le risque Deutsche Bank

Publié le par ottolilienthal

La Deutsche Bank, bombe financière à retardement
 
 
 
 
Atlantico : Depuis la crise de 2008, la Deutsche Bank affiche chaque année une chute de son cours boursier, puisque son action a perdu 38% sur un an, 55% sur trois ans, 86% sur dix ans. La Deutsche Bank, qui a généré cette année un bilan de 1 348 milliards d'euros et 43 460 milliards en produits dérivés, soit treize fois le PIB de l'Allemagne, est-elle too big to fail ?

Jean-Christophe Hauguel : La DB est clairement « too big to fail » sinon cela ferait longtemps qu’elle aurait fait faillite. Depuis 12/13 ans maintenant toutes les stratégies ont été mises en place par le gouvernement allemand, la BCE ou les actionnaires pour empêcher à tout prix le cataclysme. L’effet de domino que pourrait entrainer sa disparition est tellement craint que tous les remèdes sont bons pour maintenir en vie cette institution et tenir ainsi ses engagements vis-à-vis des autres parties prenantes de la chaine de valeur financière.

Comment expliquer la chute de l'action Deutsche Bank ? Quelles ont déjà été les conséquences de cette chute et que risquent les économies allemande et européenne à terme ?

Le cours de Bourse actuel ne reflète pas la situation actuelle de la banque mais sa situation anticipée. Cette chute n’est donc pas bon signe. Le marché prédit une altération des profits et dividendes anticipés et réagit en vendant le titre plus qu’en ne l’achetant. Mais comment pourrait-il en être autrement ? Les affaires s’accumulent-  la dernière en date porte sur le scandale des « cum/ex », qui impliquait à l’origine en 2017 deux ex-salariés. Elle a été élargie à 70 actuels et anciens collaborateurs dont des poids lourds : l’actuel patron de la Banque d’investissement ou l’ancien dirigeant de 2002 à 2012. L’institution joue gros encore sur ce coup là puisque l’enquête ouverte parle de 10 milliards d’euros de manque à gagner pour le fisc allemand. Cela a valu à la Banque vendredi soir un abaissement de sa note auprès de Fitch de « BBB+ » à « BBB ». On est clairement dans un cercle vicieux et la chute de la capitalisation boursière est la conséquence et non pas la cause.

Quelles leçons tirées de la crise de 2008 pourraient éviter l'effondrement de la banque ? Le gouvernement allemand doit-il intervenir pour renflouer ou sacrifier la banque, à la manière de Lehman Brothers en 2008 ?

Alors que la crise de 2008 pouvait laisser espérer une prise de conscience et un assainissement des pratiques douteuses force est de constater avec la DB qu’on est loin du compte. La loi Sarbanes-Oxley en 2002 ou encore la règle Volcker de 2010 en passant par Bâle 3 et bientôt Bâle 4 beaucoup est fait pour sécuriser le système bancaire international. Mais quand un cas pratique se présente avec tous les enjeux systémiques qu’il représente, les gouvernements en place préfèrent presque toujours renflouer que sacrifier. C’est au détriment du contribuable, au détriment des institutions saines mais cela paraît toujours plus indolore qu’une faillite pure et simple. Le cas de la DB est en ce sens exemplaire que cela fait 12 ans que tous les subterfuges ont été successivement utilisés dans pareil cas sans amélioration durable. Même en maintenant un malade sous perfusion et assistance respiratoire arrive un moment où l’inévitable se produit. Personne ne sait exactement quand. Mais c’est à ce moment-là que la crise surviendra.

 

13 juin 2019
Double coup dur pour Deutsche Bank
 

 

 

 L'agence de notation financière Fitch Ratings a abaissé vendredi soir la note de la première banque allemande, déjà confrontée à des coûts de financement élevés. La veille, l'ancienne vedette de la finance européenne se trouvait rattrapée par le scandale d'évasion fiscale sur les dividendes,  dit « cum/ex »,  qui éclabousse depuis plusieurs années une série de grandes banques allemandes et étrangères.

Fitch a abaissé la note du groupe de « BBB+ » à « BBB ». « La dégradation de Deutsche Bank reflète sa difficulté continue et son progrès limité dans l'amélioration de sa profitabilité et de la stabilisation de son modèle économique », a expliqué l'agence de notation, précisant qu'une « incapacité à résoudre les faiblesses de la banque pourrait mettre ses ratings de nouveau sous pression ». De quoi fragiliser un peu plus le groupe.

