire que vous ne savez pas communiquer ! Avez-vous essayé de lui dire simplement : « Jawohl, jawohl, mein Führer » ?» La salle s'étrangle de rire devant ces conseils illuminés de sagesse.

Mais la séance prend un tour inattendu quand l'homme se met à raconter ce qui suscite le courroux de sa femme : « J'ai travaillé pendant vingt-cinq ans avec des enfants handicapés mentaux. Un jour, j'ai abusé de ma position avec l'un d'eux ». Frémissement dans l'auditoire. « Je l'ai dit à ma femme, et c'est pour ça qu'elle fait peser une pression terrible sur moi, elle a toujours peur que je fasse quelque chose à notre fille de 4 ans ». Devant le manque d'ouverture d'esprit manifeste de l'épouse, le maître choisit le silence. Il commence à être à court de blagues. « Un jour, elle a dû partir quelques jours. J'ai fait couler un bain pour ma fille et moi... L'eau était trop chaude, j'ai eu une sorte de malaise : je pouvais entendre et voir, mais je ne pouvais pas bouger. Et c'est là que ma fille m'a sucé ». La salle est muette, interdite. Sogyal Rinpoché reprend la parole : « C'est très courageux de le dire devant tout le monde ». Des applaudissements compatissants viennent saluer l'aveu de ces deux crimes pédophiles.

Le soir, on annonce que le « monsieur ayant tenu des propos provocants » a quitté la retraite et que « des gens compétents s'en occupent ». Le sujet divise les retraitants et alimente toutes les conversations. Les plus anciens élèves viennent voir les nouveaux, pour discuter avec eux du « mouvement de colère » que l'épisode soulève chez certains. « C'est intéressant que tu réagisses de manière aussi virulente, estime une disciple confirmée d'une soixantaine d'années, en s'adressant à une jeune femme en larmes. - Pour moi, c'est stupéfiant que ça te laisse aussi indifférente », lui répond-elle. Dès le lendemain cependant, l'épisode du « Néerlandais aux propos provocants » est enterré.

Silence, le gourou pète !

Encore cinq jours à tenir. Chacun se recentre sur son objectif : apprivoiser l'esprit qui s'échine à nous rendre malheureux, réveiller le bouddha qui sommeille en nous. Pour l'atteindre, une seule solution : suivre le maître. Les retraitants apprennent bien vite que tout ce que fait ou dit Rinpoché est un teaching, un « enseignement ». Personne n'a de mal à le comprendre quand il évoque avec beaucoup de clarté les principes de base de la méditation. Les élèves, enchantés, commencent à toucher du doigt le calme que procure la pratique du « repos de l'esprit », et c'est bien pour cela qu'ils sont venus. Mais c'est beaucoup moins évident quand le gourou se transforme en incarnation tibétaine de Jean-Marie Bigard et se met à imiter le bruit d'un pet ou à disserter sur les vibromasseurs. Ou quand il passe la moitié de la session à rabrouer son équipe parce que son gratte-dos n'est pas en place. Pendant le déjeuner, les retraitants échangent leurs impressions. Le conseil dispensé par les disciples confirmés est limpide : il ne faut surtout pas entrer en « résistance » avec les enseignements. Seule la « dévotion » de l'élève permet d'atteindre une authentique « connexion » avec Rinpoché. C'est lui-même qui l'explique le plus clairement : « Suivez les enseignements, ne réfléchissez pas trop. Je suis votre boss, je suis votre maître, votre rôle est de me suivre ». Au début de la semaine, l'accent était mis sur la communication ; mais à partir du quatrième jour, le gourou change d'avis et propose de supprimer les ateliers de discussion de l'après-midi qui, selon lui, ne servent à rien. On conseille au néophyte en quête d'éveil de ne pas trop poser de questions, mais plutôt de regarder le visage du maître quand il médite, d'écouter sa voix qui a des « pouvoirs spéciaux » et de prier pour lui quand il n'est pas dans son assiette. Sogyal Rinpoché promet que la technique a fait ses preuves. Il raconte comment certains de ses élèves ont guéri du cancer ou retrouvé la vue grâce à la force de leur « connexion ». Motivés, la plupart des retraitants suivent ces conseils avisés. Après tout, ils ont bien l'intention de tirer un maximum de bénéfices de l'expérience : ils ont payé pour ça.

Cash machine

Les plus jeunes et les plus fauchés (souvent les mêmes) ont déboursé 500€. Pour cette somme, ils ont accès aux enseignements, aux repas (légumes avec accompagnement de... légumes), et sont autorisés à planter leur tente dans la forêt. Il y a beaucoup de moustiques, et la distance qui sépare les dernières tentes du bloc sanitaire transforme toute envie nocturne en véritable expédition. Par ailleurs, les tempêtes à répétition et les températures autour de 7 °C (le centre est perché à 850 m d'altitude) ont fini par faire craquer les plus vaillants. Au sixième jour, une Française se jetait en travers du chemin de Sogyal Rinpoché pour implorer de dormir dans un endroit sec. Son geste désespéré et ses cernes sous les yeux ont convaincu le maître, qui lui a affecté un chalet privé pour la nuit suivante. Au grand dam de tous les autres campeurs qui ont amèrement regretté de ne pas avoir eu la même idée... ou de ne pas avoir rallongé la facture de quelques centaines d'euros pour dormir dans un chalet.

