Une critique de Kokopelli

Publié le par ottolilienthal

 

Variétés trouvables chez Jardiland, arguments écologiquement vaseux, idéologie douteuse… voici une critique de l’association Kokopelli.

 

La première fois que j’ai entendu parler de Kokopelli, c’est à travers un reportage: Solutions locales pour désordre global. Le président de l’association, Dominique Guillet, expliquait que les multinationales de la semence voulaient se créer un monopole sur le vivant. Ses propos m’ont paru légèrement exagérés : l’agriculture est comparée à une guerre faite à la terre, le tracteur et les pesticides seraient des outils développés suite aux guerres mondiales et seraient respectivement la suite logique des chars et des gaz de combat. Deux affirmations erronées qui seront traitées dans un autre article, consacré à ce « reportage ».


On peut se dire « oui, bon, erreurs historiques mineures ou bien propos se voulant pédagogiques de la part de M. Guillet ». Certes. J’avoue avoir passé l’éponge sur ces affirmations fausses. Après tout, M. Guillet ne dépareillait avec le reste des intervenants du reportage, une ânerie passe mieux si elle est entourée d’autres âneries.

 

La deuxième fois que j’ai entendu parler de Kokopelli, c’est à la suite du verdict de son procès perdu contre un semencier. Il faut dire que la somme qu’a été condamnée à verser l’association est faramineuse : 100 000€. Tout ça pour avoir voulu protéger des graines illégales car non-inscrites dans le Registre, indispensable à la commercialisation des graines selon l’association.


Suite à ce procès, je me suis renseigné plus à fond sur Kokopelli, ses membres, ses pratiques, son fond idéologique. En clair : j’ai fait une recherche Google et j’ai séparé ce qui relève du rationnel, du militantisme et de la croyance… et là, l’association apparaît sous un autre jour.

 

1)Kokopelli, un acteur unique de la biodiversité ?


L’association déclare détenir plus de 2200 graines d’espèces potagères rares ou anciennes. 1700 espèces sont disponibles à la vente au public, les autres étant réservé à l’échange entre membres de l’association.


Il est intéressant de regarder de près ces 1700 semences et notamment les 650 variétés de tomates proposées. Car oui, les tomates représentent 1/3 des semences proposées à la vente.


La première chose qui surprend, c’est le nom de ces variétés : sur une page prise au hasard affichant 20 résultats, 18 portent des noms anglais, y compris la Yellow Belgium et la Black Ethipian. La moitié des variétés sont originaires des USA ou cultivées aux USA et supposément originaire d’Europe, l’autre moitié est originaire d’Europe de L’Est.
Etant donné le but de sauvegarde que s’est fixé Kokopelli, je me serais attendu à des variétés ayant des appellations plus franchouillardes, du genre « Tomate naine du Périgord cultivée clandestinement par M. Michu » ou « Ségolénette rosée du Poitou », mais pas à des « Yellow Belgium ayant peut-être des origines Belges, développée dans l’Ohio ».
Un autre élément surprenant est la présence de variétés tout ce qu’il y a de plus modernes. Certaines espèces ont été développées dans les années 80 et 90 aux Etats-Unis et sont donc plus en voie d’apparition que de disparition. On peut prendre en exemple les tomates créées par Tom Wagner, créateur de Tater Mater Seeds. Ses tomates sont certes originales d’un point de vue visuel (zébrées vertes, rouges, en forme de banane, etc), mais sont toutes des créations récentes issu d’hybridations inter-variétés. Si l’on peut saluer l’acharnement et le travail de sélection effectué par Tom Wagner (et là, c’est le biologiste qui parle!), son travail ne relève absolument pas de la sauvegarde de la biodiversité légumière mais de la sélection, c’est-à-dire de la biotechnologie artisanale telle qu’on la pratique dans tous les champs depuis 10 000 ans.


Dans les faits, Kokopelli vend surtout des graines « funs », certaines peu courantes dans le commerce, mais ce n’est pas exactement synonyme de protection de la biodiversité.

 