L'agence s'inquiète du manque de profitabilité

Deutsche Bank, dont le cours en Bourse a touché un nouveau plus bas historique cette semaine, s'est dit conforté par la décision de l'agence. « La direction est engagée à faire croître son coeur de métier et améliorer sa profitabilité », a déclaré la banque, qui prépare une nouvelle restructuration de sa banque d'investissement, peu rentable et très gourmande en capitaux, après l'échec de son projet de fusion avec Commerzbank.

 
 
 

Un malheur n'arrivant jamais seul, Deutsche Bank est de nouveau dans le viseur de la justice. Selon la « Süddeutsche Zeitung » et les chaînes de télévision publiques régionales NRD et WDR, l'enquête du parquet de Cologne sur le scandale « cum/ex » a été élargie à 70 anciens et actuels salariés du groupe. Parmi eux: Garth Ritchie, actuel chef de la banque d'investissement, mais aussi  Josef Ackermann, à la tête de la banque de 2002 à 2012. Anshu Jain, autre ancien co-président du directoire de la banque, est aussi visé par les enquêteurs, selon « Handelsblatt ».

Ouverte en 2017, l'enquête du parquet s'intéressait initialement à deux anciens salariés de Deutsche Bank liés à des transactions d'anciens clients qui relèvent de la pratique fiscale litigieuse en question.  

Deutsche Bank rejette les accusations

Deutsche Bank explique cette extension de l'enquête par la volonté des autorités d'empêcher la prescription des poursuites: « C'est une pratique courante et le parquet a procédé de la même façon avec d'autres banques », a indiqué Deutsche Bank, qui réaffirme être en règle: « Deutsche Bank n'a pas participé à un marché cum/ex organisé, ni en tant que vendeur à découvert, ni en tant qu'acheteur de cum/ex ». Le parquet de Cologne n'a quant à lui pas souhaité commenter l'information.

Les enquêteurs s'emploient à reconstituer de très complexes montages qui ont coûté plus de 10 milliards d'euros à l'Etat allemand jusqu'en 2012, date à laquelle le fisc a modifié ses règles pour mettre fin à ces pratiques. Celles-ci consistaient, pour banques et investisseurs, à récupérer frauduleusement auprès du fisc le remboursement de l'impôt sur les dividendes (dont ils sont exonérés), sans avoir cependant auparavant versé cette taxe.

Banques françaises

Outre Deutsche Bank, d'autres banques allemandes sont dans le viseur des enquêteurs, dont Warburg, à Hambourg, la banque d'investissement australienne Macquarie, ou encore la banque espagnole Santander. Commerzbank, Hypovereinsbank et Deka Bank ont de leur côté déjà été condamnées à rembourser le fisc allemand. 

Des établissements bancaires français sont aussi mis en cause,  dont Crédit Agricole à qui l'administration fiscale bavaroise réclame 312 millions d'euros, ainsi que 148 millions d'intérêts. La banque française, impliquée via sa filiale CACEIS, a contesté « vigoureusement » cette décision en février. Société Générale a été quant à elle condamnée en avril 2018 à verser 22,9 millions d'euros. 

AFP

 

Publié le 08/06 à 07h15

Pauline Houédé (Correspondante à Francfort)

Le "coup de gueule" des actionnaires de Deutsche Bank

Après les discussions avortées de fusion avec Commerzbank, Deutsche Bank DBK faisait ce jeudi face à ses actionnaires. L'ambiance y était pour le moins électrique.  

Paul Achleitner, le président autrichien de la banque sur qui s'est concentrée la colère des actionnaires à cause de la débandade du groupe, s'est coûte que coûte défendu. "Jamais nous n'avons eu de pressions politiques dans le dossier Commerzbank. C'était la décision de la direction de commercer et d'arrêter les discussions. Cette fusion devait répondre à un point: créer un avantage économique pour Deutsche Bank."

Il a aussi défendu bec et ongle le bilan de la première année de son CEO, Christian Sewing. "Il avait une triple mission et a effectué chacun de ces points. Il a donc toute notre confiance et notre soutien."

Et maintenant?  