Les retraitants doivent également s'acquitter d'une tâche quotidienne appelée « rota » pour participer à la vie du temple. Les plus «avancés » sur le chemin spirituel n'hésitent pas à se dévouer au nettoyage des toilettes, les autres préfèrent donner un coup de main à la compta : 500€ minimum la retraite multipliée par 2 000 ou 3 000 disciples, cela fait au bas mot de 1 à 1,5 million d'euros qui rentrent dans les caisses. Ils peuvent aussi aider la boutique du centre.

C'est dans cette échoppe que l'on peut faire l'acquisition des ouvrages spirituels de référence et des photos des grands maîtres. L'endroit offre également l'occasion d'apprécier qu'on peut être bouddhiste sans être dépourvu d'un sens aigu du marketing : tasses Lerab Ling, coussins de méditation Lerab Ling et T-shirts « Osez la méditation ! », on trouve de tout.

A la fin de la retraite, les participants dépensent facilement 70€ pour rapporter chez eux un souvenir de cette semaine hors du temps pendant laquelle ils se sont consacrés, souvent avec quelque succès, à l'apaisement de leur esprit, en méditant plusieurs heures par jour et en écoutant en boucle le message du Bouddha. Ou plutôt celui de Sogyal Rinpoché, qui pourrait se résumer en deux mots : « Adulez-moi ».

Mais, pour l'instant, ceux qui s'en plaignent à voix haute sont encore rares...

* Tous les prénoms ont été changés.

 

Profession : esclave de gourou

En novembre 1994, une femme connue sous le pseudonyme de Janice Doe porte plainte contre Sogyal Rinpoché pour « abus sexuel, mental et physique ». L'affaire se règle hors tribunal par une transaction financière. Si aucune nouvelle plainte en justice n'a été déposée depuis, les forums Internet regorgent de témoignages d'élèves ayant quitté l'association de Sogyal Rinpoché en raison d'un comportement jugé « non conventionnel ». Daniel Genty est le créateur d'un blog consacré au cheminement spirituel intitulé « Les voies de l'âme ». En octobre 2007, il poste un extrait du Livre tibétain de la vie et de la mort qui lui a particulièrement plu. A sa grande surprise, le billet suscite pas moins de 462 réactions, dont certaines sont particulièrement virulentes à l'adresse du chef spirituel de Lerab Ling. Car voilà : Rinpoché se revendique d'une tradition, celle de la « folle sagesse » (lire l'entretien avec Marion Dapsance plus bas). Un héritage particulièrement inadapté aux normes occidentales, dans la mesure où il autorise toutes les pratiques, notamment sexuelles, pouvant amener les élèves à l'éveil. « Le maître, c'est comme le feu, dit un proche du gourou. Si on en est loin, on a froid ; si on s'approche trop, on se brûle». Mimi, qui a travaillé comme assistante personnelle du maître pendant trois ans, fait partie de celles qui se sont brûlées. « Mon job, c'était d'être à sa disposition : le laver, l'habiller, transmettre ses ordres aux autres, dormir au pied de son lit au cas où il aurait besoin de moi, préparer ses voyages...» S'occuper du maître n'est pas une mince affaire. Chaque déplacement de Rinpoché mobilise des dizaines de personnes et répond à des règles dignes du protocole royal britannique. Le « collaborateur » privilégié se voit remettre un document de plusieurs dizaines de pages de consignes à respecter : veiller à ce qu'il y ait toujours de la nourriture et à boire dans la voiture, s'assurer que quelqu'un à l'arrivée est prêt à lui ouvrir la portière, exiger un menu composé de viande bovine quand Rinpoché doit prendre l'avion (loin d'être végétarien, le maître adore le boeuf), ainsi qu'une place à l'avant de la cabine... La liste est sans fin. « Après quatre mois de ce régime, on est épuisé, on ne réfléchit plus. Le jour où il m'a demandé de me déshabiller, je l'ai pris comme un test de plus pour évaluer ma dévotion », dit Mimi. Un « test » qui lui a été présenté comme une grande chance dont elle devait à tout prix conserver le secret. Aujourd'hui, alors qu'elle a définitivement quitté le maître, l'ancienne disciple a décidé de parler. Elle a témoigné dans le cadre d'un documentaire sur les abus de pouvoirs intitulé « In The Name Of Enlightenment » (« Au nom de l'éveil »). Réalisé par Debi Goodwin, le film a été diffusé le 23 mai 2011 sur la chaîne canadienne Vision TV. Mimi travaille à l'écriture d'un conte autobiographique sur ses rencontres dans le bouddhisme. Dans l'entourage du maître, on rappelle que Rinpoché n'est pas un moine, et qu'il est en droit d'avoir des relations sexuelles avec ses élèves si elles sont consentantes : « Tout ce que fait le maître, c'est toujours dans le but d'amener à l'éveil. Si la disciple ne comprend pas la chance qu'elle a d'avoir une telle connexion avec le maître, c'est que son ego revient en force. C'est très dommage ».
 
http://www.marianne2.fr/Le-lama-Rinpoche-a-Paris-pas-si-zen-ces-bouddhistes_a211593.html
 

Orgies de drogue et d'alcool, jeu et prostitution: bienvenue dans le bouddhisme 2.0

 

http://www.express.be/joker/fr/platdujour/orgies-de-drogue-et-dalcool-jeu-et-prostitution-bienvenue-dans-le-bouddhisme-20/192903.htm

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ARMONIA 12/02/2013 08:42

moi aussi je pense que certains lamas sont des criminels
SHAMARPA est àl'origine du viol collectif avec actes de barbaries que j'ai subi

http://enchainementdecriminalites.centerblog.net/9-non-je-ne-savais-pas-que-je-devais-enfanter-un-bouddha