2) Des graines trouvables chez Truffaut


Si certaines graines sont peut-être rares, ce n’est pas le cas de toutes. Certaines (la plupart) sont même assez courantes.
Pour s’en convaincre, il suffit de se rendre sur le site de Truffaut et de comparer les variétés vendues à celles que possède Kokopelli.
Prenons les carottes. Kokopelli en propose 17 variétés à la vente. C’est un chiffre un peu ridicule par rapport aux 650 variétés de tomates, mais que voulez-vous, Kokopelli ne peut pas sauver tout le monde !
Parmi ces 17 variétés, 4 sont trouvables sur le site du très capitaliste Truffaut : carotte de Roubaix à cœur rouge, Nantaises, Rothchild, Touchon. Des variétés françaises classiques trouvables dans tous les potagers, ni hybrides F1 ni en voie de disparition…
La recherche marche aussi avec les tomates : par exemple, au milieu de ses hybrides F1, Truffaut propose des variétés de tomates reproductibles, parmi lesquelles la Green Zebra de chez Tom Wagner ou la plus francophone Rose de Berne.
Notez que ce qui marche avec Truffaut marche aussi avec Jardiland.
Par ailleurs, le dernier procès opposant Kokopelli au semencier Gaumaud a mis en évidence le fait que les deux entités commercialisaient 233 variétés identiques et étaient donc en situation de concurrence. Si une entreprise capitaliste les produit, ces 233 variétés ne sont de fait pas en voie de disparition. Il est significatif que Gaumaux ait attaqué Kokopelli pour concurrence déloyale. Si ces graines étaient si illégales que cela, le service juridique de cette entreprise en aurait probablement profité.
A titre d’exemple, les variétés de carotte Jaune du Doubs, Saint valéry, Blanche de Kütingen, Amsterdam, Touchon, Longue lisse de Meaux, Carentan, Colmar à cœur rouge, sont également trouvables chez Gaumaux qui d’ailleurs, possède plus de variétés de carottes non-F1 que Kokopelli et pour des prix généralement plus bas que ceux pratiqués par l’association. L’argument d’anticapitalisme ne tient pas non plus !

 

3) Biodiversité et autosuffisance


La raison d’être de Kokopelli est la préservation de la biodiversité potagère.
Comme nous l’avons déjà vu, pour bon nombre de semences proposées par l’association, l’argument ne tient pas vu qu’elles sont proposées par la concurrence.
Si on écoute Kokopelli, le monde serait envahi d’hybrides F1 stériles ne permettant pas de reproduire ses graines d’une année sur l’autre. Nous tous, pauvres jardiniers, serions dépendants des multinationales de la carotte et du navet.


Une visite sur les sites de commerces spécialisés comme Truffaut nous montre le contraire : certes il existe à la vente des graines hybrides F1 en pagaille (la mention « Hybride F1 » est d’ailleurs clairement indiquée) mais également des espèces non hybrides tout ce qu’il y a de plus reproductible pour qui voudra bien se donner la peine de garder quelques graines à l’abri dans un bocal pour les replanter l’année suivante.
Vous n’avez donc pas besoin des graines de Kokopelli pour être auto-suffisant, celles de Truffaut ou Jardiland sont tout aussi indiquées pour le replantage, pour peu que vous soyez un minimum dégourdi.


L’argument de préservation de la biodiversité ne tient lui aussi qu’à un fil.
La biodiversité c’est avant tout la protection des variétés différentes, or, comment protéger deux variétés si elles sont cultivées ensemble sur le même carré de terre par les jardiniers amateurs ? Inévitablement les deux variétés sont se féconder l’une l’autre et donner naissance à une nouvelle espèce hybride naturelle, certes viable car non-F1 mais cela sera tout de même synonyme de disparition des deux variétés initiales.
Concrètement, préserver la biodiversité, cela signifie isoler les variétés pour éviter une hybridation qui a terme ne pourra que conduire à une homogénéisation et à la disparition des variétés.


Appliqué à l’humain, l’extrême-droite l’a parfaitement compris, cela devient un prétexte au racisme et à la ségrégation raciale. Mais l’humain n’est pas une tomate en voie de disparition. Je tiens à le dire clairement pour couper l’herbe sous le pied à ceux qui voudront me taxer de racisme via une réductio ad tomatum.


Pour en revenir aux semences potagères, quand on veut préserver la biodiversité, on évite d’introduire X variétés différentes d’une espèce comme le fait Kokopelli avec ses tomates ou ses salades américaines.

 

4) Diffuser des graines non-inscrites, un acte illégal ?


Une question centrale pour juger de la légitimité du combat de Kokopelli est de savoir si le commerce et l’échange de graines non-inscrites au Catalogue officiel est vraiment interdit.
Kokopelli prétend que pour être vendue ou échangée, une graine doit être inscrite soit au Catalogue officiel, soit au Registre amateur. Mais il faut éviter de prendre ce qu’on nous dit pour argent comptant sous prétexte que l’argument vient d’une structure semblant porter un combat anticapitaliste.


Pour en savoir un peu plus sur la législation des graines, il suffit de parcourir rapidement le lien ci-dessous :


http://www.semencespaysannes.org/bdf/docs/fiche_echange_commercialisation_semences_04_2010.pdf


Semences paysannes poursuit plus ou moins les mêmes buts que Kokopelli, sauf que l’association a l’air de mieux s’y connaître niveau législation. Et manifestement, contrairement aux déclarations de Kokopelli, rien n’interdit l’échange voire même la vente de variétés non-inscrites.