 

Nous allons accélérer la transformation en concentrant notre banque sur des activités rentables et en croissance, particulièrement pertinentes pour nos clients

 

 

Christian Sewing

 

CEO de Deutsche Bank

 

Pour Paul Achleitner, le groupe va poursuivre sa croissance organique tant en Allemagne qu'à l'international et va encore mieux gérer ses risques. Christian Sewing va plus loin.

 

On savait, au lendemain de la fin des discussions avec Commerzbank, que la pression se renforcerait sur Deutsche Bank pour opérer un changement radical étant donné qu'elle est encore et toujours un établissement systémique. Sa banque d'investissement reste trop importante et de moins en moins rentable. Et puis il y a l'action: le titre, qui a perdu 38% depuis la précédente AG et lâchait plus de 3% en milieu de journée. Le lancement d'un cinquième plan de restructuration en 5 ans était même pressenti.

Plan de transformation accéléré

 

Aujourd'hui, Sewing n'énonce pas le mot restructuration, mais affirme toutefois être prêt à  des "réductions drastiques" dans la banque d'investissement. Il ajoute vouloir accélérer le plan de transformation. En quoi cela consiste exactement?

La semaine dernière, de grands investisseurs avaient appelé le groupe à réduire sa division internationale de banque d'investissement. Ont-ils été entendus? "Nous allons accélérer la transformation en concentrant notre banque sur des activités rentables et en croissance, particulièrement pertinentes pour nos clients", explique le CEO.

La stratégie de Deutsche Bank, c'est donc:

→ de se recentrer sur les racines européennes, avec certes encore des activités aux États-Unis et en Asie;
→ de se focaliser sur les activités avec des recettes stables.  

L'homme n'en dira pas plus. 

La banque "sans image"

La cascade de procédures judiciaires passées et à venir irrite aussi les actionnaires:

 

→ Il y a eu en juin, l'échec aux tests de résistance de la filiale américaine. Elle est jugée comme peu à même d'affronter une prochaine crise financière. 
→ Puis en septembre, le régulateur allemand Bafin demandait au cabinet KPMG d'évaluer les progrès de la banque dans la lutte contre le blanchiment, un affront à la membre du directoire qui coiffe ce domaine, la Française Sylvie Mathérat, criblée de critiques jeudi.
→ Ajoutons la perquisition de la fin novembre dans une enquête pour blanchiment d'argent déclenchée par les révélations des "Panama Papers".
→ Ce mercredi, la banque a reconnu une erreur de logiciel dans la vérification de paiements opérés par de gros clients, soulignant une nouvelle faille dans son informatique déjà décriée par le passé.
→ Aux États-Unis encore, la banque devra livrer des informations sur ses relations d'affaires avec Donald Trump, à qui elle a continué à prêter de l'argent après une série de dépôts de bilan dans les années 1990.

 

"Monsieur Sewing, vous nous aviez promis l'an dernier qu'on allait s'ennuyer à l'avenir, je ne veux pas savoir à quoi cela ressemblera quand ce sera agité", a ironisé Klaus Nieding représentant de l'association de petits porteurs DSW.

Une question d'homme

Au cours de cette assemblée, le président du Conseil est apparu particulièrement fragilisé. Celui, qui lors de sa nomination en 2012 était vu comme l'homme capable de redresser la banque, risque aujourd'hui de perdre la confiance des actionnaires. 

Plusieurs représentants d'actionnaires, comme ISS et Glass Lewis, avaient annoncé qu'ils ne voteraient pas la confiance à la direction, en particulier envers le président du conseil de surveillance. L'éviction de ce dernier est aussi sur les lèvres de certains.

"La patience des actionnaires est à bout et les rémunérations des dirigeants ne sont pas en rapport avec les performances et le cours de Bourse", a tempêté Alexandra Anecke, chez Union Investment. L'avocat Klaus Nieding dénonce un cours de bourse ayant atteint son plus bas historique. "Cela reflète la grande inquiétude des investisseurs sur l'avenir de la banque."

La majorité des actionnaires présents ont toutefois soutenu à l'issue de l'assemblée la direction, bien qu'avec une marge inférieure à celle de l'an dernier. Paul Achleitner, qui a survécu à un vote de destitution par une large majorité, a indiqué qu'il resterait bien en place, reconnaissant "quelques erreurs ces sept dernières années."

Notons que le CEO de BNP Paribas, Jean-Laurent Bonnafé, qui organisait aussi son assemblée générale annuelle (à Paris), a démenti être candidat à une acquisition de son concurrent allemand.

Dominique Liesse, 23 mai 2019

Journaliste

Source: Reuters, AFP, L'Echo

Ce week-end, nous fûmes pris de « Schadenfreude », cette joie maligne qui fait se réjouir du malheur d’autrui, lorsqu’on a appris que la Deutsche Bank allait recevoir une amende colossale, d’au moins 5 milliards d’euros. Condamnée par les Américains pour sa participation à la crise des subprimes, qui fit s’effondrer la planète finance en 2007-2008. Nous étions prêt à emboîter le pas au social-démocrate (SPD) Sigmar Gabriel. Le ministre de l’économie allemand a infligé une volée de bois vert au patron de la Deutsche Bank, John Cryan, qui s’est plaint des attaques spéculatives alors que les hedge funds se désengageaient de son groupe. « Je ne sais pas s’il faut rire ou éclater de colère de ce que la banque qui a fait de la spéculation son modèle économique se déclare désormais victime des spéculateurs », s’est emporté M. Gabriel.

La Deutsche Bank a depuis longtemps abandonné sa mission originelle, financer l’industrie allemande, pour se transformer, avec le rachat en 1999 de Bankers Trust, en banque d’affaires américaine. Pis, elle a accentué cette orientation après la faillite de Lehman Brothers en 2008, espérant profiter du retrait de Wall Street de ses consœurs européennes. Erreur. Elle s’est perdue dans le monde ancien de la banque d’investissement avec d’autant plus d’énergie qu’elle ne gagne pas d’argent dans son métier de banque de détail en Allemagne : marges très faibles outre-Rhin, taux d’intérêt négatifs, nécessité d’investir massivement dans le numérique. Aujourd’hui, c’est l’échec pour une banque empêtrée dans des scandales à répétition.

Sauvetage douloureux

Mais après la « Schadenfreude » est venue l’inquiétude. L’Allemagne est en campagne électorale. Argent, morale et politique y font très mauvais ménage, surtout sous le règne d’Angela Merkel. Beaucoup ont oublié qu’à l’automne 2008, la chancelière avait failli provoquer un Lehman Brothers européen, envisageant sérieusement de laisser tomber HypoVereinsbank. Il fallut le talent de Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne (BCE), pour l’en dissuader. Pis, elle dut renflouer tout le secteur bancaire allemand, mais jura à ses électeurs-contribuables qu’on ne l’y reprendrait plus.

Hélas, le dossier revient avec la Deutsche Bank, dont le sauvetage s’annonce très douloureux. Aide-toi, le ciel t’aidera ? La banque aura du mal à atteindre le niveau de fonds propres exigé par la réglementation bancaire, surtout si elle doit combler le trou laissé par l’amende américaine. Une augmentation de capital n’est pas facile à réaliser : qui voudra investir dans des valeurs bancaires européennes peu rentables et donc sous-cotées ? Injectez un euro dans une banque, il ne vaut plus que cinquante centimes en bourse le lendemain.

Reste le scénario catastrophe du renflouement. Ce n’est plus Mme Merkel qui serait à la manœuvre mais la BCE. Les règles de l’Union bancaire stipulent qu’en cas de faillite, on commence par ruiner les actionnaires, puis les titulaires de dette à risque. L’ennui, c’est que cette recette a été testée en Italie, avec un gros pépin. Elle a conduit, fin 2015, au suicide d’un retraité italien, ruiné par la faillite de sa banque, la Banca Etruria. Cette dernière lui avait vendu un produit hautement toxique : sa propre dette ! Or nul ne sait vraiment qui a acheté la dette à risque de la Deutsche Bank.

Si l’investisseur-épargnant ne peut pas être mis à contribution, reste à solliciter le contribuable. L’affaire semble logique, mais il suffit de lire un éditorial de la Süddeutsche Zeitung, pour comprendre l’état d’esprit qui règne à Berlin : « Un paquet d’aides publiques serait une déclaration de faillite intérieure et européenne. » Bref, la petite politique à Berlin-sur-Spree prévaut toujours sur le risque systémique que fait courir la Deutsche Bank à la planète. On n’en est pas là, assurent tous nos interlocuteurs.

Arnaud Leparmentier Le 5 octobre 2016

La Deutsche Bank, bombe à retardement au coeur de l'Europe

Le cours boursier de la principale banque allemande s'est effondré. Angela Merkel aurait indiqué cet été qu'elle n'entendait pas la sauver, mais aurait-elle vraiment le choix en cas d'accident ?