Une brève lecture de l’article nous apprend au passage une des raisons pour lesquelles Kokopelli a été condamné :


« [le catalogue amateur permet]d’intimider tous ceux qui vendent ou échangent des semences de variétés non inscrites en « oubliant » de préciser qu’elles sont destinées à un usage amateur, à la conservation ou à la recherche. C’est ainsi que l’association Kokopelli a été condamnée pour « vente de semences de variétés non inscrites au catalogue officiel », alors que son tort était de ne pas avoir indiqué clairement leur destination exclusivement non commerciale. »


Kokopelli a « oublié » une mention légale sur ses emballages. Vous allez dire, « mais c’est honteux de condamner une asso pour ça ! ». C’est pas faux, mais que diriez-vous si une entreprise de l’agro-alimentaire « oubliait » d’indiquer sur ses produits que ceux-ci contiennent des OGM ?…

 

Conclusion


En étant tolérant, on peut conclure que Kokopelli est une petite association militante, que ses moyens ne sont pas à la hauteur de ses objectifs, que son combat est vant tout idéologique face aux entreprises du secteur en se basant sur des valeurs écolo que sur des connaissances scientifiques ou juridiques, d’où des arguments souvent erronés.
En étant plus critique, on peut conclure que la réalité de Kokopelli est loin des principes affichés, que nombre de graines qu’elle propose ne sont ni rares ni menacées contrairement à ce qu’elle prétend, que l’argumentaire écolo-radical est avant tout là pour cacher le fait qu’elle vend les mêmes graines que Jardiland et qu’à part le parrainage de semence, qui consiste pour les volontaires à gérer une espèce rare bénévolement, Kokopelli n’apporte rien à la cause qu’elle veut défendre.


Le fait est qu’en tant que militant, après m’être renseigné, j’ai l’impression que cette asso mène un combat qui n’a pas réellement de sens et que les militants et sympathisants de gôche ou écolo sont un peu des vaches à lait pour ce genre d’asso, toujours volontaires pour se faire traire pour peu qu’on leur serve un argumentaire contestataire.

 

Samuel Préjean

 

PS : un lien intéressant pour comprendre les raisons d’être des différents registres et les problématiques liées :
http://www.semencespaysannes.org/reglementation_commercia_semences_plants_434.php

 

http://lecombatlibertaire.free.fr/?p=165

 

un avis de bon sens :

http://www.lamainverte.org/forums/viewtopic.php?t=11401

 
le jugement du 9 septembre 2014 :
 
http://www.lafranceagricole.fr/var/gfa/storage/fichiers-pdf/Docs/2014/Baumaux-Kokopelli.pdf
 

Kokopelli vs Baumaux : une victoire en demi-teinte

http://www.infogm.org/5725-kokopelli-vs-baumaux-une-victoire-en-demi-teinte

 

Commenter cet article

CQFD 06/10/2015 08:34

Vous écrivez :
Pour en savoir un peu plus sur la législation des graines, il suffit de parcourir rapidement le lien ci-dessous : ou l'on peut lire ceci :
Question:un agriculteur peut-il échanger ou vendre ses semences de variétés non inscrites ?
Oui, si le but de l’échange est la conservation, la sélection ou la recherche et NON l’EXPLOITATION
COMMERCIALE DE LA RECOLTE
Plus loin :
Ce qu'il faut retenir :
Il est tout à fait possible et légal pour un agriculteur :

-de cultiver ces variétés non inscrites au catalogue et d’en VENDRE LA RECOLTE en l’état ou transformée.
-de COMMERCIALISER des produits issus de ces variétés non inscrites (sauf vin et OGM).
La démonstration est très claire !!!!!

Xochipelli 10/03/2014 22:09

"Par ailleurs, le dernier procès opposant Kokopelli au semencier Gaumaud". C'est une plaisanterie d'appeler Baumaux Gaumaud ou c'est encore une impression?

Et tu parles de carotte "Rothchild"! Quel journaliste hors pair! Essaye de te sauver toi de la désuétude, de la critique stérile, avant de parler de sauver les carottes. Et merci de nous trouver des centaines de variétés de carottes à sauver. On accoure.

Xochipelli 10/03/2014 22:06

Tu as des impressions? C'est vraiment très intéressant et cela dure depuis longtemps, ce syndrome?

Xochipelli 10/03/2014 22:04

Le fond du commerce du RSP, c'est ici: http://kokopelli-semences.fr/quoi_de_neuf/le_fonds_de_commerce_du_rsp

Xochipelli 10/03/2014 22:04

Bla bla bla. Mon pote, tu ne t'es pas dit un jour que si on trouvait ces tomates-là chez Truffaut, c'est parce que nous les avions introduites en France. Un peu d'imagination. Xochipelli