Le 6 juillet dernier, un gourou des marchés obligataires Jeff Gundlach, fondateur de la société d’investissement DoubleLine Capital déclarait à l’agence Reuters, lugubre :

"les banques sont en train de mourir et les décideurs politiques ne savent pas quoi faire...

attendez que l'action de la Deutsche Bank passe sous les 10 et les gens vont commencer à paniquer."

On y est presque. Lundi, l’action, qui avait dépassé 100 euros en 2007, est tombée à 10,5 euros, après une chute de 6% dans la journée. Les Allemands, qui pendant des mois ont pointé du doigt la fragilité des banques italiennes, prennent conscience qu’ils sont assis sur une bombe à retardement made in Germany. Ce qui ne laisse pas de surprendre : l’Allemagne n’est-elle pas la patrie de la vertu financière et des comptes bien tenus ?

La Deutsche Bank, naguère considérée comme l’institution bancaire la plus solide d’Europe, pourtant, va tranquillement vers le mur, et les décideurs politiques ne savent toujours pas quoi faire. Les Etats-Unis lui ont donné le coup de pied de l’âne en exigeant d’elle une amende de près de 14 milliards de dollars (soit 85% de sa valeur boursière !), pour le rôle qu’elle a joué dans le scandale du financement immobilier de 2008. Mais son cours boursier n’a pas attendu cette terrible annonce pour chuter : il a été divisé par trois en un an. Le montant des actifs à risque de la banque est estimé à 400 milliards d’euros - pour un bilan de 1.500 milliards.

En février, le patron de la Deutsche Bank John Cryan, un Britannique, avait annoncé que celle-ci était "aussi solide que le roc" (une sortie qui avait plutôt eu pour effet d’inquiéter les investisseurs), avant d’annoncer cinq mois plus tard une baisse du produit net bancaire et des profits. Entre-temps, en juin, le FMI avait déclaré que la Deutsche Bank représentait un risqué bien plus élevé que les autres, du fait de son imbrication dans le système financier global.

Ce week-end, le magazine "Focus" a ajouté une dose de chaos au chaos, en indiquant que, selon des sources proches du gouvernement, la chancelière ne comptait pas aider la banque dans ses négociations avec le Département de la justice américain, et excluait tout sauvetage gouvernemental de celle-ci. Comment pourrait-elle défendre le contraire, alors que l’Allemagne proteste à l’idée que le gouvernement italien puisse venir en aide à ses banques malades, à commencer par la Banca Monte dei Paschi di Siena ? Alors qu’elle a laissé les banques grecques dérailler –qu’on se souvienne des distributeurs automatiques de billets qui avaient été fermés en 2015 ?

Cohérente, la prise de position de la chancelière a cependant de quoi rendre fébriles tous les partenaires de la Deutsche Bank, sans parler de ses actionnaires. Et la défiance, en matière de banque, est un poison terrible, comme on l’a constaté en 2008 avec la faillite de Lehman Brothers et de quelques autres. Une banque a besoin de se refinancer auprès d’autres banques : celles-ci ne doivent donc jamais lui tourner le dos, par crainte d’une faillite.

Dans le scénario optimiste, ce qui se prépare, c'est un test grandeur nature de la nouvelle méthode européenne de sauvetage dite de "bail in", en vigueur depuis le 1er janvier : plutôt que d'intervenir avec l'argent du contribuable ("bail out") on impose désormais aux créanciers des établissements en difficulté d'éponger les pertes : en convertissant leurs créances en actions ou alors en en effaçant une partie. Evidemment, essuyer les plâtres du "bail in" aurait été plus simple avec une petite banque.

Mais chacun s’interroge aujourd’hui : que se passera-t-il si, malgré une tentative de "bail in", la Banque menace de s’effondrer effectivement ? Si le mot d’ordre "too big to fail" (trop grosse pour qu’on la laisse faire faillite) ne s’applique plus, ne peut-on pas imaginer un scénario de faillites en chaîne ? La numéro deux, la Commerzbank, est également considérée comme fragile… Sans parler des banques italiennes, françaises.

Le sujet est au cœur du mauvais fonctionnement de la zone euro. Si la Deutsche Bank connaissait un accident, il n’affecterait pas seulement le crédit de la chancelière allemande, c’est l’ensemble de l’économie européenne qui subirait le choc. Aussi, si la fébrilité croît sur les marchés, personne ne prend encore vraiment au sérieux l’idée que les autorités allemandes et européennes puissent laisser complètement tomber la Deutsche Bank, si celle-ci ne parvenait pas à faire face à l’amende américaine.

Pascal Riché

La Deutsche Bank a un déficit de capital plus large que sa capitalisation actuelle

 

Dans un communiqué publié mardi, ZEW, l’institut de recherche économique allemand connu pour son indicateur de sentiment, annonçait les résultats de son propre stress test des banques européennes. Les trois banques qui ont eu la plus faible performance dans cette épreuve sont la Deutsche Bank, la Société Générale, et BNP Paribas.

 

 

 

Le stress test de la ZEW a été organisé en réponse au stress test de juillet de l’autorité bancaire européenne (EBA). Le test de l’EBA, élaboré sur la base d’une nouvelle méthode, n’indiquait pas de mesure claire de succès et d’échec, et seule la banque Monte dei Paschi di Siena italienne semblait avoir clairement échoué dans les résultats publiés. La réaction des marchés a été négative, l’indice européen des banques EuroStoxx Banks a chuté de 7.5% en deux jours, suggérant que les marchés n’ont pas été séduits par les assurances de l’EBA que le système bancaire européen est en assez bonne santé pour survivre à une récession.

Dans le cadre d’une collaboration entre l’institut ZEW, la Business School Stern de NYU, et l’Université de Lausanne, les chercheurs ont organisé leurs propres épreuves basées sur la méthode des stress tests américains et des tests de 2014 de l’EBA. Ces deux méthodes imposent des ratios de capital plus sévères, font des projections de pertes sont plus fortes et évaluent les actifs détenus par les banques de façon plus pessimiste. Le but des approches est aussi différent: les tests de juillet de l’EBA cherchaient à tester de façon transparente la suffisance du capital des banques dans le cas d’un évènement négatif, alors que les tests du ZEW se concentrent sur les besoins de capital qui doivent être rectifiés immédiatement.

Les résultats de la méthode des stress tests américains appliqués aux banques européennes ne sont pas rassurants. L’étude trouve que suivant la méthode américaine, il y a un manque de capital de 92 milliards d’euros en Europe dont la majorité est en Allemagne, en France, au Royaume-Uni, et en Italie. D’après l’économiste de ZEW en charge du projet, Sascha Steffen, «Les USA one tiré leurs propres conclusions et mis en place des mesures cohérentes pour la recapitalisation du secteur bancaire américain dès 2008. Un manque de volonté politique explique pourquoi cela n’a pas encore été fait en Europe.»

Les trois grands perdants sont la BNP Paribas, qui nécessite 10 milliards d’euros de plus, la Société Générale, dont le besoin est de 13 milliards, et la Deutsche Bank, qui requiert 19 milliards de plus. Pour les banques françaises, les augmentations nécessaires sont moins alarmantes: la BNP a déjà 26 milliards, et la Société Générale en a 55. La situation de la banque allemande est plus alarmante. Son capital n’est que de 17 milliards, et le trou à boucher est donc plus grand que sa capitalisation actuelle. La Deutsche Bank a répondu aux communiqué de ZEW en annonçant «Il y a eu un test officiel de l’EBA qui a vérifié la couverture en capital des banques dans des scenarios très difficiles, et ce test a montré qu’il n’y avait pas de besoins de capital aigu a la Deutsche Bank.»

Cette réponse est prévisible. Les titres de la banque allemande flirtent déjà avec leurs niveaux les plus bas historiques, et elle n’a nullement besoin de nouvelles sources d’alarmes pour ses actionnaires qui font déjà face au fait que le fond monétaire international ait nommé leur banque le plus gros risque systémique financier du monde. Mais il convient de noter aussi que la Deutsche Bank a échoué aux stress tests américains en fin juin, et s’est retrouvée interdite de distribuer des dividendes avec son capital américain. La banque européenne n’a pas depuis suggéré au gouvernement américain que les résultats des tests de l’EBA méritaient une révision de son jugement. Il n’est donc pas clair pourquoi la Deutsche Bank pense que la méthode américaine est maintenant inapplicable.

 

Conrad Bertez  10.08.2016

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P
Aussi longtemps qu'on laisse faire les grands patrons ...
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